Rechercher
Magazine accueil | focus | archives

Focus / 2005

   
Des canards vivants dans un marché d'Hanoi (Vietnam). La restructuration des secteurs avicoles asiatiques "devra être envisagée sérieusement"

Bloquer l'influenza aviaire

Le virus H5N1 a anéanti les volailles domestiques d'Asie, mais ne s'est pas encore muté en une forme transmissible à l'homme. La "fenêtre d'opportunité" pour éradiquer la grippe aviaire est encore ouverte...

La grippe aviaire peut faire des ravages en peu de temps: en août 2003, un éleveur de Java (Indonésie), a signalé que 7 000 de ses poulets étaient morts en l'espace d'une nuit. Les enquêtes ont révélé que les oiseaux avaient été victimes d'un des premiers foyers en Indonésie de la grippe aviaire hautement pathogène (HPAI) causée par la souche agressive H5N1. En quelques mois, la grippe aviaire a éclaté dans toute l'île de Java et la plupart des autres pays d'Asie, causant, jusqu'en novembre 2005, la mort de plus de 140 millions d'oiseaux domestiques et des pertes économiques d'environ 10 milliards de dollars.

Durant la même période, d'après un rapport de l'OMS, 126 personnes ont contracté la maladie et 64 en sont mortes. Si l'Asie du Sud-Est demeure l'épicentre de la maladie, depuis juillet 2005, la présence de foyers en Croatie, au Kazakhstan, en Mongolie, en Roumanie, en Russie et en Turquie a confirmé la propagation vers l'ouest du virus le long des routes de migration des oiseaux.

Urgence mondiale. "L'influenza aviaire est désormais reconnue comme une urgence planétaire ayant le potentiel d'atteindre l'Afrique et, si la souche H5N1 devient transmissible d'homme à homme, de causer la mort de millions de personnes," indique le Chef Vétérinaire Officiel de la FAO, Joseph Domenech. Lors d'une réunion internationale à Genève en novembre, les délégués de plus de 100 pays ont invité à mobiliser des fonds et autres ressources pour aider les pays déjà touchés par la grippe aviaire, ainsi que ceux plus à risque, et à se préparer à la menace d'une pandémie humaine.

Les experts de la FAO participant à la réunion avaient un message clair à faire passer sur la stratégie requise pour maîtriser la grippe aviaire chez les animaux et protéger les hommes. "Le coeur du problème est la circulation du virus H5N1 chez la volaille domestique," a déclaré Samuel Jutzi, Directeur de la Division de production et de santé animales de la FAO. "L'action prioritaire à mener réside par conséquent chez l'animal. C'est le seul moyen que nous avons d'influer sur la probabilité du virus H5N1 d'acquérir la transmissibilité d'homme à homme."

  
"Les oiseaux meurent en quelques heures"
La plupart des flambées de grippe aviaire hautement pathogène chez les volailles domestiques sont dues aux contacts avec des oiseaux infectés ou du matériel contaminé. Les canards sont une source importante d'infection, car ils peuvent être porteurs du virus sans présenter de symptômes. Une fois déclarée, la grippe aviaire est extrêmement contagieuse: les animaux excrètent le virus en fortes concentrations dans les fèces et par voie nasale et oculaire, pouvant contaminer les oeufs, le matériel, les vêtements du personnel et les véhicules. Sans mesures de biosécurité, le virus se propage rapidement d'une volée à l'autre. Après quelques jours d'incubation, la maladie disparaît généralement subitement, et de nombreux oiseaux périssent en l'espace de quelques heures. D'autres traînent dans un état semi-comateux, souffrant de fièvre, de diarrhée et de saignements intenses.
Jutzi a fait remarquer que la "fenêtre d'opportunité" pour éviter une pandémie humaine est encore ouverte- le virus n'est encore ni réassorti, ni muté. "Mais il n'y a pas une minute à perdre. Les stratégies, plans et méthodes pour affronter le problème existant et ont été convenus dans tous les détails. Aucune raison technique ne justifie des retards dans la mise en oeuvre."

Une stratégie pour la lutte progressive contre le HPAI, préparée par la FAO et l'Organisation mondiale pour la santé animale (OIE), énonce qu'une action globale est nécessaire parce que "l'infection pourrait contaminer tous les pays sans crier gare" et que la maîtrise des foyers d'épidémie n'est pas à la portée d'un seul pays ou d'une seule région. Joseph Domenech explique: "La grippe aviaire est une maladie à la fois très infectieuse, en rapide évolution et qui se propage à grande vitesse d'un pays ou d'un continent à l'autre. Elle est la conséquence des marchés mondialisés, et peut être transportée par les oiseaux migrateurs. La maladie met en péril le commerce régional et international, le secteur avicole mondial et les moyens d'existence de millions de personnes, en particulier des ruraux pauvres."

La stratégie a pour vocation à long terme de réduire le risque mondial du virus HPAI dans la volaille domestique et chez l'homme. Au cours des dix prochaines années, indique la FAO, il faudra maîtriser progressivement la diffusion du virus HPAI - essentiellement de la souche H5N1 -chez les volailles domestiques de tous les pays infectés d'Asie et d'Europe de l'Est, et l'empêcher de toucher d'autres régions et pays à haut risque.

