Pour usage officiel seulement

RAPPORT SPECIAL: MISSION FAO/SMIAR D'EVALUATION DES RECOLTES AU LIBERIA

JANVIER 1996


VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO d'évaluation des récoltes s'est rendue au Libéria du 26 novembre au 22 décembre 1995, dans le but d'estimer la production vivrière de 1995 et d'évaluer les perspectives de la situation alimentaire en 1996. Les membres de la mission ont visité onze des treize comtés, se déplaçant en hélicoptère pour enquêter dans les zones inaccessibles par la route et travaillant en étroite collaboration avec les ONG tant locales qu'internationales.

Même d'après les calculs les plus optimistes, la production de riz de 1995 n'a atteint que 23 pour cent du niveau d'avant les troubles civils. La production de manioc a également été touchée et pourrait avoir chuté de 50 pour cent. Du fait des déplacements de population massifs et permanents, de vastes superficies agricoles ont été laissées à l'abandon. L'insécurité dans les zones peuplées qui échappent au contrôle de l'ECOMOG a fait que les agriculteurs ont eu du mal à stocker des semences en vue des semis, et ont généralement dépendu des programmes de distribution d'urgence de semences. L'insécurité a par ailleurs découragé les activités de désherbage et de protection des cultures dans plusieurs des zones peuplées à potentiel élevé. Le manioc s'est révélé plus résistant aux déplacements de population de courte durée et l'abandon des cultures qui en a découlé. Les estimations de la mission sont provisoires, étant donné qu'aucun examen systématique de la production vivrière n'a été effectué depuis 1989.

L'accord de paix signé à Abuja le 19 août 1995 a été largement respecté par les principales factions. L'ECOMOG, la force Ouest Africaine de maintien de la paix, se déploie actuellement sur l'ensemble du territoire. Au fur et à mesure de l'ouverture des routes qui mènent à l'intérieur du pays, les populations les plus exposées à l'insécurité alimentaire pourront avoir accès aux approvisionnements commerciaux et aux secours alimentaires, et trouveront également des débouchés pour leurs propres produits. On constate déjà des signes prometteurs de croissance de l'activité commerciale et des échanges de produits alimentaires ont lieu entre les lignes de front. Toutefois, les exportations du secteur public sont paralysées et le pays est très fortement endetté. Il est peu probable que l'Etat importe des quantités significatives en 1996. Les importations commerciales privées de riz et de farine devraient augmenter en 1996, mais les besoins d'aide alimentaire en céréales atteindront au minimum 163 000 tonnes. Les pays voisins signalent que les réfugiés ont désormais hâte de rentrer chez eux. Comme les personnes rapatriées ne pourront pas récolter le riz avant 11 mois et le manioc avant au moins 5 mois, leur afflux massif se répercutera obligatoirement sur les besoins d'aide alimentaire. Sur la base d'une hypothèse optimiste du rythme des rapatriements, les besoins d'aide alimentaire en céréales pourraient atteindre un maximum de 179 000 tonnes.


PRODUCTION ALIMENTAIRE

Il est très difficile d'estimer la production agricole du Libéria. Avant 1989, la collecte des données concernant la production vivrière était quelque peu inégale, et aucune enquête nationale n'a été menée depuis. Pour la période d'avant les troubles civils, il existe des données exhaustives pour 1984, 1986 et 1988, et des données incomplètes pour 1989. En conséquence, la mission a basé ses calculs sur les niveaux normaux enregistrés avant les troubles civils au cours de ces quatre années. Certaines ONG ont recueilli des données locales sur les rendements et les superficies cultivées, mais on dispose de peu d'informations sur les résultats de la présente campagne, même à l'échelle du pays. De ce fait, la mission s'est appuyée sur des hypothèses assez solides - décrites en détail ci-après - pour évaluer la superficie ensemencée et a établi deux scénarios, maximal et minimal, afin de se ménager une marge d'erreur. La plupart du riz de mangrove et une partie des cultures de montagne étaient sur pied au moment de la mission; les observations sur place et les entretiens avec les agriculteurs ont permis de tirer des estimations provisoires des rendements.


Superficie consacrée aux cultures vivrières

Avant le conflit, la préparation des sols au Libéria se faisait essentiellement à la main, et il en va toujours ainsi aujourd'hui. La disponibilité de main-d'oeuvre était un obstacle majeur à la riziculture avant 1989, mais plusieurs facteurs ont renversé la situation. La suppression des emplois dans les plantations et plus généralement la chute de la demande de main-d'oeuvre non agricole, associées à l'irrégularité et à la hausse des prix réels des approvisionnements commerciaux, ont entraîné une augmentation des profits dégagés par la production vivrière sur l'exploitation. L'insécurité a provoqué une forte concentration de chômeurs dans les villes et aux alentours. Les réfugiés et les personnes déplacées à l'intérieur du pays ont participé activement à la production vivrière dans les zones très peuplées, et les migrants de courte durée ont grossi les rangs des salariés agricoles.

La dislocation de la population n'a généralement pas exercé de pression sur les terres se prêtant à la riziculture dans les hauts plateaux; toutefois, à Montserrado, au sud et au centre de Cape Mount, à Bomi, ainsi que dans le district de Vahun (Haut Lofa), la pression sur les terres marécageuses s'est traduite par leur morcellement progressif et par certains litiges localisés entre les résidents et les personnes déplacées à propos du statut d'occupation des exploitations abandonnées.

L'insécurité a réduit fortement les semis. De vastes étendues arables se sont dépeuplées, en particulier dans les comtés de Bong, Grand Gedeh, Lofa et Nimba qui, à eux tous, assuraient quelque 70 pour cent de la production rizicole du pays avant les troubles civils. Les cultures sont rares dans un rayon de vingt kilomètres des deux côtés des lignes de front. En outre, du fait des migrations à court et long termes, la production de riz a été épisodique. En conséquence, très peu d'agriculteurs sont parvenus à conserver des semences d'une campagne à l'autre, et ils ont pour la plupart dépendu des semences distribuées par les ONG, le plus souvent par Caritas. De ce fait, la production de riz est généralement limitée aux régions où les organismes de secours ont pu faire des distributions. Localement, la disponibilité d'outils manuels est insuffisante. Certains outils importés ont été distribués. Les forgerons s'activent dans toutes les régions visitées par la mission, mais l'intérieur du pays connaît une pénurie de ferraille.

Aucune enquête officielle de la superficie ensemencée n'a été entreprise durant les cinq dernières campagnes. Les données sur la population actuelle, la taille des ménages et la taille moyenne des ménages sont trop rares et incomplètes pour donner ne serait-ce qu'une indication grossière de la superficie ensemencée. C'est pourquoi la mission s'est appuyée sur la quantité de semences distribuées par comté et sur le nombre de bénéficiaires pour obtenir une estimation minimum de la superficie totale. La densité de semis moyenne - estimée à 47 kg par hectare - a été corrigée de façon à refléter les pratiques locales d'ensemencement pour les terres de montagne et marécageuses. Les estimations par comté ont également été modifiées là où une quantité significative de semences a été consommée avant les semis, après des entretiens avec les bénéficiaires et les ONG chargées de l'exécution des projets. L'utilisation des semences à des fins alimentaires a été raisonnablement faible (moins de 5 pour cent des quantités distribuées), surtout là où les semences ont été associées à une aide alimentaire, aussi la méthode donne-t-elle une bonne indication de la superficie minimale probable. Les estimations de la superficie maximale incluent les zones ensemencées avec les stocks notoirement détenus par les agriculteurs, principalement le Haut Lofa, certains endroits de Nimba, Maryland, Grand Gedeh, Montserrado et Sinoe.

