SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D’EVALUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES EN INDONESIE

17 avril 1998


 

FAITS SAILLANTS RELEVES PAR LA MISSION

  • En Indonésie, une forte sécheresse et une crise financière exceptionnelle ont fortement compromis la sécurité alimentaire. 

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  • La production de riz devrait, en 1998, diminuer de 3,6 pour cent par rapport à 1997 et de 6 pour cent par rapport à 1996, en raison de la présente sécheresse, la plus grave de ces dernières décennies. 

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  • La production des cultures vivrières secondaires (maïs, soja, racines et tubercules et arachides) devrait augmenter en 1998, des terres à riz ayant été reconverties à ces cultures. 

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  • On estime qu’il sera nécessaire d’importer 3,5 millions de tonnes de riz en 1998/99 (avril/mars). Ce niveau record est obtenu même en supposant que la récolte de riz de la deuxième campagne, à rentrer en août, sera normale. 

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  • Du fait de la crise financière, l’Indonésie connaît de sérieuses difficultés pour compenser par les importations l’ensemble du déficit rizicole; selon les prévisions, 40 pour cent des besoins devraient pouvoir être couverts par les voies commerciales. 

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  • Il est nécessaire de faire appel à l’aide internationale pour 2 millions de tonnes de riz à fournir sous forme de prêts, de dons, d’importations subventionnées et d’aide alimentaire ciblée. 

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  • On estime à 7,5 millions le nombre de personnes, réparties dans 15 provinces, qui pourraient souffrir de graves pénuries en l’absence d’une aide alimentaire. 



1. VUE D’ENSEMBLE

En Indonésie, le phénomène El Niño a provoqué l’une des plus fortes sécheresses de ce siècle. Ses effets, associés à une crise financière sans précédent, ont ébranlé la sécurité alimentaire. La vague actuelle de sécheresse a commencé à se propager au cours des premiers mois de 1997; elle a entraîné l’an dernier une baisse de la production alimentaire globale et a gravement touché les îles de l’Indonésie orientale. Cette année, les semis ont été effectués parfois avec deux mois de retard par rapport au calendrier habituel, puis les précipitations ont été irrégulières et inférieures à la normale, dans de nombreuses régions, ce qui laisse craindre une baisse sensible de la production alimentaire pour 1998. Cette situation s’accompagne par ailleurs d’autres facteurs négatifs: épuisement des stocks de riz (dû à la baisse de la production de l’année dernière et au ralentissement des importations), et forte érosion du pouvoir d’achat qui frappe un grand nombre de personnes (conséquence d’une inflation galopante découlant d’une dévaluation de plus de 70 pour cent de la monnaie par rapport au dollar E.-U. et de la montée du chômage).

En raison des perspectives peu favorables pour la sécurité alimentaire, une mission FAO/PAM s’est rendue en Indonésie pour évaluer la situation des récoltes et des disponibilités alimentaires et pour déterminer les importations nécessaires, y compris les besoins d’aide alimentaire d’urgence destinés aux populations touchées. Du 9 mars au 1er avril 1998, une équipe de 11 membres (dont 7 experts indonésiens) a visité 26 des 27 provinces du pays. Pour le Timor oriental, que la mission n’a pas pu parcourir, les renseignements ont été fournis par le CICR. C’est la première fois qu’une mission de ce genre se rend en Indonésie. Il s’agit aussi du seul effort international actuellement mis en oeuvre pour aider le gouvernement à évaluer les récoltes et la situation alimentaire dans l’ensemble du pays. La mission a bénéficié du soutien du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Le travail des membres de la mission comportait divers aspects: entretiens avec les responsables des pouvoirs publics, aussi bien à l’échelle du district et de la province qu’au niveau de l’administration centrale; discussions avec des agriculteurs, des négociants et des informateurs clés, au niveau local; contacts avec des instituts de recherche; enquêtes sur le terrain et études de marché; consultations avec les organismes du système des Nations Unies, les donateurs bilatéraux et multilatéraux et les ONG; examen des études disponibles sur la question, des conclusions et des recommandations de séminaires et des rapports établis à la suite de missions effectuées sur le terrain, dans certaines régions.

D’après la mission, en 1998, la récolte de riz devrait atteindre 47,5 millions de tonnes, soit 3,6 pour cent de moins que la production déjà réduite de l’année dernière, 6,2 pour cent de moins que la récolte de 1996 et 11 pour cent de moins que les objectifs officiels. La diminution de la production de riz est due pour plus de 90 pour cent, à la diminution des superficies ensemencées, en raison du retard des pluies. Les agriculteurs ont préféré abandonner le riz et se tourner vers des cultures secondaires (palawija) comme le maïs, le soja, les racines et tubercules et les arachides dont la production devrait augmenter, ce qui permettra d’assurer une certaine marge de sécurité alimentaire. Toutes les estimations dépendent toutefois de l’évolution du phénomène El Niño d’ici la fin de 1998. Dans environ trois mois, il conviendrait de procéder à une évaluation rapide des cultures pour réévaluer les perspectives concernant les cultures de la deuxième campagne et ajuster les estimations relatives à la production totale et aux besoins d’importations céréalières.

Pour la mission, les besoins d’importations de riz, calculés à partir des prévisions actuelles de production et des besoins d’utilisation, devraient atteindre un niveau record de 3,5 millions de tonnes au cours de la campagne de commercialisation 1998/99 (avril/mars). Ces données sont toutefois sujettes à caution car elles reposent sur l’hypothèse que les conditions météorologiques seront plus ou moins normales au cours de la deuxième campagne de 1998, qui fournit un tiers de la production totale. Une nouvelle vague de sécheresse renforcerait encore le déficit rizicole.

Le Gouvernement indonésien, confronté à des besoins d’importations de riz de 3,5 millions de tonnes, prévoit d’importer environ 1,5 million de tonnes d’avril à septembre 1998. Toutefois, il sera difficile de procéder à d’autres importations commerciales, et il reste donc un déficit de 2 millions de tonnes qui devra être couvert par l’aide internationale sous la forme de prêts en riz, de dons, d’importations subventionnées et d’aide alimentaire ciblée. Il convient également de noter que le pays devra également importer 4 millions de tonnes de blé en 1998/99, ce qui aggravera encore la pression sur sa balance commerciale déjà fortement déficitaire.

Du point de vue de la sécurité alimentaire, les conséquences liées aux faibles disponibilités de riz, sont encore amplifiées par la gravité de la crise financière et économique, qui a considérablement réduit les capacités d’importation de vivres, d’aliments pour le bétail et d’intrants agricoles. Au cours des derniers mois, on a assisté à une flambée des prix, notamment pour les produits alimentaires et à la montée du chômage, qui ont réduit l’accès à la nourriture d’un grand nombre de personnes. On ne peut que s’inquiéter de l’augmentation du nombre de personnes touchées par une forte insécurité alimentaire. Selon les estimations, 7,5 millions de personnes environ pourraient avoir besoin d’une aide alimentaire entre la mi-1998 et le début de la prochaine campagne principale, en mars 1999.

2. L’ECONOMIE INDONESIENNE ET LA CRISE FINANCIERE ACTUELLE 1/

1/ Les renseignements contenus dans la présente section proviennent de sources diverses : Banque Mondiale, FMI et rapports de l’UIE.

2.1 L’impact de la crise financière actuelle sur l’économie

Avec une population estimée en 1998 à 203 millions d’habitants, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé du monde. Ce vaste pays, situé entre le continent asiatique et l’Australie, s’étire sur plus de 4 800 km d’est en ouest et sur 2 000 km du nord au sud. L’archipel indonésien, très découpé, est composé de quelque 17 000 îles, dont 6 000 sont habitées.

Le pays dispose d’un potentiel agricole considérable, ce qui a toujours permis à l’agriculture de jouer un rôle significatif, tant du point de vue de la création d’emplois que de celui de la production. En outre, les richesses minérales sont considérables. Au cours des trente dernières années, l’exploitation du pétrole s’est développée à un rythme soutenu. Le secteur industriel a aussi enregistré une forte croissance, surtout à partir du milieu des années 80. En 1991, la part de l’industrie dans le PIB a pour la première fois dépassé celle de l’agriculture. Elle représentait en 1996, 25 pour cent du PIB contre 16 pour cent pour l’agriculture. Par ailleurs, le secteur des services représente 41 pour cent du PIB et emploie environ 30 pour cent de la main-d’oeuvre.

