SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE DE LA FAO

Pour usage officiel seulement

RAPPORT SPECIAL

EVALUATION PRELIMINAIRE DE LA PRODUCTION VIVRIERE DE 1996 ET DES BESOINS D'IMPORTATIONS CEREALIERES 1996/97 DE LA CEI

4 novembre 1996




1. INTRODUCTION


Le présent rapport expose les conclusions d'une mission organisée par le Système mondial d'information et d'alerte rapide (SMIAR) de la FAO dans la Communauté des Etats indépendants (CEI) afin d'évaluer les perspectives de récolte des cultures vivrières en 1996 et les besoins d'importations céréalières pour 1996/97. En septembre, la mission s'est rendue au Kazakhstan, en Fédération de Russie, au Turkménistan et en Ukraine. Les évaluations réalisées par les équipes du SMIAR en février/mars en Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie ont été actualisées au cours de missions FAO en Azerbaïdjan et en Géorgie en septembre. Une autre mission de la FAO a visité le Tadjikistan en juin/juillet. Pour les Etats non visités, des informations ont été obtenues auprès du Comité des statistiques de la CEI, avec l'aide de l'Institut de recherche, d'information et d'études technico-économiques du complexe agro-industriel de l'Union, qui se trouve à Moscou ainsi que directement des bureaux nationaux de statistiques, des spécialistes du suivi des cultures et de représentants du PAM dans les pays. La mission a reçu l'aide précieuse et constante de négociants en céréales, de bureaux de statistiques, d'instituts spécialisés en agriculture, de ministères d'agriculture, d'organismes de commercialisation de céréales, de spécialistes de l'alimentation et de l'agriculture, du personnel de projets TACIS de la CE, ainsi que des bureaux de la Banque mondiale et des Nations Unies situés dans les pays visités.



2. FAITS NOUVEAUX DANS L'AGRICULTURE QUI INFLUENT SUR L'EVALUATION DE LA RECOLTE 1996


Si les progrès de la réorganisation du secteur agricole (distincte de la refonte du cadre juridique de ce secteur) demeurent limités, la plupart des pays ont mis en oeuvre des programmes de réforme macro-économique qui ont eu un impact positif sur la production agricole en 1996. Les mesures de lutte contre l'inflation et de réduction des déficits budgétaires ont non seulement entraîné la libéralisation du prix du pain dans la plupart des pays, mais également une privatisation poussée des mécanismes de commercialisation des céréales et le démantèlement des organismes étatiques chargés jusqu'alors de la distribution du pain. Ces mesures se sont traduites par l'arrivée rapide du secteur privé et par de nouveaux investissements dans ce secteur. Les investissements pour la production céréalière au plan des exploitations agricoles demeurent encore limités, même si l'on décèle déjà certains changements de comportement à ce niveau-là.

Dans tous les pays, mais notamment en Fédération de Russie, au Kazakhstan et en Ukraine, les exploitations agricoles, plus soucieuses de maîtriser les coûts, font face à l'augmentation du prix des intrants, en retirant par exemple les terres marginales de la production, en faisant un meilleur usage des intrants en quantité limitée et en cessant de cultiver des zones où les coûts de production sont supérieurs aux rendements prévus. Deuxièmement, les résultats obtenus par une exploitation agricole sont, depuis quelques années, de plus en plus tributaires de la qualité de la gestion agricole pratiquée. Certaines fermes collectivisées ont réussi à dministrateurs qui affectent les ressources de façon plus judicieuse et profitent mieux des nouveaux débouchés. Troisièmement, les exploitations agricoles saisissent les possibilités offertes par la privatisation accélérée des petites filières de transformation et de distribution situées en aval, notamment la possibilité de vendre des céréales à des petits acheteurs, qui constituent des lots commerciaux destinés aux entreprises de stockage des grains et aux petits moulins et boulangeries privés, dont le nombre augmente rapidement.

Ces faits nouveaux ont eu des répercussions positives sur les récoltes de 1996, un impact toutefois difficile à mesurer, les méthodes statistiques n'ayant pas été conçues en fonction d'une économie de marché. En fait, la mission a constaté à maintes reprises que les organismes de statistiques continuent de se fier aux données communiquées par les administrateurs des exploitations agricoles et des silos-élévateurs, trop rarement corroborées par échantillonnage statistique, ce qui aboutit à une sous-estimation officielle persistante des récoltes de céréales dans les grands pays de la CEI, ainsi qu'à une surestimation du degré de réalisation des objectifs obligatoires de production céréalière et d'emblavure dans d'autres pays, notamment au Turkménistan et en Ouzbékistan. S'il est difficile de préciser l'ampleur réelle de cette sous-estimation, on peut toutefois se livrer à quelques extrapolations à partir des témoignages fournis par les négociants en céréales, les spécialistes locaux et extérieurs du suivi de la production céréalière dans les différents pays et, dans certains cas, par les autorités gouvernementales et les responsables nationaux des statistiques. Les données qui, dans certains pays, font état d'exportations et/ou d'une utilisation des céréales supérieures aux prévisions établies à partir des statistiques officielles de production, apportent également des éclairages indirects sur cet état de fait. Cette sous- et surestimation se produisent plus particulièrement pour les céréales pour lesquelles la demande est forte, soit les céréales vivrières, notamment le blé et l'orge de brasserie.

Si l'ampleur et les mécanismes de la sous-comptabilisation des données communiquées varient d'un pays à l'autre et même à l'intérieur des pays de la région, les raisons avancées pour expliquer ce comportement sont assez uniformes: évasion fiscale; désir, chez les producteurs, d'accroître leurs ventes de céréales à des circuits de commercialisation qui paient un prix plus élevé ou règlent en liquide et de réduire les ventes à l'Etat, qui offre habituellement des conditions de paiement moins attrayantes; espoir de se soustraire aux obligations de remboursement de la dette dans les pays où les agriculteurs prévoient que le gouvernement effacera toutes ou partie de leur dette (comme cela s'est produit en Fédération de Russie au cours des deux ou trois dernières années). A l'échelon régional, les rendements céréaliers sont parfois sous-comptabilisés (dans une proportion atteignant 30 pour cent pour un oblast russe, l'an dernier) pour accroître l'éligibilité aux secours en cas de sécheresse.

Cette sous-comptabilisation consiste habituellement à sous-estimer les superficies ensemencées et sous-comptabiliser les rendements au moment de la moisson. Dans la Fédération de Russie, en Ukraine et au Kazakhstan, c'est la sous-évaluation des rendements qui semble dominer. Dans des pays plus petits, il y a parfois sous-évaluation à la fois des superficies ensemencées et des rendements. La comptabilisation des superficies ne tient généralement pas compte, du moins pas complètement, du fait que certaines superficies sont détournées des cultures de rente et que de nouvelles terres, à l'extérieur ou à l'intérieur des grandes entreprises agricoles, sont mises en production par les ménages. Les agriculteurs déclarent en général aux autorités des superficies ensemencées et des rendements inférieurs afin de conserver pour leur propre usage une partie des céréales produites (pour l'alimentation du bétail ou pour le paiement en nature de la main-d'oeuvre), qui sera soit transformée sur place (notamment production de farine et de pain), soit vendue au comptant, soit échangée contre des intrants, des biens et des services nécessaires. En outre, les services rendus aux agriculteurs par les producteurs à forfait et par les exploitants de silos-élévateurs privés qui stockent et transforment les céréales sont souvent payés en nature, des transactions qui ne sont pas déclarées aux responsables des statistiques. Dans certains cas, il semblerait que les producteurs à forfait s'arrangent pour garder toutes les céréales récoltées au-delà d'un certain seuil de rendement et que c'est ce seuil, voire un seuil encore plus bas, qui sera officiellement déclaré par les agriculteurs.



3. PREVISIONS CONCERNANT LA PRODUCTION EN 1996



3.1 Céréales

Du fait du problème de sous-évaluation évoqué plus haut, les chiffres concernant la production céréalière en 1995 et les prévisions pour la récolte 1996 contenus dans le présent rapport représentent des estimations de la FAO, établies sur la base des constatations de la mission. En règle générale, pour les Etats plus importants, la

sous-estimation des données officielles a été de l'ordre de 7 à 15 pour cent, la sous-estimation la plus importante concernant le blé, suivi du seigle, de l'orge d'exportation et des légumineuses. Ce phénomène de sous-comptabilisation de la production céréalière étant cette année mieux connu et certaines des raisons ayant été éliminées, les estimations officielles de la récolte pour cette année seront peut-être plus précises que pour les années précédentes.

3.1.1 Superficie totale cultivée

On estime que la superficie totale ensemencée en céréales et légumineuses pour la récolte de 1996 a diminué de 3 millions d'hectares, pour s'établir à 93 millions d'hectares, principalement au Kazakhstan et en Fédération de Russie (voir tableau 1). Dans la plupart des autres pays, les superficies ensemencées en céréales sont demeurées stables ou ont même augmenté, malgré les retards et les difficultés imputables au manque de liquidités dans les exploitations agricoles, à la pénurie grave de crédit, à plusieurs années consécutives de baisse des investissements dans les machines agricoles et les pièces détachées, à l'obligation de se procurer certains intrants essentiels, à des moments critiques du cycle de production, par le biais d'un système de troc compliqué. La superficie effectivement récoltée pourrait être inférieure, compte tenu de moissons parfois tardives, de mauvaises conditions climatiques dans certaines importantes régions de production au Kazakhstan et en Sibérie et de certaines pertes dues à la sécheresse dans le nord-ouest du Kazakhstan.

Tableau 1 - Superficie totale cultivée en céréales dans la CEI, 1995 et 1996 (milliers d'hectares)


Estimation 1995 Estimation
provisoire 1996
Variation en %
1996 - 1995

Total dont: Blé Total dont: Blé Total dont: Blé
Arménie 195 115 194 112 -0 -3
Azerbaïdjan 639 447 656 462 3 3
Bélarus 2 725 178 2 733 292 0 64
Géorgie 354 81 401 113 13 40
Kazakhstan 18 877 12 552 17 122 12 246 -9 -2
Kirghizistan 607 384 631 462 4 20
Rép. de Moldova 844 341 842 338 -0 -0
Ouzbékistan 1 664 1 163 1 747 1 332 5 15
Fédération de Russie 54 705 23 909 53 840 26 000 -2 9
Tadjikistan 326 250 402 330 23 32
Turkménistan 659 552 684 594 4 8
Ukraine 1/ 13 963 5 479 13 670 6 253 -2 14
Total CEI 95 558 45 451 92 922 48 534 -3 7


Source: Comité des statistiques de la CEI et estimations FAO.
1/ Superficie récoltée.

