SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 
 

RAPPORT SPECIAL

MISSION FAO/PAM D'EVALUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES AU RWANDA

16 février 1998


 
CONCLUSIONS DE LA MISSION
 
  • Malgré une augmentation de 14 pour cent de la production vivrière de la campagne A de 1998 par rapport à la campagne A de l’année précédente, la production par habitant n’atteint que 88 pour cent des niveaux d’avant la crise. 

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  • Le retard d’un mois du début des pluies a limité l’expansion des superficies cultivées qui sans cela aurait pu être importante, tandis que les précipitations excessives qui ont suivi ont causé des inondations dans les fonds de vallée et réduit les rendements de certaines cultures. 

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  • La production étant insuffisante, les prix des denrées alimentaires ont continué à augmenter, aggravant la situation alimentaire déjà précaire des couches les plus pauvres de la population. 

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  • La malnutrition chez les enfants âgés de moins de cinq ans demeure élevée et la situation se dégrade parmi les populations rapatriées depuis peu. 

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  • Les besoins d’aide alimentaire pour le premier semestre de 1998 sont estimés à 82 000 tonnes d’équivalent céréales, dont 70 000 tonnes environ ont déjà été annoncées, tandis que les 12 000 tonnes restantes ne peuvent être acheminées en raison de l’insécurité croissante dans les préfectures du nord-ouest et de difficultés de transport terrestre dans la région. 

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  • Il est urgent de surmonter les goulets d’étranglement dans l’approvisionnement en intrants, notamment en semences et boutures; il s’agit d’une priorité absolue pour la campagne à venir, mais aussi d’un problème à résoudre dans le cadre d’un redressement à plus long terme. La FAO a lancé un programme de production de qualité de semences en 1998 et de fourniture d’intrants agricoles aux populations les plus démunies. 
 

 

1. VUE D’ENSEMBLE

Depuis la tragique guerre civile du premier semestre de 1994 qui a gravement affecté la sécurité alimentaire déjà fragile du Rwanda, la FAO et le PAM évaluent chaque semestre, à l’occasion des deux principales campagnes agricoles du pays, la situation en matière de récoltes et de disponibilités alimentaires. Depuis quelque années, ces évaluations se déroulent en deux temps: dans un premier temps, une équipe nationale formée par le gouvernement et appuyée par des donateurs entreprend une préévaluation de la situation et, dans un second temps, une autre évaluation est effectuée par une mission conjointe FAO/PAM. Cette approche a été jugée nécessaire dans la mesure où depuis le milieu des années 90, le pays est dépourvu d’un service statistique agricole opérationnel et où tant le gouvernement que les donateurs ont besoin d’indications sur l’importance de l’aide alimentaire extérieure nécessaire pour éviter une insécurité alimentaire et une malnutrition graves.

Dans ce cadre, une équipe nationale dirigée par le Ministère de l’agriculture et assistée par du personnel national de la FAO, du PAM, de l’Union européenne, de l’USAID et d’autres donateurs a entrepris en décembre 1997 une préévaluation des perspectives des récoltes de la campagne A de 1998 qui devait être moissonnée en janvier/février 1998. Cette préévaluation a couvert 22 communes sélectionnées dans les 11 préfectures du pays. Là où les conditions de sécurité ne permettaient pas à la mission de préévaluation de se rendre sur place, l’équipe a dû s’appuyer exclusivement sur les renseignements fournis par le personnel des préfectures. Pour la deuxième phase de l’évaluation, une mission conjointe FAO/PAM s’est rendue dans le pays du 10 au 24 janvier 1998 pour compléter, élargir et vérifier à la lumière des circonstances agroclimatiques les plus récentes les résultats de la préévaluation. La mission s’est rendue dans les sept préfectures jugées par les autorités suffisamment sûres et a choisi une ou deux communes par préfecture en fonction de méthodes d’échantillonnage agroécologique, en plus des capitales de préfectures. Ces communes étaient différentes de celles sélectionnées pour la préévaluation. Ainsi, la mission a pu élargir l’échantillon précédent de 50 pour cent utilisant une procédure d’évaluation raccourcie. Pour les quatre préfectures auxquelles elle n’a pas eu accès - Ruhengeri, Gisenyi, Cyangugu et Kibuye - la mission s’est appuyée sur les réponses au questionnaire obtenues pendant la phase de préévaluation.

La mission a engagé des agents qui avaient participé à la préévaluation, de façon à assurer une certaine continuité au processus d’évaluation. Elle a associé en outre à ses deux équipes de terrain deux fonctionnaires du Ministère de la santé, y compris le Chef du Service de la nutrition. La mission a consulté les fonctionnaires des services agricoles régionaux des préfectures, ainsi que les responsables de l’agriculture dans les communes, a organisé des rencontres individuelles et collectives avec des agriculteurs, a inspecté les champs, enquêté sur les marchés et consulté des fonctionnaires des douanes aux frontières pour essayer de comprendre les échanges transfrontières, officiels et non officiels, avec les pays voisins. Elle s’est rendue dans des centres de nutrition et de santé au niveau des préfectures et des communes, ainsi que dans des hôpitaux et s’est entretenue avec leurs responsables. La mission a utilisé tous les résultats de la préévaluation, mais a également effectué ses propres ajustements, notamment à la lumière des effets possibles sur les rendements des pluies anormalement prolongées qui ont duré jusqu’à la fin janvier. Si, dans certaines préfectures, la mission est arrivée à des prévisions différentes de celles de la préévaluation, ses prévisions à l’échelle nationale de la production vivrière pour la campagne A de 1998 sont conformes dans l’ensemble à celles de l’évaluation de décembre.

Les résultats indiquent une augmentation sensible des emblavures par rapport à la campagne A de 1997, y compris la mise en culture de terres, qui n’étaient pas cultivées avant les années de crise, essentiellement dans la nouvelle préfecture d’Umutara. La production vivrière totale devrait augmenter de 14 pour cent par rapport à celle de la campagne A de l’an dernier. Toutefois, la production actuelle serait inférieure de 6 pour cent à celle de l’année de référence d’avant la guerre civile (1990). Une comparaison avec la moyenne pour les années 1989-93 place les prévisions pour la production actuelle au niveau de cette période. Dans l’ensemble, la production vivrière du Rwanda est en voie de redressement. Il convient de rappeler, toutefois, que, d’une part, les Rwandais à nourrir sont plus nombreux qu’avant la guerre civile; et que par habitant, la production actuelle n’atteint que quelque 88 pour cent de son niveau d’avant la guerre de 1990, ce qui implique qu’un déficit vivrier important persiste et que, d’autre part, si les pluies anormales pour la saison persistent après le départ de la mission, les estimations de la production devront être revues à la baisse.

Sur la base de ses estimations de l’offre et de l’utilisation, la mission prévoit des besoins d’aide alimentaire de l’ordre de 82 000 tonnes d’équivalent céréales pour le premier semestre de 1998, dont 70 000 tonnes semblent déjà être couvertes par des annonces de contributions effectives ou par les indications fournies par les donateurs pour le premier semestre de cette année.



