SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE DE LA FAO

RAPPORT SPECIAL

EVALUATION DE LA SITUATION NUTRITIONNELLE ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES EN BULGARIE

15 avril 1997




INTRODUCTION


Dans le cadre d'une mission d'évaluation interinstitutions des Nations Unies, le Service mondial d'information et d'alerte rapide et la division de la nutrition de la FAO se sont rendus en Bulgarie du 26 février au 9 mars 1997 afin d'y évaluer la situation alimentaire et nutritionnelle, et notamment la situation de l'offre et de la demande des principales denrées alimentaires en 1996/97, les modes de consommation alimentaire, l'approvisionnement alimentaire de la population dans le cadre de la crise économique actuelle ainsi que les perspectives de récolte pour 1997.




APERÇU DE LA SITUATION NUTRITIONNELLE ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES


Depuis le début de la période de transition, en 1989, la situation socio-économique de la Bulgarie n’a cessé de se détériorer. En 1996, cette détérioration, qui a atteint un niveau bien supérieur aux prévisions, s’est traduite par une hausse vertigineuse des prix, notamment des denrées alimentaires, et une forte dépréciation de la monnaie nationale. Cette situation a gravement affecté le pouvoir d'achat de la population, et en premier lieu celui des personnes financièrement tributaires de l’Etat. Parallèlement, la situation générale des disponibilités alimentaires a continué de se dégrader elle aussi l'an passé, en partie à cause de la poursuite de la baisse de la production nationale, mais aussi en raison de conditions (tant formelles qu'informelles) favorables aux exportations en 1995/96 (juillet/juin) et, partant, de conditions économiques peu propices aux importations.

En 1996/97, les réserves nationales de blé, principale céréale produite et consommée dans le pays, ont été déficitaires en raison d'une production très réduite durant l’année 1996, au cours de laquelle les mauvaises conditions météorologiques n’ont fait qu’aggraver la situation déjà très mauvaise du secteur agricole, ainsi que du très bas niveau des stocks de report de l'année précédente. Or, comme le pain constitue le principal aliment de base, l’approvisionnement continu en blé est essentiel pour la majorité de la population. L’insuffisance des stocks de l’Etat (réserves y comprises) et leur répartition inégale dans le pays ont déjà entraîné des pénuries localisées, mais la majeure partie de la population a pu bénéficier jusqu’à présent d'un approvisionnement suffisant. En fonction de la région, toutefois, on note de nettes différences dans le prix du pain, ce qui provoque des troubles parmi la population et constitue un facteur de pression supplémentaire sur les centres qui proposent du pain à des prix peu élevés. Il semble que le prix modéré du pain à Sofia attire les habitants d'autres villes de la région. Les régions qui affichent les prix les plus bas sont celles où l’Etat dispose encore de réserves de blé subventionné et où les autorités municipales, après avoir reconstitué leurs réserves par l’achat de blé aux prix du marché libre, subventionnent l'approvisionnement des boulangeries en farine de froment à l’aide de leur budget propre. Toutefois, ces mesures de subvention pourraient être de courte durée étant donné que les réserves publiques de blé susceptible d’être distribué à des prix subventionnés sont limitées et que les municipalités qui ont pris l'initiative de subventionner la vente de pain auraient déjà recours au crédit.

Alors que les besoins totaux en blé ont été évalués par la mission à 2,5 millions de tonnes pour 1996/97, la production nationale ne devrait pas dépasser 1,9 million de tonnes, d'où un déficit d'importation de 600 000 tonnes pour la campagne de commercialisation 1996/97. A la mi-mars, les livraisons confirmées, les projets d'importations commerciales ainsi que les livraisons et contributions annoncées d'aide alimentaire atteignaient quelques 400 000 tonnes. Le total des importations nécessaires à la satisfaction des besoins de consommation de blé jusqu'à la prochaine récolte s'élève donc à 200 000 tonnes. Si aucun donateur bilatéral ne s’engage à combler ce déficit, le gouvernement devra trouver le moyen d’importer cette quantité de blé par des voies commerciales. Or, comme la période critique devrait se situer en mai et en juin, juste avant le début de la récolte 1997, il convient de prendre au plus vite de nouvelles dispositions en matière d’importation afin de garantir la continuité des approvisionnements en blé au cours de ces deux mois.

