SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 

RAPPORT SPECIAL

MISSION FAO/PAM D’ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN AFGHANISTAN

2 juillet 1998


PRINCIPALES CONCLUSIONS DE LA MISSION

  • L’agriculture afghane a connu une reprise dans les régions épargnées par le conflit mais l’année a été surtout marquée par d’importantes chutes de neige et de basses températures pendant l’hiver, et par d’abondantes précipitations au printemps.

  • Les dégâts causés aux cultures irriguées par les inondations, associés à une forte incidence de la rouille jaune du blé ont fait diminuer les rendements des céréales irriguées. Mais des pluies importantes ont été bénéfiques aux cultures pluviales, particulièrement dans les zones septentrionales et dans les régions marginales irriguées du sud.

  • Le tremblement de terre du 30 mai a dévasté une large zone autour de Shar et de Buzurg et provoqué de lourdes pertes humaines. Les cultures irriguées seront gravement affectées localement en raison de l’endommagement des canaux et des "karezes". Une partie de la récolte de blé pluvial pourrait ne pas être moissonnée en raison des pénuries de main-d’oeuvre.

  • D’après les estimations, la production céréalière de 1998 n’aura jamais été aussi abondante depuis 1978, mais l’interruption des circuits d’approvisionnement empêchera l’acheminement des excédents du nord vers Badakhshan et Bamyan et vers les zones très peuplées autour de Kaboul.

  • Les besoins d’importations céréalières sont estimés à 740 000 tonnes, en légère hausse par rapport à l’année dernière en raison de la croissance démographique et d’une augmentation des besoins d’aide alimentaire d’urgence. Kaboul, et plusieurs autres grandes villes, sont pratiquement totalement dépendantes des importations de céréales qui proviennent surtout du Pakistan.

  • Les besoins d’aide alimentaire d’urgence pour 1998/99 sont estimés à 140 000 tonnes de céréales pour les personnes déplacées à l’intérieur des frontières, les veuves et les orphelins, les sinistrés des inondations et des tremblements de terre, ou les groupes isolés du fait de blocus imposés par les factions belligérantes.


1. VUE D’ENSEMBLE


L’économie afghane a été perturbée par des troubles civils quasiment ininterrompus depuis 1979. De ce fait, le déplacement massif des populations et le chômage généralisé ont conduit à une baisse des revenus et à un accès limité aux vivres, surtout dans les zones urbaines. L’agriculture a également souffert, à cause de l’endommagement des infrastructures d’irrigation, de la présence des mines et de l’exode des agriculteurs quittant les zones à risque. La production alimentaire a été affectée, et le pays, qui était pratiquement autosuffisant vers le milieu des années 70, est devenu largement dépendant des importations de l’ex-URSS dans les années 80 puis du Pakistan et de la République islamique d’Iran dans les années 90. La plupart des aliments importés sont consommés dans les villes.

Bien que l’Afghanistan n’ait été autosuffisant en céréales qu’à 70 pour cent pendant la plus grande partie de cette décennie, il y a des signes de reprise de production depuis deux ou trois ans, grâce à l’amélioration des conditions de sécurité dans certaines régions. Après la mission FAO/PAM d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires de 1997, qui avait estimé que la production céréalière de l’année dernière avait atteint le niveau le plus élevé depuis plusieurs années, une mission FAO/PAM, appuyée par le PNUD, s’est rendue en Afghanistan du 4 au 27 mai 1998. Cette mission était chargée d’estimer la récolte céréalière et les besoins d’importations pour la campagne commerciale 1998/99, afin de vérifier si les progrès vers l’autosuffisance observés en 1997 se poursuivaient et d’évaluer la situation alimentaire des diverses régions du pays. Une attention particulière devait être accordée aux provinces de Bamyan et de Badakhshan, traditionnellement déficitaires en produits vivriers et presque entièrement coupées de leurs circuits d’approvisionnement habituels. La mission a visité 15 des 30 provinces, dans l’ouest et l’est du pays, y compris dans celles de Bamyan et Badakhshan. Le Nord n’a pas été visité pour des raisons de sécurité et il s’est avéré impossible d’inclure le Sud-Ouest dans l’itinéraire. Toutefois, la couverture a été complétée par une enquête menée auprès de 1600 agriculteurs par des délégations locales, dans des régions non visitées par la mission.

Des entretiens approfondis ont eu lieu avec des agents du PNUD, du PAM, de la FAO et de diverses ONG, aussi bien en Afghanistan qu’à Islamabad et Peshawar. Divers rapports sur l’Afghanistan ont fait l’objet d’analyses critiques, notamment les résultats de l’enquête auprès des agriculteurs. La mission a utilisé la base statistique formulée par la mission FAO/PAM de 1997 qui avait estimé les surfaces cultivées par région à partir d’une extrapolation des données du recensement agricole de 1968 corrigées en fonction de deux relevés par satellite plus récents et de divers éléments d’appréciation. Les estimations relatives aux rendements reposent à la fois sur les visites de terrain, les résultats de l’enquête et de multiples entretiens avec des paysans, et sur les divers facteurs agronomiques qui ont influé sur la production de cette année. Les estimations de la production céréalière pour 1997 et 1998 ont été vérifiées par des recoupements avec les estimations de la consommation et des importations nationales, sous forme d’un bilan.

La reprise de l’agriculture dans les régions du pays épargnées par les combats s’est poursuivie en 1998 et la production céréalière totale a encore augmenté. La mission a estimé la production céréalière totale pour 1998 à 3,85 millions de tonnes, soit 5 pour cent de plus que l’année dernière, dont 2,83 millions de tonnes de blé, 450 000 tonnes de paddy, 330 000 tonnes de maïs et 240 000 tonnes d’orge. La récolte n’avait pas été aussi abondante depuis 1978, bien que dans certaines zones de graves inondations aient endommagé les cultures sur pied et les infrastructures d’irrigation. L’accroissement de la production est dû à la réaction des agriculteurs aux prix élevés de l’année dernière (plus de 300 dollars la tonne), qui les ont incité à augmenter les emblavures de blé, et à des précipitations généralement favorables en hiver et au printemps. En outre, l’amélioration des conditions de sécurité dans de nombreuses régions et la réhabilitation partielle de l’agriculture ont également contribué à la bonne récolte.

Toutefois, le taux d’humidité supérieur à la normale a favorisé une forte incidence de la rouille jaune striée (Puccinia striiformis) dans les plantations de blé, ce qui a considérablement diminué les rendements. L’effet conjugué d’inondations localisées (par exemple dans le sud-ouest et, sporadiquement, dans le Nord-Ouest), et de l’expansion de la rouille, s’est traduit par une baisse de rendement des cultures irriguées.

Alors que la production de céréales irriguées est légèrement inférieure à la récolte de l’année dernière qui avait été bonne, la production de blé pluvial devrait, selon les prévisions, augmenter de 29 pour cent. Cette situation pourrait donner lieu, comme en 1997, à des excédents localisés dans le nord puisque la circulation naturelle des céréales vers Kaboul et vers le Sud est entravée par plusieurs lignes de front. A Kunduz, on signale déjà une chute des prix du blé. Probablement, ces excédents seront écoulés vers les pays de la CEI ou grossiront les stocks de report au-dessus du seuil habituel. Selon les prévisions, fondées sur une hypothèse de sécurité relative au cours des quelques mois à venir, les huit provinces du nord (nord et nord-est dans le Tableau 1) devraient produire approximativement 1,5 millions de tonnes de céréales cette année (40 pour cent du total). Cependant, si les activités militaires s’intensifient ou que le conflit s’étend, la moisson pourrait être interrompue et il faudrait réviser les prévisions à la baisse.

Malgré la perspective d’une bonne récolte céréalière, il faudra recourir largement aux importations pour nourrir la population croissante. Les importations totales devraient atteindre 740 000 tonnes pour la campagne commerciale 1998/99 (juillet/juin), légèrement plus que l’année dernière. La mission a estimé les besoins d’aide alimentaire d’urgence à 140 000 tonnes de blé en raison d’une augmentation des besoins d’urgence imputables aux inondations, au tremblements de terre et à la fermeture des voies d’approvisionnement dans certaines régions.


