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Focus / 2002

  

Bétail infesté par la tique sur l'île de Barbados

Lutte contre la tique dans les Caraïbes

Un programme de la FAO d'éradication de la tique tropicale du genre Amblyomma aide à relancer l'élevage, à réduire les importations de boeuf et à renforcer la sécurité alimentaire...

Les pays des Caraïbes ont remporté une victoire importante dans leur lutte contre la tique tropicale du genre Amblyomma (Amblyomma variegatum), un parasite qui a dévasté les troupeaux de bovins dans les îles de la région. En février, Anguilla et Montserrat ont été déclarées "provisoirement exemptes" de la tique et ajoutées à une liste croissante d'états insulaires où A. variegatum et les maladies qui y sont associées ont été éliminées.

"Le mot 'provisoirement' ne contient pas d'incertitudes cachées," déclare Rupert Pegram, directeur d'un programme d'éradication de la tique mené conjointement par la Communauté des Caraïbes (CARICOM), la FAO et l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture. "Aucune île ne peut être déclarée techniquement 'totalement exempte' parce que plusieurs îles voisines luttent toujours contre le ravageur. Il faudra que la tique soit éliminée de l'entière région des Caraïbes avant que toutes les îles puissent enfin pousser un soupir de soulagement."

Infestation du bétail. Originaire d'Afrique, la tique aux couleurs vives menace la production animale et la sécurité alimentaire dans les Caraïbes depuis 1828, lorsque le premier bovin infesté, provenant du Sénégal, a été importé en Guadeloupe. Au cours du vingtième siècle, les déplacements du bétail et des oiseaux migrateurs ont propagé le parasite dans 12 autres îles des Caraïbes.

Amblyomma variegatum occasionne des dégâts très importants: elle est le principal vecteur de Cowdria ruminantium, un micro-organisme qui est responsable de la cowdriose (péricardite exudative infectieuse) chez les animaux domestiques, et est aussi associé avec une prévalence accrue à la dermatophilose aiguë, une maladie bactérienne du bétail. Ces deux maladies peuvent tuer le bétail et réduire la production de lait et de viande. Sur l'île de Saint Kitts, des flambées de dermatophilose à la fin des années 80 ont réduit le nombre des bovins de 5 800 à 400, des ovins de 9 250 à moins de 800, et des caprins de 7 200 à 950. Sur l'île voisine de Nevis, la dermatophilose a tué neuf têtes de bétail sur dix en 10 ans à peine. Avec l'effondrement de la production locale de viande et de lait, les importations ont augmenté pour faire face à la demande intérieure et aux besoins du secteur touristique.

Les cas de cowdriose - maladie qui entraîne généralement la mort dans la semaine qui suit l'apparition des signes cliniques - ont été cironscrits à Antigua, mais les vétérinaires sont d'accord pour dire qu'il s'agit de la menace la plus grave: en cas de transfert sur le continent américain, elle pourrait être propagée rapidement par deux tiques indigènes, dont on a montré à titre expérimental qu'elles pouvaient transmettre la maladie. Les pertes économiques potentielles ont été estimées à plus de 760 millions de dollars (estimation prudente).

Consciente que l'éradication de la lutte offrait la possibilité de relancer le secteur de l'élevage, de réduire les importations et de renforcer la sécurité alimentaire, CARICOM a demandé l'aide de la FAO et de l'IICA pour lancer le Programme pour l'éradication de Amblyomma variegatum dans les Caraïbes en 1995. "Au début, nombreux étaient ceux qui doutaient que le programme puisse atteindre un jour son objectif," dit Rupert Pegram. "L'éradication de la tique est subordonnée à un programme lourd et rigoureux de traitements chimiques qui sont effectués toutes les deux semaines pendant au moins deux ans. Mais les éleveurs sont très souvent absents, et la plupart des animaux errent librement. Cependant, les secteurs publics et privés ont trouvé peu à peu les moyens de se concerter, et une nouvelle ère s'est ouverte dans laquelle les techniciens, les politiciens, les hommes de terrain, les propriétaires d'animaux et les entreprises privées ont travaillé dans un but commun."

