SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 
 

RAPPORT SPECIAL

MISSION FAO/PAM D’EVALUATION DES RECOLTES ET DES DISPONIBILITES ALIMENTAIRES EN TANZANIE

3 août 1998

 

POINTS SAILLANTS

  • En dépit des dégâts causés aux cultures par des précipitations excessives, les pluies liées au phénomène El Niño ont été favorables dans l’ensemble pour la campagne principale de 1998, dont le résultat devrait être généralement bon.

  • La production vivrière totale en 1998 devrait être supérieure d’environ 32 pour cent au volume réduit de l’an dernier et de 13 pour cent à la moyenne des cinq dernières années.

  • Pour la campagne de commercialisation 1998/99, les disponibilités vivrières totales devraient être supérieures aux besoins pour la plupart des cultures vivrières, à l’exception du sorgho/mil et du blé.

  • Les excédents exportables de riz devraient augmenter à la suite d’une récolte exceptionnelle, ainsi que ceux du maïs, dans une moindre mesure.

  • Malgré un accroissement global de la production vivrière, une grande partie du centre de la Tanzanie et certaines zones des régions septentrionales et côtières devraient être victimes de considérables déficits alimentaires.

  • Quelques 300 000 personnes auront besoin d’une aide alimentaire. Des interventions ciblées, y compris l’utilisation par le PAM de stocks d’aide alimentaire non alloués, sont recommandées. Aucune aide alimentaire extérieure ne devrait être nécessaire.


1. VUE D’ENSEMBLE


Après la sécheresse et les pénuries alimentaires qui avaient frappé de nombreuses régions en 1996/97, la Tanzanie a connu des précipitations exceptionnellement abondantes en 1997/98, à partir d’octobre, attribuées au phénomène climatique El Niño. Des inondations généralisées ont dévasté l’agriculture dans de nombreuses parties du pays et causé des dégâts considérables aux routes, aux ponts et aux chemins de fer, interrompant le réseau de transports. Dans ce contexte, le Gouvernement a demandé en janvier 1998 qu’une mission FAO/PAM évalue le résultat de la récolte de la campagne secondaire (Vuli) 1997/1998 et fasse une première estimation des perspectives de la campagne principale de 1998 (récoltes Masika et celles des «pluies saisonnières»), qui représente plus de 80 pour cent de la production vivrière annuelle. La dernière mission a été envoyée sur le terrain du 25 juin au 16 juillet 1998 afin d’examiner les résultats de la récolte de la campagne principale de 1998 et estimer les besoins d’importations céréalières pour la campagne de commercialisation 1998/99 (juin/mai). La mission a également estimé les besoins d’aide alimentaire pour les 12 prochains mois, des personnes touchées par de très mauvaises récoltes ou fortement réduites.

Organisée en cinq équipes de terrain, la mission a évalué les perspectives de récolte de la campagne principale dans les 20 régions de la Tanzanie [ L’évaluation de la mission s’est limitée à la Tanzanie continentale, sans compter Zanzibar. Sauf indication contraire, les données concernent uniquement le territoire continental.] . Elle a examiné la situation des cultures avec les responsables au niveau des régions, des districts et des villages, avec les agriculteurs et leurs associations, avec les négociants du secteur privé et les ONG locales; a effectué ses propres inspections sur le terrain et ses enquêtes sur les marchés locaux. En outre, elle s’est concertée avec tous les départements compétents du Gouvernement central, a interviewé les principales sociétés de négoce alimentaire et agricole, et s’est entretenue avec la communauté internationale de coopération au développement.

Les pluies abondantes tombées cette année ont encouragé les agriculteurs à accroître les superficies totales ensemencées en cultures vivrières de 15 pour cent par rapport à l’an dernier (5,31 millions d’hectares), en particulier pour les racines et tubercules, le maïs et le blé. En revanche, les superficies ensemencées en mil et sorgho ont diminué de 29 pour cent, les conditions de pluviosité n’étant pas très favorables à ces cultures. La production vivrière totale devrait augmenter de 32 pour cent, passant à 7,99 millions de tonnes en équivalent céréales, avec des augmentations sensibles prévues pour les céréales, les bananes, les racines et les tubercules. Dans le groupe des céréales, toutefois, la production de mil et de sorgho devrait baisser de 32 pour cent, tandis que celles de maïs et de riz devraient augmenter respectivement de 54 et de 84 pour cent. Ces prévisions indiquent non seulement un fort redressement par rapport aux résultats médiocres de l’an dernier dus à la sécheresse, mais aussi une progression d’environ 13 pour cent par rapport à la moyenne des cinq années 1993-97.

