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Focus / 2001

Labour zéro: lorsque moins veut dire plus

Une technique agricole de conservation permet aux cultivateurs de blé de l'Asie du Sud d'accroître la productivité et de préserver leurs ressources naturelles - en consacrant moins de temps à la préparation du terrain
    Il semble que la croissance des rendements céréaliers commence à diminuer dans de nombreuses zones agricoles à potentiel élevé

En Asie du Sud, les plaines indo-gangétiques - une zone de 120 000 km2 qui s'étend du Pakistan au Bangladesh, en passant par le Népal et l'Inde - ont été le berceau de la Révolution verte des années 60. Grâce à des variétés améliorées de blé et de riz, à l'irrigation et à des doses d'engrais plus élevées, les agriculteurs ont pu multiplier par deux la production de riz et par près de cinq la production de blé en tout juste trois décennies. De ce fait, on a assisté à une hausse régulière des revenus et des emplois agricoles, et à une amélioration considérable de la sécurité alimentaire dans la région.

Cependant, ces mêmes agriculteurs, et la population croissante de l'Asie du Sud, doivent faire face aujourd'hui à une situation beaucoup moins rassurante. Les superficies consacrées au riz et au blé se sont stabilisées, et leur expansion est peu vraisemblable. Dans le même temps, il semble que la croissance des rendements céréaliers commence à diminuer dans de nombreuses zones agricoles à potentiel élevé, du fait probablement de l'épuisement des éléments nutritifs du sol, de la baisse des teneurs en matières organiques, et de l'augmentation des populations d'adventices, d'agents pathogènes et de ravageurs. Le défi que doit relever la région est donc de continuer à accroître la productivité tout en rendant l'agriculture plus efficace, écologiquement rationnelle et durable.

Ce n'est pas en augmentant l'irrigation et les engrais chimiques que l'on pourra résoudre le problème. Au contraire, de récentes recherches semblent indiquer que les agriculteurs pourraient produire plus - tout en préservant leurs bases de ressources naturelles - en abandonnant les pratiques actuelles de labour et de hersage au profit du "labour zéro ", une technique simple de semis avec peu ou pas de préparation du terrain.

Rendements plus élevés à moindre coût. Selon la FAO, le labour traditionnel à l'aide de tracteurs et de charrues est l'une des principales causes des importantes pertes en terres que connaissent de nombreux pays en développement. "Avec l'apparition des tracteurs, les agriculteurs ont commencé à croire que plus on laboure le sol, meilleurs sont les rendements," nous dit José Benites du Service de gestion des terres et de nutrition des plantes du Département de l'agriculture. "En réalité, l'augmentation des labours est cause d'érosion et de dégradation des sols, notamment dans les zones plus chaudes où la couche arable est mince. Les sols dans les pays tropicaux n'ont généralement pas besoin d'être labourés. La meilleure façon culturale consiste à laisser une couche protectrice de feuilles et de tiges de la récolte précédente sur le sol. Les systèmes de labour zéro donnent des rendements plus élevés à des coûts moindres, permettent des économies de combustible et évitent l'usure du matériel."


Agriculture de conservation
Le labour zéro est l'une des techniques utilisées dans l'agriculture de conservation, qui vise à renforcer et à maintenir la production agricole en préservant et en améliorant les ressources en sols et en eaux ainsi que les ressources biologiques. En substance, cette technique maintient une couverture organique permanente ou semi-permanente (par exemple, une récolte sur pied ou du paillis) qui protège le sol contre le soleil, la pluie et le vent et permet aux micro-organismes et à la faune d'assurer le travail du sol et l'équilibre des éléments nutritifs - un processus naturel perturbé par le labour mécanique. Outre le labour zéro, les éléments importants de l'agriculture de conservation sont notamment le semis direct et la rotation des cultures afin d'éviter les problèmes de maladies et de ravageurs. Pour plus de détails, consultez le site web du Département de l'agriculture sur l'agriculture de conservation (en anglais)...