2. LA SECURITE ALIMENTAIRE DANS LE CONTEXTE MACRO-ECONOMIQUE DE LA RECONSTRUCTION ET DU DEVELOPPEMENT 1/

1/ Les informations contenues dans cette section découlent des sources suivantes:
- République du Rwanda - Enquête socio-démographique 1996, Ministère des finances et de la planification économique/Office national de la population, Kigali 1997
- Documentation de base établie pour un séminaire sur la sécurité alimentaire tenu à Kigali du 14 au 16 janvier 1998
- République rwandaise - Document de position nationale sur la sécurité alimentaire préparé à l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation, Rome, 13-17 novembre 1996; Kigali, septembre 1996
- Formulation de la stratégie de développement agricole, juin 1997
- Séminaire sur le Plan d’action sur la sécurité alimentaire, Kigali, 14 au 16 janvier 1998.

2.1 Evolution démographique récente

Le Rwanda se prépare à une période de reconstruction et de développement, après la tragique guerre civile de 1994 au cours de laquelle près d’un million de personnes ont péri. Ces derniers 18 mois ont été marqués par le retour massif de réfugiés qui avaient fui le pays lors de la récente crise. Plus de la moitié d’entre eux avaient trouvé refuge en République démocratique du Congo (RDC), un tiers en Tanzanie et le reste au Burundi et en Ouganda. Cet afflux a suivi le retour de Rwandais ayant fui le pays en plusieurs vagues depuis 1959. Ces mouvements de population ont entraîné de graves problèmes d’insécurité alimentaire et de développement.

La population rwandaise commence à se stabiliser en ce sens que ces mouvements massifs sont presque terminés. Toutefois, ils ont été suivis de déplacements internes résultant de la situation précaire dans les préfectures du nord-ouest où les insurgés bouleversent la vie et les activités de développement des habitants, ainsi que d’un afflux de réfugiés congolais. Une enquête socio-démographique récente évalue la population à la mi-1997 à 7,66 millions, soit 5 pour cent de moins que les estimations disponibles l’an dernier. Le taux d’accroissement annuel est désormais estimé à 2,84 pour cent. Près de 95 pour cent de la population vit dans les zones rurales. Avec une superficie d’à peine plus de 26 000 km2, le Rwanda est l’un des pays d’Afrique les plus densément peuplés.

2.2 Contexte macro-économique et objectifs

Le produit intérieur brut (PIB) du Rwanda s’élevait à 1,4 milliard de dollars E.-U. en 1996. Sur ce total, 38 pour cent provenaient du secteur agricole, 44 pour cent des services et 18 pour cent de l’industrie. Le PIB par habitant était de 165 dollars E.-U., soit 70 pour cent du niveau atteint à la fin des années 80. En 1997, le PIB total devrait avoir augmenté de 13 pour cent. La dette extérieure du Rwanda atteignait fin 1996 1,4 milliard de dollars E.-U.

S’efforçant de passer d’une phase de mesures d’urgence et de reconstruction immédiate à un développement soutenu à plus long terme, le Gouvernement s’est fixé pour priorité le double objectif d’assurer la sécurité alimentaire et d’accroître les revenus du secteur rural afin d’améliorer les conditions de vie de sa population. Des mesures prioritaires à cet effet ont été décrites dans le document national envoyé par le Gouvernement au Sommet mondial de l’alimentation tenu à Rome en novembre 1996. Dans un premier temps, le Gouvernement accorde une priorité élevée à l’accroissement des approvisionnements alimentaires. Une nouvelle stratégie agricole jusqu’en l’an 2010 met l’accent sur d’importants changements en matière de régime foncier, d’utilisation des terres et de systèmes de production, ainsi que sur les liens entre l’agriculture et les autres secteurs économiques. Cet objectif prioritaire est appuyé par des mesures concernant les deux autres dimensions de la sécurité alimentaire: la stabilité des approvisionnements et l’accès aux aliments. Ce dernier aspect est au centre du Plan d’action pour la sécurité alimentaire adopté lors d’un séminaire tenu à Kigali en janvier 1998.

Ce séminaire a recommandé notamment: i) d’accorder des dégrèvements fiscaux au secteur agricole; ii) de remettre en état le capital physique, humain et social du secteur rural; iii) de promouvoir l’entreposage par le secteur privé; iv) de créer des emplois agricoles et autres; v) de limiter l’aide alimentaire aux groupes les plus démunis ciblés grâce à des approches participatives; vi) de créer un système d’information sur le marché et vii) de créer un comité national chargé de coordonner et de suivre la situation en matière de sécurité alimentaire.



 

3. PRODUCTION VIVRIERE

Les aliments de base du Rwanda sont la banane, les racines et les tubercules, suivies des légumineuses et des céréales, notamment le sorgho et le maïs. Les bananes et une bonne partie des racines alimentaires ainsi que des légumes sont récoltés tout au long de l’année, ce qui assure une certaine stabilité aux approvisionnements alimentaires. Les autres cultures font l’objet de deux campagnes agricoles. Les semis pour la première campagne (campagne A) ont lieu essentiellement en septembre/octobre, et la récolte en janvier/février. Les haricots et le maïs sont les principales cultures de la campagne A. Les semis de la campagne B ont lieu en février/mars pour une récolte se déroulant en juin/juillet. Le sorgho est la principale culture mais les légumineuses sont également produites en quantités non négligeables. En volume, la production de la campagne B est légèrement inférieure à celle de la campagne A. Dans les marais des vallées, une troisième campagne, dite campagne C, suit immédiatement la récolte de la campagne B et est consacrée principalement à la culture des patates douces et des légumes. Sa production est généralement incluse dans celle de la campagne A.

Il est difficile d’estimer la production vivrière dans la mesure où il n’existe plus de service de statistiques agricoles depuis le milieu des années 90. Les missions FAO/PAM précédentes ont vivement recommandé le rétablissement progressif de ces services et des progrès tangibles dans ce sens sont attendus dans le courant de l’année. En attentant que ces services fonctionnent à nouveau, les estimations sont fondées essentiellement sur des méthodes d’enquête de terrain qualitatives, qui sont interprétées par rapport aux paramètres statistiques d’avant la crise, plutôt que sur des méthodes quantitatives statistiquement représentatives.

3.1 Production alimentaire de la campagne 1998 A

La mission s’est limitée à évaluer la production vivrière de la campagne 1998 A et les approvisionnements qui en découleront. Il est pratiquement impossible de prévoir l’évolution de la situation pendant le restant de l’année en cours, compte tenu des incertitudes découlant de facteurs comme l’évolution permanente de la situation en matière de sécurité et des mouvements de populations à l’intérieur du pays qui y sont liés, l’impact potentiel des pluies prolongées, qui se sont poursuivies jusqu’à fin janvier, sur les semis de la campagne 1998 B et le manque d’informations statistiques.

