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3. L'AGRICULTURE BIOLOGIQUE

3.1. Eléments porteurs de l'agriculture biologique au Sénégal

Depuis presque deux décennies, l'approche écologique est de plus en plus reconnue par les agriculteurs comme solution durable au développement agricole et au développement dans son sens large du terme. C'est pourquoi de nombreuses organisations non-gouvernementales et organisations paysannes ont adopté l'agriculture biologique ou agro-écologique.

Le Sénégal a placé la promotion du secteur agricole et des investissements privés au centre de sa stratégie de développement économique et social. Actuellement, la base institutionnelle de l'agriculture au niveau local repose essentiellement sur les organisations non-gouvernementales, les associations paysannes et d'autres associations d'intérêt professionnel.

Globalement le contexte est favorable au développement de l'agriculture biologique. En effet, comme dans la plupart des pays africains, on assiste à un désengagement des états, laissant ainsi le paysan seul face à son destin. Dans toutes les politiques agricoles au Sénégal, l'attention réservée à l'horticulture fut très faible. Dans ce secteur, l'absence d'assistance et d'un encadrement dirigiste ont développé chez les paysans un réflexe qui consiste à compter sur leurs propres forces et à prendre des initiatives. Ainsi, lorsque le libéralisme et le désengagement de l'état furent décidés comme option économique de développement, les paysans y étaient déjà préparés.

Les cultures de rente avec intrants, vulgarisées au détriment des cultures vivrières, sont en perte de vitesse. Le rendement en arachide a baissé en moyenne de -0,5% par an. La contre performance des filières du coton et de l'arachide témoigne de la santé financière (en baisse) de la SONACOS et de la SODEFITEX (Société de Développement des fibre et textiles).

Les systèmes d'exploitation les plus répandus sont les systèmes de cultures pluviales (62,4% des terres arables durant 1990-95) utilisant de moins en moins les engrais, les pesticides et les semences sélectionnées. Depuis la dévaluation du Franc CFA il est devenu de plus en plus difficile pour les paysans de payer des intrants agro-chimiques. L'étendue des terres dégradées est immense dans tout le Sahel, les rendements baissent et la démographie galope.

Les régions où l'agriculture constitue la principale source de revenus ont les taux de pauvreté les plus élevés. L'agriculture en général est moins productive et ne peut subvenir aux besoins vitaux des ménages ruraux. L'ampleur du problème a suscité une prise de conscience aussi bien chez les producteurs que chez les consommateurs.

3.2. Premiers progrès

Un certain nombre d'organisations non-gouvernementales (dont Pesticide Action Network - Afrique2) ont effectué un travail de sensibilisation et de formation sur les dangers liés à l'utilisation abusive des engrais et pesticides de synthèse.

C'est à l'intérieur de cet environnement que l'agriculture biologique s'est fait peu à peu une place. Le terme "biologique" est apparu dans le jargon agricole sénégalais vers le début des années 80. Les techniques agro-écologiques ont été introduites par l'entremise des organisations non-gouvernementales et leur terrain d'application fut d'abord les blocs maraîchers. Ces blocs sont généralement des périmètres dépassant rarement une superficie d'un hectare et appartenant le plus souvent à un ou plusieurs groupements de femmes qui comptent plusieurs dizaines de membres.

Une telle porte d'entrée pour la vulgarisation des techniques biologiques ne manqua pas d'effets négatifs liés à la continuité des thèmes développés. Pendant longtemps, les détracteurs de l'agriculture biologique l'ont qualifié d' "agriculture de femmes" et disent que ces techniques ne sont pas applicables aux grandes surfaces. Aujourd'hui encore, les techniques assimilées au niveau des blocs maraîchers sont très peu appliquées dans les exploitations familiales orientées sur les cultures céréalières et à l'arboriculture.

