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Focus / 2001

"Les prix du jour ..."

Pour les services d'information sur les marchés agricoles, le principal problème est celui de porter l'information à la connaissance des agriculteurs. Les stations de radio FM locales peuvent être une solution
Dans les districts horticoles de l'Indonésie, un des programmes radiophoniques les plus populaires est le bulletin quotidien d'information sur les prix de marché des légumes. À l'autre bout du monde, au Mali les cultivateurs branchent leur poste sur un réseau national de stations de radio pour avoir les toutes dernières informations sur les prix des cultures vivrières. Et dans la région orientale du Ghana, les jours de marché les agriculteurs locaux et ceux du Togo voisin attendent avidement le bulletin matinal sur les prix que transmettent les stations FM locales.

Ces exemples montrent comment les services d'information sur les marchés agricoles (SIM) - qui sont chargés de la collecte et de la diffusion d'informations sur les prix des produits agricoles - tentent de résoudre leur principal problème: porter l'information à la connaissance des agriculteurs. Selon Andrew Shepherd du Groupe de la commercialisation et des approvisionnements agricoles d'AG, " dans les pays en développement, les producteurs ont aujourd'hui plus que jamais besoin d'informations à jour sur les marchés. Celles-ci leur permettent de planifier leur production en fonction de la demande, de programmer leurs récoltes au moment le plus avantageux, de décider à quels marchés envoyer leur production, et de traiter avec les négociants en meilleure connaissance de cause."

Malheureusement, déclare Shepherd, dans bien des cas les SIM "n'ont pas été d'une grande utilité jusqu'à présent". Une enquête menée par la FAO au milieu des années 90, a révélé que des services d'information sur les marchés avaient été mis en place dans bon nombre de pays en développement, mais que la grande majorité d'entre eux se concentraient sur la collecte de données et fournissaient bien peu d'informations commercialement utiles à la communauté agricole.

  
Quoi produire, quand vendre ...
En Europe orientale et dans les pays de l'ex Union soviétique, la fin de la planification centralisée a laissé aux agriculteurs la charge de trouver des acheteurs pour leurs récoltes et de décider "quoi produire" et "quand vendre". De la même façon, à la suite du démantèlement des monopoles commerciaux de l'État, les cultivateurs africains doivent apprendre à gérer les forces du marché. L'accès aux informations sur les marchés aide également les agriculteurs à tirer parti des occasions nouvelles qui s'offrent à eux: la rapide augmentation de la demande de denrées alimentaires dans les villes, la diversification des cultures de valeur, et l'essor du commerce international des aliments frais.

Diffusion localisée de l'information. Les conclusions de la FAO - ainsi que le déplacement vers une production axée sur le marché dans les pays en développement (voir l'encadré à droite du texte) - ont incité les services d'information sur les marchés à adopter une nouvelle stratégie consistant à diffuser les prix localement par radio. En Afrique, explique Andrew Shepherd, "c'est la récente prolifération des stations de radio FM privées qui rend possible une diffusion véritablement localisée de l'information sur les marchés". Ainsi par exemple, en Ouganda, un nouveau SIM recueille chaque semaine les prix de 28 produits dans 19 districts, et il assure la diffusion de ces informations à l'échelon national. En complément des émissions de Radio Ouganda, les stations FM locales diffusent des bulletins d'information sur les conditions de transport locales, sur le volume des transactions, et sur le nombre et le type d'acheteurs. Chose importante, ces bulletins sont diffusés dans les langues locales.

La radio est également le moyen de diffusion préféré au Mali, dont le service d'information sur les marchés a été radicalement restructuré en 1999 - le gouvernement a pris en charge le financement du service jusque là assuré par plusieurs donateurs, en a confié la gestion à la Chambre d'agriculture du Mali (APCAM) et a mis en place 22 bureaux décentralisés dans tout le pays. Liées par contrat à l'APCAM, 24 stations de radio locales diffusent désormais les informations sur les prix et la production rassemblées par ces unités. Au Ghana, où des informations sur les prix sont recueillies dans de nombreux marchés locaux, le SIM national ne tire pas encore pleinement parti des quelque 45 stations FM locales qui opèrent aujourd'hui dans le pays. Toutefois, un programme pilote centré sur le marché d'Asesewa, dans la région orientale, a utilisé efficacement trois stations FM, desservant des groupes linguistiques différents, pour encourager les agriculteurs à aller au marché au moment où les prix sont les plus favorables.


Boîtes, tas, sacs

La FAO invite les radioreporters opérant dans les villes à faire preuve de prudence lorsqu'ils recueillent et interprètent les informations sur les marchés. Par exemple, dans une grande partie de l'Afrique, les denrées sont souvent vendues à la "boîte", au "tas" ou encore au "sac", dont le volume varie selon le produit et d'un site Avec des unités de mesure aussi variables, les informations sur les prix risquent de pas être précises.

 
Bien d'autres pays d'Afrique sont toutefois encore dépourvus d'une chaîne de radiodiffusion privée et même là où il en existe, il est fréquent que les stations FM ne diffusent pas d'informations sur les marchés (par exemple en Afrique du Sud) ou bien qu'elles ne le fassent que lorsqu'elles sont payées pour cela par des projets financés par des donateurs ou par des ONG (Mozambique). "De telles initiatives peuvent être nuisibles", fait observer Shepherd, "car les stations en viennent à considérer les programmes d'information sur les marchés au même titre qu'une annonce publicitaire payante. Les arrangements de ce type sont inévitablement destinés à prendre fin dès que l'aide des donateurs viendra à manquer". Une démarche plus viable consisterait à promouvoir ces programmes comme un service public susceptible d'attirer un vaste auditoire rural et donc, des annonceurs payants.

Internet et téléphones cellulaires. es stations de radio africaines pourraient accomplir elles-mêmes une grande partie de la tâche de collecte de données, grâce à la diffusion de la technologie des communications dans la région. En Afrique du Sud, par exemple, le site web Agritel (http://www.agritel.co.za/) offre chaque jour des informations sur les prix pratiqués dans tous les marchés de gros du pays, tandis que le marché à terme du pays (http://www.safex.co.za/) communique les prix des contrats à terme pour les céréales.

Là où Internet n'est pas accessible, les télécopieurs, les téléphones mobiles et les ordinateurs le sont en revanche bien souvent. Au Cambodge, une station de radio FM de Phnom Penh diffuse chaque jour les informations sur les marchés directement fournies par un reporter qui arpente les marchés de la ville muni d'un téléphone portable pour relever les prix et interroger les commerçants et les consommateurs. Selon Shepherd, "en Afrique, la disponibilité grandissante de réseaux de téléphonie mobile ou cellulaire permet de recueillir les informations localement, tandis que leur traitement et leur distribution aux stations de radio pourraient être centralisés, comme en Ouganda".

Si la technologie moderne de l'information effleure encore à peine bon nombre de pays en développement, d'après Shepherd ses potentialités commencent à être perçues, souvent dans les zones agricoles longtemps associées à la pauvreté rurale. "Au Mali, huit de ces unités SIM décentralisées sont reliées par un système de radiotéléphone FM et équipées de modems, ce qui leur permet de communiquer par courrier électronique les informations sur les prix dont elles disposent aux autres unités et au bureau central à Bamako. Aujourd'hui les agriculteurs demandent à utiliser ce système pour transmettre des offres d'achat-vente, ouvrant ainsi la voie au commerce électronique des cultures vivrières."

  • Téléchargez ou commandez le guide FAO Les services d'information sur les marchés
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Publié en avril 2001
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