Au cours des dernières années, les céréales alimentaires et notamment le blé comptaient parmi les cultures les plus rentables dans l'ensemble de la région, la libéralisation du prix du pain ayant fait grimper les cours des céréales alimentaires par rapport aux céréales fourragères, pour lesquelles la demande continue de diminuer, du fait de la réduction du cheptel. Presque tous les pays ont en conséquence accru les superficies ensemencées en blé au détriment de l'orge, de l'avoine et des légumineuses. La superficie totale cultivée en blé a augmenté, pour la deuxième année de suite, de quelque 3 millions d'hectares, passant de 45,5 millions d'hectares à 48,5 millions d'hectares en 1996, tandis que la superficie ensemencée en céréales secondaires baissait de plus de 5 millions d'hectares, pour s'établir à 41,2 millions d'hectares. Cette augmentation des superficies cultivées en blé est à la fois le fait des exploitations privées et des fermes collectivisées réorganisées. Cette tendance est particulièrement marquée à long terme. En effet, depuis 1991, la superficie totale cultivée en céréales a diminué de 12 pour cent, celle cultivée en blé a augmenté de 3 millions d'hectares, soit 7 pour cent, alors que la superficie cultivée en céréales secondaires et légumineuses a chuté de 25 pour cent ou de plus de 13 millions d'hectares. Une demande soutenue a également entraîné une forte augmentation des superficies cultivées en seigle en 1996, notamment en Fédération de Russie. La superficie totale cultivée en riz a augmenté, en raison de plantations plus importantes dans les Etats d'Asie centrale.

3.1.2 Rendements

Les conditions de croissance ont généralement été plus favorables qu'en 1995 et 1994, sauf dans la région qui s'étend de la Moldova jusqu'au Caucase en passant par le sud de l'Ukraine. En général, les récoltes d'hiver ont bénéficié d'une bonne couverture de neige et les dommages dus à l'hiver étaient nettement inférieurs à ceux des années précédentes. Les pertes dues à la sécheresse en Fédération de Russie et au Kazakhstan ont été moins importantes et essentiellement limitées à la partie nord du Caucase et à la partie sud de l'Oural, en Fédération de Russie, et dans les deux oblasts du nord-ouest du Kazakhstan. Toutefois, en Moldova et dans les régions méridionales et orientales de l'Ukraine, un temps chaud et sec a affecté les cultures au cours du mois de mai et une bonne partie du mois de juin. Combiné à un printemps tardif, ceci a affecté à la fois la croissance végétative des céréales d'hiver et la levée des céréales de printemps pendant des stades végétatifs cruciaux. Les conditions climatiques chaudes et sèches se sont étendues jusqu'à la Géorgie, où elles ont réduit les rendements des cultures. A l'est de l'Oural, les conditions de croissance ont été pour l'essentiel meilleures que l'an dernier et favorables, pour la deuxième année de suite, en Sibérie. Toutefois, les pluies survenues au moment de la moisson, un moment malvenu, ont réduit la qualité et pourraient affecter le volume total de la récolte dans les Nouveaux Territoires. L'amélioration des conditions climatiques est le principal facteur qui explique la première augmentation des rendements globaux des céréales en quatre ans. Les rendements moyens pour l'ensemble des céréales dans la CEI (y compris les légumineuses) ont augmenté d'environ 5 pour cent mais sont demeurés en-deçà de la moyenne sur cinq ans, en raison de la pénurie persistante de crédit agricole et de la faible utilisation des engrais, des herbicides et des autres intrants. Dans les terres marginales du Kazakhstan, l'effet cumulé de deux années de très faible application d'engrais a été un déterminant important dans la diminution des rendements. Si l'essor du troc pour les intrants et la pénétration sur le marché de produits agrochimiques importés dans des zones de production importantes de la Fédération de Russie et de l'Ukraine constituent des faits nouveaux encourageants, qui devraient vraisemblablement s'étendre l'année prochaine au Kazakhstan, on ne peut toutefois s'attendre à une reprise appréciable de l'emploi des intrants agricoles, par rapport aux faibles niveaux actuels, tant que les agriculteurs n'auront pas accès à des mécanismes adéquats de crédit à court terme à la production et d'assurance-récolte. On ne peut non plus s'attendre à une augmentation marquée des investissements agricoles tant que les agriculteurs ne pourront pas utiliser leurs terres comme garantie et n'auront pas davantage accès au crédit agricole, ce qui risque de ne pas être possible avant plusieurs années.

3.1.3 Production

Compte tenu des rendements et de l'état des cultures à la fin septembre, on estime provisoirement la production 1996 de céréales et de légumineuses pour l'ensemble de la CEI à 133 millions de tonnes (poids nettoyé), 2 pour cent seulement de plus que la production de l'année dernière, estimée par la FAO à 130 millions de tonnes. Des récoltes sensiblement plus importantes en Fédération de Russie et au Kazakhstan compensent les mauvais rendements enregistrés en Ukraine (tableau 2). On prévoit également des récoltes plus abondantes au Bélarus, en République Kirghize, au Tadjikistan et en Ouzbékistan. En revanche, les récoltes 1996 devraient baisser fortement, de 18 à 50 pour cent, en Moldova, au Turkménistan et en Ukraine. En Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie, la récolte devrait rester proche des niveaux enregistrés l'année dernière.

Tableau 2 - Production céréalière dans la CEI - 1995 et 1996 (milliers de tonnes, poids nettoyé)


Estimation 1995 Estimation provisoire 1996 Variation en% 1996 - 1995

Total dont: Blé Total dont: Blé Total dont: Blé
Arménie 290 180 280 175 -3 -3
Azerbaïdjan 1 030 725 1 060 750 3 3
Bélarus 5 500 440 6 350 750 15 70
Géorgie 580 125 570 175 -2 40
Kazakhstan 10 520 7 500 13 300 9 000 26 20
Kyrghizistan 990 680 1 160 850 17 25
Rép. de Moldova 2 600 1 100 1 740 700 -33 -36
Ouzbékistan 2 650 1 670 2 800 1 900 6 14
Fédération de Russie 68 000 32 500 75 010 38 500 10 18
Tadjikistan 310 240 400 330 29 38
Turkménistan 1 100 880 650 500 -41 -43
Ukraine 1/ 36 000 17 000 29 400 16 000 -18 -6
Total CIS 1/ 129 570 63 040 132 720 69 630 2 10


Source: Comité des statistiques de la CEI et estimations FAO.
1/ Chiffre arrondi.

La FAO estime que la production de blé dans la CEI pourrait augmenter de 10 pour cent cette année, pour atteindre 70 millions de tonnes, grâce à une amélioration des rendements et à l'augmentation des superficies cultivées. La production de blé en Fédération de Russie et au Kazakhstan devrait à elle seule augmenter de plus 7 millions de tonnes, compensant ainsi une forte baisse des rendements en Moldova et au Turkménistan et un léger fléchissement de la production en Ukraine, où l'augmentation des superficies ensemencées compense presque la baisse des rendements. La production globale de céréales secondaires devrait baisser de 5 pour cent, pour se chiffrer à 58 millions de tonnes, la hausse des rendements ne suffisant pas à compenser totalement la réduction marquée des superficies cultivées. La récolte 1996 de paddy devrait demeurer stable, la baisse des rendements moyens étant compensée par l'augmentation des superficies ensemencées dans les Etats de l'Asie centrale. Les superficies ensemencées en légumineuses n'ont cessé de diminuer depuis 1991 et la production devrait tomber à 3,5 millions de tonnes en 1996, contre 4 millions de tonnes environ en 1995. Il s'agit d'estimations préliminaires, sujettes à caution. Dans certains pays, les moissons battent encore leur plein et les distorsions dans la comptabilisation de la production effective en 1995 et 1996 ajoutent un surcroît d'incertitude. Dans la mesure du possible, la présente évaluation a indiqué l'ampleur probable de la sous-comptabilisation.

3.2 Autres cultures vivrières

L'essentiel des légumes et des pommes de terre est produit par les ménages plutôt que par les grandes exploitations agricoles. Il semble qu'il y ait une augmentation des superficies cultivées en pommes de terre, une denrée alimentaire de base dont la consommation est à la hausse à mesure que le prix du pain augmente pour atteindre des niveaux reflétant les cours mondiaux des céréales. Les superficies consacrées aux légumes et à la betterave sucrière semblent avoir diminué en raison de difficultés survenues dans la transformation et la commercialisation de ces produits. La culture du tournesol, dont les superficies ont augmenté rapidement au cours des dernières années, semble s'être stabilisée mais il n'est pas certain que l'on ait pu établir l'importance véritable des emblavures pratiquées par les exploitations privées et les ménages. Les conditions météorologiques ont été favorables à la culture des pommes de terre dans la plupart des régions (Moldova et Ukraine exceptées), mais défavorables à la betterave sucrière et aux graines de tournesol. La superficie consacrée au coton a encore baissé et la diminution devrait chuter de façon marquée au Tadjikistan et au Turkménistan.

3.3 Production animale

La production animale est encore en récession. L'élevage à grande échelle n'est toujours pas rentable, en règle générale, ce qui a entraîné une forte réduction du cheptel dans la CEI et de la demande d'aliments concentrés et de céréales fourragères, une tendance qui devrait se poursuivre encore toute l'année. Entre 1991 et 1996, le cheptel (à l'exclusion des volailles) a été réduit d'un tiers en moyenne. Les effectifs de porcins et d'ovins ont diminué d'environ 40 pour cent en total et les effectifs de volailles au moins d'autant. Les troupeaux de bovins de boucherie et de vaches laitières ont été moins fortement réduits, en partie parce qu'ils sont en général situés dans des exploitations agricoles qui produisent également des céréales et qu'ils peuvent également être nourris avec des cultures fourragères ou dans les pâturages, des solutions moins coûteuses.

Les signes d'une reprise générale de la productivité de l'élevage sont rares, même si certaines exploitations ont amélioré leurs opérations et leur production. La production globale de viandes, de produits laitiers et d'oeufs a baissé pour la sixième année consécutive et reculé de 30 pour cent (viandes et produits laitiers) à 40 pour cent (oeufs) depuis 1991. Les activités de transformation industrielle de la viande, du lait et des oeufs ont chuté encore plus fortement que le cheptel, les exploitations agricoles transformant sur place un volume croissant de leur production. Dans l'ensemble, la transformation industrielle des viandes dans la CEI a reculé de 65 pour cent entre 1991 et 1995, tandis que la production de produits laitiers diminuait de près des trois quarts. La consommation de ces produits n'a pas baissé dans les mêmes proportions, puisque davantage de produits carnés et laitiers ont été soit transformés dans les exploitations agricoles, soit importés (notamment dans le cas de la viande de volailles).

En 1996, la forte augmentation des cours des céréales, la diminution des superficies consacrées aux fourrages et aux plantes destinées à l'alimentation animale, la persistance de la dégradation des termes de l'échange pour les éleveurs et la concurrence soutenue des produits importés devraient entraîner de nouvelles réductions du cheptel et de la production animale dans tous les grands pays, y compris l'Ouzbékistan, ainsi que dans la plupart des pays plus petits, à l'exception de l'Arménie et de la République Kirghize.

