l'Eau pour la Production Alimentaire en Afrique Sub-Saharienne
Article préparé pour la FAO par Jacob Kijne, Consultant.
Introduction
[K-1] Il est prévu qu'en l'an 2000, 21 pays connaîtront une pénurie de leurs ressources en eau, c'est-à-dire qu'ils disposeront au maximum de 1000 m3 d'eau par an et par habitant. Douze de ces pays sont en Afrique, dont neuf en Afrique subsaharienne (Banque mondiale, 1997). Bien qu'à l'échelle de la planète la production alimentaire soit censée augmenter assez rapidement pour permettre aux cours mondiaux de continuer à baisser, une détérioration de la sécurité alimentaire est à prévoir en Afrique subsaharienne. La production alimentaire y reste en retrait par rapport à la croissance démographique, et le taux d'auto-suffisance en céréales diminue d'environ 1 % par an depuis 1970. Les importations de céréales vont en principe tripler, puisqu'elles passeront de neuf millions de tonnes en 1990 à 29 millions de tonnes en 2020 (Rosegrant et Perez, 1995). Les pays d'Afrique subsaharienne seront incapables de faire face au coût de cette augmentation des importations. Une prévision encore plus préoccupante est l'augmentation du nombre d'enfants souffrant de malnutrition, soit 13 millions de plus en Afrique subsaharienne d'ici 2020.
[K-2] L'ensemble des terres irriguées couvrirait environ 12,2 millions d'hectares en Afrique (FAO, 1996). Ce chiffre inclut toutes les terres bénéficiant d'un apport d'eau pour la production alimentaire, sauf les zones où se pratiquent la récupération de l'eau et l'irrigation par épandage des eaux de crue d'un cours d'eau intermittent. Les terres irriguées représentent en moyenne moins de 8 % des terres arables, ce pourcentage variant considérablement selon les pays. C'est dans la région Nord que les pourcentages de terres irriguées sont les plus élevés (99 % en Egypte) et dans la région Centre qu'ils sont les plus faibles (0,2 % au Zaïre). Pour l'Afrique subsaharienne, ils représentent en moyenne moins de 4 %. Ces chiffres englobent une grande variété de systèmes de gestion de l'eau, des zones humides productives du golfe de Guinée aux hauts plateaux d'Afrique centrale, en passant par les systèmes d'irrigation intégrés modernes du Zimbabwe. L'irrigation informelle représenterait entre 35 et 50 % de l'irrigation totale des terres en Afrique. Rappelons que le rendement des terres irriguées est 2,2 fois plus élevé que celui des terres non irriguées (FAO, 1996).
[K-3] La vulnérabilité à la sécheresse varie d'un pays à l'autre selon divers facteurs, dont le stade de développement. En effet, les économies qui franchissent les premiers paliers de transition entre l'agriculture de subsistance et une économie agricole plus moderne et productive, fortement axée sur la consommation urbaine, sont particulièrement vulnérables. L'histoire du continent africain est ponctuée depuis des temps immémoriaux par les fluctuations des précipitations occasionnant des périodes de sécheresse de durée et d'intensité variables, et cet état de choses perdure jusqu'à nos jours. Le Sahel, la Corne de l'Afrique et les pays situés sur le pourtour du désert du Kalahari sont marqués par une grande variabilité des précipitations interannuelles et intra-saisonnières. Les bonnes et les mauvaises années ne sont pas des phénomènes isolés ou aléatoires; au contraire, ils ont tendance à se produire en série, ce qui a de graves conséquences sur la sécurité alimentaire puisque cela signifie qu'il peut être nécessaire de stocker les aliments et l'eau sur plusieurs mauvaises années.
[K-4] En ce qui concerne l'Afrique, une agriculture prospère est le moteur indispensable à la réduction de la pauvreté, à la gestion durable des ressources et à la sécurité alimentaire (Banque mondiale, 1997). Très rares sont les pays à faible revenu qui ont connu une croissance non-agricole rapide sans assurer en parallèle une croissance agricole rapide. Dans les pays dont la population rurale est nombreuse et pauvre, l'agriculture constitue le seul moyen d'augmenter les revenus agricoles et non-agricoles et donc de permettre aux populations rurales pauvres de se procurer plus de nourriture et de meilleurs aliments. Le rôle-clé de l'agriculture dans la vie économique de l'Afrique est évident puisqu'elle représente 35 % du PNB du continent, 40 % des exportations et 70 % de l'emploi. A l'heure actuelle, environ 70 % des personnes démunies en Afrique vivent dans des zones rurales et leurs moyens d'existence sont tributaires de l'agriculture et des agro-industries.
[K-5] Les populations rurales jouent un rôle crucial dans la protection de l'environnement. L'agriculture est en effet la plus grande utilisatrice de ressources en sols et en eau au monde, et elle souffre de la détérioration de l'environnement tout en y contribuant. Le potentiel d'expansion des superficies agricoles ne cessant de diminuer en Afrique subsaharienne, toute augmentation de la production agricole découlera nécessairement d'une utilisation plus intensive des sols, de l'eau et des autres ressources agricoles. Toutefois, au fur et à mesure que l'utilisation des sols s'intensifie, les périodes de mise en jachère diminuent, et des terres écologiquement fragiles et de faible rendement sont mises en exploitation. L'intensification, si elle ne s'accompagne pas de l'emploi de technologies adaptées de gestion des ressources, mène inévitablement à la détérioration des ressources disponibles avec les sérieuses conséquences que cela implique sur la productivité des sols, la sécurité alimentaire des familles et la pauvreté rurale. Il faut distinguer deux sortes d'intensification, celle qu'entraîne la pression démographique et celle qui répond à la demande des marchés, dont les effets sur les moyens d'existence des agriculteurs, sur les systèmes de culture et sur la productivité des ressources sont très différents. Les agriculteurs qui intensifient leur production sous la pression démographique s'appauvrissent, ce qui a une incidence sur la capacité générale d'évolution technologique (Freeman, 1994).
[K-6] L'Afrique n'a connu aucune amélioration, ces dernières années, en ce qui concerne sa capacité à réaliser des recettes d'exportation pour les réinvestir dans l'achat d'aliments. Les effets négatifs des politiques macro-économiques sont souvent amplifiés par des poliques des prix par secteurs, comme les taxes aux frontières sur les exportations agricoles, le contrôle des prix, et l'écart entre les prix aux frontières et ceux pratiqués au départ de la ferme, qui sont mises en place par les entreprises para-étatiques et les offices de commercialisation d'Etat de gouvernements monopolistiques. Au Ghana, l'impact de la suppression de subventions à l'achat d'intrants et de la libéralisation des taux de change s'est révélé négatif sur la compétitivité de la production céréalière. Il faudrait maintenant, pour que la productivité céréalière augmente de nouveau au Ghana, remettre en place un système sélectif de subventions qui tienne compte à la fois des intrants et des cultures (Asuming-Brempong, 1994). Les réformes macro-économiques nationales ne peuvent réussir qu'à la condition que les marchés mondiaux y réagissent positivement. Comment peut-on demander à un pays de passer de l'auto-suffisance à la sécurité alimentaire si on ne lui garantit pas l'accès au marché mondial ? Les modèles informatiques appliqués à l'estimation des effets de revenu provoqués par l'Uruguay Round sur le commerce ont prédit des effets positifs pour la plupart des régions. C'est seulement pour l'Afrique que certains modèles ont anticipé des effets négatifs (FAO, 1996), ce que semblent corroborer certains faits récents.
