La création en octobre 1964 de la Division mixte FAO/AIEA des techniques nucléaires dans l'alimentation et l'agriculture a marqué le début de ce qui constitue un exemple unique, et sans doute le meilleur, de coopération interorganismes au sein du système des Nations Unies.
Le but de cette Division mixte était d'exploiter les compétences et les ressources des deux Organisations afin d'étendre la coopération entre leurs États membres dans l'application sûre et efficace de la science et de la technologie nucléaires propres à assurer à leurs peuples une alimentation plus saine et abondante tout en ménageant les ressources naturelles. Son unicité tient à la nature de la technologie en elle-même et au fait que toutes les activités pour l'appliquer à l'alimentation et à l'agriculture au sein du système des Nations Unies sont conçues, planifiées et exécutées conjointement par l'AIEA, la FAO et leurs États membres uniquement après leur examen et approbation de leurs organes directeurs - signifiant implicitement l'accord des Ministères de l'agriculture du monde et des autorités mondiales en matière d'énergie atomique.
Bénéfices réels. Pourtant, une coopération, pour étroite et harmonieuse qu'elle fût, assortie de technologies d'avant-garde, n'aurait aucun sens si les peuples et les pays eux-mêmes n'en ressentaient les avantages. En repensant à ces 40 années de coopération, on constate qu'elles ont porté à de nombreux bénéfices réels. Certains des exemples les plus significatifs et durables qui viennent à l'esprit sont les millions d'hectares de cultures vivrières et industrielles à rendement plus élevé ou plus résistantes aux maladies dans les champs du monde entier obtenus à l'aide de mutations radio induites; les formidables économies réalisées dans les applications d'engrais en utilisant des isotopes servant à optimiser le placement et le calendrier d'application ou pour laisser les plantes fixer l'azote de l'atmosphère; l'éradication de la lucilie bouchère en Libye, de la mouche des fruits dans plusieurs pays d'Amérique latine et de la mouche tsé-tsé au Zanzibar par la technique de l'insecte stérile; et l'adoption généralisée des techniques d'immuno-essai dans les pays de toutes les régions pour diagnostiquer et maîtriser progressivement les maladies animales transfrontières, comme la peste bovine et la fièvre aphteuse.
Mais les résultats du passé ne garantissent en rien les succès de l'avenir. Aujourd'hui, tant la FAO que l'AIEA s'efforcent de mobiliser un engagement et une action pour satisfaire les buts du Sommet mondial de l'alimentation et les Objectifs de développement du Millénaire visant à réduire la faim, la pauvreté et la dégradation de l'environnement par une agriculture et un développement rural durables. La Division mixte est un élément indissociable de cet effort, se concentrant sur le suivi des progrès réalisés en matière de technologie nucléaire et de biotechnologies connexes et encourageant la production et le partage de connaissances, de savoir-faire, de techniques, entre les gouvernements, les scientifiques, les agriculteurs et toutes les autres parties prenantes des filières agro-alimentaires où celles-ci détiennent un vaste potentiel de valeur ajoutée.
La mondialisation, l'évolution des législations et des politiques internationales et nationales et l'entrée en jeu de multiples acteurs, tels que les ONG, dans les dimensions sociales de la science et des prises de décisions sur ses applications, ne sont que quelques-uns des facteurs qui ont rendu cette tâche plus délicate que jamais auparavant. Il est clair que quelle que soit leur utilité, ces techniques et produits ne sont pas la panacée. Ils font néanmoins partie des variantes à prendre en compte et à intégrer dans la vaste gamme d'approches scientifiques et traditionnelles fondées sur les connaissances. Certaines sont controversées et il n'est guère surprenant que l'attitude des sociétés à leur égard varie considérablement d'un pays à l'autre, suivant la manière dont chacun établit le juste équilibre entre les risques et les bénéfices liés à leur utilisation. Il est par conséquent essentiel d'instituer des politiques nationales et des cadres juridiques et réglementaires conformes aux normes internationales pour évaluer et gérer les risques si l'on souhaite que ces applications soient admises dans l'alimentation et l'agriculture. Mais il est tout aussi important, pour dégager un consensus et une action concertée, d'avoir un libre échange d'information objective et de communication avec tous les groupes de la société sur toutes les utilisations et conséquences possibles.
Connaissances et technologies. Beaucoup reste à accomplir pour éliminer le fléau de la faim et responsabiliser le secteur de l'alimentation et de l'agriculture afin qu'il joue un rôle déterminant dans la promotion du développement durable. La Division mixte a bien répondu à ces enjeux, aidant les pays à s'adapter au paysage agricole en profonde transformation et à l'évolution des conditions pour la création et le partage des connaissances et des technologies tirées des sciences nucléaires et biologiques, tout en tenant compte de la diversité à l'origine des contextes sociaux et économiques.
Les facteurs clés du succès de la Division au cours de ces 40 années ont été la rigueur scientifique, l'objectivité et l'équilibre. Mais n'oublions pas comment elle a poursuivi sans relâche son objectif original de garantir l'intégration progressive de toutes les connaissances et expériences disponibles au sein de la FAO, de l'AIEA et de la communauté agricole mondiale, y compris les organismes non gouvernementaux et la société civile, dans le processus décisionnel sur le Programme de la Division mixte. L'ensemble de ces facteurs l'ont aidé à se détourner d'une démarche de "questions individuelles" au profit d'approches de plus en plus holistiques pour comprendre et répondre aux besoins mondiaux, régionaux et nationaux et fixer ses priorités en conséquence. Mettre à profit cette recette sera la feuille de route pour les succès à venir.