SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE DE LA FAO

RAPPORT SPECIAL

SITUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES AU SOUDAN

30 avril 1997




1. VUE D’ENSEMBLE


Une mission FAO/SMIAR d’évaluation des récoltes s’est rendue au Soudan du 10 au 18 avril dans le but de prévoir le résultat final de la récolte de blé de 1997, d’examiner les estimations relatives à la récolte principale de céréales secondaires et de réviser le bilan céréalier pour 1996/97. Cette mission succède à une mission précédente FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires en décembre dernier qui avait fourni des estimations préliminaires de la production céréalière au Soudan pour la campagne commerciale en cours. La mission s’est rendue dans toutes les grandes zones productrices de blé du pays, notamment à Gezira, Rahad, New Halfa, dans les Etats du Nord, du Nil et du Nil blanc.

Pour la campagne 1996/97, une politique gouvernementale stimulant la production de blé conjuguée à l’attente de bons prix pour le blé a encouragé les agriculteurs à étendre les emblavures, chaque fois que possible. En conséquence, la superficie totale ensemencée en blé a augmenté, passant de 743 000 feddans (312 000 hectares) pendant la campagne 1995/96 à 796 000 feddans (334 000 ha) cette année - soit un accroissement de quelque 7 pour cent. Par rapport à la moyenne de référence (1988/89 - 1992/93), la superficie cultivée en 1997 a été supérieure d’environ 2 pour cent. Mis à part l’expansion des emblavures, les pertes ont diminué et la superficie récoltée totale par rapport à la superficie plantée a des chances d’atteindre 99 pour cent contre 95/96 pour cent les années précédentes.

L’époque recommandée pour les semis de blé est le mois de novembre. Même si en novembre jusqu’au début de janvier, les températures ont été supérieures à la normale, ce qui a retardé les semis, en particulier dans la zone Nord, les températures inférieures à la moyenne à partir de la mi-janvier jusqu’en mars ont favorisé les récoltes. Outre l’accroissement de la superficie plantée et récoltée et des températures dans l’ensemble favorables, tous les autres intrants nécessaires à la production, y compris le combustible, les engrais et les machines ont été fournis en quantités suffisantes. Il s’ensuit que la production de blé pour 1996/97 est maintenant estimée à 600 000 tonnes, soit un chiffre exceptionnel, inférieur seulement à la récolte record de 1991/92. La production devrait donc dépasser de 23 pour cent celle de l’année dernière et la moyenne de référence pour cinq ans.

L’estimation finale de la production de sorgho pour 1996/97 a été légèrement révisée à la hausse, atteignant 4,2 millions de tonnes contre 4,1 millions de tonnes estimées par la mission FAO/PAM l’an dernier. La production totale de sorgho devrait atteindre un chiffre record, quelque 41 pour cent de plus que la moyenne de référence et 18 pour cent de plus qu’en 1994/95, la dernière bonne année. Malgré l’excédent global de sorgho, toutefois, il est peu probable que les prix descendent au-dessous de 19 000 - 20 000 livres soudanaises le sac, prix en vigueur actuellement. Cette hypothèse s’appuie sur le fait que les producteurs estiment que 1) des prix plus bas ne couvriront pas les coûts de production, 2) que l’interdiction d’exporter en vigueur depuis 1995 pourrait être révoquée et 3) que les achats réguliers de sorgho par le Gouvernement pour reconstituer les stocks de sécurité au niveau national et à celui des Etats soutiendront les prix.

Contrairement au blé et au sorgho, la production de mil a été révisée à la baisse jusqu’à 440 000 tonnes contre 490 000 tonnes estimées par la mission FAO/PAM en décembre dernier. La production céréalière totale en 1996/97 est donc estimée à 5,36 millions de tonnes, y compris une petite quantité de maïs. Cela représente un accroissement par rapport à l’an dernier et à la moyenne de référence de quelque 59 pour cent et 42 pour cent respectivement.

Dans l’ensemble, les perspectives alimentaires pour 1997 sont favorables, mais au niveau de certaines provinces et de certains Etats, la situation alimentaire restera très précaire, en particulier dans les six Etats du Darfour et du Kordofan, l’Etat de la mer Rouge et dans le sud dans son ensemble, qui auraient un déficit d’environ 600 000 tonnes au total. Il sera possible de remédier en partie à ce déficit grâce au commerce intérieur normal mais, surtout dans le cas du Kordofan Nord et du Darfour Nord, certains secteurs de la population auront des difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires. Dans ces régions vulnérables, la production ayant été extrêmement médiocre l’année dernière, les stocks sont négligeables et les recettes des cultures de rapport et de l’élevage ne permettront peut-être pas d’acheter suffisamment de céréales. On prévoit de transporter le sorgho des zones excédentaires vers les zones déficitaires, mais les prix sont très élevés et hors de portée des secteurs de population au faible pouvoir d’achat.