[K-7] En Afrique comme dans tous les autres continents, la redistribution de l'eau alimentera moins l'agriculture et plus les zones urbaines. Il s'agit maintenant de savoir si les responsables pourront l'effectuer rationnellement, ce qui permet de minimiser les coûts, ou s'ils ne pourront éviter les processus adéquats qui caractérisent la plupart des situations de redistribution de l'eau à l'heure actuelle (Rosegrant et Perez, 1995). La redistribution inter-sectorielle de l'eau peut être mise en oeuvre soit par une gestion étatisée de l'approvisionnement eau, soit par une gestion de la demande utilisant des mesures d'incitation pour permettre une nouvelle redistribution de l'eau entre les différents usages. Etant donné que dans la plupart des pays africains, les prélèvements à usage agricole représentent plus de 80 % du total des eaux prélevées, le transfert de quantités relativement faibles d'eaux actuellement utilisées pour l'agriculture suffirait à répondre aux besoins croissants des villes et de l'industrie. Au Maroc, par exemple, un transfert de 5 % des eaux utilisées pour l'agriculture permettrait de presque doubler l'ensemble des quantités d'eau fournies au secteur domestique (Banque mondiale, 1993). Les effets négatifs de tels transferts n'ont pas encore été étudiés ni analysés. Les prélèvements d'eau à destination de l'irrigation entravent sérieusement la production hydro-électrique en Tanzanie, car les principales centrales des bassins de Rufiji et de Pangani, qui fournissent 80 % de l'électricité du pays, se trouvent en aval des points de captage des eaux d'irrigation. Voilà un exemple où le développement industriel et le développement agricole sont en concurrence pour l'eau. Enfin, il ne faut pas oublier qu'avec la croissance des revenus, l'allocation d'un certain volume d'eau pour répondre aux besoins de l'environnement deviendra une nécessité qui augmentera en proportion.
[K-8] Dans le contexte de la situation esquissée ci-dessus, la présente étude abordera plus en détail : les tendances en agriculture irriguée, les tendances en agriculture pluviale, la politique de l'eau et les enjeux institutionnels. Chacun de ces exposés se termine par une analyse de l'évolution probable de la production alimentaire en Afrique subsaharienne si rien ne change (« business as usual ») et des répercussions des changements possibles.
Tendances en agriculture irriguée
[K-9] Dans huit pays subsahariens (Sénégal, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Somalie, Botswana, Mali et Kenya), l'irrigation est le facteur déterminant des stratégies nationales visant à augmenter la production alimentaire. Ce sont des pays qui ne comportent pas ou presque pas de terres dont la période de croissance en pluvial dépasse 200 jours, et qui ne peuvent donc pas répondre à la demande alimentaire par une agriculture pluviale à faibles intrants. Ils représentent ensemble presque 14 % de la population de l'Afrique subsaharienne. Douze pays (Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali, Tchad, Soudan, Ethiopie, Somalie, Kenya, Tanzanie, Zimbabwe et Botswana) ont une période de croissance en pluvial inférieure à 120 jours sur plus d'un quart de leur territoire. Dans les régions semi-arides de ces pays, l'irrigation est en général nécessaire à la mise en place d'une agriculture de labour fiable (Rosegrant et Perez, 1995).
[K-10] La FAO a étudié la répartition des plantes cultivées sur près des trois-quarts des surfaces irriguées en analysant une masse considérable de données (Rosegrant et Perez, 1995). En Afrique subsaharienne, 47 % des terres irriguées sont consacrées à la culture du riz, surtout dans les zones humides d'Afrique occidentale et orientale et à Madagascar, 24 % à la culture d'autres céréales (surtout au sud), 14 % aux cultures industrielles comme la canne à sucre, et les 15 % restants aux légumes, au fourrage et à l'arboriculture. Les rendements des terres irriguées sont généralement plus faibles en Afrique subsaharienne que dans d'autres régions du monde ; les rendements des cultures pluviales et irriguées d'Afrique sont inférieurs, de près de 25 %, aux rendements correspondants de la moyenne des pays en développement. L'irrigation informelle apparaît souvent spontanément, et parfois illégalement, autour des projets d'irrigation officiels et utilise les eaux de drainage issue de ces projets (par exemple autour des petits systèmes à réservoirs du Burkina Faso). La production de l'irrigation informelle n'est vraisemblablement pas prise en considération dans les statistiques officielles.
[K-11] L'expansion possible de l'irrigation en Afrique subsaharienne ne dépend pas seulement des caractéristiques physiques des sols et ressources en eau de la région, mais au moins autant des choix politiques, de la capacité d'investissement et de sa rentabilité probable, des progrès technologiques et des conditions sociales et écologiques. L'examen des facteurs physiques donne une évaluation des surfaces additionnelles qui pourraient être irriguées variant de 30 à 150 millions d'hectares. L'analyse de la FAO (FAO, 1996), suggère que 29 millions d'hectares supplémentaires pourraient être irrigués en Afrique subsaharienne, ce qui revient à dire que 18 % seulement des capacités physiques de la région ont pour l'instant été exploitées. Il faut interpréter ces chiffres avec prudence, mais quoi qu'il en soit, une grande partie du potentiel inexploité de la région se trouve en Afrique centrale, qui dispose de ressources en eau relativement abondantes. Il est certain toutefois que l'Afrique subsaharienne, dont les surfaces irriguées représentent moins de 4 % des terres arables, est la région où l'irrigation est la moins développée par rapport à ses possibilités physiques.
[K-12] Une proportion plus importante de ces capacités pourra-t-elle être mise en valeur dans un proche avenir? Cela dépend en grande partie de la rentabilité attendue des investissements en irrigation en Afrique subsaharienne. Rosegrant et Perez (1995) se sont servis du modèle international d'analyse des politiques sur le commerce et les matières premières agricoles de l'IFPRI pour étudier l'impact d'une augmentation des investissements en irrigation en Afrique sur l'offre, la demande, l'échange et les cours mondiaux des principales denrées alimentaires, et sur la sécurité alimentaire jusqu'en 2020. Ils ont comparé deux scénarios: un scénario de base, fondé sur les récentes perspectives d'expansion de l'irrigation, qui prévoit une augmentation de 35 % des terres irriguées en Afrique subsaharienne, et un scénario intégrant de grands investissements dans l'irrigation, selon lequel les surfaces irriguées dans cette région feraient plus que doubler d'ici 2020. En ce qui concerne l'Afrique subsaharienne, l'augmentation différentielle dans la production céréalière du deuxième scénario par rapport au scénario de base est légèrement inférieure à 12 %. Pour la production de riz et de maïs, les augmentations différentielles les plus importantes se situent dans les régions subsahariennes méridionales et occidentales, avec 17 % pour la production de riz et 13,5 % pour la production de maïs. Les prévisions du scénario de base indiquent une détérioration de la sécurité alimentaire, puisque le nombre d'enfants souffrant de malnutrition augmenterait de 28,6 millions en 1990 à 41 millions en 2020. Même si les investissements dans l'irrigation sont importants en Afrique, les augmentations prévues dans les disponibilités alimentaires par habitant ne suffiront pas à diminuer substantiellement la malnutrition dans la région. Rosegrant et Perez (1995) ne prévoient qu'une légère amélioration de l'état nutritionnel (environ 250 000 enfants mal nourris en moins) si aucune augmentation supplémentaire des recettes ne se produit et si les dépenses sociales pour la santé et l'éducation n'augmentent pas davantage. Une augmentation des investissements dans l'irrigation en Afrique subsaharienne aurait un impact considérable sur la croissance de la production alimentaire. Toutefois, la quantité de terres irriguées et les surfaces supplémentaires exploitables grâce à de grands investissements en irrigation ne sont pas suffisantes pour faire atteindre des changements significatifs de la production végétale. Les économies réalisées dans les dépenses d'importation de céréales jusqu'à 2020 suffiraient largement, selon les prévisions, à payer l'expansion de l'irrigation telle qu'elle est envisagée par le scénario fondé sur de grands investissements dans l'irrigation.
