Conférence
internationale sur la contribution durable des
pêches à la sécurité
alimentaire
Kyoto, Japon, 4-9 décembre 1995
Monsieur le Président
Excellences,
Mesdames et Messieurs les Représentants et membres
de délégations,
Mesdames et Messieurs,
C'est un honneur pour moi de prendre
la parole, au nom de l'Organisation que je dirige, devant
l'assemblée plénière de cette
Conférence internationale sur la contribution
durable des pêches à la
sécurité alimentaire. Je désire
saluer cette louable initiative du Gouvernement japonais
qui, j'en suis convaincu, contribuera à ce que le
secteur des pêches et de l'aquaculture puisse
jouer, de manière pleine et durable, son
rôle essentiel dans l'alimentation humaine.
Cette initiative ne fait que confirmer
le rôle de plus en plus déterminant du Japon
sur la scène de la coopération
internationale. Permettez-moi à ce sujet de
rappeler que le Japon est devenu le premier contributeur
en valeur absolue à l'aide publique au
développement avec un peu plus de 11 milliards de
dollars E.U. d'aide en 1993. Je voudrais d'ailleurs
saisir cette occasion pour publiquement remercier le
Gouvernement du Japon pour sa contribution au programme
de terrain de la FAO grâce a laquelle il se situe
au sixième rang des pays donateurs pour les fonds
fiduciaires de l'Organisation avec un programme d'une
valeur totale de près de 28 millions de dollars
E.U.
Monsieur le Président,
La situation alimentaire mondiale
requiert toute notre attention à l'heure où
de nombreux pays en développement continuent
à faire face à des situations d'urgence ou
d'approvisionnement très instables et où
800 millions de personnes souffrent actuellement de
sous-alimentation chronique. Si rien n'est fait pour
renverser les tendances actuelles, plus de 700 millions
de personnes se trouveront encore dans cette situation
inacceptable en l'an 2010. En outre, les
démographes prévoient que la population
mondiale augmentera de 3 milliards de personnes d'ici
l'an 2030. Il faudra bien subvenir aux besoins de cette
population alors que les disponibilités en terres
arables ne font que s'amenuiser et que la pression sur
des ressources naturelles limitées se fait de plus
en plus forte. Il nous faut de toute urgence affronter
ensemble ce défi et gagner la course entre
accroissement démographique et production
alimentaire.
L'accent mis par cette
Conférence sur le lien entre développement
durable des pêches et sécurité
alimentaire est donc des plus pertinent.
Rappelons à cet égard
que la stratégie approuvée par la
Conférence mondiale sur l'aménagement et le
développement des pêches, organisée
par la FAO en 1984, avait déjà
énoncé un certain nombre de principes et
d'idées directrices relatifs à la
contribution de la pêche à la
réalisation des objectifs économiques,
sociaux et nutritionnels nationaux. En outre, l'un des
cinq programmes d'action adopté par cette
conférence concernait spécifiquement la
promotion du rôle des pêches dans la lutte
contre la sous-alimentation et indiquait donc
déjà la voie à suivre.
Lors de la vingt-et-unième
session du Comité des pêches de la FAO, en
mars dernier, les Ministres responsables des pêches
ont examiné les efforts accomplis pour promouvoir
un développement durable du secteur halieutique
pour les générations présentes et
futures. Dans le "Consensus de Rome" adopté
à cette occasion, ils ont salué la tenue de
cette Conférence de Kyoto qui s'inscrit dans une
dynamique internationale particulièrement
encourageante. Je pense en particulier enfin à la
Convention des Nations Unies sur le droit de la mer
de1982, à la Déclaration de Cancún
de 1992 pour une pêche responsable, à la
Déclaration de Rio de 1992 et aux dispositions du
Programme d'action 21 de la Conférence des Nations
Unies pour l'environnement et le développement,
à l'accord sur le respect des mesures
internationales de conservation adopté par la
Conférence de la FAO en 1993, ainsi qu'à
l'accord relatif à la conservation et à la
gestion des stocks chevauchants et des stocks de poissons
grands migrateurs, adopté à New-York en
1995. Je suis aussi particulièrement heureux de
pouvoir ajouter à cette liste le Code de conduite
pour une pêche responsable qui a été
adopté par la Conférence de la FAO, le mois
dernier, à Rome.
