ALLOCUTION À
L'OCCASION DU CONSEIL DES MINISTRES DE L'OUA
Harare, Zimbabwe, 29-30 mai
1997
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
C'est un grand honneur pour moi de
pouvoir m'adresser encore une fois à cette grande
assemblée des Etats d'Afrique. Je voudrais avant
tout vous exprimer mes remerciements les plus
sincères pour la remarquable contribution et
l'appui sans réserve que les pays africains et
l'OUA ont fourni au Sommet mondial de l'alimentation qui
s'est tenu en novembre dernier à Rome et qui a une
importance particulière pour l'avenir du
continent.
Ce Sommet a réaffirmé
publiquement le droit de chaque être humain
à une nourriture saine et nutritive, et les 186
pays participants se sont engagés à
concentrer leurs efforts pour parvenir à la
sécurité alimentaire pour tous et à
éradiquer la faim dans tous les pays. Un
environnement politique, social et économique
pacifique, stable et propice a été
réaffirmé comme une condition essentielle
pour permettre aux Etats d'accorder une priorité
adéquate à la sécurité
alimentaire et à l'éradication de la
pauvreté.
Le Sommet a permis également de
mobiliser, outre les gouvernements, tous les partenaires
appelés à collaborer dans la mise en oeuvre
des engagements: parlementaires, secteur privé,
organisations non gouvernementales, médias.
La présence massive au Sommet
des Chefs d'Etat et de Gouvernement du continent
témoigne de façon indiscutable de
l'engagement des plus hauts responsables africains dans
la lutte contre la faim et pour la
sécuritéalimentaire. S'il est vrai que le
Sommet a été un événement de
portée planétaire, il n'en est pas moins
vrai que c'est surtout en Afrique que l'on mesurera le
succès de son Plan d'action.
En effet, la situation de
l'alimentation et de l'agriculture en Afrique reste
préoccupante malgré un accroissement
remarquable de 4,8% enregistré en 1996 au niveau
de la production d'aliments de base et
l'amélioration des conditions économiques
dans beaucoup de pays à faible revenu. Mais ces
progrès viennent après une réduction
de la production vivrière en 1995 et une
augmentation relativement faible en 1994. En outre,
après une longue période de
difficultés économiques, le pouvoir d'achat
des populations les plus démunies mettra du temps
à s'améliorer de façon durable.
Pour 1997, les perspectives sont
globalement encourageantes en raison de récoltes
satisfaisantes en Afrique de l'ouest et dans certaines
parties de la Corne de l'Afrique et de bonnes
prévisions en Afrique australe. Mais il existe
encore une fois de nombreuses disparités. Certains
pays sahéliens sont confrontés à des
problèmes localisés d'approvisionnement
vivrier et les perspectives en Afrique de l'Est sont
incertaines. Ainsi, seize pays sont encore
confrontés à des crises alimentaires
exceptionnelles dont les plus préoccupantes sont
celles qui touchent la zone des grands lacs pour les
raisons que vous connaissez.
Les domaines du Plan d'action du
Sommet mondial de l'alimentation sont multiples:
production, conservation de la base de ressources,
investissements et infrastructures, politique sociale et
économique propre à garantir une juste
répartition des revenus et des aliments
disponibles, sans oublier le commerce et les
échanges internationaux.
Il appartient maintenant à
chaque gouvernement africain, conformément au
premier engagement du Plan d'action du Sommet, de mettre
en oeuvre un processus de développement agricole
et économique durable, fondé sur la
coopération et la consultation à tous les
niveaux et sur la pleine participation des hommes et des
femmes sur un pied d'égalité aussi bien
dans la définition des stratégies et
programmes que dans leur mise en oeuvre. Dans ce
contexte, je note avec grande satisfaction la
décision prise à la dernière session
ordinaire du Conseil des Ministres de l'OUA en
février 1997 au sujet du suivi du Sommet mondial
de l'alimentation. Cette décision demande aux
Etats Membres d'accorder la plus haute priorité
à l'obtention de la sécurité
alimentaire pour leur population et de mettre en oeuvre
les engagements de la Déclaration de Rome et du
Plan d'action qui sont de leur ressort.