[K-13] L'analyse classique coût-bénéfice d'un projet d'irrigation « générique » situé en Afrique (Rosegrant et Perez, 1995) montre que pour obtenir un taux de rendement interne de 10 %, il faudra soit des coûts d'investissement inférieurs à la moyenne, soit des rendements différentiels de riz supérieurs à la moyenne si les prix à la frontière sont alignés sur les prix à l'importation rendus au port. Les prévisions sont plus favorables si les prix paritaires à l'importation reflètent les conditions de l'intérieur. Le prix du marché intérieur pour le riz, si l'on ajoute les coûts de commercialisation, y compris le transport, l'entreposage et la manutention, devrait en principe être de 60 % plus élevé. La démonstration est la même pour le maïs, avec un prix du marché intérieur plus élevé de 60 % que les prix rendus au port. Il ressort de ces résultats que le maïs de culture irriguée ne serait pas compétitif pour l'exportation. Une conclusion importante s'impose: la marge d'erreur est faible pour le développement de l'irrigation en Afrique subsaharienne. Il s'ensuit que l'efficacité de la conception et de la mise en oeuvre des projets est cruciale pour l'obtention de taux de rendement acceptables.
[K-14] Parce qu'en Afrique subsaharienne certains projets d'irrigation à grande échelle ont connu des échecs spectaculaires, nombreuses ont été les campagnes en faveur des systèmes d'irrigation à petite échelle. L'analyse approfondie de systèmes d'irrigation grands, petits ou intermédiaires montre toutefois que, lorsque tous les coûts sont imputés, les systèmes d'irrigation de petite taille bien contrôlés nécessitent la même gamme de coûts d'investissements et obtiennent les mêmes résultats que les systèmes d'irrigation à grande échelle (FAO, 1992). Un rapport de la Banque mondiale sur les investissements dans l'irrigation en Afrique a évalué les coûts moyens à 18 300 $/ha lorsque sont inclus les frais indirects liés à l'infrastructure sociale, dont les routes, les habitations, les réseaux électriques et les services annexes à la disposition du public (Jones, 1995). Même les coûts directs des aménagements d'irrigation sont plus élevés en Afrique subsaharienne qu'en Asie en raison des contraintes physiques et externes, qui vont de la grande variabilité spatiale des sols irrigables et des terrains difficiles à la surévaluation de la plupart des devises africaines en passant par le manque de structures locales permettant la fabrication des équipements. Les observations indiquent que les équipements d'irrigation, qu'ils soient manufacturés, assemblés sur place ou importés, coûtent deux à dix fois plus cher que dans les pays asiatiques. Une pompe à pédales fabriquée sur place est deux fois plus chère au Malawi et même quatre fois plus chère en Zambie qu'en Asie (rapport de mission non-publié de la FAO sur le transfert de technologie). Il apparaît, d'après les échecs et les réussites des systèmes d'irrigation à grande et petite échelle, que la taille du système est moins déterminante pour le succès d'une opération que le fait que ce soient les agriculteurs qui contrôlent ces systèmes. Lorsqu'un système d'irrigation est géré par une administration, la qualité de la gestion et l'impartialité de la répartition des recettes entre les agriculteurs concernés sont des facteurs déterminants. Lorsqu'il s'agit de systèmes importants, les conditions de la réussite sont une gestion efficace, une infrastructure relativement peu coûteuse, de faibles frais d'exploitation, une bonne conception technique qui soit entièrement en état de fonctionnement à la fin du projet, et le fait que les agriculteurs puissent choisir des cultures adaptées d'un point de vue agronomique et qu'ils disposent de systèmes culturaux et de marchés adéquats.
[K-15] Les échecs des systèmes à grande échelle sous gestion étatique sont plus visibles que ceux des petits aménagements d'irrigation gérés par les agriculteurs, qui connaissent aussi des échecs mais disparaissent discrètement. Certains de ces échecs sont imputables aux conditions climatiques, difficiles et extrêmement variables, aux graves problèmes d'adventices, aux ravageurs et aux maladies, au manque de variétés culturales adaptées et à la faible utilisation d'intrants complémentaires et surtout d'engrais, à la pénurie de main d'oeuvre qui se fait particulièrement sentir pendant les périodes de pointe, et à l'insécurité des statuts d'occupation des terres et des droits d'usage de l'eau. Le succès des petits aménagements d'irrigation gérés par les agriculteurs réside dans l'emploi de technologies simples et peu coûteuses, par exemple des petites pompes bon marché permettant de prélever l'eau des formations aquifères peu profondes et des rivières, fleuves et barrages ; dans l'organisation d'ententes privées et individuelles pour faire fonctionner le système ; dans la mise en place d'une infrastructure d'appui adéquate permettant l'accès aux intrants et aux marchés pour la vente de la production excédentaire ; dans l'assurance de rentrées d'argent élevées et satisfaisantes pour les agriculteurs ; et dans la participation active et engagée des agriculteurs à la conception et à l'exécution des projets. En Afrique subsaharienne, les femmes prennent souvent une part plus active que les hommes au développement de la petite irrigation et elles doivent faire face à de nombreuses contraintes sociales, économiques et culturelles pour participer efficacement au développement et à la gestion de l'irrigation (Zwarteveen, 1998). Il semble également que l'irrigation périurbaine, qui surgit spontanément autour des villes et localités à croissance rapide, contribue sensiblement à la nutrition urbaine, bien qu'elle pâtisse de l'instabilité des statuts d'occupation des terres et de l'insécurité des droits d'usage de l'eau. Une grande partie de cette production échappe aux statistiques officielles.
