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Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


FORUM MONDIAL DE L'EAU:
L'eau, patrimoine de l'humanité
L'eau et la sécurité alimentaire


Marrakech, Royaume du Maroc, 21-23 mars 1997

 

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

 

Introduction

C'est pour moi un réel plaisir et une grande satisfaction que de participer à ce débat de haut niveau sur la problématique mondiale de l'eau notamment ses relations avec le développement agricole et sa situation en Afrique. Monsieur le Premier Ministre, vous avez souhaité que la FAO présentât une communication sur un thème crucial: - l'eau et la sécurité alimentaire -, deux éléments qui sont au centre du débat pour assurer à tous le droit fondamental à l'alimentation. Aussi, je voudrais vous prier d'exprimer ma gratitude à Sa majesté le Roi Hassan II. Il lui a plu en effet d'accepter le haut patronage de ce forum et de me donner ainsi l'occasion de présenter quelques unes des réflexions et des actions que mène la FAO dans ce domaine.

Plan

Mon exposé s'articulera autour des points suivants :

  • d'abord le rôle crucial de la maîtrise de l'eau dans la sécurisation de la production agricole et alimentaire, et notamment les problèmes de disponibilité et d'utilisation de l'eau dans le monde ainsi que les défis auxquels l'agriculture irriguée doit ou devra rapidement faire face;
  • ensuite les diverses interventions possibles en matière de gestion de l'eau à mettre en place aux niveaux international, national et local;
  • enfin, les objectifs de maîtrise de l'eau pour une sécurisation de la production agricole et alimentaire en Afrique.

L'eau, facteur de production

Ce n'est pas à cet auditoire qu'il faut rappeller que l'eau constitue un facteur fondamental de production pour l'agriculture. Sans eau, aucune vie, aucune agriculture n'est possible.

Le Maroc, comme les autres pays du Maghreb et du Moyen Orient, qui tous les jours sont confrontés à cette réalité, le savent bien. Plus généralement, si l'introduction à grande échelle des semences améliorées à haut rendement, le développement de l'utilisation des engrais et de systèmes intégrés de nutrition des plantes et les nouveaux moyens de lutte intégrée contre les insectes et les ravageurs ont permis d'augmenter considérablement les rendements et la production agricole dans son ensemble, ces progrès ont toujours été enregistrés dans des situations où l'eau ne constituait pas un facteur limitant. Dans les pays à pluviométrie faible ou incertaine, la Révolution Verte n'a été un succès que dans des zones où le contrôle de l'eau était assuré. L'eau est donc à la base de la production agricole, et partant, de la production alimentaire.

La FAO, l'eau et la sécurité alimentaire

Depuis sa création il y a 51 ans, la FAO travaille à assurer la sécurité alimentaire et à améliorer les conditions de vie des populations rurales, à travers le développement d'une agriculture durable, dans le respect de l'environnement et en assurant une équité sociale dans la répartition des bénéfices de la croissance du secteur primaire. Ce défi est permanent, puisqu'il exige des politiques et des projets de développement qui assurent une augmentation de la production agricole per capita. Malgré des progrès importants au plan global, il y a encore aujourd'hui plus de 800 millions de personnes dans le monde qui souffrent de sous-alimentation chronique. En Afrique, au cours des 30 dernières années, la production vivrière a augmenté d'environ 2% par an, tandis que la population croissait de 3%par an. L'Afrique est ainsi le seul continent où la production agricole par habitant ait diminué au cours de cette période. C'est notamment pour inverser cette tendance que la FAO déploie d'importants efforts pour améliorer la sécurité alimentaire dans les 82 pays à déficit alimentaire et à faible revenu. La maîtrise de l'eau doit jouer un rôle central dans ce contexte. Aujourd'hui, l'agriculture irriguée ne couvre que 17% des terres cultivées alors qu'elle contribue pour environ 40% de la production alimentaire mondiale. Mais la répartition des terres irriguées dans le monde révèle de grandes disparités: en Afrique, l'irrigation n'est assurée que sur 12 millions d'hectares, contre 17 millions en Europe, 21 en Amérique du Nord et plus de 150 millions en Asie. En d'autres termes, l'Asie irrigue plus d'un tiers (35%) de ses terres arables, alors que l'Afrique n'en irrigue que 7% qui pourtant fournissent une production régulière, estimée en moyenne à environ 20% de la valeur totale des cultures.

