SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE
SUR L'AGRICULTURE ET L'ALIMENTATION DE LA FAO
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL

Pour usage officiel seulement

MISSION FAO D'EVALUATION DES RECOLTES ET DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES EN ERYTHREE

RAPPORT SPECIAL


18 décembre 1996





1. VUE D'ENSEMBLE

Une mission FAO d'évaluation des récoltes et des approvisionnements alimentaires s'est rendue en Erythrée du 19 au 29 novembre pour procéder à une évaluation de la production agricole de 1996 et estimer les besoins totaux d'importations céréalières et d'aide alimentaire pour 1997. Des entretiens ont eu lieu avec divers services gouvernementaux, institutions des Nations Unies et organismes bilatéraux, tandis que des visites ont été effectuées dans les principales zones agricoles, dans les provinces de Saraye, Hamasien, Senhit, Semhar, Barka et Gash-Setit, en particulier dans les régions d'Omhager, Shambuko et Laley Gash.

Bien que l'on enregistre enfin en Erythrée quelques signes de reprise économique après plusieurs décennies de conflit armé et donc d'abandon, le secteur agricole et la capacité du pays de couvrir ses besoins alimentaires par ses propres moyens restent néanmoins faibles et particulièrement instables. L'agriculture est encore de subsistance, avec un apport d'intrants extrêmement réduit et un recours encore très limité aux techniques permettant d'accroître le rendement, même en regard d'autres pays d'Afrique subsaharienne. Certes, la production vivrière du pays pourrait être sensiblement améliorée, mais cela au prix d'investissements considérables tant sur le plan matériel qu'en ressources humaines. Il ne s'agit donc là que d'une possibilité réalisable à moyen, voire à long terme.

En attendant, si dans les bonnes années la plupart des exploitations agricoles ont une production à peine suffisante pour couvrir leurs besoins essentiels, dans les mauvaises années les infestations de ravageurs et la sécheresse affaiblissent considérablement la capacité des ménages de faire face aux pénuries alimentaires. La sécurité alimentaire reste donc très précaire en Erythrée. Au niveau des ménages, elle est liée à une série de mécanismes qui leur permettent de faire face, comme les programmes vivres contre travail du passé et la capacité de dégager des revenus pour l'achat de denrées alimentaires à travers la vente de biens familiaux, des animaux principalement. Au niveau national, les éléments déterminants sont la capacité du pays d'effectuer des achats commerciaux sur le marché mondial, l'aide alimentaire et les tendances de la production, ainsi que la disponibilité d'excédents exportables dans les pays voisins, notamment en Ethiopie, et leur accessibilité. Ainsi, la mission estime qu'en 1995 et en 1996 de graves problèmes d'ordre alimentaire ont pu être évités en Erythrée grâce à l'accès à ces disponibilités, à travers les importations faites en grandes quantités par le secteur public et privé et dans le cadre d'opérations transfrontières. Ces importations ayant été effectuées en birr éthiopiens (qui reste la monnaie officielle), on a pu également éviter de trop grandes ponctions sur les réserves en devises du pays.

Le volume important des approvisionnements alimentaires provenant d'Ethiopie est apparu clairement dans les zones visitées par la mission qui a constaté que de nombreux marchés urbains et ruraux étaient bien approvisionnés en céréales d'importation. Avec l'accès au marché et le pouvoir d'achat, notamment au niveau des groupes vulnérables, cette source de céréales demeurera un facteur fondamental pour la sécurité alimentaire future d'une devise forte en quantité limitée, les déficits de production vivrière en Erythrée auraient eu des conséquences bien plus évidentes et dramatiques, considérant surtout la forte diminution du volume de l'aide alimentaire en 1996, sous l'effet des inquiétudes des donateurs à l'égard de la nouvelle politique de monétisation de l'aide alimentaire.

