Pour usage officiel seulement

RAPPORT SPECIAL: MISSION FAO/PAM D'EVALUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES AU CAMBODGE

Février 1996



VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue au Cambodge du 14 au 27 janvier 1996 pour estimer la production de riz des saisons sèche et humide de la campagne 1995/96, ainsi que les perspectives d'ensemble de la production céréalière en 1996. Elle a examiné des données émanant de sources diverses, notamment du Gouvernement, du projet TCP/CMB/4452 de la FAO et d'une enquête sur les communes menée par le PAM, la FAO et la Croix Rouge cambodgienne. Elle s'est entretenue en outre avec des représentants du gouvernement, des institutions des Nations Unies, des donateurs et des ONG aux niveaux central, provincial et local. Lors de sa visite la mission s'est rendue dans trois grandes provinces productrices de riz: Stem Reap, Takeo et Prey Veng.

La mission estime la production de la récolte principale de riz de la saison humide 1995/96 à 2,785 millions de tonnes et prévoit que la récolte secondaire de la saison sèche atteindra 0,533 million de tonnes, soit au total 3,318 millions de tonnes, niveau supérieur de 40 pour cent à celui de la production estimée pour 1994/95 et de 30 pour cent à la moyenne des cinq années précédentes. On attribue la production exceptionnelle de 1995/96 aux précipitations favorables dans presque tout le pays et à l'utilisation accrue d'engrais qui ont favorisé l'expansion des semis et le développement des cultures. On estime les besoins nationaux de riz en 1996, après les pertes dues à la consommation et aux autres usages, à 1,918 million de tonnes. Comme il n'existe pas, semble-t-il, de stocks de report de l'année précédente, les disponibilités totales de riz dans le pays en 1996 devraient donc être égales à la production totale, soit 3,318 millions de tonnes de paddy, ou 2, 057 millions de tonnes de riz, ce qui laisse un excédent de 139 000 tonnes.

Au vu de cet excédent, le gouvernement a prévu d'exporter une centaine de milliers de tonnes de riz en 1996. Cependant, la mission estime qu'il n'est pas souhaitable d'exporter à ce stade pour les raisons exposées ci-après.

Le nombre de personnes vulnérables dans les 291 communes souffrant de pénuries alimentaires n'a pas encore été défini. Une évaluation est en cours, menée par le PAM en association avec la Croix Rouge cambodgienne et les autres partenaires opérationnels du PAM. Leur nombre pourrait être assez élevé et la quantité totale de céréales nécessaires serait importante. Quoi qu'il en soit, durant l'intervalle, en supposant qu'aucun déplacement massif de population n'ait lieu, quelque 60 000 tonnes de riz et 3 000 tonnes d'autres produits seront nécessaires pour venir en aide aux personnes les plus vulnérables dans diverses communes en 1996. Ce volume sera suffisant pour secourir 1,56 million d'habitants, sans tenir compte des activités de formation et d'alimentation institutionnelle, pendant environ trois mois. Au 1er janvier 1996, le PAM détenait en stock 13 151 tonnes de riz et s'était assuré auprès des donateurs de contributions supplémentaires de 36 800 tonnes, soit un total de 49 951 tonnes. Il reste donc un déficit d'une dizaine de milliers de tonnes pour satisfaire les besoins évalués à 60 000 tonnes. On recommande en outre que le gouvernement, avec le soutien des donateurs, achète et garde en stock quelque 25 000 tonnes de riz pour les besoins d'urgence. On propose en outre que le PAM et les donateurs bilatéraux effectuent des achats locaux pour des programmes d'aide aux populations vulnérables.



PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 1995/96

L'économie cambodgienne est encore gravement perturbée par la destruction de l'infrastructure et du système de production causée par la guerre et l'embargo économique des années 70 et 80. Le revenu par habitant est actuellement d'environ 200 dollars E.-U., soit l'un des plus bas du monde et, d'après certaines estimations, 38 pour cent des ménages vivraient en deçà du seuil de pauvreté. Le gouvernement met au point actuellement un plan de développement pour la période 1996/2000 qui vise à rétablir le système de production, accélérer la croissance économique et mettre fin à la pauvreté. Ce plan est le signe d'une intensification du processus de développement du Cambodge dans le cadre d'une économie de marché.