De son cöté, la FAO s'est
déjà mise au travail, de concert avec les
pays, en préparant des stratégies
nationales de développement agricole à
l'horizon 2010, afin de traduire au niveau national les
engagements pris à l'échelle mondiale dans
le Plan d'action du Sommet. Des stratégies pour 43
pays d'Afrique ont été déjà
préparées et discutées en mars
dernier avec les représentants des gouvernements
et des principaux partenaires du développement et
sont maintenant soumises à l'approbation des
gouvernements respectifs.
Mais il est évident que les
gouvernements ne pourront obtenir les résultats
escomptés sans une participation active de tous
les secteurs de la société. Lors du Sommet,
les gouvernements se sont engagés à lancer,
avec le concours de toute la société
civile, des campagnes nationales sur le thème "De
la nourriture pour tous", destinées à
mobiliserdans chaque pays toutes les parties prenantes de
la société, ainsi que leurs ressources,
pour appuyer la mise en oeuvre du Plan d'action.
Il est souhaitable que le premier pas
dans le lancement de ces campagnes soit la
création dans chaque pays d'un forum national avec
tous les acteurs et partenaires du développement,
y compris le secteur privé, les organisations non
gouvernementales, les universités, les instituts
de recherche, les parlementaires, les associations de
femmes et de jeunes, les médias et la
société civile dans son ensemble. La
désignation à latête de ce forum
d'une personnalité hautement respectée pour
son indépendance, son honnêteté et sa
compétence en matière de
développement, pourrait donner l'impulsion
nécessaire à ce processus.
Quelques pays, autant dans le monde en
développement que parmi les pays
développés, ont déjà
entrepris le lancement de ces campagnes. J'espère
sincèrement que vos gouvernements encourageront et
appuieront activement l'établissement de ces
forums, et je peux d'ores et déjà vous
confirmer que la FAO est prête à soutenir
vos efforts.
Le Sommet a aussi confié au
Comité de la sécurité alimentaire
mondiale de la FAO l'importante tâche de suivre
activement l'application des engagements du Sommet et
d'en faire rapport aux organes compétents de la
FAO et des Nations Unies. Le Comité s'est
déjà réuni en avril de cette
année pour mettre au point son système de
suivi, qui sera fondé sur les rapports des
gouvernements et des organisations internationales
directement concernées.
Les pays ont aussi demandé
à la FAO de promouvoir l'établissement d'un
"Système d'information et de cartographie sur
l'insécurité et la
vulnérabilité alimentaires". La
première consultation technique pour
établir ce système a déjà eu
lieu, et nous comptons sur la collaboration des pays et
des organisations africains pour le développer.
En outre, un accord avec le Haut
Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l'homme
a été mis au point afin de collaborer
à mieux définir le droit à la
nourriture comme l'un des droits fondamentaux de l'homme.
Mais il est évident que la
contribution la plus importante attendue de la FAO pour
la mise en oeuvre du Plan d'action se situe sur le plan
du développement agricole. Dans ce domaine le
Programme spécial pour la sécurité
alimentaire dans les pays à faible revenu et
déficit vivrier sera le fer de lance de notre
action et je me propose de le renforcer et de
l'élargir considérablement.
La majorité des 840 millions de
personnes qui souffrent aujourd'hui de sous-alimentation
chronique sont des habitants de
ces 87 pays, dont la moitié (43)
sont des pays africains. Deux ans après son
lancement, le Programme spécial est aujourd'hui
opérationnel dans 18 de ces pays, dont 15 en
Afrique, et il est en cours de lancement ou de
formulation dans sept autres, dont trois africains.