Selon certains rapports récents, bien que les prix du sorgho autour de Gezira soient maintenant stabilisés à 19 000 - 20 000 livres soudanaises le sac, le prix correspondant du mil (aliment de base) dans le Kordofan est d’environ 55 000 livres soudanaises le sac. En outre, les prix ont sensiblement monté durant les trois premiers mois de 1997, notamment dans les zones rurales, en raison des disponibilités locales limitées, de la demande accrue et des coûts de transport élevés.

En conséquence, le prix du bétail a chuté sensiblement, à cause de l’augmentation des ventes pour acheter des céréales, et actuellement, les termes de l’échange indiquent qu’un sac de mil est échangé contre 4 caprins, contre 3 en décembre et un en janvier 1996. On prévoit une nouvelle détérioration des termes de l’échange jusqu’à la prochaine campagne. En outre, les salaires et les termes de l’échange d’autres marchandises de troc contre des aliments (comme les graminées et le bois de feu) ont également baissé, réduisant l’accès à la nourriture.

Afin de répondre aux besoins des groupes vulnérables dans le pays, au total, quelque 74 000 tonnes de céréales seraient nécessaires sous forme d’aide alimentaire d’urgence en 1997, comme l’a souligné la dernière évaluation FAO/PAM. Sur cette quantité, 39 000 tonnes serviraient à couvrir les besoins de 2,6 millions de personnes déplacées ou touchées par la guerre visées par l’Opération Lifeline Soudan (OLS) et les 35 000 tonnes restantes seraient affectées à titre d’aide alimentaire pour des projets de relèvement non couverts par l’OLS. Le pays a également besoin de quantités limitées d’aide alimentaire pour certaines régions chroniquement déficitaires. Un plan d’intervention est suggéré pour venir en aide aux populations confrontées à de graves déficits alimentaires, grâce soit à des céréales achetées localement avec l’assistance des donateurs, soit à une aide pour leur transport en provenance des zones de production excédentaire.




2. L’ECONOMIE ET L’AGRICULTURE


La politique économique actuelle vise à encourager la croissance par le biais du développement du secteur privé, à réduire les dépenses des entreprises publiques et à lutter contre l’inflation. La croissance effective du produit intérieur brut (PIB), de l’ordre de 2 à 3,5 pour cent par an ces dernières années est attribuable à l’accroissement de la production végétale et aux bons prix des produits. Cela devrait continuer, moyennant les exportations de gomme arabique et la hausse des prix du coton en 1998, même si le volume des exportations de coton continuera d’être limité par la baisse des investissements dans le secteur des plantations irriguées.

On estime que 33 pour cent de la population ont une activité économique, les femmes représentant quelque 23 pour cent des actifs. L’agriculture emploie 55 à 60 pour cent des actifs, qui gagnent approximativement 44 pour cent du PIB. En 1995, le secteur public a employé 650 000 personnes, soit à peu près 6 pour cent de la population active. Le PIB par habitant en 1995 était estimé à moins de 300 dollars E.-U.

Les salaires n’ont pas suivi l’inflation et les augmentations des prix à la consommation ont reflété l’inflation générale mais ont en outre été affectés par les difficultés de transport et la suppression des subventions sur certaines marchandises. La hausse des prix à la consommation risque de continuer de dépasser 100 pour cent par an à court terme.

L’économie est fortement tributaire de l’agriculture, qui contribue pour quelque 44 pour cent au PIB. La principale culture de rapport est le coton. Néanmoins, la domination du coton dans les recettes d’exportation s’est amoindrie ces dernières années en raison de la diversification des cultures; en effet, sa part a diminué de moitié, passant de 65 pour cent en 1979 à 31 pour cent, selon les estimations, en 1993/94. Quoique l’agriculture demeure vitale pour l’économie, la valeur totale de la production chaque année est fortement influencée par les fluctuations dans la pluviosité et les prix des produits.

Au Soudan, la variété des zones agricoles permet de pratiquer un large éventail de cultures, qui dépendent principalement des pluies et de l’irrigation par les principaux fleuves, le Nil et l’Atbara. Dans l’est du pays, toutefois, on cultive aussi dans le cadre de programmes d’irrigation par submersion par les fleuves saisonniers.

La politique agricole est axée actuellement sur la conversion des terres irriguées plantées en coton à la culture des principales céréales, sorgho et blé et à celle des arachides, l’objectif étant une plus grande autonomie au plan alimentaire. Cela réduira inévitablement les recettes d’exportation, mais à longue échéance, si la production vivrière progresse sensiblement, le pays sera en mesure de mieux neutraliser les effets toujours plus importants de la sécheresse et des pénuries alimentaires.