De plus en plus, les exportations sont véritablement le moteur de la croissance de l’économie indonésienne. Avant le milieu des années 70, les exportations portaient essentiellement sur un petit nombre de matières premières comme le caoutchouc, l’huile de coco et le coprah, l’étain et le pétrole brut. La flambée des prix du pétrole et l’exploitation du gaz naturel au milieu des années 70, ont propulsé ces deux produits en tête des sources de richesses du pays. A la suite du fléchissement des cours du pétrole après 1983, il a été décidé de façon concertée, de favoriser les produits industriels destinés à l’exportation, et de ce fait les produits finis et semi-finis ont gagné en importance. En 1996, le PIB se montait à 226 milliards de dollars E.-U.(soit 1 149 dollars E.-U. par habitant) et le taux réel de croissance, à 7,8 pour cent. En 1997, par contre, le PIB a chuté et cette tendance se confirme pour 1998.

Le plan quinquennal actuel de développement, Repelita VI (avril 1994 - mars 1999) représente la première étape d’une deuxième période de développement à long terme d’une durée de 25 ans, qui devrait permettre d’assister aux alentours de l’an 2020 au "décollage" de l’Indonésie en tant qu’économie moderne orientée vers le secteur industriel. Le plan Repelita VI a fixé le taux de croissance global du PIB à 7,1 pour cent par an et prévoit de parvenir à la croissance économique dans le respect de l’équité et de l’égalité. Les résultats obtenus au cours des trois premières années (respectivement 7,5 pour cent, 8,2 pour cent et 7,8 pour cent ) dépassent nettement les objectifs, mais comme indiqué précédemment, une récession s’est amorcée en 1997 et devrait se poursuivre en 1998.

La roupie indonésienne a commencé à subir le contrecoup de la crise financière asiatique dès le mois d’août 1997 et s’est rapidement dévaluée au cours des mois suivants. Sous l’action conjuguée de la sécheresse et de la dévaluation, les prix sont montés en flèche, notamment pour les produits alimentaires. Le soutien massif en liquidités de la Banque d’Indonésie a encore accru la pression sur le taux de change et sur les réserves internationales. Qui plus est, les banques étrangères ayant refusé d’accorder aux banques et aux entreprises indonésiennes des découverts commerciaux et des lignes de crédit, les importations d’intrants, dont l’importance est vitale pour la production, ont dû être considérablement réduites.

Le 31 octobre 1997, l’Indonésie a obtenu un engagement d’environ 43 milliards de dollars, de la part du FMI et d’autres organismes internationaux, sous forme de prêts extérieurs et de garanties d’emprunts, à condition que certaines réformes financières et économiques soient mises en place. Cet accord n’est pas parvenu à stabiliser la roupie, qui, avec les autres devises des pays de l’Asie du Sud-Est a continué à se déprécier au cours des mois suivants. La roupie, qui s’échangeait en juillet 1997 au taux de 2 450 roupies/dollar s’est effondrée à 12 000 roupies/dollar pour remonter ensuite à 8 000 roupies/dollar au début du mois d’avril 1998. Les secteurs de la construction et de l’industrie manufacturière ont réagi en débauchant, ce qui a provoqué un accroissement du chômage qui, selon les estimations, atteindrait désormais le chiffre de 8 à 9 millions de personnes.

Jusqu’à la mi-1997, le Gouvernement indonésien a accompli des progrès considérables dans un certain nombre de secteurs sociaux, comme la lutte contre la pauvreté, la création d’emplois et l’accès des plus défavorisés à une quantité suffisante de nourriture, mais à partir d’août 1997, avec la crise financière, ces tendances se sont inversées.

D’après de récents rapports, le programme économique et financier, modifié au début du mois d’avril, prévoit un redressement rapide du taux de change au cours du premier trimestre 1998/99 et un ralentissement de l’inflation dont le niveau toutefois pourrait encore rester au-dessus de 45 pour cent, pendant tout 1998. Ce programme prévoit un contrôle minutieux de l’avancement de la réforme, et fixe des objectifs précis pour éliminer toutes les limitations concernant les investissements étrangers dans le commerce de gros et instaurer des conditions équitables entre le BULOG et le secteur privé dans le domaine de l’importation et de la distribution des denrées alimentaires de première nécessité. Un calendrier est établi pour la suppression des subventions dont bénéficient certains produits. Ce programme prévoit également l’accroissement des subventions pour les denrées alimentaires et les produits de première nécessité et l’introduction de programmes de travail au niveau communautaire visant à renforcer le pouvoir d’achat des pauvres dans les zones rurales et urbaines. En outre, la Banque d’Indonésie est tenue de publier, chaque semaine, les informations monétaires les plus importantes.

2.2 Rôle du secteur agricole dans l’économie nationale

L’agriculture, y compris les forêts et les pêches, est le secteur de l’économie qui emploie le plus grand nombre de personnes. Le recensement de 1990 indiquait qu’il absorbait 55 pour cent de la main-d’oeuvre totale, proportion qui est restée inchangée depuis le recensement précédent de 1980. A l’heure actuelle, on estime que le secteur emploie 41 pour cent de la main-d’oeuvre du pays. En Indonésie, le secteur agricole est également l’une des principales sources de revenus, bien que son importance ait diminué à la suite du développement industriel. Au début des années 70, il assurait 33 pour cent du PIB; par contre, il n’en représentait plus que 23 pour cent au début des années 80 et 16,3 pour cent en 1996.

L’Indonésie est l’un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux d’une vaste gamme de produits agricoles qui assuraient, en 1995, 33 pour cent des recettes d’exportation (à l’exclusion du pétrole et du gaz). C’est le premier producteur mondial de noix de coco, le deuxième producteur mondial de coprah, de palmistes, d’huile de palme et de caoutchouc naturel, ainsi que le troisième producteur mondial de riz. On estime que la superficie des terres cultivables du pays se monte environ à 19 millions d’hectares. Pratiquement tout le sous-secteur des cultures vivrières est détenu par de petits propriétaires. Depuis le milieu des années 60, le gouvernement a mis au point une action concertée pour augmenter sa productivité en appliquant les techniques de la "révolution verte". Le riz et le maïs occupent quelque 80 pour cent de la superficie consacrée aux cultures vivrières, dont 60 pour cent seulement pour le riz. Pour le sous-secteur des cultures de rapport, la répartition des terres se fait entre les petites exploitations, les grands domaines commerciaux essentiellement privés et les plantations d’Etat.

La production vivrière est concentrée pour l’essentiel à Java, suivie de Sumatra et de Sulawesi. Java produit environ 60 pour cent du riz et du maïs, Sumatra environ 20 pour cent et Sulawesi environ 10 pour cent, soit au total 90 pour cent des deux principaux aliments de base du pays.

Dans le secteur agricole, les taux de croissance ont été importants. De 1975 à 1985 ils étaient en moyenne de 4,2 pour cent par an, pour tomber ensuite à 3,4 pour cent de 1986 à 1996. L’autosuffisance en riz, principal aliment de base, est l’un des objectifs stratégiques de la politique agricole, qui a été atteint vers le milieu des années 80. Toutefois au cours des années 90, la production est tombée au-dessous de la demande, et les importations de riz ont atteint respectivement 1,8 et 3 millions de tonnes au cours des campagnes commerciales 1994/95 et 1995/96, puis ont chuté à moins de 500 000 tonnes en 1996/97. Au cours des années 70, l’Indonésie était le plus gros importateur mondial de riz. Pour la période 1970-80, les importations annuelles de riz du pays se situaient en moyenne à 1,5 million de tonnes. Par contre dans les années 80, la production de riz a enregistré une croissance impressionnante et les importations ont ralenti brusquement jusqu’au milieu des années 80. Le pays est alors parvenu à couvrir ses propres besoins en riz et il a en outre réussi à dégager des excédents qui ont été prêtés à divers pays de la région. Au cours de cette période d’essor, l’Indonésie a également fourni une aide alimentaire (sous forme de riz) à l’Afrique. Les gains de productivité se sont tassés au début des années 90, et le déficit rizicole s’est progressivement accru, au point que l’Indonésie a dû, en 1995, importer les quantités records de 3 millions de tonnes de riz du fait des effets de la sécheresse sur les récoltes de 1994.

La croissance du secteur agricole a permis de réduire la pauvreté, qui a diminué dans les zones rurales, passant de plus de 40 pour cent en 1976 à 14 pour cent en 1997. Cependant, cette tendance est en train de s’inverser sous l’effet de la crise financière, qui a relégué un nombre croissant de personnes au-dessous du seuil de pauvreté.
 



