Rechercher
Magazine accueil | focus | archives

Focus / 2005

   
Aceh Besar (Sumatra nord): avant et après

Après le tsunami

"Le relèvement de l'agriculture est une tâche colossale car ce sont des milliers de kilomètres de littoral et des centaines de petites îles qui ont été endommagés ..."

Le Département de l'agriculture de la FAO s'est mobilisé pour la reconstruction agricole dans les zones dévastées par le raz-de-marée de l'Océan indien le 26 décembre 2004. Le tsunami, qui a balayé le littoral et les îles de l'Indonésie aux Maldives, et dont les effets ont été ressentis jusqu'aux côtes de la Somalie, a tué au moins 290 000 personnes et bouleversé ou détruit les moyens d'existence d'un million d'habitants au bas mot. Il a décimé les flottes de pêche, inondé les terres agricoles d'eau de mer et de débris, détruit les réseaux d'irrigation, les systèmes de drainage, les installations de réfrigération et les marchés alimentaires, et gravement endommagé les mangroves et les terres humides.

Dans les heures qui ont suivi la catastrophe, la FAO - l'organisme chef de file pour la sécurité alimentaire dans les pays où l'ONU coordonne les secours d'urgence - a mis sur pied un Groupe de travail pour évaluer les dégâts du raz-de-marée et se préparer au relèvement. Les conclusions préliminaires ont permis de recenser les besoins d'urgence et jetteront les bases d'une action à long terme pour restaurer les pêches et l'agriculture dans les communautés côtières et insulaires ravagées.

Équipes de spécialistes "Le nord de Sumatra, point le plus proche de l'épicentre, a subi les dévastations les plus violentes, et aura besoin d'un plan de reconstruction stratégique massif," a déclaré Daniel Renault, le coordonnateur du Département de l'agriculture au sein du Groupe de travail. "La plus haute priorité à l'échelle régionale consiste à faire démarrer la prochaine campagne agricole dans les zones touchées, entre mars et mai. Mais nous avons aussi besoin de programmes de remise en état et d'amélioration des moyens d'existence des communautés de petits pêcheurs et d'agriculteurs, de suivi des risques potentiels pour la santé et des risques de pollution, de remise en état des agro-écosystèmes côtiers et de reconstitution des marchés locaux. La relèvement de l'agriculture est une tâche colossale car ce sont des milliers de kilomètres de littoral et des centaines de petites îles qui ont été endommagés."

Le Groupe de travail de la FAO, qui se réunit tous les jours, a mis sur pied des équipes de spécialistes - constituées d'experts en pêches, production agricole, élevage, systèmes de production, et gestion des sols et des eaux - pour donner des conseils sur la reconstruction en Indonésie, au Sri Lanka et aux Maldives. Vu les énormes distances concernées et la variété des agro-écosystèmes constituant les zones dévastées, les équipes serviront principalement de source d'expertise technique pour les interventions des autres organismes des Nations Unies, du personnel national et des ONG. "Nous tirons des enseignements des situations d'urgence déjà vécues, du savoir-faire existant et de notre expérience quotidienne actuelle dans la région pour formuler des stratégies efficaces de reconstitution de la sécurité alimentaire", explique Renault. Parmi les premières contributions de la FAO figure un plan d'action pour la remise en état des sols endommagés par le raz-de-marée, qui sera suivi de directives similaires pour effectuer le suivi de la contamination saline, des données agro-bioclimatiques, des stratégies de relèvement agricole et de l'estimation des coûts.