Le secteur de l'élevage de la CEI a été dernièrement marqué par une plus forte présence du secteur privé, mais, là encore, la tendance s'est ralentie. Les particuliers détiennent aujourd'hui entre un tiers et 80 pour cent des vaches, moutons et chèvres et entre 10 et 46 pour cent des porcs, ce régime de propriété privée étant généralement moins répandu au Bélarus, dans la Fédération de Russie et en Ukraine et plus important en Arménie et dans les Etats de l'Asie centrale. S'agissant de la production, le secteur privé assure aujourd'hui près de la moitié de la production totale de viande et de lait de la CEI. La place occupée par le secteur privé varie fortement d'un pays à l'autre, 26, 40 et 43 pour cent seulement de la production de viande, de lait et d'oeufs étant le fait des particuliers au Bélarus alors qu'en République Kirghize, la proportion atteint près de 90 pour cent pour ces trois denrées. Cet essor du secteur privé s'explique essentiellement par l'augmentation rapide du cheptel appartenant à des particuliers sur les parcelles privées et de ménages qui jouxtent les fermes collectives. Ce bétail, en général élevé pour la subsistance plutôt que pour la commercialisation, est souvent nourri avec des céréales fourragères prélevées dans les fermes collectives voisines ou fournies à titre de paiement en nature de la main-d'oeuvre.

La place de plus en plus importante occupée par le secteur privé dans la production animale fait qu'il est difficile de suivre les tendances réelles de la production et de la consommation, notamment dans des pays comme l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la République Kirghize, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan où l'essentiel du cheptel est aujourd'hui dans le secteur privé et où la production de viande dans les ménages atteint 68 à 99 pour cent de la production totale déclarée. De plus en plus, le bétail est abattu et consommé sur place, à la ferme, et la viande vendue directement au consommateur/détaillant plutôt qu'aux abattoirs industriels, court-circuitant ainsi les circuits officiels. Dans la Fédération de Russie, par exemple, la part des produits carnés vendue directement aux consommateurs par les fermes collectives a plus que doublé entre 1991 et 1995, pour atteindre près de 40 pour cent.



4. DISTRIBUTION ET ACHAT



4.1 L'émergence d'un marché privé pour les céréales

L'essentiel des céréales n'est désormais plus vendu aux organismes d'achat officiels. Les achats globaux par les autorités des Etats dans les douze pays de la CEI sont passés de 54 millions de tonnes en 1992 à 20 millions de tonnes en 1995. La part des achats de céréales par l'Etat dans la production totale céréalière est tombée de 28 à 16 pour cent au cours de la même période. Cette baisse des achats de l'Etat est essentiellement imputable au manque de ressources financières dont disposaient ces autorités pour payer les agriculteurs dans des délais raisonnables. Les difficultés actuelles des circuits d'achat officiels et les restrictions imposées par les autorités sur les mouvements de céréales tant que les quotas d'achat n'ont pas été remplis au Kazakhstan, en Moldova et en Ukraine semblent indiquer que les ventes à l'Etat continueront de baisser en 1996/97. Toutefois, dans certains pays, en particulier le Bélarus, le Turkménistan et l'Ouzbékistan, l'Etat continue de jouer un rôle important, quoiqu'en voie de réduction, dans la commercialisation et les importations de céréales et achète encore l'essentiel des céréales commercialisées dans ces pays, où les négociants privés ne jouent un rôle que dans la mesure où l'Etat les y autorise.

La sous-capitalisation des nouveaux négociants privés et les contraintes qui frappent notamment les infrastructures et limitent les volumes qui pourraient passer par les nouvelles bourses des céréales créées dans certains pays ont provoqué une forte augmentation du recours aux circuits non monétaires de commercialisation des céréales, comme le troc et les paiements en nature. Ces deux modalités d'échange représentaient d'après les estimations au moins 50 pour cent du total des céréales commercialisées en Fédération de Russie et en Ukraine en 1995. Le troc a connu un développement rapide, également dans les pays plus petits, en raison du manque de liquidités sur les marchés au comptant et de l'absence d'autres modalités de financement pour les achats et les ventes de céréales. Dans certains pays, de nombreuses fermes sont trop endettées pour envisager des transactions bancaires.

Néanmoins, même si l’Etat continue d'imposer des mesures de contrôle et exerce une influence importante, la région a connu une expansion considérable des activités commerciales privées. Les négociants locaux privés se taillent une part du marché grâce à des paiements comptants et en forgeant des liens directs avec les producteurs et les consommateurs de céréales. Bien souvent, ces négociants privés se sont alliés avec des exploitants de silos-élévateurs, de meuneries et des usines de transformation, ou les ont achetés, ont signé des accords avec les compagnies de chemin de fer et une société au moins a investi dans des installations portuaires pour faciliter le commerce des grains. Les activités sont surtout développées en Fédération de Russie, où le commerce, bien organisé, dispose d'un système d'information solide et il devrait se développer rapidement au Kazakhstan au cours de l'année prochaine, puisque le marché des céréales y a été privatisé et que des sociétés privées ont pris le contrôle des silos-élévateurs. En Ukraine, où la privatisation est moins avancée, le marché est encore fragmenté. En outre, un grand nombre de négociants en grains internationaux importants sont actifs dans toute la région, notamment en Fédération de Russie, au Kazakhstan, en Ukraine et en Ouzbékistan. Ils facilitent les importations et le commerce à l'exportation des céréales et d'autres produits de la région, mais sont également intervenus dans de nombreux contrats intra-CEI. A l'intérieur de la communauté, ces sociétés travaillent essentiellement avec les négociants locaux.

Les négociants en grains ont trouvé une méthode particulièrement efficace de se tailler une part du marché: ils troquent des intrants importants pour les agriculteurs contre des céréales. Dans certaines régions de la Fédération de Russie et de l'Ukraine, cette pratique est aujourd'hui très répandue. Au Kazakhstan, on s'attend à ce qu'elle se développe rapidement au cours de l'année prochaine.

L'expansion des circuits privés de commercialisation des grains est encore freinée par un certain nombre d'obstacles, dont les politiques pratiquées par les autorités, qui continuent de limiter le commerce des céréales. De nombreux gouvernements sont encore en mesure d'imposer, par des moyens directs ou indirects, des restrictions au commerce des céréales tant que les quotas d'achat fédéraux et régionaux n'ont pas été remplis. L'encadrement de la commercialisation des céréales par l'Etat a été profondément influencé par la régionalisation des pouvoirs jusque là exercés par le fédéral. Dans les Etats plus importants, les autorités locales sont responsables de la sécurité alimentaire sur leur territoire. Elles n'autorisent pas toutes le même degré de liberté de commerce pour les céréales et disposent d'une vaste panoplie d'instruments pour faire appliquer leur politique. En Fédération de Russie, ces restrictions ont été déclarées illégales et deux gouvernements régionaux accusés de contrevenir à ces règles ont été avec succès traduits devant les tribunaux. Au Kazakhstan et en Ukraine, l'Etat cherche également à contrôler le marché des céréales en fixant des prix minimaux (pour le marché intérieur et/ou à l'exportation) dans les bourses des grains.



5. EVOLUTION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE DE PRODUITS ALIMENTAIRES DE BASE EN 1995/96 ET PREVISIONS CONCERNANT LES BESOINS D'IMPORTATIONS CEREALIERES EN 1996/97



5.1 Situation générale

De façon générale, les approvisionnements alimentaires étaient encore suffisants en 1995/96 pour répondre à la demande effective dans la CEI. Les importations, notamment de produits animaux et d'aliments transformés, et l'intensification de l'exploitation des parcelles privées ont contribué à compenser la baisse de la production intérieure commercialisée. Malgré une forte baisse de l'emploi, du pouvoir d'achat et de la consommation de produits animaux, on n'a décerné aucun signe de malnutrition généralisée ou aiguë, même s'il existe des signes de malnutrition chronique dans certains pays, notamment l'Azerbaïdjan, la Géorgie et le Tadjikistan. Toutefois, l'absorption de certaines substances, comme l'iode, les vitamines et certains minéraux pourrait être insuffisante. Au plan local, il se produit de graves problèmes d'approvisionnements alimentaires, notamment dans les pays touchés par la guerre civile. Les besoins d'aide pour les couches les plus vulnérables demeurent importants, même si l'on parvient aujourd'hui à identifier de façon plus précise les bénéficiaires potentiels. Les groupes plus vulnérables comprennent essentiellement les réfugiés et les personnes déplacées, les personnes âgées, les handicapés, les orphelins et les pensionnaires d'institutions financées par le budget de l'Etat et les familles monoparentales.

La demande réelle de produits alimentaires demeure toutefois à la baisse en raison de la chute des revenus réels dans certains pays et de la hausse marquée du prix de la plupart des céréales au cours des dernières années, les gouvernements ayant mis en oeuvre des programmes d'austérité pour juguler l'inflation et diminuer les déficits budgétaires. Au cours des cinq dernières années, les habitudes alimentaires ont changé considérablement, puisque l'on observe aujourd'hui une réduction de la quantité et de la variété des aliments consommés et la substitution des produits carnés et laitiers par le pain, les pâtes alimentaires et les légumineuses ainsi que par des produits du potager, comme les pommes de terre, les fruits, les légumes et les noix, chez les familles à faible revenu, qui représentent une proportion importante de la population. L'augmentation de la demande en oeufs dans certains pays, au cours de l'année qui vient de s'écouler, constitue un fait nouveau positif.

A Moscou, St. Petersbourg, Kiev et dans les villes de Sibérie, il semblerait que les parcelles privées, lorsqu'elles existent, couvrent plus de la moitié de la consommation totale de fruits et de légumes pour les ménages, des produits qui sont consommés frais en été et transformés pour être consommés au cours de l'hiver. Dans certains des pays plus petits qui possèdent un bon potentiel agricole et où une fraction importante de la population travaille dans le secteur agricole ou exploite des parcelles privées, ce pourcentage pourrait être encore plus élevé. L'accès aux parcelles privées varie cependant d'un pays à l'autre et d'une région à l'autre. Par exemple, au Turkménistan, la taille moyenne des parcelles privées ou de ménages est particulièrement petite, vu la densité démographique élevée dans les régions, relativement peu étendues, qui se prêtent à la production agricole.

