FORUM MONDIAL DE
L'EAU:
L'eau, patrimoine de l'humanité
L'eau et la sécurité alimentaire
Marrakech, Royaume du Maroc, 21-23 mars 1997
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Introduction
C'est pour moi un réel plaisir
et une grande satisfaction que de participer à ce
débat de haut niveau sur la problématique
mondiale de l'eau notamment ses relations avec le
développement agricole et sa situation en Afrique.
Monsieur le Premier Ministre, vous avez souhaité
que la FAO présentât une communication sur
un thème crucial: - l'eau et la
sécurité alimentaire -, deux
éléments qui sont au centre du débat
pour assurer à tous le droit fondamental à
l'alimentation. Aussi, je voudrais vous prier d'exprimer
ma gratitude à Sa majesté le Roi Hassan II.
Il lui a plu en effet d'accepter le haut patronage de ce
forum et de me donner ainsi l'occasion de
présenter quelques unes des réflexions et
des actions que mène la FAO dans ce domaine.
Plan
Mon exposé s'articulera autour
des points suivants :
- d'abord le rôle crucial de
la maîtrise de l'eau dans la sécurisation
de la production agricole et alimentaire, et notamment
les problèmes de disponibilité et
d'utilisation de l'eau dans le monde ainsi que les
défis auxquels l'agriculture irriguée
doit ou devra rapidement faire face;
- ensuite les diverses interventions
possibles en matière de gestion de l'eau
à mettre en place aux niveaux international,
national et local;
- enfin, les objectifs de
maîtrise de l'eau pour une sécurisation
de la production agricole et alimentaire en
Afrique.
L'eau, facteur de production
Ce n'est pas à cet auditoire
qu'il faut rappeller que l'eau constitue un facteur
fondamental de production pour l'agriculture. Sans eau,
aucune vie, aucune agriculture n'est possible.
Le Maroc, comme les autres pays du
Maghreb et du Moyen Orient, qui tous les jours sont
confrontés à cette réalité,
le savent bien. Plus généralement, si
l'introduction à grande échelle des
semences améliorées à haut
rendement, le développement de l'utilisation des
engrais et de systèmes intégrés de
nutrition des plantes et les nouveaux moyens de lutte
intégrée contre les insectes et les
ravageurs ont permis d'augmenter considérablement
les rendements et la production agricole dans son
ensemble, ces progrès ont toujours
été enregistrés dans des situations
où l'eau ne constituait pas un facteur limitant.
Dans les pays à pluviométrie faible ou
incertaine, la Révolution Verte n'a
été un succès que dans des zones
où le contrôle de l'eau était
assuré. L'eau est donc à la base de la
production agricole, et partant, de la production
alimentaire.
La FAO, l'eau et la
sécurité alimentaire
Depuis sa création il y a 51
ans, la FAO travaille à assurer la
sécurité alimentaire et à
améliorer les conditions de vie des populations
rurales, à travers le développement d'une
agriculture durable, dans le respect de l'environnement
et en assurant une équité sociale dans la
répartition des bénéfices de la
croissance du secteur primaire. Ce défi est
permanent, puisqu'il exige des politiques et des projets
de développement qui assurent une augmentation de
la production agricole per capita. Malgré des
progrès importants au plan global, il y a encore
aujourd'hui plus de 800 millions de personnes dans le
monde qui souffrent de sous-alimentation chronique. En
Afrique, au cours des 30 dernières années,
la production vivrière a augmenté d'environ
2% par an, tandis que la population croissait de 3%par
an. L'Afrique est ainsi le seul continent où la
production agricole par habitant ait diminué au
cours de cette période. C'est notamment pour
inverser cette tendance que la FAO déploie
d'importants efforts pour améliorer la
sécurité alimentaire dans les 82 pays
à déficit alimentaire et à faible
revenu. La maîtrise de l'eau doit jouer un
rôle central dans ce contexte. Aujourd'hui,
l'agriculture irriguée ne couvre que 17% des
terres cultivées alors qu'elle contribue pour
environ 40% de la production alimentaire mondiale. Mais
la répartition des terres irriguées dans le
monde révèle de grandes disparités:
en Afrique, l'irrigation n'est assurée que sur 12
millions d'hectares, contre 17 millions en Europe, 21 en
Amérique du Nord et plus de 150 millions en Asie.
