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Focus / 2005

    Photo: S. Desveaux
Inspection post mortem au Cambodge. Une fois déclarée, la grippe aviaire est extrêmement contagieuse

Influenza aviaire en Asie

L'influenza aviaire hautement pathogène est une épizootie transfrontières qui a de graves retombées sur le plan économique, commercial et social...

Les récents décès humains attribués à la grippe aviaire au Vietnam ont ravivé les préoccupations internationales sur l'épidémie continue en Asie. Le virus de grippe aviaire hautement pathogène a envahi la région depuis fin 2003, causant la mort ou l'abattage de plus de 120 millions de volailles. Fin janvier 2005, selon l'OMS, 54 personnes avaient contracté la maladie et 41 en étaient mortes. Le signalement de 10 cas humains au Vietnam depuis la mi-décembre 2004, dont neuf ont porté à la mort, a suscité de vives inquiétudes sur la possibilité de transmission d'homme à homme.

Tandis que l'OMS évalue le péril pour la santé humaine, le nouveau Centre d'urgence de la FAO pour la lutte contre les maladies animales transfrontières (ECTAD) travaille avec l'OIE, les organisations régionales, les autorités nationales et les bailleurs de fond pour circonscrire et maîtriser la maladie chez les volailles domestiques dans six pays d'Asie.
  
Un nouveau centre de la FAO mène la lutte contre les maladies transfrontières
Pour renforcer et rationaliser le soutien de la FAO aux pays et régions confrontés à la grippe aviaire hautement pathogène et à d'autres maladies animales -comme la fièvre aphteuse, la peste porcine classique, la péripneumonie contagieuse bovine et la peste porcine africaine - l'Organisation a créé en novembre 2004 un Centre d'urgence pour la lutte contre les maladies animales transfrontières (ECTAD). La campagne du Centre contre l'influenza aviaire est coordonnée par son équipe spéciale.
  
Dans son dernier rapport de suivi, la FAO annonce que la souche H5N1 particulièrement virulente du virus de grippe aviaire a été détectée dans 25 provinces et villes du Vietnam et dans 13 districts de la Thaïlande. Au Vietnam seulement, plus d'un demi-million d'oiseaux domestiques ont été abattus en janvier et le gouvernement a suspendu les importations de volaille et de produits avicoles des pays voisins. Le rapport met également en garde sur le Nouvel An asiatique qui sera célébré le 9 février, et qui portera à des mouvements accrus de personnes et de volailles dans toute la région, aggravant les risques de nouveaux foyers.

Projets d'urgence. "La grippe aviaire hautement pathogène est une épizootie transfrontières qui a de graves retombées à l'échelle économique, commerciale et sociale," déclare le Spécialiste de santé animale de la FAO et directeur de l'ECTAD, Joseph Domenech. "Plus de la moitié des pays touchés sont aux prises avec la maladie pour la première fois. Et ce n'est pas seulement la santé animale qui est en jeu, mais aussi la santé humaine, la sécurité alimentaire, les économies et la société d'une façon générale." Pour affronter le problème, la FAO a lancé une série de projets d'urgence couvrant une zone allant du Pakistan à la Chine orientale et dépêché des équipes d'experts en maladies animales pour dispenser des conseils aux autorités nationales afin d'endiguer l'épidémie. En outre, elle co-parraine avec l'OIE une grande conférence régionale qui se tiendra à Hô Chi Minh-Ville du 23 au 25 février pour faire le point de la situation.

La crise de grippe aviaire s'est officiellement déclarée en décembre 2003, lorsqu'un type extrêmement contagieux a frappé les poulets dans une ferme près de Séoul (République de Corée), avant de s'étendre rapidement au reste du pays. En l'espace de quelques semaines, des foyers simultanés de virus H5N1 au Cambodge, en Chine, en Indonésie, au Japon, en RPD du Laos, en Thaïlande et au Vietnam ont dévasté les élevages de volailles domestiques. Après des abattages en masse et des campagnes de vaccination ciblées, on a cru que cette "première vague" avait été maîtrisée en mars 2004. Cependant, en juin, une récidive moins violente a causé de nouvelles flambées en Thaïlande et au Vietnam.

Dans les directives publiées en septembre 2004 pour la prévention, la lutte et l'éradication du virus hautement pathogène en Asie, la FAO reconnaissait que l'épidémie était sans précédente en termes de portée géographique et de vitesse de propagation. "L'impact a été distribué dans toute la chaîne commerciale avicole, affectant les producteurs, les consommateurs et les agents de vente au détail," avance Domenech. "Dans certaines zones, les aviculteurs ont perdu plus de 50 pour cent de leur volaille."