Les premières indications pour la campagne de commercialisation 1997/98 sont plus favorables. Grâce à l’extension considérable des superficies ensemencées en blé d'hiver en automne dernier ainsi qu’aux conditions météorologiques satisfaisantes jusqu'à ce jour, la mission prévoit une nette reprise de la production de blé, qui devrait atteindre 3 millions de tonnes en 1997, volume suffisant pour couvrir les besoins nationaux prévus pour 1997/98.

En ce qui concerne les autres denrées alimentaires, la consommation de produits carnés et laitiers affiche une certaine tendance à la baisse, ce qui s'explique principalement par la forte augmentation du prix de ces produits par rapport au revenu monétaire minimum et moyen. Pour l’instant, la population parvient à faire face à ces augmentations grâce à une série de stratégies d'adaptation à court et à long terme. Dans les agglomérations, l’augmentation du nombre de petits jardins privés (produisant essentiellement des légumes, des légumes secs et des fruits), la mise en conserve traditionnelle, l’approvisionnement particulier en provenance des zones rurales et la substitution des produits carnés et laitiers par des aliments moins onéreux, mais d'une valeur nutritionnelle souvent inférieure, permettent jusqu’à présent à la population de pourvoir à ses besoins. Dans les zones rurales, la production de céréales et d’autres denrées alimentaires pour la consommation locale permet de couvrir plus de la moitié des besoins alimentaires.

Si rien n’indique l’existence d’une situation généralisée de sous-alimentation, certaines couches de la population disposant de revenus inférieurs à la moyenne sont probablement exposées aujourd’hui à un risque accru de sous-alimentation. La situation économique actuelle et les diverses réformes du secteur public, notamment dans le domaine de l'aide sociale et de la santé, ne peuvent qu’entraîner une détérioration des conditions de vie des personnes dont le revenu est égal ou inférieur à la pension ou au salaire minimums, respectivement de 11 000 BGL (lev bulgare) [ Pendant la mission, le taux de change a varié entre 1 500 et 1 895 BGL pour 1$ E.-U.] et de 10 000 BGL. Les dépenses alimentaires absorbent donc une part croissante du revenu annuel, ce qui entraîne une évolution des modes de consommation alimentaire.

Compte tenu du niveau des pensions et des salaires minimums, les groupes vulnérables sont plus que probablement les retraités et les familles à très faible revenu ou sans revenu qui ne disposent, pour couvrir leurs dépenses alimentaires, que de ressources limitées sous la forme d'argent comptant, d'économies ou d'autres mécanismes d'aide au revenu. Il est par conséquent essentiel d'identifier et de cibler les services d’aide sociale qu’il convient d’apporter à ces groupes afin de leur épargner des souffrances inutiles et d'éviter la détérioration de leur qualité de vie au cours de cette période d'instabilité et de réformes économiques.




SITUATION DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE DE CEREALES EN 1996/97 (JUILLET/JUIN)


Plusieurs inconnues subsistent quant à l'équilibre entre offre et demande de blé pour la suite de la campagne de commercialisation 1996/97, notamment en ce qui concerne les quantités de blé et de farine de froment dont disposent encore l’Etat et le secteur privé pour la période en question. La mission a estimé le total des réserves de blé au début de la campagne 1996/97 à quelques 100 000 tonnes. Aucune donnée officielle ne lui a été communiquée sur le volume des réserves détenues par l’Etat au début de la campagne, mais à la mi-février 1997, le gouvernement, poussé par la détérioration de la situation de l'offre, a annoncé qu'il débloquerait la totalité des réserves actuelles, soit environ 70 000 tonnes, pour approvisionner les zones les plus touchées.