En d'autres termes, l'Asie irrigue plus d'un tiers (35%)
de ses terres arables, alors que l'Afrique n'en irrigue
que 7% qui pourtant fournissent une production
régulière, estimée en moyenne
à environ 20% de la valeur totale des cultures.
L'irrigation comme moyen
d'améliorer la sécurité alimentaire
Si dans les pays du Nord,
l'intensification de l'agriculture a par endroits atteint
ses limites, en particulier économiques et
écologiques, dans les pays du Sud, et tout
particulièrement en Afrique, l'obtention de la
sécurité alimentaire passe
nécessairement par une augmentation durable de la
production agricole. Cette augmentation pourra être
obtenue en faible partie seulement par une extension des
superficies cultivées, la majeur partie devant
provenir de l'intensification de l'agriculture. Celle-ci
s'accomplira aussi bien sur les terres pluviales que sur
les terres irriguées, même si le potentiel
d'intensification sur les terres irriguées est
bien plus important.
L'exemple du Maroc
Le Maroc est exemplaire a cet
égard. Depuis 1961, et le lancement de la
politique de développement des grands barrages,
votre pays s'est résolument engagé dans la
voie d'une sécurisation de sa production agricole.
Le Programme national d'irrigation, qui prévoit
d'atteindre d'ici 2020 une superficie irriguée de
1 350 000 ha s'est fixé des objectifs ambitieux,
car vous cherchez aussi à accroître les
performances de l'irrigation sur les terres
déjà aménagées. Le
développement de l'irrigation saisonnière,
et des cultures de crues dans les régions les plus
arides du pays vient compléter ce Programme
national. Par ce que le Maroc a compris l'importance de
tels objectifs, il consacre une part importante de son
budget à ces investissements. Au demeurant les
récentes sécheresses qui ont frappé
votre pays ont montré la justesse de votre analyse
et l'opportunité de ce programme.
Au niveau mondial, les experts
estiment que l'agriculture irriguée devrait
contribuer à fournir 80 pour cent de
l'accroissement de production alimentaire, rendu
nécessaire par l'augmentation de la population.
L'intensification par l'irrigation est
nécessaire; elle est possible. La FAO a
estimé en 1996 que le potentiel physique de
l'irrigation en Afrique était d'environ 42
millions d'hectares, alors que les terres actuellement
irriguées n'y sont que de 12 millions d'hectares
comme je le rappelais tout à l'heure. De plus, des
techniques alternatives de collecte et d'utilisation de
l'eau pour l'agriculture représentent un potentiel
supplémentaire d'environ 48 millions d'hectares,
ce qui porte le potentiel total de maîtrise
agricole de l'eau en Afrique à environ 90 millions
d'hectares, alors que celle ci n'est
réalisée actuellement que sur 14 millions
d'hectares.
En outre, à l'échelle du
périmètre irrigué, des gains
importants peuvent être réalisés en
améliorant l'efficience de l'irrigation qui
atteint dans certaines zones des valeurs aussi faibles
que 30%, alors que des taux de l'ordre de 60 à 70%
sont pratiques courantes dans les pays du Nord.
Le développement de
l'irrigation et une meilleure gestion de l'eau
constituent donc la clé de l'amélioration
de la sécurité alimentaire de nombreux pays
d'Afrique, mais aussi d'Asie et d'Amérique Latine.
Limites de l'intensification
Cependant, allouer des
quantités toujours croissantes d'eau à la
production alimentaire au travers de l'irrigation est une
tâche qui s'avère de plus en plus ardue
à cause du caractère limité de la
ressource et de l'importance toujours croissante des
besoins en eau des autres secteurs, notamment la
consommation humaine et industrielle.
L'eau, une ressource finie
Quelques chiffres suffisent pour
illustrer ces propos: environ 99% de l'eau existant sur
la terre est salée ou stockée dans les
glaciers ou à grande profondeur. L'eau douce
utilisable est celle qui est contenue dans les cours
d'eau, les rivières, les lacs et les
aquifères, et qui se renouvelle par le cycle
hydrologique. Au total son volume est estimé
à 40 000 km3 par an. Mais de ce total, seule une
faible part, environ 12 500 km3, peut être mise
à profit par l'homme. Le reste correspond à
de l'eau présente dans des zones à
très faible densité de population comme le
Grand Nord, le haut-bassin de l'Amazone ou du Zaïre,
ou bien à de l'eau de crue, par nature
difficilement stockable et ne s'écoulant pas lors
des périodes d'utilisation. Environ la
moitié de ces 12 500 km3 d'eau est d'ores et
déjà effectivement exploitée, par
l'agriculture, les collectivités et les
industries, ou est nécessaire au maintien et
à la conservation de l'écosystème
aquatique.