Le secteur agricole est constitué de quatre composantes: grands périmètres irrigués, agriculture pluviale mécanisée, agriculture pluviale traditionnelle et élevage. La plus grande partie de la contribution de l’agriculture au PIB vient du secteur irrigué. L’agriculture irriguée pratiquée sur à peine plus de 4 millions de feddans (1,68 million d’hectares) intéresse essentiellement de grands périmètres irrigués par gravité, gérés principalement par le Gouvernement mais cultivés par des milliers de tenanciers qui produisent presque tout le coton du pays, la plus grande partie du blé, 35 pour cent des arachides et environ 10 pour cent du sorgho. Le périmètre de Gezira est de loin le plus important avec une production de 50 pour cent à peu près du blé. Il couvre plus de 2,1 millions de feddans (880 000 ha) entre le Nil bleu et le Nil blanc au sud de la capitale Khartoum. Environ 100 000 ménages de tenanciers gèrent le périmètre avec le concours du Gouvernement et de l’Office de Gezira, qui s’occupe de l’administration, du crédit et des services de commercialisation. Le périmètre irrigué de Rahad remonte à 1977 et est alimenté par le barrage de Roseires sur le Nil bleu. Le périmètre irrigable couvre environ 300 000 feddans (126 000 ha). L’achèvement des plans pour relever la hauteur du barrage de Roseires et améliorer le système de canaux permettra d’étendre considérablement ce périmètre dans l’avenir. Le périmètre de New Halfa est alimenté par le réservoir de Khashm al-Girbba et occupe environ 330 000 feddans (140 000 ha).

Outre les périmètres irrigués par gravité, l’irrigation par pompage concerne environ 25 pour cent de la surface irriguée, produisant un peu de blé, ainsi que la plus grande partie des fruits, des légumes, des légumineuses d’hiver et des épices du pays.

Les cultures pluviales mécanisées sont également une composante importante de l’agriculture et la principale source d’aliments dans le pays, la plus grande partie de la superficie intéressée, estimée aujourd’hui à 11,2 millions de feddans (4,7 millions d’ha) étant concentrée dans l’est. L’agriculture mécanisée est principalement le fait des provinces de Kassala et du Nil bleu.

On estime qu’environ 55-60 pour cent de la population pratiquent encore une agriculture de subsistance, dont un quart à peu près dans le sud, tandis que le centre et l’ouest du pays accueillent aussi un grand nombre d’agriculteurs de subsistance. Dans ces régions, en raison du climat, le système agricole est fondé sur la culture itinérante et sur l’emploi de variétés traditionnelles à faible rendement et sans apport d’engrais. Dans ces régions, l’expansion de la population humaine et animale a exercé une pression considérable sur la terre, l’eau et la végétation. Il a donc fallu réduire les jachères, ce qui a entraîné une perte de fertilité et la dégradation des sols. Les principales cultures de subsistance comprennent du mil dans les zones aux sols plus légers et du sorgho sur les sols plus lourds. Les ressources et les précipitations étant médiocres, la productivité est extrêmement faible et l’on estime qu’environ 6 pour cent seulement de la production de sorgho du pays viennent du secteur traditionnel.




3. LA PRODUCTION DE BLE


Le blé est la deuxième céréale au Soudan, en termes tant de consommation que, ces dernières années, de production. On a observé ces dernières années une tendance à l’expansion des emblavures. Il s’agit principalement de blé irrigué, le blé pluvial traditionnel représentant une quantité négligeable (<2 pour cent en 1996/97). Durant la campagne actuelle, la politique gouvernementale stimulant la production de blé et l’attente de bons prix ont encouragé les agriculteurs à étendre les emblavures chaque fois que possible. En conséquence, la superficie totale ensemencée en blé a augmenté, passant de 743 000 feddans durant la campagne 1995/96 à 796 000 feddans cette année, soit une progression de quelque 7 pour cent. Par rapport à la moyenne de référence de 782 000 feddans pour la période 1988/89 à 1992/93, les emblavures ont augmenté de quelque 2 pour cent. De plus, par rapport aux années précédentes, les pertes ont été plus faibles, et la superficie cultivée totale en proportion de la superficie plantée a des chances d’atteindre 99 pour cent par rapport au chiffre de 95 et de 96 pour cent des années précédentes.

Outre l’accroissement de la superficie plantée et récoltée, tous les autres facteurs de production ont été cette année généralement bons. Etant donné que la plus grande partie du blé est irrigué, les éléments dèterminants pour la production sont les températures et la fourniture d’eau d’irrigation.