L'agriculture qui reste la clef de voûte de l'économie fournit près de la moitié du PIB national et emploie environ 80 pour cent de la population active. Les possibilités d'emploi en dehors du secteur agricole sont extrêmement limitées. La reprise et le progrès économiques dépendent donc avant tout de la remise en état et du développement de l'agriculture. Le secteur est dominé par la culture de subsistance du riz. Bien que le gouvernement reconnaisse que la diversification des cultures pourrait réduire la dépendance à long terme vis-à-vis du riz, aucun programme dans ce sens n'a encore été entrepris jusqu'à présent. La riziculture est essentiellement pluviale et caractérisée par un apport limité d'intrants et de faibles rendements. Les aléas climatiques, comme les inondations et les sécheresses, réduisent la production certaines années, tout comme les mines enfouies dans le sol et les troubles civils qui agitent une partie du pays. Le réseau d'irrigation est en grande partie inopérant et devrait être remis en état de toute urgence. L'emploi d'engrais est extrêmement limité de même que l'utilisation de variétés de riz amélioré.

La récolte de riz de la campagne principale est produite pendant la saison humide de mai à décembre. Plusieurs variétés différentes sont plantées; les variétés à maturation intermédiaire et tardive représentent environ les trois quarts des superficies ensemencées totales, les variétés à maturation précoce un cinquième environ, et les 5 ou 6 pour cent restants sont occupés par du riz flottant. Les décisions des agriculteurs quant aux variétés à planter sont souvent influencées par la tradition et les précipitations. Dans l'ensemble, les surfaces cultivées en riz flottant diminuent, tandis que le riz de montagne occupe une place assez stable depuis des années.

La production de la saison humide repose essentiellement sur des variétés locales avec un faible apport d'engrais. Les rendements sont donc davantage tributaires des dépôts de limon des cours d'eau le long desquels le riz est cultivé. Les cultures de la saison sèche sont plantées en janvier et février et représentent environ 10 pour cent de la superficie totale. Mais, comme les rendements sont très supérieurs à ceux du riz de la saison humide, cette récolte assure environ 16 à 18 pour cent de la production totale. La plupart des cultures de la saison sèche sont repiquées dans des zones où les agriculteurs peuvent profiter de la décrue des eaux, une irrigation complémentaire n'étant utilisée que vers la fin du cycle végétal.

Au Cambodge, comme dans les autres pays d'Indochine, le riz est la principale culture vivrière. En raison des perturbations passées la production a subi des fluctuations, mais depuis quelques années elle augmente régulièrement, sauf en 1994/95 où elle a chuté à cause du mauvais temps. Il s'agit essentiellement d'une production de subsistance et comme les agriculteurs utilisent surtout des variétés locales et emploient peu d'intrants agricoles, les rendements restent faibles. D'après les projections pour la campagne 1995/96, la superficie récoltée de riz des saisons sèche et humide atteindrait 1,592 million d'hectares et 0,191 million d'hectares respectivement, soit au total 1,782 million d'hectares. La production totale est estimée à 3,318 millions de tonnes, dont 2,785 millions de tonnes de riz de saison humide et 0,533 million de tonnes de riz de saison sèche. (voir tableau 1). Le rendement moyen global du riz de la saison humide est estimé à 1,75 tonne l'hectare, niveau nettement supérieur à celui des années précédentes, et celui de la saison sèche à 2,80 tonnes l'hectare. L'emploi de variétés améliorées et de plus grandes quantités d'engrais durant la saison sèche explique que les rendements soient généralement nettement supérieurs à ceux de la saison humide.

