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Focus / 2006

   
En Égypte, il y a plus d'enfants présentant une surcharge qu'une insuffisance pondérale

Combattre la faim – et l'obésité

Un nombre croissant de pays en développement doivent affronter le "double fardeau" de la malnutrition: une sous-alimentation persistante, en particulier chez les enfants, et l'obésité et les maladies liées au régime alimentaire en rapide augmentation...

La croissance économique galopante qu'a connue la Chine au cours des vingt dernières années s'est traduite par des améliorations spectaculaires de la nutrition et de l'état de santé de la nation. Parallèlement à la consommation croissante de viande, de volaille, d'oeufs et d'autres produits animaux, la Chine a vu une forte baisse de tous les indicateurs de sous-alimentation et une importante régression des décès dus aux maladies infectieuses, comme l'hépatite, la diarrhée et le paludisme.

Mais un nouveau rapport de la Division de la nutrition et de la protection des consommateurs (AGN) de la FAO constate que les Chinois ont un nouveau problème de santé publique: 23 pour cent de la population adulte sont en surpoids ou obèse, et les maladies chroniques dues à l'alimentation sont au premier rang des causes de décès.

La Chine fait partie du nombre croissant de pays en développement qui sont confrontés à ce qu'on a appelé "le double fardeau de la malnutrition": une sous-alimentation persistante - près de 8 pour cent des enfants en age préscolaire en Chine sont victimes d'une insuffisance pondérale- et la rapide augmentation de la suralimentation et des maladies comme le diabète, l'hypertension et les maladies coronariennes.

Modifications du régime alimentaire. Le fardeau croissant des maladies non transmissibles aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, et l'augmentation des dépenses de santé publique et sociales qui y sont liées, ont été examinés au cours d'une session spéciale du Comité intergouvernemental de la FAO sur l'agriculture (COAG) en février 2004. Les membres du COAG ont demandé à la FAO de fournir aux gouvernements des conseils de politiques nutritionnelles et diététiques pour prévenir les maladies non transmissibles, et ont sollicité une évaluation approfondie des liens entre les maladies et l'évolution des modes de consommation alimentaire.

Le rapport de l'AGN, Assessment of the double burden of malnutrition in six case study countries, a été preparé avec le concours de chercheurs nationaux de Chine, Egypte, Inde, Mexique, Philippines et Afrique du Sud. Il a constaté, sans surprise, un basculement marqué, au cours des vingt dernières années, vers des régimes alimentaires riches en graisses saturées, en sucre et en aliments raffinés, mais aussi que les tendances observées dans la situation nutritionnelle et des maladies des pays diffèrent des transitions classiques qui ont eu lieu en Europe au XIXème siècle. "Normalement, la suralimentation apparaît lorsque la sous-alimentation et les maladies infectieuses deviennent des "problèmes du passé", déclare Gina Kennedy de l'AGN. "Ce que nous observons dans les pays en développement soumis à un processus rapide de transition économique est la coexistence, pendant de longues périodes, de sous-alimentation, de suralimentation et de maladies infectieuses et chroniques".

Le rapport estime que ce "double fardeau" découle de plusieurs facteurs. Les progrès réalisés dans les réseaux de distribution d'eau et les systèmes sanitaires et le développement de systèmes de santé publiques valables ont été lents, contrecarrant les efforts de réduction de la sous-alimentation. En même temps, la modification des modes d'alimentation et des modes de vie - sous l'effet de l'urbanisation, de la libéralisation des marchés, des changements démographiques et de la baisse des niveaux d'activité physique - a contribué au surpoids et aux maladies chroniques.

Dans tous les pays à l'étude, les disponibilités énergétiques par habitant ont augmenté depuis 1970, et la plupart ont délaissé l'alimentation basée sur les végétaux. Si la part de céréales, de légumineuses, de légumes secs et de noix dans les régimes alimentaires est demeurée stable ou a reculé, la consommation de sucre, d'huiles, de matières grasses et de produits animaux a généralement augmenté. On a assisté à l'accroissement de la "densité énergétique" des régimes alimentaires, c'est-à-dire du pourcentage de lipides. En Chine, elle a augmenté de près de 10 pour cent au cours de la dernière décennie, même si la plus forte proportion - plus de 30 pour cent - est observée au Mexique.

Les populations urbaines sont généralement les premières à incorporer dans leurs régimes plus de matières grasses, d'aliments d'origine animale et de produits transformés. Cependant, le rapport indique que les changements d'alimentation observés ne sont pas confinés aux zones urbaines ou aux catégories plus riches de la population. La recherche en Chine a constaté des apports croissants de matières grasses et d'aliments animaux dans les grands centres urbains, tandis que les zones à faible revenu du Brésil consommaient davantage de produits de boulangerie et de produits carnés, de sucreries et de "soft drinks". La baisse des prix est un attrait supplémentaire: en Chine, par exemple, les prix réels du poisson, du porc et de l'huile ont tous chuté durant les années 90.

"Un certain progrès." Les effets de ces changements d'alimentation ne sont pas nécessairement négatifs. "La transition d'un régime essentiellement basé sur les céréales vers une alimentation qui comprend davantage de viande et de produits laitiers devrait avoir un impact positif sur les apports en protéines de bonne qualité et en oligo-éléments", indique AGN. En effet, le rapport constate "un certain progrès" dans la réduction de la sous-alimentation infantile dans tous les pays étudiés. Entre 1992 et 2000, la Chine a réalisé les progrès les plus rapides, les taux de retard de croissance chez les enfants de moins de 5 ans ayant chuté de 32 à 14 pour cent, et l'insuffisance pondérale de 18 à 7,8 pour cent.