[K-16] L'utilisation de technologies adaptées est indispensable à l'amélioration des rendements par volume unitaire d'eau consacré à l'irrigation. Les méthodes modernes de gestion et d'application de l'eau, qui conviennent tout à fait au développement de l'irrigation dans les pays industrialisés, ne se prêtent sans doute pas aux conditions particulières de l'Afrique subsaharienne. L'irrigation par petits volumes appliqués à intervalles fréquents est l'exemple type d'une technologie qui va à l'encontre des facteurs favorisant le succès énumérés au paragraphe précédent. Les systèmes modernes d'irrigation se caractérisent par leur fonctionnement axé sur les services. La distribution de l'eau doit répondre aux exigences des agriculteurs qui demandent que l'eau leur soit fournie avec plus de souplesse, et doit leur permettre de diversifier encore plus leurs cultures et d'axer davantage leur production sur les marchés. L'eau est fournie comme un service dont les usagers doivent pouvoir disposer de manière aussi commode et souple que possible ; en échange, ils paient pour le coût de ce service (FAO, 1996). Ce concept est tout à fait adapté aux petits aménagements d'irrigation gérés par les agriculteurs en Afrique subsaharienne. Dans cette région, la multiplication des projets fondés sur l'utilisation de pompes à basse pression montre combien l'irrigation a changé ces dernières années, depuis que les utilisateurs disposent de moteurs et de pompes fiables et bon marché et ont plus facilement accès aux combustibles ou à l'énergie électrique. L'aménagement des fadamas (marais des vallées intérieures) du Nigéria, où les agriculteurs ont installé des forages peu profonds pour l'irrigation des cultures maraîchères, montre bien cette évolution. La généralisation de l'emploi d'autres technologies telles la micro-irrigation par goutteurs, basée sur l'utilisation de tuyaux de plastique bon marché, et les asperseurs, devra sans doute attendre que la valeur de l'eau augmente ou que la demande soit suffisamment forte pour que les entrepreneurs locaux soient intéressés par la fabrication de ces équipements.
[K-17] Les formations aquifères peu profondes présentent de nombreux avantages pour la petite irrigation: l'eau est facilement accessible pour un faible investissement initial, l'eau d'irrigation n'est transportée que sur une petite distance, les précipitations renouvellent les réserves, les couches géologiques ou les fractures rocheuses gardent l'eau en réserve jusqu'à son utilisation et enfin l'eau est accessible en de multiples points. Il peut être nécessaire d'intervenir pour augmenter artificiellement l'alimentation de la nappe en construisant de petites structures favorisant l'infiltration de l'eau de pluie plutôt que l'écoulement. L'aménagement des formations aquifères peu profondes peut être associé à celui des vallées intérieures, puisque l'inondation des plaines pendant la saison des pluies, et juste après, facilite l'emmagasinement des eaux sous terre, qui pourront alors être utilisées plus tard à la saison sèche. Trop souvent toutefois, l'information concernant l'étendue et le rendement de ces formations est insuffisante. L'exploitation des formations aquifères peu profondes dans les roches fracturées est plus complexe car elle nécessite l'emploi de techniques spéciales comme les puits horizontaux. La surexploitation de ce type de formation peut entraîner la fermeture irréversible des fractures et diminuer ainsi sa capacité d'emmagasinement, comme cela s'est produit en Afrique du Sud. D'autre part, il faut savoir éviter les pompages excessifs, et garantir à toutes les parties intéressées un accès équitable à l'eau. Les utilisateurs individuels d'une pompe n'ont aucun intérêt à maintenir durablement les volumes de prélèvement, puisque d'autres agriculteurs peuvent prélever les eaux qui restent sous terre. Les mécanismes institutionnels permettant de gérer les formations aquifères sont la régulation, les prix et les tarifs fixés à partir des volumes et les droits d'usage de l'eau négociables (ou les permis échangeables) sur les réserves ou les écoulements souterrains (Rosegrant et Perez, 1995). L'efficacité de chacune de ces méthodes est fonction de son application effective et équitable. La réussite de la gestion des formations aquifères (peu profondes) dépend des facteurs suivants : les usagers doivent approuver les structures de gestion et souscrire à l'application effective des mesures prises ; les dispositions prises doivent tenir compte des conditions locales et mettre à profit l'information existante (plutôt que des considérations basées sur des informations théoriquement meilleures mais inaccessibles) ; les dispositions prises doivent pouvoir être modifiées lorsque la demande augmente ou que de nouvelles informations sont communiquées sur l'état de la formation aquifère.
[K-18] La conclusion de cette section est nécessairement que les enjeux et les pièges auxquels le développement de l'irrigation en Afrique subsaharienne doit faire face sont démesurés. Les conditions physiques, économiques et écologiques très particulières de la région font qu'il est très facile de commettre des erreurs dans la conception et la mise en eouvre des grands et petits projets d'irrigation. Par conséquent, les investissements dans l'expansion rapide de l'irrigation dont l'Afrique subsaharienne a besoin de façon urgente comportent des risques considérables, des risques qui sont beaucoup plus importants que ceux encourus dans des projets équivalents dans d'autres pays en développement. Les recherches montrent que l'extension des surfaces irriguées ne pourra malheureusement pas réduire sensiblement la malnutrition dans la région. Même avec de grands investissements dans l'irrigation, c'est-à-dire beaucoup plus importants que les investissements annuels consentis ces dernières années, il est prévu que les disponibilités alimentaires par habitant n'augmenteront que marginalement par rapport au scénario de base, comme le montre le paragraphe K-12. En ce qui concerne la région septentrionale de l'Afrique subsaharienne, les études modélisées prévoient que les disponibilités alimentaires par habitant, selon le scénario fondé sur de grands investissements dans l'irrigation, resteront inférieures à 2 000 kcal/habitant/jour. Toujours en Afrique subsaharienne, le nombre d'enfants souffrant de malnutrition augmentera de 28,6 millions en 1990 à près de 41 millions en 2020, même si la stratégie des grands investissements dans l'irrigation est adoptée. Il y a tellement peu de terres irriguées à l'heure actuelle que même en doublant les surfaces irriguées, cela ne suffirait pas à produire suffisamment d'aliments supplémentaires pour améliorer sensiblement la situation nutritionnelle de l'Afrique subsaharienne. Il apparaît clairement que l'agriculture pluviale doit apporter sa contribution à la réalisation de cette indispensable amélioration nutritionnelle.
Tendances en agriculture pluviale
[K-19] Les rendements de l'agriculture pluviale en Afrique subsaharienne ne sont pas connus précisément. Les chiffres nationaux transmis par la FAO combinent les rendements des terres irriguées avec ceux obtenus pour les mêmes plantes cultivées en pluvial. La variabilité des rendements de l'agriculture pluviale ne peut être qu'importante. Les rendements céréaliers, en ce qui concerne l'agriculture de subsistance à faibles intrants pratiquée dans des conditions marginales, sont souvent bien inférieurs à 1 T/ha, et certaines de ces données ne figurent vraisemblablement même pas dans les statistiques nationales. Alexandratos (1995) a analysé les données de la FAO et conclu que les rendements de blé pour l'ensemble de l'Afrique subsaharienne avaient augmenté de 982 kg/ha pour la moyenne des trois années 1969 à 1971, à 1 563 kg/ha pour la moyenne des années 1989 à 1991, ce qui représente une augmentation annuelle de 2,35 %. De la même façon les rendements de riz pour la région ont augmenté au cours de ces vingt années de 0,8 %, ceux de maïs de 1 %, ceux de mil de 0,8 % et ceux de sorgho de 0,5 %. Ces chiffres représentent essentiellement les résultats de l'agriculture pluviale, à l'exception du riz. Selon Alexandratos, l'examen des données nationales de pays ne pratiquant pour ainsi dire aucune irrigation a montré, pour le blé, une évolution des rendements s'échelonnant de - 0,6 % pour l'Angola à 2,2 % pour l'Ethiopie et le Lesotho. Il semble que la meilleure estimation que l'on puisse faire de l'augmentation annuelle des rendements en agriculture pluviale d'après ces données varie entre 1,5 et 2 %. Ces chiffres montrent que la production alimentaire n'a pu suivre la croissance démographique.
