Viale delle Terme di Caracalla
00100 Rome, Italie
Téléphone: +39 06 57051
Fax: +39 06 570 53152
Telex: 625852/610181 FAO I /
Télégrammes: FOODAGRI ROME
Courrier électronique:
FAO-HQ@fao.org

EnglishEspañol

 

Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


Discours du Directeur général à l'Académie des Sciences
Paris, France, 12 octobre 1998

 

Monsieur le Président de l'Académie des Sciences,
Monsieur le Vice-Président,
Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mesdames et Messieurs les Membres et Correspondants,
Mesdames et Messieurs,

 

I Introduction

Au crépuscule du second millénaire qui a vu une croissance exponentielle de la population mondiale, les progrès de la science ont brisé le cadre réflexif malthusien et ouvert d'immenses potentialités pour nourrir le monde.

Pourtant, encore aujourd'hui, plus de 800 millions de personnes, dont 200 millions d'enfants, ne trouvent l'apaisement de leur faim que dans le sommeil agité du pauvre, comme à l'époque pharaonique lorsque «Amon Râ» finissait sa course diurne dans les ténèbres.

Quelle enceinte plus appropriée que l'Académie des sciences, empreinte des travaux de Louis Pasteur sur le ver à soie, le vin et les vaccinations, pour invoquer par la parole, puissance créatrice, la fin du «Chaos!»

Quel aréopage plus séant que les distingués membres de cette vénérable institution, bâtie sur le socle du savoir, pour entendre, comprendre, répondre et, j'ose l'espérer, prendre en compte des propos sur «éthique scientifique et problématique alimentaire!»

Car c'est d'éthique qu'il s'agit d'abord puisque plusieurs siècles de progrès technique ne permettent toujours pas de satisfaire le plus fondamental des droits de l'homme, celui à la nourriture.

Mais le substantif «éthique», comme «partie de la philosophie traitant du bien et du mal, des normes morales, des jugements de valeur»1 prend avec le qualificatif «scientifique» une signification plus proche de «l'étude théorique des principes qui guident l'action humaine, dans les contextes où le choix est possible»2.

Quels choix s'offrent donc à l'homme de science qui dépasse la négation platonicienne d'une évaluation morale de l'activité cognitive?2

Quels principes doivent guider son action au regard de l'expérimentation végétale et animale, mais aussi devant les conséquences réelles ou possibles des méthodes d'accroissement nécessaire de la productivité alimentaire?

Face à ces interrogations, de quelle façon se présente la question alimentaire? Quels sont les termes et la matrice théorique dans lesquels elle se pose, ainsi que l'approche qui la met en perspective3?

Le Sommet mondial de l'alimentation, réuni au niveau des chefs d'État et de Gouvernement à Rome en novembre 1996, a fixé comme objectif de réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d'ici à 2015 au plus tard.

Comment assurer une croissance de la production alimentaire pour satisfaire les besoins d'une population mondiale de 5,7 milliards de personnes, qui atteindra 9 milliards en 2030?

Comment, en outre, le faire de manière durable, lorsque les problèmes de pollution, de toxicité, d'infestation, de contamination et d'érosion festonnent les applications des techniques productivistes?

Comment, surtout, dépasser le facteur limitant qu'est l'eau douce?

Comment, enfin, trouver des alternatives à l'augmentation de la production par l'extension des superficies cultivées, face aux empiétements sur les écosystèmes fragiles et aux détournements à des fins industrielles et urbaines des terres agricoles?

L'homme de science est le centre &endash; Pierre Teilhard de Chardin «cosmomystique», dirait le point oméga4 &endash; de cette nébuleuse spatiotemporelle qui constitue l'un des grands défis planétaires du prochain millénaire.

 

II Besoins alimentaires

La sécurité alimentaire est définie de façon duale, quantitative et qualitative. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture considère qu'elle «existe lorsque tous les êtres humains ont, à tout moment, un accès physique et économique à une nourriture suffisante, saine et nutritive, leur permettant de satisfaire leurs besoins énergétiques et leurs préférences alimentaires pour mener une vie saine et active».

Les besoins alimentaires peuvent en effet être exprimés par la demande monétaire ou la satisfaction de besoins physiologiques traduits en termes énergétiques.

Pour les nutritionnistes, l'allocation journalière pour assurer le métabolisme normal d'un groupe moyen d'individus correspond à trois catégories de dépenses énergétiques: métabolisme de base au repos complet, à jeun pendant 24 heures; réponse thermique à l'alimentation pour la digestion, l'assimilation et le stockage; dépenses de l'activité physique. Le besoin individuel d'un adulte moyen est évalué à 2 495 kilocalories5 par jour.

Au plan de la qualité des aliments, il n'existe pas de normes, mais des recommandations en fonction des disponibilités, habitudes, croyances et goûts qui permettent d'avoir une variété et une répartition de produits devant être frais, non contaminés par des bactéries pathogènes, des moisissures ou des parasites.