En estimant le bilan national de l’offre et de la demande alimentaires pour la campagne de commercialisation 1998/99, la mission prévoit que les approvisionnements intérieurs seront supérieurs aux besoins pour toutes les cultures vivrières, à l’exception du mil/sorgho et du blé. On s’attend à des excédents importants pour les racines, les tubercules et les bananes. Les exportations de riz devraient être de l’ordre de 100 000 tonnes et celles de maïs de 70 000 tonnes, ces dernières principalement sous la forme d’exportations déjà autorisées ainsi que d’échanges transfrontaliers informels entre la Tanzanie et ses huit voisins. Avec une réduction de 40 pour cent de la récolte de maïs en Zambie cette année, des quantités importantes de maïs devraient être acheminées des régions méridionales de la Tanzanie vers les provinces voisines zambiennes qui offrent des prix attrayants. Une part considérable de la récolte exceptionnelle de riz de la Tanzanie sera destinée à l’Ouganda. La tendance aux exportations nettes transfrontalières informelles vers le Kenya devrait se poursuivre cette année.

Le déficit de sorgho/mil devrait être partiellement couvert par des cultures non céréalières. Une substitution totale n’est pas possible car environ la moitié du sorgho/mil est consommée sous forme de bière. Dans l’ensemble, toutefois, compte tenu d'importantes disponibilités, la consommation accrue d’autres aliments permettra à l’essentiel de la population de maintenir des niveaux normaux de consommation vivrière totale.

Tous les Tanzaniens ne profiteront vraisemblablement pas des résultats supérieurs à la moyenne de cette campagne. Une grande partie de la Tanzanie centrale et certaines parties des régions du Nord et de la Côte connaissent des déficits vivriers considérables - les déficits chroniques étant aggravés par les mauvais résultats du sorgho et du mil de cette année. Le Gouvernement, en coopération avec le PAM et ses ONG servant d’agents d’exécution, est en train d’identifier les villages à déficit vivrier et les ménages vulnérables. Jusqu’à présent, un total de 319 villages ont été recensés pour les seules régions de Dodoma et Tabora, ainsi que quelques 38 000 ménages à déficit alimentaire à Singida. Ces efforts se poursuivront, sous réserve d’un soutien financier supplémentaire, dans le but de cibler les personnes ayant besoin d’une aide alimentaire et de définir le calendrier et le volume de cette aide. D’après une estimation préliminaire, les personnes nécessitant une aide alimentaire seraient au nombre de 300 -350 000. La mission recommande de couvrir les besoins d’aide alimentaire par des achats intérieurs de vivres disponibles.


2. L’ALIMENTATION ET L’AGRICULTURE DANS UN CONTEXTE MACRO-ECONOMIQUE

[ Cette section s’inspire, entre autres, de: Bank of Tanzania - Bulletin économique trimestriel (au 31 décembre 1997), Vol. XXVII, No.4; Bank of Tanzania - Monthly Economic Review, juin 1998; République unie de Tanzanie - Note d’information, Sommet mondial de l’alimentation , 13-17 novembre 1996-PNUD- Rapport sur le développement humain 1997; The Economist Intelligence Unit (EIU) - Profil par pays: Tanzanie 1997; EIU - Tanzania, Rapport Fourth-Quarter Report 1997 ]

Située sur la côte orientale de l’Afrique, la Tanzanie couvre une superficie de 827 000 km2. Avec une population estimée à 32 millions de personnes in 1998 [ Toute l’Union, c’est-à-dire la Tanzanie continentale et Zanzibar; estimations officielles par le Bureau central de statistiques, qui est la source officielle du Government pour les statistiques démographiques. ] , la Tanzanie est parmi les pays d’Afrique subsaharienne les plus peuplés - et les plus pauvres, avec un PIB par habitant de 168 dollars E.-U. en 1997 (aux prix constants de 1992). L’espérance de vie à la naissance est de 50,3 (1994), le taux de mortalité infantile s’élève à 96 pour 1000 naissances, quelques 30 pour cent de tous les enfants de moins de cinq ans sont sous-alimentés (insuffisance pondérale) et moins d’un quart de la population rurale a accès aux services de santé. Le rapport sur le développement humain de 1997 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) classe la Tanzanie au 149ème rang sur 175 pays.

