Déclaration à
l'occasion de la célébration de la
Journée mondiale de l'alimentation
Siège des Nations Unies, New York,
Etats-Unis, le 21 octobre 1997
Monsieur le Ministre des affaires
étrangères et des cultes de la
République d'Haïti,
Monsieur le Vice-Président de l'Assemblée
générale des Nations Unies,
Monsieur le Président du Conseil économique
et social,
Monsieur le Secrétaire général des
Nations Unies,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Une fois encore nous nous retrouvons
au Siège des Nations Unies pour
célébrer la Journée mondiale de
l'alimentation qui marque l'anniversaire de la fondation
de la FAO, il y a cinquante-deux ans. Cette
Journée constitue une occasion de rendre hommage
aux agriculteurs, pêcheurs et forestiers du monde
entier, en particulier aux femmes, qui inlassablement
assurent l'alimentation de la planète et jouent un
rôle si fondamental pour son environnement. Cette
année, Son Excellence Monsieur René
Préval, Président de la République
d'Haïti, avait bien voulu nous faire l'honneur de
participer à cette
cérémonie.
Malheureusement, du fait d'un
empêchement de dernière minute, son message
nous sera communiqué par Son Excellence Monsieur
Fritz Longchamp, Ministre des affaires
étrangères et des cultes. Par votre
intermédiaire, Monsieur le Ministre, je voudrais
remercier bien sincèrement le Président
Préval et saluer les agriculteurs haïtiens
qui luttent tous les jours pour assurer la subsistance de
leur famille dans des conditions climatiques et de
terrain difficiles.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
En novembre l'année
dernière, la FAO a organisé et accueilli le
Sommet mondial de l'alimentation pour faire prendre
conscience du niveau absolument intolérable de la
sous-nutrition dans le monde, et de l'urgence que
revêt l'élaboration d'une stratégie
globale pour assurer la sécurité
alimentaire des générations
présentes et futures. Les représentants de
186 pays ont adopté un Plan d'Action qui devrait
permettre de parvenir à la sécurité
alimentaire pour tous et dans l'immédiat, de
réduire de moitié le nombre des personnes
sous-alimentées d'ici à l'an 2015 au plus
tard. Actuellement, plus de 800 millions de personnes de
par le monde, dont 200 millions d'enfants, ne
bénéficient pas du minimum vital. Leur
activité quotidienne ainsi que leur
capacité à améliorer ce quotidien
sont freinées par lamalnutrition et la
sous-nutrition chronique.
Le thème choisi pour cette
Journée mondiale de l'alimentation met l'accent
sur l'un des engagements les plus fondamentaux pris lors
du Sommet: celui d'augmenter les investissements pour
atteindre la sécurité alimentaire pour
tous. En effet, la réalisation de cet objectif
passe par des augmentations significatives de la
production alimentaire et par l'amélioration de
l'accès à la nourriture.
La majeure partie de l'investissement
pour la sécurité alimentaire est
aujourd'hui le fait du secteur privé: il s'agit
des apports des millions de petits agriculteurs, de
commerçants, d'artisans, d'entrepreneurs et autres
qui sont engagés dans la production et la
distribution. Beaucoup sont des femmes et ont un revenu
inférieur à l'équivalent de 200
dollars E.U. par mois. Les défis auxquels ils font
face ne doivent pas être sous-estimés: par
exemple, garantir un meilleur contrôle de l'eau
afin de prévenir les aléas climatiques et
utiliser de meilleurs intrants afin d'accroître de
façon durable les rendements fournis par une terre
agricole rare. Par leur travail, par leur épargne
modeste, par leurs investissements, ils assument environ
les trois-quarts des apports nécessaires à
la réalisation de la sécurité
alimentaire dans les pays les plus pauvres du monde. Il
faut donc encourager fortement ces investissements
privés au niveau de l'exploitation agricole et des
activités connexes.
L'étude prospective de la FAO
intitulée "Agriculture mondiale: Horizon 2010",
estime qu'un investissement total de 166 milliards de
dollars E.U. sera nécessaire chaque année
pour permettre une croissance appropriée de la
production alimentaire dans les pays en
développement au cours des quinze prochaines
années. Cela représente une augmentation de
23% par rapport au niveau actuel
d'investissement.