Pendant la campagne agricole 1996, malgré de bonnes pluies en début de saison, en avril, qui ont favorisé l'expansion de la superficie cultivée, la sécheresse enregistrée en juillet/août dans plusieurs régions a gravement affecté les cultures et ce à un stade critique de leur développement. La production de céréales et de légumineuses est donc estimée pour cette année à environ 132 000 tonnes, volume inférieur de quelque 11 pour cent à celui de 1995 et de 29 pour cent à la moyenne des quatre années précédentes. Avec des stocks d'ouverture de 60 000 tonnes, les disponibilités totales pour 1997 s'élèvent donc à 192 000 tonnes. Comme les besoins du pays représentent quelque 395 000 tonnes pour la seule alimentation humaine et 481 000 tonnes globalement, les besoins d'importations se montent donc au total à plus de 289 000 tonnes. En supposant que 120 000 tonnes soient importées aux conditions commerciales (opérations transfrontières comprises) et que les promesses d'aide alimentaire à monétiser représentent 25 000 tonnes, le déficit global pour 1997 atteint ainsi 144 000 tonnes pour lesquelles le pays a besoin d'aide.

2. ANTECEDENTS ECONOMIQUES

L'Erythrée est un pays à faible revenu et à déficit vivrier, avec un revenu par habitant oscillant selon les estimations entre 130 et 150 dollars E.-U. Au moment de son indépendance en 1993, le pays avait un tissu industriel et agricole appauvri, des infrastructures fortement détériorées et de graves carences dans le domaine sanitaire et de l'éducation, même en regard d'autres pays en développement. Déjà grevée par le coût de la guerre, l'économie s'est également ressentie des sécheresses périodiques qui déterminent un affaiblissement de la contribution importante de l'agriculture au PIB. Cette situation est encore aggravée par les difficultés liées d'une part à la réinstallation de ceux qui, en grand nombre, avaient participé activement au conflit ou avaient été déplacés, et d'autre part au passage d'une économie planifiée à une économie de marché.

L'action des pouvoirs publics vise maintenant à favoriser la croissance économique, à travers diverses initiatives commerciales et privées, afin d'accroître le revenu par habitant, de créer des emplois et de développer les échanges. Ainsi, les objectifs visés sont d'améliorer la productivité agricole, de développer les industries d'exportation et de promouvoir le tourisme.

Sous l'effet de ces initiatives, l'économie a donné de nets signes de reprise, avec un taux de croissance supérieur selon les estimations à celui de la croissance démographique. A cela ont également contribué les disponibilités accrues de matières premières, financées en grande partie par les envois de fonds des Erythréens émigrés et par l'aide des donateurs.

3. LE SECTEUR AGRICOLE

L'agriculture, qui contribue de façon importante au PIB, aux recettes d'exportation et à l'emploi, demeure un secteur vital de l'économie. Toutefois, même dans les bonnes années, la production intérieure est insuffisante pour satisfaire la demande et le pays dépend dans une large mesure des importations de denrées alimentaires, aide comprise.

La productivité agricole est encore extrêmement faible, sous l'action conjuguée de divers facteurs, à savoir les conséquences du récent conflit, le déplacement des agriculteurs, le faible niveau des investissements, la dégradation de l'environnement, le surpâturage et les sécheresses périodiques. En outre, les systèmes de culture traditionnels, de subsistance et à faible apport d'intrants tels que semences améliorées, engrais et pesticides, continuent de limiter fortement la production. Les fréquentes infestations de ravageurs ont également des conséquences au niveau de la production vivrière. Aussi, dans la plupart des exploitations agricoles, la production est-elle à peine suffisante pour couvrir les besoins essentiels dans les bonnes années, tandis que dans les mauvaises années, ravageurs et sécheresse dégradent sensiblement la sécurité alimentaire des ménages.

Les bouleversements que le pays a connu, ont également touché le secteur de l'élevage. Le cheptel a considérablement diminué, de quelque 70 pour cent entre 1987 et 1991. Comme les animaux sont un élément extrêmement important pour les ménages auxquels ils permettent de surmonter les problèmes de disponibilités alimentaires dans les mauvaises années, la diminution du cheptel, la fréquence des maladies et la pénurie de pâturages ont inévitablement rendu une grande partie de la population, en particulier dans les zones marginales, très vulnérable aux pénuries alimentaires, en réduisant considérablement leur capacité de transaction pour l'achat de vivres sur les marchés. La situation s'est aggravée en 1996 avec la hausse du prix des céréales et l'affaiblissement de celui du bétail (ovins et caprins principalement), alors que les exploitants vendaient en masse leurs animaux à la fois à cause de la pénurie de pâturages et pour pouvoir acheter des céréales. Selon les estimations, quelque 60 pour cent du cheptel national est concentré dans les basses terres de l'Ouest. Il s'agit généralement d'ovins et de caprins, auxquels s'ajoutent bovins, chameaux, ânes et chevaux. Chaque ménage possède une moyenne de 3 à 5 ovins et/ou caprins. Mis à part les boeufs de trait qui paissent habituellement dans les "baitos", zones de pâturage réservées et sélectionnées par les conseils villageois, la plupart des autres animaux sont élevés selon un système pastoral ou agropastoral.