La Tanzanie est depuis plus de dix ans en proie à une difficile transition, pour transformer son économie d’un modèle de développement planifié, en vigueur durant les vingt années qui ont suivi l’indépendance, en une économie orientée sur le marché. Depuis 1986, lorsque le Gouvernement a passé un accord avec le FMI pour obtenir un soutien à son Programme de redressement économique (PRE), le pays s'est engagé dans un processus d’ajustement structurel plus ou moins continu. Dans ce contexte, la commercialisation agricole et le régime global du commerce du pays ont été libéralisés, le contrôle des échanges a été supprimé, des mesures compétitives d’incitation aux investissements ont été instituées - tout ceci dans le cadre d’une politique d’austérité fiscale.

La Tanzanie est sur la voie d’une croissance économique modérée mais soutenue. Entre 1987 et 1997, le PIB a progressé à un taux annuel moyen de 3,5 pour cent (aux prix constants de 1992), soit légèrement plus que le taux d’accroissement démographique estimé à 2,8 pour cent. Après des taux de croissance inférieurs à la moyenne en 1992-1994, on a assisté à une reprise en 1995 et les taux ont atteint respectivement 4,2 et 4,0 pour cent en 1996 et en 1997 respectivement (Tableau 1). Toutefois, ces niveaux sont encore inférieurs à l’objectif du Gouvernement de 5 pour cent pour 1997/98. Le PIB devrait augmenter de 4,0 et 5,5 pour cent en 1998 et en 1999. L’inflation a atteint son record minimum depuis 17 ans, avec une inflation globale de 12,6 pour cent en mai 1998, contre l’objectif du Gouvernement de 5 pour cent en juin 1998. Les niveaux de la dette extérieure se sont situés entre 7,5 et 8,5 milliards de dollars E.-U. durant la période 1992-1997, s’élevant à 7,9 milliards de dollars E.-U. en 1997. Le ratio du service de la dette est passé de 31,4 pour cent en 1992 à 16,0 pour cent en 1996.

Tableau 1: L’agriculture dans l’économie de la Tanzanie - Indicateurs clés


1992 1993 1994 1995 1996 1997
PIB par habitant (prix constants 1992), $E.-U. 171 167 164 166 168 168
Taux de croissance annuel du PIB total, % 1.8 0.4 1.4 3.6 4.2 4.0
Dette, milliards $ E.-U. 7.5 8.0 8.4 7.8 8.0 7.9
Ratio du service de la dette, % des exportations de biens/services 31.4 21.9 16.5 17.3 16.0 N.A.
Réserves étrangères, millions $ E.-U. 327.3 203.3 332.1 270.2 440.1 N.A.
PIB agricole en % du PIB total 54.8 54.8 54.8 56.8 55.7 52.3
Taux réel de croissance du PIB agr., % 4.3 8.9 2.0 7.0 5.4 3.1
Exportations agr., taux annuel de croissance (valeur) 16.7 9.0 31.4 13.9 16.6 -19.4
Exportations agr. en % des exportations totales 58.7 58.3 64.9 56.1 58.7 50.1

 

Structurellement, l’économie continue à être fortement tributaire de l’agriculture, dont la contribution au PIB total n’a guère changé au cours des 12 dernières années: elle était estimée à 58 pour cent en 1986 et tournait autour de 55 pour cent dans les années 1990 (Tableau 1). Durant les six dernières années, la croissance du PIB agricole oscillait entre 2 et 9 pour cent. L’agriculture emploie les quatre-cinquièmes de la main d’oeuvre et représente en moyenne 58 pour cent des recettes d’exportation. Les exportations agricoles ont progressé entre 9 et 31 pour cent durant la période 1992-96, mais ont chuté de 19 pour cent durant l’année 1997, victime de la sécheresse. Les principales sources de recettes à l’exportation sont le café, le tabac, le coton et le thé. La production agricole est dominée par les petits exploitants qui assurent l’essentiel de la production vivrière, ainsi que la production de café, de coton, de tabac et de noix de cajou.