3.1.1 Superficies ensemencées

On estime que les superficies ensemencées ont sensiblement augmenté pendant la campagne 1998 A par rapport à la campagne A de l’an dernier - de l’ordre de 15 pour cent - pour atteindre quelque 650 000 hectares, soit 94 pour cent de la superficie ensemencée pendant la campagne de référence 1990 A. Les comparaisons avec cette année de référence doivent tenir compte du fait que de nouvelles terres ont été mises en culture dans la préfecture d’Umutara récemment crée, notamment des terres appartenant naguère au Parc national et à la réserve de chasse. L’expansion des superficies cultivées a été considérable à Kibungo, Gitarama et Byumba, de sorte qu’elles atteignent, voire dépassent, les superficies ensemencées pendant la campagne 1990 A. Ces préfectures ont connu un important afflux de rapatriés l’an dernier. En général, l’expansion des terres cultivées est due surtout à la reprise du travail sur des bananeraies abandonnées ou à la création de nouvelles bananeraies. En revanche, les terres cultivées dans les préfectures connaissant d’importants problèmes de sécurité, comme Cyangugu, Gisenyi, Ruhengeri et Kibuye, sont inférieures d’environ 30 pour cent aux niveaux d’avant la crise.

Cette expansion des superficies cultivées aurait pu être encore plus importante si elle n’avait pas été limitée par plusieurs facteurs. Le premier de ces facteurs est l’insécurité dans certaines parties du pays. Le second, un retard d’un mois du démarrage de la saison des pluies, qui a découragé certains agriculteurs de semer des cultures à cycle plus long. Troisièmement, des problèmes de semences et de boutures ont limité les semis, de même que les rendements, malgré un programme international de donateurs pour la fourniture de semences. Ces problèmes ont été d’une triple nature, à savoir, la non disponibilité, l’arrivée tardive et la mauvaise qualité des semences. Quatrièmement, le manque de main-d’oeuvre a freiné l’expansion des terres cultivées. Ce facteur peut surprendre, compte tenu de l’afflux important de réfugiés de retour dans le pays, notamment l’an dernier. Il s’explique toutefois par le fait qu’un grand nombre de ménages sont dirigés par des femmes, qui doivent partager leur temps de travail entre l’agriculture et de nombreuses tâches ménagères et familiales, que des dizaines de milliers de prisonniers survivent uniquement grâce aux vivres que leur apportent les membres de leur famille, notamment des femmes qui sont aussi chefs de ménage; et que la reconstruction des maisons et la remise en état d’autres infrastructures essentielles occupent une main-d’oeuvre importante.

3.1.2 Rendements

La répartition des pluies pendant la campagne 1998 A a eu des effets négatifs sur certaines cultures et bénéfiques pour d’autres. Comme noté ci-dessus, les pluies ont commencé à la mi-octobre au lieu de septembre, soit un retard d’un mois, et ont été au début inégalement réparties. Elles sont ensuite devenues plus régulières, voire excessives, causant des inondations dans de nombreux marais dans presque chaque préfecture, notamment celles de Kibungo, Kigali rural, Butare et Gitarama. Bien que 10 pour cent seulement de la superficie cultivée soit considérée comme ayant été inondée, certains agriculteurs signalent la perte de la totalité de leur récolte. Des pluies plus abondantes que de coutume sont tombées jusqu’à la troisième décade du mois de janvier.

Ces pluies abondantes et l’humidité qui en a résulté ont eu pour conséquences négatives l’apparition de maladies fongiques, la croissance excessive des plantes adventices et une exposition au soleil réduite. Les cultures les plus affectées ont été les haricots (maladie des racines, thrips) et les pomme de terre (oïdium). La poursuite de ces pluies inhabituelles pourrait réduire encore les rendements. Le manque de semences et de boutures de qualité a également nui aux rendements dans de nombreuses régions. En règle générale, on estime que les rendements du sorgho, du blé, des haricots, des pommes de terre et des patates douces ont diminué par rapport à ceux de la campagne A de l’an dernier. En revanche, les rendements des bananes, du maïs, du riz, des pois, des arachides, du soja, du taro, des ignames et du manioc auraient progressé.

3.1.3 Production de la campagne 1998 A

La production vivrière totale des cultures de la campagne 1998 A est estimée à 2 194 227 tonnes, soit une augmentation de 14 pour cent par rapport à la campagne 1997 A (tableau 1). Cette production inclut 77 400 tonnes de céréales (soit 18 pour cent de moins que pendant la campagne 1997 A), 110 000 tonnes de légumineuses (soit une augmentation de 7 pour cent par rapport à 1997 A, due essentiellement à l’expansion des emblavures), 1,4 million de tonnes de bananes (plus 25 pour cent) et quelque 656 000 tonnes de racines et de tubercules, soit une production stable par rapport à la campagne A l’an dernier.

La production de la campagne en cours est inférieure de quelque 6 pour cent aux niveaux d’avant la crise (1990 A). Si l’on prend pour référence une période un peu plus vaste, soit la moyenne pour les années 1989-93 A, la production de la campagne en cours atteint juste le niveau d’avant la crise. Si on s’en tient aux chiffres de production, il semble que la production alimentaire soit sur le point de retrouver son niveau d’avant la guerre civile. Pourtant, les Rwandais sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’il y a cinq ou dix ans. Ainsi, par habitant, la production actuelle est inférieure de quelque 12 pour cent à celle de 1990 d’avant la crise. Ces chiffres provoquent donc une certaine inquiétude quant à la sécurité alimentaire du Rwanda, dans la mesure où les conditions économiques du pays ne lui permettent pas de combler le déficit de production par habitant par des importations commerciales. En outre, il ne faut pas oublier que, même avant la guerre civile, la sécurité alimentaire du Rwanda était loin d’être satisfaisante, toute dégradation de la situation n’en est que plus préoccupante.

La situation varie naturellement d’une préfecture à l’autre. Le tableau 2 indique la production vivrière estimée de la campagne 1998 A par préfecture et l’analyse par région qui suit le tableau met en lumière la situation particulière de chaque préfecture.
 

Tableau 1: Rwanda - Production vivrière: Prévisions pour la campagne 1998 A par rapport aux années précédentes (en tonnes)
 
Cultures 
Moyenne 
89-93A 
1990 A  1997 A  1998 A  %98A/ 
89-93A 
% 98A/90A  % 98A/97A
Sorgho  21 700  28 504  15 100  18 323  84  64  121
Maïs  79 500  81 196  72 100  47 915  60  59  66
Blé  4 000  2 884  1 100  1 471  37  51  134
Riz  5 800  5 371  5 500  9 661  167  180  176
Total céréales  111 000  117 955  93 800  77 371  70  66  82
Haricots 1/  135 700  135 809  90 200  91 922  68  68  102
Pois  6 213  8 100  10 101  163  125
Arachides2/  14 300  3 725  1 900  3 651  26  98  192
Soja  8 119  2 500  4 132  51  165
Total légumineuses  150 000  153 866  102 700  109 806  73  71  107
Bananes  1 173 300  1 398 633  1 077 600  1 351 174  115  97  125
Total bananes  1 173 300  1 398 633  1 077 600  1 351 174  115  97  125
Pomme de terre  150 100  147 572  133 500  134 998  90  91  101
Patates douces  418 000  364 524  384 100  368 521  88  101  96
Taros et ignames  26 000  19 945  24 800  32 096  123  161  129
Manioc  148 900  136 951  114 700  120 261  81  88  105
Total racines et tubercules  743 000  668 992  657 100  655 876  88  98  100
TOTAL GENERAL  2 177 300  2 339 446  1 931 200  2 194 227  101  94  114
 


 

4. ANALYSE PAR REGION

4.1 Butare

Les lourdes pertes en vies humaines enregistrées en 1994 dans la préfecture de Butare se font encore sentir aujourd’hui, dans la mesure où la main-d’oeuvre est relativement rare, ce qui freine le retour des superficies cultivées à leur niveau d’avant la crise. Cette difficulté se fait particulièrement sentir dans les communes de Mayaga (Ntyazo, Muyira et Muyaga), Ruyinya et Nyakizu.

