Pour usage officiel seulement

ALERTE SPECIALE No. 264 : TADJIKISTAN

(Diffusé uniquement pour les pays dans lesquels la situation des cultures
ou des approvisionnements alimentaires est préoccupante)

8 Février 1996


LES PENURIES DE PAIN ET LES DIFFICULTES D'EXISTENCE
PERSISTENT AU TADJIKISTAN

Au Tadjikistan, pays à faible revenu et à déficit vivrier comptant 5,5 millions d'habitants, la situation alimentaire est très alarmante et, à moins qu'une aide alimentaire ne parvienne prochainement dans le pays, de graves pénuries sont prévues. Pour couvrir les besoins de consommation humaine essentiels, le pays doit importer cette année quelque 530 000 tonnes de céréales vivrières mais à ce jour, 40 pour cent seulement de ces besoins ont été couverts. L'endettement, les pénuries de devises et de marchandises pour le troc ont provoqué une réduction progressive des importations depuis 1991 et l'épuisement des stocks. En 1994/95, la consommation de céréales par habitant avait diminué à peu près de moitié et s'établissait à un niveau insuffisant avec environ 240 grammes par personne et par jour. En 1995/96, les disponibilités de blé se sont encore amenuisées à cause des prix élevés des céréales sur le marché international, du volume très décevant de l'aide alimentaire annoncée et des récoltes médiocres dans la Fédération de Russie et au Kazakhstan, fournisseurs traditionnels du Tadjikistan. Les pénuries alimentaires augmentent la tension entre ethnies et entravent les efforts déployés en faveur de la réconciliation nationale après la guerre civile de 1992/93.

Les informations fiables et systématiques sur la production, les échanges et l'utilisation des denrées alimentaires de base sont devenues rares depuis la guerre civile et l'effondrement de fait de l'économie. Une économie de subsistance est apparue devant l'incapacité quasi totale du gouvernement à payer salaires et traitements et à percevoir l'impôt.

La production céréalière était en moyenne de 270 000 tonnes au cours des cinq dernières années, dont quelque 150 000 tonnes de blé. La capacité des agriculteurs d'accroître leur production est fortement limitée par les politiques gouvernementales qui continuent d'accorder la priorité à la production cotonnière dans les exploitations d'Etat, par la lenteur du processus de transfert des terres productives aux agriculteurs pour la production de cultures vivrières et par la pénurie et la mauvaise gestion des intrants. En dépit de ces obstacles, les emblavures de blé ont augmenté au cours des cinq dernières années mais les rendements n'ont cessé de diminuer en raison du manque de semences de bonne qualité, de carburant, de pièces détachées, du recul de la mécanisation en général, du fonctionnement de plus en plus mauvais du réseau d'irrigation et de l'utilisation croissante de terres pluviales marginales en zones montagneuses pour la production céréalière. En 1995, cette dernière a enregistré une baisse et s'est établie à quelque 240 000 tonnes.

Les perspectives concernant la récolte de 1996 sont indécises. Les ruraux ont planté du blé partout où cela est possible, y compris sur les pentes les plus abruptes en altitude, mais les rendements risquent de diminuer encore et les pertes à la récolte devraient rester importantes.

La capacité d'importation commerciale du pays est fortement limitée. Les dettes accumulées dépassent le PIB annuel et ni le gouvernement ni la banque centrale ne disposent de réserves importantes de devises. Le commerce consiste principalement en opérations de troc, mais la production de coton et d'aluminium (principales marchandises pour le troc) a affiché un recul marqué ces dernières années. Les disponibilités non allouées de ces produits ne permettent pas au pays de couvrir ses importations essentielles qui comprennent, outre des céréales, du carburant, des intrants agricoles et les matières premières pour la production d'aluminium. De plus, ses partenaires commerciaux traditionnels tiennent maintenant à recevoir les marchandises avant d'expédier tout produit demandé. Bien que le pays table largement sur la Fédération de Russie, il ne reçoit guère d'aide de cette source. Les transactions se font aux conditions du marché mondial et sur la conduite des négociations plane très souvent la nécessité de couvrir de toute urgence les pénuries au Tadjikistan.

Les importations de céréales ont diminué, passant de plus d'un million de tonnes en 1990/91 à 400 000 tonnes en 1994/95, selon les estimations. Les importations de la plupart des autres marchandises ont été réduites à presque rien. En 1995/96, d'après les indications, le pays a importé aux conditions du marché environ 90 000 tonnes de céréales et a en outre confirmé les allocations d'aide alimentaire, y compris celles destinées aux populations les plus vulnérables, représentant quelque 140 000 tonnes. Toutefois, environ la moitié seulement du volume d'aide alimentaire promis avait été livré fin 1995.