 

3. PRODUCTION VIVRIERE: PREVISIONS POUR 1998

3.1 La sécheresse liée au phénomène atmosphérique El Niño en 1997/98

En Indonésie, les campagnes agricoles dépendent des vents de la mousson qui déterminent deux saisons principales, la saison "humide" et la saison "sèche". C’est au cours de la saison humide, qui va normalement d’octobre à mars, que 60 pour cent environ de la production annuelle de riz et la moitié de celle de maïs, de soja et d’arachides sont récoltés, le reste étant produit pendant la saison sèche, d’avril à août/septembre. Cela dit, l’Indonésie occidentale, qui produit 80-90 pour cent du riz et du maïs du pays, bénéficie de précipitations réparties sur toute l’année, et d’une période de pluies plus abondantes au cours de la période allant d’octobre à mars. En Indonésie orientale et plus précisément dans le Nusa Tenggara et dans le Timor, les pluies se raréfient progressivement à l’approche du désert australien.

A l’exception de la période de végétation de 1995-96, les conditions météorologiques ont été défavorables pendant la plus grande partie de cette décennie. Le caractère persistant de ces conditions a constitué un lourd handicap pour les petits agriculteurs, notamment pour la monoculture du maïs en Indonésie orientale. En 1997/98, le phénomène météorologique El Niño a atteint des proportions exceptionnelles non seulement à cause de sa force, mais aussi parce qu’il s’est développé en deux vagues distinctes. Cette perturbation, qui a débuté entre février et avril 1997, a atteint son point le plus fort en juillet et août. Ceci a coïncidé avec les grands incendies de forêt dans le Kalimantan et à Sumatra et avec l’apparition de la sécheresse et de gelées dans l’Irian Jaya. Sur les 500 000 hectares environ qui ont été touchés par la sécheresse, on enregistre de grosses pertes pour les cultures sur 85 000 hectares.

A la fin de 1997, le phénomène El Niño a entamé une phase de recrudescence, qui s’est poursuivie jusqu’en mars 1998. Son incidence sur la campagne de 1998 s’est jusqu’à présent traduite par un retard de un à deux mois du début des pluies au cours du dernier trimestre de 1997, qui a entravé les semis dans l’ensemble du pays. Par la suite, les précipitations ont été irrégulières à Sumatra, Sulawesi, dans la plus grande partie de Kalimantan et en Indonésie orientale. Néanmoins dans la plus grande partie de Java et de l’Irian Jaya, qui avait particulièrement souffert de la sécheresse en 1997, les pluies, après un retard initial, ont été régulières.

Le diagramme 1 illustre la diminution brutale des précipitations dans diverses régions du pays, en 1997, par rapport aux niveaux de deux années précédentes. Les baisses les plus importantes ont été enregistrées dans l’Irian Jaya, dans le Kalimantan et à Sulawesi.
 

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Au cours de la campagne 1997, les précipitations ont démarré en retard et leur niveau cumulatif dans l’ensemble du pays est bien inférieur à la normale. Les graphiques 2 et 3 illustrent le niveau des précipitations mensuelles de 1997 par rapport à celles de l’année précédente, dans les principales zones de production des provinces de Java et de Sumatra.

Les conditions des cultures, dans l’ensemble du pays, sont indiquées dans la carte ci-après pour la campagne principale de 1997/98.

Il est actuellement difficile d’établir des prévisions pour la récolte de riz de la deuxième campagne, car les semis ayant été différés, parfois de deux mois, à cause du retard des pluies. Pour cette campagne qui représente normalement un tiers environ de la production vivrière totale, les semis auront lieu en avril/mai et la récolte est prévue à partir du mois d’août. Compte tenu du faible niveau des cours d’eau et des lacs dans plusieurs régions, une nouvelle vague de sécheresse prolongée pendant la période de végétation risquerait de réduire considérablement les rendements et la production en 1998.

La grande inconnue reste l’évolution du phénomène El Niño et son incidence sur la prochaine campagne. L’Agence nationale de météorologie affiche un optimisme prudent et estime à 50 pour cent les probabilités d’une campagne normale, et à 15 pour cent les probabilités d’une nouvelle vague de sécheresse. Selon les prévisions, les précipitations devraient être normales ou supérieures à la normale dans 60 pour cent des 102 régions météorologiques. Il convient toutefois, de prévoir une réévaluation de la situation, dans un délai d’environ trois mois, pour pouvoir éventuellement ajuster les prévisions de la récolte de 1998 et les besoins d’aide et d’importations alimentaires.

Carte de l'état des cultures à la suite de la sécheresse

3.2 Superficies récoltées

Malgré la gravité de la sécheresse, la superficie récoltée en cultures vivrières devrait dans l’ensemble être identique à celle de l’an passé, soit 17,7 millions d’hectares, mais rester inférieure au niveau de 1996. La situation est toutefois très variable d’une culture à l’autre. Pour la deuxième année consécutive, la superficie cultivée en riz devrait diminuer de 380 000 hectares, soit 3,4 pour cent, pour s’établir à 10,7 millions d’hectares. L’année dernière, la superficie cultivée avait diminué de 3,9 pour cent. A cause du retard des pluies, de nombreux agriculteurs ont préféré planter du maïs, et la superficie récoltée en maïs devrait augmenter d’environ 266 000 hectares, soit 8 pour cent de plus et passer à 3,6 millions d’hectares. On prévoit également un accroissement de la superficie consacrée à la culture du soja, de 129 000 hectares supplémentaires, pour s’établir à 1,2 million d’hectares, soit une progression d’environ 12 pour cent. Pour ce qui est des patates douces, la superficie cultivée devrait augmenter de 14 pour cent et se monter à 222 000 hectares. Toutefois, compte tenu de la superficie limitée consacrée aux patates douces, cet accroissement ne porte que sur 27 000 hectares supplémentaires. Le tableau 1 illustre la répartition par région des estimations des superficies cultivées.

3.3 Rendements

Les effets négatifs de la sécheresse sur la culture du riz n’ont pas été aussi désastreux que prévu. La plus grande partie des cultures de la campagne principale est irriguée, ce qui permet d’obtenir un rendement global plus stable. La mission prévoit des rendements de 4,4 tonnes/hectare pour le paddy, pratiquement identique au niveau réduit de l’année dernière, avec des variations régionales allant de 2,5 tonnes/hectare dans le Kalimantan à 5,2 tonnes/hectare à Java. Les rendements moyens du maïs devraient s’établir à 2,6 tonnes/hectare, dans une fourchette allant de 1,3 -1,4 tonne/hectare dans le Kalimantan et le Maluku/Irian Jaya à 2,8 tonnes/hectare à Sulawesi et Java.

Pour le reste des récoltes secondaires, on prévoit des augmentations de rendement non homogènes. Les rendements du soja devraient enregistrer une légère amélioration par rapport aux rendements de l’année dernière et s’établir à 1,2 tonne/hectare, soit 1,3 pour cent de plus. Les rendements du manioc devraient progresser et atteindre ainsi 13 tonnes/hectare soit 5,7 pour cent de plus. Cette amélioration est probablement due, en partie, à la distribution de plants améliorés par le gouvernement. Par contre, le rendement des patates douces ne devrait augmenter que de 1,8 pour cent pour atteindre 9,7 tonnes/hectare. Pour les arachides, les rendements devraient faire un bond de 3,7 pour cent et atteindre 1,1 tonne/hectare. La faible incidence des maladies et des ravageurs, favorisée par la sécheresse, a également permis d’améliorer les rendements de certaines cultures.