Compte tenu de l’apport des autres groupes d’aliments qui composent le régime alimentaire, la consommation journalière de blé (sous toutes ses formes) devrait s'élever à 450 grammes. Or, selon les séries chronologiques passées, ce chiffre est largement inférieur à la consommation effective alors que le pays traverse une époque où le blé a désormais une importance égale, voire supérieure dans le régime alimentaire en raison de la baisse du pouvoir d'achat qui limite l'acquisition de denrées alimentaires plus onéreuses. Cette situation résulte des gaspillages importants qui ont eu lieu auparavant lors des années excédentaires. Le pain était alors si abondant et si bon marché qu'il servait souvent de nourriture pour les animaux.

En ce qui concerne l'utilisation du blé comme aliment du bétail, la diminution constante du nombre d'animaux a entraîné une réduction des besoins par rapport à l'année précédente. Toutefois, vu la diminution des quantités d’autres céréales fourragères disponibles, les besoins en blé pour l'alimentation animale sont estimés à quelque 620 000 tonnes en 1996/97 tandis que les besoins pour les autres usages (essentiellement les semences) sont évalués à 400 000 tonnes.

Tableau 1 – Bulgarie : équilibre de l'offre et de la demande de céréales de 1995/96 à 1996/97 (en milliers de tonnes)

Blé Céréales secondaires

Estimation Prévision Estimation Prévision

    Juillet/juin

1995/96 1996/97 1997/98 1995/96 1996/97 1997/98
Population (en milliers d'habitants) 8 385 8 340 8 300 8 385 8 340 8 300
OFFRE TOTALE
Disponibilités nationales
Stocks d'ouverture
Production
Importations
4 325
4 235
800
3 435
90
2 490
1 888
100
1 788
602
3 100
3 100
100
3 000
0
3 738
3 648
574
3 074
90
2 322
2 202
503
1 699
120
2 663
2 663
253
2 410
0
UTILISATION TOTALE
Utilisation nationale
Utilisation alimentaire
Utilisation fourragère
Autres
Exportations
Stocks de clôture
4 325
3 315
1 725
950
640
910
100
2 490
2 390
1 370
620
400
0
100
3 100
2 550
1 500
650
400
100
450
3 738
2 785
200
2 176
409
450
503
2 322
2 069
120
1 583
366
0
253
2 663
2 414
159
1 888
367
0
249
Utilisation alimentaire par habitant (kg/an) 205,7 164,3 180,7 23,9 14,4 19,2


Sources : Ministère de l'Agriculture et de l'Industrie alimentaire, Ministère du Commerce et de la Coopération économique étrangère, Transport, diverses sources indépendantes et estimations de la FAO.

Pour 1996/97, les besoins totaux en blé, toutes utilisations confondues, s'élèvent à 2,5 millions de tonnes [ Ce chiffre comprend environ 100 000 tonnes de stocks de blé destinés à couvrir les besoins d’un mois en cas de récolte tardive en 1997.] . Or, la production du pays ne devrait pas dépasser 1,9 million de tonnes (100 000 tonnes provenant des stocks d'ouverture et environ 1,8 million de tonnes provenant de la production de 1996), d'où un déficit important de quelque 600 000 tonnes pour la campagne de commercialisation 1996/97. Encore faut-il que les producteurs nationaux mettent la totalité des stocks de la production de 1996 sur le marché (hormis les quelques réserves privées) avant la fin du mois de juin, ce qui est relativement incertain. Toutefois, malgré des stocks de report peu importants et une réduction des achats par l’Etat des produits de la récolte 1996, les approvisionnements en blé se sont maintenus jusqu’à ce jour, ce qui semble indiquer que la majeure partie de la production de 1996 a effectivement été débloquée. Les agriculteurs ont indubitablement écoulé leur production à des prix supérieurs à ceux initialement offerts par l’Etat grâce à des contrats conclus avec des moulins privés, voire avec des moulins d'État contraints d'augmenter leurs prix en raison de l'épuisement de leurs réserves. Par conséquent, la mission estime que les réserves détenues par les opérateurs privés à la fin du mois de février 1997 s'élèvent à quelques 30 000 tonnes et qu’on peut raisonnablement supposer que les agriculteurs ne manqueront pas de liquider leurs réserves de blé à l’approche de la récolte 1997, notamment si cette dernière s'annonce prometteuse.