Un obstacle principal au développement agricole est la mauvaise intégration et organisation du marché intérieur, essentiellement due au réseau routier et aux infrastructures de transport précaires, mais aussi au développement insuffisant des institutions de commercialisation. Ces conditions ont une influence négative sur la sécurité vivrière intérieure, en empêchant, entre autres, le transfert des vivres des zones excédentaires aux zones déficitaires, tant à l’intérieur des régions que d’une région à l’autre. Les excédents alimentaires sont souvent acheminés plus facilement vers les huit pays voisins que vers les zones déficitaires du pays. Une Réserve céréalière stratégique administrée par le Gouvernement a été créée en 1991 afin de pallier ces défaillances du marché et faciliter l’accès physique et économique à la nourriture, en particulier lors de pénuries alimentaires et de catastrophes naturelles. Créée avec un objectif de 150 000 tonnes de stocks de maïs, la Réserve n’a jamais dépassé 84 000 tonnes et son niveau était généralement bien inférieur à celui-ci. Ses stocks actuels de maïs sont de 40 000 tonnes. La Réserve doit être considérée comme une mesure provisoire, en attendant qu’un meilleur fonctionnement des marchés et une demande efficace puissent assurer le flux de vivres vers les zones et les personnes nécessiteuses.

 


 

3. PRODUCTION VIVRIERE



3.1 Régimes pluviaux et systèmes culturaux

Les systèmes culturaux de la Tanzanie sont caractérisés par sept zones agro-climatiques distinctes. Au risque de trop simplifier, elles peuvent être divisées en deux grandes catégories: les zones à régime de pluviosité unique et binaire. Cette dernière est caracterisée par une campagne agricole secondaire de petites pluies (Vuli), avec des semis vers octobre/novembre et une moisson fin janvier/février; immédiatement suivie de la campagne principale des grandes pluies (Masika), dont les semis ont lieu fin février/mars et la récolte en juillet/août. Les zones de régime binaire sont situées dans les régions nord et nord-est, comprenant Kilimandjaro, Arusha, Moshi, Tanga, ainsi que Kigoma, Kagera, Mwanza, Mara et certaines parties de Morogoro, Mbeya, Dar es Salaam et la Côte. Dans le reste du pays, c’est-à-dire, les régions centrales et méridionales, les précipitations suivent un régime unique, les semis démarrant aux alentours du mois de novembre et la récolte ayant lieu de mai à juillet. Dans certaines régions, ces pluies «saisonnières» ou uniques sont également appelées Masika. La campagne Vuli contribue à la production vivrière totale nationale pour environ 17 pour cent (environ 15 pour cent dans le cas des cultures céréalières).

3.2 Production vivrière en 1998

Les statistiques au niveau des régions et des districts ne faisant pas toujours la distinction entre les campagnes Vuli et Masika lorsqu’il y a lieu, la mission a fait ses estimations pour la production vivrière totale en 1998. Dans ce rapport, les quantités de cultures non céréalières sont présentées en équivalent céréales.

3.2.1 Précipitations 1997/98

La campagne agricole 1997/98 a été généralement caractérisée par des pluies excessives et nettement supérieures à la normale, imputables à l’influence du phénomène El Niño qui s’est traduit par de meilleurs résultats dans l’ensemble.

D’une façon générale, les pluies Vuli ont démarré début octobre, mais ont duré plus que la normale, jusqu’en février/mars, et ont été très intenses. Par exemple, dans les régions d’Arusha et Kilimandjaro, il est tombé, en janvier, plus de 200 pour cent des précipitations mensuelles normales, tandis que Tanga a enregistré, entre octobre et décembre, des pluies supérieures de plus de 300 pour cent à la moyenne à long terme. Les pluies Masika dans les zones à régime binaire sont arrivées plus tôt que l’an dernier et ont été pratiquement la continuation des pluies Vuli, avec des pluies torrentielles depuis le début jusqu’à fin mai, lorsqu’elles ont brusquement cessé dans la plupart des régions. Les précipitations des campagnes Vuli et Masika ont été normales et ininterrompues, et se sont élevées à 132 pour cent des précipitations normales entre octobre et juin, tombées pendant plusieurs mois, en particulier dans les zones Vuli avec des quantités supérieures de 300 pour cent à la normale.

Dans les zones à régime unique, les pluies ont démarré plus tôt dans la région de Kigoma (à l’Ouest) et sont arrivées comme d’habitude début novembre dans les zones du centre et du sud-ouest. Depuis le début de la campagne jusqu’à la fin avril/mai, ces zones ont connu des précipitations intenses et continues qui ont dépassé de 50 pour cent les niveaux normaux au centre et de 20 pour cent au sud. Les pluies continues ont favorisé les cultures essentiellement des hautes terres, tandis que dans les basses terres, les précipitations excessives ont été bénéfiques au riz.