 

III Progrès dans la production alimentaire et perspectives

L'homme de science exerce donc une activité qui n'a pour frontières que les limites de l'intelligence et du génie humains, mus par la curiosité et la quête perpétuelle pour comprendre le monde et sa place dans l'univers. S'il vise surtout à expliquer le comment des choses et à générer de nouvelles idées et interrogations, il a accompli des progrès qui ont été à la source de connaissances, nous permettant d'être de plus en plus «maîtres et possesseurs d'une nature»6 susceptible d'être améliorée ou mise en danger par les applications techniques.

Ce sont ces technologies qui ont transformé profondément l'activité agricole, source de l'alimentation humaine.

A) Production végétale

Au début du siècle, le développement de la culture attelée et l'introduction de la motorisation ont permis d'accroître les superficies cultivées, en doublant notamment la superficie par travailleur et la productivité du travail.

Pourtant, l'évolution démographique allait conduire, en 1967, le néomalthusien, Paul Ehrlich, écologiste et auteur de La bombe démographique, à affirmer que dans 10 ans le Japon allait connaître de très graves problèmes alimentaires et que les hordes de Chinois affamés allaient envahir la Russie7. Mais c'était ne pas compter avec la révolution verte qui allait provoquer un bond fantastique de la production de céréales.

Ainsi, de 1961 à 1997, les productions et rendements moyens mondiaux ont augmenté respectivement:

- pour le blé, de 294 à 609 millions de tonnes et de 1,3 à 2,7 tonnes par hectare;

- pour le riz, de 277 à 571 millions de tonnes et de 2,2 à 3,8 tonnes par hectare;

- pour le maïs, de 273 à 589 millions de tonnes et de 2,4 à 4,1 tonnes par hectare.

L'accroissement de la productivité est encore plus impressionnant lorsque l'on observe son évolution dans certains des grands pays du monde.

Ainsi, de 1961 à 1997, les rendements sont passés de 0,5 à 4 tonnes par hectare pour le blé en Chine; de 2,4 à 7,5 tonnes par hectare pour le maïs irrigué en Égypte, de 1,7 à 4,4 tonnes par hectare pour le riz en Indonésie et de 0,9 à 2,3 tonnes par hectare pour le soja en Argentine8.

Les progrès, surtout en cultures irriguées, résultent notamment des travaux des sélectionneurs appliquant les lois de la génétique de Mendel d'abord et, ensuite, les méthodes de la biotechnologie. Ils ont développé des variétés susceptibles d'utiliser de manière plus efficace l'eau, les engrais ainsi que les techniques de protection et de gestion des cultures.

La sélection a d'abord été faite à partir de l'observation du phénotype et ensuite des modalités de transmission à la descendance, en vue d'identifier le génotype.

L'hybridation simple ou double est la méthode la plus utilisée pour avoir des descendants performants. L'hybride est fixé par un «croisement en retour» avec l'un des parents pour avoir une variété nouvelle de même génotype

possédant le caractère nouveau à l'état homozygote. On utilise parfois la mutation provoquée notamment par irradiation ou par haploïdisation pour obtenir des plantes homozygotes strictes. Pour les hybrides qui résultent de croisements de génotypes différents et qui sont donc hétérozygotes, leur reproduction doit être assurée à partir de lignées parentales9.

La biotechnologie a permis progressivement d'agir directement au niveau de la cellule, du noyau, des chromosomes et enfin des gènes, notamment grâce aux outils que sont les enzymes, les vecteurs (plasmides et bactériophages), les bactéries hôtes et les ADN de synthèse avec des techniques d'identification, de caractérisation, de clonage et de modification de gènes.

À partir des années 70, la technique de transfert des gènes a pu être davantage maîtrisée par la réalisation d'une construction génique et sa micro-injection directe dans la cellule ou par l'intermédiaire d'un plasmide avec l'utilisation d'un vecteur biologique ou d'un procédé mécanique de projection. Avec une cellule totipotente, un organisme génétiquement modifié (OGM) est obtenu par régénération d'un organisme entier, par culture in vitro notamment10.

Les biotechnologies ne se substituent pas aux techniques de croisement, elles les complètent. Elles permettent aussi l'accélération du processus de sélection. Ainsi le temps nécessaire pour développer une nouvelle variété de plante par la méthode classique est de 6 à 12 ans alors que la modification par les nouveaux procédés biotechnologiques peut être obtenue en 2 ou 3 ans11.

Aujourd'hui les généticiens de biologie moléculaire peuvent identifier les gènes qui codent pour certaines caractéristiques et substances, mais aussi établir les cartes génétiques. Ils sont ainsi en mesure de développer des résistances aux nématodes, aux champignons, aux bactéries et aux virus. Ils ont réussi à transférer ces résistances dans des espèces proches. Il leur est aussi possible d'identifier les protéines des gènes de résistance et les modèles séquentiels, ainsi que leur structure en vue de déterminer leur similarité et leur fonction. Ces développements pourraient aboutir à la découverte du mécanisme commun de résistance dans toutes les plantes.

Des recherches sont en cours pour expliquer comment les différentes plantes reconnaissent les pathogènes, les mécanismes d'activation des signaux du système d'alerte à la présence de virus dans des cellules qui ne sont pas en contact avec des virions.

Les biotechnologies ont facilité la conservation de ressources génétiques. Elles sont propagées par voie végétative et par des méthodes in vitro, mais aussi par cryoconservation pour des plantes difficiles.