Les préparatifs de la campagne 1998 A ont également été entravés par le manque d’intrants agricoles, notamment de semences de haricots et de boutures de manioc et de patates douces. Le programme d’intrants d’urgence de la communauté internationale a distribué quelque 230 tonnes de semences de haricots aux ménages agricoles les plus vulnérables, ce qui toutefois, à raison de 7 kg par ménage, n’a couvert qu’un tiers environ des besoins. Certains intrants sont arrivés trop tard pour être utilisés pendant la campagne en cours.

Comme ailleurs dans le pays, les pluies ont accusé un retard d’un mois et n’ont commencé que le 20 octobre. Les précipitations abondantes survenues fin octobre et en novembre ont ensuite causé des inondations dans la vallée de Kanyaru, détruisant une grande partie des cultures de haricots, de patates douces et de riz dans des marais. Elles ont aussi favorisé l’apparition de maladies communes sur les haricots.

Compte tenu des conditions agroclimatiques de cette campagne, les rendements des haricots devraient être inférieurs à ceux de la campagne de l’an dernier, mais l’expansion des superficies cultivées devrait normalement plus que compenser ce déclin et permettre une augmentation de la production. Les prix des haricots sur les marchés étudiés par la mission seraient supérieurs de quelque 60 pour cent à ceux de l’an dernier à la même époque (240 contre 147 FR/kg), soit une augmentation supérieure à l’inflation générale, qui est estimée à 20 pour cent. Les stocks détenus sur l’exploitation sont négligeables et les faibles quantités stockées par les négociants provenaient de pays voisins, du Burundi notamment.
 

Tableau 2: Rwanda: Production de cultures vivrières prévue pour la campagne 1998 A, par préfecture (en tonnes)
 
Butare  Gikongoro  Gitarama  Umutara  Kigali  Kibungo  Byumba  Cyangugu  Gysenyi  Kibuye  Ruhengeri  Total
Sorgho  16  3 223  525  876  3 600  70  417  52  9 544  18 323
Maïs  307  594  1 144  1 538  1 580  3 360  5 292  2 639  7 077  11 694  12 690  47 915
Blé  90  261  476  136  53  456  1 471
Riz  6 004  460  972  505  612  1 108  9 661
Total céréales  6 417  855  1 604  5 733  2 610  4 848  9 368  3 817  7 630  11 799  22 690  77 370
Haricots  2 244  1 372  3 550  13 661  7 770  22 800  17 220  2 121  5 121  3 472  12 590  91 922
Pois  396  2 900  455  523  740  681  2 214  306  585  348  953  10 101
Arachides  107  14  120  460  541  1 848  528  33  3 651
Soja  1 218  1 060  672  35  182  129  55  358  52  332  39  4 132
Total légumineuses  3 965  5 346  4 797  14 679  9 233  25 458  20 017  2 785  5 791  4 152  13 582  109 806
Bananes  99 000  18 300  241 992  51 294  258 262  277 112  145 145  59 391  85 390  19 542  95 747  1 351 174
Total bananes  99 000  18 300  241 992  51 294  258 262  277 112  145 145  59 391  85 390  19 542  95 747  1 351 174
Pommes de terre  3 744  8 070  4 416  3 493  9 000  4 596  6 864  1 963  25 356  4 888  62 607  134 998
Patates douces  54 183  25 386  63 919  8 925  33 969  28 560  53 141  8 402  30 759  9 841  51 435  368 521
Taro et igname  3 500  2 498  5 460  973  3 938  2 205  1 397  7 759  1 339  1 808  1 220  32 096
Manioc  8 904  2 104  23 144  4 483  36 175  18 810  8 925  6 379  3 023  5 325  2 988  120 261
Total racines et tubercules  70 331  38 058  96 939  17 874  83 082  54 171  70 327  24 503  60 477  21 862  118 250  655 876
TOTAL GENERAL  179 713  62 559  345 332  89 580  353 186  361 588  244 857  90 498  159 289  57 355  250 270  2 194 227
Les chenilles ont causé de graves dégâts aux boutures de patates douces dans les communes de Kigembe, Muyaga, Nyarunhengeri, Kibayi, Muganza, Ntyazo et Muyira.

La situation sanitaire et nutritionnelle semble s’être aggravée ces derniers mois du fait de l’apparition de maladies infectieuses et parasitaires. Des cas de marasme et de kwashiorkor ont été observés dans les régions de Maraba, Nyakizu, Gishanvu et Ruyinya.

4.2 Gikongoro

La préfecture a été affectée par une pénurie de main-d’oeuvre due à l’émigration de la population vers des centres urbains à la recherche d’emplois plus rémunérateurs, bien que cet exode rural ait été réduit par l’insécurité. Il a été plus marqué dans les deux communes de Rwamiko et Muguba. Dans les 11 autres communes, 70 pour cent seulement des terres agricoles seraient utilisées. Néanmoins, la superficie cultivée a augmenté par rapport à la précédente campagne A, après l’arrivée l’an dernier des rapatriés.

Les approvisionnements en semences et en bouture ont été particulièrement insuffisants pendant cette campagne: 20 tonnes seulement de pommes de terre de semences ont été mises à la disposition des agriculteurs.

Les pluies ont démarré avec un retard d’un mois mais ont été particulièrement abondantes, atteignant 350 mm en novembre/décembre, contre une moyenne de 250 mm. Les inondations ont détruit les cultures des marais de la vallée de Mwogo.

Les haricots et les pommes de terre ont été touchés par des maladies. La production vivrière totale devrait être inférieure de quelque 20 pour cent à celle de la campagne A de l’an dernier. Les prix des denrées alimentaires sur les marchés où la mission s’est rendue étaient sensiblement plus élevés que ceux de l’an dernier à la même époque. La situation en matière de sécurité alimentaire et de nutrition est très préoccupante et s’est dégradée de manière visible ces derniers mois. Ceci est particulièrement vrai de la commune de Rwamiko.

4.3 Gitarama

On estime que tant les superficies cultivées que la production ont augmenté. Sur 130 000 ménages agricoles, 40 000 ont bénéficié de la distribution gratuite d’intrants par la communauté internationale.

Les précipitations ont suivi le même calendrier que dans les autres préfectures. De graves inondations ont détruit les patates douces dans les communes de Murama et Kanyegenyege; les haricots, le soja et les patates douces à Nyabarongo et les haricots et les patates douces à Akanyaru.

Les prix des denrées alimentaires sont montés en flèche, augmentant de 60 pour cent dans le cas des haricots et triplant pour un certain nombre d’autres denrées sur les principaux marchés de Gitarama, Musambira et Ruhango.

