Selon un rapport du Service de la production animale (AGAP) du Département de l’agriculture (AG), le mûrier, en termes d’éléments nutritifs digestibles, produit plus que la plupart des fourrages. Les feuilles peuvent être utilisées comme aliment principal pour les chèvres, les moutons et les lapins, comme suppléments remplaçant les concentrés pour le bétail laitier, et comme ingrédient dans l’alimentation des animaux monogastriques, tels les porcs. "Il est surprenant," déclare Manuel Sánchez, spécialiste de la nutrition animale, qui a récemment contribué à l’animation d’une conférence électronique de l’AGAP sur le mûrier, "qu’une plante utilisée pour nourrir les vers à soie, dont les besoins nutritionnels sont très élevés, ait si peu intéressé les éleveurs, les techniciens et les chercheurs de l’élevage."
Une gamme de milieux. Au cours des siècles, les mûriers ont accompagné la propagation la production du ver à soie dans le monde - des zones tempérées de l'Europe et de l'Amérique du Nord aux zones tropicales de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique latine. Les variétés de mûrier se sont adaptées à toute une gamme de milieux, allant du niveau de la mer à des altitudes de 4 000m, des tropiques humides aux terres semi-arides du Proche-Orient. Mais rares sont les endroits où ils ont été utilisés pour l'alimentation du bétail.
Les choses ont changé dans les années 80, au Costa Rica, lorsqu'un agriculteur, qui avait planté des mûriers pour un projet de ver à soie abandonné entre temps, a nourri ses chèvres avec les feuilles. Impressionné par l'appétibilité apparente du mûrier et par les performances de ses animaux, a fait part de son expérience aux spécialistes du Centre agronomique tropical de recherche et d'enseignement (CATIE, Costa Rica), qui ont décidé d'inclure le mûrier dans leurs évaluations de fourrages arbustifs. A peu près au même moment, le Centre international pour la recherche en agroforesterie au Kenya et le Livestock Production Research Institute en Tanzanie ont aussi démarré, de manière indépendante, des essais agronomiques et des essais sur l'animal de l'arbre.
Dans des essais sur des porcs en cours de croissance, la prise de poids journalière passait de 680g à près de 750g lorsqu'on remplaçait 15% d'un concentré commercial par des feuilles de mûrier. Des lapins Angora, à qui on offrait des feuilles de mûrier, réduisaient leur consommation de granulés de près de 40%, ce qui représente une économie considérable en coûts d'alimentation. D'autres chercheurs ont constaté qu'en ajoutant de la farine de feuilles de mûrier séchées aux aliments farines pour pondeuses, on améliore la couleur du vitellus, et on augmente le calibre et la quantité des oeufs produits.
"La lenteur du processus de sélection et d'amélioration du mûrier l'ont rendu comparable - et souvent supérieur - à beaucoup d'autres plantes fourragères en termes de valeur nutritionnelle et de rendement des éléments nutritifs digestibles par unité de surface, notamment dans les milieux tropicaux" déclare Manuel Sánchez (FAO). "Le rendement, la qualité et sa disponibilité dans le monde entier font du mûrier une option très importante pour intensifier les systèmes d'élevage, notamment là où l'on peut appliquer suffisamment d'éléments nutritifs pour obtenir une réponse maximale en production de biomasse. C'est dans les zones tropicales que l'impact immédiat serait le plus grand s'il était utilisé comme supplément pour les vaches en lactation et comme aliment pour les veaux".
Fourrage stratégique. Par ailleurs, le Service des cultures et des herbages (AGPC) de la FAO, s'emploie à promouvoir le figuier de Barbarie comme fourrage stratégique dans les zones arides et semi-arides. L'idée d'utiliser Opuntia pour nourrir le bétail n'est pas récente - au cours du dix-neuvième siècle, son commerce était très actif dans les régions d'élevage du Texas (Etats-Unis) ; les figuiers de Barbarie, sauvages ou cultivés, sont utilisés aujourd'hui en Tunisie, au Mexique et en Afrique du Sud comme fourrage d'urgence dans les périodes de sécheresse. Mais, une étude FAO de 1995 a conclu que des recherches étaient nécessaires sur le figuier de Barbarie et a recommandé "une recherche-développement sérieuse dans le cadre d'un programme bien défini". Depuis lors, l'AGPC s'est employé à mettre en place un réseau international de coopération technique sur le figuier de Barbarie, à démarrer une banque d'information sur les variétés horticoles, et à parrainer une série de congrès et d'ateliers internationaux sur la plante.
En Afrique du Nord et au Proche-Orient, Opuntia est maintenant une culture de subsistance importante; on estime que 700 000 à un million d'hectares ont été plantés, essentiellement dans les zones à faible pluviosité, pour fournir des aliments de bétail pendant les périodes de sécheresse (afin d'encourager les plantations, le Gouvernement tunisien fournit gratuitement aux agriculteurs du matériel végétal et subventionne les coûts de préparation et d'entretien des sols). Le figuier de Barbarie, non seulement apporte du fourrage, mais aide à réduire la pression sur les points d'eau durant l'été et les périodes de sécheresse - la recherche montre que la consommation d'eau du mouton est à peu près nulle lorsque l'apport atteint environ 300 g, en poids de matière sèche, par jour.
L'AGPC met en garde que le figuier de Barbarie n'apporte pas une alimentation équilibrée - il doit être associé à des aliments riches en lest (comme par exemple la paille et le foin) et doit être complété avec de l'azote. Toutefois, il n'a pas son pareil comme aliment d'urgence et source fiable de fourrage dans les zones à faible pluviosité.
Publié en septembre 2000