2. CADRE SOCIO-ÉCONOMIQUE


L’Afghanistan est un pays montagneux, dont le territoire s’étend sur 652 000 km2 et occupe une position stratégique entre les plaines d’Asie centrale et les montagnes des pays de la CEI au nord, le Pakistan à l’est et la République islamique d’Iran à l’ouest. La population est actuellement estimée aux environs de 20 millions d’habitants répartis en quatre grands groupes ethniques bien distincts. Le pays est ravagé par la guerre depuis 1989.

Le pays compte comme ressources naturelles le gaz dont les réserves sont estimées à 150 milliards de mètres cubes, le pétrole dont la production est estimée à 100 millions de barils au minimum et le charbon qui est la seule ressource actuellement exploitée. Les reliefs sont élevés et dans l’ensemble, le terrain est sec et accidenté, mais les vallées, très fertiles sont propices aux cultures irriguées. L’agriculture a toujours occupé une place de choix dans l’économie et fournit 50 pour cent du PIB. De nos jours, son rôle est encore plus significatif. Elle est la principale source de production, d’emplois et de revenus depuis l’effondrement de l’industrie et des exportations de gaz, dû à la guerre. La dévastation causée par la guerre et le minage des terrains ont également freiné l’agriculture, mais le retour à une situation de paix relative dans le sud du pays depuis trois ans a permis une reprise.

Dix-neuf années consécutives de conflit ont cependant profondément marqué le peuple afghan. Au début des années 90, au moment des plus fortes hostilités, on estimait que 30 pour cent de la population avait quitté le pays ou s’était déplacé à l’intérieur des frontières. Depuis 1992, sur les 6 millions d’expatriés afghans, environ 3 millions sont revenus. La population dans son ensemble accuse les conséquences de la guerre civile. Le nombre de handicapés, de veuves, d’orphelins et de chômeurs est le plus élevé du monde. Dans l’indice du développement humain du PNUD, l’Afghanistan est pratiquement en queue de classement. Les statistiques concernant le taux de mortalité infantile et maternelle, l’espérance de vie, l’accès aux soins de santé et à l’eau potable sont parmi les plus décevantes du globe. Les stratégies de survie adoptées par les plus démunis pour faire face à la famine deviennent de plus en plus dérisoires dans les régions directement touchées par le conflit.

L’effondrement de l’industrie et la nécessité de financer l’effort de guerre ont provoqué une importante baisse de la production et du commerce, une inflation galopante et une diminution de la valeur de la monnaie locale. Dernièrement toutefois, grâce à une situation de relative stabilité dans le Sud du pays, on a assisté à une stabilisation des prix. Dans les régions contrôlées par les Talibans, les exportations de produits horticoles vers le Pakistan ont augmenté et on note des signes d’un retour à des échanges commerciaux plus normaux, notamment dans l’est et le sud du pays, et surtout dans la province de Hérat. Kaboul dont les infrastructures ont été sérieusement endommagées n’est qu’à 25 km de la ligne du front, ce qui empêche la libre circulation des vivres en provenance du nord. Dans le nord où le conflit se poursuit, l’inflation est nettement plus élevée.

La communauté internationale continues à jouer eu un rôle très actif en Afghanistan, non seulement pour essayer de rétablir la paix, mais aussi dans le domaine des secours, de la rehabilitation, du déminage et du développement (surtout agricole). A l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation, en novembre 1996, un projet pour le développement de l’agriculture nationale a été présenté et, depuis, un Forum international pour l’aide à l’Afghanistan s’est tenu à Ashgabat en janvier 1997, suivi d’un appel consolidé d’assistance lancé par les Nations Unies.

Dans les régions épargnées par le conflit et le banditisme, la sécurité a permis un certain retour à la normale, notamment dans le secteur de l’agriculture et de la production alimentaire. Les échanges commerciaux ont pu reprendre plus librement dans les zones contrôlées par les Talibans. Les facteurs de production sont disponibles et les marchés de produits agricoles ont recommencé à fonctionner avec une certaine efficacité. La campagne 1998 est la meilleure depuis des années et le cheptel s’accroît régulièrement. Le plus gros reste à faire mais il est évident que les agriculteurs ont réagi de manière positive à l’amélioration de la situation, sauf dans les zones où les affrontements et les blocus perturbent les circuits commerciaux et dans celles qui sont touchées par des catastrophes naturelles (tremblements de terre, inondations).


3. PRODUCTION ALIMENTAIRE EN 1997/98


Depuis 1976, date à laquelle la production de céréales avait atteint le niveau record de 4,5 millions de tonnes, l’Afghanistan ne parvient plus à couvrir ses propres besoins. A partir de 1978, les hostilités ont entraîné une diminution constante de la production, qui s’est poursuivie au cours des années 80, pour tomber au plus bas en 1990. La production ne représentait que 60 pour cent du niveau de 1976. Avec la diminution des bombardements dans les campagnes et l’intensification des combats dans les centres urbains, notamment à Kaboul, dès 1990, la production a repris lentement et les bienfaits de la sécurité accrue dans les zones rurales se sont fait sentir dès 1995. Les marchés ont opéré plus normalement, le déminage a amélioré l’accès et la sécurité, et les agriculteurs ont réagi à la fermeté des prix agricoles. Le conflit se poursuit dans le nord du pays, mais la production nationale a encore augmenté en 1998, grâce au rôle positif de divers facteurs, à savoir d’abondantes précipitations et l’amélioration de la sécurité dans le sud et dans presque tout l’est du pays. Le Tableau 1 contient les prévisions concernant la production céréalière pour la campagne de commercialisation 1998/99, comparées aux estimations révisées pour 1997/98.

Tableau 1. Afghanistan: Superficie, rendement et production des cultures céréalières par région 1997/98 et 1998/99


1997/98 1998/99

Superficie
(milliers ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Superficie
(milliers ha)
Rendement
(tonnes/ha)
Production
(milliers de tonnes)
Blé irrigué





Centre 71 2 142 69 1.7 117
Nord-Est 197 1.7 335 200 1.6 320
Est 71 1.9 135 75 1.7 128
Sud 95 1.5 142 95 1.5 143
Sud-Ouest 254 1.8 457 270 1.7 459
Ouest 183 1.8 329 190 1.9 361
Nord 292 1.6 467 280 1.5 420
Centre-Est 61 1.2 73 55 1.3 72
Total partiel 1 224 1.7 2 080 1 234 1.6 2 020
Blé pluvial





Centre 20 0.8 16 20 0.9 18
Nord-Est 260 0.6 156 260 0.7 182
Est 10 0.8 8 10 0.9 9
Sud 40 0.8 32 42 0.8 34
Sud-Ouest 90 0.8 72 90 0.9 81
Ouest 210 0.8 168 230 1 230
Nord 220 0.7 154 250 0.9 225
Centre-Est 50 0.5 25 50 0.7 35
Total partiel 900 0.7 631 952 0.9 814
Total blé 2 124
2 711 2 186
2 834
Céréales secondaires (par culture)





Riz (paddy) 180 2.2 400 180 2.5 450
Maïs 200 1.5 300 200 1.6 330
Orge (exclusiv. céréale) 200 1.3 250 200 1.2 240
Total partiel 580
950 580 1.8 1 020
Total céréales 2 704 1.4 3 661 2 766 1.4 3 854

3.1 Précipitations pendant la campagne agricole 1997/98

La répartition des pluies a été généralement bonne pendant la saison culturale. A Djalalabad, dans la province de Nangarhar, la pluviométrie pendant les quatre mois allant de novembre à mars a été de 275 mm, plus que la moyenne pour la région. Les chutes de neige ont été exceptionnellement abondantes sur la quasi totalité du territoire, avec une pointe de 187 cm enregistrée à Ghazni. La neige a persisté plus longtemps que d’ordinaire dans les provinces de Ghazni et Bamyan en particulier, retardant la préparation de la terre pour les semis du blé de printemps. Entre octobre et le 20 mai, Ghazni a reçu 180 mm de pluie. Le blé de printemps ayant une période végétative de quatre mois minimum, des semis tardifs pourraient empêcher la pleine maturation de la récolte si le froid survient au moment de la moisson dans la province de Bamyan. Le froid a empiété plus longuement sur le printemps, et les dernières plaques de neige ont fondu alors que le mois de mars était bien entamé. A Ghazni, sur 19 des 31 jours de mars, on a enregistré des températures inférieures à 0°C. Le froid extrême a endommagé des cultures à Logar, Paktia et Ghazni (la température la plus basse enregistrée dans la ville de Ghazni en janvier a été de - 22°C) ce qui aura un effet significatif sur le rendement potentiel du blé irrigué dans ces provinces.