La période optimale pour semer le blé est novembre, encore que les températures durant cette période soient restées supérieures à la moyenne. Bien que dans la province de Gezira, cela n’ait pas entraîné de retards importants dans les semis (90 % semés durant la période la plus propice), dans le nord les semis ont été échelonnés de novembre au début de janvier. On peut penser que si ces températures élevées avaient persisté, la production totale de blé aurait fléchi. Néanmoins, durant la période mi-janvier-mars, les températures inférieures à la normale saisonnière ont beaucoup contribué au développement du blé. La situation météorologique était donc dans l’ensemble favorable à la production.

L’efficacité de l’irrigation est déterminée par la disponibilité et la fourniture de combustible pour l’irrigation par pompage et le degré d’envasement des canaux dans les grands périmètres. En général, ces deux éléments n’ont pas subi de contraintes en 1997 et les agriculteurs ont pu effectuer cinq à huit irrigations.

Pour ce qui est des engrais, la situation a aussi été satisfaisante dans tout le pays, mais en raison d’une petite pénurie de superphosphate dans la province de Gezira, on a appliqué 0,8 unité de phosphate par unité de surface au lieu d’une unité, dose recommandée. Néanmoins, cela ne semble pas avoir eu de répercussions sensibles sur les rendements.

Il n’y a pas eu d’attaques importantes de ravageurs ou de maladies et de petites quantités de pesticides ont suffi à neutraliser les rares attaques.

Le temps favorable et la situation des intrants généralement satisfaisante ont donc entraîné un gain sensible de productivité cette année. Les rendements moyens sont estimés à environ 825 kg/fd, soit à peu près 1,96 tonne/ha. Par rapport à 1996 et à la moyenne, cela représente une hausse de 11 pour cent et de 18 pour cent respectivement.

Grâce à ces facteurs, une récolte de blé exceptionnelle est prévue cette année, inférieure seulement à la récolte record de 1991/92. La production totale est estimée à 650 000 tonnes, chiffre légèrement supérieur à l’estimation de la mission FAO/PAM de décembre dernier et dépassant de 24 pour cent à la fois les 527 000 tonnes produites en 1996 et la moyenne de 526 000 tonnes respectivement.

Alors que les besoins de consommation de blé sont estimés à un peu moins d’un million de tonnes par an, cette année les besoins d’importation devraient s’établir à environ 320 000 tonnes. Les estimations de la production de blé de 1996/97 par zone figurent au tableau 1.

3.1 Situation par zone de production

3.1.1 Gezira et Managil

La superficie totale ensemencée en blé dans le périmètre de Gezira a été d’à peu près 390 000 feddans (163 800 ha), représentant environ la moitié de toute la superficie plantée en blé dans le pays. En raison de la mise en jachère, les emblavures se sont établies à quelque 10 000 feddans, soit 2,5 pour cent de moins qu’en 1995/96. Dans toutes les zones productrices de blé du pays, les températures de la mi-novembre au début de janvier ont été supérieures à la normale. Néanmoins, environ 90 pour cent du blé a été semé pendant la période recommandée avant la fin de novembre. Les températures douces et fraîches de la mi-janvier à début avril, toutefois, ont grandement favorisé les cultures.

Tableau 1 - Estimation de la production de blé 1996/97

Zone Superficie
(en milliers d’ha) 1/
Production
(en milliers de tonnes)
Rendement
(Kg/Ha)
Gezira 164 287 1 750
Rahad 17 21 1 250
Nil blanc 14 21 1 511
New Halfa 27 39 1 472
Nil 34 73 2 147
Nord 63 196 3 092
Autres 12 13 1 111
Total 331 650 1 964


1/ Superficie moissonnée, arrondie au millier le plus proche.

La situation des engrais aurait été généralement favorable, l’urée en particulier ayant été fournie à temps. Par contre, une petite pénurie de superphosphate a obligé à appliquer une dose de 0,8 unité de P au lieu d’une unité, dose recommandée par feddan; toutefois les rendements n’ont pas été sensiblement affectés. Dans l’ensemble, 96 pour cent des emblavures ont reçu une application de 2 unités de N par feddan et 85 pour cent ont reçu 0,8 unité de P par feddan .

Aucun problème grave n’a été signalé concernant la fourniture d’eau d’irrigation permettant aux agriculteurs d’effectuer 5 à 8 irrigations durant la campagne. La mission estime cependant que, si toute la superficie ensemencée a reçu au moins 5 irrigations, moins de la moitié (40 pour cent) a reçu la quantité optimale de 8 irrigations.

A part quelques petites attaques d’aphidés, aucun problème grave dû aux ravageurs ou aux maladies n’a été signalé.

La moisson a commencé début mars dans la plupart des régions, à l’exception de quelques zones limitées où elle a démarré environ sept jours avant. La fourniture de moissonneuses-batteuses a été satisfaisante et la moisson devrait se terminer avant la fin d’avril.