Individuellement, des jeunes du Sénégal, mais aussi du Bénin, Togo et du Burkina Faso, se sont formés à l'agriculture biologique. Les premiers agriculteurs ont fréquenté les cours d'agroécologie en zones sèches organisés par le Carrefour International d'Echanges et de Pratiques Appliquées au Développement (CIEPAD) et l'Ecole de Baujeu en France. La durée de ces cours varient entre 3 et 6 mois.

La seconde génération a été formée par les aînés. L'expérience du Burkina avec l'ADETAE et le CEAS est une parfaite illustration de la multiplication de la formation. Des jeunes formés à l'agriculture biologique ont commencé à mettre en place des fermes où ils expérimentent des systèmes biologiques adaptés au contexte écologique et social. Ces fermes, installées dans les zones de Tamba, de Kolda, de Ziguinchor, de Thiès et de Saint-Louis, servent de miroir et d'inspiration aux paysans de leur zone. Il faut aussi noter l'existence de centres de formation en agriculture biologique comme la ferme Sichem au Togo, de Ndiémane au Sénégal, et d'autres au Burkina et au Bénin. Ces fermes sont utilisées comme centre de formation ou d'échange d'expérience. Ce sont ces paysans pionniers qui actuellement sont les moteurs du mouvement biologique.

Des groupements paysans, d'hommes et de femmes, ont suivi. Des sessions de formation de courte durée se tiennent et sont axées sur la pratique (par exemple le compostage). Ces exemples sont encore embryonnaires et très rares et méritent d'être soutenus aussi bien par des appuis financiers que par la formation continue et l'appui à la commercialisation.

3.3. Cadre institutionnel pour l'agriculture biologique

Des dizaines de groupements de producteurs, de transformateurs et d'exportateurs sont identifiés au Sénégal. Les pratiques agro-écologiques sont vulgarisées par les ONG et des spécialistes et formateurs oeuvrant dans le domaine de l'éducation environnementale. Cependant cette dynamique environnementale bien que renfermant des atouts certains pour une valorisation de l'agriculture biologique, présente des facteurs pouvant limiter son évolution. Ces facteurs sont l'absence de structures régulatrices de l'agriculture biologique, de lois nationales, de corps d'inspection, de certification, de commercialisation. En effet sans ces éléments, le mouvement biologique ne pourra pas prospérer dans le sens d'une alternative au développement.

Un processus de réglementation de l'agriculture biologique s'est enclenché en l'an 2000. Prenant conscience de cette situation, des organisations telles que ASPAB3, ENDA PRONAT4, AGRINAT5, AGRECOL Afrique6, RODALE et leurs partenaires ont manifesté le désir de collaborer dans le développement de l'agriculture biologique pour développer ensemble, au Sénégal, un programme visant la mise en place d'une structure d'accréditation, de certification et de commercialisation des produits organiques.

Dès lors le groupe initiateur décida de réunir des organisations concernées par ce secteur. Une première réunion eut lieu à Thiés le 13 Juin 1997, regroupant des ONG et des représentants régionaux du Ministère de l'Agriculture et deux représentant d'ECOFAIR et ECOCERT. A l'issue de cette réunion, il fut décidé de former un comité préparatoire en vue de la mise en place d'une commission mixte (des secteur privés et public) appelée Conseil Sénégalais de l'Agriculture Biologique (COSAB). Ce comité aura pour rôle principal de piloter le processus de mise en place de cet organe pour la promotion de l'agriculture biologique au Sénégal.

