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VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue au Rwanda du 7 au 15 juin 1996 pour examiner les résultats de la production vivrière de la campagne “B” de 1996, pour évaluer les disponibilités alimentaires dans le pays et pour estimer les besoins d'importation pour le deuxième semestre de 1996, y compris les besoins d'aide alimentaire. Elle s'est rendue dans les principales zones de culture et s'est entretenue avec des hauts fonctionnaires d’Etat concernés aux niveaux national et local, avec des agriculteurs, avec des représentants officiels des ONG, des organisations internationales du système des Nations Unies et des donateurs bilatéraux. La mission a également pu prendre connaissance des résultats d'enquêtes préliminaires sur l'évolution de la campagne agricole “B” de 1996 organisées par la FAO dans toutes les préfectures.

De même que la campagne précédente, la saison “B” de 1996 s'est caractérisée par une extension de la superficie plantée, de 7 pour cent en moyenne, avec une augmentation particulièrement importante pour le sorgho et les pommes de terre (17 pour cent) et pour les légumineuses (14 pour cent). Ces progrès reflètent la plus grande stabilité qui règne dans l'intérieur du pays et la reprise d'activités agricoles régulières par un nombre considérable de réfugiés de retour. Les conditions de culture ont été généralement favorables, avec des précipitations opportunes et régulières, exception faite de quelques ilôts de sécheresse.

La mission estime la production céréalière de la saison “B” de 1996 à 109 000 tonnes, dont 85 000 tonnes de sorgho, 12 400 tonnes de maïs et quelque 5 500 tonnes de blé et 5 500 tonnes de riz (paddy). La production de légumineuses est estimée à 72 000 tonnes, celle de racines et tubercules à 607 000 tonnes, et celle de bananes à 1 049 000 tonnes. En comparaison avec la saison “B” de 1995, ces estimations suggèrent une progression de 38 pour cent pour les céréales, 20 pour cent pour les légumineuses et 14 pour cent pour les racines et tubercules, la production de bananes restant à peu près la même. Malgré ces améliorations, la production estimative totale de la saison “B” de 1996 est encore inférieure de 23 pour cent à celle d'avant la crise de 1990.

L'afflux de réfugiés de retour s'est ralenti depuis quelques mois et la mission prévoit qu'il sera en moyenne de 10 000 personnes par mois en 1996. Sur la base de cette hypothèse, le pays compterait au total 6 317 000 habitants en septembre en 1996. Au niveau de production prévu, les besoins d'importation pour le second semestre de 1996 sont estimés à 35 000 tonnes de céréales (dont 12 000 tonnes d'équivalent céréales correspondant au déficit de production de racines et tubercules) et 28 000 tonnes de légumineuses. Compte tenu du volume probable des importations commerciales, la mission estime qu'il y aura un déficit de 24 000 tonnes de céréales et 19 000 tonnes de légumineuses durant le second semestre de 1996. Quelque 576 000 personnes auront besoin d'une aide alimentaire d'urgence pendant le second semestre de l’année; quelque 40 pour cent d'entre elles auront besoin d'une assistance sélective et d'un soutien dans le cadre de programmes d’alimentation des collectivités, et plus d'un tiers participeront à des programmes de travaux d'urgence pour la reconstruction d'habitations et la remise en état du secteur agricole et de l'infrastructure rurale. Le plus grand nombre de bénéficiaires visés, si l'on considère la population totale des préfectures, se trouvent à Butare, Gikongoro et Kibuye.

Compte tenu de la production du premier semestre de 1996 (Saison "A"), la mission estime la production céréalière totale en 1996 à 182 000 tonnes (29 pour cent de plus qu'en 1995), celle de légumineuses à 189 000 tonnes (41 pour cent de plus), celle de racines et tubercules à 1 144 000 tonnes (30 pour cent de plus) et celle de bananes à 2 105 000 tonnes (5 pour cent de plus).

Les efforts pour préparer la saison "A" de 1997 devront être axés en priorité sur la multiplication et la diffusion sur une grande échelle de matériel de plantation exempt de maladie pour le manioc et les patates douces, ainsi que sur la fourniture à un coût abordable de facteurs de production tels que des semences sélectionnées pour les légumineuses et le maïs, des engrais minéraux et des pesticides. Mais, il faut voir aussi au-delà de la prochaine campagne agricole et envisager un redressement complet du secteur agricole. L'aide internationale sera spécialement importante pour la réorganisation des secteurs du thé, du café et de la producton animale.


I. POPULATION

En juin 1996, 1,7 million de Rwandais, soit 22 pour cent de la population du début de l'année 1994, vivaient dans des camps de réfugiés à l'extérieur de leur pays. Soixante-quatre pour cent d'entre eux se trouvent dans les camps de Goma, Bukavu et Uvira au Zaïre, quelque 30 pour cent dans les camps de Ngara et Karagwe en Tanzanie, 5 pour cent au Burundi et un petit nombre en Ouganda. La majorité des réfugiés actuels ont fui leur pays au moment des soulèvements d'avril 1994; ils sont désignés par l’expression “nouveaux réfugiés”. Toutefois, il y a eu plusieurs vagues de “sorties” depuis 1959: ces réfugiés sont connus sous le nom de "réfugiés de longue date" et beaucoup d'entre eux sont revenus dans le pays depuis le deuxième semestre de 1994.

En 1995, un total de 227 000 Rwandais sont revenus dans leur pays, presque les deux tiers d'entre eux faisant partie des "réfugiés de longue date". L'afflux mensuel moyen a été de quelque 19 000 personnes, l'effectif allant de 35 000 en janvier à 7 000 en novembre. L'année 1996 s'est ouverte avec le retour de, respectivement, 14 000 et 23 000 réfugiés en janvier et en février. Durant les trois mois suivants, le nombre de retours a fortement baissé, tombant en moyenne à quelque 4 200 personnes par mois. Au total, il y a eu 51 000 arrivées entre janvier et mai 1996. En contraste avec les rapatriés de l'année dernière, deux tiers des personnes revenues au pays pendant les cinq premiers mois de 1996 faisant partie des "nouveaux réfugiés".