A la mi-mars, les livraisons effectuées, les projets confirmés d’importations commerciales ainsi que les livraisons et contributions annoncées d’aide alimentaire atteignaient quelques 400 000 tonnes, soit un déficit d’importation de 200 000 tonnes de blé. Sur la totalité des quantités confirmées, 180 000 tonnes ont déjà été fournies à la Bulgarie, essentiellement par le biais d’opérations de troc contre du carburant, de quelques petits contrats commerciaux d’importation conclus avec des pays limitrophes et de modestes opérations d’aide alimentaire. Quant aux 220 000 tonnes confirmées restantes, 120 000 tonnes ont été achetées par le biais de la société Dominion Grain et 100 000 tonnes ont fait l’objet, de la part de la Pologne, d’un prêt remboursable en nature sur la récolte 1997.

La société Dominion Grain devrait livrer une première tranche de quelque 30 000 tonnes au port de Burgas, sur la mer Noire, pour la mi-mars tandis que les expéditions de blé polonais par chemin de fer ont déjà commencé. Dans le cadre de ces deux contrats, les arrivages de blé devraient se poursuivre en mars et en avril. Le gouvernement a déclaré qu’il coordonnerait de près la distribution du blé disponible afin de garantir la poursuite d’un approvisionnement équitable à l’ensemble de la population.

Si aucun donateur bilatéral important ne se manifeste, le gouvernement devra trouver le moyen d’importer du blé par des voies commerciales afin de couvrir les besoins restants. Plusieurs options de financement sont à l’étude, mais la solution dépendra en grande partie de l’issue des négociations en cours avec les institutions financières internationales. Comme la période critique devrait se situer en mai et en juin, juste avant le début de la récolte 1997, il convient de prendre au plus vite de nouvelles dispositions en matière d’importation afin de garantir la continuité des approvisionnements en blé au cours de ces deux mois.

La situation concernant les céréales secondaires n’est pas aussi critique. Les principales céréales secondaires sont le maïs et l’orge, qui sont essentiellement destinés à l’alimentation animale. Dans l’ensemble, les céréales secondaires ne sont guère utilisées à des fins alimentaires et industrielles. A l’instar du blé, la demande de céréales secondaires par l’alimentation du bétail devrait considérablement baisser en 1996/97 en raison de la diminution du nombre de têtes de bétail. Par conséquent, malgré une réduction notable de leur production en 1996, les céréales secondaires ne devraient afficher qu’un déficit limité en 1996/97, dont la plus grande partie sera vraisemblablement imputable aux contrats commerciaux d’achat de céréales destinées aux brasseries.

PERSPECTIVES DE LA RECOLTE 1997

De la mi-octobre à la mi-novembre 1996, les agriculteurs ont bénéficié, durant une période prolongée, d’excellentes conditions pour les opérations automnales de préparation et d’ensemencement des terres, ce qui leur a permis, en dépit de ressources financières limitées et d’équipements obsolètes et inadaptés, d’accroître les superficies ensemencées en céréales d'hiver (blé et orge essentiellement) de quelque 20 pour cent par rapport à l’année précédente et d’atteindre ainsi près de 1,5 million d’hectares, dont 1,2 million d’hectares de blé et 280 000 hectares d’orge.

Tableau 2 – Bulgarie : surface (en milliers d’hectares), rendement (en kg/ha) et production (en milliers de tonnes) des principales cultures vivrières