[K-20] La faible croissance des rendements, pour ne pas dire la baisse de la production de biomasse en culture pluviale dans de nombreuses zones, est due en grande partie à la diminution de la teneur en eau du sol et des nutriments dont disposent les plantes (Rockstrom, 1995). Le manque d'eau utilisable par les plantes dans le sol (ou eau verte, comme on l'appelle communément maintenant d'après Falkenmark (1995)) est provoqué par la diminution des précipitations ou par une modification de la répartition des eaux de pluie entre, d'une part, l'infiltration et l'emmagasinement dans le profil pédologique et, d'autre part, le ruissellement. Comme nous l'avons déjà précisé dans l'introduction, rien ne montre que le régime des précipitations ait sensiblement changé ; de tous temps la variabilité des précipitations a été élevée en Afrique subsaharienne. Pour trouver la cause la plus vraisemblable de la diminution de l'eau verte, il faut certainement chercher du côté de ce qui arrive à l'eau de pluie une fois qu'elle atteint la surface du sol. L'explication vient de la dégradation anthropique des sols. Le racourcissement des périodes de mise en jachère, le fait que la matière organique soit moins recyclée dans la rhizosphère et la fertilité du sol qui est généralement faible sont des facteurs qui tous contribuent à la formation d'une croûte, favorisent le ruissellement et diminuent la capacité de rétention d'eau du profil pédologique. Il pourrait être utile d'analyser sur une longue période des relevés montrant comment l'eau de pluie est répartie, comme ceux étudiés par Savenije (1998) sur le bassin d'affluent de Mupfure au Zimbabwe de 1969 à 1989. Cela donnerait une idée du rythme auquel la répartition de l'eau de pluie change, et de l'importance du phénomène (à l'échelle du champ ou du bassin).
[K-21] La production de biomasse par volume unitaire d'eau a été étudiée sous divers climats et pour une grande variété de cultures. Elle est de l'ordre de 0,4 kg/m3 dans les régions arides et semi-arides (Rockstrom, 1995). Les expériences effectuées au Niger ont montré que le mil perle cultivé avec peu d'engrais donnait une production de 0,5 kg/m3, et que celle-ci passait à 1,1 kg/m3 avec beaucoup d'engrais. L'interaction entre l'application d'engrais et de matière organique et le rapport entre l'évapotranspiration réelle et l'évapotranspiration potentielle (comme approximation du rendement relatif) est illustrée par Rockstrom (1995) avec les données fournies par l'Institut de la recherche agronomique tropicale du Burkina Faso. L'effet de la fertilité du sol sur le rendement a été étudié sur une monoculture de sorgho pendant 18 ans. Les chercheurs s'attendaient à trouver une bonne corrélation entre le déficit hydrique des cultures et le rendement en grain et cela s'est vérifié. Ils ont également constaté des différences importantes et permanentes entre les niveaux de rendement produits par diverses techniques de gestion du sol, quel que soit le déficit hydrique des cultures. Les rendements de la monoculture du sorgho sans mise en jachère et sans intrants minéraux externes ont chuté considérablement après seulement deux années. D'autres traitements faisant intervenir diverses quantités d'intrants, sous forme d'engrais et de matière organique, ont permis de stabiliser les rendements à des niveaux variant entre trois et dix fois la production sans intrants. Ces résultats démontrent que l'accroissement de la fertilité du sol donne des rendements plus élevés par volume unitaire d'eau, ce qui signifie qu'il intensifie la capacité d'utilisation de l'eau (voir K-22). Par contre, il n'est pas démontré, d'un point de vue économique, que l'application d'engrais soit rentable dans les zones climatiques plus sèches. L'azote constitue un exemple particulièrement probant à cet égard, puisque son utilisation n'est intéressante, économiquement parlant, que dans les régions recevant des précipitations d'au moins 900 mm par an. L'application d'engrais ternaires et d'urée sur le mil et le sorgho n'apporte au mieux qu'une amélioration insignifiante. En fait, lorque les niveaux de rendement initiaux sont faibles, une légère amélioration relative du rendement ne produit pas assez de céréales pour payer l'engrais. Avec des niveaux de rendement plus élevés, la même amélioration relative du rendement produit plus de céréales et par conséquent plus de revenus.
[K-22] Lorsque les ressources en eau et en sols sont limitées, il faut augmenter la production de biomasse par volume unitaire d'eau pour améliorer la production alimentaire. L'expression « efficience d'utilisation de l'eau » est employée de diverses manières, et, entre autres, pour exprimer la biomasse produite par volume unitaire d'eau. Une partie seulement de la pluie qui tombe sur les terres arables contribue à la production alimentaire, et non sa totalité. C'est la répartition entre l'infiltration et l'emmagasinement dans la rhizosphère d'une part et le ruissellement d'autre part qui détermine si l'eau de pluie est productive ou non. L'échelle à laquelle ces phénomènes sont examinés a également son importance parce que, par exemple, l'eau qui s'échappe d'un champ par ruissellement peut devenir productive en évapotranspiration dans un champ voisin. Par contre, une partie de l'eau infiltrée et emmagasinée dans le profil pédologique est improductive puisqu'elle est utilisée par des plantes non productives, comme dans le cas de l'Afrique du Sud qui subit l'invasion incontrôlée de plantes « étrangères », en l'occurence essentiellement des arbres provenant d'autres pays, qui utilisent environ 70 % du ruissellement moyen annuel. L'Afrique du Sud dispose maintenant d'un programme, Working for Water, doté d'un million de dollars, qui emploie plus de 40 000 personnes à l'éradication des plantes envahisseuses et improductives (Stockholm Water Front, février 1999). Cette végétation nuisible a tendance à s'installer là où elle est le moins souhaitée, par exemple dans les zones humides et le long des fleuves et rivières. Les mêmes problèmes se posent à l'agriculture irriguée, ce qui a amené les spécialistes à établir une distinction entre diverses utilisations de l'eau : bénéfique, non bénéfique et raisonnable (ex. : Solomon et Burt, 1999). Parmi les utilisations improductives mais bénéfiques, notons la percolation profonde de l'eau qui passe sous la rhizosphère et maintient l'équilibre salin, l'évapotranspiration produite par les coupe-vent et le couvert végétal, et l'eau utilisée pour humidifier les lits de semence et faciliter la germination. Ces distinctions sont précieuses pour l'examen des bilans hydriques à diverses échelles, lorsque les effets des transferts d'eau à partir de terres agricoles irriguées doivent être évalués. De la même façon, en agriculture pluviale, l'efficience d'utilisation de l'eau est subordonnée à l'échelle considérée.
