FAO/SMIAR - Perspectives de l'Alimentation, Février 1998

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VIANDE ET PRODUITS CARNES



Les cours internationaux de la viande ont évolué différemment en 1997: ceux de la viande bovine, qui étaient tombés à des niveaux très bas après "la crise de la vache folle" en 1996, sont remontés, sans toutefois retrouver leurs niveaux antérieurs. Les prix du boeuf de qualité supérieure sont cependant restés déprimés. Ceux de la viande ovine, qui ont atteint un record en 1996, sous l'effet combiné d'un déficit de l'offre et d'une forte demande, ont amorcé un fléchissement au deuxième semestre de 1997 pour se stabiliser, en moyenne, un peu au-dessus du niveau de l'année précédente. De même, les cours internationaux des produits à base de viande porcine ont été soumis à une pression haussière modérée en 1997 du fait que les disponibilités exportables réduites ont coïncidé avec une demande d'importation ralentie. En revanche, les prix des produits à base de chair de volaille ont chuté, du fait d'un ralentissement de la demande sur les marchés d'importation et de la concurrence serrée entre les exportateurs ; les prix des cuisses de poulet sont tombés à leur plus bas niveau depuis 1993. Bien que, dans l'ensemble, la pression à la hausse sur les cours internationaux de la viande ait été très faible en 1997, le raffermissement du dollar des Etats-Unis a entraîné, pour de nombreux pays, une hausse des prix des échanges une fois convertis en monnaie nationale.

La production et la consommation mondiales de viande ont augmenté de 3 pour cent en 1997, pour atteindre 223 millions de tonnes. Dans les pays développés, la production a très légèrement reculé, du fait que la contraction importante du secteur de l'élevage dans la CEI n'a été que partiellement compensée par des augmentations de la production en Amérique du Nord et en Océanie. Dans les pays en développement, la production de viande a progressé dans toutes les régions, bien que le rythme de l'expansion se soit nettement ralenti en Asie, notamment en Chine.

Les échanges internationaux de viande (à l'exclusion du commerce d'animaux sur pied et des échanges entre pays membres de la CE et de la CEI) ont progressé de 4 pour cent pour atteindre 14 millions de tonnes, en équivalent de poids carcasse, l'expansion étant entièrement imputable aux viandes de volaille et de boeuf. La CEI a conservé sa place de principal débouché pour les commerçants de viande, qu'elle avait acquise en 1996, après avoir détrôné le Japon qui était alors le premier importateur. Les Etats-Unis ont expédié plus d'un quart des exportations mondiales de viande en 1997, se plaçant bien devant la CE qui a vu s'amenuiser sa part du marché international de la viande depuis 1995.

PRODUCTION MONDIALE DE VIANDE


1995 1996 1997 estim.

( . . . millions de tonnes . . . )
TOTAL MONDIAL 208,5 217,0 223,4
Viande de volaille 54,9 58,1 62,3
Viande porcine 83,2 87,1 88,6
Viande bovine 56,0 56,8 57,1
Viande ovine et caprine 10,6 11,0 11,4
Autres viandes 3,9 4,0 3,9
PAYS EN DEVELOPPEMENT 107,8 116,1 122,9
Viande de volaille 26,9 29,2 32,6
Viande porcine 47,0 51,2 53,3
Viande bovine 24,6 25,8 26,6
Viande ovine et caprine 7,0 7,5 8,0
Autres viandes 2,3 2,4 2,4
PAYS DEVELOPPES 100,7 100,9 100,5
Viande de volaille 28,0 28,9 29,7
Viande porcine 36,2 35,9 35,4
Viande bovine 31,4 31,0 30,5
Viande ovine et caprine 3,6 3,5 3,4
Autres viandes 1,6 1,6 1,6
SOURCE: FAO
Note: Totaux calculés à partir de chiffres non arrondis.


Viande de volaille


La croissance de la production mondiale de viande de volaille s'est accélérée, passant de 6 à 7 pour cent en 1997, et la production a atteint 62 millions de tonnes. Cette progression a été stimulée par une réduction des coûts des aliments pour animaux qui, dans de nombreux pays, a compensé la baisse des prix payés aux producteurs de volaille. La croissance a été générale dans toutes les régions, sauf dans la CEI où les performances du secteur sont demeurées négatives. Parmi les plus gros producteurs, la Chine a conservé un taux d'expansion à deux chiffres, grâce à une amélioration du rapport entre le prix de la volaille et celui des produits d'alimentation animale.