En général, la pluviosité en 1998 a été favorable aux cultures. Elle a également été bénéfique au bétail en améliorant les pâturages et les disponibilités d’eau. Toutefois, dans l’ensemble du pays, les précipitations ont endommagé les routes, les ponts et autres infrastructures et ont interrompu les communications.

3.2.2 Superficies ensemencées

Par rapport à l’année dernière, qui avait été victime d’une grave sécheresse, la superficie totale ensemencée en cultures vivrières a augmenté de 15 pour cent. L’essentiel de cet accroissement est dû au maïs et au blé (+ 30 pour cent), au manioc (+23 pour cent), aux pommes de terre (+72 pour cent), aux bananes (+15 pour cent) et au riz (+12 pour cent). L’accroissement des superficies ensemencées cette année a été toutefois limité par les précipitations excessives et le chevauchement des pluies Vuli et Masika dans les zones à régime binaire, qui ont rendu la préparation des terres difficile. Dans les régions à régime unique, des champs des basses terres ont été abandonnés à cause des inondations, car les agriculteurs manquaient de semences pour refaire les semis, notamment de sorgho, et plus particulièrement de mil, dont les superficies ensemencées ont diminué dans tout le pays, respectivement de 22 pour cent et de 42 pour cent.

3.2.3 Rendements

Dans l’ensemble, les pluies abondantes se sont traduites par une amélioration des rendements par rapport à l’année précédente, notamment pour le riz, les pommes de terre et les bananes. Toutefois, l’engorgement des sols a nui au manioc dans les régions de Morogoro, Mtawara, Lindi et Singida et des précipitations excessives ont frappé les légumineuses au stade de la floraison. En outre, les fortes pluies ont favorisé l’apparition de ravageurs et de maladies, en particulier les pentatomes verts et marron du type calidea dans le sorgho et le mil. D’une façon générale, la faible utilisation d’intrants agricoles due aux prix élevés continue à être un facteur limitant les rendements du sorgho et du mil.

3.2.4 Production vivrière totale en 1998

La mission estime la production agricole totale de 1998 à 7,99 millions de tonnes en équivalent céréales, dont 4,5 millions de tonnes de céréales, 412 000 tonnes de légumineuses, 2,29 millions de tonnes de racines et tubercules et 777 000 tonnes de bananes (Tableau 2). La production vivrière totale est supérieure de 32 pour cent à celle de l’an dernier, les plus fortes augmentations étant dues aux céréales (36 pour cent), aux bananes (29 pour cent) et aux racines et tubercules (28 pour cent). Pour les céréales, la production de mil et de sorgho devrait baisser de 32 pour cent, tandis que celle de maïs et de riz devrait progresser respectivement de 54 et 84 pour cent. Si on considère les tendances à long terme (graphique 1), la production aurait augmenté de 13 pour cent par rapport à la moyenne des cinq années 1993-97. Le tableau 3 présente la production totale par région et par culture en 1998.

Tableau 2: Production totale estimée pour 1998
(en équivalent céréales)


1998 1997 Moyenne 1993-97 Production

Superficie
(ha)
Production
(tonnes)
Superficie
(ha)
Production
(tonnes)
Superficie
(ha)
Production
(tonnes)
1998/1997
(%)
1998/Moy.
(%)
Sorgho 488 102 426 935 622 582 498 481 656 577 681 428 86 63
Mil 204 074 148 026 353 661 347 000 356 295 310 622 43 48
Sous-total Sorgho/mil 692 176 574 961 976 243 845 481 1 012 872 992 050 68 58
Maïs 2 028 026 2 822 401 1 564 036 1 831 236 1 611 322 2 324 939 154 121
Riz 492 306 1 013 256 439 217 549 800 422 764 652 384 184 155
Blé 73 936 96 346 56 600 78 000 48 117 71 214 124 135
Sous-total Céréales 3 286 443 4 506 964 3 036 096 3 304 517 3 095 075 4 040 587 136 112
Légumineuses 603 275 412 036 511 984 374 100 538 725 363 994 110 113
Manioc 693 190 1 548 129 563 531 1 426 000 617 341 1 585 418 109 98
Pommes de terre 448 841 744 161 261 492 366 089 242 179 353 918 203 210
Sous-total racines 1 142 031 2 292 290 825 023 1 792 089 859 520 1 939 336 128 118
Bananes 278 279 777 912 241 543 603 100 256 625 705 884 129 110
Total cultures vivrières 5 310 027 7 989 202 4 614 646 6 073 806 4 749 945 7 049 801 132 113

Sources: 1998: estimations de la mission. 1997 et moyenne: Département de la sécurité vivrière.