La situation sanitaire et nutritionnelle demeure précaire.

4.4 Kigali rural

L’insécurité dans certaines parties de la préfecture gêne le déplacement de la main-d’oeuvre saisonnière et contribue à des pénuries de main-d’oeuvre qui à leur tour ralentissent l’expansion des superficies cultivées.

En règle générale, Kigali rural a connu le même retard pour le démarrage des pluies que le reste du pays et des problèmes d’inondation plus tard dans la saison.

Les semences de haricots et les boutures de manioc et de pommes de terre ont manqué. Toutefois, les ménages ruraux vulnérables ont bénéficié de divers programmes de fourniture d’intrants d’urgence.

Les résultats pour les haricots sont mitigés. Ils sont considérés comme satisfaisants dans les communes de l’est et du sud, tandis que l’on prévoit un déclin considérable de la production dans les communautés d’altitude. Des augmentations importantes de la production par rapport à 1997 A sont prévues pour les patates douces, le taro, les ignames et le manioc, ainsi que pour les bananes et les arachides.

La situation sanitaire et nutritionnelle demeure précaire et a même tendance à se dégrader.

4.5 Byumba

Dans l’ensemble, la production vivrière de la préfecture de Byumba s’améliore progressivement, bien que par rapport à la campagne 1997 A, la production de légumineuses et de manioc ait diminué à cause des pluies excessives et des maladies qui y sont liées ainsi qu’en raison d’approvisionnements insuffisants en semences et en boutures. La production céréalière, qui inclut notamment le sorgho, le maïs et le riz, devrait enregistrer de nets progrès. La production de bananes devrait augmenter, elle aussi, malgré la fusariose.

Les prix des denrées alimentaires sont montés en flèche en raison notamment de l’arrivée des réfugiés congolais.

La situation nutritionnelle des nouveaux rapatriés est extrêmement préoccupante.

4.6 Umutara

Les superficies cultivées sont en augmentation sensible dans cette préfecture nouvellement créée. L’aide humanitaire a fourni des intrants (semences, engrais et houes) en abondance, à l’exception des plants et semences de patates douces et de manioc.

Les perspectives sont bonnes pour toutes les cultures, à l’exception des haricots. Des animaux sauvages auraient endommagé les récoltes dans les zones récemment mises en culture.

Comme dans les autres préfectures, les prix des denrées alimentaires sont en général très supérieurs à ceux de l’an dernier. Après une période de sécheresse prolongée, suivie d’orages de grêle au début des pluies, les prix des bananes ont augmenté au point que certains considèrent désormais cette denrée comme un "article de luxe" réservé aux riches.

Vingt pour cent de la population de la préfecture d’Umutara sont considérés comme vulnérables. La situation nutritionnelle et sanitaire des nouveaux rapatriés, notamment des jeunes enfants, serait particulièrement préoccupante.

4.7 Kibungo

Une dizaine de milliers de personnes sont rentrées en novembre et décembre 1997 de Tanzanie pour s’installer dans cette préfecture d’environ 710 000 habitants et plus particulièrement dans les communes de Rusumo et de Birenga.

Malgré des pluies tardives puis excessives et d’autres difficultés d’ordre climatique, la production agricole devrait avoir progressé par rapport à celle de la campagne A de l’an dernier. Dans l’ensemble, les perspectives concernant la production alimentaire de la préfecture de Kibungo sont meilleures que la moyenne nationale. Le règlement des différends fonciers a contribué à l’expansion des superficies ensemencées.

Malgré des vents très forts et des maladies ayant causé des dégâts, la production de bananes est en augmentation par rapport à l’an dernier. On prévoit de bonnes récoltes de haricots et d’arachides, malgré les dégâts causés par les fortes pluies et les maladies des feuilles et de racines qui y sont liées. Les superficies semées en patates douces ont considérablement augmenté et les perspectives de production sont très bonnes.

Les prix des bananes et du manioc en particulier ont considérablement augmenté par rapport à la campagne A de l’an dernier, tandis que ceux de haricots se stabilisent.

Malgré les bons résultats agricoles de la préfecture, la malnutrition est largement répandue et touche plus particulièrement les nouveaux rapatriés.

4.8 Cyangugu

Les pluies tardives puis excessives ont causé des dégâts aux cultures dans les zones marécageuses. En règle générale, les haricots ont souffert de l’humidité et des maladies fongiques qui y sont associées. La grêle et de forts vents ont gravement endommagé les cultures des communes de Cyimbogo, Gisuma et Nyakabuye.

La superficie cultivée n’est que légèrement supérieure à celle de la campagne A de l’an dernier. L’expansion des emblavures a été limitée par le manque d’intrants, notamment de semences. Les perspectives de production sont proches de celle de la campagne A de l’an dernier.

Le commerce transfrontière avec la République démocratique du Congo voisine a repris. Les prix locaux demeurent très élevés.

4.9 Gisenyi

Les problèmes de sécurité qu’a connu cette préfecture l’an dernier ont fortement limité les activités agricoles. En outre, les rendements, notamment ceux des haricots et des pommes de terre, ont souffert non seulement des pluies excessives mais aussi du manque d’entrien des terres. La préfecture de Gisenyi est traditionnellement l’un des principaux centres de production de pommes de terre du pays, mais les perspectives pour cette campagne donnent à penser que la récolte de pommes de terre sera réduite. En outre, l’insécurité limite considérablement la circulation des récoltes. Les approvisionnements en pommes de terre de l’ensemble du pays pourraient en pâtir.

La situation sanitaire et nutritionnelle se serait aggravée.

4.10 Kibuye

L’insécurité persiste dans les communes voisines de la préfecture de Gisenyi.

Les pluies ont entraîné des glissements de terrain dans la commune de Mabanza et des inondations à Gityesi et Mabanza.

L’insécurité, conjuguée à la rareté et aux prix extrêmement élevés des semences, a entraîné une réduction des semis de cette campagne, notamment pour les haricots et le maïs. Les perspectives de production pour la plupart des cultures sont défavorables par rapport à la campagne A de l’an dernier. Les marchés sont mal approvisionnés et les prix sont hors de portée de la plus grande partie de la population. De nombreux ménages dépendent de l’aide alimentaire.

4.11 Ruhengeri

L’insécurité est une constante dans cette préfecture depuis plus d’un an. Outre les milliers de personnes déplacées à l’intérieur du pays, de nombreux habitants de la région sont forcés d’abandonner provisoirement leurs maisons et leurs champs pour échapper aux attaques sporadiques des insurgés venus notamment du Parc des Volcans, dans le nord de la préfecture. A leur retour, les gens trouvent souvent leurs maisons et leurs champs saccagés, et leurs stocks de semences et de denrées alimentaires pillés. Dans ces circonstances, la poursuite d’une activité agricole régulière est impossible.

Les superficies cultivées sont sensiblement inférieures à celles de la campagne A de l’an dernier, à l’exception des bananes, du taro et des ignames. Les rendements pâtissent de la mauvaise qualité des semences, du manque d’entretien des champs et des maladies. La production totale de cultures vivrières serait bien inférieure aux niveaux de la campagne A de 1997.