L'irrigation comme moyen d'améliorer la sécurité alimentaire

Si dans les pays du Nord, l'intensification de l'agriculture a par endroits atteint ses limites, en particulier économiques et écologiques, dans les pays du Sud, et tout particulièrement en Afrique, l'obtention de la sécurité alimentaire passe nécessairement par une augmentation durable de la production agricole. Cette augmentation pourra être obtenue en faible partie seulement par une extension des superficies cultivées, la majeur partie devant provenir de l'intensification de l'agriculture. Celle-ci s'accomplira aussi bien sur les terres pluviales que sur les terres irriguées, même si le potentiel d'intensification sur les terres irriguées est bien plus important.

L'exemple du Maroc

Le Maroc est exemplaire a cet égard. Depuis 1961, et le lancement de la politique de développement des grands barrages, votre pays s'est résolument engagé dans la voie d'une sécurisation de sa production agricole. Le Programme national d'irrigation, qui prévoit d'atteindre d'ici 2020 une superficie irriguée de 1 350 000 ha s'est fixé des objectifs ambitieux, car vous cherchez aussi à accroître les performances de l'irrigation sur les terres déjà aménagées. Le développement de l'irrigation saisonnière, et des cultures de crues dans les régions les plus arides du pays vient compléter ce Programme national. Par ce que le Maroc a compris l'importance de tels objectifs, il consacre une part importante de son budget à ces investissements. Au demeurant les récentes sécheresses qui ont frappé votre pays ont montré la justesse de votre analyse et l'opportunité de ce programme.

Au niveau mondial, les experts estiment que l'agriculture irriguée devrait contribuer à fournir 80 pour cent de l'accroissement de production alimentaire, rendu nécessaire par l'augmentation de la population.

L'intensification par l'irrigation est nécessaire; elle est possible. La FAO a estimé en 1996 que le potentiel physique de l'irrigation en Afrique était d'environ 42 millions d'hectares, alors que les terres actuellement irriguées n'y sont que de 12 millions d'hectares comme je le rappelais tout à l'heure. De plus, des techniques alternatives de collecte et d'utilisation de l'eau pour l'agriculture représentent un potentiel supplémentaire d'environ 48 millions d'hectares, ce qui porte le potentiel total de maîtrise agricole de l'eau en Afrique à environ 90 millions d'hectares, alors que celle ci n'est réalisée actuellement que sur 14 millions d'hectares.

En outre, à l'échelle du périmètre irrigué, des gains importants peuvent être réalisés en améliorant l'efficience de l'irrigation qui atteint dans certaines zones des valeurs aussi faibles que 30%, alors que des taux de l'ordre de 60 à 70% sont pratiques courantes dans les pays du Nord.

Le développement de l'irrigation et une meilleure gestion de l'eau constituent donc la clé de l'amélioration de la sécurité alimentaire de nombreux pays d'Afrique, mais aussi d'Asie et d'Amérique Latine.

Limites de l'intensification

Cependant, allouer des quantités toujours croissantes d'eau à la production alimentaire au travers de l'irrigation est une tâche qui s'avère de plus en plus ardue à cause du caractère limité de la ressource et de l'importance toujours croissante des besoins en eau des autres secteurs, notamment la consommation humaine et industrielle.