La stratégie préconisée pour la mise en place de ce COSAB fut l'organisation d'une conférence nationale avec des participants internationaux. Cette conférence s'est tenue à Mbour du 23 au 25 Mars 2000. Des représentants de l'état et des ONG nationales et internationale y ont pris part. Les objectifs de cette conférence étaient de:

Le COSAB est placé sous l'égide du Ministère de l'Agriculture et réunie en son sein tous les acteurs de l'agriculture biologique et les représentants des ministères concernés (ministères de l'agriculture, de l'élevage, de la pêche et de l'environnement). Ce conseil, composé de 22 membres (voir Tableau 1 ci-dessous), a pour rôle la supervision de l'exécution d'un plan d'action (voir Tableau 2 ci-dessous) devant conduire à l'élaboration d'un cahier des charges de l'agriculture biologique sénégalaise conforme à la réglementation de l'IFOAM7. Ce processus mènera à la formation d'inspecteurs pour la certification et à la demande d'accréditation auprès de l'organisme compétent de l'IFOAM. Une requête permettant de réunir les fonds nécessaires à cette formation a été déposée auprès de NOVIB en Hollande.

Tableau 1 : Composition du COSAB

Collège Nombre
Production 5
Transformation 1
Distribution 1
ONG agro-biologiques 5
Normalisation 1
Direction de l'agriculture 1
Direction de l'environnement 1
Direction de l'élevage 1
Associations de consommateurs 1
Formation 3
Recherche 2
Total 22

Tableau 2 : Plan d'action du COSAB

Objectifs But Activités Résultats attendus
Mise en place d'un cahier des charges Rechercher un consensus
  • Rédaction du brouillon du cahier des charges ;
  • Réunion et discussions entre différents acteurs ;
  • Finalisation du cahier des charges, impression et distribution.
Elaboration d'un cahier des charges
Renforcer la capacité des acteurs Identifier les besoins des acteurs
  • Identification des acteurs ;
  • Identification des besoins ;
  • Formation des acteurs.
Acteurs capables de repondre aux exigences du cahier des charges
Encourager la mise en place d'un organe de certification Analyser et déterminer le caractère approprié Recherche documentaire Rapport de l'étude présentant les résultats
Mettre en place un label
  • Sensibilisation/information ;
  • Formation/encadrement technique ;
  • Suivi qualité norme ''Bio''.
Mettre en confiance les acteurs
Promouvoir les produits ''Bio'' Organiser les structures locales de commercialisation
  • Etude de la production ''Bio'' ;
  • Etude du marché ''Bio'' ;
  • Information/sensibilisation ;
  • Organisation des circuit ''Bio'' ;
  • Campagne promotionnelle des produits ''Bio''.
Développement du marché ''Bio''
Etablir un système d'information pour échanger les meilleurs pratiques et les enseignements
  • Mise en place d'un bulletin de communication électronique COSAB ;
  • Création d'un site web ;
  • Support audio-visuels COSAB ;
  • Voyages d'étude.
Base de données constituée

Plus spécifiquement, le COSAB a pour objectif d'organiser et de structurer le mouvement biologique Sénégalais au niveau national. Les principaux objectifs sont:

La priorité du COSAB est de renforcer le consensus obtenu lors de la Conférence de mars 2000 à travers la mise en place d'un programme de renforcement du mouvement d'agriculture biologique. Des rencontres d'information et de sensibilisation sont organisées à cet effet.

3.4. Potentiel de développement de la production biologique

Il existe plusieurs zones écologiques au Sénégal. Toutefois, au-delà de ces caractères généraux partagés par plusieurs paysans, des raisons spécifiques propres à chaque zone écologique justifient le rejet ou l'adoption de l'agriculture biologique. La situation dans les différentes zones écologiques est la suivante :

Selon les régions, les paysans adoptent l'agriculture biologique suivant diverses raisons. Généralement l'agriculture biologique est une réponse à un ou plusieurs problèmes économiques et culturels, notamment:

3.5. La production agricole biologique

Dans le cas du Sénégal, il serait plus approprié de parler d'une agriculture écologique qui prend en compte la notion de terroir villageois beaucoup plus vaste que celle de la ferme européenne. L'accès à la terre obéit à des règles coutumières variant suivant les ethnies (diola, sérère, peul, wolof). L'idée de remembrement des terres pour arriver à des fermes d'un seul tenant paraît à priori difficile à atteindre.

