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Focus / 2003

   
Zones à risque de peste bovine, années 80
Zones à risque de peste bovine, 2003

La peste bovine en état de siège

En 2010, il pourrait s'agir de la deuxième maladie éradiquée dans l'histoire de l'humanité après la variole...

Selon les experts de la FAO, le virus responsable de la peste bovine, une maladie dévastatrice des ruminants, aurait désormais disparu dans trois de ses derniers réservoirs: le Pakistan, le Soudan et le Yémen. Des efforts sont en cours pour localiser et éliminer les dernière traces du virus dans la Corne de l'Afrique afin que d'ici 2010 le monde puisse être déclaré totalement indemne de la maladie. La peste bovine serait ainsi la deuxième maladie éradiquée dans l'histoire de l'humanité, après la variole.

La peste bovine est depuis toujours le fléau le plus redouté des éleveurs, une maladie virale extrêmement infectieuse qui peut décimer des populations entières de bovins et de buffles. Le virus ne touche pas directement l'être humain mais, dans les régions qui dépendent du bétail pour la viande, les produits laitiers et la traction animale, la peste bovine a causé une famine diffuse et infligé de graves dégâts économiques et sociaux. Une flambée épidémique de peste bovine qui a frappé une grande partie de l'Afrique au début des anées 80 a causé des pertes estimées, au bas mot, à 2 milliards de dollars.

Dans le cadre du le Programme mondial d'éradication de la peste bovine de la FAO, les experts de la santé animale s'efforcent de réduire l'incidence de l'infection à zéro. "Les derniers foyers de la maladie doivent être localisés, circonscrits et éliminés," déclare Peter Roeder, Secrétaire du Programme. "Toutes les suspicions de la maladie doivent être vérifiées et les mesures nécessaires prises. Il faut pour cela des programmes locaux novateurs dans des régions isolées et parfois peu sûres. Les moyens existent, il ne reste qu'à les appliquer."

Succès au Pakistan, au Soudan, au Yémen. En Asie, le dernier foyer de peste bovine a été signalé au Pakistan dans la Province de Sindh, en octobre 2000. Depuis lors, les enquêtes menées avec le soutien de l'Union européenne et de la FAO semblent indiquer que la maladie n'est plus présente dans le pays. "L'éradication serait un succès remarquable pour les autorités pakistanaises," déclare Peter Roeder. "Même les récents déplacements massifs de buffles et de bovins des provinces de Sindh et du Punjab vers l'Afghanistan, avec quelques échanges avec l'Iran, n'ont pas été accompagnés de peste bovine. Il est concevable que l'Asie soit désormais indemne de peste bovine pour la première fois depuis des millénaires, même si, naturellement, il faudra un certain temps avant de pouvoir le certifier selon les directives internationales."

Au Yémen, qui importe des bovins en provenance d'Asie et d'Afrique, des études récentes, prises en charge par la FAO laissent entendre que la maladie a disparu depuis cinq ans environ, alors qu'elle était endémique depuis au moins les années 70. Cette assurance est due aux efforts concertés de surveillance du Gouvernement du Yémen et de la FAO, avec la participation des éleveurs. Le processus a bénéficié d'une formation en matière d'identification de la maladie, de notification et de suivi des enquêtes.

La vaccination de masse d'un million de bovins dans le sud-est du Soudan entre mai 2001 et mai 2002 aurait complètement éliminé le virus du pays. La campagne a démarré à la fin des années 80 lorsque l'UNICEF rencontre une résistance à son programme de vaccination des enfants au sud du Soudan. "Vaccinez notre bétail avant de vacciner nos enfants, car si nos animaux meurent, nos enfants mourront de toutes façons," sont les mots que prononcèrent les villageois, qui redoutaient la peste bovine plus que toute autre maladie. Avec le concours de la Tufts University et d'organisations non gouvernementales, l'UNICEF a lancé un programme Bovins dans le cadre de l'Opération Survie Soudan. Un nouveau vaccin ne nécessitant pas de conservation à de très basses températures, a considérablement aidé l'initiative. Celle-ci a également bénéficié du soutien d'un réseau de santé animale communautaire; des éleveurs respectés ont appris comment servir leur communauté - avant tout, vacciner les animaux contre la peste bovine.

