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Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


Allocution à l'occasion du Sommet de l'OUA
Addis Abeba, Ethiopie, 26-28 juin 1995

 

Monsieur le Président,
Excellences,
Monsieur le Secrétaire général de l'OUA,
Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un grand privilège que de pouvoir m'adresser à vous aujourd'hui. L'honneur qui m'est ainsi fait me paraît être une nouvelle marque de confiance et d'appui. En vous exprimant ma gratitude, je voudrais renouveler l'assurance que j'ai donnée au Conseil des Ministres de l'OUA, l'an dernier, de ne ménager aucun effort, à la tête de la FAO, pour mériter cette confiance.

Permettez-moi aussi de saisir cette occasion pour exprimer ma satisfaction au Secrétaire général, M. Salim Ahmed Salim, pour la collaboration fructueuse entre l'OUA et la FAO en faveur du continent africain. Je voudrais également remercier le Gouvernement et le peuple d'Ethiopie pour leur accueil fraternel.

 

Monsieur le Président, Excellences,

En m'accueillant à cette tribune, vous me placez devant plusieurs responsabilités. D'abord, celle de vous rendre compte fidèlement de l'analyse plutôt sombre que la FAO fait de l'état actuel de l'alimentation et de l'agriculture sur le continent; ensuite, celle de réitérer comme l'a fait le Conseil des Ministres de l'OUA à sa dix-septième session extraordinaire réunie au Caire au mois de mars dernier, que tout doit être mis en oeuvre pour sortir l'Afrique de cette situation et, enfin, celle de vous informer des mesures que laFAO a d'ores et déjà prises ou est en voie de prendre afin d'aider le continent dans son combat pour le développement agricole et économique.

L'an dernier, à Tunis, j'ai déploré le fait que l'Afrique soit la seule région du monde où la production vivrière par habitant ait baissé au cours des 20 à 25 dernières années. Exportatrice nette de denrées vivrières au début des années 60, l'Afrique a vu sa situation se dégrader progressivement au point qu'elle est aujourd'hui importatrice nette. Rien que le déficit en céréales pourrait atteindre 50 millions de tonnes d'ici à l'an 2010. Autre fait sérieux, le coût total des importations alimentaires augmentera très nettement, non seulement parce que les besoins d'une population en expansion seront plus importants mais aussi parce que l'on s'attend à une hausse des prix des denrées alimentaires importées de la zone tempérée, à la suite en particulier de la réduction prévue des subventions à l'exportation pour le blé et les produits animaux. La FAO a récemment estimé que d'ici à l'an 2000, le coût total pour l'Afrique des importations alimentaires augmentera de 4,5 milliards de dollars par rapport à 1987/89, accroissement que les recettes d'exportation ne parviendront pas à compenser.

Pour 1995, la situation alimentaire est une fois de plus précaire en Afrique australe, sous-région pourtant traditionnellement exportatrice de céréales. La raison en est la sécheresse persistante qui a sévi dans la plupart des pays de la zone et qui a également frappé certaines parties de l'Ethiopie et de l'Ouganda, obligeant à poursuivre ou à reprendre les opérations d'urgence.

Dans le reste de l'Afrique, la pluviométrie a dans l'ensemble été normale et l'approvisionnement en vivres satisfaisant. Mais il y a aussi, hélas, les pays où la persistance des troubles intérieurs et de leurs séquelles compromet gravement la production vivrière et les approvisionnements alimentaires.

L'Organisation estime que l'Afrique devra importer 31,4 millions de tonnes de céréales en 1994/95 dont environ 12 millions pour les pays situés au Sud du Sahara.

Monsieur le Président, chacun sait ici que l'état dans lequel se trouve l'alimentation et l'agriculture africaines tient à des considérations et à des contraintes d'ordre technique, économique et politique. Permettez-moi cependant d'en relever quelques-unes à titre de contribution à la poursuite de votre réflexion sur les défis que le développement de l'agriculture lance à l'Afrique et à ses partenaires.

Alors que la plupart des pays africains entreprennent avec courage des actions difficiles pour relancer la croissance économique et que l'agriculture recommence à occuper sa juste place dans les politiques et programmes de développement, la maîtrise de l'eau constitue un facteur essentiel si l'on veut parvenir à des augmentations durables de la production agricole et vivrière. Or il s'agit d'un secteur au sujet duquel je ne puis dire que des progrès marquants aient été accomplis ces derniers temps. En Afrique, seulement 7 pour cent des terres arables sont irriguées, soit 11 millions d'hectares dont 75 pour cent sont concentrés dans cinq pays. Malgré cela, l'Afrique ne consomme que 4 pour cent de ses 4 000 milliards de mètres cubes de ressources en eau. Je dois donc dire etredire que la solution du problème alimentaire sur notre continent passe nécessairement par l'accélération et l'amélioration des programmes d'aménagement de terres irriguées.