Les échanges internationaux de produits à base de chair de volaille ont atteint 5,8 millions de tonnes, soit 8 pour cent de plus qu'en 1996. La principale destination était la CEI où l'on a importé davantage pour combler les déficits de la production et répondre à la demande intérieure dynamique. La Chine a aussi multiplié ses achats, principalement composés de bas morceaux de volaille. Les principaux autres marchés en expansion en 1997 ont été l'Argentine, le Canada et le Mexique. En revanche, les importations du Japon n'ont pas progressé en raison de la stagnation de la demande, alors que celles de l'Arabie saoudite ont chuté à mesure que la production intérieure augmentait. Du côté des exportations, le Brésil, la Chine, la Thaïlande et les Etats-Unis ont augmenté leurs ventes, alors que les exportations de la CE vers des pays tiers ont diminué, du fait principalement d'une contraction des ventes non subventionnées.

EXPORTATIONS MONDIALES DE VIANDE 1/


1995 1996 1997
estim.

( . . milliers de tonnes . . )
MONDE 12 493 13 482 13 957
Viande de volaille 4 539 5 390 5 807
Viande porcine 2 311 2 558 2 395
Viande bovine 4 743 4 628 4 843
Viande ovine


et caprine 654 660 667
Autres viandes 246 246 246
SOURCE: FAO
Note: Totaux calculés à partir de chiffres non arrondis.
1/ Y compris la viande (fraîche, réfrigérée, congelée préparée et en boîte); en équivalent de poids carcasse; non compris les expéditions d'animaux sur pied, les abats comestibles et les échanges intracommunautaires de la CE.


Viande de porc


La production mondiale de viande de porc, évaluée à 89 millions de tonnes, a progressé de quelque 2 pour cent en 1997, taux sensiblement inférieur aux 5 à 6 pour cent enregistrés ces dernières années. Divers facteurs ont contribué à ce ralentissement, notamment un tassement du taux d'expansion en Chine et des problèmes de maladies, en particulier la peste porcine dans plusieurs pays membres de la CE et la fièvre aphteuse à Taïwan Province de Chine, qui ont entraîné des abattages massifs. Dans de nombreux autres cas, les prix élevés des aliments pour animaux ont conduit à réduire le cheptel reproducteur en 1996, ce qui a limité le potentiel d'expansion en 1997.

Les échanges mondiaux de viande de porc se sont contractés de près de 6 pour cent en 1997 pour tomber à 2,4 millions de tonnes, sous l'effet d'une réduction des disponibilités dans les principaux pays exportateurs, qui a coïncidé avec une stagnation de la demande d'importation. L'épidémie de fièvre aphteuse à Taïwan Province de Chine, en particulier, a été immédiatement suivie d'une interdiction des exportations de cette provenance. De même, la fièvre porcine dans divers pays membres de la CE a provoqué une montée des prix intérieurs et réduit la capacité de la Communauté à vendre à des prix non subventionnés à des marchés tiers. Le déclin des importations mondiales de viande porcine reflétait principalement une forte contraction des achats du Japon, malgré l'abaissement du prix minimum à l'entrée en juillet, ainsi que de la CEI. Ces baisses n'ont été que partiellement compensées par une augmentation des importations du Mexique, de la République de Corée et de la Bulgarie.

COURS INTERNATIONAUX DE LA VIANDE


1995 1996 1997

( . . dollars E.-U./tonne . . )
Poulet en morceaux 1/ 922 978 858 5/
Viande de porc fraîche conglée 1/ 2 470 2 733 2 864 5/
Viande de vache, transformée 2/ 1 947 1 741 1 860
Mouton congelé 3/ 1 371 1 457 1 490 6/
Agneau congelé, carcas. entièr. 4/ 2 621 3 295 3 399 7/
SOURCE: FAO
1/ Valeur unitaire exportation E.-U. 2/ Australie, prix caf Etats-Unis. 3/ Australie prix caf Emirats arabes unis. 4/ Nouvelle Zélande, prix de gros Londres. 5/ Janvier-septembre 1997. 6/ Janvier- août 1997. 7/ Janvier-novembre 1997.


