Viale delle Terme di Caracalla
00100 Rome, Italie
Téléphone: +39 06 57051
Fax: +39 06 570 53152
Telex: 625852/610181 FAO I /
Télégrammes: FOODAGRI ROME
Courrier électronique:
FAO-HQ@fao.org

EnglishEspañol

 

Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


ALLOCUTION À L'OCCASION DU CONSEIL DES MINISTRES DE L'OUA

Harare, Zimbabwe, 29-30 mai 1997

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

C'est un grand honneur pour moi de pouvoir m'adresser encore une fois à cette grande assemblée des Etats d'Afrique. Je voudrais avant tout vous exprimer mes remerciements les plus sincères pour la remarquable contribution et l'appui sans réserve que les pays africains et l'OUA ont fourni au Sommet mondial de l'alimentation qui s'est tenu en novembre dernier à Rome et qui a une importance particulière pour l'avenir du continent.

Ce Sommet a réaffirmé publiquement le droit de chaque être humain à une nourriture saine et nutritive, et les 186 pays participants se sont engagés à concentrer leurs efforts pour parvenir à la sécurité alimentaire pour tous et à éradiquer la faim dans tous les pays. Un environnement politique, social et économique pacifique, stable et propice a été réaffirmé comme une condition essentielle pour permettre aux Etats d'accorder une priorité adéquate à la sécurité alimentaire et à l'éradication de la pauvreté.

Le Sommet a permis également de mobiliser, outre les gouvernements, tous les partenaires appelés à collaborer dans la mise en oeuvre des engagements: parlementaires, secteur privé, organisations non gouvernementales, médias.

La présence massive au Sommet des Chefs d'Etat et de Gouvernement du continent témoigne de façon indiscutable de l'engagement des plus hauts responsables africains dans la lutte contre la faim et pour la sécuritéalimentaire. S'il est vrai que le Sommet a été un événement de portée planétaire, il n'en est pas moins vrai que c'est surtout en Afrique que l'on mesurera le succès de son Plan d'action.

En effet, la situation de l'alimentation et de l'agriculture en Afrique reste préoccupante malgré un accroissement remarquable de 4,8% enregistré en 1996 au niveau de la production d'aliments de base et l'amélioration des conditions économiques dans beaucoup de pays à faible revenu. Mais ces progrès viennent après une réduction de la production vivrière en 1995 et une augmentation relativement faible en 1994. En outre, après une longue période de difficultés économiques, le pouvoir d'achat des populations les plus démunies mettra du temps à s'améliorer de façon durable.

Pour 1997, les perspectives sont globalement encourageantes en raison de récoltes satisfaisantes en Afrique de l'ouest et dans certaines parties de la Corne de l'Afrique et de bonnes prévisions en Afrique australe. Mais il existe encore une fois de nombreuses disparités. Certains pays sahéliens sont confrontés à des problèmes localisés d'approvisionnement vivrier et les perspectives en Afrique de l'Est sont incertaines. Ainsi, seize pays sont encore confrontés à des crises alimentaires exceptionnelles dont les plus préoccupantes sont celles qui touchent la zone des grands lacs pour les raisons que vous connaissez.

Les domaines du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation sont multiples: production, conservation de la base de ressources, investissements et infrastructures, politique sociale et économique propre à garantir une juste répartition des revenus et des aliments disponibles, sans oublier le commerce et les échanges internationaux.

Il appartient maintenant à chaque gouvernement africain, conformément au premier engagement du Plan d'action du Sommet, de mettre en oeuvre un processus de développement agricole et économique durable, fondé sur la coopération et la consultation à tous les niveaux et sur la pleine participation des hommes et des femmes sur un pied d'égalité aussi bien dans la définition des stratégies et programmes que dans leur mise en oeuvre. Dans ce contexte, je note avec grande satisfaction la décision prise à la dernière session ordinaire du Conseil des Ministres de l'OUA en février 1997 au sujet du suivi du Sommet mondial de l'alimentation. Cette décision demande aux Etats Membres d'accorder la plus haute priorité à l'obtention de la sécurité alimentaire pour leur population et de mettre en oeuvre les engagements de la Déclaration de Rome et du Plan d'action qui sont de leur ressort.

De son cöté, la FAO s'est déjà mise au travail, de concert avec les pays, en préparant des stratégies nationales de développement agricole à l'horizon 2010, afin de traduire au niveau national les engagements pris à l'échelle mondiale dans le Plan d'action du Sommet. Des stratégies pour 43 pays d'Afrique ont été déjà préparées et discutées en mars dernier avec les représentants des gouvernements et des principaux partenaires du développement et sont maintenant soumises à l'approbation des gouvernements respectifs.

Mais il est évident que les gouvernements ne pourront obtenir les résultats escomptés sans une participation active de tous les secteurs de la société. Lors du Sommet, les gouvernements se sont engagés à lancer, avec le concours de toute la société civile, des campagnes nationales sur le thème "De la nourriture pour tous", destinées à mobiliserdans chaque pays toutes les parties prenantes de la société, ainsi que leurs ressources, pour appuyer la mise en oeuvre du Plan d'action.

Il est souhaitable que le premier pas dans le lancement de ces campagnes soit la création dans chaque pays d'un forum national avec tous les acteurs et partenaires du développement, y compris le secteur privé, les organisations non gouvernementales, les universités, les instituts de recherche, les parlementaires, les associations de femmes et de jeunes, les médias et la société civile dans son ensemble. La désignation à latête de ce forum d'une personnalité hautement respectée pour son indépendance, son honnêteté et sa compétence en matière de développement, pourrait donner l'impulsion nécessaire à ce processus.