Les inondations dans certaines zones des provinces de Kandahar et de Helmand, en mars, ont endommagé des cultures. Les provinces de Nimroz et Ourouzgan ont également souffert d’inondations localisées. Les inondations ont aussi touché les cultures dans les provinces septentrionales de Samangan et Jowzjan où, selon les estimations, 3 000 hectares ont été détruits. Mais les grosses pluies ont avantagé les zones qui se trouvent à l’extrémité des systèmes de canaux d’irrigation ainsi que les cultures de blé pluvial dans tout le pays.

Pour Hérat, l’on signale des pluies bien réparties et abondantes pour le blé pluvial, mais aussi suffisantes pour garantir de bonnes récoltes dans toutes les régions de blé irrigué. Les précipitations se sont poursuivies jusqu’à la moisson dans les provinces de Kounar et Laghman mais ont cessé à temps pour permettre de moissonner dans de bonnes conditions. Dans le nord, des pluies plus abondantes que la normale ont été favorables à la plupart des cultures pluviales, notamment le blé.

3.2 Superficie cultivée

D’après les estimations, la superficie semée en blé irrigué a augmenté de 10 000 hectares, passant à 1 234 000 hectares, due au retour sur leurs terres des agriculteurs qui étaient réfugiés dans les camps au Pakistan et en République islamique d’Iran, de l’avancée constante du déminage et de la réparation des infrastructures d’irrigation et grâce à l’installation d’un plus grand nombre de pompes pour puits profonds dans les provinces de Ghazni et Paktika. Pour le blé pluvial, les emblavures sont passées de 900 000 à 952 000 hectares, cette augmentation étant principalement concentrée dans l’ouest et le nord. Une pluviosité supérieure à la moyenne dans la région d’Hérat a entraîné un fléchissement de la production de cumin blanc concurrencée par le blé pluvial sur les mêmes terres et les bons profits réalisés par les agriculteurs l’année dernière les ont incités à augmenter les superficies cultivées (lorsque des terres étaient disponibles). L’on signale aussi une extension des superficies consacrées au blé pluvial dans les provinces septentrionales de Balkh, Faryab, Samangan et Jozjan.

D’autre part, la concurrence avec les plantations de pavot s’accentue. La culture du pavot s’est considérablement étendue dans les provinces de Nangarhar et de Badakhshan. Le manque de semences de blé dans la province de Bamyan après la très faible récolte enregistrée dans cette région en 1997, couplé aux effets du blocus et de graves inondations, s’est soldé par une réduction des emblavures. L’affectation croissante des terres à l’horticulture surtout dans l’est, limite les surfaces disponibles pour le blé irrigué. Les basses températures au printemps, qui ont retardé la fonte des neiges, ont entraîné une réduction des superficies plantées en blé de printemps dans la province de Bamyan et dans certaines parties des provinces de Paktika et Ghazni.

3.3 Intrants Agricoles

Semences: Le personnel du projet de la FAO estime que la majorité des agriculteurs (environ 98 pour cent) prélèvent leurs semences sur la récolte précédente. Les variétés locales - avec des rendements de 1,2 à 1,5 tonne par hectare - sont les plus courantes. Au cours des deux dernières campagnes, 8 400 tonnes de semences améliorées, principalement du blé irrigué, ont été distribuées à 78 000 agriculteurs dans tout le pays par le projet FAO/PAM/PNUD "Vivres - semences". Ces semences, qui peuvent produire plus de 3,5 tonnes par hectare ont été distribuées avec la dose recommandée d’engrais pour obtenir le rendement économique optimal. La mission a pu observer à Ghazni des cultures qui paraissaient plus productives. Les principales variétés, telles que le Pamir 94 sont résistantes à la rouille jaune. Il est important que de nouvelles variétés résistantes à la rouille jaune soient continuellement ajoutées au système de façon à diversifier les sources de résistance pour pallier d’éventuelles défaillances. Les agriculteurs les plus réceptifs aux semences améliorées sont ceux des régions de Kaboul, Wardak, Hérat, Helmand, Kandahar, Nangarhar, Kounar et Lagham. Les variétés améliorées, caractérisées par des tiges plus courtes, sont moins attrayantes pour les paysans qui possèdent des animaux et priment davantage la valeur fourragère de la plante.

Engrais et pesticides: La plupart des agriculteurs d’Afghanistan sont parfaitement conscients de l’utilité des pesticides. Cependant, le manque de liquidités constitue le principal obstacle à une utilisation accrue des deux principaux types d’engrais, l’urée et le phosphate diammonique. Par conséquent, les agriculteurs ont tendance à utiliser beaucoup moins de produit que les quantités recommandées. En 1998, l’approvisionnement en phosphate diammonique a fléchi dans presque tout le pays. Les négociants à Ghazni ont signalé une baisse de la demande par rapport à l’année précédente, causée par une hausse des prix à près de 6 200 Afghanis/kg (pour l’urée) dans les provinces orientales. Mais dans la province de Bamyan, touchée par le blocus, les prix de l’urée ont plus que doublé, en raison principalement de l’augmentation des coûts de transport causée par l’insécurité des routes allant vers le nord et du blocus vers l’est. Cela a gravement réduit les applications d’engrais sur les terres emblavées, les agriculteurs ne pouvant se permettre une telle dépense. Les cultivateurs de la province de Bamyan ont continué à utiliser des engrais pour la pomme de terre, sachant que s’ils s’abstiennent, le rendement baisse en flèche. Certains agriculteurs se sont plaint de la mauvaise qualité des engrais, et notamment du fait que des négociants peu scrupuleux mélangent parfois l’urée avec du sel.

Les graves problèmes d’invasion d’adventices dans les exploitations ont poussé les agriculteurs à acheter des herbicides chez les négociants. Dans les grandes exploitations, on ne désherbe pas les champs de blé à la main, sans doute à cause de la pénurie de main-d’oeuvre. Dans certaines régions de Ghazni, Bamyan et Wardak, le désherbage se fait encore manuellement. Toutefois, dans les champs de pavots, le désherbage est intégralement assuré.

Tracteurs et boeufs: Les tracteurs sont de plus en plus utilisés, ce qui permet d’accroître les étendues cultivées, notamment en blé pluvial, dans les régions de l’est, du sud-est, du sud-ouest et de l’ouest. Les agriculteurs n’ont signalé aucune pénurie d’animaux de trait. Le battage mécanisé est maintenant courant dans l’Est du pays. Il permet de réduire l’utilisation de main-d’oeuvre et d’animaux et permet une préparation plus rapide de la terre pour les cultures d’été (maïs, riz et haricots mongos).

Irrigation: Plus de la moitié du territoire de l’Afghanistan reçoit moins de 300 mm de pluie dans l’année. L’agriculture est donc largement tributaire de l’irrigation et de la neige qui fond au printemps pour la culture du blé pluvial dans les régions septentrionales et occidentales du pays. En raison de contraintes climatiques, 14 pour cent seulement des terres irriguées peuvent supporter une double récolte, principalement dans les provinces de Takhar, Kunduz, Nangarhar, Kounar, Laghman, Kandahar et Helmand.

Des projets modestes de réparation des infrastructures d’irrigation ont été réalisés en 1998. Toutefois, les opérations de maintenance et de réparation de routine des canaux et des "karezes" se sont poursuivies dans maintes parties du pays. Une pluviosité supérieure à la moyenne cette année a diminué les besoins d’irrigation et l’apport en eau a été suffisant pour les cultures semées en bordure des champs irrigués. De grosses inondations dans les principaux bassins fluviaux ont causé des dégâts aux rigoles d’adduction ainsi que l’envasement des champs dans plusieurs provinces, notamment Helmand, Kandahar, Kounar, Bamyan et Badghis.

Au cours de ces dernières années, les agriculteurs de la province de Ghazni ont commencé à investir dans les pompes diesel permettant d’irriguer à partir de puits profonds, mais les négociants ont signalé une baisse de la demande de pompes en 1998, en raison des pluies favorables. Des problèmes dus à des "karezes" défectueux ont été signalés à Ghazni, Paktia et Paktika où les conséquences négatives sur la production vivrière ont forcé les agriculteurs à chercher un emploi au Pakistan afin de gagner de quoi satisfaire les besoins familiaux.