Une vingtaine de gènes végétaux de résistance ont été isolés et clonés. Le gène de résistance à la mosaïque du tabac pourrait conduire à des transferts interspécifiques au profit de 150 autres types de plantes, notamment les tomates, les aubergines et les poivrons12. Une douzaine au moins de cartes génétiques végétales seront saturées avant l'an 200013. Le travail est achevé pour l'Arabidopsis et le riz. Il est presque terminé pour la tomate, le haricot, le maïs et le blé.

De 1986 à 1997, environ 25 000 essais au champ de plantes transgéniques ont été réalisés sur plus de 60 plantes, essentiellement le maïs, la tomate, le soja, le colza, la pomme de terre et le coton, avec 10 caractères portant sur la qualité des produits, la tolérance aux herbicides, la résistance aux insectes et virus13.

La Chine a été le premier pays à commercialiser, au début des années 90, des plantes transgéniques résistantes aux virus du tabac d'abord, de la tomate ensuite.

En 1997, les superficies couvertes par des plantes transgéniques représentaient plus de 12 millions d'hectares, dont 64 pour cent environ aux États-Unis, où les bénéfices dus à leur utilisation ont été évalués à 60 millions de dollars pour le coton en 1996, et à 190 millions de dollars pour le maïs en 199714.

Les augmentations de productivité végétale résultent aussi d'une utilisation accrue d'engrais. De 1961 à 1996, la consommation mondiale est passée de 12 à 83 millions de tonnes pour l'azote, de 11 à 31 millions de tonnes pour le phosphate, et de 9 à 21 millions de tonnes pour le potassium. Les nouvelles formulations d'engrais par granulation et enrobage ont permis d'avoir une plus grande efficience des fertilisants.

La lutte biologique intégrée a été adoptée depuis 1989 par 2 millions de fermiers d'Asie, d'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Amérique latine. Les sommes économisées par les gouvernements, notamment de l'Indonésie, de l'Inde, des Philippines, du Viet Nam et du Ghana, par l'élimination consécutive des subventions aux pesticides, sont évaluées à plus de 180 millions de dollars par an.

B) Production animale

La production mondiale de viande a plus que triplé de 1961 à 1997 passant de 68 à 221 millions de tonnes, avec celle des pays en développement augmentant six fois, soit de 18 à 111 millions de tonnes15. L'accroissement a surtout été marqué dans la production avicole et porcine.

Les augmentations de production ont été dues essentiellement aux améliorations de la productivité, même si l'augmentation des troupeaux et la spécialisation des systèmes d'exploitation ont joué un rôle notable dans cet accroissement.

La productivité a été modifiée par la combinaison de plusieurs facteurs: amélioration des espèces, alimentation, systèmes de gestion et de contrôle sanitaire, entraînant une plus forte croissance et une plus grande longévité des animaux.

Les biotechnologies ont été appliquées rapidement dans ce secteur. L'insémination artificielle est la technique la plus utilisée et la plus efficace pour l'amélioration et la dissémination des ressources génétiques. Environ 100 millions d'inséminations sont effectuées dans le monde pour le bétail, dont 16 millions dans les pays en développement16.

Le transfert d'embryons, utilisé surtout pour le bétail des pays développés, permet de réduire les intervalles dans la reproduction et les risques de transmission de maladies. Il est complété par la congélation, la segmentation, le clonage et le sexage des embryons.

La maturation et la fécondation in vitro d'oocytes de bétail vivant sont suivies d'une congélation et d'une transplantation qui permettent une utilisation précoce et plus importante du potentiel reproductif.

À partir des techniques d'injection directe dans le pronucleus et d'intégration de la construction dans le génome, on obtient un codage pour la production d'alpha-lactalbumine humaine et l'amélioration du lait de vache ou de la laine de mouton.

Les travaux sur les cartes génétiques du bœuf, du mouton et du porc sont très avancés. Ils sont en cours pour le poulet.

Les techniques de clonage et de quiescence réversible de l'ADN ont eu un grand succès. Si la brebis Dollyen Écosse est bien connue, on a moins parlé de la vache Lady en Nouvelle-Zélande, où une cellule somatique a été prélevée, reprogrammée et insérée dans un oocyte qui s'est développé jusqu'au terme, produisant un veau femelle16.

Les biotechnologies pourraient être utilisées dans le futur pour faire face aux désastreuses épidémies récentes: fièvre porcine classique, qui a coûté plus de 2 milliards de dollars aux Pays-Bas, dont la moitié sous forme de fonds publics; encéphalopathie bovine spongiforme, qui a déjà coûté au Gouvernement du Royaume-Uni 2 milliards et demi de dollars; peste aviaire à Hong Kong, qui a entraîné l'abattage de 1 million et demi de poulets16.

C) Production halieutique et aquaculture

Les produits tirés de l'exploitation des stocks halieutiques sont passés de 38 à 94 millions de tonnes, de 1961 à 199717. Et, aujourd'hui, la capacité de capture des flottes de pêche dépasse largement les quantités susceptibles d'être prélevées, tout en assurant le renouvellement durable des stocks.