Ici, à Kyoto, pour la
première fois, les plus hautes instances du
secteur se pencheront spécifiquement sur le
thème essentiel de la contribution de la
pêche à la sécurité
alimentaire.
Il s'agit là d'une question
fondamentale tant pour les pays développés
où la consommation de poisson par habitant est
très élevée (comme au Japon), que
pour de très nombreux pays en développement
dont les habitants souffrent de déficits
protéiniques. Tout d'abord, le secteur des
pêches représente une source importante de
revenu et d'emploi pour plus de 120 millions de personnes
qui travaillent dans la production, le traitement et la
distribution du poisson. Il a aussi un effet
multiplicateur non négligeable là où
la pêche est une activité économique
de premier plan. Par ailleurs, il génère en
moyenne 20% des protéines animales
consommées par l'homme, son rôle
nutritionnel est donc primordial lorsque le poisson est
la protéine animale préférée,
que ce soit à cause de son faible prix, de sa
disponibilité ou des traditions alimentaires
locales. Dans les pays à faible revenu connaissant
un déficit nutritionnel, la pêche est
souvent vitale pour les populations vivant dans les zones
côtières ou riveraines des fleuves et lacs,
non seulement en Afrique et en Asie mais aussi dans
plusieurs régions d'Amérique latine et dans
les petits Etats insulaires du Pacifique et de
l'océan Indien. Enfin, la pêche contribue
à la sécurité alimentaire
lorsqu'elle génère des gains en devises
permettant l'importation d'autres produits alimentaires
de base, tels que des céréales. Pour les
seuls pays en développement, ces gains nets
représentaient plus de 11 milliards de dollars EU
en 1993, soit plus que le café, la viande et le
riz ensemble. Il s'agit donc maintenant de consolider
cette contribution et, plus généralement,
d'améliorer la situation globale du secteur.
Depuis la création de la FAO,
il y a cinquante ans, le secteur des pêches a
été marqué par un
développement remarquable des innovations
technologiques en matière de capture et
d'aquaculture et par des progrès sans
précédent en matière de traitement
et de distribution. Pourtant, si jusqu'à la fin
des années 80 nous avons connu une période
d'optimisme caractérisée par des
productions halieutiques en croissance et une
augmentation de la part des pays en développement
dans la production mondiale, aujourd'hui, en revanche,
les principaux indicateurs sont alarmants.
Il est admis que 70% des stocks
mondiaux de poisson sont soumis à un effort de
pêche trop important. La production halieutique
mondiale, qui avait pour la première fois
enregistré une baisse entre 1989 et 1992, semble
remonter pour atteindre 101,5 millions de tonnes en 1993
et autour de 105 millions de tonnes en 1994. Cependant
cette hausse est due principalement à un
accroissement substantiel de la production aquacole, avec
une production de 16,3 millions de tonnes en 1993, et
à une augmentation significative des captures de
certaines espèces de petits pélagiques,
essentiellement destinés à la
transformation en huile et farine de poisson. Par
ailleurs, la part de poisson marin destiné
à la consommation humaine stagne autour de 70
millions de tonnes depuis le début de la
décennie de sorte que l'apport des pêches
maritimes à la consommation humaine tend à
régresser.
Pour que la pêche continue
à remplir son rôle en matière de
sécurité alimentaire mondiale, les
pêcheries, tant continentales que maritimes,
nécessitent désormais la mise en oeuvre
effective de mesures d'aménagement et de
conservation pour pallier la surexploitation des stocks,
la surcapitalisation, la taille excessive de certaines
flottes de pêche et le gaspillage inacceptable de
ressources propres à la consommation humaine.
Ces dernières années ont
également été marquées par un
déclin de la consommation mondiale de poisson par
tête qui est passée de 13,6 à 13 kg
entre 1989 et 1993. En outre, les projections indiquent
qu'au début du siècle prochain, la demande
devrait demeurer supérieure à l'offre, du
moins dans les pays à croissance
démographique élevée mais à
faible croissance économique, en particulier en
Afrique et en Asie du Sud. Ailleurs, le poisson
continuera d'être disponible mais à un prix
réel bien supérieur à ce qu'il est
aujourd'hui.