L'eau, une ressource
inégalement distribuée
En outre la distribution très
inégale de la population par rapport aux
ressources en eau du globe terrestre entraîne dans
un nombre croissant de régions des situations
très critiques. Si l'on peut dire que c'est
l'Amérique latine qui est la mieux pourvue en eau,
ce sont tous les pays de la péninsule Arabique,
ceux de la rive sud de la mer Méditerranée,
et de nombreux pays de l'Afrique orientale et australe
qui se trouvent aujourd'hui déjà dans des
situations de pénurie chronique. Pour donner un
exemple, on estime que chaque habitant du monde disposera
en théorie en l'an 2000 de 7 000 m3 par an. Mais
en Arabie Saoudite, il ne disposera que de 103 m3 par an,
au Maroc de 1012 m3, en France de 2 900 m3, et au Gabon
de 108 000 m3. En outre, à l'intérieur
d'une même zone climatique, la situation peut
varier très fortement. Ainsi, l'Egypte et la Libye
disposent toutes deux de ressources propres presque
négligeables (moins de 100 m3 par an et par
habitant). Mais si la Libye ne peut compter que sur ses
ressources endogènes, l'Egypte
bénéficie des apports du Nil,
évalués à plus de 900 m3 par an et
par habitant.
L'eau, une ressource internationale
partagée
De nombreux pays dans le monde
bénéficient de ressources importantes
grâce à l'apport des fleuves
transfrontaliers, mais l'accès à cette
ressource demeure conditionné à un partage
équitable entre pays riverains. En effet, chaque
pays souhaite utiliser les ressources disponibles pour
satisfaire ses besoins. Nous touchons là à
la dimension internationale de la compétition pour
l'accès à l'eau, compétition qui
devient critique lorsqu'elle se situe dans les zones
arides où la demande est forte. Cette situation
exige des mesures deprévention de conflits
potentiels, notamment par la mise en place de
mécanismes inter-étatiques de dialogue, de
concertation et de prise de décisions communes.
L'eau, enjeu de compétition
entre utilisateurs
A l'intérieur des pays, la
compétition se développe au niveau des
utilisateurs. En effet, l'eau sert de façon plus
ou moins directe dans la majorité des
activités de la vie quotidienne, qu'elles soient
agricoles, halieutiques, domestiques, sanitaires,
industrielles, minières, environnementales,
récréatives, touristiques ou qu'elles aient
trait à la production hydroélectrique ou
encore à la navigation.
Le climat et le niveau de
développement économique influencent
fortement la répartition des
prélèvements entre secteurs. Les pays
arides en développement consacrent plus de 90% de
leurs prélèvements à l'agriculture,
tandis qu'à l'autre extrême, les pays
industrialisés de la zone tempérée y
consacrent en moyenne moins de 30%. Globalement,
près de 70% des prélèvements d'eau
dans le monde sont destinés à
l'agriculture, pour irriguer environ 260 millions
d'hectares à travers le monde. L'eau
destinée à l'agriculture n'est pas
seulement la plus importante en termes de volume, elle
est aussi caractérisée par une efficience,
et une rentabilité plus faibles et un coût
souvent trèssubventionné. Les autres
secteurs peuvent en général supporter une
eau plus chère. Aussi on constate que dans les
pays où la compétition existe entre ces
secteurs, les ressources en eau allouées à
l'agriculture sont presque partout en diminution.
L'agriculture doit donc impérativement relever le
défi d'augmenter la sécurité
alimentaire tout en diminuant la quantité d'eau
consommée.