Les prix des denrées alimentaires sont bien supérieurs à ce qu’ils étaient l’an dernier à la même époque. Les prix des haricots augmentent encore du fait des flux transfrontières vers l’Ouganda.

La situation nutritionnelle et sanitaire se dégrade, surtout depuis le départ de la communauté des ONG qui distribuait des aliments et des médicaments. La commune de Ruhondo est celle qui a le plus souffert.


5. SITUATION DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES

5.1 Prix des denrées alimentaires et accès à la nourriture

Comme noté dans l’analyse régionale, les prix des denrées alimentaires sont montés en flèche dans toutes les préfectures au cours des 12 derniers mois. Le graphique 1 illustre cette situation en comparant les prix nationaux moyens en francs rwandais/kg pendant la première moitié de janvier 1997 avec ceux de la même période en 1998. Les augmentations les plus faibles - 50 pour cent environ - concernent le sorgho, dont la récolte a été bonne pendant la campagne B de 1997 et les haricots, dont les prix avaient triplé pendant la campagne 1997 B en raison d’une production fortement réduite. Mais les prix des autres denrées alimentaires de base ont doublé, voire triplé, pendant la période janvier 1997-janvier 1998, en commençant par les bananes, suivies des pommes de terre, des patates douces, du maïs et du manioc. Ces augmentations sont bien supérieures à l’inflation nationale évaluée pour 1997 à 20 pour cent environ dans les zones urbaines.

Pour interpréter ces prix, on peut les comparer au salaire journalier de la main-d’oeuvre rurale. Pendant la première moitié de janvier 1998, le salaire journalier moyen était de 336 francs rwandais (soit un peu plus de 1 dollar E.-U.), l’écart entre les différentes préfectures étant de 200 à 500 francs rwandais.
 

Undisplayed Graphic

* Première moitié du mois

Les prix varient considérablement d’une préfecture à l’autre - témoignant des insuffisances de l’infrastructure actuelle de commercialisation et notamment du manque d’intégration des marchés (Tableau 4). Par exemple, les prix des patates douces vont de leur niveau de l’an dernier, à Cyangugu, au quintuple à Kibuye. Les prix du manioc ont quadruplé à Kibungo et Byumba, triplé à Butare et à Kigali et doublé à Cyangugu. Les prix du maïs ont doublé à Cyangugu, Gikongoro et Kigali ville, mais quadruplé à Kibungo. Dans une certaine mesure, ces différences s’expliquent par les mouvements de population récents, mais aussi par le manque d’intégration des marchés entre les préfectures.

Ces fluctuations des prix ont des incidences majeures sur la sécurité alimentaires des ménages. Des études entreprises en 1997 par le Save the Children Fund (Royaume-Uni) à Byumba ouest, Gikongoro, Kibungo et Butare indiquent que les ménages pauvres doivent acheter jusqu’à 75 à 80 pour cent de la nourriture dont ils ont besoin sur le marché. Compte tenu des achats sur le marché et des aliments provenant de l’autoproduction, certains ménages ont encore un déficit alimentaire de taille variable qui ne peut être satisfait que par l’aide alimentaire. Malgré leur portée limitée, ces études montrent clairement que les ménages pauvres sont lourdement tributaires d’achats aux prix du marché pour satisfaire leurs besoins alimentaires et témoignent par conséquent de l’impact dramatique de l’évolution récente des prix sur la sécurité alimentaire des ménages.
 

Tableau 4: Indices des prix des denrées alimentaires de base par préfecture: janvier 1998 par rapport à janvier 1997 (janvier 1997 = 100) 1/
 
Préfecture  Maïs  Sorgho  Haricots  Pommes 
de terre 
Patates 
douces
 
Manioc  Bananes
plantains
Butare  254  145  182  240  225  288  280
Byumba  340  138  173  223  267  407  163
Cyangugu  208  140  112  191  106  181  213
Gikongoro  213  157  142  294  185  233  202
Gisenyi  372  164  157  305  390  254  209
Gitarama  250  125  146  221  229  269  236
Kibungo  394  130  190  195  483  412  217
Kibuye  262  167  152  203  523  268  212
Rural Kigali  290  141  149  293  161  227  134
Urban Kigali  222  129  165  272  216  297  238
Ruhengeri  260  146  152  313  464  257  140
Moyenne  264  144  154  243  260  270  209
 

5.2 Bilan de l’offre et de la demande de denrées alimentaires

Compte tenu des évaluations de la population et de la production agricole ci-dessus, la mission a estimé les besoins d’importations alimentaires par voie commerciale et à des conditions de faveur et a établi un bilan de l’offre et de la demande alimentaires pour le premier semestre de 1998, en tenant compte des niveaux de consommation d’avant la crise ainsi que des estimations de la situation des stocks intérieurs et du commerce extérieur des aliments de base.

Les besoins de consommation alimentaire sont calculés sur la base de la consommation historique de 33 kg de céréales par personne et par an, 32 kg de légumineuses, 188 kg de racines et de tubercules et 408 kg de bananes. L’utilisation fourragère des céréales est négligeable depuis la forte réduction du cheptel national en 1994. Parmi les autres utilisations des céréales figurent la conservation des semences et les pertes (dues essentiellement aux ravageurs pendant le stockage et les transactions). Dans l’ensemble, les utilisations non alimentaires et les pertes devraient représenter 11 pour cent des céréales, 20 pour cent des légumineuses et 9 pour cent des racines et tubercules. Les pertes pour les bananes et les plantains sont estimées à 3 pour cent.

Les stocks d’ouverture des céréales détenus sur les exploitations et par les négociants représenteraient deux semaines de consommation, grâce à la récolte 1997 B relativement bonne, sans compter 4 000 tonnes d’aide alimentaire stockées dans le pays. Pour les légumineuses, les stocks représentent la consommation d’une semaine, sans compter 1 000 tonnes de stocks d’aide alimentaire. Juste avant la campagne 1998 A, la mission a estimé, sur la base de ses inspections sur le terrain, que les ménages d’agriculteurs ne détenaient que des stocks négligeables de haricots et de céréales, tandis que les négociants ne détiennent généralement pas de stocks importants de ces denrées. Le gouvernement détenait autrefois des stocks d’écoulement et des petites réserves par le biais de l’Office semi-public pour l’alimentation et l’élevage (OPROVIA), mais cette institution n’est pas en fonction actuellement. Les stocks de clôture devraient tomber à l’équivalent de la consommation d’une semaine de céréales, plus 5 000 tonnes d’aide alimentaire, tandis qu’ils resteraient stables pour les légumineuses.

En convertissant les déficits/besoins d’importation de racines, tubercules et bananes en équivalent céréales, la mission a jugé peu probable que les consommateurs comblent entièrement ces déficits par des céréales et plus probable qu’ils le fassent grâce à divers autres aliments. Il a par conséquent converti 50 pour cent seulement du déficit en équivalent céréales à prendre en compte dans les estimations des besoins d’aide alimentaire. Dans le cas des bananes, plus des deux tiers de la production sont consommés sous forme de bière de bananes (essentiellement par les hommes) et ne sont donc pas facilement remplaçables par des céréales dans le panier de la ménagère. Toutefois, la modeste partie de la production de bananes consommée cuite ou comme fruit, d’une teneur en calories plus élevée, a été convertie en équivalent céréales.
 