La superficie consacrée au manioc a nettement reculé au niveau national, du fait du dépeuplement de certaines des principales régions productrices traditionnelles de Lofa et Nimba. En certains endroits de Cape Mount, de Bomi, du nord-ouest de Nimba, de Grand Bassa et de Montserrado, où le dépeuplement a été moins important ou de courte durée, la production de manioc a été moins touchée que celle de riz. De fait, la pénurie de semences de riz et l'interruption des approvisionnements alimentaires ont conduit de nombreux agriculteurs à se tourner vers la production de manioc. Une partie de Cape Mount, de Bomi, du Haut Margibi, de l'ouest du Haut Lofa, de Maryland et de Grand Bassa disposaient d'excédents commercialisables de manioc au moment de la mission. La progression des superficies cultivées en certains endroits n'a cependant pas compensé l'abandon de vastes étendues sur l'ensemble du territoire. On a signalé des pénuries de matériel végétal en certains endroits de Montserrado, Bomi et Cape Mount, malgré les efforts déployés actuellement pour intensifier la distribution de plants de manioc, notamment de variétés améliorées. Rien ne permet de donner une estimation exacte de la superficie totale cultivée en manioc ou de la production intérieure, mais les recoupements de la mission par comté donnent un chiffre de quelque 25 000 hectares au maximum pour l'ensemble du pays (peuplements purs et mixtes).


Rendements des cultures vivrières

D'après les estimations, les rendements de riz par hectare sont sensiblement supérieurs au niveau d'avant les troubles civils. Cette constatation surprenante s'explique par l'utilisation plus large de semences améliorées, l'augmentation de la main-d'oeuvre agricole et un abandon partiel des cultures de montagne au profit des cultures de marais. Cet accroissement potentiel a été en partie neutralisé par les pertes de récolte dues aux déplacements de population de courte durée pendant la campagne.

Les rendements des cultures vivrières ont été très variables. La vaste majorité des riziculteurs a utilisé des variétés de semences améliorées pour cette campagne. D'après une étude réalisée par le Ministère de l'agriculture en 1984, moins de 50 pour cent des ménages agricoles connaissaient l'existence des semences améliorées. Même avec le faible niveau d'intrants et le faible entretien appliqué le plus souvent aux cultures, les variétés améliorées tendent à avoir de meilleurs rendements que les variétés locales. Ce point a été prouvé lors d'essais informels au champ, pour lesquels on a utilisé les variétés les plus distribuées (séries Rok 3 et 5 provenant de Sierra Leone). La population agricole relativement éparse (sauf dans certaines zones de mangroves) a permis la culture extensive de terres vierges. A Montserrado seulement (où la fertilité des sols marécageux semble décliner), ainsi que dans certaines poches de Cape Mount, les terres arables subissent une pression. Le riz à maturation rapide est toujours plus apprécié comme culture de mangrove de contre-saison, à des fins de consommation pendant la période de soudure. Apparemment, les variétés améliorées de riz présentent les mêmes caractéristiques de préparation, de goût et de stockage que les variétés locales. Les deux principaux problèmes sont l'égrenage spontané et la vulnérabilité aux pluies de fin de campagne. En outre, certains agriculteurs se plaignent du fait que la courte tige de certaines des variétés à maturation rapide rend la moisson plus pénible.

Il n'existe pas de données concernant la pluviosité pour les stations en dehors de Monrovia pour la campagne 1995. Les images par satellite (durée de persistance des nuages froids) et les entretiens sur place semblent suggérer que la pluviosité a été normale. La plupart des régions situées à l'intérieur du pays ont reçu des précipitations annuelles de 2 000 à 3 000 millimètres, la norme sur le littoral étant de plus de 3 000 millimètres. En ce qui concerne le plateau intérieur, une bande s'étendant du Lofa oriental au Nimba méridional enregistre une moyenne annuelle de 1 000 à 2 000 millimètres par an. L'inspection des cultures et les entretiens avec les agriculteurs n'ont pas révélé de déficit hydrique. En certains endroits de Cape Mount et Bomi, les populations sont revenues après la période d'ensemencement optimale et les jeunes plants semés tardivement ont été endommagés par les pluies abondantes tombées en avril et en mai. Autrement, les conditions agro-climatiques ont été favorables.

La distribution d'engrais minéraux a été extrêmement limitée (légumes de mangrove et riziculture à Montserrado), et le pays n'a pas importé d'engrais par voie commerciale pour les cultures de 1995. L'utilisation d'engrais organiques est faible, car le secteur de l'élevage a été anéanti. D'après les informations disponibles, il semble que l'application d'engrais minéraux pour la production de riz était négligeable même avant les troubles civils. Plusieurs tentatives ont été faites pour développer leur utilisation, sans succès. La modification des rendements ne peut pas être attribuée à la moindre disponibilité en engrais.

Il est difficile de déterminer dans quelle mesure le conflit a modifié les techniques pré-existantes de production de riz et de manioc. Avant les troubles civils, la recherche appliquée et la vulgarisation concernant la production vivrière étaient géographiquement limitées et gênées par le manque de véhicules et de personnel bien formé, ainsi que par des messages de vulgarisation inadaptés aux conditions économiques, comme il ressort de l'examen du secteur agricole réalisé par la Banque mondiale en 1984. Dans les régions de Bomi, Bong, Cape Mount, Montserrado, Grand Bassa et Haut Lofa, les ONG ont encouragé la culture de parcelles communautaires, sur lesquelles des démonstrations des différentes techniques permettant d'améliorer les rendements ont eu lieu, en vue de leur diffusion.

L'intensité de main-d'oeuvre est un déterminant clé des rendements. Il existe des différences marquées de rendement en fonction de la fréquence des repiquages (par opposition aux semis à la volée) et de la régularité du désherbage. Le système de semis directs et la forte pluviosité annuelle favorisent le développement des mauvaises herbes. La forte concentration des parcelles de riz (à proximité des villes) a accru les risques de pertes dues aux tisserins et il faut éloigner en permanence les oiseaux. La main-d'oeuvre n'est pas considérée comme un problème. De fait, les revenus réels moyens de la main-d'oeuvre engagée dans la production de riz ont probablement fortement augmenté depuis les troubles civils, du fait de la hausse du prix réel du riz sortie exploitation et de la faible demande de main-d'oeuvre non agricole. Dans de nombreuses régions cultivées situées en dehors de la zone contrôlée par l'ECOMOG, toutefois, l'insécurité a dissuadé les agriculteurs de passer trop de temps dans les champs. Les déplacements sporadiques ont affecté l'élevage en certains endroits de Bomi, Bong et Cape Mount. Des infestations localisées de sauteriaux et de termites ont été constatées, mais la situation des ravageurs est généralement considérée comme "normale".