Les trois-quarts de ce total
continueront de provenir des décisions
d'investissement prises par les acteurs privés
locaux auxquels je viens de faire
référence. Le quart restant,
représentant environ 41 milliards de dollars E.U.
chaque année, sera constitué d'apports
publics pour créer et maintenir un environnement
propice aux activités du secteur privé dans
l'agriculture. Si la part des aides officielles, aussi
bien multi- que bilatérales, dans le financement
des investissements publics du secteur agricole restait a
même que ces dernières années, soit
un peu plus d'un tiers des engagements, environ 15
milliards de dollars E.U. seraient nécessaires
chaque année pour aider les pays les plus pauvres
à atteindre le niveau requis.
Malheureusement, l'aide publique au
développement agricole est aujourd'hui bien
en-dessous de ce chiffre, ayant chuté
régulièrement au cours des dix
dernières années de 16 milliards de dollars
en 1988 à moins de 10 milliards en 1995 et ce, au
détriment principalement des pays les plus
pauvresdu monde où le secteur rural est
prédominant. La FAO travaille sans relâche,
avec ses partenaires financiers, pour inverser cette
tendance dangereuse, et je suis heureux de pouvoir
annoncer un certain nombre d'avancées
significatives dans cette direction.
La mise en place de politiques
favorables à l'investissement public et
privé est une condition fondamentale au
développement de systèmes efficaces de
production et de distribution des produits alimentaires.
Les ajustements de politiques, adoptés dans
certains pays, ont déjà
démontré les effets
bénéfiques des mesures visant à
garantir les droits sur la terre, drainer
l'épargne et encourager les agriculteurs et autres
investisseurs privés.
Une fois les politiques
adéquates mises en place, il est clair que les
rares ressources publiques disponibles doivent être
orientées vers les maillons-clés tout au
long de la filière alimentaire, notamment les
services de recherche et de vulgarisation agricoles, les
projets d'amélioration des terres et les
systèmes visant à assurer le contrôle
de l'eau, la mise en place d'infrastructures fiables, le
renforcement du crédit et la création ou la
réforme des institutions.
Bien entendu, les défis et
priorités de l'investissement pour la
sécurité alimentaire diffèrent selon
les régions et les pays. Toutefois, partout il
faudra porter une attention particulière aux
femmes qui, dans la plupart des pays en
développement, produisent et transforment
jusqu'à 80% des produits alimentaires de base.
Assurer leur accès à la formation, aux
facteurs de production, au crédit et aux
marchés, c'est investir pour la
sécurité alimentaire au niveau le plus
fondamental.
Approvisionner les villes est un
autre défi de taille.
On estime que la population des villes
du monde aura pratiquement doublé entre 1990 et
2010. Cette croissance sans précédent
appelle des investissements massifs dans le transport, le
stockage et la distribution des produits alimentaires.
Elle nécessite aussi la mise en oeuvre de
programmes sociaux qui permettent aux plus pauvres
d'avoir accès à la nourriture.
En même temps, des
investissements publics et privés sont
indispensables pour développer l'emploi en milieu
rural et péri-urbain afin d'endiguer les processus
de migration.
Pour assurer la mise en oeuvre
concrète des engagements du Sommet mondial de
l'alimentation, la FAO a lancé un Programme
spécial pour la sécurité alimentaire
destiné aux 86 pays qui sont accablés par
des déficits alimentaires chroniques et qui, ne
disposant pas des ressources en devises pour couvrir les
importations nécessaires sur une base commerciale,
sont fortement dépendants de l'aide
alimentaire.
Ce Programme, fondé sur
l'expérience accumulée par l'Organisation
au cours de plus de cinquante années, a pour objet
de tester sur le terrain par une approche
multidisciplinaire et participative impliquant les
agriculteurs eux-mêmes, des systèmes
d'exploitation durables et plus productifs, en assurant
la maîtrise de l'eau, l'intensification des
cultures et la diversification des activités
notamment par le petit élevage, l'aquaculture et
la pêche en eau douce.
