Viale delle Terme di Caracalla
00100 Rome, Italie
Téléphone: +39 06 57051
Fax: +39 06 570 53152
Telex: 625852/610181 FAO I /
Télégrammes: FOODAGRI ROME
Courrier électronique:
FAO-HQ@fao.org

EnglishEspañol

 

Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


Déclaration à l'occasion de la célébration de la Journée mondiale de l'alimentation
Siège des Nations Unies, New York, Etats-Unis, le 21 octobre 1997

 

Monsieur le Ministre des affaires étrangères et des cultes de la République d'Haïti,
Monsieur le Vice-Président de l'Assemblée générale des Nations Unies,
Monsieur le Président du Conseil économique et social,
Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies,
Excellences, Mesdames, Messieurs,

Une fois encore nous nous retrouvons au Siège des Nations Unies pour célébrer la Journée mondiale de l'alimentation qui marque l'anniversaire de la fondation de la FAO, il y a cinquante-deux ans. Cette Journée constitue une occasion de rendre hommage aux agriculteurs, pêcheurs et forestiers du monde entier, en particulier aux femmes, qui inlassablement assurent l'alimentation de la planète et jouent un rôle si fondamental pour son environnement. Cette année, Son Excellence Monsieur René Préval, Président de la République d'Haïti, avait bien voulu nous faire l'honneur de participer à cette cérémonie.

Malheureusement, du fait d'un empêchement de dernière minute, son message nous sera communiqué par Son Excellence Monsieur Fritz Longchamp, Ministre des affaires étrangères et des cultes. Par votre intermédiaire, Monsieur le Ministre, je voudrais remercier bien sincèrement le Président Préval et saluer les agriculteurs haïtiens qui luttent tous les jours pour assurer la subsistance de leur famille dans des conditions climatiques et de terrain difficiles.

 

Excellences, Mesdames, Messieurs,

En novembre l'année dernière, la FAO a organisé et accueilli le Sommet mondial de l'alimentation pour faire prendre conscience du niveau absolument intolérable de la sous-nutrition dans le monde, et de l'urgence que revêt l'élaboration d'une stratégie globale pour assurer la sécurité alimentaire des générations présentes et futures. Les représentants de 186 pays ont adopté un Plan d'Action qui devrait permettre de parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et dans l'immédiat, de réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à l'an 2015 au plus tard. Actuellement, plus de 800 millions de personnes de par le monde, dont 200 millions d'enfants, ne bénéficient pas du minimum vital. Leur activité quotidienne ainsi que leur capacité à améliorer ce quotidien sont freinées par lamalnutrition et la sous-nutrition chronique.

Le thème choisi pour cette Journée mondiale de l'alimentation met l'accent sur l'un des engagements les plus fondamentaux pris lors du Sommet: celui d'augmenter les investissements pour atteindre la sécurité alimentaire pour tous. En effet, la réalisation de cet objectif passe par des augmentations significatives de la production alimentaire et par l'amélioration de l'accès à la nourriture.

La majeure partie de l'investissement pour la sécurité alimentaire est aujourd'hui le fait du secteur privé: il s'agit des apports des millions de petits agriculteurs, de commerçants, d'artisans, d'entrepreneurs et autres qui sont engagés dans la production et la distribution. Beaucoup sont des femmes et ont un revenu inférieur à l'équivalent de 200 dollars E.U. par mois. Les défis auxquels ils font face ne doivent pas être sous-estimés: par exemple, garantir un meilleur contrôle de l'eau afin de prévenir les aléas climatiques et utiliser de meilleurs intrants afin d'accroître de façon durable les rendements fournis par une terre agricole rare. Par leur travail, par leur épargne modeste, par leurs investissements, ils assument environ les trois-quarts des apports nécessaires à la réalisation de la sécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres du monde. Il faut donc encourager fortement ces investissements privés au niveau de l'exploitation agricole et des activités connexes.

L'étude prospective de la FAO intitulée "Agriculture mondiale: Horizon 2010", estime qu'un investissement total de 166 milliards de dollars E.U. sera nécessaire chaque année pour permettre une croissance appropriée de la production alimentaire dans les pays en développement au cours des quinze prochaines années. Cela représente une augmentation de 23% par rapport au niveau actuel d'investissement.