Ces faits nouveaux récents suggèrent deux conclusions provisoires. En premier lieu, il se pourrait que les personnes de retour soient maintenant des “nouveaux réfugiés 4" plutôt que des "réfugiés de longue date". Pour ceux du groupe des "nouveaux réfugiés", il sera plus facile de vérifier les titres de propriété revendiquée et d’assurer la réinsertion dans une activité productive; leurs exploitations seront peut-être restées en jachère ou pourront avoir été partiellement cultivées par d'autres membres de la famille durant leur absence relativement brève. La mission a été témoin d’une telle réintégration de "nouveaux réfugiés” et elle a constaté son effet positif sur la production alimentaire de cette année dans l'ensemble du pays. En revanche, la situation est beaucoup plus complexe pour les Rwandais de retour qui avaient fui leur pays il y a une trentaine d'années et qui n'ont pas de terre ni de de propriété sur laquelle revenir. En deuxième lieu, le nombre moyen de personnes de retour chaque mois en 1996 pourrait être plus proche des 10 000 que des 50 000 prévues entre 1996 et 1998 dans le scénario principal du plan perspectif du Ministère de l'agriculture pour 1996-2002. Le gouvernement retient toutefois comme scénarios secondaires un nombre de retours de 10 000 ou de 20 000 personnes par mois.

Malgré les résultats des cinq premiers mois de cette année, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés continue d'envisager comme un scénario possible le retour cette année de 200 000 réfugiés, soit tout juste 10 pour cent de moins que l'année dernière. En fait, il est extrêmement difficile de prévoir le nombre de retours en raison de l’insécurité élevée dans la sous-région. Après des mois où le rythme lent de rapatriements persisterait, restant comparable à ceux observés de mars à mai 1996, l'annonce d'une plus grande stabilité et sécurité au Rwanda ou bien une augmentation importante des tensions existantes au Burundi ou dans les camps du Zaïre pourraient relancer un retour massif au-delà de toutes les prévisions fondées sur les tendances. S'il est peu probable que le scénario de 50 000 retours par mois se concrétise, il n'en est pas moins impératif d'être préparé aux imprévus. Etant donné ces incertitudes et d'autres, de nombreuses organisations humanitaires conservent des réserves d'urgence au Rwanda ou à l’échelle sous-régionale.

Le Tableau 1 donne les estimations courantes de la population par préfecture et pour l'ensemble du pays. Sur cette base, la population du Rwanda en juin 1996 est estimée à 6,2 millions d'habitants. On admet que le nombre de retours mensuels est de 10 000. Toutefois, dans la section "Analyse de l’offre et de la demande" du rapport, des prévisions des déficits vivriers ont également été faites sur la base des deux autres scénarios de 20 000 et 50 000 retours par mois.

Tableau 1 Estimations de la population par préfecture en milliers d’habitants (au 31 mai 1996)

POPULATION (en milliers d’habitants) Butare Byumba Cyangugu Gikongoro Gisenyi Gitarama Kibungo Kibuye Kigali Ruhengeri Rwanda
Population 1991 765 780 515 465 730 850 650 475 1 150 770 7 150
Population début 1994 830 845 560 505 790 925 700 515 1 250 830 7 750
Nombre de personnes tuées 200 50 75 70 25 96 46 77 136 25 800
Nombre de réfugiés 197 250 73 50 183 76 404 92 216 173 1 714
Nombre de rapatriés 52 220 31 17 74 20 101 10 200 75 800
Taux de croissance 1996 9 20 9 7 13 14 7 7 21 15 121
Population totale en mars 1996 494 785 452 409 669 787 358 363 1 119 722 6 157
Population totale en juin 1996 502 796 456 413 677 794 368 367 1 132 731 6 237
Population totale en septembre 1996 509 807 461 418 686 802 379 372 1 144 739 6 318
Population agricole en mars1996 460 769 438 397 642 763 347 352 783 696 5 648
Nombre de ménages agricoles 86 144 75 67 114 142 66 67 141 129 1 029


II. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 1996


2.1 Production alimentaire pendant la saison "A" de 1996

Selon la mission FAO/PAM qui s'est rendue au Rwanda en décembre 1995, la saison "A" de 1996 a été caractérisée par un accroissement de la superficie plantée de quelque 14 pour cent par rapport à la saison "A" de 1995. Cette amélioration a été due à une augmentation de la population agricole active suite à la clôture des camps de personnes déplacées à l'intérieur du pays et au retour d'un nombre important de réfugiés "de longue date", ainsi qu'à une amélioration de la sécurité dans le pays et à l'aide apportée par la communauté internationale à la pupulation éprouvée sous forme de semences et d'outils agricoles. Les rendements ont aussi été généralement meilleurs grâce aux bonnes précipitations et au fait qu'il y a eu peu d'attaques des ravageurs. Toutefois, une sécheresse localisée a fortement réduit, dans certaines zones, les rendements en haricots, maïs et arachides.

La production de la saison "A" de 1996 a été estimée à 1,78 million de tonnes - soit 75 pour cent de ce qu’elle était avant la crise de la saison "A" de 1990 - se décomposant comme suit: 73 000 tonnes de céréales, 117 000 tonnes de légumineuses, 1,06 million de tonnes de bananes et 536 000 tonnes de racines et tubercules. Des estimations faites ensuite par le Ministère de l'agriculture (MINAGRI) en mars 1996 ont fait apparaître des niveaux de production quelque peu inférieurs à ceux indiqués par les estimations de la mission, ce qui peut s'expliquer par le fait que la mission avait inclus une prévision de la production peu importante de la saison "C", normalement prise en considération avec les deux saisons principales "A" et "B".


