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Focus / 1999

Comité de l'agriculture 1999

"Les problèmes posés au COAG sont le miroir fidéle des défis qui se posent au monde agricole et, par conséquent, à la FAO elle-même..."
  Biotechnologies - Focus
La réunion biennale du Comité de l'agriculture (COAG) de la FAO, qui a eu lieu à Rome du 25 au 29 janvier, a établi la direction a suivre par la FAO dans le domaine des biotechnologies, de l'agriculture urbaine, de l'agriculture organique, ainsi que du suivi des ressources en terre et en eau. Avant la réunion, nous avons rencontré Eric Kueneman, Conseiller technique en chef du Département de l'agriculture de la FAO et nouveau secrétaire du COAG.

Agriculture 21: Eric, cette session du COAG sera la 15ème depuis sa création en 1971. Pourriez-vous décrire le rôle du COAG et l'importance qu'elle présente pour les programmes de la FAO?

Kueneman: Le COAG est un comité technique consultatif de haut niveau, dont la mission principale est d'examiner et d'évaluer les questions relatives à l'alimentation et à l'agriculture, et de présenter des recommandations en la matière au Conseil de la FAO, lequel à son tour en réfère à notre plus haute instance de direction, la Conférence de la FAO. Alors que le Département de l'agriculture est chargé du secrétariat du Comité, le COAG couvre les trois Départements FAO directement concernés par les plantes, le bétail, l'alimentation et la nourriture : les Départements de l'agriculture, économique et social, et du Développement durable. Les recommandations du COAG contribuent donc à orienter la plupart des programmes techniques et économiques de la FAO ainsi que sa position dans les forums de développement mondial.

Agriculture 21: Le COAG examinera le rapport présenté par l'Organisation sur le travail accompli pendant le dernier biennium [1996-1997], sur les perspectives à moyen terme en matière d'alimentation et agriculture, et sur le cadre stratégique proposé pour les prochaines 15 années. A quel point en est le cadre stratégique, et quels sont ses traits principaux?

Kueneman: C'est encore un " travail en chantier "; nous en sommes actuellement à la deuxième version, et quatre stades ultérieurs sont prévus avant de présenter le rapport final à la Conférence, en novembre prochain. Il constitue un élément essentiel de l'effort que fait la FAO pour entrer dans le nouveau millénaire avec une perspective claire et des objectives mieux centrés. Dans sa version actuelle, ce cadre propose cinq grandes stratégies intégrées, cinq secteurs où la FAO peut mener une action stratégique à moyen ou long terme. En bref, ces stratégies consistent à contribuer à l'éradication de l'insécurité alimentaire et de la pauvreté rurale, à élaborer les cadres réglementaires pour l'alimentation et l'agriculture, à augmenter durablement l'offre et la disponibilité de denrées alimentaires et d'autres produits, à appuyer la conservation et l'utilisation durable des ressources naturelles, et à mettre à disposition une banque de données mondiale en matière d'alimentation et d'agriculture. La version actuelle identifie également les grandes questions stratégiques qui se posent à toutes les organisations, et indique les mesures en cours ou proposées pour y répondre. D'après les indications reçues, on élaborera des stratégies précises pour adresser ces questions.

Agriculture 21: Parmi les quatre arguments examinés par le COAG cette année, c'est probablement celui des biotechnologies qui suscite le plus de controverses. Quelle est la position de la FAO?

Kueneman: Les nouvelles découvertes en biotechnologie auront un impact de grande envergure sur la production agricole, sur les procédés de transformation des aliments et sur le commerce des produits agricoles. Dans ce domaine, toutefois, les pays en développement sont fort défavorisés, en raison des coûts relativement élevés de la biotechnologie, du manque de personnel qualifié, et de l'absence de politiques appropriées. Pour répondre à ces difficultés, on demande au COAG d'élaborer un plan d'action coordonné à l'échelle de la FAO, en vue d'appliquer la biotechnologie à l'agriculture, à la pêche et à la sylviculture. L'objectif de ce plan est d'améliorer pour nos Etats Membres l'accès à ces technologies, de les aider à formuler leurs réglementations et leur législation, et de les conseiller en matière de biotechnologies. Il y a également le problème de la technologie des transferts des gènes, qui concerne nombre de gouvernements ; sur ce point, la FAO doit élargir son rôle afin de devenir un forum de discussion entre les nations. [Pour un compte-rendu détaillé, voir le Focus: Biotechnologies.]