Viande bovine


La production mondiale de viande bovine a progressé de moins de 1 pour cent pour s'établir à 57 millions de tonnes en 1997. En Chine, la production a continué de croître à un rythme supérieur à 10 pour cent par an, stimulée par une demande intérieure dynamique. La production a également été plus abondante en République de Corée, où le secteur est entré dans une phase de liquidation en réaction à la chute des prix, ainsi qu'en Australie, où le nombre d'animaux abattus a augmenté en raison de la sécheresse. Aux Etats-Unis, la production est restée pratiquement inchangée. En revanche, elle s'est à nouveau sensiblement contractée dans la CEI, où les stocks d'ouverture pour les bovins étaient inférieurs de 9 pour cent en 1997. La production a également reculé dans la CE, après l'introduction, au cours des années récentes, de divers programmes visant à limiter les excédents. Compte tenu de la forte réduction du cheptel bovin après les sécheresses de 1995 et 1996, la production de l'Argentine a également chuté. La même tendance était apparente au Brésil, où les troupeaux ont diminué au cours des deux années passées : en effet, comme la situation économique s'est améliorée, il est moins avantageux d'avoir du bétail pour se protéger contre l'inflation.

Les échanges internationaux de viande bovine ont progressé de plus de 5 pour cent pour s'établir à 4,8 millions de tonnes, alors qu'ils avaient reculé en 1996 lorsque diverses alarmes sanitaires avaient fait baisser la demande. Les importations des Etats-Unis ont augmenté, sous l'effet de la hausse des prix intérieurs. Les achats du Japon se sont redressés par rapport au bas niveau de 1996, alors que les livraisons aux pays de la CEI ont progressé pour compenser une contraction de la production. En Amérique latine et aux Caraïbes, la forte demande intérieure a relancé les importations, surtout au Brésil, au Chili et au Mexique. L'augmentation des échanges mondiaux a été soutenue par une progression des exportations en provenance de l'Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de l'Uruguay. En revanche, les ventes de l'Argentine et du Brésil ont diminué dans les mêmes proportions que la production.



Viande ovine


La production mondiale de viande ovine a atteint 11,4 millions de tonnes en 1997, soit une progression de 3 pour cent par rapport à l'année précédente reflétant une importante expansion dans les pays en développement. La croissance a été particulièrement marquée en Chine et au Pakistan où le secteur a été stimulé par une forte demande intérieure. En Afrique, la croissance a été provoquée par une augmentation des abattages au Maroc, après de graves problèmes dus à la sécheresse, ainsi qu'au Nigéria. En Australie, la production s'est aussi accrue après avoir baissé sans interruption pendant plusieurs années, grâce à une augmentation de la production d'agneaux. A l'inverse, la production a chuté en Nouvelle-Zélande, principalement à cause d'une diminution de la production de viande adulte. La production a aussi été plus faible dans la CE et elle a considérablement reculé dans la CEI.

Les échanges mondiaux de viande ovine, évalués à 630 000 tonnes, ont très légèrement progressé en 1997. Les Etats-Unis ont importé davantage, pour compenser la baisse de la production, de même que la CEI. Une légère augmentation a aussi été enregistrée dans la CE. A l'inverse, les achats du Japon et de l'Arabie saoudite ont diminué. Après s'être contractées pendant plusieurs années, les exportations de l'Australie se sont reprises, ce qui a largement compensé la baisse des livraisons de la Nouvelle-Zélande.



Perspectives pour 1998


On prévoit pour 1998 une forte expansion de la production mondiale de viande, du fait de la persistance du faible coût des aliments pour animaux qui devrait stimuler les secteurs de la viande de volaille et de porc. La production de viande ovine devrait aussi progresser, vu l'augmentation des troupeaux. A l'inverse, la croissance de la production de viande bovine devrait être faible, car de nombreux gros producteurs entreront dans une phase de reconstitution des troupeaux, et les abattages seront donc limités. Au niveau des régions, on prévoit une forte expansion en Amérique du Nord, en particulier aux Etats-Unis, où les productions de viande de porc et de volaille devraient atteindre de nouveaux records. En revanche, une contraction du secteur de l'élevage est à nouveau prévue dans la CEI, compte tenu des maigres recettes des producteurs et de la forte concurrence des importations. Dans les pays en développement, la croissance de la production devrait être soutenue dans toutes les régions. Cependant, plusieurs pays d'Asie, dont l'Indonésie, la Malaisie et les Philippines, qui couvrent l'essentiel de leurs besoins intérieurs avec leur propre production, pourraient enregistrer une certaine baisse due aux effets combinés de la hausse des coûts des intrants, consécutive à la dévaluation monétaire, et de la stagnation de la demande de viande. Dans plusieurs cas, ce déclin sera associé à de fortes réductions des importations d'animaux sur pied. En revanche, la Thaïlande pourrait tirer profit de sa plus grande compétitivité sur les marchés extérieurs pour accroître sa production de viande de volaille destinée à l'exportation.

