Déclaration du
Directeur général à l'occasion de la
Journée mondiale de l'alimentation et du
TeleFood
2000
New York, Etats-Unis, 18 octobre
2000
Monsieur le Président de
l'Assemblée générale, M. Harri
Holkeri,
Monsieur le Secrétaire général, M.
Kofi Annan,
Monsieur le Président de l'ECOSOC, M. Makarim
Wibisono
Excellences, Mesdames et Messieurs,
A l'occasion de la première
Journée
mondiale de l'alimentation de
ce nouveau millénaire, je voudrais partager une
vision et relever un défi avec la
communauté mondiale. La vision est de vivre dans
un monde où chaque homme, chaque femme et chaque
enfant aura l'assurance de disposer des vivres
nécessaires pour être bien nourri et en
bonne santé, afin d'être en mesure
d'épanouir toutes ses capacités. Le
défi à relever est de transformer cette
vision en réalité.
La communauté mondiale doit
assurer un accès équitable à l'une
des sources fondamentales de la vie humaine - la
nourriture - qui conditionne le bien-être des
individus et le développement
général des nations. La force d'une nation
dépend de celle de sa population. Lorsque les gens
sont bien nourris, sains et forts, ils ont
l'énergie, la créativité et
l'assurance de travailler et d'apprendre, de
résoudre les problèmes et de vivre leur
quotidien dans la joie et la dignité, faisant
ainsi progresser l'humanité vers de nouveaux
sommets.
Tout le monde n'a pas accès
à des aliments adéquats à tout
moment. Des progrès importants ont
été réalisés dans la lutte
contre la faim, mais le nombre de personnes qui souffrent
de sous-alimentation chronique, et qui ne sont pas en
mesure de satisfaire chaque jour leurs besoins
énergétiques fondamentaux pour mener une
vie active et saine, est encore inacceptable. À
l'aube du troisième millénaire, être
à l'abri de la faim reste un objectif lointain
pour 820 millions de personnes, et cette situation
continue à freiner le développement
socio-économique de nombreuses nations.
De plus, des millions de personnes
dans le monde souffrent de malnutrition par manque de
vitamines et de minéraux essentiels, et des
millions d'autres sont exposées à des
risques liés à la contamination des
aliments ou de l'eau. L'accès à des
produits alimentaires en quantité suffisante,
variés, de bonne qualité et sûrs
reste un problème grave dans de nombreux pays,
même lorsque les approvisionnements sont
adéquats au niveau national. Dans chaque pays, il
subsiste des risques de faim et de
malnutrition.
Nombreux sont ceux pour qui la faim
est une évidence regrettable mais
inévitable. C'est faux: la faim et la malnutrition
ne sont pas inévitables dans un monde d'abondance.
Elles ne sont plus tolérables. Nous avons les
connaissances, les technologies et les ressources
nécessaires pour faire de rapides progrès
dans la lutte globale contre la faim. C'est surtout
l'absence de volonté collective qui nous
empêche de vaincre la faim. Nous devons être
fermes et refuser ce qui n'est ni acceptable, ni
tolérable.
Selon l'expérience
récente, la faim chronique peut disparaître
au cours de ce siècle. Ces dernières
décennies, des progrès importants ont
été réalisés dans les
domaines des approvisionnements alimentaires, de la
nutrition, de la santé et de l'accès aux
services sociaux de base. En conséquence, la
population mondiale est mieux alimentée, en
meilleure santé et elle vit plus longtemps qu'il y
a trente ans. Le nombre de personnes
sous-alimentées dans le monde est passé
d'environ 920 millions en 1970 à 820 millions
à l'heure actuelle. La croissance des
disponibilités alimentaires mondiales a
été plus rapide que celle de la population
elle-même, les disponibilités alimentaires
par habitant enregistraient une hausse de 32 pour cent
tandis que la population augmentait de 2 milliards de
personnes.
La faim et la malnutrition, et les
principaux indicateurs de pauvreté, ont
été considérablement réduits
grâce à l'accès aux emplois, à
l'éducation, à la santé, à
l'assainissement, à l'eau propre et à un
habitat salubre. Tous ces éléments
affectent à leur tour la sécurité
alimentaire et l'état nutritionnel des
individus.
Les améliorations
apportées à la vie de millions de personnes
sont très encourageantes, car elles montrent bien
que nous avons les moyens et la capacité
d'affronter et de vaincre les causes principales de la
faim et de la malnutrition. Ces tendances devraient bien
sûr se poursuivre. Mais se poursuivront-elles
à un rythme suffisant pour améliorer encore
la situation de la population actuelle et répondre
aux besoins des générations futures? De
nouvelles améliorations se produiront-elles assez
vite pour soulager la souffrance immense des millions
d'hommes, de femmes et d'enfants touchés par la
faim chronique et la malnutrition?