Les trois-quarts de ce total continueront de provenir des décisions d'investissement prises par les acteurs privés locaux auxquels je viens de faire référence. Le quart restant, représentant environ 41 milliards de dollars E.U. chaque année, sera constitué d'apports publics pour créer et maintenir un environnement propice aux activités du secteur privé dans l'agriculture. Si la part des aides officielles, aussi bien multi- que bilatérales, dans le financement des investissements publics du secteur agricole restait a même que ces dernières années, soit un peu plus d'un tiers des engagements, environ 15 milliards de dollars E.U. seraient nécessaires chaque année pour aider les pays les plus pauvres à atteindre le niveau requis.

Malheureusement, l'aide publique au développement agricole est aujourd'hui bien en-dessous de ce chiffre, ayant chuté régulièrement au cours des dix dernières années de 16 milliards de dollars en 1988 à moins de 10 milliards en 1995 et ce, au détriment principalement des pays les plus pauvresdu monde où le secteur rural est prédominant. La FAO travaille sans relâche, avec ses partenaires financiers, pour inverser cette tendance dangereuse, et je suis heureux de pouvoir annoncer un certain nombre d'avancées significatives dans cette direction.

La mise en place de politiques favorables à l'investissement public et privé est une condition fondamentale au développement de systèmes efficaces de production et de distribution des produits alimentaires. Les ajustements de politiques, adoptés dans certains pays, ont déjà démontré les effets bénéfiques des mesures visant à garantir les droits sur la terre, drainer l'épargne et encourager les agriculteurs et autres investisseurs privés.

Une fois les politiques adéquates mises en place, il est clair que les rares ressources publiques disponibles doivent être orientées vers les maillons-clés tout au long de la filière alimentaire, notamment les services de recherche et de vulgarisation agricoles, les projets d'amélioration des terres et les systèmes visant à assurer le contrôle de l'eau, la mise en place d'infrastructures fiables, le renforcement du crédit et la création ou la réforme des institutions.

Bien entendu, les défis et priorités de l'investissement pour la sécurité alimentaire diffèrent selon les régions et les pays. Toutefois, partout il faudra porter une attention particulière aux femmes qui, dans la plupart des pays en développement, produisent et transforment jusqu'à 80% des produits alimentaires de base. Assurer leur accès à la formation, aux facteurs de production, au crédit et aux marchés, c'est investir pour la sécurité alimentaire au niveau le plus fondamental.

Approvisionner les villes est un autre défi de taille.

On estime que la population des villes du monde aura pratiquement doublé entre 1990 et 2010. Cette croissance sans précédent appelle des investissements massifs dans le transport, le stockage et la distribution des produits alimentaires. Elle nécessite aussi la mise en oeuvre de programmes sociaux qui permettent aux plus pauvres d'avoir accès à la nourriture.

En même temps, des investissements publics et privés sont indispensables pour développer l'emploi en milieu rural et péri-urbain afin d'endiguer les processus de migration.

Pour assurer la mise en oeuvre concrète des engagements du Sommet mondial de l'alimentation, la FAO a lancé un Programme spécial pour la sécurité alimentaire destiné aux 86 pays qui sont accablés par des déficits alimentaires chroniques et qui, ne disposant pas des ressources en devises pour couvrir les importations nécessaires sur une base commerciale, sont fortement dépendants de l'aide alimentaire.

Ce Programme, fondé sur l'expérience accumulée par l'Organisation au cours de plus de cinquante années, a pour objet de tester sur le terrain par une approche multidisciplinaire et participative impliquant les agriculteurs eux-mêmes, des systèmes d'exploitation durables et plus productifs, en assurant la maîtrise de l'eau, l'intensification des cultures et la diversification des activités notamment par le petit élevage, l'aquaculture et la pêche en eau douce.