Agriculture 21: L'apparition de l'agriculture urbaine et périurbaine est un phénomène relativement récent. Qu'entend faire la FAO dans ce domaine?

Kueneman: En soi, l'agriculture urbaine et périurbaine n'est pas une nouveauté, mais avec la croissance actuelle des villes à un rythme exponentiel que nous connaissons actuellement, cela pose de nouveaux et sérieux problèmes de gestion. On a calculé qu'au niveau mondial, un citadin sur trois est engagé dans la production de nourriture pour la consommation de son ménage ou pour la vente sur le marché local. De ce fait, l'agriculture urbaine et périurbaine devient un facteur de plus en plus important de la sécurité alimentaire et de l'économie urbaine. C'est également un dilemme majeur pour les décideurs, qui doivent allouer des ressources limitées, notamment en terre et eau, en l'absence de politiques spécifiques. Pour le COAG, la question centrale est de savoir comment il est possible d'intégrer pleinement l'agriculture urbaine et périurbaine dans les activités de l'Organisation. On propose d'y répondre par un programme global et proactif de l'agriculture urbaine et périurbaine en partenariat avec des initiatives nationales et internationales. [Pour en savoir plus, voir le Focus: Agriculture urbaine.]

Agriculture 21: C'est aussi la première réunion du COAG où l'agriculture organique est inscrite à l'ordre du jour...

Kueneman: Oui, nous pensons que le moment est venu pour l'agriculture organique de prendre la place qui lui revient dans les programmes de développement durable. Nous estimons qu'elle pourra jouer un rôle important dans l'élaboration de technologies de production innovatrices, en offrant de nouvelles perspectives commerciales pour les travailleurs engagés dans la production et la transformation des produits agricoles, et de manière générale en attirant l'attention du public sur les problèmes sociaux et de l'environnement. Le COAG devra évaluer la nécessité d'un programme inter-sectoriel à l 'échelle de la FAO en matière d'agriculture organique, qui propose des forums d'information et de discussion sur la production et le commerce, qui fournisse des consultations et une assistance technique, qui détermine des standards, et qui utilise des projets pilotes pour développer les techniques d'agriculture organique. [Voir le Focus: Agriculture organique.]

Agriculture 21: Enfin, le suivi des ressources en terre et en eau. Quels sont les problèmes qui se posent?

Kueneman: La FAO a des capacités particulières et reconnues en matière d'évaluation de l'utilisation des terres et de l'eau, et d'intégration des questions relatives à la terre et à l'eau dans le cadre du développement rural, de la pêche d'eau douce, et de la sylviculture. Mais nous nous rendons bien compte des graves lacunes dans les données et l'information au niveau national. Sans ces données, il est impossible d'élaborer les systèmes régional et mondial nécessaires au suivi de la sécurité alimentaire mondiale et à la santé de notre planète. Le COAG orientera la FAO dans ses efforts pour améliorer ses capacités d'évaluer et de suivre l'utilisation des ressources en terre et en eau aux niveaux national et local, et de garder son rôle pilote d'élaboration des systèmes mondiaux d'information. Naturellement, il faudrait pour cela des ressources, tant pour les programmes FAO que pour les programmes nationaux. On propose en outre que la FAO présente un rapport périodique sur l'état des terres et des eaux au niveau mondial, et qu'elle collabore à un rapport des Nations Unies sur le développement mondial en matière d'eau. [Pour en savoir plus, voir le Focus: Suivi des ressources en terre et en eau.]

Agriculture 21: Au cours de vos années de travail à la FAO, vous avez participé à cinq sessions du COAG. Discernez-vous des tendances dans les problèmes posés, et dans leur portée pour la FAO?

Kueneman: Je pense qu'ils sont le miroir fidèle des défis qui se posent au monde agricole et, par conséquent, à la FAO elle-même. Pour l'Organisation, les thèmes qui apparaissent dépassent la répartition traditionnelle des compétences entre les Divisions techniques et les Départements de la FAO. Tous les documents examinés à cette dernière réunion du COAG sont le résultat de consultations et de contributions de plusieurs Départements de la FAO. Nous devons traiter des questions interdisciplinaires qui exigent que l'on pense en terme de systèmes, et qui exigent également une collaboration plus étroite entre les unités techniques de l'Organisation. C'est un point essentiel, si nous voulons que la FAO puisse continuer dans le prochain siècle à exercer sa fonction de guide technique et politique des Etats Membres de manière significative.

Publié en janvier 1999
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