Victime de la peste bovine
La FAO a pris en main l'Opération Survie Soudan en 2000 et, en collaboration avec de nombreux partenaires, a circonscrit le dernier réservoir de la peste bovine, les troupeaux des tribus Murle et Jie. Au beau milieu du bush, sans routes ni infrastructures, la campagne de vaccination devait opérer des deux côtés d'une zone victime d'un conflit. "La FAO était la partie neutre qui pouvait travailler des deux côtés", explique Peter Roeder . "Nous avons orienté la campagne vers l'éradication plutôt que vers le contrôle. Nous avons mobilisé tous les acteurs - ONG, éleveurs, gouvernement - pour vacciner environ 1 million de bovins appartenant aux tribus Murle et Jie, du bétail qui n'avait jamais été vacciné efficacement auparavant."

Des missions qui se sont rendues récemment au Soudan dans le cadre de l'Opération Survie Soudan et du Programme panafricain de contrôle des épizooties (PACE) n'ont trouvé aucune trace du virus, fait-il remarquer. "Si ceci est confirmé, il s'agira d'une réalisation remarquable pour toutes les parties concernées, obtenue grâce à une action concertée et soutenue pendant des années, en dépit de graves obstacles."

Dernier bastion. Le virus de la peste bovine pourrait s'échapper de son dernier bastion, qui semble se limiter aux troupeaux de bétail sur les parcours semi-arides de la Corne de l'Afrique, compromettant ainsi les récents progrès réalisés dans l'éradication de la maladie, alerte la FAO. Si cela arrivait, ce ne sont pas seulement les pays frontaliers qui sont menacés par les déplacements et les échanges mais, à travers la Mer Rouge, toute la Péninsule arabique voire même l'Asie. "Le 'système pastoral somalien', qui comprend le sud est de l'Ethiopie, le nord-est du Kenya et le sud de la Somalie, est aujourd'hui le grand défit que nous avons à relever," indique Peter Roeder. "Il est à peu près certain qu'il s'agit du dernier refuge du virus dans le monde, même si nous ne savons pas exactement où il se trouve à l'heure actuelle."

Le virus a été "vu" pour la dernière fois au Kenya en 2001, lorsque la maladie a été diagnostiquée dans les buffles du Meru National Park et confirmée plus tard par des tests effectués au Laboratoire de référence mondial pour la peste bovine (Royaume-Uni). Les enquêtes menées récemment dans le cadre du PACE dans les régions au sud de la Somalie n'ont pas relevé de cas de peste bovine, mais il semble certain que le virus survit dans une ou plusieurs des trois régions géographiques du système pastoral somalien. Le virus a régulièrement touché l'écosystème, se répandant jusqu'en Tanzanie, affectant le bétail et détruisant la faune sauvage. Des rapports récents révélant que l'on s'apprête à exporter du bétail vers l'Asie du Sud-Est sont inquiétants. Cela crée en effet des menaces d'infection dans une partie du monde où le virus a été éliminé depuis les années 50.

Le Programme panafricain de contrôle des épizooties (PACE) a pour objectif d'éradiquer la peste bovine du continent africain et d'améliorer la surveillance et le contrôle des maladies animales. Le premier programme d'épidémiologie à l'échelle de l'Afrique, PACE couvre 32 pays subsahariens et est coordonné par le Bureau Interafricain des ressources animales de l'Organisation de l'Union africaine. Plus (en anglais)...
Dans le cadre du programme PACE (voir encadré à droite), financé par l'UE, une coalition d'ONG opérant dans le sud de la Somalie a fourni des détails précieux sur l'étendue de la zone où le virus survivait il y a peu de temps encore. La FAO appelle aujourd'hui la communauté internationale à consacrer des ressources supplémentaires et à intensifier les efforts de recherche pour détruire le virus là où il est le plus actif, à l'aide de campagnes de vaccination ciblées .

"Pour atteindre l'objectif qui est d'émettre d'ici fin 2010 une déclaration mondiale de libération totale de la peste bovine, le virus doit être éradiqué d'ici la fin de 2003. Il faudra ensuite des années de vérification, notamment avec des mesures telles que la destruction des prélèvements de laboratoire," indique Peter Roeder. "Le programme PACE, appuyé par l'UE, est bien placé pour entreprendre le dernier effort en vue de l'éradication, dont dépend la réussite ou l'échec du Programme mondial d'éradication de la peste bovine. Si tous les partenaires saisissent cette opportunité pour travailler avec le programme PACE et la FAO, les perspectives d'éradication mondiale s'annoncent plus prometteuses. En collaboration avec l'Office International des Epizooties nous pouvons alors faire le nécessaire pour apporter la preuve que la peste bovine a été définitivement vaincue."

  • De plus amples détails sur le Programme mondial d'éradication de la peste bovine de la FAO (en anglais)
  • Voir aussi Focus articles: Les maladies transfrontières, La génétique et la santé animale et Trypanosomiase
Publié en février 2003
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