On compte environ 3,2 millions d'hectares de terre arable en Erythrée, mais seule une petite partie (11 pour cent) est cultivée. Les terres irriguées sont limitées à quelque 18 000 hectares dans les plaines où l'irrigation est pratiquée par endroits le long des bassins fluviaux ou par épandage des eaux de crue sur les berges inférieures des plaines de l'Est et, dans une moindre mesure, de l'Ouest.

En l'absence d'approvisionnements en eau assurés à travers un système d'irrigation bien développé, la production vivrière dépend presque totalement des précipitations. Il y a deux saisons des pluies, d'octobre à février (pluies d'hiver) dans les plaines de l'Est et de juin à septembre dans le reste du pays. Dans les années normales, la pluviométrie oscille entre 400 et 600 mm par an dans les hauts plateaux et entre 200 et 300 mm par an dans les basses terres. En moyenne, la pluviosité est généralement équivalente dans les plaines de l'Ouest et dans le haut plateau central, avec des pluies concentrées pour l'essentiel en juillet et en août. Dans les régions semi-arides, les précipitations peuvent également varier de façon sensible en termes de quantité, durée, intervalle entre les averses et étendue. En effet, à ce dernier égard, on peut enregistrer dans des zones distantes d'à peine quelques kilomètres, des écarts de plus de 100 mm pendant la même période.

Le régime pluvial et les altitudes variables permettent d'entreprendre différentes cultures, à savoir le blé et l'orge en altitude et le teff, le sorgho et les oléagineux dans les basses terres. Lorsque les pluies sont faibles, comme en 1996, le niveau des précipitations peut tomber à 200 mm dans les hauts plateaux et à 100 mm dans les plaines. En raison du caractère insuffisant des pluies auquel s'ajoutent une grande variabilité et une mauvaise répartition, pratiquement toutes les zones agricoles importantes sont sujettes à la sécheresse, avec des risques élevés de mauvaises récoltes.

Outre la variabilité des précipitations, un autre facteur limitatif en Erythrée est l'absence de fleuves ou de cours d'eau permanents. On n'y trouve en effet que des cours d'eau intermittents, totalement dépendants du régime des pluies pendant l'année considérée, ce qui limite les possibilités d'irrigation.

En complément de l'agriculture familiale à petite échelle, le Gouvernement délivre également aux investisseurs des concessions de terres pour favoriser la production agricole sur des superficies relativement importantes. La taille de ces concessions varie selon la localisation des terres et les disponibilités en eau (de pluie ou d'irrigation), et selon les cultures. Les terres situées à proximité de cours d'eau intermittents (avec puits d'eau) couvrent généralement entre 10 et 30 hectares et produisent des légumes (ognions, okra, carottes, etc.) et des fruits (bananes, oranges, etc.), tandis que dans les zones arides ou semi-arides elles peuvent atteindre 400 hectares et sont consacrées essentiellement aux cultures céréalières ou d'oléagineux. Toutefois, cette agriculture sous concessions ne contribue pas de façon sensible à l'économie alimentaire du pays.

4. PRODUCTION DE CEREALES ET DE LEGUMINEUSES EN 1996

Les estimations de la mission concernant la production de céréales et de légumineuses en 1996 figurent aux tableaux 1 et 2.

Tableau 1 - Production de céréales et de légumineuses, comparaison entre 1992-95 (moyenne) et 1996


1992-95 moyenne 1996 Variation par rapport à la moyenne 1992-95 (%)

Superficie (ha) Production (tonnes) Superficie (ha) Production (tonnes) Superficie (ha) Production (tonnes)
Céréales 316 235 182 154 322 179 123 874 +1.9 -32.0
Légumineuses 14 170 4 791 14 127 8 477 -0.3 +77.0
Total 330 405 186 945 336 306 132 351 +1.8 -29.2

Tableau 2 - Superficie ensemencée et production de céréales et de légumineuses par province en 1996


Céréales Légumineuses Total
Province Superficie Production Superficie Production Superficie Production