Les échanges internationaux de viande devraient augmenter de 4 ou 5 pour cent cette année, sous l'impulsion de la croissance des flux de viande de volaille et surtout de porc. En revanche, le commerce de viande bovine et ovine pourrait se stabiliser autour du niveau de 1997, compte tenu des disponibilités exportables limitées. Les achats de la CEI, qui sont devenus d'une importance critique pour les marchés internationaux de la viande, devraient à nouveau augmenter considérablement pour compenser la baisse de la production et répondre à la demande croissante. Les importations de blé dans les pays d'Extrême-Orient ont été révisées à la baisse compte tenu de la forte dévaluation monétaire et d'un ralentissement probable de la croissance des revenus dans un certain nombre de pays de la région. Dans le nouveau contexte économique, les achats de viande, en particulier de boeuf, de la République de Corée, du Japon et des Philippines devraient se contracter par rapport à l'an dernier. Toutefois, étant donné que les disponibilités seront probablement détournées vers d'autres marchés, par exemple au Proche-Orient, en Amérique du Nord et dans la CEI, l'impact global de la crise financière asiatique sur les échanges mondiaux de viande devrait être assez limité. L'expansion des exportations mondiales de viande en 1998 devrait être soutenue par une progression des expéditions en provenance d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud et d'Asie. Dans cette dernière région, la dévaluation monétaire devrait donner une impulsion supplémentaire aux ventes sur les marchés extérieurs, notamment de volaille en provenance de Thaïlande.

La crise asiatique a aussi modifié les prévisions initiales concernant les cours internationaux de la viande en 1998: on prévoyait que les prix de la viande de volaille chuteraient conformément à l'évolution des tendances sur les marchés des aliments pour animaux. Cette perspective ne devrait pas être altérée par la crise financière qui frappe actuellement l'Asie, bien que l'on s'attende à une contraction des importations des pays asiatiques touchés. En effet, il est probable que les pays exportateurs réduiront leur production de volaille plutôt que de détourner l'offre excédentaire vers d'autres marchés, ce qui aurait accentué la baisse des prix. D'après les premières prévisions, les cours internationaux de la viande porcine devaient accuser une forte baisse, du fait que l'on prévoyait d'importantes disponibilités exportables par rapport à la demande d'importation. Paradoxalement, la crise asiatique pourrait limiter cette baisse, notamment dans la mesure où elle pourrait inciter le Japon, qui est le deuxième importateur mondial et le marché où les prix sont les plus élevés, à augmenter ses achats de viande porcine. Ceci pourrait se produire car, dans le cadre du système des prix minimums à l'exportation en vigueur dans le pays, une dévaluation ne déclencherait pas d'augmentation des prix à l'importation exprimés dans la monnaie nationale, alors que les producteurs locaux de viande porcine seraient confrontés à une hausse des coûts des intrants, qui les rendrait moins compétitifs par rapport aux fournisseurs étrangers. Cependant, cette conséquence est encore très incertaine. D'après les premières évaluations, on prévoyait une hausse des prix de la viande bovine par rapport à l'an dernier, reflétant une situation plutôt tendue sur les marchés due à l'insuffisance relative des disponibilités exportables. Dans le nouveau contexte, la forte diminution des livraisons aux pays d'Asie touchés par la crise pourrait inverser cette prévision initiale, et les prix pourraient tomber en dessous des niveaux de 1997. Cet impact sera aggravé si les exportateurs s'attendent à ce que la crise persiste dans la région et retardent le processus de reconstitution des troupeaux, ce qui aurait pour résultat de mettre des disponibilités additionnelles sur le marché. Les cours internationaux des viandes de mouton et d'agneau devraient se stabiliser autour du niveau relativement élevé de 1997, même si les abondantes disponibilités de viande dans le monde entier risquent d'exercer indirectement une certaine pression à la baisse sur ces prix. La crise qui sévit dans la région asiatique ne devrait pas altérer de façon significative ces perspectives.


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