Tableau 5: Bilan alimentaire, janvier-juin 1998 (en milliers de tonnes) 
Population au 31/03/98: 7 830 000
 
Céréales  Légumineuses  Total céreales & légumineuses  Racines & tubercules  Bananes
Disponibilités intérieures  91  116  207  656  1 351
Stocks d’ouverture  14  20  0
Production 1998 A  77  110  187  656  1 351
Utilisation totale  148  153  301  795  1 638
Consommation  129  125  254  736  1 597
Autres utilisations/pertes  22  30  59  41
Stocks de clôture  10  16  0
Besoins d’importation  57  37  94  139  287
(Equivalent céréales)  57  37  94  21  10
Importations commerciales estimées  18  18  36  31/  41/
Besoins d’aide alimentaire  39  19  58  18  6
Total général de l’aide alimentaire  82 
- dont contributions annoncées  70 
- déficit non couvert  12 
 

Les importations commerciales de céréales et de légumineuses ont été estimées sur la base des statistiques officielles pour les trois dernières années fournies par la Banque nationale du Rwanda, qui fonde ses statistiques sur des renseignements fournis par l’Office national des douanes. En outre, la mission a supposé que 10 à 15 pour cent des importations proviennent d’un commerce non officiel et non enregistré avec les pays voisins. La mission a également estimé que les flux commerciaux entre le Rwanda et la Tanzanie seraient sans doute limités au début de l’année à cause des dégâts infligés à l’infrastructure routière par les récentes inondations en Tanzanie. Après examen de ces divers facteurs, la mission estime que les importations commerciales seront de l’ordre de 18000 tonnes pour les céréales et les légumineuses pendant le premier semestre de 1998.

Compte tenu de ces diverses hypothèses, le bilan alimentaire calculé par la mission pour le premier semestre de 1998 indique des besoins d’importation de 57000 tonnes de céréales, 37000 tonnes de légumineuses, 21 000 tonnes d’équivalent céréales de racines et tubercules, et 10 000 tonnes d’équivalent céréales de bananes (tableau 5). En tenant compte d’éventuelles importations commerciales, il resterait des besoins d’aide alimentaire de 82000 tonnes d’équivalent céréales, dont 70000 tonnes ont déjà, officiellement ou non, été annoncées pour le premier semestre de 1998, les 12 000 tonnes restantes n’étant pas couvertes du fait de l’insécurité croissante dans les préfectures du nord-ouest et de difficultés de transport routier dans la région qui entravent la distribution de l’aide alimentaire.

5.3 Aide alimentaire d’urgence

Au deuxième semestre de 1997, quelque 59 000 tonnes d’aide alimentaire ont été distribuées, dont 36 000 tonnes de céréales et 16 000 tonnes de légumineuses. La part de l’aide alimentaire totale du PAM s’établissait à 76 pour cent environ. A des fins de comparaison, l’aide alimentaire du premier semestre de 1997 s’était élevée à 110 000 tonnes.

Cette diminution de près de 50 pour cent de l’aide alimentaire s’explique par un changement d’objectifs à l’issue de la situation d’urgence, après le retour de 1 300 000 personnes fin 1996 et début 1997. Les distributions généralisées et gratuites d’aliments ont pratiquement cessé en 1997. Depuis lors, les flux de nouveaux rapatriés sont devenus insignifiants. La distribution gratuite d’aliments pendant la période juillet/décembre 1997 a représenté 8 pour cent environ de l’aide alimentaire totale. L’évolution de la situation dans le pays est illustrée par le nombre de petits projets vivres-contre-travail mis en oeuvre par le PAM pour aider la population à reprendre ses activités ordinaires. Quelque 47 pour cent de l’aide alimentaire ont été consacrés au redressement du secteur agricole et des infrastructures sociales, ainsi qu’à des programmes de construction de logements.

Toutefois, la guerre civile qui a sévi pendant la première moitié de la décennie a laissé dans son sillage un grand nombre de "ménages vulnérables". En fait, plus de 26 pour cent de l’aide alimentaire distribuée entre juillet et décembre 1997 l’a été à des ménages vulnérables. Les principales préfectures bénéficiaires ont été Kibungo, Gikongoro, Kigali rural, Butare, Umutara et Gitarama. D’autres programmes d’aide alimentaire d’urgence ont inclus des programmes sélectifs de nutrition infantile et de rééducation nutritionnelle.

Pendant la période examinée, le PAM a fourni quelque 7 000 tonnes de vivres par mois à 140 des 152 communes du pays. Fin décembre, le PAM, en collaboration avec le gouvernement, avait distribué des rations pour six mois à 520 000 personnes.

Au début du premier semestre de 1998, une part importante de la population actuellement bénéficiaire de l’aide devrait avoir atteint un niveau d’autosuffisance alimentaire raisonnable, grâce à sa propre production et/ou à d’autres sources de revenu. Cette tendance devrait se poursuivre en 1998. Les efforts sur cette voie continueront à être soutenus par le PAM au même niveau que pendant le second semestre de 1997.

Il est important, en outre, de continuer à surveiller étroitement l’état nutritionnel et la sécurité alimentaire des populations vulnérables.

Une attention particulière continuera à être accordée aux groupes et ménages vulnérables des préfectures et des communes qui devraient connaître les déficits alimentaires et les problèmes nutritionnels les plus graves. Afin d’éviter de créer une dépendance dans la population bénéficiaire, l’accent sera mis sur l’exécution de nouveaux projets vivres-contre-travail.

On veillera, en outre, comme par le passé, à la promotion de la sécurité alimentaire durable des ménages, à la remise en état des infrastructures de base et à la construction de logements. La distribution de "rations de protection" visant à s’assurer que les ménages ruraux pauvres n’utilisent pas leur matériel végétal pour la consommation humaine pendant la période de soudure demeurera un aspect important de l’aide alimentaire.

Le tableau 6 résume les activités d’aide alimentaire projetées par le PAM pour le premier semestre de 1998. Elles sont sujettes à réexamen et révision à la lumière des conclusions de la mission.
 

Tableau 6: Rwanda: Programmes de distribution de denrées alimentaires prévus par le PAM pour le premier semestre de 1998
 
Type de programme 
Groupe cible  Besoins alimentaires
mensuels (en tonnes)
 
Quantité totale
(en tonnes)
Alimentation complémentaire  75 000  966  5 797
Alimentation institutionnelle  10 000  171  1 029
Vivres-contre-travail  273 500  4 208  25 245
Aide aux groupes vulnérables  208 250  1 781  10 688
Autres programmes vivres-contre-travail/aide aux groupes vulnérables  42 165  649  3 892
Total  608 915  7 775  46 651
Réfugiés  29 000  408  2 448
Total général  637 915  8 183  49 099
 

Les stocks d’aide alimentaire détenus dans le pays fin décembre 1997 atteignaient 5 000 tonnes environ. En outre, le PAM peut puiser dans les stocks sous-régionaux qui atteignent quelque 50 000 tonnes.