La restructuration de l'économie et la croissance rapide du secteur privé se sont accompagnées d'une forte augmentation des disparités dans les revenus. Si une fraction limitée mais croissante de la population peut se permettre un régime alimentaire très varié, la majorité de la population doit recourir à tout un assortiment de stratagèmes pour joindre les deux bouts. Les marchés de la plupart des villes capitales offrent certes des produits de la ferme de plus en plus variés, qu'un nombre croissant de gens ont les moyens financiers d'acheter, mais il semblerait que la variété, la quantité et la qualité des denrées alimentaires disponibles dans certaines villes provinciales industrielles frappées par la dépression ait fortement baissé. On signale même des problèmes locaux d'approvisionnements alimentaires au Kazakhstan, un important exportateur de produits alimentaires. Les approvisionnements alimentaires dans les exploitations agricoles se sont souvent améliorés, les achats extérieurs étant à la baisse et le troc à la hausse, mais l'accès des populations rurales aux produits transformés importés demeure encore très limité.

Dans l'ensemble de la région, l'accès aux services de chauffage, d'électricité et d'adduction d'eau est devenu de plus en plus précaire et les services sociaux sont en baisse, notamment dans les campagnes.

5.2 Situation de l'offre et de la demande de céréales

Depuis 1991/92, l'utilisation globale de céréales a baissé d'environ 35 pour cent, par suite d'une baisse de la production globale et de la diminution des importations. Cette chute s'est traduite par une diminution très marquée de l'utilisation des céréales pour l'alimentation du bétail et par une diminution du gaspillage, notamment dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier. L'utilisation des céréales pour la consommation humaine a longtemps été caractérisée par le gaspillage et par les quantités importantes de pain données en nourriture aux animaux, et il est donc difficile de tirer des conclusions définitives sur l'évolution de la consommation humaine. Toutefois, la production de farine a fortement baissé dans tous les pays, ce qui traduit d'une part une augmentation des activités de meunerie privée ou à la ferme et, d'autre part, l'augmentation du commerce international de farine et des dons de farine au titre de l'aide.

L'utilisation globale de céréales en 1995/96 a reculé d'environ 15 pour cent, passant de 202 millions de tonnes à 172 millions de tonnes, principalement en raison de la baisse de l'utilisation des céréales pour l'alimentation animale, qui a chuté de 12 millions de tonnes, pour s'établir à 71 millions de tonnes. La consommation humaine de céréales semble avoir légèrement baissé, du fait de la hausse du prix du pain, plus marquée que pour d'autres denrées de base l'an dernier, et en raison de la consommation accrue de pommes de terre. En outre, les contraintes budgétaires et le manque de devises ont limité les importations commerciales de la plupart des pays tandis que les livraisons de céréales au titre de l'aide alimentaire, qui se situaient à 1,3 million de tonnes selon les estimations, ne représentaient que la moitié des livraisons de l'année précédente. Le gaspillage et les pertes ont baissé, mais l'utilisation des semences est demeurée élevée.

Après la mauvaise récolte de 1995, les importations globales de céréales en 1995/96 ont, d'après les estimations, augmenté pour atteindre près de 12 millions de tonnes (y compris les échanges intra-CEI), soit 1,2 million de tonnes de plus que l'année précédente. Les importations provenant de l'extérieur de la CEI sont estimées à 4,7 millions de tonnes, dont 4 millions de tonnes de blé, 0,5 million de tonnes de céréales secondaires et environ 0,3 million de tonnes de riz. Les exportations totales à partir de la CEI se chiffraient à 1,1 million de tonnes, essentiellement de l'orge.

Les stocks céréaliers totaux ont subi d'importants prélèvements en 1995/96, pour la deuxième année de suite. Le niveau élevé des cours internationaux des céréales et le manque de devises ont limité le volume des importations. On estime que les stocks ont subi des prélèvements dans de nombreux pays plus petits ayant un déficit vivrier, dont l'Arménie et l'Azerbaïdjan, ainsi que l'Ouzbékistan et le Turkménistan, des pays qui ont dû faire face à des pénuries imprévues de blé l'an dernier. Mais surtout, la privatisation des silos-élévateurs et l'application des tarifs commerciaux pour le stockage des grains en Fédération de Russie et au Kazakhstan (ainsi que dans un certain nombre de pays plus petits) imposent un rapport stock/utilisation plus faible et un taux de roulement plus élevé. Dans les grands pays, il existe aujourd'hui un réseau de négociants englobant les exploitations agricoles, les entreprises de stockage des grains et les négociants internationaux. Les négociants privés maintiennent au plus bas le niveau des stocks de roulement. En outre, en Fédération de Russie, la composition des stocks de réserve a été modifiée au profit d'une part plus importante d'aliments transformés, prêts à la consommation. Le blé figure encore dans ces réserves, car il se conserve mieux que la farine, mais les céréales fourragères en sont absentes et il est improbable que les éleveurs de bétail aient les moyens de payer les frais de stockage élevés pour les céréales fourragères. La sécurité alimentaire sera donc de plus en plus tributaire de l'efficacité du commerce privé.

On prévoit une nouvelle contraction de l'utilisation des céréales en 1996/97, qui devrait d'après les estimations être ramenée à 157 millions de tonnes, contre 172 millions de tonnes l'année précédente et 238 millions de tonnes estimés en 1991/92. La consommation humaine de céréales ne devrait pas changer de façon sensible par rapport à l'an dernier (environ 40 millions de tonnes), mais l'utilisation des semences pourrait baisser légèrement, de plus en plus de terres marginales étant retirées de la production et le troc des intrants se développant de plus en plus. L'utilisation des céréales pour l'alimentation animale devrait encore subir une forte contraction, ce qui traduit l'utilisation accrue des pâturages naturels. On distingue plusieurs tendances dans le schéma général d'utilisation des céréales fourragères. Parce qu'elles sont moins disponibles, une quantité moindre de céréales secondaires servira à nourrir les animaux; en revanche, un volume important de blé de qualité fourragère sera affecté à l'alimentation animale en Fédération de Russie et en Ukraine. Les stocks de céréales devraient, d'après les estimations, poursuivre leur déclin, mais dans des proportions nettement inférieures à celles de l'an dernier. La Moldova, le Turkménistan et l'Ukraine devraient être contraints de prélever sur leurs stocks, suite aux mauvaises récoltes de cette année. Les stocks du Kazakhstan pourraient également baisser encore, pour profiter de la demande à l'exportation du blé de qualité alimentaire.

En 1996/97, le manque de devises et les problèmes de solvabilité continueront de limiter les importations de céréales. La récession qui frappe le secteur de l'élevage, qui devrait se poursuivre jusqu'à la fin de ce siècle, maintiendra les importations de céréales fourragères à des niveaux faibles. D’après les indications recueillies, il semblerait que les disponibilités d'aide alimentaire seront nettement inférieures à celles de l'an dernier. L'aide de la Communauté européenne aux pays ayant un déficit vivrier et qui sont les plus faibles sur le plan économique devrait se faire sous forme de soutien aux budgets en ECU plutôt que sous forme d'aide alimentaire à monétiser alors que les allocations fournies par les Etats-Unis seront à la baisse. Le décaissement du soutien budgétaire de la CE est subordonné à l'exécution des mesures de réforme dans le secteur agricole, notamment la réforme foncière, la privatisation de la transformation des céréales et du pain et des chaînes de distribution de ces produits, et la libéralisation des prix des céréales, là où ces mesures n'ont pas encore été prises.

5.3 Estimations des besoins d'importations céréalières pour 1996/97

Par suite d'une récolte légèrement plus abondante, les besoins totaux d'importations céréalières de la CEI pour 1996/97 sont provisoirement évalués à 9,2 millions de tonnes, y compris les échanges intérieurs, soit 2,7 millions de tonnes de moins qu'en 1995/96 (tableau 3). Cela reflète la diminution de la demande de blé d'importation pour la consommation humaine, par suite de meilleures récoltes de blé dans la plupart des pays et de l'utilisation accrue du blé de qualité fourragère et d'un certain volume d'orge pour la panification; la diminution de la demande de céréales fourragères d'importation en Fédération de Russie, suite à la meilleure récolte de cette année; les contraintes financières et la diminution des affectations au titre de l'aide alimentaire. L'essentiel de la contraction devrait se produire dans les importations hors CEI, qui devraient d'après les estimations passer de 4,7 millions de tonnes à 3,2 millions de tonnes, notamment en raison des quantités moindres mobilisées dans les pays d'Europe de l'Est. Si les estimations de la récolte se concrétisent, les échanges intra-CEI devraient, sous toute réserve, diminuer d'environ 1,1 million de tonnes. Le commerce intra-CEI du blé devrait baisser de 600 000 tonnes et celui des céréales secondaires de 450 000 tonnes.

L'essentiel des besoins d'importations céréalières continue de porter sur le blé destiné à l'alimentation humaine. On estime que les importations totales de blé devraient baisser de 1,9 million de tonnes, pour se situer à 7,7 millions de tonnes, dont 5 millions de tonnes d'échanges intérieurs à la CEI, provenant essentiellement du Kazakhstan et de l'Ukraine. Les importations de blé en provenance de l'extérieur de la CEI devraient baisser d'environ 1,4 million de tonnes, pour atteindre 2,7 millions de tonnes. Les besoins d'importations de céréales secondaires sont, sous toute réserve, estimés à 1,3 million de tonnes, contre 1,9 million de tonnes l'an dernier. L'essentiel de ces importations devrait provenir de l'intérieur de la CEI (Kazakhstan, Fédération de Russie et Ukraine), quelques importations de maïs et une petite quantité d'orge devant provenir de l'extérieur de la CEI. On prévoit une diminution des importations de riz, qui devraient se situer à 250 000 tonnes environ, compte tenu de l'importance des stocks de report dans la Fédération de Russie.

Les importations de céréales devraient augmenter de façon marquée uniquement en Moldova et au Turkménistan, suite aux mauvaises récoltes dans ces deux pays. Les importations pourraient également augmenter en Ouzbékistan, où la production de fourrage et de céréales secondaires a fait place à la production de blé, ce qui, conjugué à la baisse des cours internationaux des céréales, pourrait entraîner une certaine augmentation des importations de céréales secondaires.

Les exportations de céréales vers l'extérieur de la CEI devraient diminuer, pour se situer autour de 600 000 tonnes, ce qui reflète la baisse marquée de la production d'orge, les considérations de qualité et le prix d'achat élevé des céréales en Fédération de Russie et au Kazakhstan.

Les besoins totaux d'importations céréalières 1996/97 des cinq pays ayant un déficit céréalier et les plus vulnérables (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, République Kirghize et Tadjikistan) sont estimés à 1,6 million de tonnes, contre des importations réelles d'un peu plus de 2 millions de tonnes en 1995/96. Compte tenu de l'augmentation de la production de blé cette année et de la baisse de la demande pour la farine de froment pour le pain, suite à la libéralisation des prix et à l'évolution rapide du commerce privé, les livraisons au titre de l'aide alimentaire pour ces pays en 1996/97 pourraient diminuer par rapport au niveau de 1,1 million de tonnes de l'année précédente. De nouvelles modalités d'aide à ces pays sont actuellement à l'étude. En 1996/97, les cinq pays recevront de la CE un soutien budgétaire direct au lieu d'une aide alimentaire à monétiser. Les décaissements sont subordonnés à la mise en oeuvre de réformes supplémentaires dans le secteur agricole, notamment dans les domaines de la réforme foncière, de la privatisation de la chaîne production/distribution des céréales et du pain et de la libéralisation des prix des céréales dans les pays où elle n'est pas encore réalisée (notamment l'Azerbaïdjan et le Tadjikistan). Les besoins d'aide alimentaire devraient toutefois demeurer importants au Tadjikistan et dans les autres pays vulnérables si l'on veut répondre aux besoins alimentaires d'urgence des populations touchées.