2.2 Production des cultures vivrières pendant la saison "B" de 1996

La mission a été précédée d'enquêtes préliminaires sur l'évolution de la saison agricole, organisées par la FAO en coopération avec le PAM et MINAGRI dans la totalité des dix préfectures. Les résultats de ces enquêtes ont été pour la mission une bonne source d'informations sur les précipitations, la superficie plantée, les maladies des plantes et l’état général des cultures. Sur cette base, la mission a sélectionné sept préfectures parmi celles les plus affectées par les irrégularités et l’insuffisance des précipitations, aux fins d'une inspection de première main sur le terrain de l’état général des cultures, complétée par des entretiens détaillés avec le personnel des Directions générales des services agricoles (DRSA) et avec les agriculteurs. Elle a également consulté le personnel intéressé au MINAGRI, au Ministère de la planification (MINIPLAN) et à la Banque nationale du Rwanda (BNR), ainsi que le personnel technique des organisations du système des Nations Unies, des ONG et des donateurs bilatéraux s’occupant le plus de suivre la situation alimentaire et agricole au Rwanda.

2.2.1 Superficies plantées

De même que la campagne précédente, la campagne "B" de 1996 est caractérisée par une expansion de la superficie cultivée, grâce à la combinaison d'un certain nombre de facteurs positifs: la plus grande stabilité dans l'intérieur du pays; la reprise d'une activité agricole normale par un grand nombre de rapatriés (aussi bien "réfugiés de longue date" que "nouveaux réfugiés") dont beaucoup ont été installés sur des exploitations qui leur ont été allouées sur une base permanente (spécialement dans les préfectures de Kibungo et Butare); l'exploitation de certaines fermes appartenant à des absents données en location à des résidents dans les préfectures de Ruhengeri et Kibungo en particulier; la plus grande disponibilité d'intrants en général et de semences en particulier; enfin, l'aide apportée par la communauté internationale à des groupes vulnérables.

La mission estime la superficie plantée à quelque 565 000 hectares, soit 7 pour cent de plus que pendant la saison "B” de 1995, les accroissements les plus importants ayant été obtenus pour le sorgho et les pommes de terre (17 pour cent dans les deux cas) et pour les haricots (14 pour cent). Néanmoins, la superficie actuellement plantée ne représente que 81 pour cent de celle de la saison "B" de 1990, avant la crise, et cela parce que de nombreux Rwandais se trouvent encore à l'extérieur du pays, quelques poches d'insécurité persistent à proximité des frontières avec le Zaïre, le Burundi et la Tanzanie et enfin les disponibilités de semences restent, malgré les progrès accomplis, inférieures aux besoins en termes quantitatifs aussi bien que qualitatifs.

2.2.2 Rendements

Dans l'ensemble du pays, les pluies ont commencé en temps voulu et sont restées régulières jusqu'à une interruption inopportune au début de mai. Les cultures plantées en temps voulu - au début des pluies en janvier/février - ne devraient toutefois pas s’en ressentir notablement puisqu’elles étaient parvenues à maturité. En dépit des précipitations généralement normales, il y a eu des poches de sécheresse dans les préfectures de Kigali (dans les communautés de Gashora et, en partie, de Kanzenze), de Byumba (Muhura et spécialement Ngarama), de Gitarama (Runda et Nyabikewke), de Butare (Shyanda), de Gikongoro (Nyamagabe et Rukondo) et de Cyangugu (Kagano et Gisuna). En revanche, les préfectures de Ruhengeri (Cyabingo) et Butare (Maraba, Muyira) ont souffert de pluies excessives. L'irrégularité des précipitations a eu un effet négatif qui, néanmoins, a été surtout localisé, affectant principalement les légumineuses plantées tardivement et les patates douces qui ont souffert au stade de la floraison/maturité. Dans l'ensemble, les rendements devraient être quelque peu supérieurs à ceux de la saison "B" de 1995, spécialement pour le sorgho, le maïs, le riz, les petits pois et les arachides. Une exception majeure à ce tableau généralement positif est le soja dont les rendements se sont ressentis de la très mauvaise qualité des semences.

Le principal facteur d’amélioration des rendements a été le fait que la terre était restée en jachère sur des exploitations qui n'avaient été que partiellement ou pas du tout opérationnelles depuis la crise. En outre, beaucoup des facteurs responsables de l'expansion des superficies plantées ont également eu des effets positifs sur les rendements. Néanmoins, un retour à des rendements normaux ou au moins aux rendements obtenus en 1990 est empêché par une combinaison de facteurs venant s'ajouter aux facteurs climatiques. Les plus importants sont les suivants: l'insuffisance, sinon l'absence, de disponibilités de semences et de matériel végétal de plantation de haute qualité, spécialement dans le cas du manioc, du maïs et du soja; la disponibilité insuffisante et, avant tout, le coût élevé des pesticides (en particulier le dithane) servant à combattre des ravageurs et des maladies tels que le puceron noir sur les haricots et les petits pois, les maladies de la mosaïque et de l'ascariose sur le manioc, les chenilles sur les patates douces et le mildiou sur les pommes de terre.

Les rendements les plus élevés ont été observés dans la préfecture de Ruhengeri (où la situation est presque redevenue normale avec une population résidente de 96 pour cent de celle d'avant la crise) pour ce qui concerne le sorgho, le maïs, le blé, le soja et le taro.

2.2.3 Production

Le Tableau 2 présente des estimations détaillées de la production de la saison "B" de 1996, par culture et par préfecture. Dans le Tableau 3, la production végétale pour l'ensemble de l'année 1996 est comparée à celle des années précédentes. La mission estime la production vivrière totale de la saison "B" de 1996 à 109 000 tonnes de céréales, 72 000 tonnes de légumineuses, 1 049 000 tonnes de bananes et 607 000 tonnes de racines et tubercules. En comparaison avec la saison "B" de 1995, cela représente une progression globale de 7 pour cent, les augmentations les plus importantes concernant le sorgho, le maïs, le riz, les arachides et les pommes de terre. La production de bananes stagne.

