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Focus / 1998

Interview: Brian Hursey

"La trypanosomiase est la seule épizootie qui détermine complètement où et comment les populations cultivent des plantes vivrières..."
La FAO, l'AIEA, l'OMS et le Bureau interafricain pour les ressources animales de l'OUA collaborent au premier programme international coordonné de lutte contre la trypanosomiase, maladie parasitaire qui menace la population comme les animaux domestiques dans toute l'Afrique subsaharienne. La maladie tue ou réduit sérieusement la productivité du bétail et, qui plus est, limite le développement des systèmes d'agriculture mixte dans des zones agricoles potentiellement riches (voir l'article de notre Focus Le coût de la trypanosomiase). Pour cette interview, conduite entre le siège de la FAO à Rome et Harare, au Zimbabwe, Agriculture 21 et Brian Hursey, coordonnateur du PLTA de la FAO, ont téléchargé un logiciel de conversation gratuit sur Internet. Après avoir installé le programme, procédure très simple, nous avons pu parler - pour le coût d'un appel téléphonique local - de la trypanosomiase, de son vecteur la mouche tsé-tsé et des possibilités pour le PLTA de juguler, voire d'éliminer, la maladie en Afrique.

*** PAAT enters the chat ***

*** AG21 enters the chat ***

<AG21> Brian, quel est le but de la réunion ici au Zimbabwe?

<PLTA> C'est la première réunion officielle des coordonnateurs du Groupe consultatif du PLTA en tant qu'organe statutaire de la FAO. Outre l'examen de questions techniques concernant la lutte contre la mouche tsé-tsé et la trypanosomiase, nous commençons à établir un plan d'action pour les six prochaines années

<AG21> Vous avez dit que le problème avec la trypanosomiase est qu'il s'agit d'une maladie "sans éclat". Qu'entendez-vous par là?

<PLTA> Contrairement à d'autres grandes épizooties, la trypanosomiase est considérée comme faisant partie de la vie en Afrique rurale. C'est comme être né avec une infirmité: on l'accepte, on la tolère, elle existe, tout simplement. Les populations ont appris à faire avec. Mais nous pensons que c'est LE plus grand obstacle au développement agricole en Afrique

<AG21> De quelle manière?

<PLTA> La trypanosomiase est la seule épizootie qui, là où elle est grave, interdit totalement l'élevage d'animaux domestiques et détermine complètement où et comment les populations cultivent des plantes vivrières. Là où le bétail réussit à survivre, nous perdons encore 3 millions de bovins par an et enregistrons 300 000 cas de trypanosomiase chez l'homme [maladie du sommeil]

<AG21> Vous vous occupez de la trypanosomiase pratiquement depuis le début de votre carrière. Pouvez-vous nous parler de votre première expérience avec cette maladie?

<PLTA> En 1964, j'ai été recruté par le Gouvernement kényen comme entomologiste et mon premier emploi a consisté à aider à traiter une grande épidémie de trypanosomiase africaine sur les rives orientales du Lac Victoria. Nous avons éliminé la mouche tsé-tsé sur quelque 1 500 km2 à l'aide de pesticides

<AG21> La trypanosomiase peut donc être éradiquée?

<PLTA> De nombreuses tentatives effectuées pour éliminer ou contrôler l'épizootie ont donné d'assez bons résultats. Lorsque je dirigeais la lutte contre la mouche tsé-tsé au Zimbabwe dans les années 80, nous l'avons presque complètement éliminée par des pulvérisations aériennes et l'épandage de pesticides. Et elle ne s'est plus manifestée

<AG21> Pourtant il s'agit encore d'un problème généralisé en Afrique?

<PLTA> Oui, car habituellement les investissements des donateurs dans la lutte contre la mouche tsé-tsé sont limités dans le temps. Vous pouvez réussir dans une zone mais une fois que la campagne se termine, cette zone peut être réinfestée. Les zones infestées par la mouche tsé-tsé en Afrique sont si vastes que pas une n'a été éliminée [voir carte à droite]

<AG21> La mouche tsé-tsé a été éradiquée il y a peu de temps de Zanzibar à l'aide de la méthode de l'insecte stérile [voir notre rubrique Nouveautés de septembre 1998, Combattre les mouches avec des mouches]. Considérez-vous la méthode de l'insecte stérile comme le principal moyen de lutte contre la mouche tsé-tsé dans l'avenir?

<PLTA> Le problème réside dans le fait que la trypanosomiase est causée par cinq parasites différents qui ont pour vecteurs environ 24 espèces différentes de mouche tsé-tsé ayant chacune leur habitat et leurs préfèrences écologiques particuliers. Chaque méthode présente des avantages et des inconvénients. La méthode de l'insecte stérile est un moyen de lutte, mais les pulvérisations, l'administration de médicaments et la surveillance par l'homme sont aussi des outils importants

<AG21> Comment le nouveau PLTA se distinguera-t-il des autres stratégies utilisées pour éliminer la trypanosomiase?

<PLTA> Le PLTA part du principe qu'aucune organisation, aucun donateur, aucun gouvernement ne peut espérer maîtriser ou éliminer la mouche tsé-tsé. Le PLTA est le premier programme inter-organisations sur la trypanosomiase. Il en examinera tous les aspects - pas seulement comment elle affecte le bétail, mais aussi ses effets sur l'utilisation des terres, l'économie et le développement global. Le PLTA étant maintenant en place, les pays africains et les donateurs ont maintenant un moyen de concentrer les ressources sur des zones où la lutte contre la mouche tsé-tsé est une priorité

<AG21> Quelle est l'importance du système d'information sur le PLTA en cours d'élaboration?

<PLTA> Nous élaborons ce système d'information avec le Royaume-Uni. Il comporte plusieurs volets importants: un système d'information géographique qui aidera à évaluer l'impact de la mouche tsé-tsé sur l'utilisation des terres, la population et les cultures, une base de données contenant tout ce qui a été publié sur ce thème au cours des dix dernières années, et un inventaire des ressources indiquant les programmes en cours et les résultats déjà obtenus. Il s'agit bien d'une première

<AG21> A quand le PLTA sur le Web?

<PLTA> Avant la fin de l'année

<AG21> Quand pensez-vous que la mouche tsé-tsé et la trypanosomiase seront éradiquées de l'Afrique?

<PLTA> Je ne pense pas que je verrai cela. Mais le PLTA est le début de ce que je considère comme un effort soutenu pour lutter contre la mouche tsé-tsé, l'éliminer de son habitat naturel et permettre aux agriculteurs d'instaurer un environnement agricole durable où cet insecte ne pourra pas se réinstaller. Là est la solution: donner aux agriculteurs africains la possibilité de faire ce qu'ils savent faire le mieux

  • Voir aussi dans l'article de notre Focus: Le coût de la trypanosomiase
  • Visitez les pages Web du Système d'information sur le PLTA

Publié en novembre 1998
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