Tableau 3 - Besoins d'importations céréalières de la CEI en 1996/97 par rapport à 1995/96 (milliers de tonnes)


Prévisions pour 1996/97 Estimations 1995/96 pour comparaison

Blé Céréales secondaires Total Céréales 1/ Blé Céréales secondaires Total Céréales 1/


dont en
provenance
de:

dont en
provenance
de:

dont en
provenance
de:

dont en
provenance
de:

dont en
provenance
de:

dont en
provenance
de::

Total étrang. CIS Total étrang. CIS Total étrang. CIS Total étrang. CIS Total étrang. CIS Total étrang. CIS
Arménie 325 225 100 15 0 15 345 230 115 265 250 15 13 10 3 283 265 18
Azerbaïdjan 500 190 310 45 20 25 555 220 335 560 202 358 58 58 0 628 270 358
Bélarus 275 0 275 100 0 100 385 10 375 450 242 208 227 0 227 687 252 435
Géorgie 300 225 75 0 0 0 303 228 75 463 450 13 11 10 1 477 466 11
Kazakhstan 0 0 0 0 0 0 0 0 0 4 0 4 0 0 0 4 0 4
Kirghizistan 10 10 0 0 0 0 17 12 5 230 151 79 12 0 12 249 153 96
Rép. de Moldova 100 35 65 100 0 100 215 50 165 20 20 0 80 70 10 112 90 22
Ouzbékistan 2 200 1 200 1 000 175 100 75 2 380 1 305 1 075 2 250 1 218 1 032 65 54 11 2 320 1 277 1 043
Fédération de Russie 3 000 500 2 500 800 200 600 3 947 820 3 127 4 537 1 186 3 351 1 344 295 1 049 6 141 1 709 4 432
Tadjikistan 350 100 250 10 0 10 368 107 261 400 111 289 34 23 11 442 141 301
Turkménistan 500 125 375 10 0 10 510 125 385 303 131 172 11 0 11 314 131 183
Ukraine 1/ 100 50 50 25 0 25 160 55 105 111 50 61 74 0 74 218 55 163
Total Import. 7 660 2 660 5 000 1 280 320 960 9 185 3 162 6 023 9 593 4 011 5 582 1 929 520 1 409 11 875 4 809 7 066
dont en pro-venance de:

















Kazakhstan

3 790

420

4 240

4 178

1 119

5 329
Féd.Russie

450

305

788

181

84

300
Ukraine

740

185

925

1 056

158

1 217
Géorgie

10

0

10

40

0

40
Rép.Moldova

0

50

50

117

34

151
Ouzbékistan

10

0

10

10

0

15
Bélarus

0

0

-

0

14

14
Autres CIS

0

0

-

0

0

-
Total

5 000

960

6 023

5 582

1 409

7 066

Source: FAO
1/ Riz inclus.



6. RESUMES PAR PAYS



6.1 Arménie

Même si la superficie cultivée a constamment baissé depuis 1990, la superficie cultivée en céréales semble s'être stabilisée autour de 200 000 hectares. Toutefois, il est probable que ces estimations n'ont pas pleinement tenu compte de l'ampleur véritable de l'arrachage (jusqu'ici illégal) des vignes et des arbres fruitiers dans la vallée d'Ararat pour planter des céréales. Par ailleurs, les agriculteurs dans d'autres régions ne travaillent plus leurs champs, les rendements trop bas ne leur permettant pas de couvrir leurs coûts de production.

Au cours de l'hiver, les conditions de croissance ont été défavorables et les gelées ont causé des dommages importants, mais de bonnes pluies de printemps ont été bénéfiques pour les cultures qui avaient survécu et pour les emblavures de blé de printemps et de céréales secondaires. Sous réserve de la publication des prévisions officielles, la FAO situe la récolte céréalière de cette année à 275 000 tonnes, un chiffre très légèrement inférieur à la production de l'année passée.

Les surfaces cultivées en pommes de terre ont augmenté constamment et l'on prévoit de bons rendements. Le cheptel de bovins de boucherie et de vaches laitières ainsi que la production de viande et de lait semblent connaître une lente reprise, après les creux de 1992/93.

En 1996/97, le pays aura besoin de 625 000 tonnes de céréales pour maintenir la consommation humaine au niveau de l'an dernier, soit 360 grammes par personne et par jour pour une population résidente de 3,2 millions de personnes (430 000 tonnes), auxquelles il faut ajouter les céréales fourragères (87 000 tonnes), les céréales destinées à d'autres usages, principalement les semences (78 000 tonnes) et 20 000 tonnes destinées à reconstituer les stocks. Face à ces besoins, la production intérieure de céréales (légumineuses exclues) est maintenant estimée à 270 000 tonnes, les besoins d'importation se situant donc à 345 000 tonnes. L'essentiel de ces importations devrait se faire par le biais des négociants privés, sur une base commerciale, le commerce privé ayant connu une expansion très rapide suite à la libération totale du prix du pain. Les groupes vulnérables auront toutefois encore besoin d'une aide alimentaire d'urgence. Les contributions d'aide alimentaire annoncées jusqu'à présent se chiffrent à 65 000 tonnes. En 1996/97, le pays recevra un soutien budgétaire direct de la part de la CE plutôt qu'une aide alimentaire à monétiser. Le décaissement de cette aide est subordonné à la mise en oeuvre de réformes dans le secteur agricole, notamment la réforme foncière et la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales et du pain.

De façon générale, les disponibilités et la variété des aliments se sont améliorées, le commerce avec les pays voisins accessibles s'étant accru. Toutefois, le chômage est très important et les prix du marché sont très élevés par rapport aux salaires et aux pensions de retraite. 40 pour cent environ de la population dispose d'un revenu mensuel de moins de 20 dollars E.-U. Les 15 pour cent les plus pauvres de la population, soit 400 000 personnes, essentiellement des réfugiés et des personnes déplacées, continuent d'avoir besoin d'une aide alimentaire ciblée.

6.2 Azerbaïdjan

Le secteur agricole continue d'être dominé par les grandes entreprises que ce soit au plan de la production, de la commercialisation ou de la transformation. Toutefois, le mouvement de privatisation de facto des terres prend de l'ampleur, de petites coopératives et des fermes privées étant créées à l'intérieur des fermes d'Etat. S'il est difficile d'établir dans quelle mesure l'augmentation de la production privée sur des terres publiques et les écarts de prix importants entre le prix d'achat officiel et les cours en vigueur sur les marchés des céréales ont entraîné une sous-évaluation des rendements et un détournement de la production aux dépens du monopole d'Etat dans le secteur des céréales, on considère que ce phénomène est assez significatif.

Les informations officielles sur la superficie et la production céréalière demeurent contradictoires. D'après les indications recueillies, il semble que la superficie cultivée en céréales a quelque peu augmenté, en raison du bon potentiel de culture du blé, des pénuries de pain dans les campagnes et de la hausse marquée du prix du pain au cours de l'année passée. Malgré des précipitations hivernales inférieures à la normale, les rendements du blé ont augmenté. La FAO estime la récolte céréalière totale à 1,06 million de tonnes, une très légère augmentation par rapport à la récolte de 1995/96, estimée par de nombreuses sources officielles et officieuses à 1 million de tonnes. La production de blé est estimée, sous toute réserve, à 750 000 tonnes, contre 725 000 l'année dernière. Ce chiffre est d'environ 100 000 tonnes supérieur aux prévisions officielles pour la production de blé, probablement sous-estimée.

La production de pommes de terre et de légumes dans le secteur privé est à la hausse. Le cheptel (à l'exclusion des porcins) a augmenté et l'on prévoit une légère reprise de la production de viandes, de lait et d'oeufs en 1996.

Les chiffres officiels font état d'une diminution de la consommation des céréales par habitant en raison de la hausse des prix et d'une diminution de la capacité d'importations commerciales. On prévoit une autre forte hausse du prix du pain. Pour couvrir les besoins intérieurs en céréales en 1996/97, qui sont de 1,6 million de tonnes (1,03 million de tonnes pour la consommation humaine, soit environ 370 grammes par personne et par jour; 350 000 tonnes pour l'alimentation du bétail et 220 000 tonnes pour des usages divers, principalement les semences), le pays devra importer 555 000 tonnes de céréales. Face aux besoins d'importation de blé, estimés à 500 000 tonnes, le gouvernement a déjà passé des marchés de 180 000 tonnes et estime que les négociants privés importeront 300 000 tonnes selon des conditions commerciales. Les besoins d'aide alimentaire en 1996/97 devraient, d'après les prévisions, être nettement inférieurs à ceux de 1995/96, où les livraisons se sont élevées à 187 000 tonnes. Le volume d'aide alimentaire éventuellement nécessaire dépendra de la rapidité avec laquelle le système d'encadrement par l'Etat des circuits de distribution des céréales en milieu urbain et des prix des céréales sera démantelé et de la suite donnée aux projets visant à constituer une réserve d'intervention pour éviter des ruptures des approvisionnements pendant la privatisation des boulangeries industrielles de l'Etat. Il faudra toutefois continuer de distribuer une aide alimentaire d'urgence ciblée aux populations vulnérables. Jusqu'à présent, les promesses de contribution confirmées ne représentent que 5 000 tonnes. En 1996/97, le pays recevra un soutien budgétaire direct de la CE plutôt qu'une aide alimentaire à monétiser. Le décaissement de ces fonds est subordonné à la mise en oeuvre des réformes dans le secteur agricole, notamment la réforme foncière et la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales et du pain et de la libération des prix des céréales.

Le conflit entourant le Haut-Karabakh a fait près de 900 000 réfugiés et personnes déplacées. Les résultats préliminaires des évaluations de la pauvreté réalisés par la Banque mondiale indiquent que 60 pour cent environ de la population est touchée par la pauvreté et que quelque 20 pour cent peut être considérée dans une situation de pauvreté extrême. Un demi million de personnes environ avait besoin d'une aide d'urgence en 1995/96 et la situation économique n'a cessé de se détériorer.