La première phase du Programme,
d'une durée de deux à trois ans, couvre des
activités à caractère pilote de
préparation à l'investissement. Elles
englobent l'analyse de l'ensemble des questions
socio-économiques au niveau de l'exploitation
comme au niveau du pays, de manière à
identifier les contraintes à la production ainsi
que les problèmes d'accès aux aliments et
d'équité sociale. La deuxième phase
consiste essentiellement à aider les gouvernements
dans la formulation de politiques agricoles aptes
à créer un environnement favorable aux
investissements, que ce soit dans la production, la
transformation ou le commerce, et dans la
préparation de programmes d'investissement
destinés à améliorer les
infrastructures et à lever les autres contraintes
physiques.
Parmi les 86 pays visés, 19
bénéficient de projets pilotes pleinement
opérationnels. Le Programme est en train de
s'étendre rapidement pour couvrir plus de 50
autres pays qui ont exprimé le souhait d'y
participer. Il s'agit là d'un effort important, et
même vital, dont la dynamique doit être
préservée à tout prix. A ce propos,
je suis heureux de noter la mise en place de partenariats
actifs avec des institutions financières comme la
Banque mondiale, la Banque africaine de
développement, la Banque islamique de
développement, ainsi qu'avec le PNUD et un nombre
croissant d'agences bilatérales qui ont
accepté de contribuer au Programme spécial.
En outre, plusieurs pays en développement plus
avancés se sont engagés à fournir
une assistance directe aux agriculteurs
bénéficiaires par l'affectation dans chaque
pays d'une centaine de techniciens
expérimentés, exprimant ainsi leur
solidarité vis-à-vis d'autres pays en
développement et leur volonté de promouvoir
la coopération sud-sud.
La FAO est aussi résolue
à promouvoir une approche coordonnée du
problème de la sécurité alimentaire
entre les institutions des Nations Unies, en particulier
au niveau des pays.
Dans cet esprit, elle a pris
l'initiative de la mise en place du nouveau Réseau
du Comité administratif de coordination des
Nations Unies pour le développement rural et la
sécurité alimentaire, conjointement avec le
Fonds international pour le développement agricole
et en étroite collaboration avec le Programme
alimentaire mondial et les autres partenaires
concernés.
La réalisation des objectifs de
sécurité alimentaire adoptés par le
Plan d'Action du Sommet mondial de l'alimentation passera
par des réalisations concrètes sur le
terrain, dans les pays en développement. La
communauté internationale échouera si elle
continue à concentrer son action sur
l'organisation de conférences, réunions et
autres séminaires et à la production de
rapports de consultants. Les débats intellectuels
ne peuvent suffire à améliorer le sort des
pauvres et de ceux qui ont faim. La bataille pour le
droit fondamental d'être libéré des
fléaux que sont la malnutrition et la
sous-alimentation ne sera gagnée que par des
actions concrètes en faveur des agriculteurs. Ils
ont besoin d'être encouragés et aidés
au fil des saisons par ceux qui partagent leurs craintes
et leurs espoirs. Il faut leur donner les connaissances
et les moyens qui leur permettent d'avoir accès
à l'eau, aux variétés à haut
rendement, aux techniques intégrées de
nutrition des plantes et de lutte contre les ravageurs
des cultures et aux méthodes
améliorées de stockage et de traitement
post-récolte.
Excellences, Mesdames,
Messieurs,
C'est essentiellement en augmentant de
manière durable les capacités de production
en céréales, légumes, tubercules et
produits du petit élevage et de la pêche que
l'offre en produits alimentaires atteindra un niveau
où elle sera accessible à tous, y compris
aux plus pauvres.
C'est là le chemin que suit le
Programme spécial de la FAO pour la
sécurité alimentaire. Il est long,
difficile et semé d'embûches. Il ressemble
au chemin parcouru tous les jours par les petits paysans
pour travailler une terre souvent ingrate ou à
celui que doivent endurer les femmes rurales pour
chercher un peu d'eau ou de bois de feu. C'est un chemin
ardu, mais c'est celui du succès. Je suis
convaincu que la FAO ne sera pas seule à le
prendre, qu'elle y trouvera partout dans le monde non
seulement des hommes et des femmes de bonne
volonté, mais aussi des gouvernments et des
institutions qui auront partagé sa
vision.
Je vous remercie de votre aimable
attention.