L'eau, une ressource finie

Quelques chiffres suffisent pour illustrer ces propos: environ 99% de l'eau existant sur la terre est salée ou stockée dans les glaciers ou à grande profondeur. L'eau douce utilisable est celle qui est contenue dans les cours d'eau, les rivières, les lacs et les aquifères, et qui se renouvelle par le cycle hydrologique. Au total son volume est estimé à 40 000 km3 par an. Mais de ce total, seule une faible part, environ 12 500 km3, peut être mise à profit par l'homme. Le reste correspond à de l'eau présente dans des zones à très faible densité de population comme le Grand Nord, le haut-bassin de l'Amazone ou du Zaïre, ou bien à de l'eau de crue, par nature difficilement stockable et ne s'écoulant pas lors des périodes d'utilisation. Environ la moitié de ces 12 500 km3 d'eau est d'ores et déjà effectivement exploitée, par l'agriculture, les collectivités et les industries, ou est nécessaire au maintien et à la conservation de l'écosystème aquatique.

L'eau, une ressource inégalement distribuée

En outre la distribution très inégale de la population par rapport aux ressources en eau du globe terrestre entraîne dans un nombre croissant de régions des situations très critiques. Si l'on peut dire que c'est l'Amérique latine qui est la mieux pourvue en eau, ce sont tous les pays de la péninsule Arabique, ceux de la rive sud de la mer Méditerranée, et de nombreux pays de l'Afrique orientale et australe qui se trouvent aujourd'hui déjà dans des situations de pénurie chronique. Pour donner un exemple, on estime que chaque habitant du monde disposera en théorie en l'an 2000 de 7 000 m3 par an. Mais en Arabie Saoudite, il ne disposera que de 103 m3 par an, au Maroc de 1012 m3, en France de 2 900 m3, et au Gabon de 108 000 m3. En outre, à l'intérieur d'une même zone climatique, la situation peut varier très fortement. Ainsi, l'Egypte et la Libye disposent toutes deux de ressources propres presque négligeables (moins de 100 m3 par an et par habitant). Mais si la Libye ne peut compter que sur ses ressources endogènes, l'Egypte bénéficie des apports du Nil, évalués à plus de 900 m3 par an et par habitant.

L'eau, une ressource internationale partagée

De nombreux pays dans le monde bénéficient de ressources importantes grâce à l'apport des fleuves transfrontaliers, mais l'accès à cette ressource demeure conditionné à un partage équitable entre pays riverains. En effet, chaque pays souhaite utiliser les ressources disponibles pour satisfaire ses besoins. Nous touchons là à la dimension internationale de la compétition pour l'accès à l'eau, compétition qui devient critique lorsqu'elle se situe dans les zones arides où la demande est forte. Cette situation exige des mesures deprévention de conflits potentiels, notamment par la mise en place de mécanismes inter-étatiques de dialogue, de concertation et de prise de décisions communes.

L'eau, enjeu de compétition entre utilisateurs

A l'intérieur des pays, la compétition se développe au niveau des utilisateurs. En effet, l'eau sert de façon plus ou moins directe dans la majorité des activités de la vie quotidienne, qu'elles soient agricoles, halieutiques, domestiques, sanitaires, industrielles, minières, environnementales, récréatives, touristiques ou qu'elles aient trait à la production hydroélectrique ou encore à la navigation.

Le climat et le niveau de développement économique influencent fortement la répartition des prélèvements entre secteurs. Les pays arides en développement consacrent plus de 90% de leurs prélèvements à l'agriculture, tandis qu'à l'autre extrême, les pays industrialisés de la zone tempérée y consacrent en moyenne moins de 30%. Globalement, près de 70% des prélèvements d'eau dans le monde sont destinés à l'agriculture, pour irriguer environ 260 millions d'hectares à travers le monde. L'eau destinée à l'agriculture n'est pas seulement la plus importante en termes de volume, elle est aussi caractérisée par une efficience, et une rentabilité plus faibles et un coût souvent trèssubventionné. Les autres secteurs peuvent en général supporter une eau plus chère. Aussi on constate que dans les pays où la compétition existe entre ces secteurs, les ressources en eau allouées à l'agriculture sont presque partout en diminution. L'agriculture doit donc impérativement relever le défi d'augmenter la sécurité alimentaire tout en diminuant la quantité d'eau consommée.