Les estimations de la mission concernant les rendements du riz de mangrove reposent sur des constatations de visu, des entretiens avec les agriculteurs, et le volume des rafles. Comme une grande partie des cultures pluviales avait déjà été moissonnée à l'époque de la mission, celle-ci a fait appel aux souvenirs des agriculteurs, à l'observation des résidus de cultures et aux avis des représentants des ONG locales quant aux rendements par "tin" (mesure locale) de semences de riz plantées. Elle a ensuite comparé ses conclusions aux résultats préliminaires de certains calculs aléatoires non scientifiques (pour les cultures tant pluviales que de mangrove) faits par les ONG dans leurs principales zones d'activité, sous les auspices de Caritas.

Tableau 1: Production de paddy de 1995 par rapport aux niveaux d'avant les troubles civils (en tonnes métriques) 1/

COMTE
Scénario
minimum
1995
Minimum en % du
niveau d'avant les
troubles civils
Scénario
maximal 1995
Maximum en % du
niveau d'avant les
troubles civils
Grand Bassa
Bomi
Bong
Cape Mount
Grand Gedeh
Grand Kru
Lofa
Maryland
Margibi
Montserrado
Nimba
Rivercess
Sinoe
4 810
1 766
12 128
7 840
1 100
0
9 940
600
3 370
6 940
6 702
500
500
26,0
21,1
22,1
59,8
4,2
-
22,2
4,9
51,8
81,3
10,0
14,8
3,7
5 305
1 966
12 878
8 390
1 870
550
12 780
1 200
3 535
7 150
7 402
700
700
28,7
23,5
23,4
64,0
7,2
6,3
28,6
9,8
54,4
83,8
11,1
20,8
5,2
LIBERIA
56 196
19,7
64 426
22,6

1/ Sources: estimations de la mission, Ministère de l'agriculture pour les valeurs moyennes

Les rendements potentiels de manioc ont été touchés par les déplacements de population, de courte ou de longue durée, et par la moisson des cultures encore immatures du fait des pénuries alimentaires. Certains signes montrent cependant une diffusion accrue de variétés à rendement élevé en certains endroits de Cape Mount et Montserrado. En outre, du fait de l'abandon de la culture intercalaire de manioc (à très faible densité de peuplement) au profit de peuplements purs, les rendements de manioc ont augmenté en certains endroits. Les attaques de ravageurs ont été relativement limitées pendant cette campagne. La situation varie d'un comté à l'autre, mais il ne semble pas que les rendements (du manioc déjà moissonné) soient différents du niveau passé. En conséquence, dans l'hypothèse de rendements moyens, la mission estime que la production nationale de manioc pourrait atteindre 175 000 tonnes au maximum, soit 50 pour cent du niveau d'avant les troubles civils.



SITUATION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE DE PRODUITS ALIMENTAIRES EN 1996

Utilisation alimentaire

Depuis le début des années 90, la population du Libéria est constamment en mouvement. A l'époque de la mission, les estimations établissaient à 741 000 le nombre de Libériens réfugiés dans les pays voisins. La majorité de la population a été déplacée ou s'est réfugiée dans un pays voisin à un moment ou un autre pendant la période 1990-1995. Il est possible de calculer approximativement la population du pays en projetant la population "en temps normal" sur la base d'un taux de croissance démographique de 3,31 pour cent (taux tiré des deux derniers recensements, 1974 et 1984). D'après les estimations de l'ONU, des ONG et des médias, il semble qu'entre 150 000 et 200 000 personnes ont perdu la vie à cause des troubles civils mêmes. La population totale à la mi-1995, sans tenir compte de la mortalité et des réfugiés dans d'autres pays ou à l'intérieur du pays, est estimée à 2 036 000 personnes. Cette estimation se fonde sur l'hypothèse d'un taux de fécondité inchangé malgré les troubles civils. Le HCR estime que quelque 80 pour cent des réfugiés rentreront dans le pays au cours de 1996, à la suite de l'accord d'Abuja et du déploiement de l'ECOMOG, certains spontanément et d'autres avec l'aide du HCR. Sur la base de cette projection et d'un taux de croissance naturelle inchangé, la population maximum à la mi-1996 devrait s'établir à 2 424 000 personnes. Le scénario de population minimum - 2 313 000 personnes - part de l'hypothèse modE9‚rée que seulement la moitié des réfugiés rentrera au pays en 1996.

Quelques recensements locaux ont été effectués, mais ils n'ont pas été utilisés pour calculer la population nationale pour les raisons suivantes: 1) les données ne sont disponibles que pour des zones géographiques limitées; 2) la plupart de ces données n'établissent pas de distinction entre les migrants de courte durée et ceux de longue durée; 3) certaines de ces données ont été recueillies dans le cadre de programmes de distribution d'aliments et d'intrants agricoles et pourraient avoir été faussées par des doubles inscriptions.

Des enquêtes sur le budget et les dépenses des ménages sont disponibles pour 1996, mais elles s'intéressent uniquement aux zones urbaines et des changements majeurs sont intervenus depuis, notamment une augmentation de la dépendance à l'égard du manioc et des aliments de cueillette pour se nourrir. La consommation apparente moyenne de céréales par habitant et par an de 1989 à 1995 est provisoirement estimée à 106 kilogrammes. Ce chiffre, qui représente la norme de consommation "status quo", est utilisé pour calculer les importations céréalières minimums qui seront nécessaires pour maintenir la consommation nationale de céréales par habitant à ses niveaux précédents. Cette estimation doit être considérée avec prudence, car elle se fonde sur des évaluations théoriques de la production céréalière et des mouvements de population de 1989 à 1995.

Les niveaux normaux d'avant les troubles civils sont utilisés pour calculer les pertes après récolte. Les installations de stockage à la ferme ont été généralement détruites, mais la hausse des prix du marché du riz encouragera probablement de bonnes pratiques de stockage. D'après les prévisions, les pertes de riz pendant l'entreposage et le transport devraient atteindre 3 000 tonnes en 1996. Les estimations suivantes sont utilisées pour calculer l'utilisation de semences: 1) une densité de semis de 45 kg par hectare; 2) une superficie rizicole totale (maximum) de 65 000 hectares en 1996; et 3) au moins deux tiers de la superficie totale sera ensemencée avec des semences importées et distribuées au titre de programmes. Sur la base de ces hypothèses, l'utilisation de semences puisées dans les stocks nationaux pourrait atteindre un maximum de 1 000 tonnes. En outre, en ce qui concerne le blé et le mélange maïs/soja importés, les pertes pendant l'entreposage et le transport pourraient atteindre 4 000 tonnes, ce qui donne pour 1996 une utilisation céréalière non alimentaire de 8 000 tonnes. L'utilisation fourragère des céréales devrait être négligeable. Les secteurs commerciaux de la production de bovins et de volaille ont été anéantis par les troubles civils, et il n'y a guère de signe de reprise importante en 1996.