3.4 Rendements et production de céréales

La mission a estimé la moyenne nationale du rendement de blé irrigué en 1998 à 1,64 tonne par hectare, représentant une baisse de 3,5 pour cent par rapport à l’année précédente. Les principales causes de cette baisse sont: i) une incidence beaucoup plus importante de la rouille jaune striée (Puccinia striiformis) attaquant les variétés locales; ii) d’importantes pertes dues au gel dans les provinces de Ghazni, Paktia et Paktita; iii) un mauvais remplissage des grains à cause du temps froid et nuageux dans les trois provinces orientales; et iv) une forte incidence de mauvaises herbes dans les provinces de Logar, Ghazni, Paktia, Paktita et dans certaines parties de la province de Wardak. La production de blé irrigué est estimée à 2,02 millions de tonnes, 3 pour cent de moins que celle de l’année précédente. Les rendements du blé pluvial devraient passer de 0,7 tonne par hectare en 1997/98 à 0,86 tonnes par hectare cette année, grâce aux pluies favorables dans les grandes régions productrices, associées pendant l’hiver à des chutes de neige beaucoup plus abondantes que la moyenne. La production totale de blé pluvial devrait augmenter de 29 pour cent, passant à 814 000 tonnes et compensant largement la baisse de production du blé irrigué.

Maïs: Le maïs est cultivé en été après le blé d’hiver dans les région centrales, orientales et sud-orientales ainsi que dans certaines parties de la province de Kandahar. Les semis venaient de commencer lors de la visite de la mission et la superficie cultivée devrait être la même que l’année précédente, environ 200 000 hectares. Pour le maïs, le taux d’ensemencement est très élevé et les plants provenant de l’éclaircissage sont utilisés pour l’alimentation du bétail. L’alimentation en eau était meilleure que d’ordinaire grâce à l’apport important de neige fondue sur tout le réseau hydrographique et ce facteur, associé à une meilleure disponibilité d’engrais, devrait garantir des récoltes supérieures à la moyenne.

Riz: Les premiers semis de riz d’été ont eu lieu pendant la visite de la mission. Le gros des opérations d’ensemencement auront lieu en juin et les disponibilités dépassent les moyennes habituelles. L’approvisionnement en engrais et autres intrants, notamment les semences améliorées, est également satisfaisant. Le riz est une culture importante dans les provinces de Nangarhar, Kounar, Laghman, Takhar, Kunduz et Hérat.

Orge: L’orge est principalement cultivé dans les hautes terres des régions de Bamyan, Badakhshan et Ghor, Takhar et Kunduz. Le gros de la production est destiné à l’alimentation animale mais l’orge constitue aussi un aliment de base de la population de la province de Bamyan.

3.5 Autres cultures

Fruits et légumes: De nombreux agriculteurs des régions de Logar, Paktia, Paktita et Ghazni font face à de graves pertes dues aux divers ravageurs et agents pathogènes qui attaquent les cultures arborées tels que pommiers et abricotiers. Les infestations les plus courantes sont celles du carpocapse des pommes et des malacosomes. Il est arrivé que des négociants peu scrupuleux vendent des produits chimiques inefficaces ou trafiqués à des paysans de la province de Ghazni. En l’absence de contrôles gouvernementaux, ces agissements sont difficiles à contrer.

La production de légumes prend de plus en plus d’importance dans la province de Laghman et dans d’autres provinces plus proches du Pakistan et des marchés urbains de Kaboul et de Djalalabad. Les oignons et les concombres constituent les principales cultures horticoles. Il n’est pas rare que les agriculteurs louent la terre beaucoup plus cher pour ce type de production que pour la culture du blé. La culture du pavot a considérablement étendu son domaine en 1998, à cause de divers facteurs conjugués, notamment la disponibilité de crédit pour l’achat d’intrants tels que les engrais, qui avantage nettement cette culture par rapport au blé. Quelques cultivateurs de la province de Nangarhar ont signalé que les rendements de pavot étaient faibles en raison de l’humidité et de la fraîcheur excessives pendant la période végétative.

Pommes de terre: La pomme de terre est la principale culture dans les provinces de Bamyan, Wardak, Paktia, Logar, Ghazni, Hérat, Farah, Kaboul, Paktita, Nangarhar et Baghlan. C’est aussi une importante culture de rente dans la province de Bamyan. Le blocus dans la région de Hazarajat a empêché les ventes en dehors de la province, privant ainsi les agriculteurs d’une source de revenus qui leur permet habituellement de se procurer des céréales et divers biens nécessaires. Cette situation a entraîné l’effondrement des cours de la pomme de terre dans la province de Bamyan où, de surcroît, le froid intense a endommagé de nombreuses cultures. Ailleurs, les prix des pommes de terre ont été très bas après une très bonne récolte de 1997. Aucune technologie n’est utilisée pour conserver la production, qui dépend donc exclusivement des possibilités de commercialisation immédiate du produit frais. Dans les provinces de Laghman et de Kounar, des infestations de sauteriaux ont été signalées s’attaquant au système foliaire de la plante, ce qui influera négativement sur les rendements.

Légumineuses: Les haricots mongos sont une importante culture d’été dans de nombreuses provinces, notamment Kounar, Nangarhar et Laghman. Les pois chiches, les niébés, les pois et diverses variétés de haricots occupent aussi une place importante dans l’ensemble du pays.

3.6 Pâturages et élevage

La vente de bétail et de produits de l’élevage est la principale source de liquidités pour de nombreuses familles dans tout le pays. La commercialisation du bétail a été perturbée pendant quelques semaines dans la province de Kandahar vers la fin de 1997, à la suite d’une tentative du gouvernement pour exercer plus d’influence sur le marché, mais les modalités habituelles sont maintenant rétablies. On a déjà mentionné le blocus imposé à la province de Bamyan où le commerce de bestiaux n’a plus cours normalement.

L’Afghanistan souffre d’une pénurie structurelle d’aliments pour bétail. Les cultures fourragères de trèfle et de luzerne sont très répandues mais disputent aux cultures vivrières des terres exiguës, ce qui limite la production dans de nombreuses provinces. La paille de blé est le principal fourrage d’hiver, complété par diverses plantes sauvages. Cette année, en raison de la longueur exceptionnelle de l’hiver, les stocks de fourrages se sont épuisés et le bétail a gravement souffert de la faim. Quelques éleveurs ont signalé de multiples avortements mais d’après le personnel du projet FAO sur le bétail, ces avortements seraient causés plus par la malnutrition que par la brucellose. On a observé des colonies nombreuses de sauteriaux ravageant les champs de luzerne et de trèfle dans l’Est du pays, sans aucun recours aux insecticides pour les éliminer. Dans de nombreuses provinces, de bonnes récoltes de luzerne ont été moissonnées au moment où la mission était sur place.


4. SITUATION PAR RÉGION/PROVINCE


L’Afghanistan compte 30 provinces. Comme en 1997, la région a utilisé les mêmes divisions régionales que celles du Plan d’action du PNUD pour le redressement immédiat (APIR, octobre 1993) qui regroupe les 30 provinces en 8 régions, comme suit:

Région du nord-est: Cette région se compose de 4 provinces, à savoir Kunduz, Takhar, Badakhshan et Baghlan dans lesquelles vit 15 pour cent de la population du pays. La mission n’a pas pu visiter la région pour des raisons de sécurité.

Région du nord: Cette région comprend les provinces de Balkh, Samagan, Jaozjan et Faryab. Quinze pour cent de la population totale vit dans cette région que la mission n’a pas pu visiter pour des raisons de sécurité.

Région de l’ouest: Cette région couvre les 3 provinces de Hérat, Farah et Badghis. Sa population représente 9 pour cent de la population totale. La mission a visité cette région.

Région du centre-est: Cette région englobe deux provinces, celles de Ghor et de Bamyan. Cinq pour cent de la population totale vit dans cette région. La mission s’est rendue dans chacune d’elles.

Région du centre: Cette région couvre 5 provinces: Kaboul, Parwan, Kapisa, Wardak et Logar. Vingt pour cent de la population totale vit dans cette région.

Région de l’est: Cette région s’étend sur les trois provinces de Nangarhar, Laghman et Kounar dans lesquelles vivent 11 pour cent de la population totale.

Région du sud: Cette région se compose de quatre provinces: Paktia, Paktita, Ghazni et Khost. Sa population représente 10 pour cent de la population totale.

Région du sud-ouest: Cette région occupe le territoire des provinces de Kandahar, Helmand, Zaboul, Nimroz et Ourouzgan et compte 15 pour cent de la population totale.