(ha) (tonnes) (ha) (tonnes) (ha) (tonnes)
Seraye 60 110 47 077 11 631 8 141 71 741 55 218
Akele Guzai 35 015 13 567 541 132 35 556 13 699
Hamasien 34 241 9 350 1 705 185 35 946 9 535
Senhit 31 567 6 226 185 15 31 752 6 241
Sahel 12 655 1 738 65 4 12 720 1 742
Gash-Setit 82 527 39 073

82 527 39 073
Barka 58 064 2 843

58 064 2 843
Semhar 8 000 4 000

8 000 4 000
Denkel





Total 322 179 123 874 14 127 8 477 336 306 132 351

Malgré une expansion globale des superficies sous céréales et légumineuses, la production a chuté en 1996 pour les raisons suivantes.

4.1 Précipitations

La fréquence et la répartition des précipitations en 1996 a eu un effet remarquable sur la production vivrière globale. Les pluies relativement bonnes tombées à fin avril/début mai ont encouragé les exploitants à étendre les superficies sous céréales et légumineuses, qui de ce fait ont atteint cette année quelque 336 000 hectares, contre les 298 000 hectares de 1995 et une moyenne de 330 000 hectares entre 1992 et 1995. Toutefois, en juillet et en août, une période de sécheresse a affecté les cultures alors que celles-ci se trouvaient à un stade critique de leur croissance. Les zones les plus touchées se trouvent dans les régions septentrionales du pays, y compris au nord de Barka, dans le Sahel et au nord de Senhit. Malgré la faiblesse des précipitations enregistrées dans les provinces d'Hamasien, Semhar, Barka sud-est, Akele Guzai et Seraye, dans les hauts plateaux, des pluies localisées ont permis de limiter dans une certaine mesure l'étendue des dégâts. En revanche, les zones frontalières avec l'Ethiopie, le Tigray occidental et central, n'ont pas du tout été concernées par cet affaiblissement des précipitations, ce qui prouve encore une fois le caractère relativement localisé de la sécheresse.

4.2 Rendements

Les rendements par hectare varient considérablement selon les zones agroécologiques et les systèmes de culture. De plus, à cause de l'utilisation continue de variétés locales anciennes, de l'absence totale de semences améliorées et de l'apport limité d'intrants, la productivité est extrêmement faible, même lorsque les conditions météorologiques sont favorables. Inutile de dire que dans les années défavorables, les rendements, la production et la sécurité alimentaire chutent encore davantage. On estime qu'environ 10 pour cent des agriculteurs utilisent des engrais minéraux à faible dose. Le fumier de ferme est toutefois rarement destiné aux cultures et sert essentiellement de combustible.

La pluviosité ayant été insuffisante, la productivité des cultures céréalières, dont le sorgho est la plus importante, est restée extrêmement faible en 1996. Dans les provinces de Barka et Sahel, les plus touchées, les rendements moyens ont été de 150 kg/ha environ, tandis que dans les zones relativement fertiles comme Omhager, Goulish et Laley-Gash dans la province de Gash-Setit, une productivité de l'ordre de 600 à 700 kg/ha a été enregistrée.

Quant aux potentialités, de petits projets de recherche réalisés récemment ont montré qu'il était possible d'améliorer les rendements grâce à des enveloppes techniques appropriées. A Shambuko, un programme spécial FAO de production en ferme a démontré que la production de sorgho pouvait être portée à 2 000 à 4 000 kg/ha.

Outre les céréales et les légumineuses, quelque 35 000 hectares ont été consacrés aux cultures oléagineuses, notamment à Gash-Setit, pour une production de 7 200 tonnes.

Aucune donnée n'est disponible concernant les autres cultures conduites en Erythrée. La mission a toutefois remarqué quelques parcelles de terre sous cultures légumières et fruitières, principalement dans les zones jouxtant les cours d'eau ou dotées de petits systèmes d'irrigation. Les fruits et les légumes sont pour la plupart cultivés sous concessions.

4.3 Situation dans les zones visitées

Akele Guzai

La province d'Akele Guzai est située dans le haut plateau central. Elle est très peuplée et caractérisée par des exploitations fragmentées couvrant entre 0,5 et 1 hectare. En altitude, on cultive de l'orge et du blé en monoculture et en association, du maïs et de l'éleusine ainsi que toutes sortes de légumineuses, tandis que plus bas, les cultures dominantes sont le teff et le sorgho.