Compte tenu des conditions généralement favorables, le rendement moyen dans le périmètre de Gezira est estimé à 736 kg/fd, soit à peu près 1,75 tonne/ha, et la production totale à 287 000 tonnes.

3.1.2 Rahad

Quelque 40 000 feddans (16 800 ha) de blé ont été cultivés à Rahad en 1996/97, comme l’an dernier. On cultive du blé dans 8 des 9 unités administratives à l’intérieur du périmètre. Bien que l’urée ait été fournie en quantités suffisantes, il y a eu une petite pénurie de superphosphate. La fourniture d’eau d’irrigation aurait été satisfaisante tout au long de la campagne. Presque toute la superficie a été ensemencée avec la variété Kandour.

En raison du manque de fonds et de l’arrivée tardive des engrais en début de campagne, les semis ont été quelque peu retardés. Toutefois, comme dans d’autres zones du pays, les températures fraîches vers la fin des opérations ont généralement favorisé le développement des cultures.

La moisson a commencé la dernière semaine de mars et devrait s’achever en avril. Aucune pénurie de moissonneuses-batteuses n’a été signalée. On estime que la première semaine d’avril, 40 pour cent de la superficie ensemencée avait été moissonnée, avec un rendement moyen de 586 kg/fd. Le rendement global devrait être d’environ 525 - 530 kg/fd (1 250 - 1 260 kg/ha), soit une production de quelque 21 000 tonnes dans le périmètre. Cette année, le rendement moyen est estimé à environ 10 - 11 pour cent de moins qu’en 1995/96, baisse attribuée au manque de fonds au moment des semis qui a réduit la fourniture de combustible et par conséquent a retardé les semis dans certaines zones.

3.1.3 Nil blanc

Dans le périmètre du Nil blanc, 33 600 feddans ont été ensemencés au lieu des 40 000 prévus. Cela représente néanmoins un accroissement de 17 pour cent par rapport à la campagne précédente, mais par comparaison avec la moyenne de référence, la superficie plantée a diminué d’environ 59 pour cent. La plus grande partie du blé est cultivée dans le nord de l’Etat.

Dans l’ensemble, on estime que 10 pour cent de la superficie tout au plus ont reçu les doses recommandées d’urée par feddan, alors que 60 - 70 pour cent ont reçu la moitié de cette dose. Le superphosphate n’a été appliqué que sur une très petite superficie. Les principales variétés cultivées ont été Kandour (90 pour cent), Debaira représentant 8 pour cent et Giza 155,2 pour cent.

La récolte a commencé la dernière semaine de mars et devrait se prolonger jusqu’à fin avril. Cette année, le rendement moyen dans la région devrait être de 635 kg/fd, soit environ 5 pour cent de moins que l’an dernier et 2 pour cent de moins que la moyenne de référence. La baisse de productivité est attribuée aux problèmes généraux de financement, à la pénurie de semences améliorées et d’engrais spécialement en début de campagne, et à des températures supérieures à la normale dans les zones à semis précoce. La production totale devrait s’établir à quelque 21 000 tonnes.

3.1.4 New Halfa

La superficie totale ensemencée en blé dans le périmètre de New Halfa a été de 63 000 feddans (26 500 ha), dont 2 800 feddans administrés par le secteur privé.

Presque toute la superficie du périmètre a reçu la dose recommandée de 2 unités d’azote. L’application de superphosphate n’est pas recommandée dans la région. La situation générale des ravageurs a été calme malgré quelques petites attaques d’aphides qui ont été éliminés par des pulvérisations.

La principale variété cultivée a été Kandour, bien que dans certaines zones une très petite quantité de Debaira ait aussi été semée. Les semis ont été entrepris principalement pendant la période recommandée, c’est-à-dire en novembre, même si, ici et là, ils se sont prolongés jusqu’à mi-décembre.

Dans toute la région, la fourniture d’eau d’irrigation a été satisfaisante, toutes les zones ayant reçu au moins cinq irrigations, environ 40 pour cent six irrigations et 20 pour cent sept irrigations. Les conditions météorologiques pendant la campagne ont été semblables à celles des périmètres de Gezira et de Rahad, où le temps frais durant les premières phases de la campagne a favorisé le développement des cultures.

La moisson a commencé à la fin du mois de mars et devrait se poursuivre jusqu’à la première semaine de mai. Il y a 37 moissonneuses-batteuses disponibles, mais il en faudrait 62, selon les estimations. Toutefois, on pourrait remédier à cette situation dans une certaine mesure, grâce à la fourniture de moissonneuses provenant de Rahad lorsque les opérations de récolte seront terminées dans ce périmètre. Le 9 avril, 23 pour cent de la superficie ensemencée avaient été moissonnés, soit un rendement moyen de 620 kg/fd. La moyenne générale devrait être du même ordre, soit un total d’environ 39 000 tonnes.