Région du nord-est

Les provinces de Kunduz, Takhar et Baghlan sont de grandes régions productrices de blé, tandis que celle de Badakhshan compte peu de terres irriguées et produit essentiellement du blé en culture sèche. Le pavot est également une culture dont l’importance ne fait que croître au Badakhshan. A cause des problèmes de sécurité, seule cette dernière province a pu être visitée par la mission, mais une enquête auprès des exploitations a été menée dans les trois autres provinces de la région, par du personnel du PAM et de la FAO. D’après les résultats de l’enquête, la production de céréales a été satisfaisante en 1998, grâce aux pluies abondantes et bien réparties qui ont favorisé des rendements élevés de plus 2,5 tonnes par hectare sur certaines exploitations.

La mission a accordé une attention spéciale au Badakhshan. Les précipitations y ont été bien réparties et suffisantes pour la campagne du blé d’hiver pluvial qui est généralement semé en novembre/décembre et moissonné en juillet. L’érosion constitue un problème grave car la végétation naturelle a été arrachée pour couvrir les besoins en bois de feu et de construction, sans effectuer de reboisement. La faible infiltration des pluies dans le sol entraîne des inondations éclair qui sont à l’origine de graves problèmes d’érosion dans les champs et de dépôt de pierres, de limon et de gravier dans les fonds de vallée. En 1998, des pluies violentes ont provoqué quelques inondations en certains endroits qui ont dévasté les cultures et provoqué l’envasement des champs.

Des pommes de terre, des melons et des légumes sont également cultivés au Badakhshan. A cause des affrontements et des glissements de terrain qui coupent continuellement la principale voie d’approvisionnement des provinces de Takhar et Kunduz, le marché traditionnel des engrais a été perturbé pendant l’année, avec pour conséquence une majoration sensible des prix de l’urée. La route pour le Tadjikistan au nord est fermée à la plupart des échanges. Les plantations de blé ont été en grande partie infestées par les mauvaises herbes, d’une part parce que la main-d’oeuvre était en majorité employée au désherbage des champs de pavot, plus lucratifs, et d’autre part en raison de l’absence des hommes jeunes, engagés dans les opérations militaires.

La région a été touchée par deux tremblements de terre graves en 1998. Le premier, en février, a dévasté des villages entre 5 et 20 km à l’est et au sud de Rustaq dans la province de Takhar. L’infrastructure et quelques ouvrages d’irrigation ont été endommagés mais l’effet sur la production agricole a été relativement réduit, car il s’agit essentiellement d’une région de culture pluviale et que la catastrophe s’est produite avant les semis de printemps. Le second tremblement de terre a eu lieu le 30 mai 1998, juste après le départ de la mission. Son épicentre était à Shar-e-Buzurg dans le Badakhshan à quelque 30 km au nord-est de Rustaq et à une distance équivalente au nord-ouest de Faizabad. Mais ses effets ont été ressentis sur un périmètre plus vaste qu’en février et les secousses secondaires ont continué plusieurs jours après le séisme. Les victimes ont été très nombreuses de Rustaq à la périphérie de Faizabad et de nombreux villages ont été détruits dans cette zone très peuplée entre les deux agglomérations et vers la frontière du Tadjikistan au nord. Les services de secours internationaux sont immédiatement intervenus pour évacuer les victimes vers les hôpitaux disponibles dans la région et fournir des médicaments, des tentes et des couvertures. L’aide alimentaire a été livrée aux communautés sinistrées qui avaient perdu toutes leurs réserves de vivres.

Dans la province de Badakhshan, la pénurie alimentaire et les prix très élevés des céréales ont été aussi causés par le blockage de l’accès aux circuits commerciaux habituels, y compris vers le Tadjikistan au nord. Les glissements de terrain provoqués par la fonte rapide de la neige et les fortes pluies ont bloqué les routes traditionnelles d’approvisionnement vers Takhar et Kunduz à l’ouest. Les perspectives de la récolte de blé, essentiellement cultivée en sec, sont bonnes à la suite des pluies abondantes. En revanche, les infestations massives de plantes adventices sont un véritable problème pour le blé et la main-d’oeuvre est fortement attirée vers la culture du pavot qui est en pleine expansion et rapporte plus. L’application des pesticides pour protéger le blé baissera aussi sous l’effet d’une réduction des disponibilités due aux problèmes d’acheminement. Les surfaces emblavées augmenteront au Badakhshan et les rendements pourraient être légèrement supérieurs à la moyenne. Mais même si la production vivrière est satisfaisante à l’échelle régionale, des déficits continueront de se produire à moins d’une réouverture des circuits et des marchés dans les prochains mois.

Les répercussions du second tremblement de terre sur la production alimentaire de 1998 seront plus marquées qu’en février à cause de l’étendue de la zone intéressée et de l’époque à laquelle est survenue la catastrophe, qui a coïncidé avec le début de la période végétative. L’enquête sur le terrain menée par la mission a rassemblé des rapports optimistes sur les rendements attendus à Takhar et Badakhshan pour le blé irrigué, mais ces prévisions devront maintenant être révisées à la baisse. Les canaux d’irrigation et les "karezes" ont été endommagés et la production des cultures irriguées sera fortement touchée localement des deux côtés de la frontière entre le Takhar et le Badakhshan.

Les cultures sèche, de loin plus importantes, seront moins touchées et il subsistera d’excellentes récoltes de blé pluvial qui ont bénéficié des fortes pluies du printemps. Le problème pourrait être la pénurie de main-d’oeuvre pour le désherbage et la moisson dans les zones touchées, dont la population a été forcée à l’exode ou se consacre à la reconstruction des habitations.

Globalement, le rendement de la principale culture de blé pluvial dans la région du nord-est devrait passer de 0,6 tonne par hectare en 1997 à 0,7 tonne par hectare en 1998.

Région du Nord

Pour des raisons de sécurité, la mission n’a pas pu se rendre dans les provinces de Balkh, Samangan, Fayab et Jawzjan. Ces provinces sont de grandes productrices de blé pluvial, et possèdent aussi d’importantes cultures de blé irrigué. La province de Balkh est considérée comme étant juste autosuffisante du point de vue de la production alimentaire tandis que les autres provinces du nord produisent normalement un excédent qui est vendu à d’autres régions de l’Afghanistan, notamment Kaboul. La persistance de l’état d’insécurité dans cette partie du pays a perturbé les flux commerciaux normaux vers Kaboul et par conséquent, une part de sa production excédentaire devrait être acheminée vers le nord et exportée vers les pays de la CEI. Toutefois, aucune donnée officielle n’a pu être obtenue au sujet de ces exportations. A la suite de la fermeture du "pont de l’amitié" à la frontière avec l’Ouzbékistan, on a observé la montée en flèche des prix du gazole, ce qui augmentera certainement les coûts de transport et limitera l’utilisation des tracteurs dans les opérations agricoles.

Les conditions météorologiques se sont avérées très favorables à la récolte de blé non irrigué et les estimations concernant les superficies emblavées font état d’une expansion de 14 pour cent pour atteindre 250 000 hectares, avec des rendements estimés à 0,9 tonne par hectare, contre 0,7 tonnes par hectare pour la saison précédente. Toutefois, de violents orages ont été signalés le 7 avril dans les provinces excédentaires de Jawzjan et Samangan. L’on estime que 3 000 hectares de blé auraient été perdus. La production du blé irrigué est estimée à 420 000 tonnes, une baisse de 10 pour cent par rapport à 1997, principalement due à la diminution des rendements causée par la rouille jaune et les orages qui ont sévi localement.

