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Les Boutiques d'Intrants (BI)


1. Le concept de Boutiques d'Intrants agricoles, vétérinaires et zootechniques à caractère coopératif

Les premières boutiques d’intrants (BI) à caractère coopératif initiées par le projet ont vu le jour dès 1999 et progressivement un réseau s’est développé jusqu’à couvrir aujourd’hui les 8 régions du pays. Le concept de boutiques d’intrants, maintenant reconnu et adopté par de nombreux acteurs du développement (gouvernement, ONG, fédérations de producteurs, projets, coop. bilatérales, etc), s’est développé au fil du temps grâce aux essais et expériences du projet Intrants et de ses partenaires.

 

la BI de Kongou Tondi Metchirey, autour de Niamey

la BI de Gounfara (région de Tahaoua)

la BI de Ya Gaji (région de Zinder)

 

Le terme de « boutique d’intrants » a été délibérément choisi afin d’expliciter l’opposition radicale qui existe avec le concept de « banques d’intrants » basé sur la distribution gratuite ou à crédit d’intrants largement ou totalement subventionnés. En outre, les banques d’intrants n’offrent leurs services qu’à leurs adhérents inscrits et proposent des systèmes de dépôts et de crédits (d’où le terme de banque), alors que les boutiques d’intrants, à l’instar des commerçants privés, proposent leurs services à tous.

 

Avant le Projet Intrants (avant 1999) Avec le Projet Intrants (depuis 1999)

La distribution de proximité des intrants se faisait par un certain nombre de…

 

Banques d'Intrants

 

  • Ce sont généralement des structures isolées, créées avec des appuis exclusivement extérieur
    Ä Risque de non appropriation

  • Le mode de gestion est bénévole par un comité villageois de gestion ou de la coopérative (coopérative ancienne formule)
    Ä Faible responsabilisation

  • L’approvisionnement et la distribution sont saisonniers
    Ä Risque de rupture de stock

  • Pas de diversification de services (uniquement vente d’intrants)
    Ä Entreprise peu viable

  • La vente des intrants se fait à crédit à tous les villageois
    Ä Faillite certaine

Le concept de "Banque d'Intrants" est aujourd'hui abandonné !

La distribution de proximité des intrants se fait maintenant au travers des…

 

Boutiques d'Intrants

 

  • Ce sont des entreprises, en réseau, créées avec le capital sociétaire des membres d’une OP (éventuellement avec des appuis extérieurs supplémentaires fixés à max 50%)
    Ä Appropriation par l’OP, dynamisme

  • La gestion est faite par des personnes qualifiées (formées en gestion et en marketing), rémunérées sur la base des résultats
    Ä Professionnalisation, audit possible

  • Diversification de services: vente d’intrants, location matériels agricoles, prestation de services (phytosanitaire, vaccination élevage de case,…), groupage commandes, gestion des démonstrations, appui-conseil…
    Ä Viabilité économique de l’entreprise

  • L’approvisionnement et les services de la BI sont réguliers
    Ä Continuité et adaptation des services aux besoins des producteurs

  • La vente et les services sont fournis au comptant!!!
    Ä Préservation/accroissement des fonds, durabilité de la BI

 

Les boutiques d’intrants (BI) à caractère coopératif ou de type associatif sont donc :

  1. des entités autonomes, éventuellement groupées en réseau, qui sont propriété d’organisations de producteurs (OP, union ou fédération) ;

  2. gérées par les producteurs (Comité de Gestion élu en Assemblée Générale) et pour les producteurs (vente aux membres et aux non-membres) ;

  3. régies par un règlement intérieur ;

  4. avec le fait majeur que les intrants sont vendus au comptant (vente à crédit exclue) et que la recherche du profit n’est pas leur vocation première (prix modérés).

 

Tous les acteurs et promoteurs de boutiques d’intrants reconnaissent donc aujourd’hui que la vente au comptant soit le mode unique de cession des intrants au niveau des boutiques d’intrants pour garantir :

  1. la sécurisation/développement du fonds de roulement,

  2. la régularité des réapprovisionnements,

  3. la disponibilité régulière des intrants,

  4. la couverture des frais de fonctionnement de la BI et

  5. la confiance nécessaire au développement de "crédits-fournisseurs" par dépôt-vente.

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2. Le réseau de BI aujourd'hui

Initiées par le projet intrants en 1999, les BI se sont développées au fil du temps pour constituer aujourd’hui un véritable réseau couvrant de mieux en mieux le territoire national. En effet, les BI se répartissent sur les 8 régions du pays, dans 33 départements sur 36 (seuls les départements de Bilma, N’Guigmi et Gouré n’ont pas encore de BI) et plus de 110 communes sur 157 !

 

En 2006 :
+ de 300 BI sur les
8 régions du Niger

 

Les BI se concentrent principalement dans les zones d’intenses activités agricoles, soit sur la frange sud du pays où les précipitations sont supérieures 350 mm/an, à l’exception de la région d’Agadez où les BI répondent à la demande de l’élevage et de l’agriculture d’oasis en zone saharienne.