1995 1996 Prévisions 1997

Surface Rend. Prod. Surface Rend. Prod. Surface Rend. Prod.
Ensemble des céréales, dont : 2 127 3 062 6 513 1 733 2 016 3 494 2 075 2 612 5 419
– blé 1 182 2 906 3 435 958 1 866 1 788 1 200 2 500 3 000
– orge 398 2 947 1 173 260 1 765 459 280 2 500 700
– maïs 483 3 762 1 817 482 2 485 1 198 550 3 000 1 650
– seigle 14 1 429 20 10 1 300 13 12 1 500 18
– avoine 36 1 306 47 10 1 400 14 16 1 500 24
– autres céréales 12 1 417 17 10 1 500 15 12 1 500 18
– riz 2 2 000 4 3 2 333 7 5 1 800 9
Graines oléagi-neuses 604 1 260 761 500 1 102 551 550 1 150 633
Betterave sucrière 9 17 333 156 8 12 750 102 9 14 000 126
Pommes de terre 59 11 119 656 40 7 550 302 45 10 000 450
Légumes secs 63 1 079 68 56 482 27 55 600 33
Légumes 81 16 605 1 345 71 15 915 1 130 70 16 000 1 120


Source : Institut national de statistiques 1995 et 1996, Prévisions de la mission de la FAO pour 1997.

Si les agriculteurs sont disposés à consacrer le peu de ressources dont ils disposent à la production de blé c’est principalement en raison de l’importance de cette céréale dans le régime alimentaire national, des prix un peu plus avantageux qu’ils ont obtenus pour la récolte 1996 ainsi que de la perspective de prix élevés en 1997 également. La garantie de prix minimums par le gouvernement et la pratique, par les moulins d’État, de prix initiaux largement inférieurs à ceux des marchés internationaux après la récolte de l’an passé n’ont pas empêché l’augmentation des prix du marché au cours de l’année en raison de l’insuffisance de l’offre. Aussi, pour encourager les agriculteurs à accroître les plantations d’hiver pour la récolte 1997 et les aider dans l’achat d’intrants, le gouvernement a mis en place, à l’automne, deux programmes d’octroi de prêts à des conditions de faveur dans le cadre du fonds « Agriculture ». Comme en 1995, les agriculteurs peuvent placer sous contrat des superficies destinées à être ensemencées en céréales d’hiver et bénéficier de la sorte, proportionnellement aux superficies emblavées, de prêts assortis de conditions de faveur pour les semences, les engrais et les divers coûts liés à la récolte. En échange, les agriculteurs sont tenus de vendre à l’Etat une quantité prédéfinie de céréales par hectare sous contrat. L ‘Etat s’est engagé à payer la récolte 1997 à 80 pour cent au moins du prix pratiqué sur les marchés internationaux. Les agriculteurs peuvent également s’engager, par contrat, à vendre, à un prix déterminé, une certaine quantité de céréales à l’Etat au moment de la récolte afin de bénéficier, en retour, d’un prêt assorti de conditions de faveur proportionnel à la quantité qui fait l’objet du contrat. Par ailleurs, les fonds détenus par les agriculteurs dans les banques placées sous administration judiciaire ont été débloqués.

Les céréales d’hiver ont bénéficié de conditions climatiques normales au cours du mois de décembre et au début du mois de janvier. Une épaisse couche de neige les a protégées de la gelée et a considérablement amélioré la teneur en eau du sol après la sécheresse de l’an passé. Fin janvier et début février, le temps inhabituellement doux et sec a accéléré la croissance des cultures. Les précipitations de la seconde moitié de février ont accru les réserves hydriques du sol, qui sont considérées comme bonnes, voire excellentes.

Si les conditions météorologiques normales se maintiennent, le rendement moyen devrait être sensiblement supérieur aux résultats médiocres de l’an passé, imputables à la sécheresse, même si l’issue de la récolte dépendra en grande partie de la possibilité pour les agriculteurs de disposer d’engrais, de produits chimiques de lutte contre les maladies, les parasites et les mauvaises herbes ainsi que de machines en état de fonctionnement au moment de la récolte. Or, malgré l’aide accordée par l’Etat dans le cadre du fonds « Agriculture » susmentionné, il semblait de moins en moins probable, début 1997, que les agriculteurs puissent bénéficier de suffisamment d’intrants en raison de la nette augmentation du prix de ceux-ci et de la forte hausse de l’inflation. Le nombre d’agriculteurs qui bénéficient actuellement de ce fonds n’est du reste pas connu avec précision, car il semblerait que l’Etat ne fournisse pas de ressources suffisantes aux banques chargées de sa gestion. La prévision officielle d’un rendement moyen de céréales d’hiver de 3 000 kg/ha cette année semble donc trop optimiste. Selon les données actuelles, la mission estime qu’un rendement de 2 500 kg/ha environ est plus réaliste. A titre de comparaison, le rendement de 1996 s’élevait à 1 866 kg/ha à peine en raison de la sécheresse tandis que la moyenne des cinq dernières années s’établissait à près de 2 700 kg/ha. La mission évalue donc la production de blé à 3 millions de tonnes en 1997, soit une augmentation de 68 pour cent de plus que les mauvais résultats enregistrés en 1996, mais moins que la moyenne de 3,2 millions des cinq dernières années.