Région de l’Ouest

C’est une région importante pour le blé, avec des cultures irriguées - concentrées aux abords des fleuves dans les provinces de Farah et de Hérat - qui couvrent 15 pour cent de la superficie totale consacrée à cette culture, et du blé pluvial, principalement dans la province de Badghis, représentant 24 pour cent des terres plantées en blé non irrigué. Comme dans presque tout le reste du pays, les chutes de neige ont été abondantes en hiver et la pluviométrie bien supérieure à la moyenne au printemps. Des inondations ont eu lieu dans la province de Farah en aval des montagnes de Gulistan, atteignant les cultures dans les districts de Bakwah, Balabalouk et Lash-e-Juwain où elles ont occasionné de grosses pertes. Les inondations dans la province de Hérat ont été plus dispersées, mais le 18 mai, un orage d’une grande violence a causé des dégâts considérables dans la province de Badghis, dans une zone comprise entre Qadis et Torghundi et plus loin vers l’ouest. Les premières estimations attribuent la perte de 24 000 hectares (soit 40 pour cent de la récolte) aux averses de grêle qui se sont abattues autour de Qalinow. Malgré ces fortes précipitations, l’effet net de la pluviosité supérieure à la normale enregistrée cette année a été bénéfique. Les cultures irriguées ont joui d’un apport hydrique abondant (sauf lorsque les ouvrages d’irrigation ont été endommagés par les orages), et les cultures sèches bénéficieront de l’augmentation des superficies et de rendements améliorés. Lors de sa visite, la mission a noté la situation exceptionnellement prometteuse du blé irrigué dans la province de Hérat, avec la présence accrue de variétés améliorées et une utilisation judicieuse des engrais (on trouve facilement du phosphate diammonique et de l’urée à Hérat City). Les agriculteurs étaient optimistes et l’enquête laisse prévoir une augmentation des rendements, due surtout à un meilleur approvisionnement en eau. La rouille jaune est moins virulente que dans l’est du pays. Toutefois, dans le district montagneux de Cheshti Sharif (à 160 km à l’est de Hérat), qui souffre d’un déficit vivrier, de graves problèmes dus à la rouille et au charbon ont été signalés lors de l’enquête et les rendements ont baissé. Les terres réservées aux cultures pluviales se situaient aussi bien au-dessus de la moyenne, surtout dans la province de Badghis. Les plantations de cumin blanc se sont étendues mais la superficie totale des cultures sèches s’est tellement agrandie, que même les terres consacrées au blé ont augmenté. Il existe encore des risques d’invasions de souné dans les cultures de blé pluvial et les plantes adventices sont particulièrement diffuses cette année, mais l’incidence de maladies s’attaquant aux cultures est négligeable. Les cultivateurs de blé pluvial prévoient des taux de multiplication de 10 à 20 fois - beaucoup plus élevés qu’à l’ordinaire. Les prix des céréales sur les principaux marchés de l’ouest du pays (Hérat et Farah) reflètent les prix à l’importation, plus les coûts de transport jusqu’à des points de livraison tels que Qalinow et Obey. Mais les prix du blé commencent à se stabiliser à la baisse en prévision d’une bonne récolte à partir de fin mai.

Pour la région de l’ouest dans son ensemble, la mission a prévu une augmentation des surfaces consacrées au blé (surtout pluvial) et des rendements plus élevés que l’année dernière, surtout pour la culture sèche du blé. Ces perspectives généralement favorables ne devraient pas faire oublier les graves effets localisés des inondations et des orages dans les régions qui en ont souffert cette année (Farah du sud-ouest, Hérat septentrional et Badghis occidental).

Région du Centre-Est

Les provinces de Ghor et de Bamyan sont situées dans les hautes terres de l’Hindou Kouch, où les cultures sont pratiquées jusqu’à 4 500 m au dessus du niveau de la mer. Du fait de la rareté des chutes de neige en 1996/97, la récolte de blé d’hiver précédente avait été très médiocre. Cette année, la culture du blé est nettement plus favorisée par des précipitations neigeuses supérieures à la normale. Les experts locaux estiment que près de la moitié de la récolte de blé est généralement semée en septembre/octobre, dont 30 pour cent représentent du blé irrigué planté au printemps, et les 20 pour cent restants du blé pluvial de printemps. L’hiver prolongé de 1997/98 a toutefois retardé les travaux de préparation de la terre pour les semis du blé de printemps, pluvial et irrigué. Quelques cultivateurs avaient été contraints de consommer le blé mis en réserve pour les semis de la campagne suivante.

La mission a examiné de près la situation dans la province de Bamyan. Depuis plus d’un an, cette province fait l’objet de blocus qui touchent ses communications avec le nord et le sud et perturbent gravement l’économie locale. Cette zone déficitaire est tributaire de ses importations de céréales achetées en échange de bétail, de pommes de terre et de produits d’artisanat. Ce commerce est rendu pratiquement impossible, avec pour conséquence une pénurie alimentaire, des prix tellement élevés pour les céréales que la plupart des gens ne peuvent se les permettre, et des excédents de pommes de terre et de bétail. L’on signale que les agriculteurs qui n’ont pas réussi à vendre leurs pommes de terre et leur bétail les ont échangés à moins de la moitié de leur valeur normale. Comparé à la farine, les prix du bétail ont chuté beaucoup plus bas. La plupart des familles n’ayant que quelques têtes de bétail, cette situation est ruineuse, particulièrement dans les districts de Panjau et Waras. Dans ces derniers, de fortes inondations ont eu lieu en mai. On estime qu’elles ont provoqué des dégâts sur 500 hectares à Panjau, et endommagé aussi un grand nombre de rigoles d’adduction et d’autres ouvrages. C’est une catastrophe grave pour les propriétaires et les métayers concernés. En outre, la récolte actuelle souffrira d’une diminution - estimée à 60 pour cent - de l’utilisation d’engrais car les agriculteurs n’ont pas pu acheter les quantités voulues, par manque de liquidité et les prix exorbitants des engrais de contrebande. Les perspectives pour 1998/99 sont donc défavorables pour la province de Bamyan dans son ensemble. En outre, quelques-unes des vallées de montagne ont souffert d’inondations et de glissements de terrain au printemps.

Pour l’ensemble de la région du centre-est, les précipitations plus abondantes que la moyenne ont favorisé la culture du blé pluvial et les rendements devraient passer de 0,5 tonne par hectare en 1997 à 0,7 tonne par hectare cette année. Les rendements du blé irrigué devraient aussi augmenter grâce aux abondantes chutes de neige qui ont protégé les cultures du froid et entretenu l’humidité nécessaire à la croissance au printemps.

Région centrale

Cette région comprend les cinq provinces entourant la ville de Kaboul. Les exploitations sont typiquement petites et modernes bien que les systèmes d’irrigation soient encore très endommagés depuis les affrontements qui ont eu lieu pour s’emparer de la capitale. La plupart des cultures sont irriguées, au moyen de "karezes", de canaux ouverts, de rivières et de sources. L’eau est détournée de ses cours naturels et distribuée dans les champs à travers un réseau complexe de canaux et de ponceaux. La province de Kaboul produit près de la moitié du blé de la région. Elle est drainée par le fleuve Kaboul qui dépasse largement son niveau habituel cette année, en raison d’abondantes chutes de neige cet hiver et du printemps très humide. Les disponibilités en eau sont plus que suffisantes; les ouvrages d’irrigation ont subi quelques dégâts et des averses de grêle ainsi que des orages ont frappé localement. Dans les provinces de Wardak, Logar et Kaboul, les plantes adventices prolifèrent, laissant prévoir une baisse des rendements. La rouille jaune est aussi très présente cette année et touche la production de blé au sud de Kaboul et dans la province de Logar. Parwan et Kapisa se trouvent dans la zone du conflit et les semis sont réduits à cause de l’émigration d’une partie de la population rurale. Les agriculteurs se détournent du blé pour cultiver des pommes de terre et des oignons, plus rentables.

En revanche, l’utilisation de variétés améliorées s’est encore accrue. Cent tonnes de semences améliorées de blé ont été distribuées à Kaboul et, dans les provinces de Wardak et de Logar, 50 tonnes de semences de blé respectivement. La consommation d’engrais semble s’être maintenue malgré l’augmentation des prix. Le rapport entre le prix de l’engrais et le prix du blé est actuellement favorable (un kg de blé coûte 33 pour cent de plus que l’urée) et les agriculteurs ont poursuivi les applications d’engrais tant qu’ils ont disposé de quoi en acheter. Les cultures de blé sont apparues vigoureuses, sauf dans les cas d’infestation de rouille, et les cultivateurs sont généralement optimistes. Toutefois, la mission s’attend à une baisse des rendements comparé à l’année passée, surtout à cause de la rouille, de la présence massive de mauvaises herbes et des dégâts provoqués par les orages. La superficie n’ayant pas augmenté depuis l’année dernière, la production de blé devrait baisser de 15 pour cent, passant à 135 000 tonnes pour l’ensemble de la région. Le gros de cette production est consommé par les cultivateurs eux-mêmes et dans les zones rurales. L’agglomération de Kaboul dépend donc exclusivement de la farine et du riz, importés du Pakistan à travers la province de Torkham, pour lesquels les marchés restent fermes.