6.3 Bélarus

La récolte céréalière totale 1996 sera, d'après les prévisions, de 5,8 millions de tonnes, poids nettoyé, soit 300 000 tonnes de plus que l'année dernière, en raison des conditions de croissance plus favorables au cours de l'hiver et de l'amélioration des rendements. La superficie cultivée en céréales est demeurée inchangée, à 2,7 millions d'hectares, mais la superficie cultivée en blé a augmenté des deux tiers, par suite d'une campagne menée par le gouvernement en faveur d'une plus grande autosuffisance. La production de blé devrait augmenter pour atteindre le niveau record de 750 000 tonnes. Si le blé a détrôné les céréales fourragères, notamment l'orge, une amélioration des rendements a limité la chute de la production des céréales secondaires à 4 pour cent, la faisant passer de près de 5 millions de tonnes en 1995 à 4,8 millions de tonnes en 1996.

En 1996/97, les besoins d'importations céréalières du pays devraient tomber à 385 000 tonnes, contre 687 000 tonnes en 1995/96 et provenir pour l'essentiel des pays voisins de la CEI. La récolte de blé plus abondante devrait ramener les importations de cette céréale au niveau record de 275 000 tonnes. Le secteur de l'élevage poursuivant son déclin, les importations de céréales secondaires devraient se limiter à 100 000 tonnes. Le pays a continué d'exporter de petites quantités de seigle vers les pays limitrophes.

6.4 Géorgie

Les données portant sur la production agricole sont contradictoires et les conditions de croissance ont été très inégales. D'après les indications officielles, les emblavures de blé ont été plus importantes que prévu et, de façon générale, plus de 400 000 hectares ont été ensemencés, toutes céréales confondues. Le temps sec et la grêle ont fortement diminué les rendements du blé d'hiver dans certaines parties de l'est de la Géorgie alors que d'autres régions ont enregistré d'excellents rendements. D'après les estimations officielles, la récolte de blé a augmenté de 175 000 tonnes. Les rendements de maïs ont de leur côté quelque peu souffert. Dans l'ensemble, la récolte 1996 de céréales et de légumineuses devrait, d'après les estimations provisoires de la FAO, rester proche de celle de l'an dernier qui était de 580 000 tonnes, soit 50 000 tonnes de plus que les estimations officielles, mais moins que les 700 000 tonnes prévues en mars, en raison d'une récolte de maïs moins bonne que prévu.

La consommation de farine de maïs a connu une hausse marquée en raison de la libération du prix du pain en juin 1996 et de pénuries de blé antérieures. Le gouvernement situe à 300 000 tonnes de blé les besoins d'importations céréalières en 1996/97, contre 460 000 tonnes importées l'année dernière, essentiellement au titre de l'aide alimentaire. Les importations commerciales de farine de froment par les négociants privés ont augmenté à un rythme accéléré et devraient couvrir les besoins du marché, qui devraient être à la baisse en raison de la hausse des prix. Il faudra encore compter sur l'aide alimentaire pour répondre aux besoins de distribution d'urgence aux populations les plus vulnérables. Jusqu'à présent, les allocations d'aide alimentaire, y compris celles qui ont été reportées depuis l'année précédente, s'élèvent à 53 000 tonnes. En 1996/97, le pays recevra un soutien budgétaire direct de la part de la CE, plutôt qu'une aide alimentaire à monétiser. Le décaissement de cette aide est subordonné à la mise en oeuvre de réformes dans le secteur agricole, notamment la réforme foncière et la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales et du pain.

Si la reprise économique est aujourd'hui amorcée, le PIB a connu un recul marqué au cours des années de guerre civile qui ont pratiquement poussé le pays au bord de la faillite, l'ont profondément endetté, l'ont plongé dans une crise énergétique persistante et donné lieu à 288 000 personnes déplacées. Face aux contraintes budgétaires graves, à l'insuffisance des mécanismes de protection sociale, aux salaires officiels très bas et au chômage élevé, on estime que le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire et qui ont besoin d'assistance se situe entre 600 000 et 700 000, essentiellement des personnes déplacées, leurs familles d'accueil, les mères d'enfants en bas âge, les retraités, les handicapés et les pensionnaires d'institutions sociales financées par le budget de l'Etat.

6.5 Kazakhstan

Au cours des dernières années, les estimations officielles de la production céréalière du Kazakhstan ont vraisemblablement été sous-estimées d'environ 10 pour cent, les producteurs ayant, semble-t-il, sous-comptabilisé leur production afin de réduire leurs ventes à l'Etat, qui paie des prix faibles et avec des retards considérables, constituer pour eux-mêmes des stocks plus importants qu'ils peuvent troquer contre des intrants et du carburant et se soustraire au remboursement de leurs dettes. Cette année, le Ministère de l'Agriculture a envoyé des inspecteurs dans les régions pour évaluer l'importance de la récolte de céréales afin d'obtenir des estimations plus réalistes et contraindre les agriculteurs à rembourser leurs prêts à la production et leurs autres dettes.

A partir d'entrevues avec des négociants et des fonctionnaires et d'une analyse de l'utilisation des céréales et des exportations à partir du Kazakhstan au cours des dernières années, on estime à 10,5 millions de tonnes, poids nettoyé, la récolte de céréales de l'année dernière, soit 10 pour cent environ de plus que le chiffre officiel, de 9,5 millions de tonnes. La superficie plantée en céréales étant de 17,1 millions d'hectares et le rendement moyen d'environ 760 kg/ha, la FAO prévoit que la récolte de cette année se chiffrera à 13,3 millions de tonnes, poids nettoyé. Les sources officielles situent la récolte entre 11 et 12 millions de tonnes. La production de blé devrait augmenter de 1,2 million de tonnes pour atteindre 9 millions de tonnes cette année, celle des céréales secondaires étant estimée à 4 millions de tonnes, contre 2,8 millions de tonnes seulement en 1995/96. Malgré des conditions plus favorables que l'an dernier, les rendements demeureront en-dehors de la moyenne, en raison de la diminution de l'emploi des engrais, déjà la cause principale de la mauvaise récolte de l'an passé.

Il semblerait que la production de pommes de terre, légumes et graines de tournesol soit à la hausse, tandis que tant la surface cultivée que le rendement seront appelés à baisser en ce qui concerne la betterave sucrière. Le cheptel a été réduit de façon drastique au cours des deux dernières années et la production intérieure de viande (-20 pour cent), de lait (-13 pour cent) et d'oeufs (-30 pour cent) a accusé un net recul en 1995, une tendance qui devrait se poursuivre en 1996.

La production de céréales destinées à l'exportation est rentable. Les données communiquées par les services des douanes et par les bourses des céréales indiquent que ce pays a probablement exporté plus de 5 millions de tonnes de céréales en 1995/96, en opérant des prélèvements importants sur les stocks et en diminuant l'utilisation des céréales pour l'alimentation animale. L'essentiel de ces exportations Ä près des trois cinquièmes Ä était destiné à la Fédération de Russie en 1995/96, le reste allant principalement aux Etats d'Asie centrale, dont l'Ouzbékistan. Si les prévisions pour la récolte 1996 se concrétisent, le Kazakhstan pourrait exporter jusqu'à 4 millions de tonnes de blé et environ 400 000 tonnes de céréales secondaires à ses clients habituels. Les objectifs d'achat du gouvernement fédéral, de 1,1 million de tonnes, ainsi que les objectifs d'achat des oblasts devront être atteints avant que les céréales ne puissent être exportées légalement par l'entremise de la bourse des grains. Les disponibilités alimentaires totales sont abondantes, mais on signale des pénuries localisées. D'importantes régions de l'ouest du Kazakhstan sont désertiques et les conditions de vie dans ces régions arides et dans les villes industrielles frappées par la dépression sont devenues très précaires.

6.6 République Kirghize

La superficie ensemencée en céréales a augmenté d'environ 4 pour cent malgré des pénuries de tous les intrants importants. Les conditions de croissance ont été plus favorables que l'an dernier, avec de bonnes précipitations en hiver et une couche de neige qui a reconstitué l'humidité des sols et les réserves pour l'irrigation. Les premiers résultats de la moisson semblent indiquer une nette reprise par rapport à l'année précédente, marquée par de mauvais rendements. Sous toute réserve, on prévoit une augmentation de la récolte 1996, qui devrait s'élever à 1,16 million de tonnes, ce qui est légèrement inférieur aux premières prévisions du gouvernement mais néanmoins nettement supérieur à la récolte de l'an dernier, qui ne dépassait pas le million de tonnes. La production de blé pourrait atteindre 850 000 tonnes, en raison de l'accroissement des superficies ensemencées et de l'amélioration des rendements.

On prévoit une augmentation de la production de pommes de terre, de légumes et de betteraves sucrières. Le cheptel continue d'être réduit, en raison de la pénurie de céréales fourragères, du surpâturage et de la baisse de la demande de laine. En raison du temps chaud qui a sévi l'an dernier, la production de viande, de lait et d'oeufs a diminué mais, cette année, des conditions de pâturage améliorées et une plus grande disponibilité du fourrage pourraient donner lieu à une légère reprise de la production de viande et de lait, tandis que l'on prévoit une nouvelle baisse de la production d'oeufs.

Si les prévisions de la récolte se concrétisent, le pays pourrait presque atteindre l'autosuffisance pour le blé, dont la production a presque doublé depuis 1991. Pour 1996/97, les besoins intérieurs en céréales sont estimés à 1,18 million de tonnes, dont 620 000 tonnes pour la consommation humaine, 310 000 tonnes pour l'alimentation animale et 250 000 tonnes pour d'autres usages, essentiellement pour les semences. Les ressources domestiques (les ressources pour le riz étant exprimées en équivalent riz usiné) se chiffrent à 1,16 million de tonnes, les besoins d'importation n'étant donc que de 17 000 tonnes. Jusqu'à présent, les annonces de contribution pour couvrir ces besoins s'élèvent à 7 000 tonnes. En 1996/97, le pays recevra un soutien budgétaire direct de la CE plutôt qu'une aide alimentaire à monétiser. Le décaissement est subordonné à la mise en oeuvre de réformes dans le secteur agricole, notamment de la réforme foncière et de la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales et du pain.

6.7 Moldova

Les superficies cultivées en céréales sont demeurées stables mais la persistance de conditions climatiques chaudes et sèches à des moments critiques du cycle de croissance pour les céréales d'hiver et de printemps ont diminué d'un tiers les rendements moyens et on prévoit une baisse de 1,7 million de tonnes de la production totale de céréales et de légumineuses qui était de 2,6 millions de tonnes l'an dernier. La production de blé devrait baisser d'environ 0,4 million de tonnes, pour se chiffrer à 0,7 million de tonnes tandis que la production de céréales secondaires, gravement touchée par le temps sec devrait selon les prévisions diminuer de 0,4 million de tonnes pour s'établir à 1 million de tonnes.

La production de toutes les autres cultures devrait également diminuer. La production d'oeufs a augmenté en 1995 mais le cheptel ainsi que la production de viande et de lait semblent avoir encore reculé, une tendance qui devrait se poursuivre cette année. Depuis 1991, le cheptel a été réduit de 32 pour cent pour les bovins et de 45 pour cent pour les porcins.

