Ateliers Dimitra
L’accès des femmes à la terre : un moyen pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté
Atelier du réseau Dimitra à Bruxelles, Belgique du 22-26 septembre 2008
Face à la crise qui secoue la planète et dans un contexte économique international marqué par la flambée des prix des denrées alimentaires, une explosion démographique constante, des changements climatiques alarmants et une recherche effrénée de matières premières, on assiste partout en Afrique, surtout en milieu rural, à un phénomène croissant de féminisation de la pauvreté. Dans ce contexte hostile au développement des populations démunies, il est urgent de donner aux femmes les moyens d’assumer leur rôle de pilier de la communauté et de moteur de l‘économie.
Du 22 au 26 septembre 2008, le réseau Dimitra a organisé à Bruxelles un atelier sur le thème de l’accès des femmes à la terre en Afrique et les stratégies d’information et de communication à développer pour lutter contre les inégalités de genre qui existent dans ce domaine. Cet atelier, le quatrième du genre organisé à Bruxelles, a été l’occasion d’échange de connaissances et d’expériences entre Dimitra et ses partenaires du réseau, des acteurs de terrain venant de diverses régions d’Afrique (Afrique de l’Ouest, Maghreb, Afrique centrale et Grands Lacs, Afrique de l’Est et Océan Indien). Des représentants de plusieurs divisions techniques de la FAO ont également pris part à cette rencontre, ainsi que des partenaires d’Agences bilatérales représentant la Coopération suisse au Niger, la Coopération canadienne et la Coopération allemande (GTZ-Santé) en RD Congo, avec lesquelles Dimitra travaille sur le terrain.
La semaine de réflexion s’est achevée à la Fondation Roi Baudouin, qui soutient le projet Dimitra depuis ses débuts, en présence de l’Administrateur délégué de la Fondation et du Représentant du Ministre belge de la Coopération au Développement, ainsi que des représentants d’organisations nationales et internationales basées à Bruxelles. Tous ont salué la qualité des travaux du réseau Dimitra et le choix du thème des travaux de cette année.
Développer une réflexion commune autour de la terre et du statut des femmes
L’atelier a permis de développer une réflexion commune sur la situation des femmes et l'accès à la terre en Afrique au cours des dernières années, tout en s’appuyant sur une méthode participative. C’était l’occasion pour chaque intervenant de puiser dans son vécu personnel et professionnel pour analyser le rôle de la femme dans le développement dans le contexte de crise actuel.
Si la crise économique affecte toutes les régions du monde, la situation est encore plus dramatique en Afrique. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement portant sur la lutte contre la pauvreté sont loin d’être atteints. De plus, au cours des dernières décennies, plusieurs régions du continent ont souffert de conflits armés et de longues périodes d’instabilité politique. Très souvent, ces conflits ont débouché sur des déplacements massifs de populations avec, entre autres conséquences, une exposition accrue au VIH/SIDA et des violences faites aux femmes et aux enfants.
Grâce aux discussions et échanges d’expériences, les participants ont pu dresser un inventaire des causes et difficultés liées à l’accès des femmes à la terre. Les parcelles cultivables deviennent de plus en plus rares, cause ou conséquence d’une marchandisation accrue des terres. Il s’agit là d’une spéculation foncière bien souvent du fait des détenteurs du pouvoir économique ou politique, que ce soit dans l’administration publique ou dans les instances coutumières.
Difficultés d’accès aux ressources et risques de diminution de la production agricole
L’analyse de la situation a mis en lumière l’énorme déficit d’information et de communication sur les questions d’accès à la terre pour les femmes. En raison des inégalités dans la répartition traditionnelle des rôles, la femme accède difficilement au pouvoir, et elle a un contrôle et un accès limités aux ressources. D’une manière générale, les populations rurales, surtout les femmes, participent peu ou pas du tout aux instances publiques de décision, que ce soit d’un point de vue qualitatif ou quantitatif.
Alors qu’elles ont en charge la vie familiale et communautaire, les femmes ne jouissent pas pour autant des mêmes privilèges que les hommes. Le statut de dépendance de la femme constitue un frein au développement d’activités économiques. A cela, on pourrait ajouter d’autres facteurs défavorables pour le milieu agricole et les femmes, comme le sous-investissement dans le développement rural, la difficulté pour les femmes d’obtenir des prêts dans les institutions financières et leur difficile accès aux ressources financières en général et aux intrants. Dans certains cas, la réduction, voire l’absence de moyens, explique la diminution de la production agricole. L’insécurité alimentaire qui en résulte a un impact significatif sur les conditions de vie des femmes, sur leur santé et sur leurs enfants.
Dans une économie basée sur une agriculture de subsistance, le rôle productif de la femme n’est plus à démontrer. La femme est donc la première à subir les effets de l’absence ou l’accès limité aux ressources et aux facteurs de production.