Mesures de lutte agressives. Le principal problème à court terme (un à trois ans) est de prévenir la diffusion ultérieure de la grippe aviaire dans les pays déjà infectés. Le Vietnam doit appliquer des mesures de lutte agressives - abattage de masse, biosécurité et contrôle des mouvements d'animaux, ainsi que la vaccination stratégique de la volaille domestique, en particulier des canards. En Indonésie, une intervention massive d'urgence est indispensable, en particulier dans l'île de Java, fortement peuplée. Les stratégies de lutte mixtes en cours d'exécution en Chine, qui conjuguent l'élimination systématique, la biosécurité et la vaccination, doivent être étendues à toutes les zones touchées et à celles à risque. En Thaïlande, la vaste population de canards du pays demeure un sujet de préoccupation, tandis que le Cambodge et la RDP du Laos devront s'attaquer à quelques foyers d'infection restants.

Une fois que la maladie est confinée à des foci localisés dans ces pays, et contenue ou conjurée dans les pays hors Asie, une approche plus ciblée peut être mise en place pour éradiquer l'influenza aviaire de la volaille domestique terrestre infectée. La stratégie à moyen et à long terme doit englober toutes les mesures de lutte, y compris la vaccination, le zonage et la compartimentalisation. Pour remporter des succès sur le long terme, il faudra envisager sérieusement la réorganisation des secteurs avicoles dans la région.

Toutefois, met en garde la FAO, "le principal facteur d'incertitude qui entrave désormais cette approche est l'émergence de la transmission du HPAI sur de grandes distances, transporté par les oiseaux migrateurs". De récentes flambées de grippe aviaire en Eurasie montrent que la souche H5N1 s'est propagée vers le nord-ouest, ce qui laisse supposer que les oiseaux sauvages ont un rôle dans l'épidémiologie. Pour empêcher la maladie de se propager aux pays exempts de grippe aviaire, la stratégie à long terme prévoit l'élaboration de programmes de surveillance synergiques et de plans d'urgence pour les pays à risque de l'Asie du Sud-est et du Sud, et pour les pays à risque récent d'Asie Centrale, d'Europe de l'Est et du Caucase, du Moyen-Orient et d'Afrique. L'application des normes de l'OIE en matière de commerce international de la volaille et des produits avicoles contribuera ultérieurement à empêcher la diffusion du virus sur tous les continents.

 
Au tour de l'Afrique?

Après la confirmation de foyers en Roumanie et en Turquie en octobre, la FAO avertit que le risque d'influenza aviaire transmise par les oiseaux migrateurs au Moyen-Orient et en Afrique a sensiblement augmenté : "La promiscuité entre les hommes et les animaux, et le manque de capacités de surveillance et de lutte dans des riches écosystèmes de terres humides comme on en trouve en Afrique orientale, pourrait constituer un lieu de reproduction idéal pour le virus." La FAO a lancé cinq projets régionaux en Afrique qui aideront à renforcer la surveillance des oiseaux sauvages et domestiques, à améliorer les moyens des laboratoires et les réseaux d'information. Plus...
 
Renforcement des capacités, recherche. La stratégie FAO/OIE préconise le renforcement des services nationaux vétérinaires et des capacités humaines et physiques pour répondre aux foyers de HPAI et autres maladies animales transfrontières et zoonoses de récente apparition. Le renforcement des capacités englobera tous les aspects de la lutte contre la maladie, ainsi que l'élaboration de politiques et les analyses d'impact socio-économique. Etant donné que la dynamique de la pandémie HPAI n'est pas encore élucidéee, la stratégie facilitera la recherche en épidémiologie sur la grippe aviaire et l'efficacité des vaccins chez les canards domestiques, et favorisera la mise au point de vaccins améliorés et de tests de diagnostic rapides.

La stratégie mondiale sera mise en application aux niveaux national, régional et international. Des projets spécifiques ont déjà été préparés pour certains pays: Pakistan, Indonésie, RDP du Laos et Cambodge, et des projets régionaux sont en cours de définition pour l'Asie Centrale, l'Europe de l'Est et le Caucase, le Moyen-Orient et l'Afrique. Des projets de coopération technique de la FAO fournissent une assistance immédiate aux pays nécessitant l'aide la plus urgente. Ces interventions seront soutenues par des unités et réseaux de soutien sous-régionaux.

Au niveau international, la coordination des programmes nationaux et des réseaux sous-régionaux se déroulera dans le cadre du Programme mondial pour la lutte contre les maladies animales transfrontières (GF-TADs), une initiative conjointe FAO/OIE. Le programme s'appuiera sur l'expérience de la FAO en matière de lutte et d'éradication de la peste bovine dans la majorité du monde par le biais de sa campagne mondiale.

  • Consulter notre site web sur l'Influenza aviaire
  • Télécharger FAO/OIE Global Strategy for the Progressive Control of Highly Pathogenic Avian Influenza (PDF, 1MB)
  • Plus sur la grippe aviaire sur les sites de l'OIE et de l'OMS
Publié en novembre 2005
magazine: accueil | focus | archives  guide: plan du site © FAO, 2005