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Directeur général  José Graziano da Silva
Article du Directeur –général de la FAO, José Graziano da Silva
Soudan du Sud: Sauver des vies et des moyens d’existence

Dans une tribune au « Monde », David Beasley, du Programme alimentaire mondial, et José Graziano da Silva, de la FAO, exhortent la communauté internationale à faire davantage pour éviter une nouvelle tragédie dans ce pays d’Afrique subsaharienne.

La famine est une mort cruelle.

Nous venons tout justes de rentrer du Soudan du Sud, un pays ravagé par les conflits, et nous avons pu constater à quel point la famine affecte particulièrement les enfants, les femmes et les personnes âgées. La faim affaiblit tellement les gens qu’ils ne sont plus capables de résister à la moindre maladie. Un banal rhume peut s’avérer mortelle. Cela se passe maintenant, au Soudan du Sud.

Dans le Centre nord du pays, la région la plus touchée par la famine, nous avons rencontré des femmes et des enfants aux yeux cernés qui tentent tant bien que mal de faire face aux souffrances liées à la faim. Dans le village de Ganyiel, nous avons rencontré des femmes comme Nyakon qui ont dû traverser des marécages et mange des nénuphars pour survivre.

Ces marécages font également office de refuge, à l’abri des combats. Nous avons d’ailleurs pu voir le travail accompli en tandem par nos équipes qui travaillent sur la ligne de front afin de sauver des vies et des moyens d’existence. Un avion a parachuté des produits alimentaires pour faire face aux besoins urgents tandis que des kits de pêche et de culture de légumes ont été distribués afin d’aider les familles à lutter contre la famine.

Nos équipes mènent sur le terrain un travail extraordinairement courageux dans des situations particulièrement dangereuses, mettant leur vie en jeu pour éviter une famine à ces populations.

Tragiquement, ce sont les civils qui pâtissent le plus de ce conflit. La faim est une arme de guerre tragique. Les camions alimentaires sont bloqués. Les maisons et les champs ont été mis à feu, le bétail pillé. Des villages entiers se sont vidés et la production alimentaire a sévèrement chuté.

Il n’y a qu’une solution possible : la paix

Un dialogue national doit être mis en place et la communauté internationale doit continuer de mettre la pression pour parvenir à une solution politique qui mettre fin au conflit, sans quoi davantage de personnes se retrouveront en situation de famine

Nous n’utilisons pas le terme « famine » à la légère. L’état de famine peut uniquement être déclaré lorsque des critères spécifiques sont remplis : ainsi, au moins 20 pour cent des familles de la région concernée sont confrontées à des pénuries alimentaires extrêmes sans pouvoir y faire face, des taux de malnutrition aiguë dépassant les 30 pour cent et chaque journée marquée par la mort de deux adultes pour 10 000 personnes.

Sauver des vies et des moyens d’existence

Grâce au travail de nos organisations, près de deux millions de personnes bénéficient chaque mois d’une aide alimentaire et nutritionnelle. Sauver des vies est primordial mais nous devons poursuivre notre démarche et améliorer la capacité de ces populations à se nourrir, eux et leurs familles. Sauver les moyens d’existence permet à ces populations de se défendre au mieux contre la famine et beaucoup peut être fait, même en plein conflit.

Il existe pourtant des raisons d’espérer au Soudan du Sud. L’une d’entre elles a trait à la saison des pluies qui vient juste de commencer. Il s’agit en fait de la période de l’année à laquelle pousse la plupart des produits alimentaires du pays et qui permet de planter des légumes à croissance rapide et des produits de base tels que le sorgho.

Dans certaines zones, les pluies pourraient apporter un précieux répit mais les routes risquent de devenir impraticables et les voies aériennes inutilisables. Cela rend encore plus difficile le travail des travailleurs humanitaires notamment au niveau de leurs déplacements. Nous faisons une course contre la montre pour apporter une aide alimentaire d’urgence avant la saison des pluies pour ceux qui en ont le plus besoin vivant dans des régions isolées, déjà difficiles d’accès. Il est également question de leur fournir des kits de cultures de céréales et de légumes ainsi que des kits de pêche.

Pour la plus grande partie des cas, la population sud soudanaise dépend de l’agriculture et de l’élevage. Si nous pouvons les aider à cultiver de nouveau leur propre nourriture et à s’occuper de leurs animaux, ils seront capables de faire face aux pires souffrances liées à la faim à l’avenir et il sera plus rapide et moins coûteux pour eux de se rétablir. La famine qui a eu lieu en 2011 en Somalie et les crises précédentes montrent qu’il faut au moins une dizaine d’années pour que les familles qui ont perdu leurs terres et d’autres biens productifs ne redeviennent autosuffisantes.

Si nous passons à côté de cette campagne de semis, de plus en plus de personnes seront confrontées à des souffrances liées à la faim. Ce laps de temps dans lequel il sera possible d’agir sera de courte durée et la « saison creuse », lorsque les gens ont extrêmement faim, atteindra son pic en juillet.

Maintenant, pas plus tard

Nous disposons de l’expertise pour fournir une alimentation vitale et une aide agricole mais toutes les parties du conflit doivent garantir la sécurité de nos équipes humanitaires.

Les dirigeants sud soudanais doivent poursuivre le dialogue pour parvenir à la paix. Le Soudan du Sud est un pays riche en terres, qui possède des ressources en eau et une population courageuse. Si nous parvenons à instaurer la paix, cela pourrait devenir un pays d’abondance mais nous ne pourrons parvenir à la paix qu’en garantissant la sécurité alimentaire.

« Nous sommes fatigues de cette guerre » a déclaré Nyakouth, une mère de neuf enfants. « Nous nous sommes plaints mais personne ne semble nous écouter. Nous espérons que Dieu répondra à nos prières. »

La communauté internationale a entendu cet appel et a augmenté ses contributions financières afin de soutenir notre travail depuis que la famine a été déclarée, mais il existe un grand fossé entre les besoins, les dons ou encore les promesses de dons. Davantage doit être fait et ce, de toute urgence afin d’éviter une catastrophe.

Nous ne pouvons rester les bras croisés. Les enfants, les femmes et les personnes âgées sont les premières victimes de cette tragédie et ne doivent pas être laissés pour compte.

 

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