Globalement, la production végétale pour l'ensemble de l'année 1996 est estimée à 15 pour cent de plus que celle de 1995 (Tableau 3), mais elle reste inférieure de 23 pour cent à celle d’avant la crise de 1990. Pour ce qui est de la production par habitant, compte tenu de l’effectif plus restreint de la population en 1996, le résultat pour cette année est inférieur de 14 pour cent à celui de 1990.

Tableau 2 Estimations de la production agricole pour la saison “B” de 1996 (en milliers de tonnes)

Culture/Préfectures Butare Byumba Cyangugu Gikongoro Gisenyi Gitarama Kibungo Kibuye Kigali Ruhengeri Rwanda
Sorgho 7,4 25,2 0,2 3,9 0,3 6,7 9,6 2,3 25,2 4,4 85,2
Maïs 0,3 1,8 0,3 0,1 4,9 1,0 0,6 0,6 1,6 1,2 12,4
Blé 0,0 1,2 0,0 0,2 0,2 0,0 0,0 0,8 0,0 3,2 5,6
Paddy 1,9 0,8 0,9 0,0 0,0 1,0 0,1 0,0 0,8 0,0 5,5
TOTAL CEREALES 9,6 29,1 1,4 4,2 5,4 8,7 10,3 3,7 27,5 8,8 108,7
Haricots 2,3 11,7 2,7 0,3 2,9 5,4 4,5 3,1 13,0 14,3 60,2
Petits pois 0,1 0,6 0,1 0,0 0,2 0,5 0,5 0,3 1,3 0,7 4,3
Arachides 0,0 0,5 0,0 0,0 0,0 2,4 0,2 0,0 1,1 0,0 4,2
Soja 1,4 0,0 0,5 0,7 0,2 0,1 0,0 0,0 0,0 0,3 3,2
TOTAL LEGUMINEUSES ET GRAINES OLEAGINEUSES 3,8 12,8 3,3 1,0 3,3 8,5 5,2 3,4 15,4 15,2 71,9
BANANES 55,4 131,5 59,8 20,2 72,2 149,2 209,1 16,8 233,4 101,8 1 049,4
Pommes de terre 0,4 2,8 1,1 2,5 21,5 0,9 1,1 3,9 3,0 59,1 96,3
Patates douces 29,0 54,0 14,3 32,5 39,3 57,1 12,4 18,1 40,7 71,2 368,6
Taros et ignames 3,5 1,0 6,4 2,3 2,3 5,7 2,5 3,3 6,9 5,5 39,4
Manioc 9,3 11,1 11,9 2,5 4,0 29,3 3,3 1,5 24,9 4,9 102,7
TOTAL RACINES ET TUBERCULES 42,2 68,9 33,7 39,8 67,1 93,1 19,3 26,8 75,5 140,7 607,0

Tableau 3 Production agricole de 1990 à 1996, par culture (en milliers de tonnes)

Culture 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 Varia-tion 1996/ 1995 (%) Varia-tion 1996/ 1990 (%)
Bananes 2 966 2 777 2 120 2 316 2 136 1 489 2 002 2 105 105 76
Légumineuses 226 248 242 230 178 51 134 189 141 76
Céréales 221 252 244 239 233 132 141 182 129 72
Racines et tubercules 1 320 1 448 1 429 1 783 1 697 1 207 881 1 144 130 79
TOTAL 4 733 4 725 4 035 4 568 4 244 2 879 3 158 3 620 115 77


III. OFFRE ET DEMANDE EN 1996

La mission a constaté que les marchés étaient généralement bien approvisionnés en produits alimentaires de base. En mai 1996, les prix des principales récoltes vivrières, qui sont actuellement évalués par la FAO en coopération avec le PAM et avec l'Union européenne sur trente marchés principaux, s'étaient généralement stabilisés. Le Tableau 4 montre leur évolution.

Tableau 4 Indice national des prix pour certaines cultures vivrières, juin 1995 - mai 1996 (juin 1995=100 1/)

1995 1996
Produits alimentaires Juin Sept. Déc. Mars Mai
Sorgho 100 90 82 72 68
Maïs 100 130 115 105 98
Riz 100 115 123 129 129
Manioc 100 111 96 101 103
Patates douces 100 75 60 60 65
Pommes de terre 100 150 114 93 93
Bananes (pour utilisation en tant que fruit) 100 97 91 84 92
Haricots 100 174 131 85 84
Petits pois 100 144 138 85 79

1/ Source: FAO/PAM/Communauté européenne - Rapport des prix agricoles au Rwanda, deuxième quinzaine du mois de mai 1996, Kigali 1996

Dans une société où quelque 85 pour cent de la population sont classés comme ruraux et où environ 70 pour cent de la production alimentaire sont destinés à l'autoconsommation par les ménages agricoles eux-mêmes, les prix alimentaires ont évidemment un rôle limité. Toutefois, pour les consommateurs nets, une baisse des prix signifie un meilleur accès aux approvisionnements et une sécurité alimentaire accrue au niveau des ménages.

La situation des stocks alimentaires au Rwanda est essentiellement déterminée par les stocks détenus au titre de l'aide alimentaire et les hypothèses relatives aux quantités stockées par les ménages agricoles. Conformément au cycle de production, qui favorise la production de légumineuses pendant la saison "A" et celle de céréales pendant la saison "B", la mission a admis que les ménages agricoles constituent des stocks des premières pendant la saison "A" et des secondes pendant la saison "B". Il ne fonctionne actuellement aucun dispositif public de commercialisation ou de constitution de réserve; OPROVIA, l’Office para-étatique national pour l'alimentation et l'élevage, qui avait l'habitude d'intervenir sur les marchés et détenait de petits stocks a cessé d’être opérationnel. Il y a à peu près une douzaine d'importateurs commerciaux de céréales et de légumineuses, mais il est peu probable qu'ils possèdent des stocks importants. Dans ces conditions et étant donné les incertitudes concernant les mouvements de population dans le proche avenir, l'entretien de réserve nationales ou régionales par les donateurs au titre de l'aide alimentaire est particulièrement important.