Tableau 1. Indonésie: Superficies récoltées: Riz et autres cultures vivrières ventilés par région, prévisions pour 1998
 

Riz  Maïs  Soja  Manioc  Patates douces  Arachides  Total 
Région  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %  Superf. (milliers d’ha)  %
Sumatra  2 865  26.8  718  19.8  260  20.8  265  20.8  46  20.7  109  16.8  4 263  24.1
Java  5 247  49.1  1 970  54.5  719  57.6  739  58.0  76  34.4  397  61.3  9 149  51.7
Bali, N.T.  619  5.8  314  8.7  138  11.0  126  9.9  30  13.3  51  7.8  1 277  7.2
Kalimantan  923  8.6  65  1.8  28  2.3  46  3.6  10  4.3  28  4.3  1 099  6.2
Sulawasi  995  9.3  520  14.4  93  7.5  75  5.9  18  8.1  53  8.2  1 755  9.9
Maluku/Irian  43  0.4  30  0.8  11  0.8  23  1.8  43  19.2  10  1.6  159  0.9
Total 1998  10 693  100  3 617  100  1 249  100  1 274  100  222  100  648  100  17 703  100
Total 1997  11 072  3 350  1 120  1 234  195  628  17 599 
Variation pour 1998 en % par rapport à 1997  -3.4  +8.0  +11.5  +3.2  +13.9  +3.2  +0.1 
 

3.4 Prévisions concernant la production en 1998

La mission estime que la récolte de riz subira, en 1998, un recul de 3,6 pour cent par rapport au niveau déjà réduit de l’année dernière, dû essentiellement à la diminution des superficies cultivées (Tableau 2). Par rapport aux résultats "normaux" obtenus en 1996, la baisse cumulative atteindrait donc 6,2 pour cent. Compte tenu d’une expansion démographique d’environ 3,2 pour cent depuis 1996, la chute de la production par habitant en 1998 serait d’environ 10 pour cent, par rapport à 1996. Il n’y a donc pas lieu de se réjouir des prévisions selon lesquelles, le niveau de la récolte devrait cette année dépasser celui de 1994, année durant laquelle le phénomène El Niño s’est manifesté.

Par ailleurs, la production de maïs devrait progresser de 10 pour cent par rapport à l’année passée, à la suite d’une reconversion des terres à riz. Selon les prévisions, elle devrait dépasser de près de 5 pour cent le niveau de 1996. La production de manioc devrait également progresser sous l’effet conjugué d’une amélioration sensible des rendements et d’un certain accroissement des superficies récoltées. La plus forte hausse relative (18 pour cent) devrait être enregistrée par les patates douces, mais les quantités concernées sont relativement faibles.

Tableau 2 - Indonésie - Prévisions concernant la production vivrière, par rapport à la production des années précédentes (en milliers de tonnes)
 

Cultures  Prévisions dela mission pour 1998  1997 1/ (Prélim.)  1996 2/  1994 3/  Variations en % 1998 par rapport à 1997  Variations en % 1998 par rapport à 1996  Variations en % 1998 par apport à 1994
Riz paddy  47 456  49 206  50 575  46 642  -3.6  -6.2  1.7
Maïs  9 576  8 663  9 142  6 869  10.5  4.8  39.4
Soja  1 533  1 357  1 510  1 565  13.0  1.5  -2.0
Manioc  16 592  15 037  16 910  15 729  10.3  -1.9  5.5
Patates douces  2 162  1 835  2 029  1 845  17.8  6.6  17.2
Arachides  736  685  747  632  7.5  1.4  16.5
 

Le tableau 3 indique la production prévue pour 1998, par régions et par provinces. La répartition générale de la production des cultures essentielles dans les principales îles productrices est confirmée: près de 60 pour cent de la production provient de Java, 20 pour cent de Sumatra et environ 10 pour cent de Sulawesi (15 pour cent pour ce qui est du maïs).

Tableau 3 - Indonésie : Prévisions concernant la production vivrière de 1998 par région/province (en milliers de tonnes ) 1/
 

REGION/ PROVINCE  RIZ PADDY  MAIS  SOJA  MANIOCA  PATATES DOUCES  ARACHIDES
SUMATRA  10 602  1 807  309  3 081  415  136 
Banda Atjeh  1 630  69  183  141  41  50 
Nord de Sumatra  3 019  409  37  425  116  31 
Ouest de Sumatra  1 722  48  10  95  35  10 
Riau  416  41  10  69  15 
Djambi  513  20  10  101  18 
Sud de Sumatra  1 426  83  17  396  42  15 
Bengkulu  321  61  11  109  119 
Lampung  1 555  1 076  30  1 744  30  11 
JAVA  27 288  5 517  912  10 283  869  444 
DKI Jakarta 
Ouest de Java  9 851  514  77  1 842  406  93 
Centre de Java  8 222  1 704  222  3 874  205  144 
DI Yogyakarta  676  138  85  726  12  47 
Est de Java  8 539  3 161  528  3 841  246  161 
BALI & NUSA TENGGARA  2 582  654  150  1 262  288  56 
Bali  841  92  29  211  83  19 
Ouest de Nusa Tenggara  1 274  61  112  130  32  26 
Est de Nusa Tenggara  467  502  920  173  11 
KALIMANTAN  2 311  93  30  566  79  30 
Ouest de Kalimantan  826  37  217  17 
Centre de Kalimantan  303  72  10 
Sude de Kalimantan  1 012  34  11  159  23  23 
Est de Kalimantan  170  13  118  28 
SULAWESI (Cèlèbes)  4 540  1 462  122  1 177  136  59 
Nord de Sulawesi  328  125  51  31 
Centre de Sulawesi  398  30  10  53  20 
Sud de Sulawesi  3 600  1 234  101  886  72  48 
Sud-Est de Sulawesi  214  73  187  13 
MALUKU & IRIAN  133  43  10  223  375  11 
Maluku  42  35  180  88 
Irian Jaya  91  43  287 
INDONESIE (ensemble de)  47 456  9 576  1 533  16 592  2 162  736
   

Le graphique 4 illustre l’évolution de la production de riz, de maïs et de manioc, à partir de 1990.

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4. ANALYSE REGIONALE

4.1 Java

Quelque 55 pour cent de la population totale de l’Indonésie vit à Java, la région la plus peuplée, divisée en quatre provinces: Java Ouest, Java central, Jogjarkarta et Java Est. Environ 60 pour cent des cultures principales sont produites ici. Quelque 95 pour cent des cultures de riz sont irriguées, même si une partie de cette irrigation est de type traditionnel et dépend des précipitations. Dans une grande partie de Java, le riz est semé et moissonné toute l’année, ce qui signifie qu’on peut avoir environ cinq récoltes en deux ans.

Dans toutes les provinces, les pluies sont arrivées avec environ deux mois de retard. Par la suite, elles ont été régulières et normales, à l’exception de Java Est qui a souffert de précipitations inférieures à la normale, même si elles ont augmenté fin février et en mars. Les niveaux d’eau dans les lacs et les fleuves étaient encore inférieurs à la normale lors de la visite de la mission. Les rendements en riz devraient être semblables aux niveaux de l’an dernier (quelque 5,2 tonnes /ha), mais on prévoit que la production sera en recul d’environ 2 pour cent compte tenu de la réduction des superficies ensemencées. La production de maïs devrait augmenter de 14 pour cent du fait des accroissements de superficies et de rendements. Toutefois, l’essentiel du maïs est cultivé durant la deuxième moitié de l’année, surtout à Java Est, et la confirmation des prévisions de la mission dépendra de façon cruciale de l’évolution du phénomène El Niño au cours des mois à venir. Cela s’applique aussi à toutes les autres cultures secondaires, dont les perspectives sont pour le moment favorables.

Le Gouvernement encourage l’introduction de pompes diesel dans les régions tributaires des pluies pour l’irrigation des rizières au moyen de puits tubulaires peu profonds. Ceci a contribué à atténuer quelques graves pénuries d’eau dans les zones d’irrigation traditionnelle et de culture pluviale de Java Est. Il a également fourni un supplément de semences aux agriculteurs qui ont perdu leurs semis de riz à cause du démarrage tardif des pluies, car les semis sont préparés environ un mois avant l’arrivée escomptée des pluies. Ces mesures ont limité la réduction des superficies ensemencées et la baisse des rendements, mais de nombreux districts de Java Est prévoient un fléchissement de la production de riz pouvant aller jusqu’à environ 10 pour cent.

Dans certaines zones de Java Ouest et Est - relativement peu étendues -, la mission a observé les effets d’attaques de pyrale du riz. Si l’on cultive en permanence du riz, essentiellement de la variété IR64, il y a un risque de voir proliférer ce ravageur. La situation devrait être surveillée avec attention durant le reste de la campagne.

4.2 Sumatra

Comme on l’a vu plus haut, Sumatra, avec une population d’environ 43 millions d’habitants, est la deuxième région de production vivrière d’Indonésie. Cinq de ses huit provinces - Aceh, Sumatra Nord, Sumatra Ouest, Sumatra Sud et Lampung - assurent l’essentiel de cette production. La région est également un grand producteur de caoutchouc, d’huile de palme, de café et de cacao.