Sur la base de ces hypothèses, l'utilisation totale de céréales en 1996 devrait s'établir entre 247 000 tonnes au minimum et 258 000 tonnes au maximum.

Stocks alimentaires

La mission estime qu'au maximum 8 000 tonnes de céréales pourront être prélevées sur les stocks en 1996. Une livraison de 5 400 tonnes de riz étuvé commercial a été déchargée à la mi-décembre. Si l'on tient compte du niveau minimum des stocks opérationnels du secteur privé à la fin de 1996, un déstockage net de 4 000 tonnes est possible.

Tableau 2 : Estimations provisoires concernant les stocks céréaliers d'ouverture en 1996 (1er janvier)

Riz

Blé

Mélange
Maïs-Soja 1/

Céréales

Stocks de secours (PAM)
Stocks de secours (CRS)
Stocks commerciaux
0
1700
4 500
6 500
3 300
1 000
200
1 500
0
6 700
6 500
5 500
Total
6 200
10 800
1 700
18 700

1/ Calculé en équivalent de maïs en grains.

Tandis que les stocks de clôture des opérations de secours sont proches du niveau opérationnel minimum, il se peut qu'avec la réduction des opérations de secours vers la fin de 1996, lorsque la prochaine récolte de riz aura été effectuée, on puisse prélever environ 4 000 tonnes de céréales au titre de l'aide alimentaire.

En ce qui concerne la production intérieure, on suppose que les stocks à l'exploitation et les stocks de report des petits négociants seront négligeables. Etant donné la récolte désastreuse de 1994, l'insécurité des stocks et le fait que la fin de la campagne commerciale coïncide avec la récolte de 1995, il est peu probable que des stocks de report puissent être constitués. Parmi les agriculteurs interrogés, aucun n'avait pu mettre en réserve sa production de 1994.

Importations commerciales de denrées alimentaires

Les importations commerciales de produits céréaliers (par l'intermédiaire du port franc Monrovia) se limitent au riz étuvé et à de petites quantités de farine de blé. En 1995, les importations officielles de riz sont passées de leur faible niveau de 1992-94 à quelque 20 000 tonnes. L'essor démographique considérable de Monrovia (dont la population est maintenant estimée à 800 000 habitants contre 500 000 environ avant la guerre), la nette relance de l'activité économique de la ville et les progrès des négociations de paix ont constitué autant de facteurs qui ont contribué à cette reprise des importations. En outre, la mission estime qu'environ 4 000 tonnes de riz (équivalent riz usiné) sont entrées au Libéria en 1996, par le biais d'importations officieuses transfrontalières en provenance de Guinée et de Côte d'Ivoire. Ce calcul a été effectué sur la base de la fréquence et du tonnage moyen des camions transportant du riz signalés dans les villes frontières et aux lieux de destination.

On prévoit une nouvelle augmentation des importations commerciales de riz en 1996. Le déploiement de l'ECOMOG ouvrira de nouvelles possibilités commerciales dans les zones déficitaires, à l'intérieur du pays. La reprise progressive des activités commerciales à Monrovia stimulera également la demande. Par ailleurs, les importateurs sont encouragés par les progrès des négociations de paix et par certains signes indiquant que le taux de change du dollar Liberty commence à se stabiliser après d'importantes fluctuations au début de 1995. Il est également possible que les importations transfrontalières s'intensifient, étant donné que les restrictions imposées sont progressivement levées.

Avant la guerre, les concessions d'hévéa et la LPMC (Liberian Produce Marketing Corporation - organisation para-étatique) étaient responsables de la plupart des importations commerciales de riz. L'effondrement de l'industrie du caoutchouc a mis fin à cette source d'approvisionnement. La capacité d'importation du secteur public est limitée par le très faible montant des recettes et des réserves en devises, ainsi que par le fort endettement international. En 1995, les importations du secteur public étaient négligeables et il est peu probable qu'elles augmentent sensiblement en 1996. Toutes les importations de riz au départ de Monrovia sont désormais aux mains d'un petit nombre de négociants privés. Cette année, le coût c.a.f. du riz étuvé des Etats-Unis a varié entre 320 dollars E.-U. et 360 dollars E.-U. la tonne, tandis que le prix de gros à Monrovia est d'environ 430 dollars E.-U. à 460 dollars E.-U. la tonne. La marge commerciale élevée et le faible nombre de négociants laissent à penser qu'un cartel pourrait être en train de se former. Si tel était le cas, des importations commerciales de riz plus compétitives seraient à l'avantage des consommateurs et permettraient probablement d'accroître la quantité totale importée. A supposer que le processus de paix ne soit pas interrompu, on prévoit que les importations commerciales de riz - y compris les échanges officieux transfrontaliers - pourraient atteindre 30 000 tonnes en 1996. Les importations commerciales de blé (principalement farine) devraient légèrement augmenter par rapport à leur niveau de 1995 (8 500 tonnes) pour atteindre 10 000 tonnes (équivalent grains), ce qui porterait à 40 000 tonnes le total des importations commerciales de céréales dans la région en 1996.

Aide alimentaire

Le Tableau 3 ci-après indique l'ensemble des besoins d'aide céréalière estimés par la mission pour 1996 (maximum et minimum). Les besoins d'aide céréalière comprennent essentiellement la distribution d'une aide d'urgence sous forme de blé bulgur et de mélange maïs-soja, bien qu'une certaine quantité de riz puisse également être prélevée sur les stocks de report du CRS. Le PAM procède actuellement à une évaluation des besoins en aide alimentaire d'urgence.

La mission a préféré le blé bulgur au riz comme produit à distribuer au titre de l'aide alimentaire pour les raisons suivantes: 1) il s'agit d'un produit nettement meilleur marché que le riz par poids unitaire; 2) la distribution d'une aide alimentaire sous forme de riz aurait probablement tendance à décourager les prix tant en ce qui concerne les importateurs commerciaux de riz que les riziculteurs eux-mêmes. Le Libéria dépend depuis longtemps de la subvention de ses importations de riz et de l'aide alimentaire. Etant donné que cette dernière a tendance à diminuer partout dans le monde, spécialement sous forme de riz, il est peu probable que la forte demande qui a pendant longtemps caractérisé les importations de ce produit puisse se poursuivre; 3) le blé bulgur a une valeur calorique plus élevée que le riz usiné; 4) il n'y a guère de probabilité que la livraison de blé bulgur entraîne un changement dans les habitudes alimentaires de la population, qui préfère traditionnellement les produits locaux; 5) il y a peu de risques que les stocks de blé bulgur fassent l'objet de vol, car le prix de ce produit sur le marché atteint à peine 10 à 20 pour cent de celui du riz usiné; 6) enfin, la faiblesse des prix du blé bulgur sur le marché signifie que, dans les zones où ce produit a été distribué, les ménages qui dépendent du marché disposent d'un aliment nutritif et peu coûteux. L'équipe a constaté que, là où il n'existe pas d'autres aliments disponibles et où les sources de revenus font défaut, les bénéficiaires consomment une part considérable de leurs rations. Toutefois, le blé bulgur ne jouit pas de la faveur de la population. Les bénéficiaires estiment que ce produit provoque des troubles digestifs, encore que cela soit peut-être dû davantage au mode de préparation qu'à la nature du produit en soi.