Aux Philippines, 32 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent d'une insuffisance pondérale
Néanmoins, le retard de croissance et l'insuffisance pondérale demeurent élevés en Inde et aux Philippines, et les données nationales agrégées masquent des disparités au sein des régions et entre les différents groupes ethniques et socio-économiques. Par exemple, le retard de croissance touche plus de 30 pour cent des enfants âgés de un à quatre ans dans les zones rurales du sud du Mexique, où il y a malgré tout un problème émergent de surcharge pondérale. L'Égypte compte plus d'enfants présentant une surcharge qu'une insuffisance pondérale. "Les taux croissants de surpoids et d'obésité chez les enfants dénotent une tendance alarmante", affirme AGN, "car l'apparition précoce de l'obésité se traduit par un risque plus élevé de contracter les maladies chroniques qui y sont associées".

Le rapport fait remarquer que l'état nutritionnel des adultes dans les pays examinés diffère à tous points de vue de celui des enfants: l'insuffisance pondérale des adultes est en recul, et le surpoids est désormais plus diffus que son contraire en Chine, en Égypte, au Mexique et aux Philippines. Il existe en outre des "disparités frappantes" de résultats anthropométriques entre les enfants et les adultes. Aux Philippines, des études récentes montrent que 32 pour cent des enfants de moins de 5 ans souffrent d'une insuffisance pondérale, tandis que 27 pour cent des femmes sont en surpoids ou obèses.

"Il semble que des facteurs environnementaux et biologiques soient à l'origine de ces résultats extrêmes," explique AGN. "Il est prouvé en outre que les adultes courent un plus grand risque d'obésité s'ils ont été victimes de sous-alimentation durant leur enfance. Si la pauvreté est la principale cause des retards de croissance, l'inverse n'est pas forcément vrai: dans de nombreux pays, les citadins pauvres et manquant d'instruction souffrent de taux élevés d'excédent pondéral".

Diabète, hypertension. Toute l'ampleur du problème de santé publique que constitue la suralimentation se reflète dans les données sur l'incidence des maladies chroniques liées au régime alimentaire. Dans quatre pays pour lesquels on disposait de données, une forte pression artérielle - due à des apports élevés en sel - touche plus de 20 pour cent des adultes, tandis qu'en Égypte et au Mexique, la prévalence du diabète, associé à des apports caloriques et en matières grasses élevés, atteint près de 10 pour cent. Parmi les adultes de plus de 18 ans en Chine, la prévalence de l'hypertension est passée de moins de 12 pour cent de la population en 1991 à 19 pour cent (soit quelque 160 millions de personnes) en 2002. Les cas de diabète de type 2 ont augmenté de 4,6 à 6,1 pour cent dans les grandes villes entre 1996 et 2002, tandis que des niveaux anormaux de lipides dans le sang sont signalés dans plus de 18 pour cent de la population adulte.

Le rapport conclut que, au vu des tendances économiques et sociales, les changements observés dans les régimes alimentaires ont de grandes chances de se poursuivre. Associés à des changements du mode de vie, en particulier de la diminution de l'activité physique, ils exacerberont les récents problèmes de suralimentation et de maladies chroniques qui en dérivent. Le rapport met en garde, toutefois, sur la nécessité d'affronter les maladies chez l'adulte qui ne devrait pas éclipser les efforts nationaux et régionaux d'amélioration de la croissance de l'enfant et de la réduction des carences en micronutriments.

"L'enjeu", affirme Gina Kennedy, "consiste à mettre au point des programmes et des politiques efficaces de prévention et de contrôle des deux aspects de ce "double fardeau". C'est une tâche qui incombe non seulement aux nutritionnistes, mais aussi à tous ceux qui travaillent dans les domaines de la production, de la transformation et de la commercialisation des produits alimentaires, ainsi que de la sécurité sanitaire des aliments et l'éducation".

Le rapport AGN a recensé trois typologies à partir de ses études dans les pays...
Inde et Philippines: une forte prévalence de sous-alimentation chez les enfants et les adultes, les nouveaux problèmes de suralimentation, le diabète et l'hypertension (essentiellement en milieu urbain) et la forte prévalence de carences en oligo-éléments. Afrique du Sud: les niveaux élevés de retard de la croissance, mais une baisse des niveaux d'insuffisance pondérale et de dépérissement. Chez les adultes, le surpoids et l'obésité sont plus graves que l'insuffisance pondérale. On constate une incidence croissante des maladies cardiovasculaires, du diabète et du cancer, et de certaines maladies infectieuses, notamment la tuberculose et le VIH/SIDA. Chine, Egypte, Mexique: Le retard de croissance et le surpoids chez les enfants sont des problèmes de santé publique. Chez les adultes, l'insuffisance pondérale est "insignifiante" tandis que la prévalence d'excédent pondéral est élevée ou grandissante. Les maladies infectieuses sont en recul, au contraire du diabète et des maladies coronariennes qui augmentent.

  • Télécharger Assessment of the double burden of malnutrition in six case study countries (PDF, 2.1Mo)
  • Voir aussi Globalization of food systems in developing countries: impact on food security and nutrition (FAO/AGN, 2004) - PDF, 940K
  • Plus sur la Nutrition urbaine sur le site web d'AGN
  • Voir également Focus: Sécurité alimentaire urbaine, La commercialisation des aliments dans les villes et Questions relatives à l'agriculture urbaine
Publié en février 2006
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