Rechercher
Magazine accueil | focus | archives

Focus / 2007

Cet article s'inspire de Environnement et agriculture, un rapport au Comité de l'agriculture de la FAO (COAG), qui siègera à Rome du 25 au 28 avril 2007

Agriculture et environnement : l'opportunité d'une action mondiale

Les enjeux cruciaux sont la conservation de la biodiversité, l'atténuation du changement climatique et le développement des bioénergies...

Au cours des 50 dernières années, l'homme a modifié l'environnement plus rapidement qu'à n'importe quelle autre période comparable de l'histoire de l'humanité, essentiellement pour satisfaire la demande de nourriture, d'eau fraîche, de bois d'oeuvre, de fibres et de combustible. Aujourd'hui, environ 60 pour cent des services écosystémiques évalués dans L'Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire sont dégradés ou exploités de manière non viable, et la dégradation pourrait empirer considérablement pendant la première moitié de ce siècle. Il est clair, dit un rapport de la FAO « qu'il n'y a plus d'autre choix que de produire davantage avec moins. La viabilité environnementale dans l'agriculture n'est plus un choix, mais un impératif."

Selon le rapport, l'agriculture a un rôle central à jouer dans la gestion de l'environnement:"C'est dans l'agriculture que résident une grande partie des problèmes et des solutions. Les politiques agricoles doivent tenir compte de nouveaux paramètres, notamment la réaffectation massive des terres agricoles, le remplacement des cultures alimentaires actuelles par des cultures énergétiques, et la contribution potentielle de l'agriculture au développement économique mondial".

La FAO identifie trois facteurs cruciaux dans le secteur agricole: la conservation de la diversité biologique, l'atténuation des changements climatiques, et les bioénergies, et leur rôle essentiel dans les économies agricoles. Il préconise une connaissance plus fine de la manière dont les systèmes de production alimentaire existants peuvent s'adapter à la demande nouvelle de biocarburants, en faisant front à l'évolution du climat et à la réduction de la biodiversité, et en contribuant à l'atténuation de la faim et à l'utilisation durable des ressources naturelles.

 1  Biodiversité

L'agrobiodiversité utilisée dans la production vivrière est au coeur de notre système de subsistance. L'intensification de l'agriculture et la destruction croissante de la diversité biologique et des habitats ont poussé des espèces sauvages à l'extinction, accéléré la disparition de services environnementaux productifs et réduit les ressources génétiques agricoles essentielles pour la sécurité alimentaire future.

"Le changement climatique devrait entraîner des modifications de la biodiversité à tous les niveaux, des écosystèmes aux espèces et aux gènes"
Le changement climatique devrait entraîner des modifications de la biodiversité à tous les niveaux, des écosystèmes aux espèces et aux gènes.

Vu l'accroissement escompté de la population mondiale de 50 pour cent d'ici 2050, la biodiversité doit être gérée afin de promouvoir une intensification durable de la productivité agricole, tout en conservant un volume adéquat de biodiversité naturelle et cultivée. L'agriculture sera de plus en plus appelée à fournir des services écosystémiques, comme la fixation du carbone, et à produire les matières premières nécessaires aux biocombustibles, en utilisant de plus en plus de terres, souvent en concurrence avec la production vivrière. "Il est encore difficile de dire comment ce genre de défi sera surmonté par les écosystèmes et les populations affectés, mais il est clair que des recherches doivent être menées, et que des mesures de planification agricole devront être prises pour atténuer les impacts physiques et socioéconomiques néfastes," indique le rapport de la FAO.

 2  Changement climatique

Si les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas, la température de la planète augmentera vraisemblablement de 2 à 3°C au cours des 50 prochaines années, portant à des changements de climat qui auront des répercussions sur la production vivrière, la santé et l'environnement. Les pratiques agricoles - telles que le déboisement, les parcs d'engraissement du bétail et les engrais - représentent actuellement 25 pour cent environ des émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, la fréquence croissante des tempêtes, des sécheresses et des inondations causées par le changement climatique menace la viabilité des agroécosystèmes.

"Les pratiques agricoles - telles que le déboisement, les parcs d'engraissement du bétail et les engrais - représentent actuellement 25 pour cent environ des émissions de gaz à effet de serre"
Les changements des campagnes agricoles et le raccourcissement des cycles biologiques de l'ensemble des organismes entraîneront l'apparition de nouveaux ravageurs et maladies, tandis qu'un accroissement général des schémas et de la variabilité des risques se répercutera sur les revenus et la sécurité alimentaire.