  
Vague de dévastation
Quatre semaines après le raz de marée, les évaluations de la FAO dressent un tableau plus clair des dégâts à l'agriculture dans la région... Indonésie. Dans le nord de Sumatra, l'eau de mer a pénétré jusqu'à 5,5 km à l'intérieur des terres. Quelque 50 000 hectares de terres cultivées ont été dévastés, les réservoirs sont pollués, et les agriculteurs ont perdu leurs outils, leur matériel et leurs animaux. Les évaluations de l'impact sur l'agriculture dans l'intérieur des terres ne sont pas encore terminées.
Sri Lanka. Les vagues ont pénétré jusqu'à 500 mètres à l'intérieur du pays, mais ont parfois franchi plusieurs kilomètres, contaminant des rivières et des lagons. Quelque 5 500 ha de terres agricoles ont été endommagés. L'effondrement du secteur piscicole pourrait provoquer des pénuries alimentaires.
Thaïlande. Environ 1 300 ha de terres ont été submergés, et 800 ha endommagés. Le tsunami a touché 4 800 agriculteurs qui ont perdu environ 2 000 animaux de ferme et un demi-million de volailles. Des informations sur l'état des puits et des cours d'eau sont en train d'être recueillies.
Maldives. La moitié des parcelles agricoles du pays ont probablement été détruites et le reste est endommagé. Dans des atolls et des îles durement frappés, l'eau est contaminée et des arbres pérennes comme les cocotiers, les arbres à pain et les manguiers, ont été déracinés.
Myanmar. Dix-sept villages de pêcheurs ont été balayés et 200 autres endommagés. On estime à 30 000 le nombre de personnes ayant besoin d'une aide d'urgence, dont 15 000 nécessitant une assistance à long terme.
Inde. Le tsunami n'a pas entamé les perspectives de production vivrière de 2005, qui devraient couvrir les besoins d'aide alimentaire dans les zones les plus durement frappées du pays.
Somalie. Dans les districts côtiers de Jerriban et Eyl, des puits et des réservoirs d'eau peu profonds ont été submergés de sédiments ou inondés par l'eau de mer. Les problèmes logistiques compliquent les secours.
Les zones côtières frappées par le tsunami regorgent d'activités humaines, depuis les systèmes rizicoles à l'intérieur des terres et les zonees humides, aux mangroves et aux bandes côtières destinées essentiellement à la pêche. Grosso modo, indique Daniel Renault, le littoral affecté s'étend sur 2 000 km à Sumatra et en Inde du Sud-Est, et sur 700 ou 800 km au Sri Lanka. Sur les 40 000 hectares de terres arables dévastées par le raz de marée à Sumatra, jusqu'à 40% pourraient bien être inutilisables pour l'agriculture pendant des années, voire pour toujours. Les dégâts sont moins graves au Sri Lanka et aux Maldives, où la quasi-totalité des terres agricoles pourrait être remise en état à temps pour la campagne d'avril/mai. Les pertes d'animaux de ferme n'ont pas été aussi lourdes qu'on l'avait craint à l'origine, bien que la situation dans le nord de Sumatra suscite encore de graves préoccupations - les rapports évoquent la perte de 20 000 têtes de boeufs et de buffles, 20 000 petits ruminants et près de 2,5 millions de volailles.

Contamination par l'eau salée. Si les champs bien drainés n'ont probablement été submergés que pendant quelques heures, d'autres zones pourraient l'être pendant des semaines, ce qui se traduira par une grave contamination saline. Une autre source de contamination est constituée par les dépôts de sédiments pouvant atteindre jusqu'à 30 cm. L'élimination des couches de sédiments aura un coût exorbitant: une couche de 10 cm devrait peser l'équivalent de 1 500 tonnes l'hectare. Une option plus viable, une fois que les pierres et les débris auront été ôtés, serait d'intégrer les sédiments plus fins dans le sol pour les lessiver par l'irrigation - ou attendre que les pluies de mousson les emportent naturellement. Ceci sera plus facile sur les sols sablonneux près de la côte; les sols d'argile lourds plus à l'intérieur des terres peuvent retenir le sel et entraver l'agriculture pendant plusieurs campagnes.

Dans les champs de riz, il faudra procéder au remodelage des terres et à la reconstruction des diguettes partout où le tsunami a modifié le profil superficiel. Les systèmes d'irrigation devront être remplacés ou réparés, et les puits servant à prélever l'eau potable et l'eau d'irrigation devront être aspirés et désinfectés. Dégager les canaux de drainage obstrués aidera à récupérer les lagons et les deltas. Au cours des prochains mois, il faudra augmenter et mieux gérer l'alimentation en eau des cours inférieurs des bassins versants pour nettoyer les terres agricoles et les eaux de surface et la nappe aquifère des côtes.