Les statistiques des importations alimentaires émanant de diverses sources, notamment l'Office national des douanes, la Banque nationale du Rwanda (BNR) et le Ministère de la planification (MINIPLAN) ne présentent pas un tableau cohérent. Si toutes reconnaissent le rôle prédominant des importations d’aide alimentaire durant ces dernières années, elles sont en désaccord sur le volume des importations commerciales. En outre, il n'y a pas d'estimations fiables du marché parallèle avec les pays voisins. Les estimations des importations commerciales faites par la mission reposent sur l’examen qu’elle a fait des données fournies par différentes sources.

Etant donné ces hypothèses, les tableaux 5 et 6 récapitulent les estimations des bilans alimentaires faites par la mission, respectivement pour le deuxième semestre et pour la totalité de l'année de 1996. Pour préparer ces bilans, la mission a révisé des paramètres fondamentaux utilisés par des missions antérieures. La consommation alimentaire a été définie comme la consommation apparente moyenne des années 1988/1990, à savoir 33 kilos de céréales par habitant et par an, 32 kilos de légumineuses, 188 kilos de racines et tubercules et 408 kilos de bananes. Les déficits en ce qui concerne les racines et tubercules ont été convertis en équivalent céréales afin de déterminer les besoins d'importation de céréales. Toutefois, les bilans alimentaires actuels excluent les bananes de ce type de conversion. Deux tiers des bananes produites sont consommées sous forme de bière de banane. Si toutefois cette dernière contribue notablement à l’apport en calories, elle n'est pas considérée comme un produit facilement substituable, autrement dit un déficit de production de bananes n'aboutira pas au remplacement des bananes par des céréales dans l’assortiment alimentaire des ménages. Les utilisations autres qu'alimentaires et les pertes sont estimées à 11 pour cent pour les céréales, 20 pour cent pour les légumineuses, 9 pour cent pour les racines et tubercules et 3 pour cent pour les bananes.

Tableau 5 Bilan alimentaire: juillet-décembre 1996 (en milliers de tonnes) - Population au 30/09/96: 6 317 000 habitants

Total céréales Légumi-neuses Total céréales et légumi-neuses Racines et tubercules Bananes et plantains
Disponibilités intérieures 120 98 218 607 1 049
Stocks d’ouverture 11 26 37 0 0
Production “B” de 1996 109 72 181 607 1 049
Utilisation totale 143 126 269 649 1 320
Consommation 104 101 205 594 1 289
Autres utilisations/pertes 12 14 26 55 31
Stocks de clôture 27 11 38
Besoins d’importation 23 28 51 42 271
(en équivalent céréales)
Besoins en équivalent céréales 36 28 64 12
Importations commerciales estimatives 11 9 20
Aide alimentaire 25 19 44

Tableau 6 Bilan des disponibilités alimentaires: janvier-décembre 1996 (en milliers de tonnes) - Population au 30/06/96: 6 236 000 habitants

Total céréales Légumi-neuses Total céréales et légumi- neuse Racines et tubercules Bananes & plantains
Disponibilité intérieure 212 203 415 1 144 2 106
Stocks d’ouverture 30 14 44 0 0
Production en 1996 182 189 371 1 144 2 106
Utilisation totale 255 248 503 1 276 2 608
Consommation 206 200 405 1 173 2 545
Autres utilisations/pertes 22 38 60 103 63
Stocks de clôture 27 11 38
Besoins d’importation 43 45 88 132 502
(en équivalent céréales)
Besoins en équivalent céréales 1/ 82 45 127 39
Importations commerciales estimatives 26 18 44
Aide alimentaire 56 27 83
Distribution jusqu’à la fin juin 21 11 32

1/ A l’exclusion de l’équivalent en céréales des bananes; voir explication dans le texte.

Conformément aux observations faites dans la section "Population", les trois bilans alimentaires pour les saisons "B" de 1996, "A" de 1996 et la totalité de l'année 1996 supposent une population de, respectivement, 6 317 000, 6 158 000 et 6 236 000 habitants. En conséquence, pour le second semestre de 1996, la mission estime les déficits de l'offre par rapport à la demande à 23 000 tonnes pour les cE9‚réales, 28 000 tonnes pour les légumineuses et 42 000 tonnes pour les racines et tubercules. Les racines et tubercules étant convertis en équivalent céréales, les besoins d'importation totaux de céréales et de légumineuses sont estimés à 64 000 tonnes, dont 20 000 tonnes devraient être satisfaits par des importations commerciales. Les besoins d'aide alimentaire pour le second semestre de 1996 se chiffreraient donc à 44 000 tonnes. Une augmentation du nombre de rapatriés n'aurait qu'un effet négligeable sur les besoins d'aide alimentaire s’il atteignait 20 000 personnes par mois. Mais un retour massif inattendu correspondant au scénario de 50 000 réfugiés de retour par mois pendant le second semestre 1996 accroîtrait de 7 000 tonnes les besoins d'aide alimentaire.

Les besoins globaux d'aide alimentaire chiffrés à 44 000 tonnes de céréales et légumineuses pour le second semestre 1996 (réfugiés non compris) comprennent 31 812 tonnes à fournir par le PAM, avec le reste à combler par d'autres institutions. Les stocks du PAM et les annonces de contributions confirmées pour le second semestre 1996 s’élèvent à 10 651 tonnes de céréales et 7 841 tonnes de légumineuses, soit un total de 18 492 tonnes.

Pour l'ensemble de l'année 1996, le déficit de céréales et légumineuses, y compris l'équivalent céréales des racines/tubercules, est estimé à 127 000 tonnes. Les importations commerciales sont estimées à 44 000 tonnes, ce qui laisse un besoin d'aide alimentaire de 83 000 tonnes.


IV. ANALYSE REGIONALE

La mission s'est rendue dans sept des dix préfectures du pays, à savoir Ruhengeri au nord, Gisenyi à l'est, Butare et Gikongoro au sud (qui figurent parmi celles qui ont le plus souffert pendant et après la crise), et Kigali, Kibungo et Byumba à l'est (où quelques problèmes causés par la sécheresse avaient été signalés).