Ce pays, un petit exportateur net de céréales en 1995/96, devra vraisemblablement importer environ 215 000 tonnes de céréales en 1996/97 dont 150 000 tonnes de blé ainsi que du seigle et une petite quantité d'orge pour l'alimentation animale.

6.8 Fédération de Russie

Il devient de plus en plus difficile d'avancer une prévision précise de la récolte, étant donné que les politiques régissant le financement des intrants, les prix à la production et le commerce des céréales varient considérablement d'une région à l'autre et que les modèles agrométéorologiques de rendement s'appuient en partie sur des données historiques peut-être sous-estimées.

La FAO estime à 53,8 millions d'hectares la surface ensemencée en céréales en 1996, soit un million d'hectares environ de moins que l'an dernier et presque 8 millions d'hectares de moins qu'en 1991. La superficie cultivée en blé d'hiver a augmenté d'environ 2 millions d'hectares, ce qui a en partie compensé la diminution des emblavures en blé de printemps. La superficie totale cultivée en blé a augmenté d'environ 2 millions d'hectares en 1996, tandis que celle consacrée aux céréales secondaires et aux légumineuses a baissé de près de 3 millions d'hectares.

De façon générale, les conditions météorologiques ont été plus propices qu'en 1995, où une sécheresse prolongée avait entraîné une forte diminution des rendements. Après un départ médiocre, les conditions de croissance pour les cultures d'hiver ont été pour l'essentiel favorables. Les dommages de l'hiver ont été limités et les rendements moyens nettement supérieurs. Les céréales de printemps ont été affectées par une vague de chaleur au mois de mai et une période de temps chaud et sec en juillet, notamment dans certaines parties du nord du Caucase, dans les régions sud de l'Oural et dans certains oblasts du centre du Tchernozem. Les conditions météorologiques pour la moisson des céréales étaient favorables en août mais de fortes pluies en Sibérie en septembre et octobre ont entraîné des retards dans la moisson, des problèmes de verse et de germination et diminué la qualité d'une récolte par ailleurs satisfaisante. Les prévisions officielles actuelles laissent entrevoir une récolte de l'ordre de 67 à 70 millions de tonnes, contre 63,5 millions de tonnes en 1995. Toutefois, la récolte 1995 avait été sous-estimée d'environ 5 à 7 millions de tonnes d'après certaines sources officielles et dans des proportions encore plus importantes, d'après les estimations de certains professionnels du secteur.

Dans les conditions actuelles d'endettement agricole et de retard dans les paiements du Fonds fédéral, la sous-comptabilisation de la production devrait continuer d'être un trait caractéristique du secteur et demeurera difficile à quantifier. Toutefois, pour l'année en cours, alors que le marché est devenu plus transparent, le secteur mieux organisé et l'inflation à la baisse, cet élément de sous-estimation devrait être moindre. Les restrictions imposées par les oblasts sur le commerce des céréales en dehors des régions ont été déclarées illégales par décret et les infractions dénoncées avec succès. On prévoit que des mesures de contrôle plus strictes et un renforcement des efforts de perception des impôts diminueront les fraudes.

La FAO prévoit, sous toute réserve, que la récolte 1996 de céréales et de légumineuses sera de l'ordre de 75 millions de tonnes, poids nettoyé, contre une production estimée à 68 millions de tonnes l'an dernier. La production de blé, de plus de 38 millions de tonnes, devrait dépasser de 6 millions de tonnes celle de l'an passé. La production de céréales secondaires est estimée à près de 34 millions de tonnes, soit un million de tonnes de plus que la récolte de 1995, touchée par la sécheresse. On estime que la production de riz et de légumineuses devrait baisser de 0,4 et de 1,8 million de tonnes, respectivement. La superficie cultivée en légumineuses diminue constamment et le mauvais entretien des périmètres d'irrigation dans les zones de riziculture a quelque peu diminué les rendements.

Selon les indications actuelles, la récolte 1996 de pommes de terre pourrait dépasser la récolte de l'an dernier, qui était de 69 millions de tonnes, tandis que la production de légumes et de graines de tournesol devrait demeurer relativement stable. Il est difficile d'estimer précisément la production de pommes de terre, l'essentiel de cette production étant le fait du secteur privé. La production de betterave sucrière a été touchée par le temps relativement sec du mois d'août, bénéfique pour la récolte de céréales.

Le recul enregistré par le secteur de l'élevage devrait se poursuivre, mais à un rythme inférieur à celui de l'an dernier. Un recensement du cheptel détenu par les ménages indique que les effectifs de ce secteur sont demeurés stables, tandis que les effectifs des grandes exploitations ont chuté. Depuis 1991, le cheptel laitier a diminué d'un cinquième alors que les inventaires de porcins, ovins et caprins ont baissé de plus de moitié. La production d'aliments composés pour le bétail ne représente plus qu'un quart de la production de 1990 et les pénuries de céréales fourragères en 1995/96 ont encore retardé de deux ou trois ans toute reprise du secteur de l'élevage. La production de lait et d'oeufs a chuté d'environ un tiers et celle de viande de deux cinquièmes.

Malgré la baisse de 30 pour cent de la production agricole enregistrée depuis 1991, il n'y a pas de pénurie alimentaire, principalement en raison de l'augmentation des importations, notamment des importations de viande, de sucre, de fruits et légumes frais et également en raison de l'intensification de la production des parcelles privées et des parcelles de ménages. La demande en céréales a chuté brusquement au cours des dernières années, essentiellement en raison du recul de la production animale. Les données officielles sur la consommation indiquent que la consommation humaine de céréales est demeurée stable au cours des trois dernières années, la réduction du gaspillage ayant semble-t-il compensé l'augmentation de la consommation par habitant. Après la chute marquée de la production céréalière en 1995, des importations d'environ 6 millions de tonnes, auxquelles sont venus s'ajouter des prélèvements importants sur les stocks, ont garanti des approvisionnements stables en céréales vivrières dans la plupart des régions et ont permis d'exporter plus de 0,7 million de tonnes de céréales.

En 1996/97, les importations de céréales devraient baisser pour se situer à environ 4 millions de tonnes, dont 3 millions de tonnes de blé. La majeure partie de ces importations provient vraisemblablement du Kazakhstan et de l'Ukraine, le reste, soit 0,5 million de tonnes de blé, devant être importé de l'extérieur de la CEI, notamment de l'Extrême Orient. Les importations de céréales secondaires devraient selon les prévisions diminuer d'environ 2 millions de tonnes pour atteindre 800 000 tonnes, y compris l'orge et le maïs, ce dernier provenant pour l'essentiel de sources extérieures. Les importations de riz devraient d'après les estimations être ramenées à environ 150 000 tonnes, par rapport à 260 000 en 1995/96 (y compris les échanges intérieurs). On estime provisoirement les exportations de céréales en 1996/97 à 1 million de tonnes environ, assez également réparties entre blé et céréales secondaires.

6.9 Tadjikistan

Il est difficile d'obtenir des informations systématiques et fiables sur la production agricole dans ce pays déchiré par les troubles civils. Toutefois, face aux pénuries chroniques de blé de ces dernières années, la superficie ensemencée en céréales a été considérablement augmentée, pour atteindre 450 000 hectares, dont 150 000 hectares environ en culture irriguée. Les agriculteurs ont semé du blé sur la moindre parcelle de terre non occupée par les fermes d'Etat, ce qui comprend les potagers, les vergers, l'accotement des chaussées et les berges des rivières ainsi que certains pâturages à flanc de colline.

Cette année, les conditions de croissance ont été plus favorables que l'an dernier et l'on s'entend généralement pour dire que la récolte de céréales 1996 sera de l'ordre de 400 000 tonnes, pronostic confirmé par la mission de la FAO en juin/juillet. Il s'agira donc d'une nette amélioration par rapport à la récolte de l'an dernier estimée par la FAO à 300 000 tonnes environ. Toutefois, on prévoit une diminution de la production de la plupart des autres cultures vivrières et fourragères, les terres ayant été de plus en plus consacrées à la culture du blé. La production de coton, principale culture de rapport, devrait diminuer d'un tiers. La production de viande, de lait et d'oeufs devrait également connaître un net recul en raison du manque d'aliments concentrés pour le bétail et de la diminution des superficies disponibles pour les cultures fourragères et le pâturage.

Malgré cette hausse de la production céréalière en 1996, le pays accuse un déficit important pour les céréales alimentaires. En raison de l'état de pauvreté généralisée de la population, la situation des disponibilités alimentaires devrait demeurer précaire. Le risque de pénuries alimentaires est particulièrement élevé chez les citadins pauvres et dans les régions touchées par les troubles civils. On estime à 760 000 tonnes les besoins céréaliers 1996/97, dont 660 000 tonnes pour la consommation humaine (soit environ 360 grammes par personne et par jour, pour une population de 5,5 millions d'habitants), et 100 000 tonnes pour l'alimentation animale et pour d'autres utilisations, principalement les semences. Face à ces besoins, les approvisionnements intérieurs se chiffrent à 390 000 tonnes (à l'exclusion des légumineuses, le riz étant exprimé en équivalent usiné) ce qui donne des besoins d'importations de 370 000 tonnes. Les problèmes de devises et de solvabilité devraient limiter la capacité d'importations du pays qui aura besoin de 107 000 tonnes d'aide alimentaire. 41 000 tonnes ont déjà fait l'objet de promesses de contribution pour couvrir ces besoins, ce qui laisse un solde non encore couvert de 66 000 tonnes, qui viennent s'ajouter aux approvisionnements au titre de l'aide humanitaire pour les 620 000 personnes les plus vulnérables. Ce groupe comprend les populations déplacées à la suite de conflits civils, les personnes âgées et les retraités, les veuves de guerre avec enfants à charge, les familles nombreuses monoparentales, les orphelins et les handicapés/invalides. En 1996/97, le pays recevra un soutien budgétaire direct de la part de la CE au lieu d'une aide alimentaire à monétiser. Le décaissement est subordonné à la mise en oeuvre de réformes dans le secteur agricole, notamment la réforme foncière et la privatisation de la chaîne de transformation et de distribution des céréales et du pain ainsi que la libéralisation des prix des céréales.

6.10 Turkménistan

Le gouvernement mène à l'heure actuelle une politique visant à augmenter rapidement la production de blé, de viande et de lait tout en maintenant la production de coton au même niveau. Dans le but d'atteindre l'autosuffisance en blé, les superficies cultivées en céréales ont été portées à près de 700 000 hectares en 1996, alors qu'elles n'étaient que de 187 000 hectares en 1990. Les superficies cultivées en blé sont passées de 60 000 hectares en 1990 à près de 600 000 hectares en 1996 [ Pour la récolte 1997, l'objectif pour la superficie cultivée en blé a été ramené à 400 000 hectares. ] , en partie aux dépens des cultures fourragères, du coton et des légumes. Les rendements moyens du blé ont toutefois diminué constamment depuis 1994, des terres marginales supplémentaires étant mises en production tandis que les investissements dans les machines agricoles, les pièces détachées et les intrants diminuaient et que les livraisons obligatoires de la quasi-totalité de la récolte à l'Etat à des prix fixes et bas n'incitaient guère les agriculteurs à augmenter leurs rendements.