Le PAM et le CRS sont les premiers fournisseurs d'aide alimentaire, tandis que la distribution est assurée par un ensemble d'ONG locales et internationales. L'aide alimentaire est distribuée selon différentes modalités: distributions générales (à la population locale, aux personnes déplacées à l'intérieur du pays et aux réfugiés), cantines scolaires, protection des semences, alimentation d'appoint et projets vivres-contre-travail.

Le Tableau 3 ci-après indique les estimations provisoires de la mission concernant l'ensemble des besoins d'aide alimentaire en 1996.

Tableau 3: Bilan céréalier de la campagne commerciale janvier/décembre 1996 (milliers de tonnes)

Riz
Total céréales
DISPONIBILITES INTERIEURES (estimation minimale)
production (chiffre minimum) 1/
déstockage
42
38
4
47
39
8
UTILISATION INTERIEURE (estimation maximale)
utilisation pour l'alimentation (chiffre maximum)
autres utilisations
72
68
4
266
258
8
BESOINS D'IMPORTATIONS CEREALIERES
importations commerciales
total des besoins d'aide alimentaire
30
30
-
219
40
179

1/ Riz usiné au taux d'extraction de 66,7 pour cent. L'estimation de la production céréalière totale englobe un millier de tonnes de céréales secondaires.

Si l'on retient l'estimation maximale concernant la production (45 000 tonnes en équivalent de riz usiné) et l'estimation minimale concernant l'utilisation à des fins alimentaires (247 000 tonnes sur la base d'un taux de rapatriement de 50 pour cent en 1996), les besoins minimaux d'aide alimentaire sont évalués à 163 000 tonnes.



SITUATION ALIMENTAIRE ET NUTRITIONNELLE

Le commerce des produits alimentaires s'effectue sans problèmes dans les zones contrôlées par l'ECOMOG, bien que l'on signale le prélèvement non autorisé de certains droits à des barrages routiers. Alors qu'il existe une grave pénurie de véhicules pour le transport de fret, les petits négociants jouent un rôle considérable. Le prix du riz étuvé varie peu en fonction du coût du transport à partir de Monrovia. En dehors de la zone de l'ECOMOG, les prix varient considérablement selon la distance à parcourir, ce qui témoigne bien des obstacles rencontrés pour transporter les produits à l'intérieur du pays. Par exemple, au moment de la mission, le prix du riz allait de 25 dollars Liberty la "cup" (mesure locale) dans les comtés de Voinjama et Lofa à 10 dollars Liberty les trois cups (Vahun, Lofa). Le mauvais état des routes (Lofa, certains endroits du Nimba et Grand Gedeh) et le fait que les négociants se font fréquemment voler ont pour résultat des marges bénéficiaires élevées. Le récent déploiement de l'ECOMOG dans tout le pays devrait faciliter l'intégration des marchés en 1996.

Rares sont les ménages, même dans les zones à fort potentiel, qui seront autosuffisants en riz pendant toute l'année 1996. Le commerce de riz local du "terroir" est faible. Il existe certains excédents saisonniers restreints dans le district de Vahun (Lofa, vendus à la frontière avec la Sierra Leone) et dans le Montserrado central/occidental (à destination du marché de Monrovia), mais ailleurs l'essentiel de la production intérieure est consommée sur place. Dans les zones de Bong, Bomi, Cape Mount, Montserrado occidental, Nimba, Haut Lofa occidental et Grand Bassa méridional, les excédents de manioc sont plus fréquents. En fait, des quantités considérables de manioc sont acheminées vers Monrovia, où la demande a été stimulée par la présence des soldats de l'ECOMOG et par le prix relativement élevé du riz.

La production à la ferme représente une importante source d'approvisionnement, tant pour la population résidente que pour les groupes migrants. L'étendue des terres agricoles a permis à un grand nombre de personnes déplacées et de réfugiés de longue durée de cultiver eux aussi la terre parallèlement à la population locale. C'est pourquoi les interventions axées exclusivement sur la population migrante ne se justifient guère dans les zones qui sont demeurées stables depuis mars 1994. Ailleurs, il est évident que les personnes déplacées, les réfugiés et les rapatriés qui se sont installés après la période des semis sont plus vulnérables. Dans toutes les zones agricoles visitées par l'équipe, il existe des marchés du travail. Le recrutement se fait au jour le jour avec paiement en espèces ou avec partage de la production finale.

Le secteur formel des exportateurs s'est effondré. Avant la guerre civile, les exploitations minières faisaient travailler 7 pour cent de la main-d'oeuvre active et représentaient le principal apport en devises du pays, mais la production de minerai de fer est devenue stagnante. Dans les comtés de Cape Mount et Margibi, il existe de petites mines de diamant et d'or. L'industrie du bois est en reprise, même si l'on pense que des exportations non déclarées se sont poursuivies pendant toutes les hostilités. Une nette hausse de la vente d'articles non alimentaires a été enregistrée depuis la signature de l'accord d'Abuja. Une quantité considérable de charbon de bois est produite en certains endroits du Cape Mount, Bomi, Bong, Montserrado rural et Margibi, à destination du marché de Monrovia. L'exploitation illégale des hévéas a commencé dans le Cape Mount et le Bomi occidental, bien que les principales plantations ne soient pas aménagées ou systématiquement exploitées. Les plantains, les bananes, les oranges, ainsi que les plantes et animaux sauvages, sont devenus une source importante de revenus d'appoint dans les zones rurales. Dans le Montserrado rural, la production de légumes de contre-saison est en train de devenir florissante.

Les activités commerciales représentent désormais l'essentiel de l'économie de Monrovia. Les salaires du secteur public n'ont pas suivi l'inflation (en raison de la dévaluation progressive du dollar Liberty). Les employés de ce secteur se plaignent des retards de paiement et les grèves sont fréquentes. La plupart des fonctionnaires, des enseignants, des policiers et du personnel médical exercent une activité secondaire à temps partiel. Nombreux sont les habitants de Monrovia et des alentours qui ont une parcelle de terrain ou un jardin potager. Certains habitants de Monrovia possèdent un lopin de terre dans des endroits aussi éloignés que Cape Mount.

Le petit commerce est beaucoup moins florissant en dehors des zones contrôlées par l'ECOMOG. Dans les zones proches du front des hostilités comme l'axe Gbarnga - Voinjama, l'activité économique est au point mort. Ces zones se caractérisent pas une population civile peu nombreuse, qui vit essentiellement de la cueillette de plantes sauvages et des produits de la forêt (palmier).