En général, les champs sont répartis dans le terroir villageois, ou même inter-villageois, en fonction de la spéculation. Par exemple, le riz dans les bas fonds, le sorgho dans les terres argileuses, le mil dans les sols sablonneux et les pâturages dans les zones de jachère. La gestion spatiale de toutes ces entités dans un but interactif et respectueux de la synergie des écosystèmes est pour l'agriculteur sénégalais l'agriculture agro-écologique.

Les techniques agro-écologiques permettent de combiner plusieurs facteurs naturels et sociaux afin de garantir une production suffisante qualitativement et surtout durable. La maîtrise de ces techniques passe par la mise en place d'un système de formation renforcé par une vulgarisation spécifique aux réalités du pays. Sous tous les aspects de comparaison de rentabilité économique entre les systèmes de production agricole, et au niveau du bénéfice réel de l'agriculteur, l'avantage est toujours du côté de l'agriculture biologique.

Une comparaison faite sur la culture du haricot vert dans les Niayes a démontré qu'on arrivait à faire jusqu'à 5 récoltes pour une campagne alors que dans le conventionnel on a rarement dépassé les 2 récoltes. Les résultats nets d'exploitations sont beaucoup plus intéressants en agriculture biologique. Au Sénégal, la production biologique peut avoir un bel avenir si elle privilégie la diversification des cultures et prend en charge la sécurité alimentaire.

Au-delà de la consommation nationale, l'agriculture biologique sénégalaise regorge d'atouts pour la culture du coton et les cultures maraîchères . L'expérience du programme de coton biologique menée dans la région de Tambacounda montre qu'il y a raison d'espérer. Les prix offerts pour l'exportation du coton biologique sont encourageant.

Pour les cultures maraîchères, le Sénégal jouit d'un climat favorable à des cultures destinées à l'exportation comme le haricot vert, les fraises et autres - au moment où ces produits sont rares sur le marché européens.

De plus en plus, on se rend compte qu'il faudrait investir dans la qualité, souvent synonyme de production biologique. Les moyens de production du Sénégal en particulier, et de l'Afrique en général, ne permettent pas d'être compétitifs au plan quantitatif. Si l'horticulture sénégalaise veut être performante, elle doit ameliorier so aspect qualitatif - ce qui reviendrait à emprunter la voie de l'agriculture biologique.

L'agriculture biologique est une opportunité pour l'horticulture sénégalaise. Elle peut lui apporter la qualité et la performance dont elle a besoin pour se développer et gagner des marchés étrangers (par exemple, l'Europe). La production biologique fruitière est également un domaine dans lequel le Sénégal a de grandes chances, d'autant plus que la reconversion est facile et courte. La mangue, prisée sur les marchés européens, est une des plus importantes productions fruitières du Sénégal. Elle gagnerait à être produite biologiquement pour permettre une rentrée significative de devises.

La production animale est la plus proche du modèle biologique. L'élevage est basé sur un mode de production extensif. Les normes sociales d'élevage contenues dans les cahiers de charge aux fins de certification biologique sont naturellement respectées par le système traditionnel d'élevage. Cependant des efforts restent à faire pour augmenter la production de lait.

L'agriculture biologique sénégalaise est caractérisée par sa faible productivité, le peu de professionnalisme de ces pratiquants, la faible implication des instituts de recherche, le désintérêt de l'état et des bailleurs de fonds, l'absence de politique et de programme pour sa promotion.

A l'heure actuelle, on ne dispose d'aucun chiffre officiel sur les superficies, le nombre d'acteurs concernés, le pourcentage de la production biologique dans la production agricole nationale. On peut estimer à 1% le nombre d'agriculteurs biologiques. Pour cela, il est urgent de mener une étude au plan national. Cependant, l'agriculture biologique recèle d'énormes potentialités qui constitue une chance pour la sécurité alimentaire, le développement durable et l'amélioration des conditions de vie des populations. Les campagnes offrent de sérieuses chances, pour la consommation locale, à la culture des céréales comme le maïs comme substitut aux importations de riz qui grèvent la balance commerciale du Sénégal.