3.1.5 Etat du Nil

La superficie ensemencée totale est estimée à 82 000 feddans (34 000 hectares), répartis comme suit dans les cinq provinces de l’Etat: Abu Hamad, 31 000 fd; El Damar, 22 000 fd; Barbar, 13 000 fd, Shendi 9 000 fd et Matma, 7 000 fd.

Concernant les engrais, la situation est dans l’ensemble favorable, toutes les superficies recevant la dose recommandée de 2 unités d’azote par unité de surface. L’application de superphosphate n’est pas recommandée dans la région. Dans les îles fertiles situées dans le fleuve, normalement, on n’applique pas d’engrais.

Les principales variétés cultivées durant la campagne ont compris Kandour, Wadi, Elneel, Debaira et El Nilein. Cinquante pour cent de la superficie ont été ensemencés de la mi-novembre à la fin de novembre, et 45 pour cent ont été ensemencés en décembre. Sur les 5 pour cent restants, les semis ont été achevés début janvier. Six irrigations en moyenne ont été effectuées et aucune attaque de ravageurs n’a été signalée.

Les opérations de récolte ont commencé fin mars. Bien que des moissonneuses soient disponibles, on estime que 50 pour cent de la superficie seront moissonnés à la main. Les rendements les plus élevés devraient être enregistrés à Abu Hamad et à El Matima.

3.1.6 Etat du Nord

La superficie totale plantée durant la présente campagne est estimée à 151 000 feddans (63 400 ha), soit la deuxième superficie de blé dans le pays après Gezira, représentant environ 19 pour cent du total. Dans l’Etat, la concentration la plus forte de blé est à Dongla, qui représente 62 pour cent de la superficie, les 38 pour cent restants étant cultivés dans les provinces de Merwi (14 pour cent), Halfa (14 pour cent) et Daba (10 pour cent).

Les principales variétés cultivées étaient Wadi, El Neel, Debaira et El Nilein. Environ 50 pour cent de la superficie ont été ensemencés de la mi-novembre à la mi-décembre, 45 pour cent à la fin de décembre et les 5 pour cent restants au début de janvier.

La situation des intrants a été généralement satisfaisante; 90 pour cent des emblavures auraient reçu la dose recommandée de 2 unités d’azote par unité de surface. Il n’est pas recommandé d’appliquer du superphosphate dans l’Etat du Nord. Il n’y a pas de graves problèmes d’irrigation, et en moyenne 6 irrigations ont été pratiquées dans la plupart des zones. La situation des ravageurs serait calme et il n’a pas été nécessaire d’appliquer des pesticides.

La moissom a commencé fin mars et devrait se poursuivre jusqu’à fin avril/début mai. Même si une partie des opérations de récolte sera effectuée avec des moissonneuses, le battage se fera principalement à la main. Grâce aux conditions fertiles, l’Etat du Nord devrait enregistrer les meilleurs rendements du pays, avec en moyenne environ 1 300 kg/fd (3 092 kg/ha). C’est à Halfa que les rendements devraient être les plus élevés, suivi des provinces de Daba et de Dongala.




4. PRODUCTION CEREALIERE 1996/



4.1 Examen de la récolte de céréales secondaires de 1996/97

Durant la campagne 1996/97, la superficie plantée en sorgho a considérablement augmenté, dépassant d’environ 30 pour cent celle de l’an dernier, grâce à la hausse des prix au moment des semis, aux approvisionnements satisfaisants en combustible et en engrais et à l’utilisation accrue de cultivars à potentiel élevé. Les précipitations ont été bonnes en début de campagne, mais une vague de sécheresse qui a frappé en juin/juillet les principales zones productrices a réduit le potentiel de rendement à un moment critique du cycle végétatif. Dans certaines zones, on a attendu la fin de la vague de sécheresse pour semer et il y a eu dès le début des infestations de cécidomyes. En outre, dans certaines zones du Renk, les précipitations ont cessé prématurément au début d’octobre, de sorte que les cultures semées tardivement ont souffert du manque d’humidité au stade de la maturation du grain, ce qui explique les rendements plus faibles. Les attaques de ravageurs et de maladies sur le sorgho ont été néanmoins inférieures à la moyenne dans l’ensemble du pays. Faute de crédit pour le désherbage, certaines cultures ont été exposées à une forte concurrence de la part des adventices.