Pour ce qui est de la production vivrière et fourragère, il s'agit, dans l'immédiat et dans la mesure du possible, de sauver les récoltes dans les zones touchées. Au Sri Lanka, par exemple, la récolte principale de riz est rentrée de février à mars, et quelque 25% des zones rizicoles de la nation sont situées sur la bande côtière et les plaines inondables. Ce après quoi, il s'agira de rétablir les capacités de production pour la prochaine campagne agricole, au moins dans les zones ayant subi des dégâts mineurs ou modérés. Les équipes d'évaluation de la FAO travaillent désormais avec le personnel agricole local pour dresser un calendrier agricole provisoire et des listes de plantes et de variétés - essentiellement riz, mais, haricots, patate douce, manioc et légumes - qui seront nécessaires dans chaque pays. Là où la réparation de sols dégradés par le sel pourrait prendre trop de temps, des cultures tolérant le sel pourraient s'avérer la seule solution.

Dans de nombreuses zones, les agriculteurs auront besoin de semences, d'outils et autres intrants agricoles - pour l'Indonésie, la FAO a lancé un appel de 10 millions de dollars d'aide au cours des 6 prochains mois en faveur de 50 000 familles agricoles déplacées et autres affectées par le tsunami à Sumatra. Dans les zones d'agriculture mécanisée, les installations de transformation et les machines agricoles devront être remplacées ou réparées. Il faudra remettre en état les structures de manutention et de stockage des produits agricoles, et reconstruire les marchés et les routes.

Risque de maladies. On attend les rapports d'évaluation sur l'étendue des dommages aux infrastructures d'élevage et de stockage des aliments pour animaux. Les installations de transformation ont probablement été endommagées ou détruites, tandis que les pâturages, les cultures fourragères et les aliments stockés seront vraisemblablement inutilisables. Les spécialistes d'élevage de la FAO mettent en garde contre les foyers de maladies animales qui pourraient constituer une grave menace, du fait des dégâts occasionnés aux systèmes hydriques et sanitaires et à l'interruption de la surveillance des maladies animales. Le mouvement subit d'animaux d'autres régions pour remplacer les pertes pourrait également favoriser la propagation des maladies. La remise en état du secteur de l'élevage - par la reconstitution des stocks, la reconstruction des infrastructures et le soutien aux services vétérinaires - sera une importante contribution au rétablissement des moyens d'existence agricoles.

Zonage pour la remise en état des sols
Le Plan d'action de la FAO pour la remise en état des sols affectés classe les zones frappées par le tsunami en fonction des dégâts causés aux champs, de l'état de l'irrigation et du drainage, et de la capacité des agriculteurs et des services de soutien agricole. Un zonage provisoire de Aceh Besar (à droite), à Sumatra, a dégagé trois catégories de terres:
 Catégorie A.  La récupération rapide et la lixiviation des sols sont possibles grâce aux précipitations ou à l'irrigation. La terre pourrait être remise en exploitation pour la campagne avril/mai sans grandes interventions.
 Catégorie B.  Des travaux sont nécessaires pour réhabiliter les terres et restaurer la surface du sol. Il se peut que les agriculteurs soient obligés de cultiver des plantes tolérantes au sel durant la prochaine campagne et de diversifier en partie la production.
 Catégorie C.  La restauration des terres à temps pour la prochaine campagne agricole est peu probable. Les agriculteurs pourraient être dédommagés de l'abandon de leurs terres ou aidés à se tourner vers d'autres activités économiques.

  • Voir le site web sur la reconstruction après le tsunami du Département de l'agriculture
  • Télécharger le Plan d'action pour la remise en état des sols affectés (AG) - PDF avec images (2.7MB), PDF sans images (264K)
  • Voir aussi le site web de la FAO sur le tsunami (comprend des données sur les pêches, des données agroclimatiques, des cartes et des images par satellite)
Publié en février 2005
magazine: accueil | focus | archives  guide: plan du site © FAO, 2005