Heureusement, la production aquacole est passée dans la même période de 2 à 28 millions de tonnes17. La part de l'aquaculture dans l'offre totale est évaluée à 15 pour cent et devrait atteindre 30 pour cent à l'horizon 201018.

Les progrès de la pêche ont essentiellement porté sur les méthodes d'évaluation des stocks, de localisation et de suivi des ressources, ainsi que sur l'amélioration des équipements utilisés pour la capture et la transformation du poisson.

Les technologies nouvelles portent sur le sondage par ultrasons et l'écho-intégration en vue d'une meilleure identification et quantification des espèces recherchées; le positionnement par satellite pour mieux localiser les bateaux; les mécanismes de réduction des captures accidentelles d'animaux non recherchés tels que: oiseaux, tortues, mammifères marins, espèces en danger, etc.

Les biotechnologies développées pour la production animale, notamment la reproduction sélective, ont été testées en vue de leur adaptation à l'aquaculture. Ainsi, le saumon transgénique, dont le code génétique régulant la croissance a été modifié, se développe quatre à six fois plus vite, la première année de vie, que le saumon normal19. Le travail pour l'établissement de la carte génétique complète du saumon a déjà commencé.

D) Agro-industries

La transformation des produits agricoles revêt une grande importance au plan économique: 393 milliards de dollars aux États-Unis et 216 milliards de dollars au Japon.

Les transferts de gènes permettent déjà d'améliorer la fermentation et les facteurs de résistance rendant plus efficaces les agro-industries. Ainsi, des bactéries génétiquement modifiées sont utilisées pour produire des enzymes, notamment Bacillus subtilis dans la fabrication de la bière, du sirop de chocolat et de la maltose ou l'alpha-acétolactate-décarboxylase dans la fabrication de la bière et des alcools20. D'importants travaux sur les cartes génétiques des bactéries et levures sont en cours.

E) Les ressources naturelles

L'eau douce reste le facteur fondamental pour toute activité biologique. L'activité agricole compte pour 70 pour cent dans l'utilisation de cette ressource rare, ne représentant que 2,5 pour cent seulement du total de l'eau qui existe sur terre21. La quantité disponible par habitant diminue rapidement avec l'accroissement de la population.

L'eau va certainement être la source la plus importante de conflits lors du prochain millénaire, notamment dans les 215 bassins interfrontaliers qui représentent 50 pour cent des ressources en eau. En 2025, en effet, neuf pays seront en situation de pauvreté avec moins de 1000 m3 par personne et par an, et 26 en situation de pénurie avec moins de 500 m322. La mise en œuvre effective de la centaine de traités sur la gestion concertée des ressources transfrontalières, signés au cours des 40 dernières années, et la conclusion d'autres accords devraient être les grands axes d'une politique de prévention des conflits.

Les terres irriguées ont triplé depuis 1950 pour atteindre 275 millions d'hectares. Elles contribuent pour 40 pour cent à la production agricole, avec seulement 17 pour cent de la superficie. De 1950 à 1985, l'augmentation de la production alimentaire pourrait être imputable pour 50 pour cent à l'irrigation et, depuis 1985, ce chiffre serait de 80 pour cent23.

Le raccourcissement des tiges des variétés à haut rendement a amélioré l'efficience de l'utilisation de l'eau. Ainsi pour le blé, de 0,48 kg de graines par mètre cube d'eau consommée en 1950, on est passé à 0,92 en 199724.

L'étude des facteurs physiques, chimiques et biologiques qui agissent sur les conditions de transport et de stockage de l'eau par les sols, ainsi que sur l'évapotranspiration des plantes, devrait permettre l'amélioration des matériels et techniques d'irrigation ou de drainage.

Pour diminuer l'érosion, de nouvelles techniques culturales sans labour ou avec un labour minimum sont utilisées. Elles diminuent aussi les pertes d'oxyde de carbone du sol, favorables au réchauffement global de la planète.

En outre, l'étude des micro-organismes du sol, qui transforment l'urée en ammonium volatil toxique pour les plantes, devrait améliorer la connaissance de l'uréase. L'analyse de cet enzyme responsable de la dégradation, pour déterminer notamment sa structure et son mode de fonctionnement, assurera la mise au point d'inhibiteurs efficaces.

Enfin, l'évaluation des facteurs climatiques, atmosphériques et édaphiques devrait permettre de mieux tirer parti des éléments constitutifs: température, insolation, pluviométrie, pression, hygrométrie et couverture atmosphérique, vent et évaporation. Leur effet sur la production végétale, notamment la photosynthèse, et sur la production animale, en particulier la reproduction, pourra ainsi être mieux contrôlé.

F) Perspectives

La science et la technique ont donc permis une augmentation de la production agricole mondiale supérieure à celle de la population. Ainsi, les taux annuels moyens de croissance de l'index, de la production agricole et de la population, ont augmenté respectivement de 2,4 et de 1,9 pour cent entre 1961 et 1980; et de 2,1 et 1,6 pour cent entre 1981 et 1997.

On observe cependant un ralentissement dans les taux moyens annuels de croissance de la consommation des engrais et de l'utilisation des tracteurs, qui passent respectivement de 7,1 et 3,4 pour cent entre 1961 et 1980 à 0,4 et 1 pour cent entre 1981 et 1996.