Undisplayed Graphic

Tableau 3 : Production totale par région et par culture en 1998

Région Sorgho B.Mil F.Mil Maïs Riz Blé Haricots Petits pois Pois cajan Manioc Patates douces Pommes de terre Bananes Total par région
Arusha 0 31 406 0 327 233 8 131 53 310 33 214 0 0 13 002 3 324 0 34 986 504 606
Côte/DSM 11 436 0 0 33 171 34 916 0 2 881 0 0 48 474 2 276 0 4 235 137 389
Dodoma 42 091 29 070 4 863 122 441 5 042 0 4 156 0 5 667 29 061 0 0 0 242 391
Iringa 27 057 0 3 276 478 448 3 935 32 635 64 006 0 0 6 993 66 292 92 483 129 775 253
Kagera 13 114 0 0 98 509 2 385 0 58 593 4 315 0 270 941 95 681 5 950 165 825 715 313
Kigoma 6 500 0 2 200 112 240 16 924 0 28 076 0 1 080 72 520 56 233 0 45 275 341 047
Kilimandjaro 7 475 0 4 974 179 604 24 853 8 050 47 617 0 0 31 977 12 458 9 588 380 244 706 839
Lindi 28 637 0 0 38 029 21 596 0 9 538 0 0 53 974 0 0 0 151 774
Mara 52 582 1 000 2 594 11 598 9 230 0 6 172 0 0 88 537 30 463 440 6 768 209 385
Mbeya 11 760 0 18 060 227 340 101 000 500 29 035 0 0 17 340 26 180 34 544 98 280 564 039
Morogoro 13 680 0 0 174 271 104 714 0 3 300 0 0 21 692 0 0 0 317 657
Mtwara 52 605 0 0 84 947 42 181 0 16 377 0 0 331 807 0 0 0 527 917
Mwanza 18 158 0 0 116 901 163 941 0 0 0 0 178 446 30 154 0 0 507 600
Rukwa 3 367 0 21 215 149 900 66 795 1 054 38 601 0 0 92 135 41 831 0 0 414 897
Ruvuma 1 000 0 0 212 319 38 451 0 15 844 5 775 0 102 649 45 220 0 0 421 258
Shinyanga 73 641 0 0 233 218 236 490 0 9 293 0 0 71 111 158 374 0 0 782 126
Singida 49 743 28 789 505 32 661 5 097 97 3 057 313 0 542 7 380 0 0 128 184
Tabora 14 089 0 0 69 063 84 554 0 7 491 0 0 76 000 19 125 0 0 270 322
Tanga 0 75 0 120 508 43 022 700 17 636 0 0 40 928 5 385 780 42 170 271 204
Total 426 935 90 340 57 686 2 822 401 1 013 256 96 346 394 886 10 403 6 747 1 548 129 600 375 143 786 777 912 7 989 202

Source: estimations de la mission

3.3 Secteur de l’élevage

Les principales régions de l’élevage sont Mwanza, Shinyanga, Tabora, Arusha, Mara et Singida. Le nombre de bovins est estimé à 5,6 millions; de caprins à 10,6 millions et d’ovins à 3,5 millions. L’élevage représente 30 pour cent du PIB agricole, ou 18 pour cent du PIB national. La croissance annuelle du secteur est de 8 pour cent. Dans les régions d’Arusha et de la Zone des Lacs, ainsi qu’en Tanzanie centrale les bovins et les petits ruminants paissent en grands nombres sur les terres communales. En période d’insécurité alimentaire, les ventes de bétail augmentent pour acheter de la nourriture. Aussi en période de pénurie, on l’échange couramment contre des céréales.

Dans tout le pays, l’état du bétail est satisfaisant car les pluies abondantes de la campagne Masika ont favorisé les pâturages et les cultures fourragères ainsi que la disponibilité d’eau pour les animaux. Ceci a également contribué à l’augmentation des produits de l’élevage, notamment de la viande et du lait, en guise de complément à la principale source de protéines constituée par les légumineuses. Dans un cadre d’un Projet national de vulgarisation en matière d’agriculture et d’élevage financé par la Banque mondiale/IDA, le Gouvernement s’efforce d’améliorer la santé des animaux par diverses mesures: vaccinations, surveillance sanitaire, contrôle des traitements, y compris l’amélioration des services de commercialisation et de vulgarisation.

