Mais un nouveau rapport de la Division de la mise en valeur des terres et des eaux du Département de l'agriculture avertit que la pression démographique, accompagnée d'une demande croissante d'aliments, de combustible et de matériaux de construction, épuise de plus en plus les ressources naturelles de la région. On estime que l'érosion, l'acidification, la perte de matière organique, la compaction, l'épuisement des éléments nutritifs et la salinisation des sols ont réduit la productivité de plus de 3 millions de km2 de terres agricoles, tandis que près de 800 000 km2 de terres sèches risquent de se désertifier à cause du surpâturage, de la surexploitation de la végétation pour des usages domestiques, de la déforestation et de l'inadéquation des méthodes d'irrigation.
Alors que la superficie totale des terres cultivables, qui est actuellement de 1,7 million de km2, pourrait être plus que quadruplée, la grande partie des terres ayant un potentiel agricole est de qualité médiocre et son utilisation comprendrait des risques sociaux, économiques et écologiques importants. D'autres terres non cultivées actuellement sont couvertes de forêts tropicales dont la conservation est vitale pour la stabilité écologique et la biodiversité au niveau mondial. Un peu plus de 4 % des terres cultivables sont irriguées, mais les possibilités d'étendre la superficie irriguée sont limitées et la compétition pour l'eau pour les usages domestiques et l'industrie se fait plus acharnée.
Des zones agro-écologiques différentes. Selon la Division de la mise en valeur des terres et des eaux, le développement durable en Amérique latine et dans les Caraïbes ne sera possible que lorsque les problèmes de dégradation et de désertification des terres auront été surmontés, et que la terre sera utilisée et gérée d'une manière acceptable, socialement et économiquement, pour tous les secteurs de la société et sans porter atteinte à l'environnement. Le rapport divise la région en plusieurs zones agro-écologiques nettement différenciées, ayant chacune son propre potentiel et ses propres limites.
Terres en pente raide Le processus insidieux de l'érosion des sols dans les zones au relief abrupt densément peuplées réduit peu à peu la capacité des populations locales de couvrir leurs besoins essentiels. La ration alimentaire quotidienne moyenne dans ces zones est inférieure à la moyenne régionale de 2 673 kcal/personne. L'érosion des sols oblige également un grand nombre de petits exploitants agricoles à migrer vers les villes ou les zones boisées dans les basses terres des zones tropicales qui constituent la frontière agricole dans de nombreux pays andins. Comme dans beaucoup d'autres régions montagneuses du monde, l'érosion des sols devient le problème écologique le plus pressant dans ces zones.
Terres sèches Les terres sèches occupent approximativement 15 % de l'Amérique latine et des paysages très divers, depuis la zone côtière du Pacifique et les plaines de Chaco jusqu'aux prairies semi-arides de la pampa. Le tiers environ de ces zones est menacé par la désertification. Dans les régions sèches, de vastes zones irriguées assurent plus de 50 % de la production vivrière totale du Mexique et une bonne partie des exportations de produits agricoles du Chili et du Brésil. La productivité de nombreuses zones irriguées est en danger en raison de la mauvaise qualité des eaux et de la diminution des disponibilités en eau - selon les estimations, 10 à 15 % des terres irriguées dans les zones arides sont dégradées par l'engorgement et la salinité.
Régions tropicales humides La conversion des terres forestières en terres agricoles et en pâturages est très rapide dans les régions tropicales humides. La mise en culture a conduit à une perte de matière organique du sol, à une érosion accélérée et à un accroissement de la charge solide en matériaux charriés dans les fleuves et les lacs. Cela a également provoqué la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, soit par destruction directe, soit en raison de changements dans leur habitat. Dans la région amazonienne en particulier, on a autorisé les nouveaux colons à prélever du bois d'oeuvre dans la forêt, à cultiver et à faire paître les troupeaux. Toutefois, la nature des sols, de la végétation et du climat et l'aptitude limitée des sols aux cultures ont rarement été prises en compte. Dans certaines zones, notamment celles à forte pluviosité, la transformation de l'écosystème naturel a causé une dégradation des terres prononcée et une perte de capacité productive. On estime que plus de 800 000 km2 de forêts en Amazonie ont disparu sous l'effet combiné de la pression démographique, de la pauvreté et de l'exploitation commerciale du bétail, du bois d'oeuvre et des minéraux.
Terres de pâture Les terres de pâture comprennent des pâturages subtropicaux et tempérés dans le sud du continent, des pâturages saisonniers dans les montagnes andines et des savanes et herbages tropicaux dans le bassin amazonien. Le surpâturage est la principale cause de la dégradation des prairies naturelles, qui entraîne une baisse rapide de la productivité. Dans les grands bassins versants, cela peut causer des dommages comme le ravinement et la contamination des réserves d'eau en aval. Une grande partie des sols portant des pâturages cultivés sont peu fertiles et la productivité des pâturages diminue généralement avec le temps en raison de la médiocrité des méthodes de gestion. Dans les montagnes andines, les risques de dégradation sont accentués par l'âpreté du relief et la brièveté des périodes de végétation. Dans ces conditions, l'érosion éolienne et hydrique peut endommager gravement les sols, provoquer une accumulation de sédiments dans les lits des fleuves et les réservoirs et causer des inondations ainsi que l'engorgement et la salinisation des sols.
Terres humides Les terres humides occupent 11 % de la région et sont très communes en Amérique centrale, dans le Cône sud, le nord de la Bolivie, le sud-est du Brésil et le Mexique. Leurs principales limites sont le manque de drainage et un risque élevé d'inondations. Les sols affichent une texture et un taux d'acidité très variés, mais dans l'ensemble, ils reçoivent suffisamment d'éléments nutritifs et peuvent être très productifs s'ils sont bien drainés et protégés contre les inondations. Avant de procéder à la conversion de ces terres, il faut examiner les effets potentiels du drainage sur l'hydrologie des terres environnantes et sur le milieu, notamment sur la diversité animale et végétale.
Savanes acides Les savanes acides, consistant principalement en arbustes et en graminées coriaces, avec une saison sèche de 4 à 6 mois et des précipitations annuelles de 1 200 à 2 000 mm, se trouvent principalement dans la région du Cerrado au Brésil où elles occupent 1,1 million de km2 de terres vallonnées. Les sols sont physiquement bons, profonds, bien drainés et faciles à labourer, mais sont très pauvres chimiquement en raison de leur forte acidité, de leur faible teneur en éléments nutritifs et de la forte saturation en aluminium. Toutefois, avec une bonne gestion - notamment l'application de très grandes quantités d'engrais et de chaux - les savanes acides peuvent devenir très productives. Un inconvénient néanmoins: l'application d'engrais et de chaux est très coûteuse et ne suffit pas à elle seule à soutenir les rendements. Les sols sont très sensibles à l'érosion et si les méthodes de gestion n'assurent pas un couvert végétal adéquat ni une conservation efficace, l'érosion peut rapidement dégrader les sols jusqu'à ce qu'ils soient abandonnés.
Les petites îles Dans les Caraïbes, la petite proportion de terres se prêtant à l'agriculture n'offre que peu de possibilités pour la production et conduit à une utilisation intensive des zones limitées disponibles. En raison de la pression démographique, ces limites sont devenues encore plus fortes dans presque toutes les îles des Caraïbes, les grandes comme les petites, sauf peut-être en République dominicaine et à Cuba où les conditions agro-écologiques ressemblent davantage à celles du continent.
Publié en novembre 1998