Hormis dans la province d’Aceh, les pluies ainsi que les semis de la campagne de 1998 ont été retardés de 4 à 10 semaines. Les précipitations ont été généralement irrégulières et inférieures à la normale. Les zones victimes de la sécheresse comprennent les hauts plateaux relativement moins fertiles, les marais littoraux et autres terres basses aux sols sablonneux, où l’agriculture est fortement tributaire des précipitations. Depuis 1997, les niveaux d’eau de la plupart des ressources en eau - fleuves, lacs, réservoirs artificiels (embung-embung) - ont considérablement diminué, suscitant des craintes en ce qui concerne l’approvisionnement en eau pour l’irrigation traditionnelle et moderne durant la saison sèche de 1998. D’après les prévisions du Service météorologique de mars 1998, la saison sèche de 1998 pourrait démarrer plus tôt, et les précipitations pourraient être inférieures à la normale dans de nombreuses zones de Sumatra.

De nombreux agriculteurs, notamment dans les zones non irriguées, voient leur capacité d’achat d’intrants agricoles réduite sous l’effet conjugué de la baisse des revenus due à la sécheresse de l’an dernier et de la hausse des prix des intrants. D’après les enquêtes de la mission sur les marchés locaux, cette hausse aurait atteint jusqu’à 50 pour cent au cours des 12 derniers mois.

Dans ce contexte, la mission estime que les rendements de paddy diminueront de 3,6 pour cent par rapport à l’an dernier et prévoit un fléchissement de la production de 3,7 pour cent. Cette contraction devrait être particulièrement prononcée dans le Sumatra occidental et Riau, où la production de riz devrait être respectivement inférieure de 5,5 pour cent et de 11,5 pour cent à celle de l’an dernier. Les rendements en maïs devraient également reculer de 3,8 pour cent et la production de 3,5 pour cent. Pour les autres cultures secondaires, les perspectives des rendements et de la production indiquent une amélioration des résultats par rapport à l’an passé.

4.3 Sulawesi

Avec une population de quelque 14 millions d’habitants, Sulawesi est la troisième région productrice de cultures vivrières d’Indonésie. C’est aussi un grand producteur de cultures de rapport, notamment de noix de coco, de caoutchouc, de cacao et de noix de cajou. En 1997, dans la région sont tombées des précipitations exceptionnellement faibles et sporadiques. Les pluies de la campagne de 1998 ont démarré avec environ deux mois de retard. Dans certaines zones du Sulawesi central et occidental (par ex. les districts de Gorontalo, Sangihe Talaut, Dongala et Poso), les pluies ont eu jusqu’à trois mois de retard. Puis, elles ont été irrégulières et inférieures à la normale dans une grande partie de l’île, et en particulier au centre et au sud-est, ce qui s’est traduit par une diminution des niveaux d’eau dans les rivières et les lacs. Par exemple, la forte baisse des disponibilités du lac Tondano, une source d’eau importante pour le riz irrigué du district de Minahasa (Sulawesi occidental) a contraint les riziculteurs à semer du maïs. De même, dans le district de Gorontalo (Sulawesi occidental), les niveaux d’eau des rivières ont diminué à tel point que les cultures irriguées sont devenues impossibles.

En conséquence, en 1998, les superficies récoltées devraient reculer de quelque 145 000 hectares, soit 13 pour cent, et la production de riz d’environ 10 pour cent. La contraction des superficies sous riz est largement compensée par une augmentation des superficies (et de la production) de maïs et de soja. On prévoit également un accroissement des superficies des cultures commerciales. Les superficies récoltées et la production de manioc et de soja devraient augmenter, celles d’arachides demeurer à peu près au même niveau, et celles de patates douces fléchir. Les rendements s’annoncent en général favorables par rapport à l’an dernier.

La sécheresse prolongée a réduit les revenus agricoles ainsi que les stocks à l’exploitation. Contraints d’acheter les aliments de base au marché, les ménages agricoles se heurtent à des prix en forte hausse. Pour couvrir leurs besoins alimentaires de base, les agriculteurs vendent le bétail. D’où une diminution du cheptel - porcins au nord et au sud-est, et bovins, caprins et volaille, dans les quatre provinces - aggravée par la pénurie d’aliments de bétail due aux prix élevés.

4.4 Kalimantan

Kalimantan, divisée en quatre provinces (Kalimantan Est, Sud, Centre et Ouest), est située dans la partie centre-ouest de l’Indonésie. A l’exception du Kalimantan Sud, c’est une région à déficit rizicole. Hormis dans le Kalimantan Ouest, les pluies arrivées tardivement (un à deux mois) ont été inférieures à la normale et sporadiques. Les zones les plus touchées sont l’Est et le sud, où la végétation est en train de se dessécher, y compris les arbres fruitiers, les plantations commerciales et les cultures saisonnières. Dans le Kalimantan Ouest, après un démarrage tardif et légèrement irrégulier, les pluies ont été à peu près normales.

La production de riz devrait fléchir de 17 pour cent, compte tenu de la réduction des superficies et des rendements. Toutefois, on devrait enregistrer une hausse de la production de toutes les cultures secondaires par rapport à 1997.

Les prix des denrées alimentaires, notamment du riz, des arachides et du soja, ont pratiquement doublé au cours des douze derniers mois, et les filiales de province et de district (DOLOG) de l’Office national de logistique (BULOG) ont mis en vente sur le marché deux fois plus de riz de janvier à mars 1998 que durant la même période de l’an dernier.

4.5 Nusa Tenggara et Bali

Province de Nusa Tenggara Timur (NTT)

La province de NTT, constituée de quatre îles principales, Flores, Sumba, Timor et Adonara, est la province la plus sèche et la plus pauvre du pays. On y cultive un peu de riz, pluvial et irrigué, mais les cultures vivrières principales sont le maïs, le mil, le sorgho et les haricots (en particulier, les haricots mungo). Le manioc et les patates douces sont d’importantes cultures de réserve pour la sécurité alimentaire, ainsi que le taro et les ignames, dans une moindre mesure. Celles-ci acquièrent toute leur importance durant la "période de soudure" qui précède la récolte de maïs en février/mars et en période de sécheresse.

Après une série de sécheresses intermittentes au cours des dernières années, la sécheresse qui sévit actuellement pourrait s’avérer la plus grave du siècle dans cette province, ce qui porterait à une famine d’une extrême gravité. La majeure partie de la province est victime de la sécheresse, mais les districts (Kabupaten) les plus touchés sont Sumba Timur, Flores Timur, Sikka, Ende et Alor; dans le Timor occidental, les districts de Belu, Timor Tengah Utara et Timor Tengah Selatan sont particulièrement en difficulté et ont besoin d’une assistance immédiate. Le Gouvernement a pris l’initiative de limiter les semis de riz aux zones bénéficiant d’une irrigation assurée, et encouragé les semis de légumineuses à la place (haricots mungo, soja et arachides). Toutefois, ceux-ci ont été gravement entravés par la pénurie de semences: les disponibilités représenteraient seulement un tiers des besoins.

Contrairement à la tendance qui a vu progresser la production de maïs dans toute l’Indonésie, dans la province de NTT, celle-ci devrait diminuer d’au moins 30 pour cent, voire 40 ou 50 pour cent. Cependant, la nature même du phénomène El Niño donne lieu à une répartition intermittente et très variable des pluies, ce qui se traduira par de nombreuses poches de pénuries alimentaires entrecoupées de zones d’autosuffisance.

Timor oriental [ La mission n’a pu visiter le Timor oriental à cause des mesures de sécurité de l’ONU. Les informations sur la province ont été fournies par le CICR.]

Avec la reprise des pluies, les conditions des cultures dans les zones montagneuses sont relativement favorables. Toutefois, la sécheresse a gravement perturbé la production de maïs le long de toutes les régions côtières, entraînant un échec partiel ou total des récoltes; en moyenne, la production de ces régions devrait s’établir, au mieux, à 40 pour cent du résultat normal. Les semis de riz pluvial ont été dérisoires. Les prévisions sont médiocres pour les racines et tubercules, dont la production ne suffira en aucune façon à compenser les disponibilités réduites de maïs et de riz.

Dans le cadre de leurs mécanismes d’adaptation à la famine, les populations touchées se sont mises à consommer davantage de sago. Toutefois, leur surexploitation est une grave menace pour les plantations de palmiers existantes, qui mettent 18 ans à se régénérer. D’autres éléments d’adaptation comprennent la consommation accrue de noix de coco, de coprah et d’huile végétale. Les activités économiques comme la pêche, la vente de bétail, en particulier de porcins, ainsi que les programmes de construction de routes (avec paiement au comptant) fournissent des ressources pour acheter les denrées alimentaires de base. Il est important de ne pas désorganiser ces activités grâce à une distribution gratuite de vivres correctement ciblée et rapide. La situation doit être constamment suivie pour garantir que l’aide alimentaire, qui démarrera durant la période juin-août, sera distribuée aux familles les plus touchées.