3.6. La conservation et la transformation des produits biologiques

Considérant que les circuits de commercialisation ne sont pas bien développés et que les chaînes de froid sont presque inexistantes, la notion de conservation des produits agricoles devient un aspect important à prendre en compte.

Pour la plupart des sénégalais, conserver c'est transformer. C'est en effet pour conserver les denrées alimentaires que les sénégalais ont beaucoup mis à profit la source d'énergie la plus accessible qu'est le soleil. Le séchage est le mode de conservation le plus pratiqué pour les produits périssables.

La transformation des produits agricoles au Sénégal, tout comme la production agricole, est tournée vers l'autoconsommation. Les céréales comme le mil, le maïs et le riz sont transformées en produits précuits puis séchés (couscous) pour mieux répondre aux exigences des cérémonies familiales, surtout dans les villes.

La transformation des fruits et des légumes connaît cependant un certain nombre de problèmes. Ces denrées arrivent à maturité tout ensemble et pour des périodes relativement courtes. Ceci pose d'énormes difficultés d'écoulement sur les marchés, occasionnant des pertes incalculables pour les producteurs.

L'Institut de Technologie Alimentaire de Dakar (ITA) vulgarise des techniques de transformation et encadre des entrepreneurs qui envisagent de monter de petites unités de transformation des produits agricoles.

Dans ce même sillage, le Projet de Céréales Locales (PROCELOS) connaît des réussites dans la transformation du mil, du maïs, du fonio, etc. PROCELOS est arrivé à mettre au point des produits qui sont vendus dans les pharmacies à travers tout le pays. De plus, cette initiative privée n'est pas en reste. Des Groupements d'Intérêt Economique (GIE) se sont investis dans le créneau de la transformation des fruits, des légumes et des céréales.

Quant à la transformation des produits biologiques, elle est inexistante. Parmi tous les produits transformés et vendus sur le marché national, aucun ne porte la mention "biologique". La conversion à la transformation biologique des denrées alimentaires serait facile parce que les produits conventionnels sont transformés naturellement. Les fruits produits à l'intérieur du pays pourraient porter les mentions "produits naturels ou "produits de cueillette".

L'inexistence des unités de transformation de produits biologiques n'est pas synonyme d'absence de marchés. L'hôpital de Keur Massar (dans la banlieue de Dakar), spécialisé dans les soins avec les plantes médicinales, a manifesté, lors de la foire agricole de Décembre 1999, un vif intérêt pour la transformation de quantités importantes de produits biologiques comme le maïs et les plantes médicinales.

3.7. La commercialisation des produits biologiques

Le modèle sénégalais de commercialisation des produits biologiques a ses forces et ses faiblesses. Il n'existe pas de système de certification au niveau national. Un seul organisme international de certification (ECOCERT en France ) opère sur l'étendue du territoire.

Pour ce qui est de l'exportation, elle obéit à d'autres règles généralement fixées par l'organisme d'accréditation ou le pays importateur (par exemple, l'Union Européenne) et appliquées par l'organisme de certification (ECOCERT).

La commercialisation locale des produits biologiques est basée sur la confiance mutuelle. Il arrive que les consommateurs connaissent les producteurs et leur rendent visite dans leurs champs. Ce sont des moments privilégiés d'échange. La commercialisation des produits biologiques au Sénégal est assurée par des commerçants- revendeurs généralement appelés « bana-banas ».

Le paysage de l'agriculture biologique au Sénégal est composé de producteurs pionniers ou innovateurs, le plus souvent appuyés par des ONG (Agrecol Afrique, Enda Pronat, PAN Afrique, ASPAB, Rodale International) œuvrant pour la promotion de l'agriculture biologique, ainsi que de consommateurs sensibles aux questions de goût, de saveur ou de qualité - tous animés et soutenus par les ONG agissant généralement dans le domaine de l'agriculture durable.