Si les tendances actuelles persistent, les taux de croissance annuels moyens pour la période 1988-1990 à 2010 seront de 1,8 pour cent pour la production agricole et 1,6 pour cent pour la population25.

Ainsi l'écart se réduirait et, à cet horizon, 680 millions de personnes n'auraient toujours pas un accès adéquat à la nourriture. D'où l'importance d'un effort mondial d'accélération de la production, surtout dans les 83 pays à faible revenu et à déficit vivrier.

C'est ce qui justifie le lancement du Programme spécial de sécurité alimentaire, conçu par la FAO, qui ouvre à ces pays les perspectives d'une croissance agricole durable, respectueuse de l'environnement et sécurisée par une maîtrise de l'eau réalisée par les communautés rurales dans le cadre de microprojets d'irrigation et de drainage. L'intensification de la production végétale à partir des techniques de la révolution verte, revues et corrigées, la diversification par la production d'animaux à cycle court et l'aquaculture, ainsi que l'identification des contraintes socioéconomiques, constituent les éléments d'une phase pilote conduite pendant deux à trois ans sur un échantillonnage exhaustif d'une trentaine de sites par pays. Une phase macroéconomique d'assistance aux politiques agricoles, à la formulation de plans d'investissement agricole et à la préparation d'études de faisabilité de projets bancables, complétera ce programme déjà opérationnel dans 37 pays et en cours de formulation dans 36 autres.

 

IV Impact et risque

Si les progrès en agriculture, lato sensu, ont permis d'avoir des résultats si positifs et concrets, pourquoi donc tant de peur, d'angoisse et de réactions d'hostilité au regard de l'impact et du risque de certaines de ces technologies, surtout les biotechnologies?

Je me hasarderais à émettre l'hypothèse d'une explication trilogique.

  • Le premier élément est existentiel.

- Les facteurs psychophilosophiques en constituent l'une des facettes.

Aussi loin que l'on remonte dans l'histoire, les êtres humains ont toujours essayé de répondre à trois questions fondamentales: D'où venons-nous? Où sommes-nous? Où allons-nous? Les réponses, jusqu'à présent, morales ou religieuses, ont assuré un certain confort intellectuel, une quiétude rassurante à l'homme privilégié et échappant au déterminisme de la nature. Cet être, qui se considère comme supérieur et libre, vient de découvrir avec les progrès de la biologie moléculaire que tous les organismes vivants: virus, bactéries, végétaux, animaux, même intelligents, possèdent le même système de codage et d'expression de l'information génétique. Ce support de l'information et du code génétiques, l'ADN, donne la possibilité théorique de faire exprimer par un gène une information génétique provenant de n'importe quel autre être vivant26. Alors remontent du fin fond du subconscient les peurs ancestrales vulgarisées par les êtres de Frankenstein et du Dr Moreau. Cette anxiété obsédante et ce désarroi lancinant tournent au tourment et au cauchemar face à la course pour établir la carte génétique de l'homme. Surtout qu'au même moment, on observe des progrès dans le développement des xenogreffes26 qui, avec la modification du patrimoine génétique des animaux donneurs par transfert de gènes humains, rapprochent le moment où des organes animaux pourraient être transplantés chez l'homme.

Au regard de l'histoire de la pensée humaine, on semble donc aller à rebrousse-temps. Ce n'est pas le cri de Nietzsche «Dieu est mort», qui retentit encore, mais de nouveau la question de Malraux «L'homme est-il mort?»27, car des hauteurs de l'Olympe où l'avait élevé son âme, l'humain fait un atterrissage forcé sur les dures réalités somatiques. D'image de Dieu, il devient un ordinateur biologique susceptible d'être modifié et programmé, à l'instar de tous les autres organismes vivants de la biosphère. Dès lors, il nous faut tous les ressorts de notre intelligence pour retrouver les bases de notre unicité et notre supériorité.

La réponse existentialiste de Heidegger selon laquelle «l'essence de la réalité humaine consiste en son Existenz; seul entre les existants qui sont avec lui dans le monde, l'homme transgresse, dépasse tous les autres existants, et lui-même en chaque instant»28 ne suffit plus et les mots de Karl Jaspers sonnent le glas de notre assurance et de notre confiance: «Si au début de son histoire, il (l'homme) se trouvait menacé dans son existence physique par les forces de la nature, aujourd'hui c'est le monde qu'il a construit lui-même qui le menace dans son essence»29.

- Les risques biologiques constituent l'autre facette existentielle.

Les maladies provoquées par des contaminations de salmonelle et Escherichia coli dans la viande ont augmenté, notamment les diarrhées et gastroentérites. Chaque année, des millions de personnes deviennent malades alors que des milliers en meurent. Pour y faire face, le Système d'analyse des risques &endash; points critiques pour leur maîtrise a été mis au point aux États-Unis et remplace avantageusement la méthode par échantillonnage. Les industriels de l'abattage et du conditionnement doivent identifier des étapes du processus de traitement de la viande, comme le découpage et le hachage, où la contamination se produit, en vue d'y conduire des tests microbiologiques pour respecter des normes de protection. Des progrès scientifiques ont permis de réduire de 48 heures à 5 minutes le temps nécessaire pour détecter les bactéries qui provoquent les maladies. De nouveaux tests permettent maintenant de détecter Escherichia coli hémorragique en moins de huit heures au lieu de trois jours30.

