SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE DE LA FAO 

RAPPORT SPECIAL

IMPACT DU PHENOMENE EL NIÑO SUR LA PRODUCTION VEGETALE EN AMERIQUE LATINE

25 août 1997




VUE D’ENSEMBLE

Un réchauffement anormal et diffus de la surface des eaux sud-américaines de l’Océan Pacifique a été observé depuis mars 1997. Ce phénomène, appelé "El Niño", d’une intensité et d’une durée variables, se reproduit tous les deux à sept ans. Le phénomène El Nino actuel semble exceptionnel, car jamais il n’avait été aussi fort à cette période de l’année. El Niño s’accompagne souvent d’importantes variations des températures et des régimes de précipitation, ayant un impact soit positif soit négatif sur l’agriculture et les ressources en eau. Les modifications globales des températures de la surface de l’océan, imputables au phénomène El Niño, ont aussi des répercussions sur l’écologie des écosystèmes marins. Il est cependant impossible d’établir un lien direct entre le phénomène El Niño et les variations de la production agricole.

Le phénomène El Niño antérieur le plus intense, enregistré en 1982/83, a entraîné des inondations et une sécheresse graves dans plusieurs régions du monde, ainsi que l’appauvrissement de plusieurs stocks ichtyques, et aurait causé plus de 10 milliards de dollars EU de dégâts liés aux conditions climatiques. S’il est difficile de prévoir l’impact du phénomène El Niño dans des zones spécifiques, il faut néanmoins suivre son évolution et prendre des mesures pour prévenir ses effets négatifs potentiels sur l’agriculture.

Au cours des derniers mois, le Système mondial d’information et d’alerte rapide (SMIAR) a suivi de près les effets sur les cultures des anomalies météorologiques attribuées au phénomène El Niño, ainsi que leur impact potentiel sur les approvisionnements alimentaires dans différentes régions du monde. Le service projette de publier des rapports périodiques sur diverses sous-régions, en fonction des besoins.

Le présent rapport se concentre sur l’Amérique latine, l’une des régions les plus sensibles au phénomène El Niño, qui a subi d’importantes pertes, en termes de récolte et de dégâts aux infrastructures, lors du réchauffement de 1982/83. A l’heure actuelle, l’impact global d’El Niño sur les cultures en Amérique latine n’est pas alarmant. Cependant, en Amérique centrale, la situation est préoccupante car, dans cette sous-région, les cultures à cycle court sont particulièrement vulnérables aux variations aigües des conditions météorologiques.

Dans chaque sous-région, la situation se présente comme suit:

AMERIQUE CENTRALE (CARAIBES COMPRISES)

En Amérique centrale, où les céréales de la campagne principale sont semées en mai et juin et récoltées en août et septembre, le démarrage précoce et la chaleur exceptionnelle de la saison sèche cette année ont eu pour effet de réduire les superficies ensemencées dans certaines régions et de ralentir le développement des cultures en terre.

Au Honduras, on signale depuis la mi-juillet des températures élevées et un temps sec, qui ne sont pas de saison, dans les régions du centre et, surtout, du sud du pays, préjudiciables pour les cultures de sorgho, de haricots et de maïs de la campagne principale. D’importantes pertes de récoltes localisées auraient été

enregistrées dans les régions critiques de Choluteca et de Valle, ainsi qu’aux alentours des régions de Francisco Morazan, de El Paraiso et de La Paz. Le gouvernement a annoncé un plan d’assistance d’urgence en faveur des zones agricoles les plus touchées. A El Salvador, on signale depuis la fin juin des pluies inférieures à la normale et inégalement réparties dans toutes les régions. Les cultures de la première campagne, notamment de maïs, auraient été endommagées dans quelques régions de l’est, à savoir Morazan, San Miguel, Usultan et La Union. Au niveau global, d’après les prévisions officielles, la production de la récolte principale de maïs diminuera de 15 pour cent par rapport au bon niveau de l’an dernier. Au Guatemala, les précipitations insuffisantes pendant la saison dans le sud-ouest, le sud-est et le centre, ont eu un impact négatif sur les cultures, en particulier le maïs. Au Nicaragua, où le temps a été anormalement sec pour la saison à partir de la fin juin, on prévoit une diminution des rendements des cultures céréalières de la première campagne. On avait aussi signalé auparavant une répartition inégale des pluies. En République dominicaine, les précipitations bien inférieures à la moyenne en juillet, ont réduit les niveaux des réservoirs d’eau pour les semis du riz irrigué de la campagne secondaire. Le temps sec a aussi eu des effets préjudiciables sur les cultures secondaires pluviales de maïs et de sorgho, et sur d’autres cultures vivrières. Au Costa Rica et à Panama, ainsi qu’au Mexique, plus gros producteur de la sous-région, on n’a signalé jusqu’à présent aucune anomalie critique des conditions météorologiques ayant occasionné des dégâts aux cultures. Une évaluation détaillée de l’effet des anomalies climatiques de cette année sur les cultures, dans les différents pays, est actuellement en préparation.

