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Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


Session d'ouverture de la première Conférence des Parties de la Convention de lutte contre la désertification
Rome, Italie, le 30 septembre 1997

 

Monsieur le Président
Monsieur le Secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale
Monsieur le Secrétaire général adjoint des Nations Unies
Monsieur le Président du Comité intergouvernemental de négociations
Monsieur le Secrétaire exécutif
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation
Mesdames et Messieurs,

C'est un grand honneur pour l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture d'accueillir la première Conférence des Parties de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

En cette heureuse circonstance, je voudrais vous souhaiter la bienvenue au Siège de l'Organisation.

Le Sommet de la Terre a donné, en 1992, une impulsion majeure pour promouvoir le développement durable, diminuer la pauvreté et la faim, sauvegarder les ressources de la planète-Terre, au profit des générations futures. Depuis lors, la Convention sur les changements climatiques et la Convention sur la biodiversité sont entrées en vigueur. Et c'est aujourd'hui la Convention pour combattre la désertification qui entre sur la scène internationale.

Au Sommet mondial de l'alimentation et à la Session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies pour le suivi de l'Action 21, les Etats Membres ont réaffirmé leurs engagements dans la ligne des décisions de Rio.

Il y a, en effet, une étroite relation entre la promotion de la sécurité alimentaire, premier objectif de la FAO, et le développement durable qui requiert une action vigoureuse de lutte contre la désertification, engagée par la Convention.

D'ici à l'an 2050, la population de la planète augmentera d'environ 75% alors que 800 millions de personnes souffrent aujourd'hui de sous-nutrition et de malnutrition. Le grand défi du siècle prochain sera donc de diminuer le nombre de personnes qui n'ont pas un accès adéquat à la nourriture. Cela ne sera ne sera pas chose aisée, dans une conjoncture difficile: poids de la dette, diminution des investissements agricoles, détérioration des termes de l'échange, instabilité climatique et désastres naturels.

A cet égard, les pays situés dans les zones arides et semi-arides particulièrement vulnérables à la désertification ont une situation très délicate. Ces pays couvrent environ 30% de la superficie de la planète et comptent 900 millions d'habitants. Leurs populations, qui sont parmi les plus pauvres du monde et les plus touchées par l'insécurité alimentaire, se trouvent dans des écosystèmes fragiles aux ressources naturelles rares.

Depuis des siècles, leurs agriculteurs et leurs éleveurs ont patiemment mis au point des systèmes traditionnels qui leur ont permis de survivre. Mais aujourd'hui leur équilibre alimentaire et celui de leur environnement sont de plus en plus instables. Il est par conséquent urgent d'agir avant que de tragiques événements, difficilementréversibles, ne viennent aggraver une situation déjà précaire.

C'est pourquoi je remercie très chaleureusement ceux qui ont su alerter la communauté internationale et permis l'adoption du principe de la Convention à Rio en 1992. Ils ont tout mis en oeuvre pour que cette Convention soit rédigée, adoptée et ratifiée par le plus grand nombre de pays directement concernés et par ceux qui, bien que n'étant pas ou peu touchés, s'estiment solidaires de ce combat.

La FAO s'est engagée dans cette lutte dès le début, en participant notamment aux travaux préparatoires du Comité intergouvernemental de négociations et du Secrétariat exécutif, ainsi qu'aux nombreuses réunions sous-régionales.

Elle a ensuite élaboré avec le PNUE un programme spécifique d'appui aux Etats de la région Amérique latine et en prépare actuellement un autre, similaire, pour ceux d'Asie centrale. De nombreuses actions sont en cours pour assurer une coordination efficace avec les autres partenaires, notamment: l'Union du Maghreb arabe, le Comité inter-états de lutte contre la sécheresse au Sahel, l'Autorité intergouvernementale contre la sécheresse et pour le développement de l'Afrique de l'est, la communauté de développement de l'Afrique australe et l'Observatoire du Sahara et du Sahel.

Elle a en outre renforcé son appui aux Etats membres afin d'assurer la participation populaire et celle des femmes, à la définition et à la mise en oeuvre de pratiques durables de gestion intégrée de l'espace. Ces programmes ont porté tout particulièrement sur la conservation des terreset des eaux, des forêts et des pâturages.

Elle a aussi édicté de nouvelles recommandations, en matière d'aménagement du territoire et de planification de l'usage des terres, en vue d'assurer l'intégration des paramètres biophysiques et socio-économiques.

Elle a surtout apporté ses bases de données climatiques, ses réseaux d'alerte précoce pour la sécurité alimentaire ainsi que les résultats de ses efforts de normalisation et de standardisation de la cartographie, pour améliorer la surveillance des phénomènes de sécheresse et de désertification.

Enfin, la FAO a réuni ici même, dans ces locaux où vous siégez aujourd'hui, le Sommet mondial de l'alimentation en novembre 1996.

La Déclaration et le Plan d'action adoptés à cette occasion ont jeté les bases de "la sécurité alimentaire durable pour tous", qui reposent sur sept engagements:

  • assurer les conditions générales du progrès économique et social et maintenir une paix durable;
  • éliminer la pauvreté et améliorer l'accès à l'alimentation pour tous;
  • poursuivre des méthodes durables de production d'aliments, combattre la sécheresse et la désertification;
  • renforcer la sécurité alimentaire grâce à un système commercial mondial juste;
  • prévenir les catastrophes naturelles et les crises et répondre aux situation d'urgence;
  • favoriser les investissements, y compris dans les zones à faible potentiel;
  • exécuter le Plan d'action en coopération avec la communauté internationale.

La FAO, en collaboration avec ses partenaires, a mis en place le Programme spécial pour la sécurité alimentaire au bénéfice des agriculteurs pauvres dans les pays à faible revenu et à déficit alimentaire. Ce programme est aujourd'hui opérationnel dans 19 pays dont 18 ont ratifié la Convention.

Cette convergence dans les objectifs et ce parallélisme des formes d'action démontrent avec une grande clarté que la bataille contre la désertification et la lutte contre la malnutrition sont un seul et même combat.

C'est pourquoi j'appelle tous les Etats Membres des Nations Unies et toutes les organisations internationales et régionales à coopérer. Aux côtés du Secrétariat de la Convention et des organes que vous allez mettre en place, ils devront veiller à la mise en oeuvre conjointe et coordonnée des plans nationaux et régionaux de lutte contre la désertification. Ils devront aussi associer leurs ressources pour réaliser des programmesd'appui au développement agricole durable et à la sécurité alimentaire dans les pays concernés.

Les peuples les plus démunis attendent de vous des actions concrètes et non la rhétorique coutumière, vite oubliée au lendemain de l'effervescence des conférences mondiales.

Je suis convaincu que vous ne les décevrez pas.

Je souhaite plein succès à vos travaux.

 


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