La qualité de l'eau

Dans les pays développés, le secteur récréatif et touristique prend lui aussi un poids considérable, et la gestion de la ressource en qualité devient une priorité. L'eau prélevée d'un bassin versant, pour un motif ou un autre, y retourne après utilisation, partiellement ou en totalité. Elle devient ainsi une ressource secondaire de moindre qualité pour une nouvelle utilisation. En effet, d'une part l'eau s'est chargée en polluants, comme par exemple les pesticides et les engrais, d'autre part sa concentration en sels s'est élevée du fait de l'évaporation. Cette pollution altère la qualité de l'eau, et diminue donc la quantité de ressource -propre- disponible.

L'eau, une ressource à gérer

Dans ce contexte, que peut-on faire? Que doit-on faire? Quel est l'avenir de l'agriculture irriguée?

Une des premières mesures est la mise en place au niveau des pays de politiques de gestion de l'eau, qui doivent apporter des réponses à quatre problèmes: gestion de l'offre, de la demande et des équilibres mais aussi préservation des écosystèmes aquatiques.

La gestion de l'offre

La gestion de l'offre permet d'augmenter et d'améliorer la disponibilité en eau dans le temps et dans l'espace. La retenue des eaux de crue porte sur le stockage de l'eau dans les barrages ou dans les aquifères, pour une utilisation en période plus sèche où les besoins sont généralement plus importants. La création de retenues ne peut se faire qu'à un coût élevé, d'une part parce que les meilleurs sites de barrages ont déjà été utilisés, d'autre part parce qu'ils peuvent entraîner des coûts sociaux et environnementaux importants. Une meilleure utilisation de l'eau souterraine, en complémentarité avec l'eau de surface peut permettre d'augmenter notablement l'offre. L'utilisation en zones arides de l'eau désalinisée pour les besoins domestiques et industriels permet de diminuer la pression sur les ressources naturelles, et donc de préserver l'eau douce pour d'autres usages, notamment l'agriculture. Il en est de même pour la réutilisation des eaux usées après traitement.

Enfin, la mise en place de stations d'épuration et une gestion plus fine des intrants agricoles et du drainage doivent permettre de réduire fortement la pollution, et de disposer ainsi d'une ressource plus propre.

La gestion de la demande

La gestion de la demande, permet en particulier d'améliorer l'efficience de l'utilisation et de la répartition de l'eau. Les politiques de l'eau doivent aujourd'hui viser la rentabilisation d'un facteur rare.

Il s'agit donc d'optimiser la production alimentaire par unité d'eau consommée, ce qui nécessite la gestion appropriée et complémentaire d'autres domaines agronomiques. Néanmoins, l'amélioration de l'efficience en irrigation, tant dans la distribution qu'au niveau de la parcelle reste une priorité. L'utilisation généralisée de techniques d'irrigation économes en eau, comme la micro-irrigation, sont aujourd'hui les objectifs de nombreux pays.

La gestion des équilibres

La gestion des équilibres revêt aussi une importance certaine pour des raisons économiques au niveau de l'exploitation mais aussi pour des considérations qui ont trait à l'équilibre spatial, macro-économique et social. Il appartient au politique, en relation avec les usagers, de corriger le raisonnement techno-économique par des choix concernant l'aménagement du territoire, le développement national ou la sécurité alimentaire, dans le souci de respecter les équilibres entre niveaux local et national, entre le rural et l'urbain, entre les diverses zones d'un même pays, entre l'amont et l'aval au sein d'un bassin versant

La préservation des écosystèmes aquatiques

Enfin, la préservation des écosystèmes aquatiques est une exigence fondamentale. Le maintien de leur qualité est vital, non seulement pour le développement de la pêche et de l'aquaculture, dont la valeur économique est considérable, mais aussi pour la conservation de la diversité biologique. Ces systèmes permettent en outre le maintien d'un environnement global dont la qualité influe sur la qualité de vie des populations, non seulement dans les pays industrialisés, mais aussi dans les pays en développement.

Actions préconisées par la FAO

Plusieurs types d'action peuvent être entreprises dans le cadre que voilà et dont certaines concernent plus directement la FAO.