L’impact du phénomène El Niño devrait être particulièrement intense entre décembre et mars, période qui coïncidera avec la saison de soudure pour les céréales dans la sous-région, car la majorité des cultures de la campagne secondaire (de fin août à décembre) seront récoltées. Cependant, des anomalies climatiques pourraient affecter les cultures de café, qui sont une importante source de devises, car elles auront atteint le stade critique de la floraison. Les gouvernements de la région envisagent d’élaborer des plans de secours pour atténuer les effets de la sécheresse au cas où elle s’aggraverait.

AMERIQUE DU SUD

Les précipitations et les températures sont anormales dans plusieurs zones de la sous-région, mais jusqu’à présent leurs impacts négatifs sur les cultures ont été localisés.

Dans les pays du sud de la sous-région, où les emblavures du blé de 1997/98 sont achevées ou touchent à leur fin, les pluies supérieures à la moyenne des derniers mois ont d’une manière générale amélioré les conditions des sols pour les semis et la levée des cultures. Cependant, en Argentine, où les emblavures de blé durent jusqu’en septembre, les fortes pluies ont retardé les semis dans certaines régions. Au Chili, malgré des inondations dans le nord et le centre qui ont détruit des infrastructures et des logements, les précipitations exceptionnellement abondantes du début juin ont amélioré l’état des sols après une vague de sécheresse prolongée. Au Brésil, et en Uruguay, les pluies abondantes ont maintenu l’humidité des sols à un niveau suffisant pour les cultures de blé.

L’impact du phénomène El Niño dans les pays du sud devrait se faire sentir vers la fin de l’année, alors que les récoltes de blé seront rentrées et les semis des céréales secondaires de la campagne de 1997/98 (qui devraient démarrer à partir de septembre/octobre) toucheront à leur fin. Si, comme on le prévoit, les pluies sont supérieures à la normale dans la sous-région, les rendements du blé diminueront, de même que la superficie ensemencée en céréales secondaires.

Dans les pays andins, des températures exceptionnellement élevées et des inondations ont été enregistrées au cours des derniers mois dans certaines zones. En général, ces aléas climatiques ont été sans incidence sur les cultures céréalières de la campagne principale de 1997, qui étaient pour l’essentiel déjà récoltées en juin. Cependant, dans l’est de la Bolivie, (Département de Santa Cruz), où l’on sème à partir de mai une deuxième culture d’hiver, les pluies excessives de juin, suivies d’un temps sec en juillet, ont entraîné une réduction des superficies ensemencées en sorgho et en soja. Au Pérou, la hausse des températures dans les zones côtières irriguées a accéléré le développement des fruits et des légumes, et accru les besoins en eau. En Equateur, les fortes pluies et les inondations survenues à la fin du mois de juin dans les zones côtières ont provoqué des dégâts localisés aux cultures de bananes, de canne à sucre et de riz de la campagne secondaire. Des inondations localisées ont aussi nui aux cultures au Venezuela.

Dans la sous-région, le phénomène El Niño pourrait avoir un impact particulièrement prononcé au moment des semis des cultures céréalières de la campagne principale de 1998, qui risquent d’être entravés par des inondations dans les zones du nord, et par le temps sec, dans les zones du sud. Compte tenu des dommages considérables qu’avaient subis les cultures lors du phénomène El Niño particulièrement prononcé de 1982/83, et des indicateurs actuels qui laissent présager que celui de cette année sera encore plus fort, les Gouvernements du Pérou, de Bolivie et de l’Equateur ont déclaré l’état d’urgence dans les zones exposées à des conditions climatiques extrêmes. Des plans de secours et des plans stratégiques sont en voie de formulation pour faire face à une éventuelle urgence. Des fonds de secours ont été alloués pour effectuer des travaux publics destinés à renforcer les infrastructures agricoles (nettoyage et fixation des canaux d’irrigation, régulation des réservoirs d’eau, consolidation des ponts, réfection des routes de l’arrière-pays), qui devraient contribuer à atténuer un éventuel impact négatif.
 
 
Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser, pour tout complément d’information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-6-5705-4495, Courrier électronique: GIEWS1@FAO.ORG). 

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