En outre, l'alimentation d'herbivores à partir de protéines animales contaminées a provoqué l'encéphalopathie spongiforme bovine et des risques de maladie de Creutzfeld-Jakob pour l'homme. L'abattage et le contrôle de l'exportation des animaux contaminés, ou présentant des risques de l'être, permettent de limiter l'extension de la maladie. Pour répondre à cette situation, la FAO a organisé en mars 1997 une réunion d'experts qui a recommandé un code de conduite pour une bonne alimentation animale. Le Comité exécutif du Codex est en train d'assurer la coordination pour le développement de ce code. Aux États-Unis, l'alimentation des ruminants avec des sous-produits de la transformation des matières protéiniques est interdite. L'OMS a en outre organisé des réunions d'experts sur les aspects relatifs à l'alimentation humaine et animale.

D'autres produits posent aussi certains problèmes de santé publique.

Les hormones utilisées dans l'alimentation animale ou produites par des gènes transférés à des plantes ou animaux peuvent entraîner, surtout si elles sont consommées à des doses élevées, le cancer et la perte de calcium osseux. Des limites sont établies par le Comité mixte FAO/OMS d'experts des additifs alimentaires (JECFA), pour un usage sans risques dans l'accélération de la croissance des animaux, avec un taux journalier d'absorption acceptable.

Les antibiotiques utilisés pour la croissance ou le traitement des animaux laissent des résidus dans la viande qui, quand elle est consommée en grandes quantités, surtout les foies et rognons, provoque des réactions allergiques ou des effets sur la flore intestinale, entraînant des gastroentérites ou des résistances chez certains micro-organismes nuisibles à la santé humaine. La consommation de veau traité au clenbuterol a été la cause d'empoisonnements en Italie en 1996, provoquant des symptômes de désordres du système nerveux et de gastroentérites. En Espagne et en Allemagne, c'est la consommation de foie de bœuf traité qui était à l'origine des problèmes31.

Les substances toxiques, ou les allergènes, sont produites soit par transfert génétique, soit par modification de métabolisme induite par ce transfert. Les mycotoxines peuvent être à l'origine de cancers et les métaux lourds, comme le mercure, la cause de troubles neurologiques.

Les micro-organismes génétiquement modifiés et utilisés dans la fabrication des aliments peuvent provoquer des échanges avec la flore digestive humaine et modifier son équilibre. Il convient aussi de faire attention aux risques d'introduction de pathogènes et de transfert d'information génétique aux autres micro-organismes.

  • Le deuxième élément de l'explication trilogique porte sur les dégâts causés à l'environnement.

Des espèces d'animaux et de plantes disparaissent rapidement. Le taux actuel d'extinction documenté est 50 à 100 fois plus élevé que la moyenne du taux naturel des 500 millions d'années passées (si l'on exclut les périodes d'extinction massive). Et ces chiffres sont considérés comme sous-estimés32.

La base de la biodiversité agricole se restreint: des 50 000 vertébrés terrestres estimés, seules 30 espèces animales ont été domestiquées et conservées dans les fermes. Ainsi, le blé et le riz fournissent à eux deux la moitié de la consommation d'énergie alimentaire, alors que neuf espèces végétales fournissent les trois quarts de l'énergie dérivée de l'alimentation .

Or, l'utilisation sans précaution de transgènes pourrait en plus perturber l'équilibre écologique34:

- La dispersion de pollen transgénique est susceptible d'entraîner la fécondation de variétés de même espèce. La dispersion pourrait modifier l'équilibre des associations entre micro-organismes et plantes cultivées. Les précautions pour éviter cette dissémination portent notamment sur la prise en compte de la distance entre parcelles, la provocation de la stérilité mâle et le décalage de maturité des sexes.

- Avec les croisements interspécifiques par hybridation, entre une plante transgénique et des espèces apparentées sauvages, il y a une possibilité, par exemple de transfert de la résistance aux herbicides à une plante adventice. Les précautions à prendre consistent à empêcher la pollinisation et à éviter l'intermédiation d'une bactérie.

- Enfin, des résistances peuvent être induites par une mutation et provoquer le développement de biotypes résistants (micro-organismes, insectes ou adventices) ou entraîner la pullulation d'autres ravageurs par destruction ou affaiblissement des populations concurrentes.

Ce même risque existe en aquaculture où des individus transgéniques ont la capacité de se croiser avec des populations naturelles. On veille donc au confinement des reproducteurs et à la stérilisation des individus destinés à la consommation.

La déforestation provoque chaque année la perte de 11 millions d'hectares.

En outre, l'exploitation abusive ou inadéquate entraîne des dégradations importantes des ressources naturelles.

- L'érosion hydrique provoque la perte des horizons supérieurs des sols et affecte plus d'un milliard d'hectares35.

- L'érosion éolienne, surtout dans les régions arides et semi-arides, touche 550 millions d'hectares.