5.3.1 Questions de logistique et de sécurité

Les pluies torrentielles qui ont frappé l’Afrique de l’Est au cours des trois derniers mois ont causé de graves problèmes logistiques exacerbés par le conflit ethnique en cours. Les principales routes et voies ferrées partant de Dar-Es-Salaam (Tanzanie) et de Mombasa (Kenya) via Kampala (Ouganda) ont été coupées en plusieurs points, ce qui a réduit les capacités d’approvisionnement. Dans ces conditions, le PAM pourrait ne pas être en mesure d’aider la totalité des 500 000 à 600 000 personnes ciblées. Il pourrait être contraint de réduire son aide au Rwanda à cause des difficultés d’approvisionnement, auquel cas il accorderait la priorité aux personnes les plus vulnérables.

L’insécurité dans la plupart du pays, notamment dans les préfectures du nord-ouest constitue un obstacle majeur à la mise en valeur des terres cultivées. Elle est aussi à l’origine de graves dysfonctionnements dans la distribution de l’aide alimentaire.

5.4 Situation nutritionnelle

La malnutrition, notamment la malnutrition protéino-énergétique chronique des enfants de moins de cinq ans, est extrêmement préoccupante. Des enquêtes nationales effectuées en 1995 et 1996 par le gouvernement, en collaboration avec le Centre pour l’alimentation et la nutrition de la Tanzanie et l’UNICEF, avant le retour massif des réfugiés évaluaient à 30 pour cent environ le pourcentage d’enfants de moins de cinq ans présentant un déficit pondéral. Plus de 40 pour cent de ce groupe d’âge souffrirait d’un retard de la croissance. La mission estime que la malnutrition s’est aggravée dans cinq des onze préfectures au cours des derniers mois. Cette aggravation affecte plus particulièrement les rapatriés récents, parmi lesquels les cas de marasme et de kwashiorkor ne sont pas rares. Les principales causes de la malnutrition sont l’insécurité alimentaire des ménages, aggravée par la hausse spectaculaire des prix des denrées alimentaires, les maladies comme la malaria, les maladies respiratoires infectieuses et la diarrhée. Mais il est vrai également que la malnutrition est généralisée même dans des régions où la situation est relativement favorable tant du point de vue des résultats de l’agriculture que de la sécurité alimentaire des ménages. Il semble donc que la situation soit due à un manque d’informations et de connaissances en matière de nutrition. L’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois est une pratique courante, mais le sevrage pose presque toujours des problèmes. Il est souvent abrupt, les aliments de sevrage sont pauvres en protéines et en micro-nutriments et le faible espacement des naissances est un facteur aggravant, dans la mesure où il raccourcit la période d’allaitement. L’insuffisance pondérale à la naissance serait elle aussi généralisée.

Le Rwanda dispose de 285 centres de nutrition qui sont souvent dotés d’effectifs insuffisants et fonctionnent mal. Les rations de complément distribuées aux mères d’enfants mal nourris sont fréquemment partagées par toute la famille et elles n’atteignent donc pas le but poursuivi. Le Ministère de la santé prend des mesures correctives et curatives, mais le taux de malnutrition donne à penser que ces mesures sont insuffisantes.

La mission recommande qu’un effort important soit fait pour assurer une surveillance nutritionnelle à caractère participatif et qu’une vaste campagne IEC soit organisée sur les coutumes de sevrage. Les centres de nutrition devraient être utilisés de façon beaucoup plus efficace.


6. INTERVENTIONS IMMEDIATES ET A MOYEN TERME NECESSAIRES DANS LES SECTEURS AGRICOLE ET ALIMENTAIRE

6.1 Reconstituer les capacités d’alerte rapide et de statistiques agricoles

La mission a réaffirmé avec force les recommandations formulées par les missions précédentes concernant la nécessité urgente de rétablir les services de statistiques agricoles de MINAGRI. Ces efforts peuvent être considérés comme comportant trois volets: i) la mise en place immédiate d’un système relativement simple d’alerte rapide fondée sur des techniques d’évaluation rurale rapide; ii) un deuxième volet concernant les statistiques sur les précipitations: seule la station de Kigali, sur les trois stations qui fonctionnent encore, fournit des statistiques de manière régulière; l’installation de stations météorologiques dans les principales zones agroécologiques semble s’imposer; iii) l’installation d’une capacité de production de statistiques agricoles, pleinement opérationnelle, à plus long terme, comme envisagé depuis un certain temps déjà avec l’appui d’USAID et de l’Université de l’Etat du Michigan. En guise d’élément complémentaire à court terme, les donateurs pourront souhaiter aider le Ministère de l’intérieur à procéder au traitement des données et à l’analyse statistique de la partie agricole de son enquête de 1997 sur les communes (entreprise par le Service de la promotion du développement des communes), qui contient des informations sur les superficies cultivées et sur les rendements qui pourraient être utiles dans l’immédiat au Ministère de l’agriculture.

6.2 Elaboration d’une stratégie efficace de sécurité alimentaire et de nutrition des ménages

Il est urgent de procéder à une évaluation de la situation des ménages en matière de sécurité alimentaire et de nutrition dans chaque préfecture (caractérisation des ménages souffrant d’insécurité alimentaire, situation géographique, nombre et causes de la malnutrition), d’identifier les mesures concrètes susceptibles de remédier à ces causes et les institutions concernées, d’intégrer ces mesures dans les programmes d’activité et de suivre et d’évaluer la situation.

6.3 Création d’un système durable de distribution d’intrants incluant une capacité de multiplication des semences et des boutures

L’expérience de cette campagne a mis en relief de façon spectaculaire la nécessité d’instaurer un système efficace de distribution d’intrants, l’accent étant mis sur la multiplication des semences et des boutures. Les efforts menés actuellement s’avèrent décevants. La multiplication et la distribution des boutures de racines et de tubercules en particulier, repose traditionnellement sur des mécanismes de solidarité entre agriculteurs. Or, le tissu social qui sous-tend de tels mécanismes a été en grande partie détruit par les événements du milieu des années 90. En 1998, sous réserve que des fonds suffisants soient mis à sa disposition, la réaction spécifique de la FAO à ces besoins prioritaires sera axée sur la fourniture d’intrants agricoles de base aux ménages d’agriculteurs les plus démunis pour la campagne de semis 1998 B, le lancement d’un programme de production de semences de qualité et le soutien des efforts de reboisement du gouvernement.

6.4 Application de la stratégie agricole et du plan d’action pour la sécurité alimentaire

Avec la stratégie agricole pour Horizon 2010 et le plan d’action pour la sécurité alimentaire, le Gouvernement rwandais a adopté deux instruments importants pour engager le pays sur la voie de la reconstruction et du développement. Il mérite la pleine coopération de la communauté internationale pour passer à la phase d’exécution.



 
Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant. 
Abdur Rashid 
Ismat Fahmi
Chef, SMIAR, FAO 
Chef de Section, OSA/2, PAM
Télex 610181 FAO 1 
Télex: 626675 WFP 1
Télécopie: 0039-6-5705-4495 
Télécopie: 0039-6-6513-2839
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