L’estimation finale de la production de sorgho pour 1996/97 a été révisée légèrement à la hausse et atteint 4, 179 millions de tonnes contre 4,104 millions de tonnes estimées par la mission FAO/PAM l’année dernière. Ce chiffre est considéré comme un record, représentant quelque 41 pour cent de plus que la moyenne et 18 pour cent de plus que la production de 1994/95, la dernière bonne année. Il y aura un excédent de sorgho, même en supposant que la consommation augmente et que des stocks soient constitués. Si un potentiel d’exportation d’environ 600 000 tonnes semble probable, les exportations de sorgho dépendront des prix en vigueur et de la politique gouvernementale. Malgré l’excédent global de sorgho, il est peu probable que les prix baissent encore car les producteurs estiment que 1) l’interdiction d’exporter en vigueur depuis 1995 pourrait être levée et 2) que l’achat régulier de sorgho par le Gouvernement pour la constitution de stocks de sécurité au niveau national et à celui des Etats continuera de soutenir les prix.

Le mil étant cultivé principalement dans la moitié nord du Darfour et du Kordofan, où les précipitations ont été peu abondantes et inégales durant la dernière campagne, les résultats n’ont pas été bons par rapport à ceux du sorgho. Toutes les régions occidentales, au nord de 13° de latitude, ont subi de longues périodes de sécheresse en août et en septembre, qui ont nui aux cultures traditionnelles de mil plantés dans les sols sableux appelés "goz". En outre, les sauteriaux ont endommagé les cultures précoces dans le nord et l’ouest du Darfour et il a fallu procéder à de nouveaux semis qui ont beaucoup souffert de la mauvaise répartition des pluies pendant la suite de la campagne. La superficie totale des semis a été satisfaisante, mais on estime que plus de la moitié ont été improductifs. Les cultures ont également fait l’objet d’infestations par le ver du mil, ce qui a encore réduit les rendements. Bien que la production soit globalement meilleure que celle, réduite, de l’année dernière, les stocks ont beaucoup diminué depuis un an, quand il y a eu un stock de report important de 1994/95. En conséquence, les approvisionnements en mil seront insuffisants dans le Darfour Nord, le Kordofan Nord, le nord-ouest du Kordofan Ouest, le nord du Darfour Sud ainsi que dans la province de Geneina du Darfour Ouest. L’estimation finale de la production de mil en 1996/97 s’établit maintenant à 440 000 tonnes contre 490 000 tonnes estimées par la mission d’évaluation FAO/PAM en décembre dernier, 385 000 tonnes en 1995/96 et une moyenne de référence de 300 000 tonnes. Un résumé des estimations révisées de la production de sorgho et de mil de 1996/97 figure au tableau 2.

Tableau 2 - Estimation de la production de sorgho et de mil, 1996/97

Secteur Superficie
(en milliers d’ha) 1/
Production
(en milliers de tonnes)
Rendement
(kg/ha)
Irrigué


Sorgho 368 888 2 413
Mil 4 2 500
Pluvial mécanisé


Sorgho 4 347 2 388 549
Mil 71 27 380
Pluvial traditionnel


Sorgho 1 840 903 491
Mil 1 559 411 264
Total


Sorgho 6 555 4 179 638
Mil 1 634 440 269


1/ Superficie moissonnée, arrondie au millier le plus proche.


4.2 Production céréalière totale 1996/97

Les estimations révisées concernant la superficie totale, la production et les rendements de céréales en 1996/97, y compris le maïs, figurent au tableau 3, et la comparaison de la production avec celle des années précédentes et la moyenne pour la période de référence 1988/89 - 92/93 figure au tableau 4. On prévoit une production totale à peine supérieure ( 1 pour cent) à l’estimation faite par la mission FAO/PAM en décembre. La production de blé et de sorgho dépasse d’environ 1,4 pour cent et 1,8 pour cent celle projetée précédemment.

Tableau 3 - Estimation de la production céréalière totale 1996/97

Culture Superficie
(en milliers d’ ha) 1/
Production
(en milliers de tonnes)
Rendement
(kg/ha)
Sorgho 6 555 4 179 638
Mil 1 634 440 269
Blé 331 650 1969
Maïs 162 94 582
Total 8 682 5 363 618


1/ Superficie moissonnée, arrondie au millier le plus proche

Tableau 4: Superficie cultivée et production par céréale, secteur et année, de 1993/94 à 1996/97 moyenne pour 1988/89 - 1992/93 1/


Superficie (en milliers d’ha) 2/ Rendement (kg/ha) Production (en milliers de tonnes)

Moyenne 88/89-92/93 1993/94 1994/95 1995/96 1996/97 Moyenne 88/89-92/93 1993/ 94 1994/95 1995/96 1996/97 Moyenne 88/89-92/93 1993/ 94 1994/95 1995/96 1996/97
Sorgho














