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Focus / 2006

   
Des pépiniéristes inspectent des roses au Kenya. Chaque espèce cultivée compte de 200 à 500 organismes nuisibles

Lutte mondiale contre les ravageurs

Les frontières naturelles et nationales qui servaient autrefois de barrières à la dissémination des organismes nuisibles sont désormais mises sous pression intense...

En tant qu'organe directeur de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), la Commission des mesures phytosanitaires de la FAO (CMP) a une mission cruciale à remplir: fixer des normes visant à prévenir la dissémination des ravageurs des plantes par la voie du commerce international, tout en veillant à ce que les pays ne se servent pas des règlements de protection des végétaux pour défendre leurs producteurs nationaux.

La Commission est née en octobre dernier, au terme d'un processus de ratification du texte révisé de la Convention approuvée par la Conférence de la FAO en 1997 par les deux tiers des parties contractantes de la CIPV - actuellement 145 pays. Cette révision octroie à la CIPV un "mécanisme officiel d'établissement des normes" - la CMP - nécessaire pour s'acquitter de sa tâche en vertu de l'accord de l'OMC sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (voir encadré ci-après).

L'Accord SPS

Par "mesure phytosanitaire", on entend toute législation, réglementation ou procédure officielle visant à empêcher l'introduction ou la propagation de ravageurs des cultures ayant une importance économique potentielle. Les règles fondamentales sur l'application de ces mesures par les membres de l'OMC sont énoncées dans l'Accord sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires (Accord SPS), qui reconnaît que, si les gouvernements ont le droit souverain de protéger la santé des végétaux, les mesures adoptées ne devraient pas constituer des obstacles injustifiés au commerce. Il encourage les pays membres à utiliser les normes internationales, et nomme le Secrétariat de la CIPV à la FAO comme organe d'établissement de normes pour les mesures phytosanitaires. Plus...
"Ravageurs importants." Chaque espèce cultivée a 200 à 500 organismes nuisibles (oiseaux, rats, insectes, virus, champignons et bactéries), dont des milliers sont considérés "importants" dans de nombreux pays. Les dégâts économiques qu'ils causent à l'agriculture chaque année s'élèvent à des milliards de dollars dans le monde entier. Devant la recrudescence des mouvements planétaires des personnes et des denrées, les frontières naturelles et nationales qui servaient autrefois de barrières véritables à la dissémination des organismes nuisibles sont désormais mises sous pression intense.

Dans ce contexte, les pays important des produits agricoles ont dressé des listes d'organismes nuisibles réglementés - ceux qui peuvent être soumis à quarantaine ou à d'autres mesures phytosanitaires - estimés à des centaines d'espèces. En dépit des mesures, toutefois, les infestations de ravageurs transfrontières sont en augmentation. En mars 2006, par exemple, on a signalé les premier cas de capricornes du manguier et de l'anacardier (Rhytidodera bowringii) aux Etats-Unis, des attaques de virus des taches en anneau de la papaye (PRV) en Polynésie française, la rouille du soja au Mexique, et un virus de l'aubergine en Slovénie.

Comment la nouvelle CMP affrontera-t-elle le problème de la lutte mondiale contre les organismes nuisibles? Richard Ivess, coordonnateur de la CIPV, nous fait découvrir la CIPV et le rôle de sa nouvelle Commission des mesures phytosanitaires...

En quoi la révision a-t-elle modifié la CIPV?
"La révision renforce la CIPV en lui conférant des mécanismes de supervision, ainsi que d'élaboration et d'adoption de Normes internationales pour les mesures phytosanitaires [NIMP], qui servent de base à l'harmonisation de la législation, des règlements et des procédures de protection des végétaux dans le monde entier. La nouvelle CMP remplace une commission intérimaire créée en 1997, qui fonctionnait en vertu de l'autorité déléguée par la Conférence de la FAO. La révision comporte une grande différence : tandis que l'organe intérimaire était ouvert à tous les membres de la FAO, désormais seules les parties contractantes à la CIPV pourront participer aux délibérations de la CMP. La révision prévoit en outre une responsabilité partagée- aider les parties contractantes, en particulier les pays en développement, à mettre en application la convention, et elle précise que la CIPV englobe également la protection des forêts, de la flore sauvage, des habitats et des écosystèmes."

Comment la CIPV aide-t-elle à réglementer le commerce international?
"Une partie contractante peut refuser l'entrée à des végétaux ou des produits de végétaux qui ne sont pas conformes à ses normes phytosanitaires. Mais elle ne peut instaurer que des mesures techniquement justifiées et qui sont compatibles au risque en question. Elle doit également veiller à ce que les mesures soient les moins restrictives et constituent le moins d'entraves possibles au commerce. Une fois qu'un pays adopte une mesure phytosanitaire, il doit immédiatement transmettre les prescriptions aux autres parties qui pourraient être directement concernées, et, sur demande, fournir la motivation à l'origine. En outre, les mesures phytosanitaires ne peuvent concerner que des "organismes nuisibles réglementés" - ce qui veut dire que si un ravageur donné est déjà introduit dans un pays qui ne dispose pas de programme d'éradication, la restriction imposeé aux importations de produits agricoles pouvant contenir l'organisme n'est pas justifiée".

NIMP: quelques exemples...