Enfin, la mondialisation des
échanges crée de nouveaux flux dans la
distribution des produits halieutiques. Ces flux,
très sensibles aux variations des prix, pourraient
se traduire par un déséquilibre en faveur
des consommateurs les plus riches. Un manque de vigilance
à cet égard risquerait d'aggraver de
manière inacceptable les déficits
alimentaires des plus démunis,
particulièrement des enfants, tant en milieu rural
qu'en milieu urbain.
Ainsi donc, les travaux
préparatoires de cette Conférence font
état de projections préliminaires
globalement préoccupantes, voire alarmantes pour
plusieurs groupes de pays si aucune action
spécifique n'est entreprise par les gouvernements
concernés et par l'industrie de la pêche
pour corriger les tendances actuelles. Il semble donc
essentiel de renforcer l'indispensable coopération
entre les Etats en matière d'aménagement et
de conservation si l'on veut assurer le maintien de
disponibilités adéquates en produits
halieutiques, limiter le niveau de surpêche et
maîtriser les facteurs qui contraignent l'offre.
Je veux espérer que les mesures
correctives et préventives nécessaires
seront élaborées et mises en oeuvre pour
que, à l'horizon 2010, les pêches maritimes
et continentales puissent si possible retrouver et
dépasser leurs meilleurs niveaux de production. Je
fonde surtout des espoirs sur l'aquaculture, qui assure
déjà la moitié des
approvisionnements nationaux dans des pays comme la
Chine, et dont la production pourrait, d'ici quinze ans,
se situer autour de 33 millions de tonnes, ou même
davantage si les moyens adéquats étaient
mobilisés.
Monsieur le Président,
C'est dans le contexte que je viens de
décrire que cette Conférence est
appelée à réfléchir sur des
questions majeures telles l'évolution des facteurs
qui affectent la disponibilité et la demande en
poisson ou la redéfinition du rôle des
secteurs public et privé dans ce cadre. Il
conviendra aussi d'étudier comment organiser les
activités de chacun des sous-secteurs de la
pêche pour que celle-ci continue à fournir
une source durable de nourriture et de revenu et permette
d'améliorer l'équité aussi bien en
termes d'accès à la ressource et à
l'emploi, notamment pour le sous-secteur artisanal, qu'en
termes d'accès aux produits halieutiques, en
particulier par les plus pauvres.
La FAO continuera de soutenir les
efforts importants déjà
déployés par la Communauté
internationale pour promouvoir une pêche
responsable et une plus grande sécurité
alimentaire. L'Organisation s'est d'ailleurs
engagée à la 106ème Session de son
Conseil, en mai 1994, à ce que la
sécurité alimentaire reste la
première de ses priorités. C'est ainsi que
fut lancé, fin 1994, le Programme spécial
pour la production alimentaire à l'appui de la
sécurité alimentaire dans les pays à
faible revenu et à déficit vivrier qui met
l'accent sur les mesures à prendre en vue
d'accroître la production vivrière et de
créer des emplois et des revenus dans le secteur
agricole.
Par ailleurs, afin de traiter tous les
aspects de la sécurité alimentaire dans une
perspective planétaire et de s'attaquer aux causes
fondamentales de la faim et de la malnutrition dans le
monde entier, un Sommet mondial de l'alimentation sera
organisé en novembre 1996 au Siège de la
FAO. Le Sommet a pour objectif de faire prendre
conscience aux responsables politiques au plus haut
niveau de la nécessité de résoudre
le problème fondamental de l'humanité,
à savoir l'insécurité alimentaire.
Il devrait déboucher sur l'adoption de politiques
et de stratégies internationales et nationales
appropriées ainsi que d'un plan d'action qui sera
mis en oeuvre par toutes les parties concernées.
Monsieur le Président, Mesdames
et Messieurs,
Je suis convaincu que les
résultats de votre Conférence apporteront
une importante contribution à ce Sommet et
susciteront des initiatives en vue de permettre au
développement des pêches et à
l'utilisation durable des ressources halieutiques de
remplir leur rôle primordial qui est: nourrir les
populations.
Je souhaite donc plein succès
à vos débats et vous remercie de votre
attention.