Destiné à augmenter la production et la
disponibilité d'aliments là o% le besoin se
fait le plus sentir, ce programme correspond directement
à l'engagement numéro 3 du Plan d'action du
Sommet.
Le Programme est conçu en deux
phases, une phase pilote et une phase d'expansion. La
première comprend quatre composantes:
maîtrise des ressources en eau pour mettre les
cultures à l'abri des aléas
pluviométriques, intensification durable des
systèmes de production végétale,
diversification de la production, notamment grâce
à l'aquaculture et au petit élevage, et
enfin analyse des contraintes socio-économiques.
La phase suivante d'expansion sera
consacrée à la réforme des
politiques agricoles et à l'investissement.
Pour que la sécurité
alimentaire soit effectivement améliorée,
il est indispensable que le programme repose sur la
participation populaire, sur la prise en compte du
röle des femmes, sur les zones et aliments à
haut potentiel et sur la protection de l'environnement.
Il est également fondamental qu'il soit pleinement
pris en main par les pays et par les communautés
bénéficiaires. Ce programme n'appartient
pas à la FAO, mais à vos pays, à vos
producteurs.
En cette période de rigueurs
budgétaires auxquelles les Gouvernements doivent
faire face partout dans le monde, il faut faire preuve
d'innovation dans la mobilisation des ressources
financières pour la miseen oeuvre des programmes
concrets de suivi du Sommet, en particulier dans le cadre
du Programme spécial. Ainsi, la FAO s'efforce
d'inciter les bailleurs de fonds à investir en
priorité dans des actions visant à la
sécurité alimentaire. A titre d'exemple, je
voudrais citer les mémorandums d'accord
signés récemment avec la Banque Mondiale et
la Banque africaine de développement, qui
expriment la priorité accordée par ces
institutions financières et prévoient la
mise à disposition d'importants financements pour
le Programme spécial, à la demande des
gouvernements. Je voudrais citer également les
programmes de transferts massifs d'experts entre les pays
en développement dans le cadre de la
coopération sud/sud.
Mais cet effort ne se limite pas aux
institutions de l'Etat, il s'étend
également au secteur privé et aux individus
voulant contribuer, même modestement, à
l'entreprise commune pour la sécurité
alimentaire. L'un des aspects les plus novateurs de la
Déclaration de Rome et du Plan d'action est
l'accent mis sur la nécessité de mobiliser
tous les secteurs de la société civile
ainsi que toutes les ressources humaines, techniques et
financières possibles pour aider les pays à
s'acquitter de leur engagement national en faveur de la
sécurité alimentaire.
C'est dans cette optique que s'inscrit
l'opération TeleFood, par laquelle la FAO veut
faire appel à la solidarité internationale
pour financer des projets de terrain concrets et durables
en faveur de la sécurité alimentaire, en
particulier à travers le Programme spécial.
Il s'agit d'un événement audiovisuel
à l'échelle mondiale conçu pour
mobiliser, dans le cadre de la Journée Mondiale de
l'Alimentation, une aide financière provenant de
la société civile de tous les pays qui
souhaitent contribuer à résoudre le
problème de la faim dans le monde.
Monsieur le Président,
Malgré mon intime satisfaction
pour les progrès accomplis depuis novembre
dernier, je ne peux pas éviter de signaler que
nous n'avons parcouru qu'une partie du chemin. Le
succès du Sommet entraîne aussi une
responsabilité encore plus grande, non seulement
pour la FAO mais aussi, et peut-être davantage,
pour les Etats Membres et leurs gouvernements, qui y ont
pris des engagements solennels. Ceci est d'autant plus
vrai pour les pays africains, qui sont les plus
affectés par l'insécurité
alimentaire. Comme je l'ai dit au lendemain même du
Sommet, dorénavant nous serons jugés par
nos actes. Il nous faut donc agir en conséquence.
Je vous remercie de votre aimable
attention.