Au niveau mondial et national

Au niveau mondial comme au niveau national, la FAO, pour assurer la sécurité alimentaire, encourage vivement l'amélioration de la maîtrise de l'eau dont le développement de l'irrigation ne constitue qu'un aspect, à côté de la collecte, de la préservation et de la gestion del'eau. Un programme cohérent pour atteindre cet objectif passe d'abord par l'évaluation des ressources et des besoins en eau, par une élude des terres aptes à l'irrigation et au drainage, et plus globalement par une planification de l'utilisation de l'eau. Ce type d'action doit être réalisé à l'échelle de chaque pays, et certains des projets d'assistance technique de l'Organisation se situent dans cette optique. En outre, la FAO s'efforce de faire la synthèse des différents éléments au niveau régional et mondial et de sensibiliser tous les acteurs à l'importance de l'eau pour la sécurité alimentaire et plus généralement pour le bien-être des populations rurales et urbaines.

Les plus grands fleuves ont un caractère international. Leur gestion requièrent une planification de l'utilisation qui ne peut se faire qu'en concertation avec les pays riverains. La FAO est prête, à la demande des Etats concernés, à servir de forum pour la concertation et les discussions sur les problèmes liés au partage des eaux. Son engagement dans les études techniques et socio-économiques de l'exploitation commune des grands cours d'eau et lacs à travers le monde est édifiant à cet égard.

La FAO oeuvre en outre à la réforme du cadre législatif et institutionnel de la gestion des ressources en eau dans ses pays membres. Plusieurs domaines sont traités,notamment la politique de tarification de l'eau, qui détermine les priorités entre secteurs, et aussi la reconnaissance des droits coutumiers en matière de droits de l'eau qui revêtent un caractère primordial dans certains pays.

Au niveau local

Au niveau local, les priorités sont de plusieurs ordres. La FAO vise à mieux faire connaître les apports indéniables de nouvelles technologies pour l'irrigation et le drainage: une meilleure utilisation de l'eau, la mise en valeur des bas-fonds et marais, l'utilisation de pompes à basse pression, la récolte des eaux (plus connue sous le terme anglo-saxon de water harvesting), l'utilisation des nappes alluviales sont autant de techniques prometteuses, à faible coût et qui peuvent améliorer grandement le bien-être des populations. Aussi la FAO prépare-t-elle des programmes de transfert de technologies, non seulement entre pays industrialisés et pays en développement, mais aussi dans le cadre d'une coopération Sud-Sud.

A cet effet, la formation des agriculteurs à une meilleure gestion de l'eau au niveau de la parcelle revêt une grande importance. La FAO appuie dans de nombreux pays la constitution d'associations d'usagers pour une gestion plus responsable et plus efficace de l'eau au sein du périmètre irrigué, et forme les gestionnaires.

Elle aide dans certains pays au développement de la micro-irrigation et de l'agriculture irriguée périurbaine.

Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire

Dans tous ses projets, la FAO adopte une démarche participative aussi bien pour leur conception que leur mise en oeuvre, en utilisant au maximum les capacités nationales et en tenant compte des aspects sociaux du développement et du rôle des femmes dans l'agriculture.

En outre, l'Organisation s'efforce d'impliquer tous les partenaires potentiels, les organisations internationales, les donateurs bilatéraux, les organisations non-gouvernementales et le secteur privé.

Tous ces éléments sont le fondement du Programme spécial pour la sécurité alimentaire que la FAO à lancé à partir de 1994 pour les 82 pays à déficit vivrier et à faible revenu, et en particulier de la composante pour la maîtrise de l'eau qui en fait systématiquement partie en complément des composantes d'intensification de la production végétale, de diversification des activités agricoles et d'analyse des contraintes socio-économiques.

Ce Programme déjà opérationnel dans 18 pays, débute par une phase pilote de quelques années destinée à démontrer concrètement au niveau des communautés rurales que des progrès sont possibles pour une sécurité alimentaire durable et équitable dans ces pays et à préparer des programmes d'investissements de plus grande envergure, en collaboration avec les partenaires assurant le financement du développement.