Tableau 1: Production par type de paddy en 1995/96

Production
Superficie récoltée
Production
Hectares (‘000) Pourcentage
Tonnes
Pourcentage Rendement
(tonnes/ha)
Saison humide
Variétés précoces 302 461 17,0 499 061 15,0 1.65
Variétés intermédiaires 614 474 34,5 1 020 027 30,7 1.66
Variétés tardives 571 492 32,1 1 097 265 33,1 1.92
Riz flottant 71 616 4,0 168 547 5,1 1.63
Riz de montagne 31 838 1,8
Total partiel 1 591 881 89,3 2 784 900 83,9 1.75
Riz pluvial 190 500 10,7 533 400 16,1 2.80
TOTAL 1 782 381 100,0 3 318 300 100,0 1.86

Les principales zones rizicoles se trouvent dans les régions basses entourant le lac Tonle Sap et le long des principaux cours d'eau, dont le Mekong est de loin le plus important. Ces régions sont naturellement exposées aux inondations qui accroissent la fertilité des sols par les dépôts de limon, mais peuvent au contraire détruire les récoltes certaines années. En 1994/95, par exemple, les crues ont anéanti 425 000 hectares de rizières. En revanche, la saison humide 1995/96 a été plus favorable avec des pertes totales estimées à 195 000 hectares seulement, 90 pour cent étant dues aux inondations et le reste aux maladies et aux ravageurs. Par ailleurs, les précipitations abondantes et bien réparties sur une grande partie des rizières ont hâté les semis et accéléré le développement des cultures durant la saison humide 1995/96, entraînant un accroissement substantiel des rendements et de la production.

Après le riz, le maïs occupe la seconde place parmi les cultures vivrières de base, avec une production estimative de 50 000 tonnes sur une superficie de 45 000 hectares en 1995/96. Le manioc et les patates douces sont des cultures moins importantes dont la production est estimée à 100 000 tonnes sur 19 000 hectares. Il y a aussi 25 000 hectares de légumes dont la production potentielle est de 150 000 tonnes. Quelques cultures secondaires - sésame, haricot mungo, soja et arachide - ont une importance limitée pour l'alimentation et variable selon les provinces. Etant donné qu'il est difficile d'obtenir des données statistiques sur d'autres cultures que le riz, la mission a basé ses estimations sur des données passées et sur le résultat de ses entretiens.

L'accroissement de la production de riz en 1995/96 peut être attribué à plusieurs facteurs, notamment:

Cependant, même si la récolte de 1995/96 a été bonne et a permis d'accumuler un excédent national, rien n'autorise à être optimiste. Certaines zones souffrent toujours d'un déficit alimentaire et ont besoin d'une assistance. La mission a identifié ces zones et le PAM mène actuellement des enquêtes plus approfondies.



ANALYSE DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE

Il n'y a pas eu de recensement démographique depuis très longtemps et plusieurs estimations de la population reposent sur des hypothèses arbitraires. D'après les données recueillies par le projet de suivi statistique de la FAO et par les enquêtes du PAM portant sur les communes, la population était estimée à 10,2 millions d'habitants en décembre 1995. En supposant un taux de croissance démographique généralement acceptable de 2,8 pour cent par an, mi-1996 la population est estimée à 10,4 millions d'habitants, nombre qui a été retenu par la mission.

Le gouvernement ne garde aucun stock de riz ni d'autres céréales, ni à l'échelle nationale ni à aucun autre niveau. Il est possible que certains gros agriculteurs et négociants privés détiennent des stocks, mais aucune donnée n'est disponible. Quoi qu'il en soit, le volume des stocks de report ne peut être important car la production de riz en 1994/95 a été fortement réduite du fait des inondations. Au 1er janvier 1996, les seuls stocks connus dans le pays étaient les 13 151 tonnes de riz détenues par le PAM.

En prévision d'un excédent global de riz en 1996, estimé par la mission à 139 000 tonnes (tableau 2), le gouvernement se propose d'exporter une centaine de milliers de tonnes cette année. Toutefois, étant donné qu'il s'agit du premier excédent depuis un quinzaine d'années, celui ci devrait être prudent. Tout d'abord, il faut maintenir des stocks d'urgence car l'incidence des conditions météorologiques sur la production dans les années à venir est impossible à prévoir. Deuxièmement, des exportations transfrontalières non officielles, dont l'ampleur reste incertaine, pourraient aboutir à un niveau d'excédent inférieur aux prévisions. Troisièmement, 291 communes situées dans les principales provinces productrices de riz risquent de connaître des déficits d'ampleur variée à cause des pertes de récolte provoquées par les inondations. Une grande partie de la population touchée devra recevoir une aide alimentaire pendant des périodes variables pour satisfaire ses besoins minimums. De plus, la population vulnérable n'a pas facilement accès à la nourriture provenant des zones excédentaires à cause de la pénurie d'emploi, de la faiblesse du pouvoir d'achat et des difficultés d'acheminement des approvisionnements d'une zone à l'autre compte tenu des carences du système commercial.