La province de Seraye, Akele Guzai a bénéficié dans l'ensemble des précipitations les plus abondantes cette année. Toutefois, après une arrivée précoce, en mai, qui a favorisé les semis de céréales et de légumineuses, les pluies se sont ensuite affaiblies en juin et ce au détriment des cultures naissantes et de la croissance des plantes en général. De ce fait, on estime qu'en 1996 la production globale de céréales et de légumineuses a été proche de 13 700 tonnes, soit quelque 2 pour cent de moins qu'en 1995, avec un recul de 26 pour cent par rapport à la moyenne de la période 1992-95.

Seraye

Les sols de Seraye sont fertiles et pendant les années normales, les rendements y sont plus élevés qu'ailleurs. Selon les estimations, pendant la période 1992-95, la province a contribué pour environ 32 pour cent à la superficie totale cultivée chaque année et pour 29 pour cent à la production de céréales et de légumineuses. En 1996, Seraye a été la province la plus arrosée du pays et également la moins concernée par des absences localisées de chutes de pluie.

Les pluies sont arrivées tôt, mais se sont affaiblies pendant les semis tardifs de blé et d'orge, d'où une augmentation des terres converties à la production de légumineuses, vesces et pois chiches par exemple. De ce fait, la superficie sous légumineuses a progressé de près de 50 pour cent par rapport à la moyenne de longue période. Selon les estimations, la production de céréales et de légumineuses de 1996 devrait atteindre environ 55 000 tonnes, soit près du double de l'année précédente, avec une progression de 3 pour cent par rapport à la moyenne des quatre dernières années.

Hamasien

Cette province se trouve dans la région centrale et présente des caractéristiques analogues à celles d'Akele Guzai du point de vue de l'environnement, des systèmes de culture, des dimensions des exploitations et de la densité de population. Le maïs, le sorgho et l'éleusine sont semés pendant les petites pluies, entre mars et mai, tandis que les céréales et les légumineuses résistantes à la sécheresse sont cultivées pendant la saison des grandes pluies, de juillet à septembre.

Les pluies ont bien démarré en avril-mai, favorisant une augmentation des superficies sous céréales et légumineuses qui sont ainsi passées à quelque 36 000 hectares, contre moins de 34 000 hectares l'an dernier. Toutefois, l'affaiblissement marqué des précipitations enregistré par la suite a fortement limité la production. Aussi, selon les estimations, celle-ci serait-elle tombée à environ 9 500 tonnes, contre plus de 24 000 tonnes en 1995 et une moyenne de près de 20 000 tonnes pendant la période 1992-95.

Senhit

Cette province se trouve dans le centre-nord des hauts plateaux du centre et elle présente des similitudes avec les provinces d'Hamasien et d'Akele Gizai sur le plan de la topographie et des caractéristiques. Comme dans d'autres provinces, les précipitations ont été favorables en début de saison, en mai/juin, pour s'affaiblir ensuite nettement en juillet et août, portant gravement atteinte aux cultures. La production globale de 1996 se situe selon les estimations aux environs de 6 200 tonnes, soit un volume inférieur de plus de 25 pour cent à celui de 1995 et de près de 50 pour cent à la moyenne des quatre années précédentes.

Barka

A Barka, les principales cultures sont le sorgho, le mil chandelle, le sésame et l'arachide. Cette province est celle qui a le plus souffert cette année de l'affaiblissement des précipitations. Absentes en début de saison, les pluies ne sont arrivées qu'en août, et qui plus est en quantité insuffisante, déterminant le flétrissement des cultures et leur rabougrissement. Les rendements ont été dans l'ensemble extrêmement bas et la production estimée de la province est d'environ 2 800 tonnes de céréales et de légumineuses, contre les 17 000 tonnes récoltées l'an passé et une moyenne de 18 000 tonnes pendant la période 1992-95, ce qui représente un recul relatif de quelque 84 pour cent.

Sahel

Tout comme Barka, la province de Sahel a été très affectée par les faibles précipitations de 1996. Quelques chutes de pluie, localisées et très irrégulièrement réparties, ont bien été enregistrées en juin, puis des conditions de sécheresse ont régné en juillet. Les cultures ont donc beaucoup souffert et, selon les estimations, la production est tombée à environ 1 700 tonnes, quelque 25 pour cent de la production de l'an passé et 68 pour cent de moins que la moyenne des quatre dernières années.