Province de Nusa Tenggara Barat (NTB)

La province de NTB est composée de deux îles principales, Lombok et Sumbawa. Les précipitations de l’an dernier (884 mm) ont été à peine supérieures à la moitié de la moyenne vicennale (1 533 mm). Les pluies de la campagne agricole ont démarré avec deux mois de retard et ont été irrégulières, parfois légèrement inférieures à la moyenne. Les zones qui en ont subi le contrecoup sont essentiellement les zones accidentées du sud et de l’est de Lombok et le district de Sumbawa sur l’île de Sumbawa. Dans ces régions, les autorités locales encouragent les agriculteurs à semer des haricots et d’autres cultures secondaires. Parallèlement, les plantations de tabac accordées à une société de production de cigarettes et les cultures vivrières se disputent la terre; on signale que les agriculteurs sont dissuadés de pratiquer la polyculture du tabac avec des cultures vivrières secondaires et des cultures maraîchères.

Dans les autres zones, la production de riz s’annonce bonne. Une part considérable du riz récolté à l’époque de la mission a été exportée vers d’autres provinces offrant des prix plus élevés que d’habitude à ce moment. En conséquence, le DOLOG/NTB a dû intervenir sur le marché pour éviter des pénuries locales.

Province de Bali

En dépit du rôle prédominant du tourisme pour l’économie de Bali, l’agriculture demeure une activité économique importante. Ce secteur est connu pour l’efficacité de son système de gestion de l’eau par les agriculteurs, appelé "Système Subak", qui a permis d’atténuer les effets négatifs de la sécheresse actuelle causée par El Niño.

Les agriculteurs vulnérables et marginaux sont ceux qui pratiquent les cultures associées de maïs et de manioc. Durant la saison sèche, ils arrondissent leurs revenus avec la pêche lorsqu’ils le peuvent. Récemment, le gouvernement local a encouragé la diversification agricole vers des cultures de rapport telles que noix de cajou, noix de bancoul, oranges et noix de coco. Ces efforts pourraient se traduire par un recul de la production de maïs et des autres cultures vivrières secondaires.

4.6 Maluku et Irian Jaya

La région de Maluku et Irian Jaya est située dans la partie orientale de l’Indonésie. Elle est peu peuplée par rapport aux autres régions (population estimée en 1998: 4,3 millions d’habitants). C’est une région à déficit vivrier qui dépend d’autres régions excédentaires.

Province de Maluku

Maluku est divisé en deux zones agricoles distinctes: la zone de production de riz au centre et au nord, et la zone de culture de maïs et de manioc essentiellement au sud-est qui est beaucoup plus sec. Les pluies de la campagne actuelle sont arrivées avec environ deux mois de retard, démarrant en février 1998 au lieu de décembre 1997. De ce fait, les superficies ensemencées en riz, maïs et manioc devraient avoir diminué de 10-35 pour cent, tandis que les rendements devraient baisser de 6-7 pour cent aussi bien pour le riz que pour le maïs. Ce fléchissement des rendements s’explique en partie par l’utilisation réduite d’intrants due aux prix élevés et à la diminution des revenus agricoles qui a fait suite à la sécheresse de l’an dernier, et par la hausse du coût de la main-d’oeuvre.

La production totale de riz, de maïs et de manioc de 1998 est estimée respectivement à environ 41 432 tonnes, 34 974 tonnes et 180 033 tonnes. Le DOLOG de la province de Maluku a bon espoir de combler le déficit par des achats dans d’autres provinces. En 1998, la production de manioc et de maïs, qui sont surtout consommés par les habitants du sud-est de Maluku, devrait couvrir les besoins locaux.

Pour ce qui est des produits animaux, Maluku fait beaucoup plus appel au poisson qu’à la viande et sa consommation de poisson par habitant est trois fois plus élevée que la moyenne nationale. La production de poisson de 1998 devrait s’établir à environ 366 400 tonnes. L’offre de bétail (bovins et caprins) devrait suffire à satisfaire la demande, mais les prix augmentent. La population avicole a considérablement diminué en raison des prix élevés des aliments dus à la crise financière. Les prix ont pratiquement doublé, passant de 5 000 Rp/kg il y a 12 mois à 10 000 Rp/kg lors de la visite de la mission. Les prix du riz, de l’huile végétale et des oeufs ont également augmenté de quelque 20 à 50 pour cent.

Irian Jaya

Cette province est également divisée en deux zones distinctes pour ce qui concerne le régime des pluies: le sud, qui est semblable à Java, et le nord, beaucoup plus humide toute l’année. L’an dernier, Irian Jaya a été gravement victime de la sécheresse, en particulier les districts de Jayawijaya, Puncak et Merauke. En outre, les gelées ont détruit les cultures de racines et tubercules à haute altitude. 80 000-90 000 personnes ont eu besoin de secours alimentaires. La saison humide de 1997/98 a démarré avec environ un mois de retard. Les pluies ont commencé en décembre, puis, contrairement à ce qui s’est passé dans la plupart des zones d’Indonésie, sont demeurées normales et régulières.

La principale zone rizicole de la province est le district de Merauke qui assure la moitié de la production totale de riz d’Irian Jaya. Les patates douces sont essentiellement cultivées sur les hauts plateaux tels que les districts de Jaya Wijaya et Puncak Jaya, qui couvrent 90 pour cent de la production totale de cette province. Le maïs et le manioc sont cultivés dans toutes les basses terres.

Les rendements escomptés en riz et en maïs sont inférieurs à ceux de l’an dernier (respectivement 4 tonnes/hectare et 1 tonne/ha) compte tenu de l’utilisation réduite d’engrais et de pesticides due à la baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs. La production totale de riz de 1998 est estimée à 91 156 tonnes et celle de maïs à 7 690 tonnes. Pour le manioc et les patates douces, la production est estimée respectivement à 43 024 tonnes et 286 916 tonnes.

Les stocks de riz du DOLOG, qui ont récemment augmenté à cause des importations du Viet Nam, suffisent à couvrir les besoins de consommation de l’Irian Jaya. D’autres organismes tels que le Département des affaires sociales et des ONG détiennent des stocks vivriers supplémentaires. Le problème principal consiste à distribuer la nourriture aux zones reculées des sous-districts de Jaya Wijaya, Puncak et Merauke, car les pluies incessantes rendent les transports par voies aérienne et terrestre difficiles.



 

5. SITUATION DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES

5.1 Prix alimentaires et accès aux vivres

La sécheresse, associée à la crise financière, a gravement compromis la sécurité alimentaire de l’Indonésie et son bien-être économique en général. La production de riz, la denrée de base du pays, a subi un recul important à cause de la sécheresse, tandis que la crise financière a nui à la capacité d’importation du pays, comme le montre essentiellement la baisse des crédits à l’importation proposés par les fournisseurs étrangers. La combinaison de ces facteurs a porté à la montée en flèche des prix alimentaires, à l’avancée rapide du chômage, et à l’accès fortement réduit à la nourriture pour une grande partie de la population.

Un facteur qui permettrait d’améliorer la situation de la sécurité alimentaire est le bon résultat de production escompté pour les cultures secondaires. Toutefois, dans certaines zones traditionnelles de consommation de cultures secondaires, notamment Nusa Tenggara Timur, la production devrait être fortement réduite à cause de la sécheresse - contrairement à plusieurs autres zones qui ont enregistré des gains de production importants.

L’offre de produits de l’élevage est également plus faible compte tenu de graves réductions dans le secteur. Ceci s’explique par la montée en flèche des prix des aliments du bétail importés due à la dévaluation de la monnaie. Le secteur avicole est particulièrement touché, avec un recul de la production qui devrait être de l’ordre de 30-50 pour cent.

