Environnment FAO/CH. Errath
La production de bioénergie affecte l'environnement à l'échelle locale et mondiale en faisant sentir ses effets sur les ressources en terres et en eau, la diversité biologique et le climat mondial. Bien que des impacts environnementaux se vérifient le long de toute la filière de production - production, conversion et utilisation de matières premières - la plupart d'entre eux sont observés pendant le stade de production des matières premières et reflètent les impacts liés à la production agricole en général.
Atténuation des changements climatiques L'atténuation des changements climatiques constitue l'objectif des politiques de développement de la bioénergie dans de nombreux pays. Toutefois, les analyses du cycle de vie, qui mesurent les émissions sur l'ensemble de la filière de production des bioénergies indiquent une grande disparité des bilans du carbone selon les technologies employées, les sites et les systèmes de production - dont quelques-uns produisant même plus d'émissions que les combustibles fossiles. Les sources essentielles des émissions de gaz à effet de serre (GES) sont: - la conversion des terres; - la mécanisation; - l'utilisation d'engrais et de pesticides en phase de production des matières premières; - l'utilisation d'énergie non renouvelable pour la transformation et le transport.
Les systèmes utilisant des déchets organiques et des résidus issus de l'agriculture, de la sylviculture et/ou des déchets organiques industriels et urbains, ou bien utilisant la matière première de plantes pérennes sur des terres dégradées, offrent un énorme potentiel d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre. L'impact du changement d'utilisation des terres, aspect particulièrement important dans le bilan du carbone et la conservation de la biodiversité, est encore difficile à estimer notamment en ce qui concerne les effets provoqués par le changement indirect d'utilisation des terres. Lorsque des terres à forte teneur en carbone - comme les terres forestières ou tourbeuses - sont affectées à la culture de biocarburants, le bilan immédiat du carbone est inévitablement négatif, la conversion créant des «dettes du carbone» dont le «remboursement» pourrait prendre des dizaines d'années ou même des siècles. De plus, une évaluation exhaustive du bilan du carbone doit prendre en compte le changement «indirect» d'affectation des terres qui se rapporte aux émissions des terres mises en culture agricole, parce que d'autres terres à vocation agricole ont été affectées à la production de biocarburants ou bien parce que la demande de cultures vivrières a augmenté en conséquence des mises en cultures de terres pour produire des biocarburants. Ces effets indirects sont difficiles à caractériser et à mesurer. L'ampleur du changement d'affectation des terres provoqué par l'essor des bioénergies dépend des facteurs suivants: - sécurité foncière; - intégration entre systèmes de production vivriers et énergétiques; - potentiel d'intensification. D'autres améliorations du rendement des terres déjà exploitées sont possibles comme réaction à la hausse des prix, notamment par l'utilisation accrue d'intrants et de meilleures pratiques agricoles. Toutefois, les technologies améliorées pour la production de matières premières de bioénergie en sont encore au stade du développement,. C'est donc l'expansion des superficies qui pourrait, à brève échéance, se tailler la part du lion dans l'accroissement de la production. Diversité biologique La conversion de forêts naturelles, ou d'autres écosystèmes riches en biodiversité, en superficies pour la production de matières premières peut entraîner une perte significative de la biodiversité même lorsque l'expansion des terres est temporaire. Un autre facteur préoccupant est la possible introduction d'espèces envahissantes pour la production de biocarburants. Dans ce cas, la biodiversité agricole pourrait être affectée par les pratiques de monoculture à grande échelle et l'introduction de matériaux génétiquement modifiés. Eau et sols