En 1996, le rendement moyen du blé a diminué plus ou moins de moitié, pour atteindre moins d'une tonne par hectare, en raison d'une irrigation insuffisante des cultures, d'emblavures réalisées très tardivement et de l'emploi très limité des engrais. La production globale de céréales en 1996 devrait selon les estimations approcher les 650 000 tonnes, contre 1,1 million de tonnes en 1995.

La production de pommes de terre est demeurée faible, les rendements étant limités par l'emploi de semences de qualité médiocre. La production de légumes devrait également baisser en raison de la faiblesse des prix, de l'insuffisance des installations de transformation et de stockage et de la perte de certains marchés à l'exportation. Des pénuries critiques d'intrants et des infestations de mouche blanche devraient entraîner une baisse de la récolte de coton, la principale culture de rapport, dont les recettes sont utilisées pour financer les importations de denrées alimentaires.

D'après les données disponibles, le cheptel, notamment les moutons et les vaches, augmente constamment tandis que la superficie consacrée au fourrage et la disponibilité de céréales fourragères sont à la baisse. Si la productivité de l'élevage et la production de porcs ont constamment diminué, la production globale de viande et de produits laitiers ont par contre connu une certaine progression entre 1990 et 1995, mais risquent de reculer cette année en raison de la mauvaise récolte. La totalité des gains de production jusqu'en 1995 est imputable au secteur privé et aux ménages, la taille du cheptel et la production des grandes exploitations agricoles ayant diminué.

La situation générale des approvisionnements alimentaires demeure précaire, notamment en raison du caractère saisonnier et irrégulier des approvisionnements en denrées de base comme les produits laitiers, les fruits et les légumes. Les salaires sont bas et seule l'existence de denrées alimentaires subventionnées et rationnées permet de maintenir des niveaux de consommation minimaux. Dans les campagnes, les pressions exercées par le système de quotas d'achat de l'Etat limitent le niveau de consommation, tout comme la taille réduite des parcelles privées sur lesquelles des produits alimentaires supplémentaires peuvent être cultivés (10 mètres par 15 mètres en moyenne). Depuis 1991, la consommation par habitant de la plupart des produits alimentaires a diminué. De façon générale, le niveau moyen de consommation des denrées de base semble être encore acceptable, mais l'on constate des écarts importants entre régions, et même des pénuries de certains produits, notamment dans le nord et dans la région de la mer Caspienne. Les enquêtes nutritionnelles ont relevé des insuffisances très largement répandues de la consommation de vitamines et autres minéraux.

En 1996/97, on estime les besoins en céréales à 1,26 million de tonnes, dont près de 650 000 tonnes pour la consommation humaine, l'utilisation pour l'alimentation animale et pour d'autres usages devant diminuer d'environ 350 000 tonnes, pour se situer aux alentours de 500 000 tonnes, les contraintes budgétaires et le manque de devises limitant la quantité de pain subventionné qui peut être fournie. Face à ces besoins, on estime les approvisionnements intérieurs à 750 000 tonnes, les besoins d'importation minimale de céréales s'établissant donc à 510 000 tonnes. La quantité de céréales importées commercialement a diminué au cours des dernières années. En raison de l'insuffisance de la récolte de blé et de la mauvaise récolte de coton qui est prévue, le pays a demandé de l'aide sous forme de prêts concessionnels et d'aide alimentaire en blé.

6.11 Ukraine

Par suite d'une sécheresse prolongée, 13,7 millions d'hectares seulement sur les 14,5 millions ensemencés en céréales devraient être récoltés cette année. Sur la base des derniers résultats, la récolte 1996 de céréales et de légumineuses est officiellement estimée à 27 millions de tonnes environ. Toutefois, il semble clairement établi que les rendements sont peut-être sous-comptabilisés, à hauteur de 5 à 10 pour cent, une certaine quantité de blé et d'orge de brasserie étant détournée des circuits contrôlés par l'Etat.

La FAO estime la récolte totale de céréales en Ukraine (légumineuses comprises) à 29,4 millions de tonnes en 1996, dont 16 millions de tonnes de blé, 12 millions de tonnes de céréales secondaires et 1,3 million de tonnes de légumineuses, contre 35 millions de tonnes en 1995 (estimations de la FAO). La baisse des rendements du blé a été presque totalement compensée par l'expansion des superficies plantées et par la diminution des dommages causés par l'hiver et la production de blé ne devrait, selon les estimations, enregistrer qu'une légère baisse par rapport à 1995. Cette baisse a été beaucoup plus marquée pour la production de céréales secondaires, notamment de l'orge (près de 30 pour cent) sous l'effet conjugué d'une diminution des superficies ensemencées et d'une réduction des rendements. Les superficies cultivées en pommes de terre et tournesol ont augmenté mais les conditions n'ont pas été non plus favorables à ces cultures.

Cette diminution de la production 1996 reflète des conditions de croissance peu propice cette année, le temps chaud et sec du printemps et de l'été ayant contrarié le grossissement des céréales d'hiver et la levée et le développement des céréales de printemps, notamment dans les oblasts du sud et de l'est, où la zone touchée par la sécheresse a été plus importante que l'an dernier. Les rendements dans la région centrale et septentrionale ont également été inférieurs, mais à un degré moindre. La faible utilisation des intrants, engrais et produits phytoprotecteurs, a également eu une influence sur les rendements.

L'élevage à grande échelle est en règle générale demeuré non rentable et les effectifs d'animaux (notamment le cheptel bovin) ont été fortement réduits au cours des deux dernières années. Entre 1991 et 1996 (1er janvier), les inventaires ont été réduits de près de 30 pour cent pour les bovins et les porcins et d'environ 50 pour cent pour les ovins, les caprins et la volaille. Il semblerait également que les réductions marquées des effectifs et de la production pour la viande, le lait et les oeufs se soient poursuivies en 1996.

L'utilisation intérieure de céréales a reculé de façon prononcée au cours des dernières années, surtout en ce qui concerne l'utilisation pour l'alimentation animale. Les stocks, notamment ceux de blé, demeurent élevés, ce qui reflète la politique de maintien de stocks importants menée par le gouvernement et les possibilités limitées d'exportation, notamment de blé et de farine, à l'extérieur de la CEI en raison de problèmes d'infrastructures et de qualité. Le pays n'en reste pas moins un important exportateur net de céréales en 1995/96, puisqu'il n'a importé que 200 000 tonnes de céréales et en a exporté un volume estimé à 1,2 million de tonnes de blé (essentiellement sous forme de farine) et près d'un demi million de tonnes de céréales secondaires vers d'autres pays de la CEI. En 1996/97, malgré la mauvaise récolte, on prévoit que le pays exportera encore 1 million de tonnes de céréales, surtout du blé. L'introduction récente de tarifs douaniers par la Fédération de Russie sur les importations de farine et d'autres denrées alimentaires en provenance de l'Ukraine pourrait cette année diminuer les échanges avec ce pays.

6.12 Ouzbékistan

La politique agricole prône la mise en place graduelle des mesures de réforme et de substitution des importations de céréales, de viande et de sucre, tout en maintenant la production de coton autour de 4 millions de tonnes par an. Au cours des dernières années, la production céréalière a augmenté mais il est difficile d'évaluer l'ampleur réelle de cette hausse, les statistiques officielles ayant tendance à surestimer le degré de réalisation des objectifs annuels de surface emblavée et de production de céréales. Ces données officielles indiquent que, depuis 1991, la superficie cultivée en céréales est passée de moins de 1,1 million d'hectares à plus de 1,7 million d'hectares (dont 1,2 million d'hectares en régime irrigué) au détriment des cultures fourragères, du coton et des fruits et légumes. La superficie ensemencée en blé a plus que doublé pour atteindre 1,3 million d'hectares, détrônant de plus en plus l'orge et le maïs. Toutefois, à mesure que la superficie augmentait, les rendements moyens du blé ont baissé.

Selon les premières indications officielles, la récolte céréalière de 1996 serait de l'ordre de 2,8 millions de tonnes, bien en-deçà de l'objectif fixé, soit 4,5 millions de tonnes. Cette production est proche du niveau enregistré l'an dernier, que les premières prévisions officielles situaient à 3,2 millions de tonnes pour être ensuite révisées à la baisse, à 2,7 millions de tonnes environ. Si les conditions de croissance au cours de l'hiver ont été plus favorables que l'an dernier, l'insuffisance des mesures d'incitation à la production, de mauvaises pratiques culturales et le manque d'intrants pour une superficie cultivée plus importante ont probablement entraîné une diminution des rendements. Seules les céréales et le coton demeurent assujettis à des commandes obligatoires de l'Etat.

En ce qui concerne les autres denrées alimentaires de base, la production de pommes de terre devrait être proche de celle de l'an dernier et celle de légumes inférieure à 1995. On estime que la superficie cultivée en coton a légèrement diminué par rapport à l'an dernier où elle était de 1,45 million d'hectares, mais les premières indications pour la récolte de coton sont optimistes. Les effectifs de bovins de boucherie et de vaches laitières ont diminué pour la première fois au cours de 1995. La productivité animale a subi un autre recul et la production de viande, de lait et d'oeufs devrait baisser en 1996, du fait des pénuries d'aliments pour le bétail.

Malgré la campagne destinée à augmenter la production de blé et les fortes augmentations du prix du pain, le pays demeure lourdement tributaire des importations céréalières pour couvrir ses besoins de consommation. En raison de la faiblesse des stocks de report, on estime à près de 2,4 millions de tonnes les besoins d'importations, un niveau légèrement supérieur à celui de l'an dernier. On estime les importations de blé à 2,2 millions de tonnes et celles de céréales secondaires à près de 200 000 tonnes. Un million de tonnes de blé et 50 000 tonnes de maïs devraient être importées de l'extérieur de la CEI, le reste provenant vraisemblablement de pays voisins, notamment le Kazakhstan et la Fédération de Russie.


Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles ou non. Il est réservé à un usage officiel. La situation pouvant évoluer rapidement, il est conseillé pour obtenir des informations complémentaires de s'adresser, si nécessaire à M. Abdur Rashid, Chef du Service mondial d’information et d’alerte rapide, Division des produits et du commerce international (ESC), FAO (télex: 610181 FAO, télécopie: (39-6) 5225-4495, courrier électronique: INTERNET: GIEWS1@FAO.ORG.


FA 4/50 CEI


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