Mon vu le plus sincère
est de répondre par l'affirmative à toutes
ces questions. Cependant, nous savons que le rythme
actuel de réduction du nombre des personnes
sous-alimentées ne permettra pas d'atteindre
l'objectif du Sommet
mondial de l'alimentation qui
est de réduire au moins de moitié le nombre
de personnes sous-alimentées pour 2015 au plus
tard, sans parler de dépasser cet objectif.
Manifestement, nous avons encore beaucoup à faire
et il n'y a pas de temps à perdre si nous voulons
que la vision d'un monde libéré de la faim
devienne une réalité.
Comment y parvenir? Il n'y a pas de
réponses simples, mais il y a des démarches
communes qui se sont avérées efficaces pour
accélérer les progrès.
Première mesure fondamentale, l'élimination
de la faim et de la malnutrition doit être
prioritaire dans le développement national, social
et économique.
Lors du Sommet mondial de
l'alimentation, les gouvernements et les organisations
internationales sont parvenus à un consensus sur
les stratégies clefs permettant d'améliorer
la sécurité alimentaire et l'état
nutritionnel. Ils ont identifié les principaux
facteurs de la sécurité alimentaire
mondiale - pauvreté, obstacles à la
production vivrière, croissance
démographique, taux d'urbanisation,
évolution des régimes alimentaires,
sous-investissement dans la recherche agricole et les
infrastructures rurales, conflits et instabilité,
priorité insuffisante à l'agriculture et
aux zones rurales dans les politiques gouvernementales -
et ils sont convenus de déployer des efforts
concertés dans tous ces domaines
critiques.
Il est temps de s'engager avec
détermination dans la réalisation des
objectifs fixés par le Sommet mondial de
l'alimentation. Ces grandes promesses sont contenues dans
sept Engagements, qu'il faut maintenant tenir. Il faudra
pour cela toute la détermination des
gouvernements, de concert avec les institutions
intergouvernementales, le secteur privé, les ONG
et la société civile, pour élaborer
des politiques qui permettront d'atteindre ces objectifs.
Les processus régissant cette démarche
doivent être centrés sur la
dévolution de pouvoirs aux populations qui
souffrent actuellement d'insécurité
alimentaire - les pauvres, et en majorité les
ruraux pauvres. Les gouvernements doivent prendre des
initiatives pour corriger la répartition
inégale des services et actifs fondamentaux que
sont l'éducation, l'information, la santé,
l'emploi, le progrès technologique, le
crédit et les ressources en terre et en
eau.
Les investissements dans
l'agriculture, moteur de la croissance économique
dans la plupart des pays en développement, sont
fondamentaux pour améliorer la situation critique
des pays en développement. Les programmes de lutte
contre la pauvreté, ciblés sur les ruraux
pauvres, sont nécessaires pour remettre dans le
circuit économique les groupes les plus
démunis. Accroître l'accès des femmes
- qui représentent 60 pour cent de la population
agricole dans le monde - à la terre, à la
technologie, aux intrants et au crédit permettrait
d'améliorer la nutrition, la production
vivrière et les revenus des familles. Des
investissements destinés à la population
dans son ensemble sont nécessaires, qu'il s'agisse
d'éducation, d'eau propre et d'assainissement, de
services sanitaires et sociaux et, le cas
échéant, d'un soutien alimentaire et
nutritionnel direct.
Je voudrais vous rappeler l'Engagement
Un du Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation:
"Nous assurerons un environnement politique, social et
économique propice, visant à instaurer les
meilleures conditions pour l'éradication de la
pauvreté et le maintien d'une paix durable,
fondé sur la pleine participation des hommes et
des femmes sur un pied d'égalité,
particulièrement favorable à la
sécurité alimentaire durable pour tous."
C'est dans le contexte de cet engagement pris au niveau
international que nous devons mesurer les efforts
nationaux et internationaux déployés pour
lutter contre les causes multiples de
l'insécurité alimentaire et rétablir
le droit fondamental de chacun d'être à
l'abri de la faim.
Cette année, la Journée
mondiale de l'alimentation est un appel à l'action
collective pour atteindre et dépasser aussi vite
que possible l'objectif du Sommet mondial de
l'alimentation. À cette occasion, j'en appelle aux
gouvernements et à tous les secteurs de la
société pour qu'ils s'unissent, dans un
grand mouvement de solidarité, afin d'atteindre
cet objectif. Ensemble, nous devons tout faire pour
éliminer la faim et la malnutrition. Faisons en
sorte que cet objectif soit le premier et le plus
important des succès possibles à notre
actif. C'est un défi et une obligation, pour
chacun de nous, de contribuer à instaurer,
à l'aube du nouveau millénaire, un monde
libéré de la faim.