Systèmes de production rizicole 

Le riz est un facteur clé de la sécurité alimentaire et près de 3 milliards de personnes – environ la moitié de la population mondiale – mangent du riz tous les jours. En Asie, il est l’aliment de base de nombreuses populations parmi les plus défavorisées et sous-alimentées. Environ 144 millions d’hectares de terre sont destinés à la riziculture chaque année. Les sols chauds et gorgés d’eau des rizières font de ce système de production un des principaux émetteurs de méthane. Or les changements du climat affectent la production de riz, et continueront de le faire: les précipitations irrégulières, les périodes plus sèches pendant la saison humide (qui endommagent les jeunes plants), les sécheresses et les inondations pénalisent les rendements de riz. Ces événements sont également responsables de l’apparition de ravageurs et de maladies qui provoquent des énormes pertes de cultures et de récoltes.

Plusieurs méthodes et pratiques sont déjà utilisées pour faire face à ces problèmes. Par exemple, les systèmes de production ont été adaptés en changeant l’assolement, les dates de plantation et les techniques de gestion agricole. Ou encore, des remblais ont été construits pour protéger les exploitations rizicoles des inondations. Et aussi, de nouvelles variétés de riz résistant à la sécheresse et aux inondations sont produites et distribuées par les organismes gouvernementaux et le secteur privé. En outre, de nombreux agriculteurs diversifient leurs systèmes de production en cultivant d’autres céréales ou légumes et en élevant des poissons et des animaux (porcs, poules). Ils transforment également en compost les résidus et déchets issus de chaque système pour les utiliser ensuite comme amendement, réduisant de ce fait l’apport d’autres engrais. Grâce à cette diversification, les agriculteurs ont augmenté leurs revenus, amélioré leur nutrition, rendu leur production résiliente face aux chocs et minimisé les risques financiers. Le développement de nouvelles techniques avancées de modélisation, d’une cartographie des effets du changement climatique dans les régions rizicoles et la disponibilité d’assurances récolte sont encore d’autres solutions pour gérer les risques et réduire la vulnérabilité. Une recherche sur la riziculture a montré que les émissions sont surtout générées pendant les quelques mois où le champ est complètement engorgé. Il a été constaté qu’une stratégie plus intégrée d’irrigation des rizières et d’application des engrais peut réduire ces émissions de manière consistante. De plus, l’utilisation de compléments à base de sulfate d’ammonium peut favoriser l’activité microbienne du sol et réduire les méthanogènes. Enfin, une nouvelle technique d’épandage d’urée à la volée a été développée: des super granulés ou petites briquettes d’urée sont placées sous terre près des racines des plantes et au-dehors des décrues pour éviter les pertes d’azote. Au Bangladesh, ce système a réduit l’utilisation d’urée de 50-60 pour cent et augmenté les rendements d’environ une tonne par hectare. 

Nouveaux systèmes d’irrigation atténuant les émissions de méthane à Bohol, Philippines

L’île de Bohol est une des zones rizicoles les plus vastes de Visaya, dans les Philippines. Avant la mise en place du système d’irrigation intégré de Bohol (BIIS), en 2007, les deux réservoirs qui étaient utilisés présentaient de nombreux problèmes et n’avaient pas assez d’eau pour assurer la deuxième culture annuelle (de novembre à avril), particulièrement pour les agriculteurs vivant plus en amont des barrages. Ce problème était accentué par la distribution inégale de l’eau et la propension des agriculteurs pour des rizières continuellement inondées.

Face à une baisse de la production rizicole, l’Administration nationale de l’irrigation (NIA) a élaboré un plan d’action concernant le BIIS. Ce plan d’action prévoit la construction d’un nouveau barrage (le barrage Bayugan, financé par un prêt de la Banque japonaise de coopération internationale) et la mise en place d’une technologie d’épargne de l’eau appelée humectation et assèchement alternés (AWD, de l’anglais Alternate-Wetting and Drying) développée par l’Institut international de recherche sur le riz (IRRI) en collaboration avec les instituts de recherche nationaux. Les résultats positifs obtenus par l’AWD dans les exploitations pilote, ainsi que les programmes de formation spécifique pour les agriculteurs, ont dissipé l’impression largement répandue de possibles pertes de rendements dans les rizières non inondées. L’ample adoption de cette technologie a favorisé une utilisation optimale de l’eau d’irrigation portant le taux d’exploitation d’environ 119 pour cent à environ 160 pour cent (par rapport à un maximum de 200 pour cent pour ces systèmes de double récolte). Par ailleurs, d’après la méthodologie indiquée par le GIEC (GIEC 2006, Lignes directrices pour les inventaires nationaux de gaz à effet de serre), l’«aération multiple» – équivalente l’AWD – permet de réduire les émissions de méthane de 48 pour cent par rapport aux émissions générées par l’inondation continue des rizières. L’AWD apporte donc de multiples avantages comme la réduction des émissions de méthane (atténuation) et de l’utilisation d’eau (adaptation où l’eau est rare), l’accroissement de la productivité, et l’amélioration de la sécurité alimentaire (Bouman, B.A.M., Lampayan, R.M. et Toung, T.P., 2007, Water management in irrigated rice: coping with water scarcity – Gestion de l’eau dans les rizières inondées: faire face à la pénurie d’eau). 

...en savoir plus

dernière mise à jour:  jeudi 6 décembre 2012