L'estimation des besoins de consommation nationaux a fait l'objet de débats approfondis. Jusqu'en 1995, le gouvernement évaluait les besoins à 162 kg de riz par personne et par an, soit 444 grammes par personne et par jour, couvrant 73 pour cent des besoins énergétiques moyens estimés à 2 200 kcalories par jour. Mais, en 1996, cette allocation a été réduite à 151,2 kg de riz par personne et par an - 414 g par personne et par jour - qui couvriraient 68 pour cent des besoins énergétiques moyens. Autrefois, les 162 kg incluaient non seulement du riz mais aussi l'équivalent en riz de cultures complémentaires comme le maïs, les haricots, les racines et tubercules. Après s'être entretenue avec le gouvernement et d'autres organismes, la mission a accepté l'allocation de 151,2 kg de riz seulement, 32 pour cent des besoins énergétiques provenant d'autres aliments. Signalons toutefois que la population rurale mange surtout du riz et presque rien d'autre, surtout lorsque les disponibilités sont abondantes. Etant donné que l'offre de riz est relativement meilleure cette année, on peut supposer que sa consommation augmentera. Par conséquent, une allocation de riz de 151,2 kg par personne et par an est jugée modérée.

Plusieurs estimations concernant le pourcentage de semences et leur utilisation ont été soumises à la mission, y compris celles du gouvernement s'élevant à 8 pour cent de la production, que la mission juge nettement supérieures aux besoins. Pour leur part, les agriculteurs prévoient de 80 à 100 kg de semences par hectare. La mission a jugé que 5 pour cent de la production est utilisée comme semence.

Les pertes après récolte n'ont jamais été étudiées systématiquement au Cambodge, mais l'estimation de 5 pour cent utilisée par le gouvernement semble très faible. Dans l'ensemble, les études menées dans d'autres pays de la région indiquent que des pertes après récolte de 13 à 15 pour cent sont jugées normales. La mission a donc prévu 10 pour cent de pertes après récolte, plus 2 pour cent supplémentaires pour le fourrage et d'autres utilisations.

L'utilisation de riz usiné en 1996, calculée sur la base des paramètres ci-dessus, peut être ventilée comme suit: 1 568 000 tonnes pour la consommation humaine, 144 000 tonnes pour les semences et le fourrage et 206 000 tonnes pour les pertes après récolte, soit au total 1 918 000 tonnes. D'autre part, les disponibilités de riz en 1996 sont estimées à 2 057 000 tonnes, avec un taux de conversion de 62 pour cent. La différence entre les disponibilités et l'utilisation laisse un excédent de 139 000 tonnes.

Le bilan des disponibilités de riz en 1995/96 est présenté au tableau 2, et la situation par province au tableau 3.

Tableau 2: Bilan des disponibilités en riz en 1996 (janvier/décembre)

Riz (milliers
de tonnes)
1. Disponibilités totales (2+3)
2 057
2. Production 1995/96
2 057
Saison humide (estimation)
1 726
Saison sèche (prévision)
331
3. Prélèvement sur les stocks
-
4. Utilisation totale (5+6+7)
1 918
5. Utilisation alimentaire
1 568
6. Fourrage et semences
144
7. Pertes après récolte
206
8. Excédent
139

