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Focus / 2005

   
Des caisses de lucilies bouchères stériles sont chargées sur un aéronef en Libye pour être larguées dans le cadre d'un programme d'éradication de la FAO

Lutte intégrée contre les ravageurs à l'échelle régionale

Bien que complexe sur le plan logistique et à forte intensité de gestion, l'approche régionale de lutte intégrée requiert moins d'intrants, et la lutte contre les ravageurs est généralement plus efficace et plus durable

Pour la FAO, la lutte intégrée contre les ennemis des cultures est "la prise en compte de toutes les techniques de lutte disponibles et l'intégration des mesures appropriées qui découragent le développement des populations de ravageurs et maintiennent les pesticides et autres interventions à des niveaux économiquement justifiés et réduisent ou limitent au minimum les risques pour la santé humaine et l'environnement ". Dans la lutte intégrée, des méthodes de lutte compatibles- et de préférence respectant l'environnement - sont intégrées et adaptées aux conditions agro-écologiques et socio-économiques de chaque situation. L'application de la lutte intégrée s'est progressivement étendue comme méthode de lutte contre les ravageurs au cours des 40 dernières années, et la FAO et la communauté internationale l'ont adoptée pour parvenir à une agriculture plus durable moyennant des dégâts moindres à l'environnement et à la biodiversité. Le principal objectif de la réduction de la dépendance excessive à l'égard des pesticides a été démontré dans de nombreux systèmes.

Le concept de lutte intégrée contre les ravageurs à l'échelle régionale se réfère à l'application de la lutte intégrée contre une population entière de ravageurs dans un cadre géographique délimité. Les stratégies d'intervention régionale nécessitent une planification et une connaissance de l'environnement, un engagement à plus longue échéance, et une mise en oeuvre coordonnée par les agriculteurs et autres parties prenantes.

Répartition spatiale. La répartition dans l'espace de la population de ravageurs doit être considérée non seulement dans les zones cultivées environnantes, mais aussi dans les zones non cultivées. L'approche prévoit également la distribution temporelle du ravageur afin de déterminer les périodes où il est plus vulnérable aux mesures de prévention, plutôt qu'aux interventions correctives. Lorsque les producteurs d'une zone ou d'une région donnée s'organisent pour mener des opérations à l'échelle régionale et ciblent tous les individus d'une population, il faut généralement moins d'intrants et la lutte s'avère plus efficace. L'approche régionale est fondamentale pour une intégration efficace de plusieurs méthodes de lutte modernes, comme la confusion sexuelle et la technique de l'insecte stérile (TIS).

En 1998, la FAO et l'AIEA ont parrainé la première Conférence internationale sur "la lutte contre les insectes ravageurs à l'échelle régionale, l'intégration de la technique de l'insecte stérile et autres techniques, notamment nucléaires" à Penang (Malaisie). En guise de suivi, une deuxième conférence internationale FAO/AIEA s'est déroulée du 9 au 13 mai 2005 à Vienne, à laquelle ont participé quelque 300 délégués de 86 pays et de 9 organisations internationales. La conférence a porté sur l'approche régionale au sens large, notamment la mise au point et l'intégration de nombreuses technologies, comme la technique de l'insecte stérile et autres techniques génétiques et moléculaires, entre autres.

Lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits au Moyen-Orient
Un programme de lutte contre la mouche méditerranéenne des fruits faisant intervenir Israël, la Jordanie et l'Autorité Palestinienne a entraîné une multiplication par 50 des recettes d'exportation des cultures horticoles. Une étude de 1997 montrait que les pertes totales annuelles imputables aux dégâts causés par la mouche méditerranéenne des fruits dans la région se montaient à près de 300 millions de dollars E-U. Avec l'appui de la Division mixte FAO/AIEA, le programme a introduit de façon systématique des mouches mâles stérilisées dans des zones pilotes situées des deux cotés de la frontière israélo-jordanienne. En intégrant la TIS avec d'autres méthodes de suppression, les infestations de fruits et l'utilisation des insecticides ont été considérablement réduites. A titre d'exemple, les exportations israéliennes de produits exempts de mouche méditerranéenne des fruits sont passées de moins de 1 million de dollars en 1998 à 50 millions de dollars en 2005. Plus (PDF, 142K)...
Les programmes de lutte intégrée à l'échelle régionale sont logistiquement complexes et requièrent une forte composante gestionnaire. Ils demandent donc une gestion efficace et une vaste coalition de parties prenantes résolues à en assurer le succès. Ces questions opérationnelles déterminantes, mais essentiellement non techniques, sont souvent à l'origine de la réussite ou de l'échec des programmes régionaux: si l'intégration de diverses technologies est efficace dans certains pays, elle se heurte à de gros problèmes dans d'autres, même lorsqu'elle sert à combattre le même insecte.

Par conséquent, le principal thème de la deuxième conférence a été l'examen des leçons tirées dans la mise en oeuvre des programmes opérationnels de lutte intégrée à l'échelle régionale, abordant tant les aspects techniques qu'administratifs. Responsables, scientifiques et décideurs ont débattu d'un certain nombre de questions pertinentes durant les huit sessions de dialogue et quatre groupes de discussion. Parmi les thèmes affrontés, figuraient les facteurs limitant l'application de l'approche régionale, la gestion efficace dans les programmes complexes, le rôle de l'application de la technique de l'insecte stérile à l'échelle régionale dans l'élimination des foyers d'espèces invasives, et les possibilités de collaboration avec le secteur privé. La plupart des programmes régionaux ont été menés jusqu'à présent par des organisations gouvernementales, mais cette approche pourrait ne pas être durable. L'expansion continue de la méthode régionale nécessitera la participation des entreprises commerciales, tout en continuant à utiliser les fonds publics.

Biotechnologies modernes. Le potentiel des biotechnologies modernes, notamment des cultures et des insectes transgéniques dans les programmes de lutte intégrée régionale a été un autre sujet de débat. Il est désormais possible d'introduire systématiquement des gènes dans la ligne germinale de nombreuses espèces de ravageurs, notamment grâce à l'utilisation des insectes stériles transgéniques comme une des stratégies à plus faible risque. Toutefois, pour le moment, aucune souche transgénique d'insectes ravageurs n'a été produite qui pourrait être utilisée efficacement dans un programme intégrant la TIS. On a conclu qu'il faut une analyse critique au cas par cas, et en connaissance de cause, des avantages et inconvénients éventuels des insectes génétiquement modifiés ou d'insectes paratransgéniques dans les programmes régionaux futurs, de même qu'un cadre de réglementation de leur utilisation.

La conférence a mis en lumière les programmes de lutte à l'échelle régionale intégrant la technique de l'insecte stérile dont la réputation n'est plus à faire. La TIS a été utilisée avec succès contre la lucilie bouchère, la mouche des fruits, la mouche tsé-tsé et la teigne. Si les avantages de la technique de l'insecte stérile sont reconnus dans les programmes d'éradication, il faut désormais que la communauté scientifique inscrive tout son potentiel dans les stratégies de lutte intégrée pour la suppression, la maîtrise et la prévention à grande échelle. La base scientifique des programmes TIS s'est élargie à mesure que se sont développés de nouveaux domaines scientifiques - par exemple, l'amélioration de l'élevage de masse et du contrôle de qualité, la gestion de données, la biologie moléculaire, le comportement des insectes, les systèmes de largage aérien, et la modélisation. La technique est appliquée sur tous les continents contre de nouvelles espèces cibles, et les impacts socio-économiques ont confirmé son utilité. L'examen critique et la mise en réseau internationale mis en oeuvre par la dernière conférence contribueront grandement à améliorer la recherche et le développement et l'application sur le terrain.

  • Pour plus d'informations sur la lutte contre les ravageurs à l'échelle régionale, consulter le site web du programme FAO/AIEA de lutte contre les insectes ravageurs
Publié en juillet 2005
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