Butare

Les pluies ont généralement commencé en temps voulu et sont restées suffisantes et régulières. Il y a eu quelques cas isolés de précipitations excessives (Maraba et Muyira) et de sécheresse (Shyanda) imputables au démarrage tardif et à la cessation rapide des pluies. Dans l’ensemble, les céréales et les légumineuses ont été semées au juste noment en janvier/février et, à l'époque de la visite de la mission, le sorgho était parvenu à maturité et les haricots avaient été presque entièrement récoltés. Le manioc et les patates douces en étaient à des stades divers, tandis que les pommes de terre étaient parvenues à celui de la floraison. Les cultures étaient généralement en bonne santé, mais la maladie de la mosaïque et l'ascariose sévissaient sur le manioc, de même que la fusariose sur certaines plantations abandonnées de bananes. En général, la superficie plantée a augmenté de 7 à 8 pour cent, et des augmentations des rendements ont été notées, en particulier pour le sorgho, le haricot, le riz et les pommes de terre.

Malgré des améliorations depuis la fin août, la proportion de ménages en situation alimentaire précaire reste élevée (20 pour cent de la population). Depuis le début de l'année, 25 000 réfugiés sont revenus dans la préfecture. Un total de 50 000 bénéficiaires participent actuellement à des programmes vivre-contre-travail axés par exemple sur la remise en état des routes, la reconstruction des maisons et les périmètres rizicoles. Les rapatriés survivent principalement grâce à l'aide alimentaire.


Gikongoro

Les pluies ont commencé en temps voulu et sont restées régulières, mais elles n'ont pas toujours été bien réparties. En février et en avril, il y a eu en certains endroits de fortes précipitations qui ont provoqué des inondations et été dommageables aux cultures, tandis qu’ailleurs, les pluies ont été insuffisantes car elles se sont arrêtées au début de mai. Les cultures ont été plantées en temps voulu et la superficie plantée a augmenté de 7 pour cent par rapport à 1995. Les principaux obstacles à l’expansion de la surface cultivée ont été l'insuffisance - quantitative et qualitative - des disponibilités de semences de pommes de terre et de soja et l'existence d'un nombre notable d'exploitations inactives ou d'exploitations gérées uniquement par des femmes ayant peu de capital. On cultive moins de blé en raison de l'absence de marchés, avec une tendance opposée pour le sorgho. En général, les cultures étaient en bon état et, lors de la visite de la mission, on était parvenu au stade de la maturation ou de la récolte pour les céréales et les légumineuses.

On peut escompter des augmentations des rendements pour les haricots, les pommes de terre et le manioc. Toutefois, les rendements globaux ne devraient pas beaucoup augmenter par rapport à ceux de la campagne précédente, car peu d'engrais ont été utilisés et des attaques localisées de maladies ont été observées sur les pommes de terre (mildiou et bactériose), et les patates douces (attaques d’insectes dans la zone du cours d'eau Mwogo), tandis que les bananeraies sont encore mal entretenues.

Les prix alimentaires, à l’exception de ceux des patates douces, sont très supérieurs à la moyenne nationale, ce qui est synonyme de difficultés pour les groupes en situation alimentaire précaire. Quelque 17 000 personnes bénéficient actuellement de programmes vivre-contre-travail du PAM, mais on envisage leur intensification. L’insécurité alimentaire risque de devenir grave dans cette préfecture.


Ruhengeri

En général, les pluies au cours de cette campagne ont été opportunes, régulières et bien réparties. Seule la zone de Cyabingo a souffert quelque peu de précipitations excessives qui ont été dommageables aux haricots et aux patates douces au stade de la floraison, ainsi qu’aux bananes.

Quatre-vingt-seize pour cent de la population d'avant la crise sont maintenant de retour dans la préfecture où les conditions sont pratiquement redevenues normales. La superficie plantée a augmenté de 6 pour cent par rapport à celle de la saison "B" de 1995 ce qui tient aux disponibilités suffisantes de semences, à la reprise d'une activité agricole par les rapatriés revenus en 1995 et à l'utilisation des terres agricoles par les agriculteurs résidents. En conséquence de périodes de jachère prolongées et parce que les disponibilités d'engrais ont été adéquates quoique coûteuses (exception faite des engrais NPK), les rendements ont été meilleurs que ceux de la saison "B" de 1995 pour ce concerne le sorgho, les bananes, le manioc et, dans une moindre mesure, les légumineuses. Les rendements en haricots auraient été plus élevés si l’on n’avait

observé un insecte nuisible, qui n'a pas encore été identifié, dans les zones de Kidaho et Cyeru. La diminution des rendements en soja est attribuée au fait que les semences étaient de qualité inférieure ainsi qu'au manque de débouchés qui ont incité les agriculteurs à remplacer le soja et les patates douces par d'autres cultures.

Les marchés ruraux sont bien approvisionnés et l'excédent de production est régulièrement commercialisé. Les prix alimentaires sont nettement inférieurs à la moyenne nationale. Quelques 16 000 rapatriés se trouvant dans les zones de réinstallation et groupes en situation alimentaire précaire sont actuellement intégrés dans des programmes de redressement rural (vivre-contre-travail).


Gisenyi

Les précipitations ont généralement été satisfaisantes, exception faite de quelques pluies excessives tombées en juin à proximité de la ville de Giseyni qui ont provoqué une forte érosion des pentes des collines, laquelle pourrait être préjudiciable aux cultures de haricots et de maïs, ainsi qu’aux plantations de thé.

De manière générale, la superficie cultivée totale a peu augmenté bien que les disponibilités de semences aient été suffisantes, et les accroissements maximums ont été enregistré pour le sorgho, les haricots et les pommes de terre. Un facteur contribuant à cette situation est l'insécurité qui perturbe l'activité agricole dans les zones frontières avec le Zaïre, par exemple dans les collectivités de Nyamyumba, Kayove, Kanama et Rwerere, ainsi que la cessation de l'aide extérieure dans le sud de la préfecture.