Selon la FAO, l'agriculture "peut constituer une partie de la solution en contribuant à l'atténuation des changements climatiques, par la conservation, la fixation et la substitution du carbone, et en créant des systèmes agricoles en mesure d'amortir les épisodes climatiques extrêmes". Mais il convient d'accorder plus d'attention à l'adaptation aux changements climatiques, en particulier dans les pays en développement. La recherche de mécanismes d'adaptation peut fournir aux agriculteurs, aux pasteurs et aux forestiers des connaissances, y compris des données et outils agro-météorologiques, pour suivre les conditions de croissance et les conditions après récolte, un zonage agro-climatique pour la modélisation des impacts et l'évaluation de la vulnérabilité, et la gestion de la biodiversité pour renforcer la résilience aux transformations et aux stress de l'environnement.

 3  Bioénergie

Les projections indiquent que les bioénergies produites à partir de la biomasse pourraient satisfaire jusqu'à 25 pour cent de la demande énergétique mondiale d'ici 2050. En tant que sources d'énergie à faible émission de carbone, la plupart des systèmes bioénergétiques peuvent contribuer à l'atténuation des changements climatiques en remplaçant les combustibles fossiles et en favorisant le piégeage du carbone dans les plantations bioénergétiques.

L'agriculture et la foresterie étant les principales sources de biomasse, le marché croissant des matières premières de la bioénergie pourrait contribuer de façon appréciable à l'augmentation des revenus agricoles. Plus de 200 essences de végétaux pourraient servir à la production bioénergétique, et certaines plantes pourraient aider à remettre en état les terres dégradées et marginales. Toutefois, met en garde la FAO,

"Le développement des bioénergies suscite des préoccupations pour la sécurité alimentaire, car les terres et autres ressources productives sont détournées de la production vivrière"
le développement des bioénergies suscite des préoccupations pour la sécurité alimentaire, car les terres et autres ressources productives sont détournées de la production vivrière. En outre, l'intensification des opérations de biocarburants pourrait avoir des impacts négatifs sur l'eau et le sol, les habitats naturels et la biodiversité.

Il est urgent d'évaluer la viabilité de certains systèmes bioénergétiques, en fonction des besoins et des dotations en ressources des pays, des politiques en vigueur et des scénarios plausibles concernant les variables économiques, environnementales et politiques. " Les politiques bioénergétiques ne peuvent être correctement gérées hors du cadre politique et réglementaire global de l'agriculture," dit le rapport. "Il faudra pour cela une planification cohérente et à long terme de la transition, tenant compte de la complexité d'une gestion évolutive dans une économie mondiale de marché".

"Compromis difficiles". L'agriculture est amenée à jouer des rôles divers dans lesquels des compromis difficiles, mais d'une importance considérable, devront être trouvés: .Tout en garantissant la sécurité alimentaire d'une population mondiale et en offrant une source de moyens d'existence à des milliards de personnes, plus particulièrement des pauvres, elle doit aussi être prestataire de services écosystémiques à l'ensemble du milieu naturel, servir de puits de carbone, et satisfaire la demande future de biocombustibles et de bioplastiques.


"Les changements majeurs apportés aux objectifs mondiaux de production agricole impliqueront des arbitrages complexes qu'il est difficile d'évaluer en termes d'impact..."
"Les changements majeurs apportés aux objectifs mondiaux de production agricole impliqueront des arbitrages complexes qu'il est difficile d'évaluer en termes d'impact écologique global, d'effets sur la sécurité alimentaire, de prix des denrées et de la main-d'oeuvre agricole, des termes de l'échange entre les pays et les régions, d'accès à la terre pour les pauvres et d'égalité sociale."

Il est temps d'agir à l'échelle mondiale, afin d'anticiper les changements dont l'avenir sera probablement porteur, et commencer à modifier les pratiques de production. Pour plus d'efficacité, la planification devra envisager les grands ajustements à apporter à l'agriculture dans le but de produire les matières premières nécessaires à l'élaboration de biocombustibles et de bioplastiques, et en évaluer toutes les répercussions au niveau planétaire, y compris les risques phytosanitaires, et les nouvelles formes d'utilisation des ressources génétiques et des intrants agricoles. Il est donc proposé d'élaborer une stratégie à moyen terme qui aborderait les questions environnementales du point de vue du secteur agricole, avec le double objectif d'accroître la productivité tout en contribuant à la conservation et à la bonne gestion de l'environnement mondial.

Ce cadre stratégique porterait sur les grands enjeux écologiques, notamment la biodiversité, les bioénergies et les changements climatiques, influant sur la sécurité alimentaire, et soumettrait à la communauté internationale différentes solutions pour des approches écologiquement et économiquement rationnelles et des ajustements politiques et réglementaires.

  • Lire le rapport intégral de la FAO au COAG: Environnement et agriculture (PDF, 147K)
  • Voir aussi Focus: Concilier élevage et environnement, Boom de l'agroalimentaire, et Affronter la pénurie d'eau
  • Pour la liste intégrale des documents du COAG
Publié en avril 2007
magazine: accueil | focus | archives  guide: plan du site © FAO, 2007