Des enquêtes nutritionnelles locales ont été effectuées par plusieurs ONG internationales (notamment AICF, MSF-Holland, SCF-UK et World Vision), ainsi que par l'UNICEF. L'absence de données anthropométriques au Libéria empêche de comparer les taux actuels de malnutrition avec ceux antérieurs à la guerre civile. En dehors de Monrovia et de ses environs immédiats, la collecte de données nutritionnelles a été irrégulière depuis 1990 en raison de l'interruption fréquente des activités de secours. La malnutrition infantile semble avoir diminué à Monrovia et aux alentours chaque fois que des interventions de secours ont été possibles, mais elle demeure élevée dans certains camps de personnes déplacées à Montserrado. Les quelques enquêtes effectuées en dehors de la zone contrôlée par l'ECOMOG au cours des cinq dernières années ont toutes mis en évidence des taux inquiétants de malnutrition. La précarité alimentaire et la forte dépendance à l'égard du manioc et d'autres racines et tubercules à faible valeur nutritive expliquent la fréquence des maladies liées à la malnutrition. Plusieurs enquêtes menées récemment au Libéria ont également fait apparaître un rapport statistique entre diarrhée et malnutrition. Les cas de diarrhée semblent avoir augmenté, notamment en milieu urbain, en raison de la forte densité de personnes déplacées qui vivent dans des conditions insalubres, caractérisées par le manque d'eau potable et l'absence d'installations sanitaires.



SITUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES PAR COMTE

Bomi

Une grande partie du territoire du comté de Bomi a été le théâtre de combats entre les factions en 1995. La production végétale a été pour l'essentiel circonscrite au voisinage des villes et dans les zones sous contrôle de l'ECOMOG. En raison d'incidents sporadiques qui se sont produits avant l'accord d'Abuja, les cultures ont été négligées et les rendements du riz ont été faibles, en particulier dans la région de Tubmanburg. L'équipe n'a pas pu se rendre dans les zones gouvernées par l'ULIMO J, mais on signale que seules de petites parcelles "cachées" sont cultivées et que la densité de la population est faible.

Les activités commerciales ne sont pas bien développées dans le centre du comté. Dans les zones méridionales et orientales, le commerce du charbon de bois, du bois d'oeuvre, ainsi que des plantains et du manioc à destination de Monrovia est dynamique. Dans la région voisine du comté de Cape Mount, la saignée illégale de caoutchouc est florissante. Il n'y a guère d'activités économiques dans les zones centrales et septentrionales du comté. Les personnes déplacées à l'intérieur du pays et les résidents locaux à Tubmanburg et aux alentours sont fortement tributaires de l'aide alimentaire et de la cueillette de plantes sauvages. Les faibles quantités de riz disponibles sur les marchés sont exclusivement du type étuvé qui coûte 25 dollars Liberty les 2 "cups".

Bong

Les cultures sont limitées aux zones voisines des principales villes. Il n'y a que de petits lopins cultivés dans les zones du comté de Bong qui bordent le comté de Lofa. Aucune culture n'était visible du pont Gbamga-St Paul vers l'ouest, bien que des îlots cultivés aient été repérés de l'hélicoptère.

Jusqu'à tout récemment, les échanges avec Monrovia sur l'axe Gbamga - Margibi étaient entravés par des barrages routiers et des problèmes de convertibilité de la monnaie. Si le dollar "JJ" est encore la monnaie officielle dans les zones contrôlées par le NPFL, et les dollars Liberty n'y sont pas acceptés, le dollar "JJ" peut être toutefois librement échangé contre des dollars Liberty à Kakata et peut maintenant être acheté à Monrovia. Le taux de change commence à se stabiliser. Le comté de Bong est une région déficitaire en riz et l'importance du commerce avec Monrovia doit être soulignée. Le riz étuvé provenant du port franc est maintenant disponible sur les marchés dans le sud du comté de Bong. Dans les zones occidentales sur la ligne de contact, la population civile est très clairsemée. Les immeubles ont été détruits et la situation en ce qui concerne la sécurité était encore tendue au moment de la mission. Tant les civils que les militaires dans la zone affirment dépendre des ignames sauvages, des taros et des plantains. Selon une récente enquête effectuée dans le Bong inférieur, on a trouvé très fréquemment des enfants dont le rapport poids/taille est en deça de l'écart type ou qui manifestent des signes de kwashiorkor.

Cape Mount

Il y a eu des déplacements de population de grande ampleur et, au moment de la mission, de vastes territoires au nord de la route Monrovia-Tieni étaient très peu peuplés. Les cultures étaient limitées à de petites parcelles cachées dans la brousse. La population, qui comprend également un grand nombre de personnes déplacées dans le pays et de réfugiés sierra léonais, est concentrée dans les zones méridionales du comté et près de la route principale. Une grande partie des cultures se trouve dans l'écosystème côtier, caractérisé par des sols sableux légers et par une faible fertilité, et plus approprié à la culture manioc qu'à la riziculture. Les terres ont été mises à la disposition des personnes déplacées et des réfugiés et on n'a pas signalé à l'équipe de différends relatifs à la terre ou des accords de fermage. Une certaine pression s'exerce toutefois sur les sols marécageux cultivables.

En raison du déplacement des populations en 1994 et 1995, de nombreuses familles ne sont retournées à leur exploitation qu'à la fin de la période des semis. Une partie des plantules de riz pluvial plantées tardivement a été emportée par les pluies qui s'étaient mises à tomber, ce qui a compromis les rendements. Dans certaines localités proches de la route, la production de manioc a sensiblement augmenté, même par rapport aux niveaux antérieurs à la guerre civile. La population relativement bien établie (jusqu'en 1994 du moins) a permis une certaine continuité des semis et de nouvelles terres ont été mises en culture au fur et à mesure que les disponibilités en riz diminuaient.

Le commerce est maintenant libre le long de l'axe principal qui va de Bomi à Monrovia. La commercialisation de l'huile de palme et la saignée "illégale" du caoutchouc fournissent une source importante de revenu à la population résidente, tout comme les oranges et les plantains destinés aussi au marché de Monrovia. Il y a lieu de penser que les personnes déplacées dans le pays et les réfugiés n'ont pas les mêmes droits d'exploiter les cultures arborées. La plupart des ménages manquent de riz, mais le riz étuvé se trouve sur le marché dans la zone contrôlée par l'ECOMOG à des prix majorés d'un peu plus que les frais de transport de Monrovia.

Grand Bassa

La production végétale a été limitée à une étroite bande de terre autour de Buchanan et le long du principal axe routier. Les programmes de distribution de semences ont atteint plus de 3 000 familles d'agriculteurs dans le comté. De faibles excédents de manioc sont commercialisés, bien qu'il ne soit pas facile de se procurer du riz produit dans le pays sur le marché. Ailleurs, la production végétale est circonscrite à de petites parcelles cachées en raison du déplacement des populations.

Le petit commerce des produits et le marché des denrées alimentaires commencent à reprendre au fur et à mesure que la sécurité s'améliore. Les camions qui quittent Monrovia circulent relativement librement.

Grand Gedeh

Le comté a souffert d'une insécurité constante et a connu de vastes déplacements de population. Selon un rapport du PAM, la population résidente en mars 1995 atteignait à peine plus d'un tiers de ses effectifs d'avant la guerre civile. Tous les travaux agricoles sont pratiquement paralysés et aucune quantité significative de semences de riz n'a été distribuée depuis 1992. Seuls de petits îlots cultivés en riz, manioc et plantain sont signalés à Putu et Konobo, dans les environs de Zwedru. Le commerce est limité à Zwedru, capitale du comté, et la population civile est estimée à moins de 1 000 habitants. La route Tappita-Zwedru est de fait impraticable, couverte par une épaisse végétation. Sur la base d'observations aériennes, on estime que la production rizicole en 1995 a atteint au maximum 1 870 tonnes, soit 7 pour cent de la moyenne antérieure à la guerre civile. La production de manioc ne devrait pas dépasser 10 pour cent de la moyenne enregistrée avant la guerre civile.