La qualité de l'eau
Dans les pays
développés, le secteur
récréatif et touristique prend lui aussi un
poids considérable, et la gestion de la ressource
en qualité devient une priorité. L'eau
prélevée d'un bassin versant, pour un motif
ou un autre, y retourne après utilisation,
partiellement ou en totalité. Elle devient ainsi
une ressource secondaire de moindre qualité pour
une nouvelle utilisation. En effet, d'une part l'eau
s'est chargée en polluants, comme par exemple les
pesticides et les engrais, d'autre part sa concentration
en sels s'est élevée du fait de
l'évaporation. Cette pollution altère la
qualité de l'eau, et diminue donc la
quantité de ressource -propre- disponible.
L'eau, une ressource à
gérer
Dans ce contexte, que peut-on faire?
Que doit-on faire? Quel est l'avenir de l'agriculture
irriguée?
Une des premières mesures est
la mise en place au niveau des pays de politiques de
gestion de l'eau, qui doivent apporter des
réponses à quatre problèmes: gestion
de l'offre, de la demande et des équilibres mais
aussi préservation des écosystèmes
aquatiques.
La gestion de l'offre
La gestion de l'offre permet
d'augmenter et d'améliorer la disponibilité
en eau dans le temps et dans l'espace. La retenue des
eaux de crue porte sur le stockage de l'eau dans les
barrages ou dans les aquifères, pour une
utilisation en période plus sèche où
les besoins sont généralement plus
importants. La création de retenues ne peut se
faire qu'à un coût élevé,
d'une part parce que les meilleurs sites de barrages ont
déjà été utilisés,
d'autre part parce qu'ils peuvent entraîner des
coûts sociaux et environnementaux importants. Une
meilleure utilisation de l'eau souterraine, en
complémentarité avec l'eau de surface peut
permettre d'augmenter notablement l'offre. L'utilisation
en zones arides de l'eau désalinisée pour
les besoins domestiques et industriels permet de diminuer
la pression sur les ressources naturelles, et donc de
préserver l'eau douce pour d'autres usages,
notamment l'agriculture. Il en est de même pour la
réutilisation des eaux usées après
traitement.
Enfin, la mise en place de stations
d'épuration et une gestion plus fine des intrants
agricoles et du drainage doivent permettre de
réduire fortement la pollution, et de disposer
ainsi d'une ressource plus propre.
La gestion de la demande
La gestion de la demande, permet en
particulier d'améliorer l'efficience de
l'utilisation et de la répartition de l'eau. Les
politiques de l'eau doivent aujourd'hui viser la
rentabilisation d'un facteur rare.
Il s'agit donc d'optimiser la
production alimentaire par unité d'eau
consommée, ce qui nécessite la gestion
appropriée et complémentaire d'autres
domaines agronomiques. Néanmoins,
l'amélioration de l'efficience en irrigation, tant
dans la distribution qu'au niveau de la parcelle reste
une priorité. L'utilisation
généralisée de techniques
d'irrigation économes en eau, comme la
micro-irrigation, sont aujourd'hui les objectifs de
nombreux pays.
La gestion des
équilibres
La gestion des équilibres
revêt aussi une importance certaine pour des
raisons économiques au niveau de l'exploitation
mais aussi pour des considérations qui ont trait
à l'équilibre spatial,
macro-économique et social. Il appartient au
politique, en relation avec les usagers, de corriger le
raisonnement techno-économique par des choix
concernant l'aménagement du territoire, le
développement national ou la
sécurité alimentaire, dans le souci de
respecter les équilibres entre niveaux local et
national, entre le rural et l'urbain, entre les diverses
zones d'un même pays, entre l'amont et l'aval au
sein d'un bassin versant
La préservation des
écosystèmes aquatiques
Enfin, la préservation des
écosystèmes aquatiques est une exigence
fondamentale. Le maintien de leur qualité est
vital, non seulement pour le développement de la
pêche et de l'aquaculture, dont la valeur
économique est considérable, mais aussi
pour la conservation de la diversité biologique.
Ces systèmes permettent en outre le maintien d'un
environnement global dont la qualité influe sur la
qualité de vie des populations, non seulement dans
les pays industrialisés, mais aussi dans les pays
en développement.
Actions préconisées
par la FAO
Plusieurs types d'action peuvent
être entreprises dans le cadre que voilà et
dont certaines concernent plus directement la FAO.