[K-23] Il y a sécheresse climatologique lorsque les précipitations sont inférieures aux niveaux normalement prévus, alors que la sécheresse agricole se produit lorsque le système hydrologique ne fournit pas suffisamment d'eau pour satisfaire les besoins des cultures et de l'élevage. La plupart des pays africains connaissent des sécheresses graves et fréquentes, ce qui explique que l'atténuation de leurs effets soit l'un des éléments-clés du futur développement de ces pays. Il n'a pas encore été établi clairement dans quelle mesure l'irrigation peut contribuer à la gestion des effets des sécheresses en Afrique subsaharienne (FAO, 1996). En Afrique, les eaux utilisées pour l'irrigation proviennent presque entièrement des précipitations locales qui sont extrêmement variables. Le rapport entre les précipitations et les quantités d'eau disponibles pour l'irrigation n'a pas encore été étudié avec précision. Cela dépend des conditions hydrologiques locales, et en particulier de l'existence de zones d'emmagasinement (naturelles). A l'évidence les petits réservoirs permettant de réguler l'alimentation en eau entre les saisons ne serviront pas à grand chose pendant des périodes de sécheresse prolongées de plusieurs années. Le coût énorme des sécheresses (ex. : chute de 16,6 % du PIB du Niger après la sécheresse de 1984, et plus de 2 milliards de dollars dépensés pour les opérations de secours pendant la sécheresse de 1991/92 dans les pays d'Afrique australe) et les souffrances inimaginables que subissent un grand nombre de gens et d'animaux (100 000 morts en Ethiopie par suite de la sécheresse de 1973) (FAO, 1996) justifient toutefois l'investissement de moyens considérables dans l'atténuation et la gestion des sécheresses.
[K-24] Par récupération de l'eau ("water harvesting"), on entend le fait de recueillir les eaux de ruissellement et de les utiliser de manière productive pour irriguer les cultures, les pâturages et les arbres, et aussi pour la consommation domestique et animale. Il s'agit donc aussi d'un changement anthropique de la répartition des eaux de pluie, qui s'effectue en faveur de l'eau verte. Le concept est simple : les eaux de ruissellement d'un bassin versant plus important sont recueillies et concentrées dans une zone plus restreinte désignée pour le stockage, soit dans le profil pédologique, soit dans des réservoirs, étangs ou citernes. La technologie est ancienne mais de nouvelles techniques, tels des engins spéciaux pour le sous-solage et la formation de diguettes suivant les courbes de niveau, peuvent accélérer la construction tout en réduisant les coûts de main d'oeuvre. Cela n'est pas forcément une bonne chose, puisque l'une des conditions de la réussite de telles entreprises est la participation des utilisateurs de l'eau à toutes les étapes d'un projet, dès le début et y compris la construction, de manière à ce qu'ils considèrent l'installation de récupération de l'eau comme leur propriété. Les autres conditions du succès sont : la motivation des usagers, fondée sur une compréhension réaliste des avantages de l'installation ; le perfectionnement et l'actualisation des mesures existantes d'économie de l'eau suivies par les habitants de la région ; et la faisabilité économique de la construction initiale et des frais d'entretien ultérieurs (plus vraisemblablement réalisables si la récupération de l'eau est intégrée dans un plan d'aménagement du territoire à l'échelle du village ou de la région associant des pratiques agricoles améliorées et l'utilisation d'intrants) (Oweis et al., 1999). Nombreux sont les systèmes de récupération de l'eau qui ont échoué parce que l'une, ou plusieurs, de ces conditions n'étaient pas remplies. La mise en place de systèmes de récupération de l'eau est souvent financée et appuyée par les ONG. Leur contribution à la sécurité alimentaire est particulièrement utile à l'échelle des villages, dans les zones où se pratique une agriculture de subsistance, puisque lorsqu'ils fonctionnent bien, ils permettent d'atténuer les effets à court terme des sécheresses climatologiques. Il est toutefois improbable, pour autant qu'on puisse le prévoir, que ces techniques aient un impact appréciable sur la production alimentaire complémentaire de l'Afrique subsaharienne, en raison de leur échelle restreinte (Rosegrant et Perez, 1995).
[K-25] Les bas-fonds des vallées intérieures correspondent aux parties supérieures des bassins versants des rivières et comprennent les fonds de vallées, leurs bordures hydromorphes et leurs périmètres d'inondation. Leurs sols sont submergés ou saturés une partie de l'année. Leur utilisation et leurs caractéristiques hydrologiques varient selon le climat et la géologie. Traditionnellement, ils étaient utilisés pour la chasse, la collecte de bois de feu, la pêche et comme pâturages en saison sèche, mais la pression démographique a provoqué leur mise en culture, surtout pour faire pousser du riz de faible rendement (FAO, 1996). En Afrique occidentale, entre 20 et 50 millions d'hectares appartiendraient à ce type de terrain, qui offre de vastes possibilités à la production alimentaire en raison de sa richesse en eau. Les documents d'information technique du Sommet mondial de l'alimentation (FAO, 1996 ; voir aussi l'exemple cité en K-16) donnent des exemples précis d'aménagements de tels bas-fonds. L'étude de ces zones montre que la fonction hydrologique de ces bas-fonds, à savoir la régularisation des crues et l'alimentation des nappes souterraines, peut souffrir du drainage non contrôlé. Toute interférence dans la répartition des eaux de pluies comporte un risque. En outre, le développement de l'agriculture gêne aussi la pêche. L'expérience a également montré que l'intensification de l'agriculture des fonds des vallées intérieures doit être intégrée à un système de production dans lequel la culture sur les pentes est mise en application.
[K-26] En admettant que (a) le taux de croissance estimé à presque 2 % par an pour toutes les céréales soit exact pour la vingtaine d'années séparant 1970 de 1990 (paragraphe K-19), (b) que les rendements aient continué à augmenter au même rythme et (c) qu'il y ait environ 150 millions de terres arables en Afrique subsaharienne (des suppositions plutôt idéalistes), un taux de croissance annuel de 2,2 % (plus élevé de 10 %) serait nécessaire pour produire dans les terres de culture pluviale un supplément de céréales équivalent à celui prévu dans les terres irriguées selon le scénario fondé sur de grands investissements dans l'irrigation. Pour suivre le pourcentage de 3 % de la croissance démographique, les rendements céréaliers sur les terres de culture pluviale devront atteindre en moyenne 2,4 T/an en 2020. Est-ce possible ? Serait-ce possible avec un meilleur aménagement du territoire et des applications d'engrais ? Ou un tel niveau d'augmentation nécessite-t-il des investissements rapides dans une irrigation d'appoint de protection sur des terres traditionnellement non irriguées ? Les avantages que peut offrir l'irrigation d'appoint appliquée à l'exploitation en culture sèche dépendent probablement de facteurs socio-économiques et culturels. Il semble que les exploitants qui pratiquent une agriculture de subsistance dans les zones d'agriculture pluviale préfèrent obtenir une récolte minimale mais stable tous les ans plutôt que des rendements parfois élevés mais plus risqués (sensibles à la sécheresse) nécessitant un niveau élevé d'intrants : engrais, variétés améliorées, mesures de protection des plantes et peut-être même un certain effort de mécanisation agricole (Brouwer et al., 1992).