De multiples stratégies. Les virus de grippe aviaire hautement pathogènes sont jugés endémiques dans certaines parties de l'Asie, et l'existence de réservoirs d'infection - en particulier les canards - rend l'éradication très complexe. La FAO affirme que la priorité absolue dans la lutte contre le virus consiste à réduire la quantité de virus circulant dans la volaille et dans les fermes par diverses stratégies, notamment l'élimination systématique et massive des oiseaux infectés, la vaccination, et le renforcement de la biosécurité dans toute la chaîne de production.

"En cas de flambée," recommandent les directives de la FAO, "la mesure la plus appropriée est l'abattage systématique immédiat par les autorités vétérinaires." Ceci implique généralement la destruction de toutes les volailles présentes dans un rayon de 1 km à plus de 10 km, selon les recommandations, et des oiseaux dans les fermes "à risque". Les porcs infectés par le virus H5N1 doivent être abattus également.

Pour être efficaces, toutefois, les campagnes d'abattage doivent être conjuguées à d'autres mesures: contrôle des mouvements de volailles, élimination correcte des carcasses et d'autres matériels potentiellement infectants et nettoyage des structures agricoles concernées. Dans les zones touchées par la grippe aviaire, la FAO recommande également la fermeture temporaire des marchés de volailles vivantes, qui font fonction de réservoirs d'infection facilitant la contamination des fermes.

"La biosécurité et les pratiques d'hygiène de base sont des mesures fondamentales pour arrêter la propagation de la maladie et empêcher l'infection d'entrer dans les unités de production et la chaîne alimentaire," affirme la FAO. "Cependant, pour fonctionner, la biosécurité doit investir l'ensemble de la chaîne de production, des aviculteurs et des coopératives aux abattoirs et aux usines de transformation." Dans les zones où le gibier d'eau domestique ou les oiseaux sauvages sont des réservoirs de virus, il s'agit d'empêcher les virus d'entrer en contact avec la population avicole domestique. La FAO déconseille la destruction des oiseaux sauvages ou de leur habitat - là encore, il s'agit de renforcer avant tout la biovigilance dans les fermes.

Systèmes familiaux. Si l'on peut resserrer les mesures de biosécurité dans les exploitations avicoles commerciales, il est plus difficile de le faire dans le cas des poulaillers familiaux, en particulier lorsque les volailles sont élevées en plein air, auquel cas quand une infection de grippe aviaire active est détectée, les services vétérinaires devraient envisager de créer des "zones exemptes de volaille" autour des opérations commerciales.

En guise d'alternative à l'abattage systématique - lorsque celui-ci est soit impossible, soit déconseillé - une vaccination ciblée peut être le moyen le plus approprié d'endiguer la crise. Dans une situation de flambée épidémique, la vaccination peut être employée autour des fermes infectées (mais tous les poulets infectés doivent être abattus). Elle peut également être utilisée à titre préventif, suite à un "déclic" préalablement défini (ex. mortalités à l'improviste chez les oiseaux sauvages) où lorsque le risque d'infection est élevé. "La vaccination ne devrait pas être considérée comme une mesure permanente," met en garde la FAO. Le besoin de vaccination devrait être réexaminé périodiquement et une stratégie de sortie mise au point, même s'il y a des chances que les vaccinations durent pendant des années.

"L'épidémie actuelle de grippe aviaire hautement pathogène en Asie est une crise de portée mondiale qui nécessitera une attention soutenue pendant un certain temps," affirme Joseph Domenech. "La FAO continuera à collaborer avec les organisations internationales et régionales, les pays, le secteur privé, la communauté vétérinaire et de recherche pour améliorer les capacités de prévention, de lutte et d'éradication de la maladie et appuyer le relèvement et la réhabilitation dans la région."

Transmission interhumaine?
Dans sa dernière mise à jour sur la situation de la grippe aviaire (26 janvier 2005), l'OMS déclare que jusqu'à présent, c'est avant tout le contact prolongé d'un proche avec un patient dans un état critique qui est à l'origine des transmissions interhumaines que l'on a éventuellement pu observer. "S'il y a eu une transmission interhumaine limitée, tout semble indiquer à ce stade que la chaîne s'est interrompue après la contagion d'une seule personne." L'OMS confirme que la consommation de viande de volaille et d'oeufs bien cuits ne présente aucun danger pour la santé de l'homme. Plus (en anglais)...
  

  • Lire le dernier rapport de la FAO sur la grippe aviaire
  • Lire la fiche de renseignements sur la grippe aviaire du programme EMPRES (en anglais, PDF, 232K)
  • Recommendations on the prevention, control and eradication of Highly Pathogenic Avian Influenza in Asia (PDF, 236K)
Publié en février 2005
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