Tableau 3: Bilan des disponibilités en riz par province en 1995/96

Province
Population 1996
(milliers
d'habitants)
Production de paddy 1995 (milliers de tonnes)
Pertes après récoltes (milliers de tonnes)
Production en 1995 après les pertes (milliers de tonnes)
Consommation estimative1996 (milliers de tonnes)
Excédent/déficit estimatifs 1996 (milliers de tonnes)
Paddy
Riz usiné
Paddy
Riz usiné
Paddy
Riz usiné
PHNOM PENH 728,3 16,1 2,7 13,4 8,3 177,6 110,1 (164,2) (101,8)
KANDAL 984,4 262,4 44,6 217,8 135,0 240,1 148,8 (22,2) (13,8)
KAMPONG CHAM 1 513,5 290,1 49,3 240,8 149,3 369,1 228,8 (128,3) (79,6)
SVAY RIENG 474,2 176,5 30,0 146,5 90,8 115,6 71,7 30,8 19,1
PREY VENG 990,3 460,8 78,3 382,5 237,1 241,5 149,7 140,9 87,4
TAKEO 753,3 419,4 71,3 348,1 215,8 183,7 113,9 164,4 101,9
KAMPONG THOM 559,5 190,1 32,3 157,8 97,8 136,5 84,6 21,3 13,2
SIEM REAP 662,5 235,1 40,0 195,1 121,0 161,6 100,2 33,6 20,8
BATTAMBANG 716,6 327,0 55,6 271,4 168,3 174,8 108,3 96,6 59,9
BANTEAY MEANCHEY 544,6 185,9 31,6 154,3 95,7 132,8 82,3 21,4 13,3
PURSAT 324,3 119,1 20,2 98,9 61,3 79,1 49,0 19,7 12,3
KAMPONG CHHNANG 349,6 138,7 23,6 115,1 71,4 85,3 52,9 29,9 18,5
KAMPOT 517,3 175,3 29,8 145,5 90,2 126,2 78,2 19,3 12,0
KAMPONG SPEU 557,2 152,9 26,0 126,9 78,7 135,9 84,3 (9,0) (5,6)
KRATIE 228,5 50,3 8,6 41,7 25,9 55,7 34,6 (14,0) (8,7)
AUTRES PROVINCES 464,2 118,6 20,2 98,4 61,0 113,2 70,2 (14,7) (9,2)
CAMBODGE 10 368,3 3 318,3 564,1 2 754,2 1 707,6 2 528,7 1 567,6 225,5 139,7



BESOINS D'AIDE ALIMENTAIRE EN 1996

La mission confirme la bonne récolte de 1995/96 et l'excédent global de riz en 1996. Cela ne signifie pas pour autant que le Cambodge soit parvenu à la sécurité alimentaire au niveau individuel, familial ou communautaire car beaucoup de communes connaissent encore des pénuries de riz d'ampleurs diverses, par suite des pertes de récolte dues aux inondations et de la disponibilité limitée en terres. La pauvreté persiste et une aide humanitaire aussi bien que des programmes de développement, pour lesquels l'aide alimentaire est un outil approprié car 80 pour cent de la population est constituée par des paysans pratiquant une agriculture de subsistance, doivent être fournis en priorité aux communautés vulnérables. Ces dernières regroupent 291 communes touchées (près de 21 pour cent de toutes les communes situées dans les 15 principales provinces productrices de riz) - dont 232 souffrent d'un déficit alimentaire chronique - qui ont subi de nouvelles pertes de production en 1995/96 à cause des inondations et d'autres facteurs. Il faut donc fournir des secours d'urgence et une aide alimentaire liée à des programmes pour permettre à la population vulnérable de satisfaire ses besoins vivriers minimums, pour réhabilier les infrastructures agricoles et pour améliorer les résultats du secteur agricole. Quelques secours alimentaires d'urgence seront accordés mais une grande partie de l'aide sera fournie dans le cadre d'activités vivres-contre-travail. Une enquête sur les communes entreprise par le PAM, comprenant une évaluation des récoltes, une étude socio-économique et l'utilisation des systèmes d'Information Géographique est en cours pour déterminer la liste définitive des communes bénéficiaires et les besoins d'aide alimentaire. Quoi qu'il en soit, en attendant les résultats de cette évaluation, sur la base de l'expérience acquise et en supposant qu'aucun déplacement massif de population n'ait lieu, l'aide alimentaire qui sera nécessaire en 1996 pour venir au secours des communautés les plus vulnérables a été évaluée à 60 000 tonnes de riz environ, plus 3 000 tonnes d'autres produits. Ces volumes suffiront à secourir 1,56 million de personnes, sans tenir compte des activités de formation et d'alimentation institutionnelle, pendant trois mois environ. Ce total inclut les personnes les plus démunies dans toutes les catégories vulnérables susmentionnées. Pour cette population spéciale, les calculs se basent sur l'hypothèse que 60 000 réfugiés de retour continueront à avoir besoin d'une aide en 1996. On considère aussi qu'à tout moment durant l'année, en moyenne 80 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays recevront une aide soit sous forme de rations d'urgence, soit dans le cadre d'activités vivres-contre-travail. En cas de besoin immédiat, une ration de 1 mois est fournie, mais pour l'aide à venir, les bénéficiaires doivent participer à des projets vivres-contre-travail. On recommande également de conserver un stock de report d'aide alimentaire d'urgence de 25 000 tonnes environ, car au Cambodge la situation évolue rapidement. Le tableau 4 présente les besoins d'aide alimentaire en 1996 et le tableau 5 indique le nombre de communes ayant un déficit alimentaire d'ampleur variée en 1996, ventilé par province.