La situation précaire des approvisionnements de riz et les stocks réduits ont entraîné une forte hausse des prix alimentaires à la consommation. Durant le premier semestre de 1997, l’indice des prix urbains à la consommation pour le riz n’a que légèrement augmenté de 101 en janvier à 104 en juillet et a continué à progresser en août et en septembre. Cependant, depuis octobre, l’inflation des prix du riz s’est accélérée; en décembre, ils avaient augmenté de 27 pour cent en 12 mois. Et au cours des deux mois suivants, en février 1998, l’indice a gagné encore 27 points - soit le même accroissement que durant toute l’année 1997 (graphique 5). Les hausses les plus récentes ne sont pas entièrement dues à la dévaluation et à la raréfaction actuelle des disponibilités - elles s’expliquent également par les hausses attendues en 1998, qui font actuellement grimper les prix. Ces hausses devraient toutefois ralentir, car la récolte qui avait été retardée est sur le point d’être rentrée.

L’inflation des prix des denrées alimentaires aurait sans nul doute été encore plus prononcée si l’Office national de logistique (BULOG) n’avait institué des mesures de stabilisation. Jusqu’à récemment, BULOG jouissait d’une position dominante pour la gestion du marché du riz, du sucre, de la farine de blé et du soja en Indonésie. Il faisait à la fois fonction d’importateur, d’acheteur et de distributeur local, et s’efforçait de stabiliser les prix en intervenant sur le marché en achetant et en vendant aux prix minimums et aux prix plafonds. En vertu de l’accord signé récemment avec le FMI, les opérations de BULOG sont libéralisées, même si l’organisme conserve un rôle vital sur le marché du riz. En outre, BULOG approvisionne la fonction publique et les militaires. Il gère un vaste réseau d’entrepôts et d’installations de stockage dans tout le pays, jusque dans les îles les plus reculées. Il accomplit donc une fonction sociale qui pourrait ne pas être pleinement satisfaite par le secteur privé.

En dépit de son rôle important dans la distribution des vivres, BULOG a une part inférieure à 10 pour cent sur le marché intérieur du riz. Durant la période allant de 1994/95 à 1996/97, ses achats intérieurs ont avoisiné les 1,3 million de tonnes de riz usiné, soit environ 3,4 pour cent de la production. Pendant la même période, ses importations de riz étaient aux alentours de 1,7 million de tonnes. Ses opérations de stabilisation du marché s’élevaient à une moyenne de 0,7 million de tonnes par an. En 1997/98, toutefois, en raison du déficit de la production interne, les achats locaux seraient tombés à moins de 700 000 tonnes, les importations auraient augmenté et les opérations sur le marché seraient passées à 2,5 millions de tonnes. En outre, BULOG a distribué 1,8 million de tonnes de riz aux groupes bénéficiaires, soit à peu près autant que les années précédentes.
 

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5.2 Bilan de l’offre et de la demande de céréales

Les prévisions de la mission relatives à l’offre et à la demande de céréales et aux besoins respectifs d’importations pour 1998/99 (avril/mars) sont résumées dans le tableau 5. En calculant le bilan céréalier national, il faut remarquer que celui-ci entend offrir une perspective globale des besoins à l’échelle nationale. Il est clair qu’il ne peut faire apparaître les différences de consommation des divers produits alimentaires en fonction des zones. Dans le cadre de l’aide alimentaire, ces questions peuvent être dûment traitées grâce à un ciblage adéquat de l’aide. Le bilan céréalier se fonde sur les postulats suivants, liés principalement au riz, l’aliment de base:

• Une population de 203,3 millions d’habitants au milieu de la campagne de commercialisation 1998/99.

• Une prévision de production pour 1997/98 fondée sur l’évaluation sur place de la récolte de riz de la campagne principale, et sur l’hypothèse d’une récolte secondaire normale en août 1998.

• Des stocks d’ouverture de riz calculés à partir des stocks BULOG (1,22 million de tonnes) et des stocks privés (2,4 millions de tonnes).

• Une consommation annuelle par habitant de 149 kg de riz, de 26 kg de maïs, de 19 kg de blé. Le niveau de consommation du riz tient compte de la substitution par d’autres aliments produits dans le pays (maïs, manioc, patates douces, .).

• Les autres utilisations du riz: taux d’ensemencement de 40 kg/ha, aliment du bétail 1,5 pour cent (normal 2 pour cent), utilisations industrielles et pertes après récolte 8 pour cent de la production. Pour le maïs, on suppose des taux d’ensemencement de 28 kg/ha, alimentation du bétail 20 pour cent (normal 33 pour cent), autres utilisations (par ex. aliments transformés) 15 pour cent et pertes après récolte 5 pour cent.

• Les stocks de clôture de riz sont estimés à un niveau légèrement plus élevé que les stocks d’ouverture pour laisser à BULOG une marge de stabilisation des prix. Compte tenu de la hausse des prix, il faudra un stock de riz suffisant pour servir de tampon au cas où les effets négatifs de la sécheresse se feraient sentir sur la deuxième récolte de riz.

Les pertes de production durant et après la récolte ont suscité un intérêt considérable ces dernières années. D’après une étude récente du Bureau central de statistiques, la plupart des pertes ont lieu durant la récolte, le battage et le séchage à la ferme, où on estime les pertes de riz brut à 17 ou 18 pour cent, dues essentiellement aux méthodes archaïques. Les pertes aux stades successifs entre l’exploitation et la rizerie sont estimées inférieures à 5 pour cent. Dans le présent rapport, les pertes désignent les pertes après récolte, car les pertes durant la récolte figurent dans les chiffres de la production.

Tableau 4: Indonésie - Bilan de l’offre et de la demande de céréales, avril 1998-mars 1999 (en milliers de tonnes)
 

RIZ  MAIS  BLE
Disponibilités intérieures  33 612  9 876  369
Stocks d’ouverture  3 620  300  369
Production  29 992  9 576  0
Utilisation totale  37 119  9 876  4 344
Consommation  30 292  5 286  3 822
Autres utilisations/pertes  3 127  3 893  153
Stocks de clôture  3 700  450  369
Excédents exportables  247  0
Besoins d’importations  3 507  0  3 975
 

Les besoins d’importations qui ressortent du bilan céréalier s’établissent à 3,5 millions de tonnes de riz, soit le niveau le plus élevé jamais atteint en Indonésie, qui va dans le droit fil de la tendance à l’augmentation des importations dans les années 90, comme le montre le graphique 6. Le bilan indique également des besoins d’importations de blé de quelque 4 millions de tonnes. Parallèlement, il y aura probablement un excédent important de maïs d’environ 250 000 tonnes, qui s’explique à la fois par le bon résultat général de la récolte et une utilisation réduite pour l’alimentation du bétail. En 1991, l’Indonésie avait exporté un record de 150 000 tonnes de maïs, mais ces dernières années, elle n’exportait en moyenne que 40 000 tonnes par an. La production de maïs a progressé dans l’ensemble durant la campagne de production actuelle, mais cet accroissement est dû principalement aux variétés hybrides cultivées dans le sud de Sumatra, servant essentiellement à l’alimentation animale.

L’attention de la communauté internationale est actuellement concentrée sur les possibilités d’aider l’Indonésie en offrant un soutien à sa balance des paiements pour faciliter ses importations de riz, et de pourvoir aux besoins des groupes vulnérables. Cependant, il faudrait veiller à lui fournir une aide également pour les importations de blé et de soja (quelque 600 000 tonnes en 1997), ce qui allégerait la pression générale sur la balance des paiements.
 

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6. BESOINS D’AIDE ALIMENTAIRE

L’extrême sécheresse et la crise financière limitent fortement la capacité du Gouvernement d’organiser des opérations de secours à grande échelle et de rendre pleinement effectifs les programmes d’atténuation de la pauvreté en cours.

Le Gouvernement prend des mesures pour garantir la disponibilité régulière de riz à des prix accessibles dans tout le pays, mais dans plusieurs régions, de nombreux foyers n’ont même pas les moyens d’acheter du riz aux prix subventionnés. On peut prévoir que dans plusieurs zones du pays, le nombre de ménages victimes de l’insécurité alimentaire augmentera durant la prochaine saison sèche car les mécanismes d’adaptation des ménages marginaux ont atteint leurs limites: i) les réserves financières, alimentaires et les semences des ménages ont été réduites par des tentatives répétées et tardives de semis fin 1997; ii) la récolte actuelle du riz sera réduite à cause de la sécheresse; et iii) les possibilités d’emplois non agricoles seront limitées compte tenu de la crise économique.