- La dégradation chimique concerne 240 millions d'hectares. Elle se manifeste par la perte de nutriments, la salinisation, l'acidification, la pollution et la contamination. La perte totale d'azote, provenant des engrais et des animaux, et qui passe dans la nappe aquifère, est estimée à 21 millions de tonnes par an36.

- L'engorgement et la salinisation affectent 24 pour cent des terres irriguées. La dégradation physique, compaction, piétinement et saturation hydrique, reste la moins importante. Elle représente néanmoins 4 pour cent des terres arables.

- Les pesticides polluent l'eau, le sol et l'air, mais détruisent aussi l'équilibre biologique au niveau de différents organismes. Pour ramener l'eau aux normes convenables pour la consommation humaine, on dépense annuellement en Allemagne entre 75 et 100 millions de dollars36, ce qui correspond aux ressources qui seraient nécessaires pour débarrasser l'Afrique des pesticides obsolescents qui y sont entreposés. Le coût moyen nécessaire pour éliminer ces pesticides est de 3 500 à 5 000 dollars par tonne36.

  • Le troisième élément de l'explication trilogique est médiatique.

Les impacts négatifs et les risques sont amplifiés dans un contexte où l'opinion publique réagit et fait pression sur les dirigeants, en ayant recours au refus de consommation, aux protestations, aux manifestations et à la sanction électorale.

La société civile est en effet maintenant sensibilisée par les organisations non gouvernementales qui n'hésitent pas à faire des actions d'éclat ou à se constituer partie civile auprès des instances judiciaires pour s'opposer à ce qu'elles perçoivent comme des dangers pour l'humanité. Leurs préoccupations et leurs actions sont relayées par des médias puissants, notamment la télévision, dont les images sont diffusées sur l'ensemble du globe par l'intermédiaire des satellites de plus en plus nombreux.

Il se crée ainsi une psychose «antitechnologie» qui empêche souvent de discerner ce qui relève des fantasmes ou ce qui constitue des risques réels nécessitant l'application du principe de précaution.

 

V Tentatives de dépassement des antinomies

Face aux clameurs de l'excitation, l'homme de science doit, avec sérénité et sens de la mesure, essayer de donner des réponses marquées du sceau des attributs de sa fonction: des éléments quantifiables et vérifiables.

Cet effort de dépassement des antagonismes est d'abord un exercice individuel. Dès lors, il se situe au niveau de la conscience qui «oppose toujours ce qui devrait être à ce qui est»37. C'est le champ clos de l'homme face à lui-même et aux autres hommes. C'est l'univers ésotérique des croyances, des convictions et des questionnements où la méthode scientifique est son seul fil d'Ariane.

Au-delà de ce microcosme, se trouvent cependant des réponses structurantes dans un cadre collectif où le rôle de l'homme de science est tout aussi fondamental.

Au sein de la profession, il doit contribuer à l'établissement d'une déontologie dont les principes puissent résister à l'usure du temps et aux mirages des péripéties. Cette voilure référentielle doit cependant pouvoir évoluer au gré des changements imprévisibles de la science et permettre au frêle radeau de la curiosité et de la recherche de voguer au souffle du zéphir ou de la tempête vers le grand large des connaissances et du progrès de l'humanité.

Au niveau gouvernemental, des instances consultatives ou exécutives ont été mises en place pour évaluer les risques, établir les règles et fournir aux instances compétentes les bases des sanctions appropriées.

Au plan international, des mécanismes existent pour l'établissement de normes:

  • pour les produits alimentaires: le Codex Alimentarius (FAO/OMS)
  • pour les plantes: la «Convention internationale pour la protection des végétaux», la «Convention sur la procédure de consentement préalable en connaissance de cause applicable dans le cas de certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l'objet du commerce international» (FAO/PNUE), ainsi que l'«Engagement international sur les ressources phytogénétiques» (FAO) sont complétés par le «Code de conduite pour la collecte et le transfert de matériel phytogénétique» (FAO) et le «Code pour les biotechnologies végétales» qui est en cours de préparation au niveau de la Commission des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.
  • pour la santé animale: le «Code zoosanitaire international» de l'Office international des épizooties et les accords régionaux fonctionnant notamment en Europe, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes.
  • pour la pêche, «l'Accord visant à favoriser le respect par les navires de pêche en haute mer des mesures internationales de conservation et de gestion» (FAO) et le «Code de conduite pour une pêche responsable» (FAO) constituent les éléments de base de la régulation des activités.

Différents mécanismes et institutions ont été créés pour la mise en œuvre de ces accords et codes de conduite aux niveaux international et régional.

Enfin, signalons que la Convention sur la diversité biologique a inclus dans ses négociations un Protocole sur la biosécurité pour garantir un usage sûr et durable au regard de l'environnement de tous les produits biologiques et leurs applications pour la santé humaine, la biodiversité et la durabilité environnementale en appui à une sécurité alimentaire globale améliorée. Ce protocole devrait être mis au point et adopté à une conférence extraordinaire des Parties à la Convention en 1999.

La FAO aussi a créé, en juillet 1998, un Comité interne sur l'éthique dans l'alimentation et l'agriculture.

C'est donc l'homme de science qui fournit les bases objectives donnant une existence et une valeur à toutes ces normes et à tous ces accords relatifs aux codes de conduite et aux conventions.