Gash Setit

La province de Gash Setit, située dans les plaines de l'Ouest et proche de Seraye, est une zone agricole très importante de l'Erythrée. Contrairement aux hauts plateaux, la densité de population y est faible et la taille moyenne des exploitations est bien supérieure, avec environ 3 hectares par ménage.Les principales cultures sont le sorgho, le mil chandelle et le sésame.

La province n'a pas été aussi touchée que celles de Barka et Sahel par le manque de pluies, mais avec une moyenne de 77 mm, les précipitations enregistrées pendant les mois critiques (juin, juillet et août) ont été les plus faibles des cinq dernières années, inférieures de quelque 33 pour cent à la pluviométrie moyenne de ces trois mois pendant la période 1992-95. Aussi la production céréalière est-elle tombée à 39 000 tonnes, avec un fléchissement de quelque 8 pour cent par rapport à 1995 et 20 pour cent de moins que la moyenne des quatre dernières années.

Le Tableau 3 récapitule la production de céréales et de légumineuses par province en 1996, par rapport à la moyenne relative à la période 1992-95.

Tableau 3 - Production de céréales et de légumineuses en 1996, par rapport à la moyenne 1992-95


Moyenne 1992-1995 1996 Variation en 1996 par rapport à la moyenne (%)

Superficie (ha) Production (tonnes) Superficie (ha) Production (tonnes) Superficie (ha) Production (tonnes)
Akele Guzai
Céréales Légumineuses
Total

36 587
4 307
40 894

17 548
1 049
18 597

35 015
541
35 556

13 567
132
13 699

-4.3
-87.4
-13.1

-22.7
-87.4
-26.3
Barka
Céréales Légumineuses
Total

39 347

39 347

18 207

18 207

58 064

58 064

2 843

2 843

+47.6

+47.6

-84.4

-84.4
Gash Sentit
Céréales Légumineuses
Total

54 003

54 003

48 907

48 907

82 527

82 527

39 073

39 073

+52.8

+52.8

-20.1

-20.1
Hamasien
Céréales Légumineuses
Total

31 862
1 928
33 790

18 910
841
19 751

34 241
1 705
35 946

9 350
185
9 535

+7.5
-11.6
+6.4

-50.5
-78.0
-51.7
Sahel
Céréales Légumineuses
Total

15 214
85
15 299

5 450
11
5 461

12 655
65
12 720

1 738
4
1 742

-16.8
-23.5
-16.8

-68.1
-63.6
-68.1
Semhar
Céréales Légumineuses
Total

10 098

10 098

10 262

10 262

8 000

8 000

4 000

4 000

-20.7

-20.7

-61.0

-61.0
Senhit
Céréales Légumineuses
Total

30 954

30 954

12 313

12 313

31 567
185
31 752

6 226
15
6 241

+2.0

+2.0

-49.3

-49.3
Seraye
Céréales
Légumineuses
Total

98 170
7 850
106 020

50 557
2 890
53 447

60 110
11 631
71 741

47 077
8 141
55 218

-38.8
+48.2
-32.3

-6.9
+181.7
+3.3
Production nationale
Céréales
Légumineuses
Total


316 235
14 170
330 405


182 154
4 791
186 945


322 179
14 127
336 306


123 874
8 477
132 351


+1.9
-0.3
+1.8


-32.0
+77.0
-29.2


5. SITUATION ALIMENTAIRE

Considérant la faiblesse de la production intérieure, la sécurité alimentaire reste très précaire en Erythrée et largement dépendante de facteurs exogènes. Au niveau des ménages, elle est liée à une série de mécanismes qui leur permettent de faire face, comme les programmes vivres contre travail d'hier et la capacité du ménage de dégager des revenus pour l'achat de denrées alimentaires à travers la vente de biens familiaux, comme les animaux principalement. Au niveau national, les éléments déterminants sont la capacité du pays d'effectuer des achats commerciaux sur le marché mondial, l'aide alimentaire et les tendances de la production, ainsi que la disponibilité d'excédents exportables dans les pays voisins, notamment en Ethiopie. La mission estime ainsi qu'en 1995 et en 1996, de graves problèmes d'ordre alimentaire ont pu être évités en Erythrée grâce à l'accès à ces disponibilités, à travers les importations importantes faites par le secteur public et privé d'une part, et un volume considérable d'opérations transfrontières de portée plus limitée d'autre part. Ces importations ayant été effectuées en birr éthiopiens (qui reste la monnaie officielle), on a pu éviter également de trop grandes ponctions sur les réserves en devises du pays.