On signale que la majeure partie de la population civile ne survit que grâce à la cueillette de plantes sauvages (ignames sauvages, choux palmistes, beurre de palme). Une enquête nutritionnelle entreprise récemment par World Vision International estime provisoirement les taux globaux de malnutrition des enfants (rapport poids/taille dont l'écart type est inférieur à deux) à 31,7 pour cent et la malnutrition aiguë des enfants (rapport poids/taille avec un écart type inférieur à trois) à 5,7 pour cent. Une enquête effectuée en 1991 a également découvert des degrés dramatiquement élevés de malnutrition chez les nourrissons.

Lofa

Une grande partie de la population civile du comté de Lofa a fui, bien qu'il y ait quelques fortes concentrations de personnes déplacées dans le pays et de réfugiés et, dans une moindre mesure, de résidents locaux dans les districts de Vahun, Kolahun et Foya, dans le Lofa supérieur. Le territoire qui va de Voinjama à la limite avec le comté de Bong était disputé avec acharnement jusqu'à tout récemment. Les districts de Zorzor, Salayae et Voinjama sont encore en grande partie abandonnés et la production végétale a été négligeable. Les quelques civils qui se trouvent dans la région sont avant tout tributaires de la chasse et de la cueillette.

C'est uniquement sur une étroite bande de terre dans les districts de Foya, Kolahun et Vahun que l'on trouve une production agricole appréciable, grâce à la situation relativement calme cette année. Quelques semences de riz ont été conservées (aucune semence n'a été distribuée dans la région ces deux dernières années) et un flux important de réfugiés sierra-léonais est venu grossir la population rurale locale. Les cultures sont assez intensives à Vahun, où il y a un excédent appréciable de manioc. Les prix du riz au moment de la mission étaient les plus bas du pays et de faibles quantités étaient vendues en Sierra Leone. Ailleurs dans le comté, la production est circonscrite à de petits lopins très clairsemés et isolés dans des zones forestières denses.

La clôture de la frontière avec la Sierra Leone et le mauvais état des routes ont coupé le district de Vahun et certaines parties du district de Kohalun des marchés. Une économie de troc est apparue mais il y a pénurie d'articles non alimentaires de première nécessité. Il y a eu récemment des afflux de réfugiés de la Sierra Leone qui n'ont pas été en mesure de cultiver pendant cette campagne et qui demeurent vulnérables. Le district de Foya souffre d'un déficit vivrier bien qu'il y ait quelques échanges transfrontaliers avec la Guinée. Le café et le cacao sont exportés et des camions transportant du riz arrivent régulièrement. Dans la région de Voinjama, les populations sont fortement tributaires de la cueillette de plantes sauvages et des importations de riz en provenance de la Guinée. A Zorzor, où il n'y a pratiquement pas de riz, la population civile peu nombreuse dépend exclusivement des aliments qu'elle trouve dans la brousse. Dans la plupart des régions du pays, une forte proportion des enfants montrent des signes de kwashiorkor.

Margibi

Certaines parties du Margibi supérieur ont été le théâtre de luttes jusqu'à tout récemment et la situation était encore critique à Kakata au moment de la mission. Certaines des villes le long de l'axe principal Monrovia-Kakata sont abandonnées, bien qu'avec le déploiement de l'ECOMOG, des résidents commencent à revenir. La population totale, composée en majorité de personnes déplacées dans le pays, est estimée à quelque 65 pour cent de son niveau antérieur à la guerre civile. On signale qu'au total 144 tonnes de semences de riz ont été distribuées cette année à quelque 3 700 bénéficiaires. De bons rendements ont été obtenus sur les sols marécageux. La production de manioc n'était pas très répandue avant la guerre civile et le déplacement prolongé des populations a entraîné une baisse de plus de 50 pour cent.

La plantation Firestone, qui avant la guerre était la principale entreprise économique du pays, ne fonctionne plus, bien que tout porte à croire qu'il y a des saignées illégales et des abattages d'arbres pour obtenir du charbon de bois. On trouve de faibles quantités de riz étuvé sur les marchés et, au moment de la mission, du riz produit sur place était aussi vendu sur les marchés locaux et dans certaines parties du comté de Bong. L'aide alimentaire a été distribuée tant aux résidents locaux qu'aux personnes déplacées à l'intérieur du pays. Les plantains et les bananes sont commercialisés à Monrovia, encore que la production ait souffert d'un important recul, faute de travaux d'entretien. L'état de la route est bon et le commerce marche bien maintenant. La capacité des transports routiers demeure limitée. En 1993, une enquête MSF Hollande a signalé des taux élevés de malnutrition et des décès dus au kwashiorkor, au marasme et à la malnutrition. D'après des enquêtes effectuées en avril et mai 1995, les taux de malnutrition demeurent élevés, en particulier parmi les rapatriés récents ou les personnes déplacées dans le pays et la malnutrition a continué d'entraîner la mort.

Maryland

La population du comté est probablement légèrement supérieure à 35 pour cent de son niveau antérieur à la guerre civile et elle est principalement concentrée dans la ville de Harper et aux alentours. La majeure partie de la population d'autrefois a fui en Côte d'Ivoire. Il y a des déplacements transfrontaliers considérables et quelques afflux permanents sont maintenant prévus. On cultive uniquement du manioc dans les zones voisines de Harper et dans des poches délimitées dans les districts de Plebo-Sodiden, Kolonken et Barebo (cultures associées riz et manioc). Il n'y a pas eu de distributions appréciables de semences de riz depuis le début de la guerre civile. Quelques agriculteurs à Harper avaient des excédents de manioc et l'on trouvait de petites quantités de riz local sur le marché au moment de la mission.

Du riz étuvé provenant de la Côte d'Ivoire est disponible et des échanges actifs transfrontalières ont commencé. Le prix du riz est de 10 "JJ" la "cup", chiffre sensiblement supérieur à celui des zones sous contrôle de l'ECOMOG. On signale que la principale source de revenu est le jus de canne.

Montserrado

La population de Monrovia et des environs a beaucoup augmenté par rapport à ce qu'elle était avant la guerre civile, atteignant 900 000 habitants contre 500 000 autrefois. Les personnes déplacées dans le pays et, dans une moindre mesure, les réfugiés sont venus la grossir. Le calme qui y règne est la principale cause de cet accroissement.