Les cultures étaient généralement en bonne santé lors de la visite de la mission, avec peu d’attaques des maladies et des ravageurs, exception faite de la mosaïque sur le manioc. En outre, les plantations de bananes des absents étaient mal entretenues par les agriculteurs résidents. Les rendements devraient être généralement analogues à ceux de la saison "B" de 1995, avec quelques améliorations pour les pommes de terre, les petits pois et, surtout, le maïs.

En raison de l'insécurité et de la cessation pratique des échanges de part et d'autre des frontières, les prix alimentaires sont en hausse. Quelque 60 000 réfugiés "de longue date" se réinstallent actuellement dans la préfecture. Quelque 14 000 bénéficiaires profiteront de programmes vivre-contre-travail. L'afflux de quelque 15 000 réfugiés Masisi (Zaïre) contribue à accroître l’insécurité alimentaire. La situation sur le plan de la sécurité dans les régions du lac Kivu et de la forêt de Gishawati est préoccupante.


Byumba

Les pluies ont commencé en temps voulu et sont restées régulières et satisfaisantes dans la partie septentrionale de la préfecture, alors qu'elles ont été insuffisantes et mal réparties dans l'est et dans le sud. la superficie plantée a été de 10 pour cent supérieure à celle de la saison "B" de 1995, avec une expansion de 20 pour cent pour le sorgho, les pommes de terre et les patates douces. Des pluies excessives dans les communautés de haute altitude ont affecté les rendements de légumineuses et de petits pois qui en étaient au stade de la floraison.

Les communes les plus affectées sont celles de Muhura et Ngamara à l’est, où la plantation tardive (à la fin au lieu du commencement du mois de mars) imputable à l'insuffisance et à l'irrégularité des pluies, ainsi que les attaques des ravageurs et des maladies (puceron noir sur les légumineuses, chenille sur les patates douces, maladie de la mosaïque sur le manioc et mildiou et fusariose sur les pommes de terre), ont été préjudiciables à la santé des cultures. Toutefois, pour ce qui est des céréales, la situation était satisfaisante à Muhura, tandis qu'elle l'était moins à Ngarama.

Le principal problème de la préfecture est la réinstallation de quelque 200 000 réfugiés "de longue date" revenus dans la région nord-est de Mutara. Le programme de remise en état des rizières dans le cadre de programmes vivre-contre-travail contribue à la sécurité alimentaire. Les programmes vivre-contre-travail auxquels participent quelque 40 000 personnes seront poursuivis, et le soutien aux centres de nutrition et aux orphelinats sera maintenu.


Kigali

Les pluies et les semis ont eu lieu en temps voulu. La superficie plantée a augmenté de 8 pour cent par rapport à la campagne "B" de 1995, avec une expansion de 15 pour cent pour les pommes de terre. Le manque d'intrants a été un facteur limitant dans la partie sud de la préfecture. En contraste avec la partie nord, où la campagne a été bonne avec d'amples disponibilités de facteurs de production (engrais NPK, urée, matériel de plantation sélectionné pour les pommes de terre), la partie sud a eu trop peu de pluie dans les communautés de Gashora et Kanzenze et a connu des problèmes phytosanitaires (striga sur le sorgho dans le Ngenda, chenille sur les patates douces, sauterelles, maladie de la mosaïque sur le manioc et puceron noir sur le haricot). Globalement toutefois, les rendements seront supérieurs à ceux de la saison "B" de 1995, spécialement pour les petits pois, le soja et les pommes de terre.

Quelque 43 000 personnes bénéficient actuellement de programmes vivres-contre-travail. L'aide alimentaire à la ville de Kigali pourrait être réduite étant donné l'amélioration observable des conditions de vie et les efforts futurs seront axés sur les zones rurales de la préfecture.


Kibungo

Les précipitations ont été généralement satisfaisante et la superficie plantée a augmenté de 8 pour cent. Les principaux facteurs limitants ont été la disponibilité insuffisante de facteurs de production (spécialement d'engrais et de semences) et les problèmes phytosanitaires causés par la chenille sur les patates douces, le puceron noir sur les légumineuses, la maladie de la mosaïque sur le manioc, et les charançons et la fusariose sur les bananes. Toutefois, en comparaison avec la campagne précédente, les rendements se sont améliorés pour les petits pois, les pommes de terre, le taro et le manioc.

La préfecture de Kibungo est encore peu peuplée, avec des propriétés et des terres abandonnées. Par suite de l'arrivée de rapatriés revenant de l'Ouganda, de la Tanzanie et du Burundi, le cheptel a augmenté. La sécurité alimentaire est généralement satisfaisante dans la zone. Toutefois, le principal problème auquel devra faire face cette préfecture est le retour escompté de grands nombres de réfugiés. En raison de retards dans le démarrage du programme de construction de logements, le PAM continuera à apporter une aide à quelque 17 000 réfugiés de retour à qui il distribuera gratuitement des produits alimentaires, tandis que 14 000 personnes bénéficieront de programmes vivres-contre-travail. Le succès des programmes de réinstallation est essentiel afin d’éviter de dangereux conflits pour l'occupation des terres.


V. AIDE ALIMENTAIRE D'URGENCE

Pendant le premier semestre de 1996, les principaux donateurs d'aide alimentaire - PAM, Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Service de secours catholique (CRS) et Communauté européenne - ont distribué 33 000 tonnes de vivres, dont quelque deux tiers de céréales et 30 pour cent de légumineuses. Cette quantité a permis de répondre à environ 85 pour cent des besoins d'aide alimentaire en céréales/légumineuses estimés par la mission FAO/PAM de décembre 1995 pour cette période, et elle a représenté moins de la moitié de la quantité fournie pendant le premier semestre de 1995. L'aide alimentaire a été avant tout dirigée vers les zones du sud-ouest où le déficit alimentaire est chronique, à savoir Gitarama, Butare, Gikongoro et Kibuye.