Le volume important des approvisionnements alimentaires provenant d'Ethiopie est apparu clairement dans les zones visitées par la mission qui a constaté le bon approvisionnement de nombreux marchés urbains et ruraux en céréales éthiopiennes. Avec l'accès au marché et le pouvoir d'achat, notamment au niveau des groupes vulnérables, cette source de céréales demeurera un facteur fondamental pour la sécurité alimentaire future du pays. Si l'accès à de tels approvisionnements avait été plus réduit ou s'il avait dépendu de façon plus étroite d'une devise forte en quantité limitée, les déficits de production vivrière en Erythrée auraient eu des conséquences bien plus évidentes et dramatiques, considérant surtout la forte diminution du volume de l'aide alimentaire en 1996, sous l'effet des inquiétudes des donateurs à l'égard de la nouvelle politique de monétisation de l'aide alimentaire.

En effet, pour tenter de réduire la dépendance des individus et des ménages à l'égard de l'aide alimentaire, le Gouvernement a lancé en janvier 1996 une nouvelle politique de monétisation de l'aide alimentaire. Aux termes de cette politique, toute aide alimentaire fournie au pays sera vendue sur le marché intérieur et les fonds qui seront ainsi dégagés, seront destinés au financement d'opérations de secours et de projets de redressement et de développement. Les programmes vivres contre travail, qui constituaient jusque là le canal principal de l'aide alimentaire, ont de ce fait été supprimés tandis que dans les projets de redressement et de développement, les paiements en espèces vont se substituer intégralement aux allocations de vivres. A ce jour, un seul des principaux donateurs a accepté la monétisation de l'aide alimentaire, les autres ayant préféré interrompre leurs livraisons, qui ne reprendront probablement pas tant qu'un accord n'aura pas été atteint sur les points sensibles de cette politique. Il s'agit en effet de définir plusieurs questions: les prix pratiqués, s'il s'agit de prix à l'exportation ou bien de prix subventionnés; le degré de participation du secteur privé, que le Gouvernement tient à promouvoir; et enfin la gestion et l'utilisation des fonds de contrepartie dégagés des ventes.

Le bilan de l'offre et de la demande de céréales en 1997 est exposé au tableau 4. Tableau 4 : Bilan de l’offre et de la demande de céréales en Erythrée en 1997 (en milliers de tonnes)

Disponibilités totales 192
- Production 132
- Stocks d’ouverture 1/ 60
Utilisation totale 481
- Utilisation alimentaire 395
- Semences et pertes après récolte 26
- Stocks de clôture

60

Besoins d’importations 289
- Importations commerciales 120
- Aide alimentaire annoncée 2/ 25
- Aide alimentaire programme 144


1/ Y compris les 35 000 tonnes d’aide alimentaire attendues en décembre 1996
2/ Aide alimentaire à monétiser annoncée

Le bilan de l'offre et de la demande de céréales et de légumineuses pour la campagne de commercialisation 1996/97, figurant au tableau 4, a été établi sur la base des estimations et des hypothèses suivantes:

1996 a été dans l'ensemble une année exempte d'infestations de ces insectes migrateurs qui affectent périodiquement la production. Quelques infestations localisées de foreurs ont toutefois été signalées dans les cultures de sorgho, aussi bien dans les basses terres que dans les hauts plateaux.

Le Tableau 4 indique donc qu'en 1997, pour répondre à la demande, les besoins d'importations du pays s'élèveront à quelque 289 000 tonnes. Compte tenu des importations commerciales et de l'aide alimentaire à monétiser annoncée, il reste au pays un déficit vivrier global de 144 000 tonnes, pour lequel une aide sera nécessaire en 1997.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles ou non. Il est réservé à un usage officiel. La situation pouvant évoluer rapidement, il est conseillé pour obtenir des informations complémentaires de s'adresser, si nécessaire à

M. Abdur Rashid, Chef du Service mondial d’information et d’alerte rapide, Division des produits et du commerce international (ESC), FAO (télex: 610181 FAO, télécopie: (39-6) 5225-4495, courrier électronique: INTERNET: GIEWS1@FAO.ORG.


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