Région de l’Est

La moisson était pratiquement achevée dans les trois provinces orientales de Nangarhar, Kounar et Laghman lorsque la mission s’est rendue dans la région. Dans la province de Laghman, la surface plantée en blé irrigué est estimée avoir augmenté de 5 pour cent après la réinstallation sur leurs terres, avec l’aide du HCR, des agriculteurs qui s’étaient réfugiés au Pakistan. Les rendements régionaux moyens sont estimés à 1,7 tonne par hectare, contre 1,9 tonnes par hectare l’année dernière. La production de blé irrigué est estimée à 128 000 tonnes, soit une diminution d’un peu plus de 5 pour cent par rapport à l’an passé. Cette baisse est due à la présence généralisée de la rouille jaune qui a réduit le rendement potentiel des variétés locales de 20 à 30 pour cent. La prolifération de ce champignon a été favorisée par le temps humide et frais qui a prévalu pendant la période végétative. La rouille a été largement présente aussi dans les provinces de Chouan et Nangarhar, réduisant les rendements, la taille et la qualité des graines. Des attaques de charbon ont été observées sur les variétés locales de blé dont les semences ne reçoivent généralement pas de traitement avant l’emploi. Un bon approvisionnement hydrique, l’utilisation généralisée d’engrais et de semences améliorées a eu un effet positif sur la récolte. La production de blé pluvial, une culture mineure dans cette région, devrait atteindre 9 000 tonnes, légèrement plus que l’année précédente. Dans la province de Nangarhar, la production de pavot a augmenté considérablement en 1998, principalement au détriment des superficies sous blé.

Les perspectives concernant les récoltes estivales de maïs, de haricots mongos et de coton dans les trois provinces de la région de l’est sont favorables ; les bonnes disponibilités en eau sont dues aux accumulations de neige supérieures à la moyenne dans les montagnes surplombant les champs et au niveau élevé des fleuves et autres cours d’eau dans les provinces de Laghman et Kounar.

La région du Sud

Les principaux facteurs qui ont influé négativement sur la récolte de blé irrigué dans les provinces de Ghazni, Paktia et Paktita ont été les fortes infestations de mauvaises herbes et de plantes adventices à feuille large, la destruction par le froid, et les attaques généralisées de la rouille jaune sur les variétés locales. Les facteurs positifs ont été notamment l’abondance de l’eau grâce aux fortes chutes de neige, la bonne répartition des pluies et un meilleur accès aux semences améliorées et aux engrais.

L’hiver 1997/98 a été considéré comme l’un des plus rudes que la région ait connu dans les 40 dernières années. Dans la province de Ghazni, la neige a atteint 187 cm et les températures sont tombées à -22°C en janvier avec les températures minimales de -19°C et -13°C en février et mars respectivement. Ces températures ont décimé quelques cultures de blé d’hiver et la persistance du froid a retardé les semis du blé de printemps d’environ deux semaines, jusqu’à la première semaine d’avril. Les précipitations dans la province de Ghazni ont été très supérieures à la moyenne avec 180 mm pour la période allant d’octobre au 20 mai. L’on a signalé des dégâts importants causés par la grêle aux cultures de blé irrigué dans le district de Khost, mais la mission ne s’y est pas rendue. Dans presque toute la région, on ne produit qu’une seule récolte annuelle, en raison de la brièveté de la saison culturale. Dans l’ensemble, la production de blé devrait se situer au même niveau que l’année passée.

Région du Sud-Ouest

Grâce aux fortes chutes de neige pendant tout l’hiver et aux précipitations supérieures à la moyenne, les provinces arides de Nimroz, Helmand, Kandhar et Ourouzgan sont amplement approvisionnées en eau d’irrigation. Les inondations ont causé quelques dégâts aux infrastructures d’irrigation et aux cultures pendant la période de développement végétatif dans toutes les provinces de la région. Le niveau élevé des eaux des trois principaux fleuves (Helmand, Arghandab et Tarnak) a provoqué des dégâts aux prises d’eau d’irrigation et causé l’envasement de certains champs. Cependant, l’amélioration des disponibilités hydriques a avantagé les cultivateurs dans des zones qui normalement, dans cette région à 90 pour cent désertique, sont sujettes aux pénuries d’eau.

La production de blé irrigué devrait se chiffrer à 459 000 tonnes, légèrement mieux par rapport à la production de l’année dernière qui se situait à 457 000 tonnes. Les rendements devrait baisser d’environ 5 pour cent, à 1,7 tonne par hectare. On prévoit une augmentation de 12,5 pour cent de la production de blé pluvial qui devrait passer à 81 000 tonnes sous l’effet d’une augmentation du rendement à 0,9 tonne par hectare.

Les agriculteurs sont de plus en plus conscients des avantages présentés par les semences améliorées en termes de rendements et de qualité. Cependant, en raison du retrait temporaire des Nations Unies des provinces méridionales de Kandhar, Helmand et Nimroz, les cultures de semences de blé, qui sont généralement suivies régulièrement par le personnel national de la FAO, ne peut faire l’objet d’une surveillance adéquate et les semences issues des nouvelles récoltes ne peuvent recevoir officiellement le label de qualité pour la campagne 1998/99. Les producteurs de semences sont également privés du surcroît de rémunération obtenu dans le cadre du programme FAO/PAM/PNUD "Vivres - semences" qui prévoit l’échange de chaque unité de semence de blé avec 1,25 unité de blé à consommer. Cette situation sera bientôt résolue et l’on espère que jusqu’à 1 500 tonnes de semences pourront être récupérées pour la vente aux agriculteurs lors de la prochaine campagne. La culture du pavot a continué son expansion, remplaçant le blé sur certaines terres irriguées.


5. SITUATION DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES POUR 1998/99



5.1 Bilan de l’offre et de la demande de céréales pour 1997/98

Les prévisions de la mission concernant le bilan de l’offre et de la demande de céréales et les besoins respectifs d’importation pour 1998/99 sont récapitulés au Tableau 2. Les besoins alimentaires sont fondés sur une estimation de la population, à la moitié de la campagne de commercialisation 1998/99 (décembre 1998), de 20,5 millions d’habitants, en prenant un taux de croissance démographique annuel de 3,4 pour cent à partir du chiffre de 19,5 millions d’habitants établi en juillet 1997 et validé par les Nations Unies. La consommation céréalière par habitant en 1998/99 est estimée à 160 kg, soit un chiffre équivalent à celui de l’année dernière, qui suppose des importations proches du niveau actuel. Dans la pratique, le chiffre élevé de 160 kg de céréales par personne est considéré comme réaliste étant donné la forte consommation de pain et de riz

Les quantités de céréales destinées à l’alimentation animale sont faibles en Afghanistan et constituent l’essentiel de la production d’orge et plus de la moitié de celle de maïs (toutes deux sont des céréales mineures). Le cheptel est encore en reconstitution et la quantité de céréales fourragères utilisée reste inférieure aux niveaux de consommation des années 70. Les besoins en semences ont été estimés à partir des surfaces ensemencées, en tenant compte des forts taux d’ensemencement généralement pratiqués par les agriculteurs en Afghanistan. Les pertes après récolte de céréales sont évaluées à 10 pour cent pour le blé, le maïs et l’orge et à 7 pour cent pour le riz, plus prisé.

Tableau 2 - Afghanistan - Bilan céréalier 1998/99: prévisions de juillet à juin (milliers de tonnes)


Blé Riz (usiné) Maïs Orge Total
Disponibilités nationales 3 014 310 330 240 3 894
Stocks d’ouverture 180 10 0 0 190
Production 2 834 300 330 240 3 704
Utilisation totale 3 694 370 330 240 4 634
Consommation alimentaire 2 750 280 100 10 3 140
Alimentation animale 0 0 190 190 380
Semences et pertes 560 40 40 40 680
Exportations 160 10 0 0 170
Stocks de clôture 224 40 0 0 264
Besoins d’importations 680 60 0 0 740
Importations commerciales 540 60 0 0 600
Aide alimentaire 140 0 0 0 140

 

Une estimation provisoire de 170 000 tonnes d’exportations céréalières a été intégrée à la demande nationale. Il s’agit d’une estimation préliminaire de la mission concernant les exportations du nord et du nord-est, compte tenu d’une production excédentaire qui ne peut être écoulée dans les régions fortement peuplées du Centre et de l’est du pays. Elle suppose le maintien de la situation militaire actuelle, et notamment des lignes de front qui bloquent les échanges Nord-Sud. Les céréales exportées vers les provinces septentrionales devraient se vendre relativement bon marché dans les zones à déficit céréalier du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan. En prévoyant une certaine reconstitution des stocks, les besoins totaux d’importation, y compris l’aide alimentaire, se chiffrent à 740 000 tonnes, soit 16 pour cent environ de l’utilisation totale et 4 pour cent de plus que l’année dernière.