En raison de la réduction des importations, les quantités de céréales distribuées par l'Etat, dont la majorité de la population est tributaire, ont fortement diminué à cause du contrôle hautement centralisé exercé par l'Etat sur les importations, la transformation et la préparation commerciale des céréales. Ainsi, la production de farine de blé a chuté, passant d'une moyenne de 710 000 tonnes en 1988-91 à 380 000 tonnes en 1994 et la distribution de farine est passée de 120 kg par habitant à 64 kg en 1994 et a encore été réduite en 1995. Actuellement, les disponibilités de farine dans le système étatique sont bien inférieures aux besoins minimums. La plupart des citadins ne peuvent plus se procurer du pain auprès des points de distribution du réseau public. Les populations rurales survivent grâce à des distributions intermittentes de céréales produites dans des fermes d'Etat, complétées par la production de petites parcelles privées et de terres souvent marginales. Dans ces zones, la situation alimentaire est si précaire que certains se nourrissent de sous-produits de la mouture du blé. Même sur le marché parallèle, la farine de blé est rare et coûte 600 dollars E.-U. la tonne. Un gros pain traditionnel coûte l'équivalent de 1 dollar E.-U. le kilo - soit un mois de salaire d'un enseignant.

Les besoins minimums en céréales pour 1995/96 ont été estimés par la FAO à 760 000 tonnes, dont 600 000 tonnes pour la consommation humaine directe et le reste principalement pour semences, pertes, utilisation industrielle et alimentation animale (Tableau 1). Par rapport à ce volume, la production intérieure en 1995 est estimée à environ 230 000 tonnes (non compris les légumineuses et y compris le riz en équivalent riz usiné), ce qui représente des besoins d'importations annuels de 530 000 tonnes, principalement blé et produits de remplacement du blé.

Tableau 1: Tadjikistan - Disponibilités et utilisation des céréales (estimations) pour 1990-1996 (en milliers de tonnes)

Moyenne
1990-92
1993/94
1994/95
Estimations
1995/96
Projections
1996/97
Disponibilités intérieures 620 335 265 234 225
- Stocks d'ouverture 350 80 26 6 5
- Production 270 255 239 228 220
Utilisation 1 720 1 135 674 760 775
- Alimentation humaine 870 660 498 600 600
- Alimentation animale 400 309 60 50 50
- Autres utilisations 200 140 110 105 100
- Stocks de clôture 250 26 6 5 25
Importations et/ou besoins d'importation 1 100 800 409 526 550
Consommation par habitant (kg/an.) 160 120 90 109 109

Durant les sept premiers mois de la campagne de commercialisation en cours (juillet 1995 - janvier 1996), le pays n'avait importé que 160 000 tonnes et les disponibilités intérieures de céréales vivrières provenant de la récolte de 1995 sont pratiquement épuisées. Même ainsi, les besoins minimums de consommation humaine directe, estimés à 300 grammes par personne et par jour, n'ont été que partiellement couverts. Durant les 5 derniers mois de la campagne de commercialisation en cours, les besoins de consommation alimentaire étant de 50 000 tonnes de blé par mois, un minimum de 250 000 tonnes sera nécessaire. Etant donné qu'à peu près 70 000 tonnes d'aide alimentaire sont attendues, il y aura un déficit de 180 000 tonnes qu'il faudra couvrir pour répondre aux besoins jusqu'à fin juin 1996. Une grave récession, la dévaluation rapide du rouble tadjik et un endettement dépassant le PIB limitent fortement la capacité du pays de mobiliser commercialement ce volume, tant dans la CEI qu'à l'extérieur. Il est donc impératif d'accroître au plus vite les allocations d'aide alimentaire et d'accélérer la livraison des quantités promises au pays. En outre, le pays a un besoin urgent d'aide internationale pour augmenter sa production de blé. En premier lieu, la fourniture en temps voulu de semences de blé appropriées pour les semis de printemps pourrait contribuer à stopper la baisse régulière des rendements et à accroître la sécurité alimentaire dans les zones rurales.

Il faudrait faire en sorte que l'aide alimentaire se poursuive après juin 1996. La nouvelle récolte de 1996 qui sera rentrée à partir de juillet n'a guère de chances d'être meilleure que celle de l'année dernière, si bien que les besoins d'importations céréalières en 1996/97 resteront importants selon les premières prévisions et dépasseront la capacité du pays à effectuer des achats aux conditions du marché.


Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles et non officielles; il est réservé à un usage officiel. Comme la situation peut évoluer rapidement, prière de contacter M. Abdur Rashid, Chef, ESCG, FAO (Télex: 610181 FAO I, télécopie: 0039-6-5225-4495 ou courrier électronique GIEWS1@FAO.ORG) pour tout complément d'information.

FA 4-50 - TADJIKISTAN


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