Au niveau mondial et national
Au niveau mondial comme au niveau
national, la FAO, pour assurer la sécurité
alimentaire, encourage vivement l'amélioration de
la maîtrise de l'eau dont le développement
de l'irrigation ne constitue qu'un aspect, à
côté de la collecte, de la
préservation et de la gestion del'eau. Un
programme cohérent pour atteindre cet objectif
passe d'abord par l'évaluation des ressources et
des besoins en eau, par une élude des terres aptes
à l'irrigation et au drainage, et plus globalement
par une planification de l'utilisation de l'eau. Ce type
d'action doit être réalisé à
l'échelle de chaque pays, et certains des projets
d'assistance technique de l'Organisation se situent dans
cette optique. En outre, la FAO s'efforce de faire la
synthèse des différents
éléments au niveau régional et
mondial et de sensibiliser tous les acteurs à
l'importance de l'eau pour la sécurité
alimentaire et plus généralement pour le
bien-être des populations rurales et urbaines.
Les plus grands fleuves ont un
caractère international. Leur gestion
requièrent une planification de l'utilisation qui
ne peut se faire qu'en concertation avec les pays
riverains. La FAO est prête, à la demande
des Etats concernés, à servir de forum pour
la concertation et les discussions sur les
problèmes liés au partage des eaux. Son
engagement dans les études techniques et
socio-économiques de l'exploitation commune des
grands cours d'eau et lacs à travers le monde est
édifiant à cet égard.
La FAO oeuvre en outre à la
réforme du cadre législatif et
institutionnel de la gestion des ressources en eau dans
ses pays membres. Plusieurs domaines sont
traités,notamment la politique de tarification de
l'eau, qui détermine les priorités entre
secteurs, et aussi la reconnaissance des droits
coutumiers en matière de droits de l'eau qui
revêtent un caractère primordial dans
certains pays.
Au niveau local
Au niveau local, les priorités
sont de plusieurs ordres. La FAO vise à mieux
faire connaître les apports indéniables de
nouvelles technologies pour l'irrigation et le drainage:
une meilleure utilisation de l'eau, la mise en valeur des
bas-fonds et marais, l'utilisation de pompes à
basse pression, la récolte des eaux (plus connue
sous le terme anglo-saxon de water harvesting),
l'utilisation des nappes alluviales sont autant de
techniques prometteuses, à faible coût et
qui peuvent améliorer grandement le
bien-être des populations. Aussi la FAO
prépare-t-elle des programmes de transfert de
technologies, non seulement entre pays
industrialisés et pays en développement,
mais aussi dans le cadre d'une coopération
Sud-Sud.
A cet effet, la formation des
agriculteurs à une meilleure gestion de l'eau au
niveau de la parcelle revêt une grande importance.
La FAO appuie dans de nombreux pays la constitution
d'associations d'usagers pour une gestion plus
responsable et plus efficace de l'eau au sein du
périmètre irrigué, et forme les
gestionnaires.
Elle aide dans certains pays au
développement de la micro-irrigation et de
l'agriculture irriguée périurbaine.
Le Programme spécial pour la
sécurité alimentaire
Dans tous ses projets, la FAO adopte
une démarche participative aussi bien pour leur
conception que leur mise en oeuvre, en utilisant au
maximum les capacités nationales et en tenant
compte des aspects sociaux du développement et du
rôle des femmes dans l'agriculture.
En outre, l'Organisation s'efforce
d'impliquer tous les partenaires potentiels, les
organisations internationales, les donateurs
bilatéraux, les organisations non-gouvernementales
et le secteur privé.
Tous ces éléments sont
le fondement du Programme spécial pour la
sécurité alimentaire que la FAO à
lancé à partir de 1994 pour les 82 pays
à déficit vivrier et à faible
revenu, et en particulier de la composante pour la
maîtrise de l'eau qui en fait
systématiquement partie en complément des
composantes d'intensification de la production
végétale, de diversification des
activités agricoles et d'analyse des contraintes
socio-économiques.
Ce Programme déjà
opérationnel dans 18 pays, débute par une
phase pilote de quelques années destinée
à démontrer concrètement au niveau
des communautés rurales que des progrès
sont possibles pour une sécurité
alimentaire durable et équitable dans ces pays et
à préparer des programmes d'investissements
de plus grande envergure, en collaboration avec les
partenaires assurant le financement du
développement.