 


4. SITUATION DES APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES



4.1 Commerce transfrontalier non officiel durant la campagne de commercialisation 1998/99

Le commerce transfrontalier informel, courant dans tout le continent africain, est particulièrement important en Tanzanie, qui a des frontières communes étendues avec huit pays (Kenya, Malawi, Zambie, République démocratique du Congo, Ouganda, Rwanda, Burundi et Mozambique). D’après une étude récente, dont les résultats ne sont pas encore divulgués car ils sont en train d’être analysés, il existe un commerce informel important par rapport au commerce externe total avec cinq voisins de la Tanzanie (le Rwanda, le Burundi et le Mozambique n’étaient pas couverts par l’étude). Par exemple, les exportations informelles de céréales et de légumineuses en 1995/96 auraient ajouté quelques 50 pour cent aux exportations officielles cette année-là. Cependant, son impact sur les approvisionnements alimentaires totaux enTanzanie est relativement faible, probablement aux alentours d’un pour cent de la production céréalière intérieure. D’après l’étude [ L’étude «Unrecorded cross-border trade between Tanzania and her neighbors: implications for food security» a été exécutée sous la responsabilité de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) et concernait la période août 1995 - juillet 1996.] , les exportations informelles de denrées vivrières en 1995/96 pourraient avoir été de l’ordre de 100 000 tonnes, le poisson représentant environ la moitié, et le reste pour les céréales et les racines. Les principales denrées d’exportation transfrontalière en volume ont été le maïs, suivi du riz, des haricots, des racines et des tubercules. La Tanzanie a été un exportateur net pour ce qui est du commerce informel pour toutes les principales denrées vivrières, tandis que pour ce qui est du commerce officiel, elle est un importateur net de la plupart de ces cultures, au moins en ce qui concerne les céréales et les légumineuses (Tableau 4).

Tableau 4: Importations 1/ et exportations annuelles de céréales
et de légumineuses officiellement enregistrées

(moyenne des cinq années 1993-97, en tonnes)

Culture Importations Exportations Importations nettes
Maïs 47 880 6 000 41 880
Riz 50 780 4 760 46 020
Blé 63 100 - 63 100
Légumineuses2/ 19 060 13 202 5 858

Sources: Département de la sécurité alimentaire, MAC; FAO - FAOSTAT
1/ Importations commerciales et importations d’aide alimentaire
2/ Moyenne 1992/96

Le volume des échanges informels de denrées vivrières varie avec les conditions climatiques annuelles et les conditions de la production vivrière en Tanzanie et dans les pays voisins. Cependant, comme ceux-ci sont nombreux à accuser, la plupart du temps, un déficit des principales cultures vivrières, le commerce informel demeurera une donnée de la vie économique dans les régions frontalières de la Tanzanie. Etant donné le faible taux d’intégration du marché de la Tanzanie, en premier lieu à cause de son réseau routier déficient, le commerce informel offre des débouchés aux agriculteurs des régions frontalières et aide à renforcer la sécurité alimentaire des deux côtés de la frontière. Il crée des incitations à la production pour les agriculteurs tanzaniens, mais il prive également les gouvernements de précieuses recettes, vu la valeur considérable de ces échanges. D’après les données préliminaires de l’étude sus-mentionnée, les exportations alimentaires informelles de la Tanzanie se sont élevées à quelques 90 millions de dollars E.-U. en 1995/96.

Pour la campagne de commercialisation 1998/99, la mission prévoit que des volumes considérables non déclarés seront acheminés vers la Zambie, où cette année, la production de maïs serait réduite de plus de 40 pour cent. D’après la mission, les exportations de riz seraient très importantes vers l’Ouganda, où les prix sont nettement plus élevés que du côté tanzanien. Au Rwanda, la production céréalière de la première campagne de cette année devrait être inférieure aux besoins de consommation, favorisant ainsi les importations parallèles de la Tanzanie. Il en sera de même au Burundi. A la frontière kenyane, les échanges informels transfrontaliers se font la plupart du temps de la Tanzanie vers le Kenya, qui souffre d’un déficit céréalier chronique et a des prix généralement plus élevés que ceux pratiqués à la frontière du côté tanzanien. Cette année ne fera guère exception. La mission estime qu’un total de 43 000 tonnes (en équivalent cérales) de cultures vivrières pourrait être exporté à titre officieux durant la campagne de commercialisation 1998/99. Ces exportations nettes comprendraient quelques 20 000 tonnes de maïs, au moins 10 000 tonnes de riz, 5 000 tonnes de blé, 5 000 tonnes de haricots, et respectivement 2 000 et 1 000 tonnes (en équivalent céréales) de racines/tubercules et de bananes.