Les perspectives de récolte du maïs à semer ce printemps se sont quelque peu assombries en raison de la détérioration de la situation économique du pays et, même si les superficies ensemencées devraient être plus importantes que l’an passé, il est peu probable qu’elles atteignent les 600 000 hectares prévus par le ministère de l’Agriculture. Outre la forte hausse du coût du carburant et des intrants, le déclin du secteur de l’élevage a entraîné une baisse de la demande de cette importante céréale fourragère. Comme pour les céréales d’hiver, le manque de moyens financiers pour l’achat d’intrants et le mauvais état du matériel d’irrigation ne permettront sans doute pas d’obtenir le meilleur rendement.

Les cultures d’hiver étant encore en période de croissance et les cultures de printemps n’étant pas encore semées, il est trop tôt pour donner une estimation précise de la production totale de céréales pour 1997. Sur la base des informations quantitatives et qualitatives déjà disponibles, la mission estime que la production de 1997 pourrait suffire à couvrir les besoins céréaliers du pays en 1997/98. Toutefois, on ne peut totalement exclure une détérioration des conditions et un nouveau déficit de l’offre de céréales en 1997/98. La situation nécessitera donc un suivi rigoureux dans les mois à venir.




MODES DE CONSOMMATION ALIMENTAIRE ET SITUATION NUTRITIONNELLE

[ Un rapport complet sur la situation alimentaire en Bulgarie est disponible sur simple demande auprès de M Baron, FAO/ESNA, Rome.]


Les résultats d’études ne révèlent aucun problème grave de sous-alimentation. Au moment de la mission, les données sur l’état nutritionnel n’étaient pas suffisantes pour déterminer la gravité des problèmes de sous-alimentation des différents groupes de population. Les enquêtes nutritionnelles nationales des vingt dernières années ont principalement porté sur la consommation alimentaire, les oligoéléments et l’obésité (régions de Dobrichka et de Burgas). Plus récemment, des enquêtes non représentatives réalisées à Sofia ont permis d’étudier l’état nutritionnel des retraités (1994) et des femmes enceintes (1993). Les résultats ne révèlent pas de déficit énergétique, mais de possibles carences en oligoéléments.

Les données relatives aux enfants de moins de cinq ans et aux écoliers n’étaient pas disponibles. Aucune approche systématique de la surveillance nutritionnelle ne semble avoir été adoptée même si les deux sources de données anthropométriques identifiées (données cliniques mère-enfant et données sur la santé dans les écoles) auraient permis à la mission de dégager les tendances de l’état nutritionnel. Ces données n’étaient apparemment pas disponibles au moment où la mission en a fait la demande.

Le mode de consommation alimentaire semble fortement influencé par le pouvoir d’achat de la population. Les données collectées par le ministère du Travail et de l’Aide sociale indiquent une augmentation sensible des prix des produits alimentaires par rapport aux revenus de base en 1996 et en janvier-février 1997. Toutefois, le tableau 3 montre qu’indépendamment de l’évolution des prix, la consommation de produits céréaliers est restée relativement stable par rapport aux autres aliments de base.