6.1 Aide alimentaire ciblée

Selon le Département des affaires sociales (Depsos), actuellement, environ 440 000 personnes vivant dans 31 districts de 8 provinces ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence à cause de la sécheresse. Il s’agit de personnes qui ont perdu leurs moyens d’existence et qui survivent avec un repas par jour. Les ressources disponibles pour affronter cette situation sont insuffisantes; dans certains cas, des distributions uniques d’une ration dérisoire de 1,2 kg de riz par famille sont effectuées. Depsos, prélevant sur ses propres ressources, devrait utiliser une grande part des 7 500 tonnes de riz affectées à l’origine aux distributions de secours en 1998 pour entreprendre des activités de développement communautaire dans les zones de chômage élevé. On estime que le chômage a augmenté et devrait être de l’ordre de 8-9 millions en 1998, étant donné les nouveaux venus sur le marché du travail qui viennent grossir les rangs des travailleurs licenciés pour problèmes économiques. Le nombre de chômeurs aussi bien dans les zones urbaines que rurales est également élevé et devrait croître au cours des prochains mois.

La sécheresse a particulièrement compromis la sécurité alimentaire des ménages dans les zones d’agriculture pluviale des provinces suivantes: Nusa Tenggara Timur, Maluku, Kalimantan Tengah, Sulawesi Tengah, Timor Timur, Irian Jaya, Kalimantan Timur et Nusa Tenggara Barat.

Selon le BAPPENAS (Organisme national de planification du développement), début 1997, plus de 8 millions de familles dans les pays vivaient au-dessous du seuil de subsistance. Il s’agit de personnes qui mangent moins de deux fois par jour, n’ont pas les moyens de s’habiller correctement et de s’offrir des services médicaux. En se fondant sur les indicateurs historiques de santé et d’insécurité alimentaire, associés aux perspectives des récoltes actuelles, tous les districts du pays ont été classés et les trois derniers seraient ceux dont les ménages souffriront vraisemblablement d’une insécurité alimentaire. On estime que 1,56 million de familles (soit environ 7,8 millions de personnes) de 53 districts appartenant à 15 provinces risquent d’être victimes de grave insécurité alimentaire au cours de la saison sèche à venir jusqu’à la prochaine grande récolte de mars 1999. Ces districts sont situés dans les provinces de Jawa Tengah, Aceh, Sumatra Selatan, Benkulu, Lampung, Kalimantan Selatan, Sulawesi Selatan, Sulawesi Tenggara, Nusa Tenggara Timur, Maluku, Sulawesi Tengah, Timor Timur, Irian Jaya, Kalimantan Timur et Nusa Tenggara Barat.

Le Gouvernement indonésien a une politique de secours alimentaires qui se limite à quelques jours après une calamité naturelle. Si les besoins persistent, les autorités locales s’efforcent d’organiser des mini-projets de développement communautaire à forte intensité de main-d’oeuvre au niveau du village. Dans ce cadre, les ouvriers reçoivent soit des espèces, soit des vivres, soit les deux, pour les inciter à participer à ces projets d’auto-assistance. Les financements pourraient provenir de donations des riches locaux, ou de fonds gouvernementaux (des districts, des provinces ou du gouvernement central, selon la gravité de la calamité).

Avec le concours des partenaires internationaux, le Gouvernement est en train de renforcer son dispositif de sécurité sociale afin de pourvoir aux besoins des gens dont les moyens sont inférieurs au niveau de subsistance. Malheureusement, les ressources disponibles à cet effet seront probablement insuffisantes pour couvrir l’ensemble des régions touchées, en particulier les zones rurales reculées et très pauvres. Le Gouvernement a, par conséquent, sollicité une aide alimentaire externe auprès des organisations humanitaires internationales. A l’appui de la politique gouvernementale, des activités de vivres-contre-travail seront lancées en collaboration avec les ministères, les administrations locales ou les ONG. Par ailleurs, des aliments composés seront distribués dans certaines zones aux catégories les plus touchées: femmes enceintes, mères allaitantes et enfants de moins de cinq ans. Les distributions générales de secours seraient effectuées par le biais de Depsos.

Le tableau suivant offre une vue d’ensemble des activités des organismes externes offrant actuellement une aide alimentaire ou envisageant des opérations en Indonésie en 1998. Le PAM luttera également de façon active contre l’insécurité alimentaire des ménages dans les régions du pays qui ont été victimes de la sécheresse.

Tableau 6: Distribution actuelle d’aide alimentaire par les ONG (en tonnes) 1/

Organisation  Denrée  Quantité  Bénéficiaires
CARE  Riz 
Blé (monétisation) 
19 600 
5 000 
134 247
CRS  Riz 
Mélange blé-soja 
12 500 
1 500 
85 616 
13 699
CICR 2/  Divers  15 000
World Vision  Riz  2 400  85 000
 
1/ En outre, 10 000 tonnes de riz, 30 000 tonnes de soja et 75 000 tonnes de blé sont fournis au titre du programme PL 480 (Intitulé I) des Etats-Unis.

2/ Le CICR est en train de livrer 24 tonnes de denrées mixtes par semaine à 20 villages de Timika (Irian Jaya).

6.2 Stratégie et programme d’aide alimentaire du PAM

Le Gouvernement indonésien envisage d’importer quelque 1,5 million de tonnes entre avril et septembre 1998. Ceci laisserait un déficit à couvrir de 2 millions de tonnes pour lequel une aide internationale sera nécessaire sous forme de prêts pour la riziculture, dons, importations à des conditions de faveur et aide alimentaire ciblée. En réponse à une requête officielle du Gouvernement, le PAM prévoit de l’aider dans ses efforts visant à renforcer son dispositif de sécurité sociale jusqu’à la prochaine grande récolte en mars/avril 1999.

Dans le cadre d’une opération d’urgence, le PAM identifiera des partenaires de mise en oeuvre ayant des activités en cours dans les zones du pays les plus touchées par la sécheresse. En travaillant en collaboration avec les opérations en cours actuellement, les délais de démarrage et les coûts de fonctionnement seront réduits. Les partenaires pourraient être les ministères compétents, les gouvernements locaux ou les ONG.

Il faut que le système des Nations Unies et le Gouvernement collaborent afin de coordonner un nombre croissant de pourvoyeurs d’aide alimentaire. Le PAM collaborerait avec d’autres fournisseurs d’aide alimentaire pour éliminer la possibilité de double emploi et élargir la couverture globale de l’assistance.

La fourniture de l’aide alimentaire d’urgence du PAM serait ventilée en trois grandes catégories:

Groupes vulnérables

Activités de développement communautaire "vivres-contre-travail"

Distribution générale de secours

6.3 Logistique de l’aide alimentaire

L’objectif consistant à fournir une aide alimentaire dans un pays qui est composé de 6 000 îles habitées couvrant une superficie de 5,1 millions de km2 ne peut être atteint que si la communauté internationale tire parti des infrastructures qui ont été mises en place par le Gouvernement. BULOG est chargée d’assurer la disponibilité et la distribution de riz, la denrée principale, dans tout le pays, et possède les moyens de le faire.

En accord avec la politique du PAM, le réseau logistique suivant est proposé: Le PAM assumerait la responsabilité et les coûts de livraison des vivres jusqu’au port d’entrée. BULOG, en s’appuyant sur son réseau national de 1 506 entrepôts ayant une capacité de stockage de 3,5 millions de tonnes, organiserait le transport du riz aux magasins de district (SubDulog) les plus proches des sites de distribution prévus. Etant chargé de la fourniture d’une ration mensuelle de riz à chaque fonctionnaire du pays, BULOG a mis sur pied les mécanismes nécessaires pour que tous ses entrepôts soient constamment approvisionnés. On ne prévoit donc pas de grandes difficultés opérationnelles pour livrer le riz des donateurs aux magasins de district où le PAM serait actif. On estime que BAPPENAS remboursera BULOG de ses frais de livraison au niveau des districts. Vu le terrain accidenté de nombreuses îles, le transport de l’entrepôt SubDulog aux sous-districts devra souvent être effectué à l’aide de petits caboteurs et de bateaux traditionnels. Les moyens matériels de le faire existent. Les administrations de district disposent de la main-d’oeuvre nécessaire et de l’expérience pour approvisionner les sous-districts. Dans certains districts, le ministère chargé de la mise en oeuvre ou le gouvernement de district pourra organiser le transport du SubDulog au sous-district bénéficiaire. Toutefois, la plupart des districts auraient besoin d’une aide financière. Etant donné les conditions exceptionnellement négatives, le PAM pourrait être appelé à contribuer au transport des magasins SubDulog aux sous-districts. Le transport du sous-district aux villages bénéficiaires serait organisé par les comités de village.
 
 
 
 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant. 
Abdur Rashid 
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