  
Dans les plaines indo-gangétiques, les spécialistes estiment que les systèmes de labour réduit et de labour zéro permettraient également de supprimer l'une des causes principales des faibles rendements de blé - les semis tardifs du blé dus en partie à la récolte elle-même tardive du riz de la précédente campagne. En outre, le temps consacré par les agriculteurs à la préparation du terrain après la récolte de riz fait que le blé est souvent semé bien après la date optimale du 20 novembre. "Avec les charrues à traction animale, les agriculteurs font de six à 10 passages pour préparer un lit de semences pour le blé," observe un rapport récent du Consortium riz-blé pour les plaines indo-gangétiques, un programme mixte auquel participe le Bangladesh, l'Inde, le Népal et le Pakistan, ainsi que des centres internationaux de recherche agricole. "Les tracteurs permettent de préparer le terrain plus rapidement pour le blé après la récolte de riz, mais il est courant de faire six à huit passages avec l'instrument aratoire."

Le rapport cite les résultats d'essais en exploitation qui montrent que le labour réduit ou le labour zéro permet généralement des rendements de blé plus élevés, ou tout au moins équivalents, à ceux obtenus à l'aide de façons culturales conventionnelles. La méthode la plus simple consiste à semer en surface, méthode déjà utilisée couramment dans certains régions de l'Inde orientale et au Bangladesh, qui consiste à semer le blé à la volée avant de récolter le riz. Des essais effectués au Népal ont montré que, dans des conditions d'humidité suffisante du sol, cette technique donne des rendements nettement supérieurs à ceux obtenus avec un labour normal, en partie parce qu'elle permet de semer 15 jours plutôt. Le coût de préparation du terrain étant nul, les revenus sont également supérieurs.

Une autre méthode qui donne des résultats intéressants a été introduite en Chine: il s'agit d'un labour minimum avec un tracteur à deux roues, utilisant un rotavator peu profond suivi d'un semoir à six rang, ce qui permet de préparer le terrain et de semer en une seule opération. En Inde, une version à quatre roues permet de gagner du temps en ne labourant que la bande de terre où la semence est plantée, au lieu de toute la superficie. Dans les terres à rendement plus élevés et à mécanisation plus intense au nord-ouest de l'Inde et au Pakistan, les agriculteurs utilisent un semoir mixte (grains et engrais) tiré par un tracteur, ce qui permet de placer les semences directement dans les chaumes de riz encore debout sans aucun labour. Ce procédé réduit également les problèmes d'adventices - le sol étant moins travaillé avec le labour zéro, moins de graines étrangères sont exposées et donc moins de graines germent.

  
Atelier international  L'agriculture de conservation afin d'assurer la sécurité alimentaire et la protection de l'environnement dans les systèmes de cultures associant riz et blé en Asie du Sud est le thème d'un atelier international organisé au Pakistan en février. L'atelier est parrainé par le Ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de l'élevage du Pakistan en collaboration avec la FAO, le CIMMYT et l'IWMI. Tous les détails ici (en anglais)...
Plantation sur ados. Enfin, le consortium étudie l'utilité des systèmes de plantation sur ados (plantation entre sillons ou sur billons), une technique aujourd'hui largement utilisée au Mexique pour améliorer l'efficacité de l'irrigation et des engrais, et réduire les applications d'herbicide. "L'un des avantages de ce type de plantation apparaît lorsque les ados sont conservés à moyen terme, qu'ils ne sont pas détruits et reformés pour chaque récolte," indique le rapport. "Dans ce système, le blé est récolté et la paille est laissée ou brûlée, et les ados sont reformés en passant une charrue dans les sillons. On peut alors semer la prochaine récolte (soja, maïs, tournesol, coton) dans les chaumes sur le même ados."

Le consortium avertit que le labour réduit ou le labour zéro est une technique qui nécessite des ajustements au niveau des autres pratiques agricoles. Par exemple, avec le labour zéro l'application des engrais doit respecter un calendrier rigoureux lorsque le blé est semé en surface, et des études sont nécessaires pour déterminer les effets des résidus de surface sur le carbone organique et l'azote total du sol dans les systèmes riz-blé. De plus, certaines variétés de blé ont de meilleurs rendements avec un labour zéro que d'autres. Le rapport conclut: "Pour chaque option de labour, il faut mettre au point des pratiques complémentaires. Il est temps de renforcer la recherche sur ces technologies afin de pouvoir les adapter et les promouvoir. Les avantages que les agriculteurs et l'économie du pays pourront en tirer dépassent de loin les éventuels inconvénients."

  • Visitez le site web du Rice-Wheat Consortium for the Indo-Gangetic Plains
  • Informez vous sur l'Agriculture de conservation (en anglais)
  • Voir aussi Focus: Menace de crise dans le secteur rizicole en Asie

Publié en janvier 2001
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