Il y a en outre un important capital forestier à sauvegarder et qui représente 18 pour cent de la superficie de l'Afrique. Il est indispensable pour cela que des stratégies nationales de gestion rationnelle de ce patrimoine et de recherche d'énergies alternatives au charbon de bois permettent de contrôler la déforestation annuelle de 4 millions d'hectares, liée notamment à la pression démographique et à une agriculture extensive.

L'élevage est aussi un secteur important dans bon nombre de pays africains où il constitue parfois jusqu'à 25 pour cent de la production agricole et est une source d'amélioration de l'état nutritionnel des populations. Mais d'énormes contraintes s'opposent encore à son développement, notamment au niveau de l'alimentation et de la santé animales, ainsi que de la transformation et de la commercialisation des différents produits et sous-produits de l'élevage.

Quant aux ressources halieutiques, le grand potentiel d'hier est largement entamé par une surexploitation, essentiellement due aux flottes étrangères. Des politiques et des stratégies appropriées devraient permettre aux pays africains de développer leurs propres capacités en matière de pêche, individuellement ou collectivement, avec la participation d'investisseurs privés dans un partenariat mutuellement avantageux. L'aquaculture côtière et en eau douce devrait également faire l'objet d'une attention particulière car elle représente déjà 15% de l'offre mondiale et devrait atteindre 30% en 2010.

 

Monsieur le Président, Excellences,

Permettez-moi maintenant d'indiquer quelques-unes des contributions que la FAO apporte et entend apporter à l'agriculture et à la sécurité alimentaire de l'Afrique.

En 1994, première année de mon mandat de Directeur général de la FAO, environ 46 pour cent du total des projets de terrain exécutés par la FAO ont concerné l'Afrique. La plupart de ces projets viennent en appui direct aux Africains et Africaines exerçant le métier d'agriculteurs, de pêcheurs, d'éleveurs ou de forestiers. Pour les aider à accroître leur productivité, pour assister aussi les gouvernements qui les soutiennent, la FAO a également continué à appuyer les ministères de l'agriculture et du développement rural et les organismes qui en dépendent ainsi que les organisations professionnelles.

Au niveau interétats, la FAO a poursuivi sa coopération avec l'OUA pour l'élaboration d'un Programme agricole commun pour l'Afrique qui doit être l'instrument opérationnel de la construction de la Communauté économique africaine. Un autre témoignage de cette coopération est représenté par la contribution de l'Organisation au renforcement des communautés économiques sous-régionales, dans le cadre notamment de programmes appropriés de coopération et d'intégration agricoles et dans celui de l'élaboration de stratégies sous-régionales de sécurité alimentaire. D'autres activités etprogrammes, sont menés en collaboration avec les institutions spécialisées de l'OUA, notamment dans les domaines de la santé animale et la protection des cultures.

Par ailleurs, je me félicite vivement de la convergence des préoccupations et des priorités de la FAO et de l'OUA telles qu'elles sont reflétées dans le Programme d'action du Caire, adopté en mars par le Conseil des Ministres. Cela augure bien de la poursuite et de l'approfondissement de la coopération entre les deux organisations.

Monsieur le Président, j'ai maintenant le plaisir de vous faire savoir que les changements que je proposais d'apporter aux programmes, structures et politiques de la FAO, changements dont j'avais eu l'honneur d'informer le Conseil des Ministres de l'OUA à Tunis l'an dernier, une semaine après leur approbation par le Conseil de la FAO, sont en bonne voie d'exécution.

Parmi ces changements figurait le nouveau programme spécial de la FAO concernant la production vivrière à l'appui de la sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu et à déficit alimentaire. Ce programme a pour objectif d'aider les pays qui n'ont pas les moyens d'importer les produits alimentaires dont ils ont besoin à exploiter pleinement leur potentiel de production afin de pouvoir satisfaire ces besoins. Quarante-quatre pays africains appartiennent à cette catégorie. Le programme est désormais opérationnel dans un premier groupe de 15 pays, dont 10 sont africains.

Le deuxième programme mis récemment en place par la FAO concerne un système de prévention et de réponse rapide pour lutter plus efficacement contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes. Ce programme se consacrera dans un premier temps à la lutte contre le criquet pèlerin et la peste bovine, deux fléaux particulièrement virulents en Afrique.