Il a fallu beaucoup d'efforts pour mobiliser tous ces acteurs. D'une part, bon nombre de producteurs, en bons entrepreneurs, se sont d'abord posés la question de savoir s'il y avait une demande nationale de produits biologiques. D'autre part, les consommateurs se sont demandés si le marché des produits biologiques pouvait être régulier, tant au plan quantitatif que dans la diversité des produits.

Face à ces deux interrogations parallèles, BioSen, un collectif regroupant des producteurs et des consommateurs, fut mis en place pour faciliter la compréhension mutuelle entre les différents acteurs et la commercialisation des produits biologiques. Ce collectif, après quelques rencontres, prit l'initiative d'organiser un marché le jeudi au siège de Enda Tiers Monde, à Dakar (avec trente quatre agriculteurs).

L'ouverture de ce marché fut annoncée sur le serveur de Enda Tiers Monde. Les légumes qu'on y trouve sont très variés et dépendent des saisons : de novembre à mai, le marché est bien approvisionné avec les haricots verts, les carottes, les choux, les laitues, les pommes de terre, les piments, les aubergines, les navets etc.

Le collectif a du intervenir en réunissant les acteurs chaque fois que cela était nécessaire pour assurer la survie de ce système et gérer les invendus, harmoniser les prix et ventiler les excédents de production.

Malgré l'absence d'une certification portant le sceau d'un quelconque organisme de certification, la clientèle a fait confiance au collectif et a continué à acheter les produits. Petit à petit, la clientèle s'agrandit. Face à la demande croissante de la clientèle, le collectif organisa un deuxième marché hebdomadaire au quartier Point E (quartier résidentiel de Dakar). Là encore, la clientèle méfiante est mise en confiance par la qualité des produits vendus. Cette expérience est entrain de faire tache d'huile dans les régions de Ziguinchor, de Saint-Louis et de Thiès, avec l'aide d'autres collectifs mis en place localement.

La réponse des consommateurs par l'intérêt qu'ils manifestent pour les produits biologiques surprend agréablement. Dans le contexte actuel, il constitue le noyau du mouvement d'agriculture biologique du Sénégal et en assure la promotion auprès des consommateurs et du public. Cependant, il faudrait reconnaître qu'un système de certification basé sur la confiance ne peut être viable à long terme.

Ce système représente, pour le moment, une alternative transitoire de certification pour des producteurs et des organisations qui sont à leurs débuts et qui n'ont pas les moyens de former leurs propres inspecteurs ou de s'offrir les services très coûteux des inspecteurs appartenant aux organismes internationaux.

Une fois que le mouvement biologique sera lancé et que le marché deviendra plus important, il faudrait trouver une alternative viable au système d'inspection, de certification et d'étiquetage. C'est dans ce but que le collectif à initier un processus (en relation avec le COSAB ) qui devrait le conduire à la mise en place d'un corps national d'inspecteurs privés.

3.7.1. La commercialisation rurale

Pour beaucoup de paysans, la production est avant tout pour l'autoconsommation. Traditionnellement, les paysans gardent les meilleurs produits pour eux. Seuls les surplus sont vendus pour acheter le thé, le sucre, les vêtements, ou pour organiser des cérémonies de mariage, de lutte, de funérailles etc. Aujourd'hui encore, le troc est pratiqué. C'est le cas de la bergère qui échange son lait contre le mil ou du vendeur de sel ou de perles qui échangent leurs produits contre des fruits ou un animal.

La commercialisation rurale se fait aux niveaux village et inter-village. Au niveau village, les produits sont vendus soit au boutiquier (le plus souvent envers qui on a une dette) ou à un revendeur vivant ou opérant dans le village. Les prix offerts aux paysans par les acheteurs-revendeurs sont relativement bas parce que le producteur est généralement peu informé des cours des marchés. Ces revendeurs (appelés "bana-banas"), paient rarement au comptant les produits des paysans qui rencontrent d'énormes difficultés pour recouvrer leurs dus.