[K-27] Dans ces conditions, la stratégie à privilégier serait peut-être de ne pas chercher à obtenir les mêmes augmentations de rendement sur toutes les terres de culture pluviale, mais plutôt de mettre l'accent sur une agriculture à intrants élevés sur les terres de culture pluviale qui s'y prêteraient le mieux, c'est-à-dire une agriculture qui utiliserait plus efficacement l'eau verte en combinant des techniques d'irrigation de protection et des pratiques agricoles améliorées. La conclusion de cette section est que si rien n'est fait, les niveaux de production de l'agriculture pluviale vont vraisemblablement baisser, et que les disponibilités alimentaires par habitant dans les zones rurales vont diminuer en conséquence. Il serait toutefois possible d'élever les niveaux de production, au moins dans les régions les plus productives de cultures en sec, en consentant un effort soutenu pour passer d'une production à faibles intrants à une production à intrants élevés, et en particulier en augmentant l'utilisation d'engrais. A l'heure actuelle il est impossible d'utiliser l'eau plus efficacement à cause de l'état de faible fertilité des sols, ce qui entraîne un gaspillage de l'eau déjà si peu abondante. Tant qu'il ne sera pas rentable d'appliquer des engrais en plus grandes quantités, la situation restera bloquée dans le même cercle vicieux dont on ne sortira que par un accroissement des rendements. A l'évidence, des politiques doivent être élaborées à cet égard.
Politique de l'eau et enjeux institutionnels
[K-28] Une publication récente de la Banque mondiale sur le développement rural (Banque mondiale, 1997) dit succinctement que dans de nombreux pays en développement les cadres institutionnels et les politiques agricoles pratiquent une discrimination contre le secteur rural, sous-investissent dans le développement et la diffusion des technologies, perpétuent des structures agricoles inadaptées, immobilisent des terres arables pour des activités d'élevage peu productives, sous-évaluent les ressources naturelles et par conséquent les gaspillent, sous-investissent dangereusement dans la santé et l'éducation des populations rurales, pratiquent une discrimination contre les initiatives du secteur privé dans la commercialisation des denrées alimentaires, n'entretiennent pas les infrastructures rurales existantes et n'investissent pas dans de nouvelles infrastructures. Il est conclu que sans redressement de ces politiques, institutions et modes de gestion des dépenses publiques, le monde ne saurait disposer de ressources vivrières abondantes.
[K-29] Les questions qui se posent aux dirigeants concernant l'eau portent sur la nécessité de mettre en place des droits d'usage de l'eau qui assurent des garanties en matière de quantité et de qualité de l'eau, de fixer des tarifs convenables et d'élaborer des lois qui réglementent les associations d'usagers. Des droits d'usage de l'eau protégés juridiquement sont indispensables lorsqu'il faut régler des conflits entre usagers, et aussi en lien avec les marchés de l'eau lorsque des droits, en tout ou en partie, sont transférés pour améliorer l'efficacité ou la productivité de ressources en eau. La sécurité des droits d'usage de l'eau permet à l'usager de bénéficier des technologies qui permettent d'économiser l'eau. Il faut toutefois préciser que la notion de droits d'usage de l'eau est tout à fait étrangère aux populations des zones rurales de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, tout comme d'ailleurs la fixation d'un tarif pour l'eau qui est souvent sujette à controverse. Mais il faut bien admettre que lorsque l'eau devient une denrée rare, la bonne gestion des affaires publiques impose que l'on en mesure le débit et que l'on tarifie son utilisation. Les lois sur les associations d'usagers réglementent la dévolution des droits d'usage de l'eau entre les organismes bureaucratiques centralisés et les agriculteurs ou les associations d'usagers. La dévolution présente plusieurs avantages, dont celui de donner un certain pouvoir à l'usager puisque son consentement est requis en cas de réallocation de l'eau, et qu'il reçoit une compensation en cas de transfert de l'eau. Les transactions sur les systèmes d'irrigation, en tout ou en partie, n'ont guère été pratiquées jusqu'à présent en Afrique subsaharienne et rien d'indique que les institutions communautaires seront plus à même de remédier, en ce qui concerne la distribution des ressources et l'accès à ces ressources, aux inégalités entre hommes et femmes et aux inefficacités dues à cette problématique hommes-femmes que les organismes gouvernementaux.
[K-30] Il existe des exemples de participation réussie du secteur privé dans la gestion des systèmes d'irrigation, notamment en Afrique du Sud (FAO, 1996). Les associations d'usagers ont employé des gestionnaires qui leur ont fourni les services essentiels ou des projets planifiés sans être gênés par les restrictions des procédures administratives normales. Il a été observé que l'emploi du secteur privé pour fournir des services améliore leur efficacité, leur rentabilité et leur fiabilité. Il appartient alors aux organismes gouvernementaux de faire appliquer les politiques et de surveiller l'action des gestionnaires.
[K-31] Jusqu'à une date récente, l'investissement du secteur privé a été considéré comme la source de financement et d'expertise technique la plus prometteuse, celle qui allait s'intensifier avec l'amélioration du climat économique en Afrique, et dont le secteur de l'eau allait grandement bénéficier. Les marges bénéficiaires unitaires sont beaucoup plus élevées dans les exploitations irriguées, même lorsqu'il s'agit de petites fermes irriguées par pompage. Pour exploiter complètement les capacités de l'irrigation, les agriculteurs doivent toutefois pouvoir bénéficier de toute la gamme des facteurs de production, d'un accès plus facile aux terres, du remembrement des terres par la création de coopératives de producteurs, de services d'entretien réguliers pour les systèmes d'irrigation, pour éviter que les pompes ne tombent fréquemment en panne, et de programmes de formation sur le fonctionnement, l'entretien et la réparation des systèmes. L'investissement du secteur privé semblait constituer une source importante pour un tel ensemble de mesures (FAO, 1996). L'investissement étranger direct atteignait 80 milliards de dollars US pour l'ensemble des pays en développement en 1993 et a continué à augmenter jusqu'à la crise asiatique. En 1998, les mouvements de capitaux privés vers les pays en développement ont diminué de plus de 100 milliards de dollars (The Economist, 13 février 1999).
[K-32] Les questions qui se posent concernant l'environnement se rapportent en général aux problèmes de qualité de l'eau qu'entraîne le rejet des eaux usées non traitées (y compris les eaux d'égout non traitées des villes et villages) dans les cours d'eau, les canaux d'irrigation et de drainage. Il existe déjà un cadre juridique permettant de lutter contre la pollution des eaux dans tous les pays d'Afrique du Nord et dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne, mais il a été le plus souvent impossible de faire appliquer les lois et dispositions réglementaires (Rosegrant et Perez, 1995). La privatisation des services des eaux urbains en Afrique subsaharienne, comme par exemple en Côte d'Ivoire, a permis aux populations urbaines de bénéficier plus rapidement d'eaux salubres. Grâce à cette même entente avec le secteur privé, 80 % de la population rurale de la Côte d'Ivoire a pu accéder à des points d'eau équipés de pompes à bras, ce qui a évidemment eu des répercussions sur la santé des populations rurales (Rosegrant et Perez, 1995). La protection de l'environnement repose sur l'élaboration d'un ensemble de politiques proches de celles dont ont besoin les différents usagers de l'eau (agriculture, industrie et secteur domestique), c'est-à-dire portant sur les droits d'usage de l'eau, les approches participatives qui font intervenir les communautés et les populations locales dans la gestion des zones humides, l'éducation, la sensibilisation des populations et les réglementations exécutoires. Cela revient à dire que la préservation et l'utilisation rationnelle des zones humides en Afrique subsaharienne doit faire partie intégrante de la gestion des bassins versants.