Que faudrait-il faire pour remédier à cela ? Quels arguments les femmes et tous ceux qui les soutiennent pourraient-ils développer pour faire valoir leurs droits ?
La dualité entre lois et coutumes, quel choix pour les femmes ?
Dans bien des pays, les lois existantes sont élaborées sans la participation des femmes et des acteurs communautaires. Il en résulte que ces lois sont, dans de nombreux cas, mal ou pas appliquées et /ou discriminatoires. La synthèse des travaux de l’atelier met en évidence les lacunes en matière d’éducation et de formation pour les populations rurales. Qu’il s’agisse de la maîtrise des techniques agricoles, de la gestion financière, de l’auto organisation ou de la structuration de leurs activités, les populations rurales, les chefs coutumiers et religieux, et les femmes elles-mêmes, ne connaissent pas les textes de lois et les procédures légales relatives aux régimes fonciers ou le code de la famille de leurs pays. Cette ignorance engendre l’impossibilité de disposer des bons atouts pour faire valoir les droits des femmes.
Autre difficulté pour garantir l’équité entre les hommes et les femmes, en zone rurale, la répartition des terres se fait toujours à l’avantage des hommes, en vertu d’un système patriarcal coutumier qui perpétue les inégalités de genre.
S’informer et se former pour mieux défendre les intérêts de tous
Malgré tous les efforts déployés par les gouvernements, les partenaires techniques et financiers, les communautés et la société civile, il reste de nombreux défis à relever.
Après les exercices et les échanges en sous-groupes, les participants à l’atelier ont mis en commun les réflexions des uns et des autres sur les pistes à explorer et les axes à privilégier pour la mise en place de bonnes stratégies d’information et de communication. Il ressort des discussions que l’accent doit être mis sur :
- Le renforcement des capacités grâce, notamment, à la formation, à l’alphabétisation, aux échanges et à la structuration de la vie associative, pour offrir aux populations rurales, surtout aux femmes et aux enfants, de meilleurs atouts pour être des acteurs à part entière de leurs communautés.
- Il importe également d’assurer aux enfants et aux jeunes, une éducation basée sur un principe égalitaire. Dans certains cas, une discrimination positive en faveur des filles s’avère même légitime. Une éducation, formelle ou non formelle, qui ne négligerait pas les jeunes déscolarisés, est également indispensable.
- De l’avis général, une bonne stratégie d’information et de communication pour lutter contre les inégalités d’accès à la terre passe par une meilleure vulgarisation des lois et textes réglementaires sur les régimes fonciers. Il est également indispensable de mettre en place des programmes d’assistance techniques et juridiques et des plans d’accompagnement pour le renforcement des capacités des ONG communautaires.
- En ce qui concerne la recherche-action, l’accent sera mis sur une bonne collecte d’informations et de données statistiques désagrégées ainsi que sur une analyse approfondie des indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Cette recherche devra être documentée et les expériences et résultats largement diffusés.
- Dans ce domaine comme dans d’autres, une bonne stratégie de communication ne peut se concevoir sans une mobilisation des associations pour le suivi et le plaidoyer auprès des instances de décision. Cela suppose également le positionnement et la participation politiques des femmes dans les actions de lobbying, notamment auprès des chefs coutumiers et des différentes instances de l’Etat.
- Enfin, de manière générale, le renforcement du pouvoir socio économique et politique des femmes est indispensable afin de leur assurer une bonne sécurisation de la terre, un meilleur accès aux ressources et un plus grand contrôle de la production. Ce renforcement est directement lié au statut dont elles peuvent jouir au sein de leur pays.
Mobilisation et mise en réseau
La mise en réseau implique de nombreuses parties prenantes qui couvrent un large éventail d’organisations. Ces entités travaillent à divers niveaux : micro (communautés rurales, producteurs agricoles, institutions décentralisées), méso (ONG, société civile) et macro (institutions publiques, décideurs politiques, bailleurs de fonds). Pour mobiliser les ressources (financements, moyens humains, compétences, etc.), il importe de fédérer toutes ces parties prenantes. Par la mise en réseau, on favorise ainsi la création de synergies entre les acteurs de terrain et une coordination transversale des actions.
Tous les participants se sont engagés, chacun dans son domaine et à son niveau, à mettre en œuvre la stratégie d’information et de communication décidée en commun par tous les partenaires de Dimitra. Le Représentant du Ministère de la Coopération au Développement a assuré le réseau Dimitra de la FAO et tous ses partenaires, de l’intérêt du Ministre et de son soutien.
Les travaux de l’atelier sont publiés sous la forme d’une brochure spéciale (
- 4.4 MB).