Au 1er janvier 1996, le PAM disposait de 13 151 tonnes de riz en stock et s'était assuré une contribution supplémentaire de 36 800 tonnes de donateurs divers, notamment par l'achat local de 15 000 tonnes. Des contributions supplémentaires devraient être fournies par les donateurs courant 1996. Etant donné qu'il y a un excédent de riz au Cambodge en 1996, le PAM, en consultation avec les pays donateurs, envisagera la possibilité d'achats locaux de riz. Sauf en 1995, car la récolte de la saison humide 1994/95 avait été très mauvaise, le PAM a acheté sur place des quantités importantes de riz les années passées:

1992: 4 000 tonnes
1993: 10 480 tonnes
1994: 6 043 tonnes
1995: 148 tonnes


Tableau 4: Aide alimentaire en 1996 (milliers de tonnes de riz)

Riz (milliers
de tonnes)
1. Besoins totaux d'aide alimentaire (riz) en 1996 (2+3) 85
2. Secours d'urgence et aide liée à des programmes 60
3. Stocks d'aide alimentaire d'urgence 25
4. Disponibilités totales d'aide alimentaire (5+6) 85
5. Stocks du PAM et aide dans la filière 50
6. Besoins non satisfaits 35



Exécution des programmes et logistiques

Quelques secours d'urgence seront nécessaires, mais une grande partie de l'aide alimentaire sera fournie dans le cadre d'activités vivres-contre-travail, au titre de programmes de construction et de reconstruction de routes et de diverses autres infrastructures agricoles. Le Programme du PAM souligne l'optique participative et encourage les chefs de villages et les villageois à définir eux-mêmes leurs priorités en matière de reconstruction. Une fois le projet évalué sur le site, un accord est signé entre le village, le PAM, le département gouvernemental, les ONG ou l'institution internationale concernés spécifiant les réalisations et la contribution alimentaire. Le Ministère du développement rural assure la coordination du programme du PAM et plus de 150 ONG, organisations internationales et départements gouvernementaux participent actuellement aux activités.

Le PAM dispose de six bureaux secondaires régionaux couvrant deux ou trois provinces. Dans les provinces où il n'y a pas de bureau local, le personnel national du PAM partage le bureau de la Croix Rouge cambodgienne. Le PAM possède au total ses propres locaux dans 15 provinces. Le personnel des bureaux secondaires est chargé d'identifier, approuver, surveiller et notifier tous les projets entrepris dans les villages et d'exécuter les programmes d'aide d'urgence dans leurs zones respectives.

Tous les aspects logistiques de l'aide alimentaire du programme du PAM sont couverts par un accord annuel entre le PAM et la Croix Rouge cambodgienne, et les dépenses sont couvertes par des crédits TIEM. Le PAM est responsable de la réception, de la première partie du transport, et du stockage de toutes les denrées alimentaires et gère des entrepôts dans six emplacements dans le pays. La Croix Rouge cambodgienne s'occupe de la deuxième partie du transport depuis les entrepôts du PAM jusqu'aux centres de distribution pour tous les programmes d'aide alimentaire du PAM et elle gère et entretient une flotte de 53 camions, au titre de l'accord ci-dessus. Pour les projets vivres-contre travail, l'aide alimentaire est livrée directement aux bénéficiaires.