Des propositions pour l'Afrique
Toutes ces actions prennent un relief
particulier en Afrique, où la situation de
l'agriculture, et par voie de conséquence la
situation des populations rurales, est plus que jamais
préoccupante. Une prise de conscience de ces
problèmes existe aujourd'hui au niveau des
gouvernements des pays africains et de la
communauté internationale. Fort heureusement,
certains pays, comme notre hôte, le Maroc, l'ont
compris depuis longtemps, et les remarquables
progrès effectués ici témoignent de
ce qui peut être réalisé avec une
vision prospective de la problématique du
développement de l'agriculture qui se traduit
concrètement par les investissements prioritaires
nécessaires pour sortir la production et le
commerce des produits agricoles du cycle des variations
résultant des aléas climatiques.
Il est aujourd'hui indispensable que
les gouvernements des pays africains accordent la
priorité aux investissements dans la
maîtrise de l'eau. C'est pourquoi j'ai
proposé pour 2010 des objectifs de maîtrise
de l'eau sur le continent africain s'appuyant sur trois
hypothèses:
. 25% des terres arables, soit 41
millions d'hectares;
. 20% des terres arables, soit 34 millions d'hectares,
et
. 15% des terres arables, soit 25 millions d'hectares.
Pour ces différentes
hypothèses, la maîtrise de l'eau doit
être axée sur la collecte de l'eau, sa
gestion efficace et la mise en place de petits
systèmes d'irrigation et de drainage. Dans les
hypothèses basse et moyenne, le
développement de la maîtrise de l'eau se
concentrerait sur des options techniques à faible
coût (entre 1000 et 3000 dollars EU par hectare)
tandis que dans l'hypothèse haute, des
systèmesirrigués de plus grande
envergure,donc à coût plus
élevé (environ 8 000 dollars EU par
hectare) seraient aussi considérés.
Pour les 53 pays africains et sur une
durée de 15 ans, le coût global a
été évalué à 72, 33 et
16 milliards de dollars EU pour atteindre respectivement
l'objectif de 25, 20 et 15% des terres arables. Ce
coût devrait être couvert pour une part
importante par la mobilisation de la main d'oeuvre locale
au niveau des communautés rurales, dans le cadre
de programmes de participation populaire. La distribution
de «vivres contre travail» et la prise en
compte du rôle majeur des femmes dans la
sécurité alimentaire devraient permettre
à ce programme de reposer sur des bases solides et
durables. Le financement complémentaire,
évalué pour chacune des trois
hypothèse à respectivement 65, 58 et 56
pour cent du total nécessaire, devrait être
assuré par le budget national, les financements
bilatéraux et multilatéraux et les
ressources du secteur privé.
Bien entendu, il appartient à
chacun des pays, en fonction de son potentiel, de
définir une stratégie et de se fixer des
objectifs nationaux, les objectifs globaux,
proposés pour l'ensemble du continent,
n'étant qu'indicatifs. La FAO assistera, autant
que possible, les pays qui le voudront dans la mise en
place des programmes correspondants, en particulier dans
le cadre du Programme spécial pour la
sécurité alimentaire.
Conclusion
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Les ressources en eau sont donc
limitées et inégalement distribuées
dans le temps et dans l'espace. L'eau est aujourd'hui un
enjeu majeur pour le développement, et son
appropriation devient source croissante de
compétition et potentiellement de conflits entre
secteurs, entre pays. Si l'eau revêt une telle
importance, c'est qu'elle constitue un facteur de
production non substituable. Une politique de l'eau
adaptée à une situation de rareté de
la ressource vise à favoriser l'augmentation des
disponibilités, à mieux les gérer,
notamment par une augmentation de l'efficience de
l'irrigation, dans un contexte global de respect des
équilibres régionaux, sectoriels et
environnementaux. Concrètement, cela se traduit
par un ensemble de mesures tant au niveau local que
national et international, que la FAO, cherche à
promouvoir pour assurer une meilleure
sécurité alimentaire. Il faut toutes les
ressources de notre science mais aussi de notre
conscience pour améliorer de manière
durable et équitable les conditions de vie des
populations rurales. Voilà le grand défi
que l'Humanité doit relever afin qu'au prochain
millénaire l'eau puisse rester - source de vie -
sur une planète Terre dont la population ne cesse
de croître.