 

(JPG, 159Ko)

la carte de distribution des BI au Niger en 2006 (PDF, 117Ko)

Régions

Nb de BI

Nb total membres

% de femmes

Agadez

      33

      2.673

       8.8%

CU Niamey

        9

         990

     46.2%

Diffa

      10

    34.293

     46.2%

Dosso

      40

    11.499

     36.8%

Maradi

      84

      2.915

     42.6%

Tahoua

      45

    15.398

     22.0%

Tillabéri

      33

    14.788

     63.3%

Zinder

      79

    11.528

     40.8%

Total

    333

    94.084

    41.9%

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3. Les rôles des BI : des services de proximité à prix modérés

La diversification et la professionnalisation des activités des boutiques d'intrants est le gage de leur durabilité. Elles remplissent aujourd'hui de nombreux rôles qui concurrent tous à offrir aux producteurs des services de proximité à prix abordables. Toutes les BI n'offrent pas l'ensemble des rôles explicités ci-dessous, en fonction des spécificités de leur zone d'implantation, certaines se spécialisent, p.ex. en vendant surtout des produits phytosanitaires dans les zones où la pression parasitaire sur les cultures est forte ou en ne proposant que des produits zootechniques et vétérinaires en zone exclusivement pastorale.

 

1

La vente au jour le jour et au comptant pour satisfaire le demande diffuse

2

Le groupage des commandes des OP
3

La location de petit matériel agricole
4

Le traitement phytosanitaire avec les brigadiers agréés
5

Les démonstrations et Champs-Ecoles-Paysans en lien avec la recherche
6

La multiplication et la vente de semences
7

Formation / Information / Appui-conseil

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4. Les centres de services

1. Qu’est-ce qu'un centre de services ?

Il s’agit de la conjonction en un même lieu de plusieurs services aux producteurs, comme la Boutique d'Intrants, l'Institution de Micro-Finance, la Radio Rurale, ... Ces services sont indépendants les uns des autres mais sont complémentaires.

 

2. L'exemple de Bokki

 

Dans un ancien bâtiment de l’Ex-Union Nigérienne de Crédit et de Coopération (UNCC) géré par une jeune Union de 13 groupements (PSSA/FAO), se trouvent réunies trois (3) fonctions complémentaires mais distinctes, à savoir :

 

crédit :
Mutuelle d’Épargne
et de Crédit (MUTEC)
stockage :
magasin de warrantage géré par l’Union
approvisionnement :  boutique d’intrants agricoles de l'Union

le centre de services de Bokki

 

Situé à 100m d’un marché hebdomadaire, c’est aussi le lieu privilégié de rencontre entre les producteurs, organisés ou non, les services techniques, les autres partenaires.

 

Depuis, d'autres localités ont également développé des centres de services aux producteurs sur le modèle de Bokki : Danthiandou, Falwel, Gabi, Zermou,  ...

 

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5. L'impact des boutiques d'intrants

L'impact des BI sur la demande diffuse est réel et immédiat  ...

En 2000,
l'installation de la BI de Karabedji fait passer la consommation d'engrais dans le village
de 500 à 3000 kg

dont 1000 kg en sachets de 1 kg !!!

 

Pour en savoir plus,
lisez également
l'étude de l'ICRISAT sur l'impact des BI, de la micro-dose et du warrantage au Niger (en anglais : PDF, 399Ko) ou l'étude de cas sur la contribution de la BI de Karabedji dans l'approvisionnement des paysans (PDF, 721Ko)

 

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6. Les points forts et points faibles des BI aujourd'hui

1. Les points forts

  1. la réponse effective à la demande diffuse et pauvre qui émane des petits paysans ;

  2. le rapprochement des intrants du producteur et l'amélioration de la disponibilité de ces intrants ;

  3. l'offre de produits et de services de proximité à prix compétitifs ;

  4. l'effet direct sur les rendements et la productivité des cultures ;

  5. la dynamisation et la responsabilisation des groupements de producteurs en tant que maître d'ouvrage de leur développement ;

  6. la concentration autour de la BI d'activités de formation (Champs Écoles, démonstrations), d'information (radio rurale, affichage, échange) et d'activités génératrices de revenus (warrantage, transformation de produits, embouche, multiplication de semences, etc) ;

  7. la collaboration avec les services locaux/régionaux de l'élevage et de la protection des végétaux.

 

2. Les points faibles

  1. l'insuffisance de formation des membres des comités de gestion des BI (gérants, secrétaires, contrôleurs, etc) qui conduit à la mauvaise tenue des documents de gestion (cahier de ventes triplicata, liste des membres, archivage des pièces, ...) ;

  2. la connaissance insuffisante par ces comités de gestion de la stratégie d'approvisionnement des fédérations faîtières ;

  3. la mauvaise gestion financière des BI (détournements, malversations et vente à crédit) ;

  4. l'inefficacité/inopérationnalité des comités de contrôle ;

  5. les stratégies contradictoires/conflictuelles de certains opérateurs (subvention par la centrale d'approvisionnement de l'État, vente de produits à bas prix par les agents de l'agriculture, etc) qui fait peser une concurrence déloyale sur les BI ;

  6. la difficulté de contrôle de la qualité des produits (surtout des semences, des produits vétérinaires et dans une moindre mesure de l'engrais) ;

  7. l'indisponibilité temporaire de certains produits sur la marché national (ex. DAP, Urée) ;

  8. la problématique du stockage des produits phytosanitaires (isolation du local de stockage, distance des habitations, des puits, gestion des stocks de produits périmés, des déchets, etc) ;

  9. la difficulté de mobiliser au niveau des villages des personnes alphabétisées et compétentes (système d'éducation de base largement défaillant et exode rural systématique dès qu'un minimum d'éducation est acquis).


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