En outre, il concourt à l'établissement de la doctrine en matière d'éthique et siège dans les comités qui ont à connaître de ces questions. Il joue donc un rôle essentiel du début à la fin du processus. Pour ces raisons, il est logique de lui «attribuer la responsabilité de sa conduite, c'est ce qu'on appelle lui imputer cette conduite»38.

 

VI Conclusion

Aujourd'hui, le devoir qui est «nécessité d'accomplir une action par respect pour la morale39» interpelle l'homme de science, vecteur de dynamisme dans les écosystèmes. Il doit au sein de la biocénose, augmenter la productivité alimentaire, tout en maintenant l'équilibre biologique. Il doit aussi, au sein de la biosphère, assurer un environnement sain et sans risques pour l'homme.

Mais par-delà ces deux objectifs, souvent difficilement compatibles, il génère des techniques qui ne sont pas neutres au plan de l'accessibilité, facteur d'équité, selon qu'elles requièrent une capitalisation importante ou faible, et qu'elles ont un coût plus ou moins élevé susceptible, au demeurant, d'évoluer sur une certaine période.

La valeur d'un jugement dépendra donc du moment où il est porté, en fonction d'un cadre perspectif à court, moyen ou long terme.

En éthique scientifique, il ne peut donc y avoir de position vraie, susceptible d'être démontrée ou prouvée, mais on peut tirer de la praxis un point de vue juste qui devient idéologique dès lors qu'il se réfère à une finalité.

Différents philosophes participent au débat contemporain sur la bioéthique. On peut les classer en deux catégories, basées sur une conception hétéronomique de norme morale extérieure à l'homme ou autonomique de norme morale posée par l'homme40.

Cette apparente dichotomie masque en réalité deux perspectives de Janus d'un même ensemble. En effet, l'homme de science déterminera sa conduite en fonction de facteurs intrinsèques, psychologiques et idéologiques. Mais il tiendra aussi compte des règles extrinsèques établies par ses pairs dans le cadre professionnel et au sein de la société civile.

«Tout notre progrès technologique dont on chante les louanges, le cœur même de notre civilisation, est comme une hache dans les mains d'un criminel41», nous avertit un grand savant tandis qu'un écrivain de renom nous rappelle «que l'abîme de l'histoire est assez grand pour tout le monde ... une civilisation a la même fragilité qu'une vie42

Dans la quête perpétuelle du savoir indispensable au progrès humain, la marge est étroite entre l'errance d'une exploration funeste et l'éclair de génie salutaire.

 

Honorables Membres de l'Académie,

«Les craquements du monde moderne nous ont engagés dans les ténèbres, les problèmes sont incohérents, les solutions contradictoires. La vérité d'hier est morte, celle de demain est encore à bâtir43», mais «il serait fou de vouloir de nouveau enchaîner Prométhée, il nous faut au contraire appliquer l'esprit scientifique pour trouver des solutions aux difficiles problèmes de notre existence présente44», afin de répondre, avec science et conscience, à la question angoissante et poignante: comment nourrir le monde?

 

_______________________________

1 Dictionnaire de philosophie - J. Russ.
2 Encyclopédie philosophique universelle - S. Auroux
3 Encyclopédie philosophique universelle - S. Auroux
4 Encyclopedia Universalis - C. Cuenot
5 Note interne FAO
6 Discours de la méthode - Descartes
7 Note interne de la FAO
8 Statistiques FAO
9 Memento de l'Agronome, 4ème édition
10 Les manipulations génétiques - C.G. Marchand
11 Note interne FAO sur les biotechnologies
12 Science, The Endless Resource - USA
13 Note interne FAO
14 Science, The Endless Resource - USA
15 Statistiques FAO
16 Note interne FAO
17 Statistiques FAO
18 Agriculture mondiale: Horizon 2010 - FAO
19 Science, The Endless Resource - USA
20 OGM - Panorama et contribution de l'INRA
21 Statistiques - WFAAS
22 Note interne FAO
23 L'eau au XXIème siècle - Conseil mondial de l'eau
24 Note interne FAO
25 Statistiques FAO
26 OGM - Panorama et contribution de l'INRA
27 Conférences de l'Unesco - André Malraux
28 L'Être et temps - Heidegger
29 La situation spirituelle de notre temps - Karl Jaspers
30 Science, The Endless Resource - USA
31 Note interne FAO
32 Science, The Endless Resource - USA
33 Science, The Endless Resource - USA
34 OGM - Panorama et contribution de l'INRA
35 Global Assessment of Soil Degradation - PNUE/GLASOD
36 Note interne FAO
37 Histoire de mes pensées - Alain
38 Propédeutique philosophique - Hegel
39 Fondements de la métaphysique des moeurs - Kant
40 Fondements philosophiques de l'éthique médicale - S. Rameix
41 Correspondances - Einstein
42 Variétés III - P. Valéry
43 Lettre à un otage - A. de St. Exupéry
44 Conférences de l'Unesco - F. Joliot

 


Cherchez | Page d'accueil de la FAO | Anglais | Arabe | Espagnol

[ Commentaires?: Webmaster@fao.org ]