Tableau 3 – Consommation mensuelle moyenne d’aliments de base par habitant de 1991 à 1996 (avec indication des différences entre zones urbaines et zones rurales en décembre 1996)

Produit alimentaire 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 Mensuel Déc. 1996 (1995) Déc. 1996 Z. urbaines Déc. 1996 Z. rurales
Pain et produits céréaliers (kg) 14,2 15,1 13,4 13,1 12,1 12,9 12,1 12,0 (13,1) 10,7 14,6
Viande (kg) 3,0 2,2 2,6 2,5 2,2 2,1 2,1 2,7 (3,0) 2,4 3,2
Produits carnés (kg) 1,5 1,3 1,5 1,3 1,2 1,1 1,0 0,8 (1,1) 0,8 0,8
Lait (l) 4,6 4,4 3,5 3,4 3,2 2,9 2,9 2,2 (2,5) 1,9 2,9
Yaourt (kg) 5,5 4,2 3,6 2,5 2,5 2,3 2,2 1,5 (2,0) 1,5 1,4
Fromage (kg) 0,9 0,8 1,0 0,9 0,8 0,8 0,7 0,7 (0,8) 0,7 0,6
Oeufs (unité) 14 13 13 12 12 12 11 8 (9) 8 9
Huiles végétales (l) 1,2 0,9 1,2 1,1 1,0 1,0 1,0 1,1 (1,1) 1,0 1,0
Beurre (kg) 0,2 0,1 0,1 0,1 0,1 0,06 0,05 0,1 (0,1) 0,1 0,1
Fruits frais* (kg) 3,9 3,6 3,9 4,2 4,2 3,9 3,3 2,9 (4,0) 2,9 3,8
Légumes frais (kg) 5,1 4,8 5,5 5,4 5,2 4,9 4,6 1,7 (1,8) 1,7 1,9
Haricots secs (kg) 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3 0,3 (0,3) 0,3 0,4
Pommes de terre (kg) 2,4 2,4 2,4 2,7 2,1 2,1 2,2 2,3 (2,4) 2,2 2,5
Sucre (kg) 0,8 0,7 0,9 0,8 0,7 0,7 0,7 0,8 (0,8) 0,8 0,8


Source : Institut national des statistiques, Sofia
Les chiffres sont supérieurs à ceux d’autres séries de données. La consommation de fruits et légumes frais varie selon les saisons. La consommation de fruits et de légumes frais en été a respectivement atteint 6,9 kg et 9,1 kg en juillet 1996.

L’apport énergétique en matières grasses, en protéines et en glucides semble avoir été stable entre 1993 et 1995. Malheureusement, aucune donnée n’était disponible pour 1996. Toutefois, les statistiques de consommation alimentaire des ménages publiées par l’Institut national des statistiques pour 1996 (voir tableau 3) révèlent une tendance à la baisse de la consommation de produits carnés et laitiers, qui s’explique par la hausse des prix (annexe 1) et la dévaluation de la monnaie bulgare, mais aussi par le fléchissement de la production agricole et alimentaire depuis le début des années 90.

D’après les chiffres disponibles, la valeur énergétique moyenne par habitant est supérieure aux apports journaliers recommandés (JR) pour une faible activité physique. Pour une activité modérée, l’apport moyen par habitant est inférieur à l’AIR pour les hommes, mais suffisant pour les femmes. Il semblerait donc que les besoins énergétiques soient actuellement satisfaits. Toutefois, l’alimentation semble se composer d’une plus grande part de produits céréaliers (pain), voire de matières grasses (pour conserver l’apport énergétique) et d’un apport très limité en fruits, en légumes (malgré les variations saisonnières) et en produits carnés et laitiers. Aussi, si le niveau de l’apport énergétique semble acceptable pour une faible activité physique, la qualité nutritionnelle du régime alimentaire à long terme reste largement discutable. Le mode de consommation semble indiquer que l’alimentation d’un nombre croissant de Bulgares se limite à un petit nombre de produits.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles ou non.. La situation pouvant évoluer rapidement, pour obtenir des informations complémentaires vous pouvez vous 'adresser à M. Abdur Rashid, Chef du Service mondial d’information et d’alerte rapide, Division des produits et du commerce international, FAO (télex: 610181 FAO I, télécopie: 0039-6-5225-4495, courrier électronique INTERNET: GIEWS1@FAO.ORG).


TOC Retour au menu