Au début de juin, des stocks de quelque 14 000 tonnes étaient détenus dans le pays au titre de l'aide alimentaire, et il y avait environ 40 000 tonnes de stocks hors-pays à allouer aux régions selon les besoins; 59 000 tonnes de plus destinées à la région sont dans la filière. Du point de vue de la mission, les disponibilités d'aide alimentaire sont satisfaisantes compte tenu des besoins projetés, même en admettant le retour d'un plus grand nombre de réfugiés que celui supposé dans le scénario standard.

Quelque 45 pour cent des vivres distribués sont utilisés dans des programmes de travaux d'urgence pour la reconstruction d'habitations et le relèvement du secteur agricole et de l'infrastructure rurale. Les groupes de population qui ne sont pas en mesure de participer à des programmes vivre-contre-travail reçoivent une aide alimentaire ciblée ou participent à des programmes d’alimentation des collectivités. On estime que, durant le second semestre de 1996, 576 000 personnes - soit 9 pour cent de la population totale - auront besoin d'une aide alimentaire, quelque 40 pour cent de ce chiffre étant représentés par des groupes cibles et un tiers par des participants potentiels à des programmes vivres-contre-travail (Tableau 7). Les rapatriés figurent parmi les groupes de population visés en priorité, étant donné que la plupart d'entre eux ont très peu de ressources et que certains ont un accès limité à la terre. Les réfugiés de retour dans la partie sud du pays connaissent en particulier de graves problèmes de sécurité alimentaire.

Tableau 7 Nombres de bénéficiaires par préfecture et par type de programme (juillet-décembre 1996)

Nombre de bénéficiaires Besoins d’aide alimentaire
Préfecture Alimenta-tion des collectivités Relève-ment dans le cadre du program-me vivres-contre-travail Aide alimentaire ciblée Rapatrie-ment TOTAL Céréales Légumi-neuses Huile
Butare 3 700 49 000 17 000 20 000 89 700 5 258 2 460 322
Byumba 4 000 39 000 3 000 3 000 49 000 2 952 1 588 194
Cyangugu 8 000 26 000 7 000 5 000 46 000 2 748 1 292 169
Gikongoro 1 000 17 000 28 000 3 000 49 000 2 316 1 001 136
Gisenyi 2 500 14 000 5 000 7 000 28 500 1 704 763 102
Gitarama 2 000 29 000 8 500 3 000 42 500 2 406 1 244 155
Kibungo 2 300 10 000 6 000 5 000 23 300 1 342 582 79
Kibuye 3 000 13 000 25 000 4 000 45 000 2 184 889 125
Kigali 4 000 39 000 7 500 3 000 53 500 3 114 1 636 203
Ruhengeri 1 500 14 000 5 000 7 000 27 500 1 632 742 98
Total partiel 32 000 250 000 112 000 60 000 454 000 25 656 12 197 1 583
Camps de détention 52 000 52 000 1 560 936 156
Orphelinats 2 000 2 000 144 43 7
Projet PAM 53 445 53 445 3 049 369 156
Réfugiés Masisi 15 000 15 000 1 080 324 54
RWANDA 139 445 250 000 112 000 75 000 576 445 31 489 13 869 1 956


VI. REDRESSEMENT DU SECTEUR AGRICOLE

Une amélioration continue de la situation alimentaire et agricole du Rwanda jusqu’à la saison "A" de 1997 dépendra fortement des efforts à entreprendre en priorité pour éliminer les obstacles à la production observés lors de la visite de la présente mission. Ces efforts devront être orientés vers la multiplication et la très large diffusion de matériel végétal de plantation exempt de maladies pour le manioc et les patates, ainsi que de la fourniture à des prix abordables d'intrants tels que des semences sélectionnées pour les légumineuses et le maïs, ainsi que des engrais minéraux et des pesticides.

Mais il faut aussi voir au-delà de la prochaine campagne et envisager un redressement complet du secteur agricole avec par la suite la transformation d'une agriculture extensive et traditionnelle en une agriculture moderne et intensive. Le Gouvernement rwandais a amorcé un processus de réflexion sur les modes d'action possibles à moyen terme, au cours de la période 1996 à 2002. Des efforts entrepris en collaboration entre le Secrétariat permanent de la Table ronde du Ministère de la planification, le Ministère de l'agriculture et la FAO ont permis de déterminer un ensemble provisoire d'objectifs stratégiques, notamment un accroissement de la superficie cultivable par ménage agricole, grâce, entre autres, à une meilleure utilisation des marais et à une meilleure gestion des ressources naturelles dans les sous-secteurs de l'agriculture, de l'élevage et de l'agroforesterie. Les activités à entreprendre pour atteindre ces objectifs nécessiteront des investissements de l'ordre de 150 millions de dollars E.-U.

En outre, la réorganisation des sous-secteurs du café et du thé revêt dans l’immédiat une importance particulière pour l'économie rwandaise et une aide internationale sera indispensable à cet effet. La récolte de café de cette année, commençant en juin, devrait se chiffrer à quelque 22 000 tonnes, soit la moitié des quantités atteintes avant la crise. La qualité du café s'est beaucoup dégradée au cours des années passées et le mauvais entretien des plantations fera que le redressement de ce sous-secteur sera lent. Dans le sous-secteur du thé, un début a été fait avec la réinstallation d'usines dont cinq sont maintenant opérationnelles; quatre autres devraient reprendre leurs opérations sous peu. On estime que 1 500 à 2 000 emplois sont créés pour chaque usine réinstallée.


Le présent rapport, qui a été rédigé pour usage officiel seulement sous la responsabilité des Secrétariats FAO et PAM, sur la base d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de contacter pour plus de détails si nécessaire les personnes ci-après:

Abdur Rashid B. Szynalski
Chef, SMIAR, FAO Directeur, PO, WFP
Télex 810181 FAO I Télex: 626675 WFP I
Télécopie: 0039-6-5225-4495Télécopie: 0039-6- 5228-2837
Courrier électronique: INTERNET: GIEWS1@FAO.ORG

Rome, 12 juillet 1996
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