Des propositions pour l'Afrique

Toutes ces actions prennent un relief particulier en Afrique, où la situation de l'agriculture, et par voie de conséquence la situation des populations rurales, est plus que jamais préoccupante. Une prise de conscience de ces problèmes existe aujourd'hui au niveau des gouvernements des pays africains et de la communauté internationale. Fort heureusement, certains pays, comme notre hôte, le Maroc, l'ont compris depuis longtemps, et les remarquables progrès effectués ici témoignent de ce qui peut être réalisé avec une vision prospective de la problématique du développement de l'agriculture qui se traduit concrètement par les investissements prioritaires nécessaires pour sortir la production et le commerce des produits agricoles du cycle des variations résultant des aléas climatiques.

Il est aujourd'hui indispensable que les gouvernements des pays africains accordent la priorité aux investissements dans la maîtrise de l'eau. C'est pourquoi j'ai proposé pour 2010 des objectifs de maîtrise de l'eau sur le continent africain s'appuyant sur trois hypothèses:

. 25% des terres arables, soit 41 millions d'hectares;
. 20% des terres arables, soit 34 millions d'hectares, et
. 15% des terres arables, soit 25 millions d'hectares.

Pour ces différentes hypothèses, la maîtrise de l'eau doit être axée sur la collecte de l'eau, sa gestion efficace et la mise en place de petits systèmes d'irrigation et de drainage. Dans les hypothèses basse et moyenne, le développement de la maîtrise de l'eau se concentrerait sur des options techniques à faible coût (entre 1000 et 3000 dollars EU par hectare) tandis que dans l'hypothèse haute, des systèmesirrigués de plus grande envergure,donc à coût plus élevé (environ 8 000 dollars EU par hectare) seraient aussi considérés.

Pour les 53 pays africains et sur une durée de 15 ans, le coût global a été évalué à 72, 33 et 16 milliards de dollars EU pour atteindre respectivement l'objectif de 25, 20 et 15% des terres arables. Ce coût devrait être couvert pour une part importante par la mobilisation de la main d'oeuvre locale au niveau des communautés rurales, dans le cadre de programmes de participation populaire. La distribution de «vivres contre travail» et la prise en compte du rôle majeur des femmes dans la sécurité alimentaire devraient permettre à ce programme de reposer sur des bases solides et durables. Le financement complémentaire, évalué pour chacune des trois hypothèse à respectivement 65, 58 et 56 pour cent du total nécessaire, devrait être assuré par le budget national, les financements bilatéraux et multilatéraux et les ressources du secteur privé.

Bien entendu, il appartient à chacun des pays, en fonction de son potentiel, de définir une stratégie et de se fixer des objectifs nationaux, les objectifs globaux, proposés pour l'ensemble du continent, n'étant qu'indicatifs. La FAO assistera, autant que possible, les pays qui le voudront dans la mise en place des programmes correspondants, en particulier dans le cadre du Programme spécial pour la sécurité alimentaire.

 

Conclusion

Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Les ressources en eau sont donc limitées et inégalement distribuées dans le temps et dans l'espace. L'eau est aujourd'hui un enjeu majeur pour le développement, et son appropriation devient source croissante de compétition et potentiellement de conflits entre secteurs, entre pays. Si l'eau revêt une telle importance, c'est qu'elle constitue un facteur de production non substituable. Une politique de l'eau adaptée à une situation de rareté de la ressource vise à favoriser l'augmentation des disponibilités, à mieux les gérer, notamment par une augmentation de l'efficience de l'irrigation, dans un contexte global de respect des équilibres régionaux, sectoriels et environnementaux. Concrètement, cela se traduit par un ensemble de mesures tant au niveau local que national et international, que la FAO, cherche à promouvoir pour assurer une meilleure sécurité alimentaire. Il faut toutes les ressources de notre science mais aussi de notre conscience pour améliorer de manière durable et équitable les conditions de vie des populations rurales. Voilà le grand défi que l'Humanité doit relever afin qu'au prochain millénaire l'eau puisse rester - source de vie - sur une planète Terre dont la population ne cesse de croître.

 


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