La première phase du Programme, d'une durée de deux à trois ans, couvre des activités à caractère pilote de préparation à l'investissement. Elles englobent l'analyse de l'ensemble des questions socio-économiques au niveau de l'exploitation comme au niveau du pays, de manière à identifier les contraintes à la production ainsi que les problèmes d'accès aux aliments et d'équité sociale. La deuxième phase consiste essentiellement à aider les gouvernements dans la formulation de politiques agricoles aptes à créer un environnement favorable aux investissements, que ce soit dans la production, la transformation ou le commerce, et dans la préparation de programmes d'investissement destinés à améliorer les infrastructures et à lever les autres contraintes physiques.

Parmi les 86 pays visés, 19 bénéficient de projets pilotes pleinement opérationnels. Le Programme est en train de s'étendre rapidement pour couvrir plus de 50 autres pays qui ont exprimé le souhait d'y participer. Il s'agit là d'un effort important, et même vital, dont la dynamique doit être préservée à tout prix. A ce propos, je suis heureux de noter la mise en place de partenariats actifs avec des institutions financières comme la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque islamique de développement, ainsi qu'avec le PNUD et un nombre croissant d'agences bilatérales qui ont accepté de contribuer au Programme spécial. En outre, plusieurs pays en développement plus avancés se sont engagés à fournir une assistance directe aux agriculteurs bénéficiaires par l'affectation dans chaque pays d'une centaine de techniciens expérimentés, exprimant ainsi leur solidarité vis-à-vis d'autres pays en développement et leur volonté de promouvoir la coopération sud-sud.

La FAO est aussi résolue à promouvoir une approche coordonnée du problème de la sécurité alimentaire entre les institutions des Nations Unies, en particulier au niveau des pays.

Dans cet esprit, elle a pris l'initiative de la mise en place du nouveau Réseau du Comité administratif de coordination des Nations Unies pour le développement rural et la sécurité alimentaire, conjointement avec le Fonds international pour le développement agricole et en étroite collaboration avec le Programme alimentaire mondial et les autres partenaires concernés.

La réalisation des objectifs de sécurité alimentaire adoptés par le Plan d'Action du Sommet mondial de l'alimentation passera par des réalisations concrètes sur le terrain, dans les pays en développement. La communauté internationale échouera si elle continue à concentrer son action sur l'organisation de conférences, réunions et autres séminaires et à la production de rapports de consultants. Les débats intellectuels ne peuvent suffire à améliorer le sort des pauvres et de ceux qui ont faim. La bataille pour le droit fondamental d'être libéré des fléaux que sont la malnutrition et la sous-alimentation ne sera gagnée que par des actions concrètes en faveur des agriculteurs. Ils ont besoin d'être encouragés et aidés au fil des saisons par ceux qui partagent leurs craintes et leurs espoirs. Il faut leur donner les connaissances et les moyens qui leur permettent d'avoir accès à l'eau, aux variétés à haut rendement, aux techniques intégrées de nutrition des plantes et de lutte contre les ravageurs des cultures et aux méthodes améliorées de stockage et de traitement post-récolte.

 

Excellences, Mesdames, Messieurs,

C'est essentiellement en augmentant de manière durable les capacités de production en céréales, légumes, tubercules et produits du petit élevage et de la pêche que l'offre en produits alimentaires atteindra un niveau où elle sera accessible à tous, y compris aux plus pauvres.

C'est là le chemin que suit le Programme spécial de la FAO pour la sécurité alimentaire. Il est long, difficile et semé d'embûches. Il ressemble au chemin parcouru tous les jours par les petits paysans pour travailler une terre souvent ingrate ou à celui que doivent endurer les femmes rurales pour chercher un peu d'eau ou de bois de feu. C'est un chemin ardu, mais c'est celui du succès. Je suis convaincu que la FAO ne sera pas seule à le prendre, qu'elle y trouvera partout dans le monde non seulement des hommes et des femmes de bonne volonté, mais aussi des gouvernments et des institutions qui auront partagé sa vision.

Je vous remercie de votre aimable attention.

 


Cherchez | Page d'accueil de la FAO | Anglais | Arabe | Espagnol

[ Commentaires?: Webmaster@fao.org ]