Irrigué 428 373 484 310 368 1 421 1 588 1 476 1 657 2 413 608 593 715 513 888
Mécanisé 3 248 3 316 3 953 3 180 4 347 604 444 490 438 549 1 964 1 473 1 935 1 395 2 388
Traditionnel 992 994 1 856 1 552 1 848 386 321 478 350 491 382 319 888 542 903
Total partiel 4 668 4 683 6 293 5 042 6 555 633 509 562 486 638 2 954 2 385 3 538 2 450 4 179
Mil














Irrigué 3 1 4 3 4 681 714 429 595 500 2 1 2 2 2
Mécanisé 54 68 32 24 71 448 394 328 328 380 24 27 10 8 27
Traditionnel 1 399 992 3 201 2 390 1 559 195 194 299 157 264 274 192 961 375 411
Total partiel 1 456 1 061 3 237 2 417 1 634 207 207 300 159 269 300 220 973 385 440
Maïs n/a n/a n/a 20 162 n/a n/a n/a 500 582 n/a n/a n/a 10 94
Blé 317 354 278 298 331 1 661 1 304 1 610 1 769 1 969 526 461 447 527 650
Total céréales 6 441 6 098 9 808 6 535 8 682 586 503 505 516 618 3 780 3 066 4 958 3 372 5 363


1/ A l’exclusion de faibles quantités de riz.
2/ Superficie moissonnée, arrondie au millier le plus proche.




5. Bilan de l’offre et de la demande pour 1996/97


En faisant le bilan de l’offre et de la demande pour 1996/97, on est parti des mêmes hypothèses que la mission d’évaluation FAO/PAM précédente relatives aux stocks, aux semences et aux déchets, à savoir:

Le bilan révisé de l’offre et de la demande de céréales vivrières pour 1996/97 est présenté au tableau 5.

Dans l’ensemble, les perspectives alimentaires pour 1997 sont favorables, mais au niveau de certaines provinces et de certains Etats, la situation alimentaire restera très précaire, en particulier dans les six Etats du Darfour et du Kordofan, dans l’Etat de la mer Rouge et dans le sud dans son ensemble, qui auraient un déficit d’environ 600 000 tonnes au total. Il sera possible de remédier en partie à ce déficit grâce au commerce intérieur normal mais, surtout dans le cas du Kordofan Nord et du Darfour Nord, certaines zones et certains secteurs de la population auront des difficultés à satisfaire leurs besoins alimentaires. Dans ces régions vulnérables (en particulier au nord de 13°), la production est très faible, les stocks sont négligeables et les recettes des cultures de rapport et de l’élevage ne permettront peut-être pas d’acheter suffisamment de céréales. On prévoit de transporter le sorgho des zones excédentaires vers les zones déficitaires, mais les prix sont très élevés et hors de portée des secteurs de population au faible pouvoir d’achat.

Tableau 5: Soudan - Bilan céréalier, 1996/97 (en milliers de tonnes)

A. Disponibilités intérieures 5 629
Production 5 363
Stocks d’ouverture 266
B. Utilisation totale 6 020
Utilisation pour l’alimentation humaine 3 978
Utilisation pour l’alimentation animale 208
Autres utilisations 548
Exportations (sorgho essentiellement) 600
Stocks de clôture 686
C. Besoins d’importation 391
Importations commerciales (blé essentiellement) 317
Aide alimentaire (blé essentiellement) 74

Les dernières informations indiquent que même si les prix du sorgho à Gezira se sont maintenant stabilisés autour de 19 000-20 000 livres soudanaises le sac, le prix correspondant du mil dans le Kordofan est d’environ 55 000 livres soudanaises le sac. De plus, les cours du marché ont sensiblement augmenté durant les trois premiers mois de 1997, notamment dans les zones rurales, en raison de disponibilités locales limitées, d’une demande accrue et des coûts élevés du transport.

En conséquence, le prix du bétail en termes réels a fortement chuté et actuellement les termes de l’échange indiquent qu’un sac de mil est échangé contre 4 caprins, contre 3 en décembre et un en janvier 1996. Les termes de l’échange devraient se détériorer encore jusqu’à la prochaine récolte. En outre, les salaires et les termes de l’échange d’autres marchandises de troc contre des aliments (tels que graminées et bois de feu) ont également accusé une forte baisse, réduisant l’accès à la nourriture.

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d'informations provenant de sources officielles ou non. La situation pouvant évoluer rapidement, pour obtenir des informations complémentaires vous pouvez vous adresser à M. Abdur Rashid, Chef du Service mondial d’information et d’alerte rapide, Division des produits et du commerce international (ESC), FAO (télex: 610181 FAO, télécopie: (39-6) 5225-4495, courrier électronique: (INTERNET) GIEWS1@FAO.ORG.

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