Tableau 5: Nombre de communes ayant un déficit en riz, par province, 1996

Nombre de
communes
Communes
en déficit

1996
Communes
en
déficit
chronique 1/
Phnom Penh 76 4 2
Kandal 147 19 17
Kampong Cham 193 52 43
Svay Rieng 80 17 17
Prey Veng 116 11 8
Takeo 99 13 10
Kampong Thom 81 24 12
Siem Reap 108 21 16
Battambang 66 8 3
Banteay Meanchey 62 12 4
Pursat 44 13 8
Kampong Chhnang 69 5 5
Kampot 95 37 34
Kampong Speu 86 40 40
Kratie 46 15 13
Other Provinces - - -
Total 1 368 291 232

NOTES: A. Les communes en déficit en 1996 sont celles dans lesquelles:
- plus de 50 pour cent des ménages sont producteurs de riz;
- la superficie moyenne des cultures de riz par producteur est supérieure à 0,50 hectare et le déficit en paddy par tête dépasse 41 kg.
B. Les communes en déficit chronique sont celles qui auraient eu un déficit même s'il n'y avait pas eu de pertes de récolte.
1/ Sous-ensemble de communes en déficit en 1996.



MESURES A MOYEN ET LONG TERMES

Le fait de ne pas disposer de données fiables et à jour a sérieusement entravé l'établissement des estimations de la production dans le passé. L'enquête qui vient d'être effectuée par le projet de la FAO "Formation aux statistiques agricoles" (TCP/CMB/4452(T)) dans quatre provinces et l'étude du PAM sur les communes dans 15 provinces, fournissent les données nécessaires à l'élaboration de statistiques agricoles plus fiables. La mission estime que ces enquêtes doivent être répétées pendant une autre saison encore pour fournir une base fiable en vue de futures estimations des récoltes.

Les réseaux d'irrigation ont beaucoup souffert durant la guerre civile et les agriculteurs ont de grandes difficultés à irriguer durant la saison sèche. Il est fermement recommandé de remettre en état les structures d'irrigation pour permettre d'améliorer les cultures de la saison sèche. Il faudrait aussi envisager d'élargir les réseaux d'irrigation pour accroître ce type de cultures qui sont plus sûres et ont un meilleur rendement.

La mission a noté que les estimations officielles des pertes après récolte sont nettement inférieures à la réalité. Aucune étude n'a encore été entreprise dans ce domaine au Cambodge. Il est donc recommandé qu'un examen approfondi de la question soit effectué pour déterminer le montant exact des pertes et conseiller au Ministère de l'agriculture et aux agriculteurs comment agir pour réduire les pertes à l'avenir.

La mission recommande qu'un effort intense de vulgarisation permette d'éduquer les agriculteurs à l'utilisation accrue d'engrais. Le projet en cours du Service engrais de l'OSRO et de l'Unité de la nutrition des plantes de la FAO, effectue des essais sur le terrain depuis 1991/92 et ses conclusions offrent une base solide pour des recommandations en matière d'engrais. La diffusion de ces résultats par des programmes de vulgarisation permettrait d'améliorer la production agricole à venir.


Le présent rapport qui a été établi sous la responsabilité des Secrétariats de la FAO et du PAM, sur la base d'informations de sources officielles et officieuses, est réservé à un usage officiel. Etant donné que la situation peut évoluer rapidement, il est conseillé de s'adresser, si nécessaire, aux personnes ci-après pour un complément d'informations.

B. Szynalski, Directeur, OP, PAM - Télex: 626675 WFP I - Télécopie: 0039-6-5228-2837
Abdur Rashid, Chef, SMIAR FAO - Télex: 610181 FAO I - Télécopie: 0039-6-5225-4495 - Courrier électronique: INTERNET: GIEWS1@FAO.ORG

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