FAO/A. ContiPlusieurs matières premières - dont le sucre, l'huile de palme et le maïs - exigent beaucoup d'eau et leur expansion est susceptible d'intensifier la compétition pour cette ressource déjà rare, selon le site et les méthodes de production. Les cultures de biocarburants liquides absorbent déjà environ un pour cent de l'eau de transpiration des cultures et deux pour cent de l'eau d'irrigation. La production intensive de matières premières affecte également la qualité de l'eau en aval, sous l'effet du ruissellement d'engrais ou de produits chimiques agricoles, ainsi que sous l'effet de l'érosion des sols. L'impact de la production de matières premières sur l'érosion des sols est surtout déterminé par les techniques agricoles utilisées, en particulier par les pratiques de labour, le niveau de couverture du sol et la rotation des cultures. Lorsque les matières premières pérennes destinées aux biocarburants remplacent les cultures annuelles, la couverture permanente et la formation de racines contribuent à améliorer la gestion des sols et à réduire l'érosion. Bonnes pratiques agricoles L'adoption de bonnes pratiques agricoles, comme la lutte intégrée et la gestion durable des sols, le labour minimum ou absent, le maintien de la couverture du sol, l'adoption de cultures multiples, le choix approprié des cultures et la rotation des cultures, peut atténuer les impacts négatifs de la production de biocarburants sur l'environnement, en particulier sur les ressources en carbone, en sol et en eau. L'application de ces pratiques peut également réduire les menaces pesant sur la biodiversité, et notamment sur la biodiversité des sols, grâce à la rétention des résidus végétaux et à la rotation de cultures diversifiées. Les habitats de la faune et de la flore sauvages peuvent être valorisés par l'introduction de stratégies d'aménagement du paysage dans les zones agricoles et le maintient de couloirs écologiques, ainsi que par l'utilisation prudente et durable des sources de biomasse à biodiversité élevée, comme les prairies, pour servir de matières premières. De plus, les systèmes de culture non vivrière pourraient enrichir la diversité agrobiologique. La promotion de systèmes locaux intégrés de production aliments-énergie, par exemple en associant la production de matières premières à la production agricole et en alimentant le bétail avec la biomasse non utilisée pour la production d'énergie ou la couverture des sols, peut éviter les gaspillages et accroître l'ensemble de la productivité de systèmes à vocation alimentaire et énergétique. Le travail de la FAOLe travail de la FAO dans le domaine des liens environnement-bioénergie se déroule à plusieurs niveaux, dans plusieurs endroits. En parallèle, les bases de données et les cartographies traditionnelles sont rectifiées ou perfectionnées pour répondre aux nouvelles exigences d'évaluation et de prises de décisions dans ce domaine.
À travers les activités ci-dessous, le programme environnemental intersectoriel vise à soutenir le processus de prises de décisions sur base des interactions complexes du développement des bioénergies, du changement climatique, et de la sécurité alimentaire, énergétique et environnementale:
Simplification et outils d'analyse Le projet BIAS (Bioenergy Impact Assessment) destiné à évaluer les impacts environnementaux de la bioénergie, permettra de rassembler les interactions bioénergie-environnement sur base d'un cadre analytique conçu à l'intention des décideurs et praticiens pour en simplifier la compréhension et l'application. BIAS rendra ainsi disponible au niveau local et national, des outils mettant à profit les nombreuses expériences recueillies et partagées à travers ce processus. Production (Coproduction) de données et outils de connaissance Les applications concernant le projet BIAS sont appuyées par la production et collecte des données nécessaires et par le développement d'outils d'analyse supplémentaires. Plusieurs activités sont liées à des bases de données et des programmes de cartographie existants. Sensibilisation et renforcement des capacités La plupart des informations utiles présentent une spécificité nationale qui réclame la participation active des pays membres de la FAO intéressés. L'action de sensibilisation et de renforcement des capacités nécessaires à utiliser et appuyer la gestion des données et des connaissances, ainsi qu'à adapter ultérieurement les outils d'analyse, est indispensable pour créer des instruments utiles de soutien à une meilleure gouvernance et durabilité. Partenariats et collaborations Les principales connaissances requises, ainsi que les tâches résultant des activités décrites précédemment, réclament plus de ressources, plus de collaboration et de coordination, et la participation de nombreux partenaires. La FAO sera un protagoniste actif dans le renforcement des connaissances, de l'accès aux connaissances, de la transparence et de la gouvernance du processus dans son ensemble. |