Au niveau inter-village, les profits deviennent plus intéressants pour les producteurs. La demande est souvent supérieure ou égale à l'offre. Tout se paie en comptant et en monnaie fiduciaire. Jusque là encore, le circuit et les prix sont les mêmes pour les produits biologiques et conventionnels.

3.7.2. La commercialisation urbaine

C'est dans les marchés urbains que le producteur s'éloigne de son produit. Le produit passe dans les mains du revendeur qui applique une grande marge bénéficiaire, souvent le double ou le triple de son prix d'achat. Les revendeurs répondent de la qualité biologique auprès des consommateurs. Ils organisent leurs propres circuits en faisant la vente directe (qui fidélise la clientèle) ou à travers des marchés hebdomadaires de produits biologiques - pour éviter toute confusion avec les produits conventionnels.

Les revendeurs ont encore un grand rôle à jouer pour le développement de la commercialisation des produits biologiques. Les producteurs ne peuvent pas se substituer à eux : par manque de temps et par manque d'organisation. La question n'est pas de remplacer les revendeurs mais plutôt de moraliser les opérateurs afin que les bénéfices soient équitablement partagés entre producteurs, revendeurs et consommateurs.

Quelques tentatives de vente de produits biologiques dans les magasins n'ont pas connu de suite. Selon une étude de marché de produits biologiques faite à Thiès par Agrecol Afrique (décembre 1999), il ressort que ceux qui sont prêts à acheter les produits biologiques sont des personnes relativement aisés, qui ont le plus souvent voyagé en Europe, ou qui travaillent dans le domaine de la santé (pharmacien, infirmière, etc.). L'argument qui les poussent à faire ce choix est le souci d'une bonne santé. A la question « êtes-vous prêts à payer un peu plus pour les produits biologiques », ils ont tous répondu que « la santé n'a pas de prix ».

3.7.3. La commercialisation internationale

Afin de développer la compétitivité de la production biologique Sénégalaise et d'évaluer son potentiel, il est nécessaire de prendre en compte le type de production biologique des pays africains voisins et de leurs exportations sur le marché international ainsi que la quantité de l'offre et de la demande.

En Afrique de l'Ouest, les exportations biologiques les plus significatives ne concernent pour le moment que la mangue et le haricot vert. La Guinée, le Burkina Faso, le Cameroun et le Sénégal ont mis en place des circuits plus ou moins performants :

Au Sénégal, il existe des projets qui visent les exportations biologiques : le projet coton de Koussanar a exporté 5 tonnes de coton biologique. Le projet mangues biologiques s'est cependant soldé par un échec.

Dans le cadre de la commercialisation internationale, les sociétés qui font l'exportation fournissent les intrants et encadrent les producteurs. En plus elles prennent en charge les frais de certification. En Guinée et au Sénégal, ECOCERT est sollicité pour la certification.

Pour le moment, les frais de certification sont trop élevés pour être supportés par les producteurs. A titre d'exemple, il faut en moyenne 600.000 Francs CFA (équivalent à 1000 $ E.U.) pour certifier un verger de trois hectares.


2. PAN Afrique, Dakar, Tel 825 49 14, Mail panafric@sonatel.senet.net

3. Association Sénégalaise pour la promotion de l'agriculture biologique (ASPAB) : Thiès, Tel 951 20 56, Mail aspab@telecomplus.sn

4. ENDA PRONAT, Dakar, Tel 822 55 65, Mail pronat@enda.sn

5. Association des agriculteurs naturalistes du Sénégal (AGRINAT), B.P. 234, Mbour, Mail agrinat@enda.sn

6. AGRECOL Afrique, B.P. 347, Thiès, Tel 951 42 06

7. Fédération internationale des mouvements agricoles biologiques (IFOAM).

 

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