A ce jour, 27 Normes internationales pour les mesures phytosanitaires ont été adoptées par la CIPV. Citons notamment:
NIMP no. 11 sur l'analyse du risque phytosanitaire pour les organismes de quarantaine, incluant l'analyse des risques pour l'environnement et des organismes vivants modifiés. Décrit les processus à mettre en oeuvre pour l'évaluation des risques et pour la sélection des options de gestion des risques.
NIMP no. 15 énonce des directives pour la réglementation de matériaux d'emballage à base de bois- utilisés dans 70% du commerce international- pour garantir qu'ils sont exempts de ravageurs.
NIMP no. 17 énonce les procédures de signalement de l'apparition, des attaques et de la dissémination des organismes nuisibles, et des conseils sur comment signaler les succès d'éradication et les zones exemptes.
Pour la liste intégrale des NIMP...
Comment la CMP fixe-t-elle les normes internationales?
"La priorité à donner à une norme en cours d'élaboration est décidée par la Commission. Pour chaque norme, la CMP a créé un Groupe de travail d'experts chargés de sa rédaction. Le projet est transmis pour examen à notre Comité des normes, ce après quoi il est examiné dans le cadre de consultations avec les parties contractantes et les organisations régionales de la protection des végétaux. Leurs observations sont incorporées - le cas échéant- dans le projet de norme avant qu'il ne soit transmis à la réunion annuelle de la CMP, pour adoption ou autres".

Les NIMP adoptées par la Commission sont-elles contraignantes pour les parties?
"Non, les NIMP ne sont pas contraignantes en vertu de la CIPV. Mais en application de l'Accord sur l'application des mesures sanitaires et phytosanitaires, les membres de l'OMC fonderont leurs mesures phytosanitaires sur les normes internationales, qui sont fixeés par la Convention. Les membres peuvent contourner les NIMP, mais devront pleinement justifier leurs mesures".

Comment sont réglés les différends?
"Les procédures de règlement des différents de la CIPV n'ont pas encore servi. Mais si une partie contractante met en question ou conteste les prescriptions phytosanitaires d'une autre, les parties sont invitées à se consulter bilatéralement pour résoudre le problème. Si d'autres mesures s'avèrent nécessaires, les parties au conflit peuvent demander à la FAO de former un groupe d'experts qui recommandera une ligne d'action. Même si le processus de règlement des différends de la CIPV n'est pas contraignant, le problème peut être porté par la suite devant l'OMC au titre de l'Accord SPS - ce qui rend la décision juridiquement contraignante et peut avoir de graves conséquences économiques et politiques. C'est pourquoi la CIPV encourage les gouvernements à adopter une stratégie pour atténuer les risques de conflits par le biais de la consultation technique, avant d'envisager des procédures plus officielles".

Quels enjeux devront affronter la CIPV et la CMP?
"Au cours des dernières années, on a assisté à un essor rapide du commerce international, avec une gamme croissante de combinaisons de produits/pays, qui a pour conséquence l'augmentation des risques d'introduction de ravageurs dans de nouvelles régions. Le problème ne se limite pas à l'expansion du commerce, qui pourrait être considérée comme une voie contrôlée. De nouvelles voies d'introduction des organismes nuisibles sont notamment le tourisme en rapide expansion, les matériaux d'emballages, les voitures et les machines d'occasion, le mouvement de véhicules commerciaux, pour n'en citer que quelques-uns. Tous doivent être contrôlés par les organisations nationales de protection des végétaux.
    "En outre, la question de la 'régionalisation' demande actuellement une grande attention au Comité SPS de l'OMC. Les avis sont divergents sur comment reconnaître une région exportatrice -plutôt que tout un pays- comme indemne de maladies ou de ravageurs. Pour appliquer cette mesure fondamentale, les pays sont en train d'envisager l'éventualité de la mise en place d'un système de reconnaissance international et de normes pour des ravageurs spécifiques".

Le commerce agricole mondial est estimé à 600 milliards de dollars environ par an. Est-ce facile d'équilibrer les besoins de vos parties contractantes?
"L'impression est que les NIMP imposent de nouvelles obligations et mettent généralement des bâtons dans les roues aux exportateurs et aux importateurs. Rien n'est plus inexact. Le concept d'harmonisation a été élaboré pour veiller à ce que les mesures phytosanitaires des pays aient un fondement scientifique, tout en réduisant la nécessité de preuves scientifiques. Les NIMP accélèrent le commerce international en garantissant que les produits, lorsqu'ils quittent le pays d'exportation, sont conformes aux prescriptions du partenaire commercial importateur. Ce système réduit la nécessité de traitements et de retards onéreux à l'arrivée, et permet aux importateurs de programmer la distribution de façon plus rigoureuse. Il devrait être considéré comme une situation qui sert l'intérêt général".

Echange d'informations...
Une grande partie des échanges d'informations entre les parties contractantes de la CIPV sont conduits par le biais du Portail Phytosanitaire international, qui permet aux points de contact nationaux d'afficher des rapports sur les ravageurs, des listes d'organismes nuisibles réglementés et des détails sur les restrictions phytosanitaires. Il publie également les textes des NIMP adoptés et ceux en cours d'élaboration, et les actes de la CMP et de ses organes subsidiaires. Vers le portail...
...et assistance technique
Le Secrétariat de la CIPV continue à aider les pays en développement à adopter les mesures législatives, techniques et administratives énoncées dans la Convention. Parmi les secteurs déterminants abordés figurent la modernisation des cadres juridiques, la formation aux NIMP et à l'analyse des risques phytosanitaires, et le renforcement des systèmes d'information et des laboratoires. Plus...

  • Accéder à la documentation concernant la première session de la Commission des mesures phytosanitaires de la FAO
  • Voir aussi le Portail international sur la sécurité des aliments, la santé des animaux et des végétaux
Publié en avril 2006
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