Les importations du Pakistan assurées par des négociants privés se déroulent actuellement normalement pour la farine de blé, le riz et le blé, malgré l’interdiction d’exporter décrétée par le Pakistan. Les importations en provenance de la République islamique d’Iran sont également considérables, tandis qu’un certain tonnage de blé des pays de la CEI arrive occasionnellement à Hérat, mais sans régularité. Au total, les importations céréalières du secteur atteignent en moyenne quelque 500 000 à 600 000 tonnes par an. En conséquence, à moins que les arrangements commerciaux ne soient modifiés, le secteur privé semble avoir la capacité d’importer commercialement 600 000 tonnes.

5.2 Besoins d’aide alimentaire d’urgence

Les besoins en aide alimentaire pour 1998/99

La plus grande partie du blé consommé dans les villes d’Afghanistan est importée à travers les circuits commerciaux. Cependant, un important segment de la population urbaine reste tributaire de l’aide alimentaire pour compléter la ration alimentaire. Cela s’applique en particulier à des groupes tels que les foyers dirigés par des femmes et aux personnes déplacées à l’intérieur des frontières parmi les personnes vulnérables dont les revenus ne suffisent pas pour payer le blé ou le pain au prix du marché, qui est élevé. Pendant l’année écoulée, le PAM a mis en place des projets de boulangerie de grande envergure dans les principales agglomérations urbaines de l’Afghanistan surtout pendant les mois d’hiver. Des distributions d’urgence aux rapatriés, aux personnes déplacées, aux victimes de catastrophes naturelles ainsi que des programmes d’alimentation institutionnelle seront nécessaires pendant l’année à venir.

Les besoins totaux d’aide alimentaire ont été estimés à 140 000 tonnes pour 1998. Sur cette quantité, plus de 105 000 tonnes seront fournies par le PAM, et le reste proviendra de sources diverses. Dans le cadre de l’aide du PAM, 69 000 tonnes seront utilisée à des fins d’urgence et 36 000 tonnes iront à des projets de réhabilitation:

 

Stratégie Affectation (tonnes)
Boulangeries 47 225
Personnes déplacées 5 925
Réinsertion des rapatriés 7 200
Urgences 15 548
Alimentation institutionnelle 4 637*
Vivres contre formation 4 425
Vivres contre semences 2 715
Vivres contre travail 17 700
Total 105 375

* y compris 1 304 tonnes de denrées alimentaires assorties

Le PAM a repéré deux régions où la situation est préoccupante pour 1998: le Hazarajat et la province de Badakhshan. Au Hazarjat, plusieurs facteurs conjugués ont eu une incidence négative, notamment le blocus imposé par les Talibans dans le Sud et des problèmes croissants d’insécurité et de difficultés d’accès au nord. A cause du blocus, à l’exception de quelques opérations de contrebande, aucune marchandise ne pénètre dans la région, de même qu’aucun bien n’est exporté de la région vers les marchés traditionnels situés dans les villes de Ghazni et Kaboul. Les deux principaux itinéraires à travers les montagnes depuis la ville septentrionale de Mazar-e-Sharif jusqu’aux hauts-plateaux du centre sont également coupés du fait du conflit ininterrompu dans cette zone. Ce blocus, conjugué aux chutes de rendement en 1997 causée par l’enneigement tout au début de la campagne agricole a entraîné une grave pénurie alimentaire dans cette région déjà atteinte de déficit vivrier chronique. Les estimations du PAM concernant la population à risque de la famine se situent autour de 167 000 personnes, correspondant à un besoin de quelques 7 500 tonnes de vivres pour venir en aide aux plus nécessiteux.

La province de Badakhshan, au nord-est du pays, traditionnellement déficitaire en aliments, se fournissait en céréales auprès des régions avoisinantes de Kunduz et Takhar. A la mi-1997, les Talibans se sont emparés de Kunduz. D’après les rapports, de petites quantités de blé et de riz arrivent encore au Badakhshan depuis Kunduz et Takhar mais cette voie d’approvisionnement est extrêmement peu sûre en été et bloquée pendant la longue période hivernale. Cela non seulement rend aléatoire l’approvisionnement alimentaire des habitants de Badakhshan, mais aussi empêche l’exode saisonnier traditionnel des hommes du Badakhshan vers ces deux provinces où ils participent à la moisson pour gagner de quoi acheter des denrées alimentaires d’appoint pour leur famille.

En général, les bénéficiaires de l’aide alimentaire du PAM (plus d’un million de personnes) sont les groupes les plus vulnérables des zones rurales et urbaines en Afghanistan. Les opérations de secours du PAM ont pour cible:

D’autres part, les activités de réhabilitation passent essentiellement par des projets:

Logistique de l’aide alimentaire

L’Afghanistan étant un pays enclavé en proie aux troubles civils, la livraison de l’aide alimentaire est une entreprise complexe. D’une part, il peut s’écouler plusieurs mois entre une promesse d’engagement et la livraison effective de l’aide alimentaire. En outre, les effets conjugués de la guerre, du sous-développement, de la topographie et du climat, accentuent le problème des mauvaises infrastructures, des difficultés d’accès par voie terrestre à partir du sud ou des coûts élevés des transports vers les destinations septentrionales, telles que Mazar-e-Sharif et Badakhshan. De plus, les distances séparant les ports des points de livraison sont grandes et certaines parties du nord et du centre-nord de l’Afghanistan, notamment les provinces de Badakhshan et Bamyan, ne sont pas accessibles par route durant l’hiver. Enfin, l’insécurité et les blocus intermittents peuvent aussi interrompre les filières d’approvisionnement, comme cela s’est produit dans le Hazarajat pendant une année entière (1997-1998).

Pour ses livraisons d’aide alimentaire en Afghanistan, le PAM emprunte aussi bien la voie méridionale que la voie septentrionale. Les deux-tiers de l’aide alimentaire sont acheminés par le sud via Port Qasim à Karachi au Pakistan; ils sont ensuite transportés par voie terrestre vers Peshawar ou Quetta. Cet itinéraire par le sud approvisionne ensuite les régions de Djalalabad (à l’est), Kaboul (au centre), Kandahar (au sud-ouest), et parfois Hérat (à l’Ouest) en utilisant des convois des Nations Unies ou commerciaux. (voir ci-dessous le Tableau 3 sur la logistique de l’aide alimentaire)

Tableau 3: Logistique de l’aide alimentaire

Port d’expédition Itinéraire Régions/zones de destination finale
Karachi Peshawar, Kaboul Peshwar, Djalalabad Quetta, Kandahar Quetta, Kandahar Région du Centre Région de l’Est et du Sud Région du Sud-Ouest Région de l’Ouest et province de Ghor
Ports de la Baltique Haraiton, Mazar-e-Sharif, Yakawlang Osh, Ishkashem, Faizabad Torghundi Région du Nord et Hazarajat Province de Badakhshan Région de l’Ouest et province de Ghor

 

Sur l’itinéraire septentrional, les navires parviennent jusqu’aux ports de Riga, Tallin et Ventspils, d’où une partie de la cargaison est transportée par chemin de fer sur plus de 4 500 kilomètres à travers l’ancienne URSS vers trois destinations. Une partie est acheminée jusqu’à Koushka au Turkménistan et est ensuite envoyée à Torghundi dans la province de Hérat (région orientale plus province de Ghor). Une autre partie de la filière septentrionale aboutit à Termez en Ouzbékistan d’où l’acheminement se fait à travers la frontière jusqu’à Hairatan pour desservir le Nord de l’Afghanistan, notamment Mazar-e-Sharif, Jawzjan (région du Nord et en partie du Nord-Est), Bamyan (Centre-Est), etc. Enfin le troisième segment de la filière du nord passe par Osh, au Kirghizistan pour approvisionner Faizabad dans un endroit reculé de la province de Badakhshan.

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser, pour un complément d'information à:.

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Mél:GIEWS1@FAO.ORG

J. Cheng-Hopkins
Directeur régional, PAM
Télex: 626675 WFP 1
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