[K-33] Il semble, lorsque l'on considère de nombreux aspects importants des stratégies de gestion de l'eau, que capacité d'utilisation de l'eau, préservation, et durabilité du point de vue de l'environnement sont tout à fait complémentaires ; mais les populations croissent, les villes s'étendent et les secteurs industriels se développent, et inévitablement les impératifs écologiques concernant l'eau entrent en concurrence directe avec les besoins en eau de la consommation domestique et des activités directement productives telles l'agriculture et l'industrie. L'expérience montre, dans les autres continents et en particulier aux Etats-Unis et en Australie, que l'efficacité des organismes locaux chargés d'appliquer les règlements d'allocation de l'eau, quand ils doivent gérer des ressources en eau peu abondantes, dépend essentiellement des institutions existantes au niveau de l'état ou à l'échelon fédéral. La coordination est nécessaire dans la réglementation et dans l'application des dispositions et doit mettre à contribution aussi bien la base des usagers organisés, par exemple les organisations d'agriculteurs, que les administrations centrales (voir par exemple Peterson et al., 1993). Un système de surveillance adéquat et la volonté de respecter les règles, dans l'intérêt général et dans une perspective à long-terme, sont particulièrement indispensables. Si les règles et dispositions sont généralement mal respectées dans une société, il est improbable que cette attitude s'améliorera lorsqu'il s'agira de gérer des ressources en eau peu abondantes.
[K-34] La conclusion de cette section est calquée sur la dernière phrase de la citation de la Banque mondiale, 1997 : sans changement dans les politiques, mécanismes institutionnels et modes de gestion des dépenses publiques qui vont à l'encontre d'une gestion intégrée des ressources en eau, l'eau qui pourrait être utilisée avec succès pour améliorer la productivité agricole, aussi bien dans l'agriculture irriguée que pluviale, sera gaspillée et les disponibilités alimentaires par habitant continueront à baisser. Par contre, l'adoption de politiques et de mécanismes institutionnels appuyant une augmentation de la productivité agricole pourrait amorcer l'inversion de ces tendances et un redressement des rendements, par volume unitaire d'eau et par surface unitaire de terrain, et de la production alimentaire par habitant.
Conclusions
[K-35] De nombreuses régions d'Afrique ont été ravagées par un climat persistant de guerre civile et d'agitation politique. Le monde entier a assisté au déclin de pays qui sont passés d'une prospérité relative à des situations où les campagnes sont devenues des champs de mines et où des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées et éloignées des zones rurales pour vivre dans des camps sinistres, où elles ne peuvent plus cultiver leur terre. Ces histoires ont attiré l'attention internationale. Leur apparition répétée sur les écrans de télévision n'a pas encouragé l'idée, dans le monde occidental, que cela valait la peine de continuer à investir dans le soutien et l'amélioration des systèmes de production alimentaire de ce continent. Surtout lorsqu'il y a autant de demandes en concurrence, et dans une période où l'aide étrangère n'en finit pas de diminuer. En 1997, 21 pays de l'OCDE ont consacré en moyenne 0,22 % de leur PNB à l'aide au développement, par rapport à 0,25 % l'année précédente. L'aide extérieure totale a diminué de 12,8 % de 1996 à 1997. Quant à l'aide du G7, le groupe des grands pays riches, elle a chuté de presque 30 % en valeur réelle depuis 1992 (The Economist, 13 février 1999).
[K-36] Comme le soulignait le paragraphe K-18, l'agriculture irriguée, quoiqu'insuffisante par elle-même, est l'un des éléments nécessaires à une amélioration de la production alimentaire en Afrique subsaharienne. Il est impossible, sans les techniques convenables pour surveiller la performance matérielle des systèmes d'irrigation, d'évaluer les bénéfices que pourrait produire l'investissement dans leur perfectionnement. Ce n'est que ces dernières années que des indicateurs de performance de l'irrigation ont été définis et évalués, et leur utilisation en Afrique est loin d'être généralisée. Bien que l'obligation de rendre compte de la performance des systèmes d'irrigation publics soit rare, il est improbable que le personnel en charge de l'irrigation engage les changements nécessaires dans sa gestion sans qu'on l'encourage à améliorer la performance de manière quantifiable. La valeur des indicateurs de performance, matérielle et institutionnelle, n'est reconnue, au mieux, que pour une courte période. Un dilemme se pose donc lorsqu'il s'agit de définir des tendances. Les tendances récentes seront incertaines, mais les mesures à long-terme, par exemple les rendements, pourraient ne plus être valables, car les niveaux d'intrants risquent fort d'avoir été modifiés pendant le délai nécessaire pour amener à un niveau acceptable les incertitudes générées par les fluctuations aléatoires d'une année sur l'autre.
[K-37] Il est toutefois indéniable qu'une prise de conscience générale, mais non quantifiée, des diverses bonnes et mauvaises expériences en matière d'agriculture irriguée ou pluviale se manifeste dans l'ensemble des pays d'Afrique subsaharienne. Les conditions de réussite énumérées aux paragraphes K-14, K-15, K-17, K-24 et K-29 s'inspirent de l'analyse des meilleures pratiques, mais elles pourraient être beaucoup mieux détaillées et définies. Les leçons tirées des systèmes de production les plus prospères pourraient être appliquées à des situations différentes, puis perfectionnées. En généralisant l'augmentation possible des rendements en agriculture irriguée et pluviale, comme dans les tentatives des paragraphes K-12 et K-26, l'on fait totalement abstraction de la variabilité prometteuse du potentiel inhérent de production que présente le continent africain. Toutefois, si l'on admet que la croissance sera beaucoup plus importante dans certaines parties de l'Afrique subsaharienne que dans d'autres, cela revient inévitablement à dire que la disparité entre agriculteurs riches et pauvres augmentera nécessairement lorsqu'il deviendra encore plus impératif que maintenant de produire plus par surface unitaire et volume unitaire d'eau. Le vice-président de la Banque mondiale, M. Serageldin, pose la question suivante (Banque mondiale, 1997) : Comment faut-il répartir les ressources entre les zones favorables et celles de faible rendement ? L'aide aux premières donne une production alimentaire plus élevée, et permet de baisser les prix des denrées alimentaires pour les consommateurs ruraux et urbains, le soutien aux secondes réduit la pauvreté des zones rurales. Les terribles prédictions sur l'avenir de la production alimentaire en Afrique subsaharienne, même avec d'importants investissements dans l'irrigation et un effort généralisé pour élever les niveaux d'intrants dans l'agriculture sèche, rendent cette question encore plus lourde de sens.
[K-38] La section sur la politique de l'eau et les enjeux institutionnels donne l'impression qu'en fin de compte, tout se résume à la nécessité d'améliorer les mécanismes institutionnels régissant la gestion de l'eau. Il est probablement exact de dire qu'une telle réforme constitue l'une des conditions indispensables à une amélioration importante et durable de la production alimentaire en Afrique subsaharienne. Ce dont la région a réellement besoin, c'est d'une combinaison optimale d'améliorations portant à la fois sur les facteurs techniques et les mécanismes institutionnels, ceux-ci, dans le sens large du terme, garantissant un environnement favorable permettant aux améliorations techniques de porter leurs fruits. Malheureusement, la réforme des institutions et des politiques dans l'intérêt du plus grand nombre est une oeuvre toujours inachevée, certainement l'une des plus difficiles que l'humanité ait à accomplir.
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