Quelques pays, autant dans le monde en développement que parmi les pays développés, ont déjà entrepris le lancement de ces campagnes. J'espère sincèrement que vos gouvernements encourageront et appuieront activement l'établissement de ces forums, et je peux d'ores et déjà vous confirmer que la FAO est prête à soutenir vos efforts.

Le Sommet a aussi confié au Comité de la sécurité alimentaire mondiale de la FAO l'importante tâche de suivre activement l'application des engagements du Sommet et d'en faire rapport aux organes compétents de la FAO et des Nations Unies. Le Comité s'est déjà réuni en avril de cette année pour mettre au point son système de suivi, qui sera fondé sur les rapports des gouvernements et des organisations internationales directement concernées.

Les pays ont aussi demandé à la FAO de promouvoir l'établissement d'un "Système d'information et de cartographie sur l'insécurité et la vulnérabilité alimentaires". La première consultation technique pour établir ce système a déjà eu lieu, et nous comptons sur la collaboration des pays et des organisations africains pour le développer.

En outre, un accord avec le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l'homme a été mis au point afin de collaborer à mieux définir le droit à la nourriture comme l'un des droits fondamentaux de l'homme.

Mais il est évident que la contribution la plus importante attendue de la FAO pour la mise en oeuvre du Plan d'action se situe sur le plan du développement agricole. Dans ce domaine le Programme spécial pour la sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu et déficit vivrier sera le fer de lance de notre action et je me propose de le renforcer et de l'élargir considérablement.

La majorité des 840 millions de personnes qui souffrent aujourd'hui de sous-alimentation chronique sont des habitants de ces 87 pays, dont la moitié (43) sont des pays africains. Deux ans après son lancement, le Programme spécial est aujourd'hui opérationnel dans 18 de ces pays, dont 15 en Afrique, et il est en cours de lancement ou de formulation dans sept autres, dont trois africains. Destiné à augmenter la production et la disponibilité d'aliments là o% le besoin se fait le plus sentir, ce programme correspond directement à l'engagement numéro 3 du Plan d'action du Sommet.

Le Programme est conçu en deux phases, une phase pilote et une phase d'expansion. La première comprend quatre composantes: maîtrise des ressources en eau pour mettre les cultures à l'abri des aléas pluviométriques, intensification durable des systèmes de production végétale, diversification de la production, notamment grâce à l'aquaculture et au petit élevage, et enfin analyse des contraintes socio-économiques.

La phase suivante d'expansion sera consacrée à la réforme des politiques agricoles et à l'investissement.

Pour que la sécurité alimentaire soit effectivement améliorée, il est indispensable que le programme repose sur la participation populaire, sur la prise en compte du röle des femmes, sur les zones et aliments à haut potentiel et sur la protection de l'environnement. Il est également fondamental qu'il soit pleinement pris en main par les pays et par les communautés bénéficiaires. Ce programme n'appartient pas à la FAO, mais à vos pays, à vos producteurs.

En cette période de rigueurs budgétaires auxquelles les Gouvernements doivent faire face partout dans le monde, il faut faire preuve d'innovation dans la mobilisation des ressources financières pour la miseen oeuvre des programmes concrets de suivi du Sommet, en particulier dans le cadre du Programme spécial. Ainsi, la FAO s'efforce d'inciter les bailleurs de fonds à investir en priorité dans des actions visant à la sécurité alimentaire. A titre d'exemple, je voudrais citer les mémorandums d'accord signés récemment avec la Banque Mondiale et la Banque africaine de développement, qui expriment la priorité accordée par ces institutions financières et prévoient la mise à disposition d'importants financements pour le Programme spécial, à la demande des gouvernements. Je voudrais citer également les programmes de transferts massifs d'experts entre les pays en développement dans le cadre de la coopération sud/sud.

Mais cet effort ne se limite pas aux institutions de l'Etat, il s'étend également au secteur privé et aux individus voulant contribuer, même modestement, à l'entreprise commune pour la sécurité alimentaire. L'un des aspects les plus novateurs de la Déclaration de Rome et du Plan d'action est l'accent mis sur la nécessité de mobiliser tous les secteurs de la société civile ainsi que toutes les ressources humaines, techniques et financières possibles pour aider les pays à s'acquitter de leur engagement national en faveur de la sécurité alimentaire.

C'est dans cette optique que s'inscrit l'opération TeleFood, par laquelle la FAO veut faire appel à la solidarité internationale pour financer des projets de terrain concrets et durables en faveur de la sécurité alimentaire, en particulier à travers le Programme spécial. Il s'agit d'un événement audiovisuel à l'échelle mondiale conçu pour mobiliser, dans le cadre de la Journée Mondiale de l'Alimentation, une aide financière provenant de la société civile de tous les pays qui souhaitent contribuer à résoudre le problème de la faim dans le monde.

 

Monsieur le Président,

Malgré mon intime satisfaction pour les progrès accomplis depuis novembre dernier, je ne peux pas éviter de signaler que nous n'avons parcouru qu'une partie du chemin. Le succès du Sommet entraîne aussi une responsabilité encore plus grande, non seulement pour la FAO mais aussi, et peut-être davantage, pour les Etats Membres et leurs gouvernements, qui y ont pris des engagements solennels. Ceci est d'autant plus vrai pour les pays africains, qui sont les plus affectés par l'insécurité alimentaire. Comme je l'ai dit au lendemain même du Sommet, dorénavant nous serons jugés par nos actes. Il nous faut donc agir en conséquence.

Je vous remercie de votre aimable attention.

 


Cherchez | Page d'accueil de la FAO | Anglais | Arabe | Espagnol

[ Commentaires?: Webmaster@fao.org ]