Par ailleurs, j'ai lancé un certain nombre d'actions de partenariat tendant à accroître l'efficacité et l'impact des activités de la FAO. C'est le cas de l'Accord sur la coopération technique entre pays en développement qui a pour l'instant été signé par 58 Etats dont 27 pays africains. J'envisage aussi de mettre en oeuvre un programme destiné à promouvoir le recours aux services de jeunes cadres de pays en développement pour les projets de la FAO sur le terrain pour qu'ils acquièrent une expérience qui leur sera utile à leur retour dans leur pays d'origine.

Nous avons enfin jeté les bases d'un renforcement de la coopération avec les bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux ainsi qu'avec le secteur privé et les organisations non gouvernementales afin de mobiliser des ressources additionnelles en faveur du secteur agricole - et de la sécurité alimentaire - en Afrique et dans d'autres régions en développement.

Je voudrais également informer cette auguste assemblée des progrès réalisés dans le sens de la décentralisation de l'Organisation.

Conformément à la promesse que j'ai faite l'an dernier, une solide équipe multidisciplinaire, forte d'une quinzaine de fonctionnaires du cadre organique, qui sera chargée de l'assistance enmatière de politiques, s'apprête à quitter le Siège pour le Bureau régional d'Accra. Un autre groupe de dix fonctionnaires techniques, spécialistes de diverses disciplines, doit lui aussi gagner le Bureau régional sous peu. Le Bureau sous-régional pour l'Afrique australe et orientale basé a Harare sera prochainement tout à fait opérationnel et je voudrais remercier les gouvernements du Ghana et du Zimbabwe pour avoir bien voulu prendre les dispositions nécessaires pour l'accueil de ces experts. Enfin des dispositions vont être prises pour l'installation du Bureau sous-régional pour l'Afrique du Nord qui a été retardée par l'absence de consensus sur le choix du siège.

Ces augmentations et améliorations de la présence de la FAO en Afrique et dans les autres régions du monde ont pu être réalisées malgré les restrictions budgétaires, grâce au redéploiement, décidé par le Conseil de la FAO, du personnel du siège et des divisions mixtes avec les commissions économiques régionales de l'ONU. D'autres mécanismes ont été mis en place pour continuer les programmes de coopération avec ces organes du système. Je suis aussi heureux de vous faire savoir que la Représentation de la FAO à Addis Abeba sera renforcée pour faciliter notre coopération avec l'OUA et la Commission économique pour l'Afrique.

Monsieur le Président, vous le savez, j'ai eu a soumettre la proposition d'organisation d'un Sommet Mondial de l'Alimentation pour obtenir une sensibilisation de l'opinion mondiale sur la situation des 800 millions de personnes qui n'ont pas un accès adéquat à la nourriture et des 192 millions d'enfants au dessous de cinq ans qui ont un déficit énergétique et protéinique. Votre conseil a l'an dernier, recommandé au Sommet qui a bien voulu l'accepter, de soutenir cette initiative. J'ai le plaisir de vous faire savoir que cette proposition rencontre aujourd'hui une large adhésion de par le monde et le soutien du Conseil de la FAO. Après consultation avec le gouvernement italien, pays hôte du siège, le Sommet aura lieu les 16 et 17 novembre 1996 à Rome. Il sera précédé d'une réunion ministérielle du 13 au 15 et d'une réunion préparatoire du 11 au 12. Des conférences régionales examineront les aspects spécifiques de la sécurité alimentaire dans les différents continents. La Conférence Régionale Africaine aura lieu du 16 au 20 avril 1996. Je tiens à remercier une fois encore l'OUA pour son appui à ce sujet.

Pour terminer, permettez-moi, Monsieur le Président, de répondre directement à l'appel lancé dans le Programme d'action du Caire aux partenaires de développement de l'Afrique. Je puis vous assurer que les organisations du système des Nations Unies et en particulier la FAO comprennent et apprécient l'ampleur du défi que représente le développement de l'Afrique et qu'elles soutiennent l'action que déploie le continent pour son développement. Ce que la FAO peut faire, fait ou envisage de faire pour aider la région dans son action est la manifestation concrète de l'engagement de notre organisation aux côtés des peuples africains et de leurs dirigeants. Nous devons cependant pouvoir faire plus avec davantage de moyens, et surtout avec votre soutien.

Je vous remercie de la confiance que vous m'avez toujours accordée et je compte, pour l'avenir, sur votre aide si précieuse dans notre combat commun pour le développement agricole et la sécurité alimentaire de notre continent.

Je vous remercie de votre aimable attention.

 


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