Il y a eu d'importants changements dans le secteur agricole du pays. Le secteur traditionnel des cultures de rente s'est effondré, et une forte proportion de la population rurale se consacre désormais aux cultures vivrières; les jardins potagers et l'agriculture sur les terres des propriétaires absentéistes sont monnaie courante parmi la population urbaine. Il y a eu une forte augmentation de la culture du riz et des légumes dans les terres marécageuses. On a noté la pression exercée sur ces terres. Des conflits locaux concernant la terre sont signalés et un marché du fermage a fait son apparition dans quelques zones méridionales et centrales. Les droits à la terre demeurent un point litigieux, notamment en ce qui concerne les terrains appartenant à des absentéistes de longue date. La production de légumes hors saison fournit une importante source de revenu et il y a quelques producteurs de riz excédentaire dans les environs de Jonstonville. Les zones du nord et du nord-est du comté étaient toutefois en grande partie abandonnées au moment de la mission et la production végétale était insignifiante. Pour cette raison, et en dépit de l'augmentation des cultures autour de Monrovia, la production de riz dans l'ensemble du comté demeure inférieure à ce qu'elle était avant la guerre civile.

Pour la majeure partie de la population de Monrovia, les principaux aliments de base sont le riz importé, l'aide alimentaire distribuée et un peu de manioc. Les prix du riz ont fluctué en 1995 en fonction du taux de change et de la fréquence des expéditions et des distributions d'aide alimentaire. Les marchés sont florissants dans la capitale et dans les villes voisines et une expansion de la petite entreprise a été constatée. Selon de récentes enquêtes nutritionnelles, les taux de malnutrition des nourrissons se stabilisent. La malnutrition élevée est en partie due à la forte incidence de la diarrhée provoquée par des logements surpeuplés et de mauvaises conditions sanitaires. Les conduites d'eau ne fonctionnent pas. Les traitements des fonctionnaires, de la police et des enseignants n'ont pas augmenté au même rythme que l'inflation et ils sont payés avec des retards considérables. La plupart d'entre eux sont obligés de se consacrer à d'autres activités à temps partiel. L'Union européenne a demandé que soit effectué un sondage par grappe avec indicateurs multiples à Monrovia, comportant des variables liées à la sécurité alimentaire, dont les résultats devraient être publiés en février.

Nimba

Les hostilités en septembre 1994 ont entraîné des déplacements considérables de population au sud vers les comtés de Bong et de Montserrado et au nord vers la Guinée et la Côte d'Ivoire. Si les hostilités ont diminué au second semestre de 1995 et si l'afflux de rapatriés commence maintenant à s'accélérer, une grande partie de la population doit toutefois encore faire retour et les activités agricoles sont limitées à d'étroites bandes de terre près des routes et des villes.

On trouve quelques champs cultivés en riz pluvial le long des principaux axes routiers Bong - Yekeopa et Ganta - Tapita. Les cultures sur les terres marécageuses ont pris de l'importance, d'autant plus qu'elles permettent deux à trois récoltes par an. La terre destinée aux cultures annuelles est mise gratuitement à la disposition des résidents locaux et des personnes déplacées dans le pays et la main-d'oeuvre agricole temporaire prête à travailler pour une part de la production finale est abondante. Des semences ont été distribuées aux personnes déplacées dans le pays et aux populations locales pour la campagne rizicole de 1995 et quelques agriculteurs ont multiplié les semences à l'exploitation, mais le manque de facteurs de production continue d'entraver l'agriculture. Etant donné que les terres arables sont en grande partie dépeuplées, la superficie totale consacrée au riz demeure bien inférieure à ce qu'elle était avant la guerre civile. Les rendements sont variables. Une grande partie du riz dans les mangroves est repiqué et la mise en jachère obligatoire a profité aux rendements. Il n'y a pas eu d'infestation notable de ravageurs mais en raison de l'insécurité, le désherbage n'a pas été régulier.

Au moment de la mission, le prix du riz était tombé à 5 dollars "JJ" les deux "cups" après avoir atteint avant la récolte le prix record de 7,5 dollars la "cup". Les fortes variations saisonnières des prix font penser que les disponibilités sont extrêmement instables. Le riz importé se trouve rarement sur le marché. Jusqu'à récemment le grand nombre de jeunes soldats présents sur le territoire a découragé les négociants. Avec le déploiement de l'ECOMOG et avec l'apparition de certains signes d'amélioration de la discipline des soldats, la reprise du commerce s'amorce maintenant. L'élimination des barrages routiers sur l'axe Gbarnga-Ganta entraînera probablement un flux de riz étuvé en provenance de Monrovia, ce qui contribuera à stabiliser les prix.

Nimba est le seul comté du Libéria où le manioc est considéré comme le principal aliment de base. Dans l'ensemble du comté, la production a chuté brutalement à la suite du départ de la population mais des excédents locaux sont disponibles et la majorité des ménages dépend de la consommation de manioc pendant toute l'année. Les plants et semences ne semblent pas être une entrave à la production. La majorité de la population cultive du manioc et il apparaît que les familles, indépendamment de la production sur leur propre exploitation, ont procédé à la récolte dans les exploitations abandonnées. La vente de manioc est une source importante de revenu et le deviendra encore davantage avec l'ouverture des routes. Il y a pénurie d'huile de palme. L'exploitation des palmiers locaux n'est le fait que de la (faible) population résidente locale. La population déplacée doit acheter l'huile de palme provenant du comté de Bong et offerte sur le marché. En raison des restrictions aux mouvements des marchandises, les prix de détail sont beaucoup plus élevés à Nimba qu'à Bong, en dépit des distances relativement faibles et du bon état de la route. Dans la majeure partie du comté, la distribution de l'aide alimentaire a été limitée à l'alimentation complémentaire.

Sinoe

Les activités agricoles dans le comté de Sinoe sont pratiquement paralysées, étant donné que depuis trois ans, il y a des combats intermittents entre fractions, des harcèlements incessants et que le comté est coupé des marchés. Selon les autorités locales, la population agricole en 1995 pourrait compter 12 000 familles rurales, mais les cultures sont extrêmement limitées. La pénurie de semences entrave fortement la riziculture. Depuis 1992, on n'a pas distribué de semences. Les observations aériennes n'ont décelé que de petites rizières isolées alors que l'on signale que la plupart des ménages ruraux cultivent un peu de manioc.

Selon un récent rapport de Oxfam (Royaume-Uni), la majorité de la population tant rurale qu'urbaine se nourrit de choux palmistes, d'amandes de palme, de papayes et d'autres plantes sauvages. De faibles quantités de blé bulgur sont arrivées à Greenville par canots mais les marchés demeurent paralysés. Avant la guerre civile, les principales sources de revenu du comté étaient le caoutchouc, les produits du palmiste, les contreplaqués et les fruits. Les activités de transformation et les relations commerciales se sont effondrées. Aucune enquête nutritionnelle n'a été entreprise ces dernières années, mais le kwashiorkor est manifeste chez les enfants, notamment lorsque l'on quitte Greenville pour pénétrer dans l'intérieur du pays.


Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO, sur la base d'informations provenant de sources officielles et non officielles; il est réservé à un usage officiel. Comme la situation peut évoluer rapidement, prière de contacter M. Abdur Rashid, Chef ESCG, FAO (Télex: 610181 FAO I; Télécopie: 0039-6-5225-4495; Courrier électronique (INTERNET): GIEWS1@FAO.ORG) pour d'éventuels compléments d'information.

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