Programmes de traitement. La stratégie du Programme pour l'éradication de Amblyomma variegatum dans les Caraïbes repose sur la participation active des propriétaires d'animaux et des communautés locales, grâce


   
à des campagnes intensives d'information publique et à l'appui d'équipes de santé animale qui fournissent une formation et garantissent que les agriculteurs respectent les programmes de traitement. A ce jour, des projets nationaux de lutte contre la tique ont été exécutés (voir carte à gauche) dans les îles suivantes: Anguilla, Antigua, la Barbade, la Dominique, Montserrat, Saint Kitts-et-Nevis, et Sainte Lucie, et - dans le cadre d'un plan complémentaire, le Plan Poseidom - sur les îles de langue française de la Guadeloupe, La Désirade, Marie Galante, Saint Martin et la Martinique. Le Programme d'éradication a aussi créé une unité régionale qui assure la coordination générale, la fourniture en gros d'acaricides, donne des avis sur la législation en matière de quarantaine, la préparation de matériel de vulgarisation, la recherche appliquée et l'appui technique.

La campagne a remporté ses premières victoires à Sainte Lucie et à Saint Kitts, toutes deux ayant été déclarées "provisoirement exemptes" de la tique à la fin des années 90. Sur Saint Kitts, le nombre de têtes de bétail est passé de 400 à 3 500, et la production locale de boeuf remplace progressivement les importations. Les spécialistes du Programme d'éradication estiment que le bétail utilisé actuellement dans les îles exemptes de la tique sera remplacé par des animaux à plus forte productivité, qui seront sources de profits supplémentaires importants.

Le programme s'est trouvé confronté à ce qui aurait pu se traduire par un échec majeur en 2000, lorsque de nouveaux foyers de tique se sont déclarés à Sainte Croix et à Saint Vincent, mais ils ont été circonscrits et éliminés. Aujourd'hui, quatre des neuf îles des Caraïbes qui faisaient partie à l'origine du Programme d'éradication ont réussi à éliminer le ravageur. La FAO estime que la Barbade et la Dominique "ne sont pas très loin derrière" - des études de terrain approfondies montrent que la situation de "provisoirement exemptes" devrait être possible avant la fin 2002. A ce moment là, plus de la moitié des îles infestées par la tique auront gagné leur bataille.

La guerre contre Amblyomma variegatum n'est pas terminée, prévient Rupert Pegram - sur Antigua, par exemple, la tique sévit depuis plus d'un siècle. "La surveillance systématique se poursuivra sur toutes les îles jusqu'à ce que la région toute entière soit exempte de la tique tropicale du genre Amblyomma," dit-il. "Les succès obtenus à Saint Kitts, Sainte Lucie, Anguilla et Montserrat sont une stimulation pour les îles voisines qui sont parfois découragées. La stratégie des secteurs public et privé qui travaillent main dans la main a montré que l'éradication de la tique n'était pas seulement un rêve mais bien une réalité."

Les tiques sont synonymes de problèmes...
Comme les mouches et les puces, les tiques sont des arthropodes qui n'appartiennent pas à la classe des insectes - mais à la classe des Arachnides (comme les araignées et les acariens). Les espèces de tique sont très diverses mais ont en commun un cycle de vie qui suit trois stades - larve, nymphe et adulte - durant lesquels elles se nourrissent du sang de différents hôtes. Lorsqu'elles sont attachées, elles provoquent des irritations et des infections de la peau, et quelque fois de l'anémie. Les tiques sont vectrices de maladies débilitantes et souvent mortelles, qu'elles transmettent d'un hôte à l'autre. Les maladies les plus importantes transmises par les tiques sont la theilériose bovine, la cowdriose, l'anaplasmose et la piroplasmose.

Amblyomma variegatum

  • Consultez le site web du Programme pour l'éradication de Amblyomma variegatum dans les Caraïbes
  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les Tiques, avec l'aimable concours de notre Service de la santé animale
Publié en mai 2002
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