4.2 Tendance à la baisse pour les prix alimentaires

Comme on l’a indiqué plus haut, l’inflation, mesurée à partir de l’indice national des prix à la consommation, a atteint en mai 1998, son plus faible niveau depuis 17 ans. Dans les années 90, l’inflation globale (des prix alimentaires et non alimentaires) a atteint 33,1 pour cent en 1994; elle était de 12,6 pour cent en mai 1998 (graphique 2). L’inflation globale est due essentiellement à la hausse des prix des denrées vivrières (avec une incidence de 71,2 pour cent de l’indice national des prix à la consommation). L’inflation des prix des produits alimentaires est tombée d’un record de 39,1 pour cent en 1994 à 12,6 pour cent en février 1997, avant de remonter à plus de 20 pour cent à la mi-1997, à cause de la mauvaise récolte de 1997. Depuis lors, elle n’a cessé de diminuer, atteignant 15 pour cent en mai 1998. En revanche, l’inflation des prix non alimentaires est tombée à 6,6 pour cent.

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Sur les principaux marchés urbains des 20 régions, les prix moyens de détail pour le maïs en juin 1998 étaient de 129 TShs le kilo, soit 20 pour cent de moins qu’en juin 1997; ceux du riz s’élevaient à 337 Tshs le kilo, soit 27 pour cent de moins qu’un an auparavant (graphique 3). Les prix sont également en baisse pour les patates douces (-22 pour cent) et pour les haricots (-15 pour cent). Ces baisses des prix traduisent des prévisions relativement bonnes de récolte et d’acheminement sur les marchés cette année. En revanche, on s’attend à une hausse de 20 pour cent des prix des bananes. Cette différence s’explique en grande partie par la structure de la production et par le manque d’intégration du marché. Sur 20 régions en Tanzanie, seulement six sont de grosses productrices de bananes, et le mauvais état des routes et les problèmes de transports entravent la distribution dans tout le pays. Les prix du manioc étaient légèrement supérieurs à ceux de l’an dernier (+5 pour cent); l’abondance prévue des disponibilités ne se traduira par une baisse des prix que plus tard, durant la campagne de commercialisation principale, pendant la période de soudure d’octobre à décembre/janvier dans les zones à régime pluvial binaire, et en février-avril 1999 dans le reste du pays.

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4.3 Bilan de l’offre et de la demande alimentaires pour 1998/99

Pour estimer la situation des disponibilités alimentaires totales du pays pour la campagne de commercialisation 1998/99 (juin-mai), y compris les besoins d’aide alimentaire et les excédents exportables, la mission a utilisé les paramètres suivants pour établir le bilan alimentaire national:

Sur la base des hypothèses ci-dessus, les prévisions de la mission pour la campagne de commercialisation 1998/99 sont les suivantes:

Tableau 5 : Tanzanie - Bilan alimentaire, juin 1998-mai 1999
(en milliers de tonnes en équivalent céréales)


Maïs Sorgho et mil Riz Blé Légumi-neuses Racines & tubercules Bananes Total
Disponibilités intérieures 3 034 585 677 153 419 2 292 777 7 937
Stocks d’ouverture 212 10 18 57 7 0 0 304
Production 2 822 575 659 96 412 2 292 777 7 633
Utilisation totale 3 034 817 677 165 406 2 128 722 7 949
Consommation 2 348 746 509 136 359 1 813 506 6 417
Autres utilisations/ pertes 432 71 33 5 31 206 215 993
Exportations 1/ 70 0 100 5 5 2 1 183
Stocks de clôture 2/ 184 0 35 20 11 107 0 357
Déficit/Excédents 0 (- 232) 0 (- 12) 13 164 55 (- 12)
Importations 0 0 0 12 0 0 0 12
Substitution croisée 0 232 0 0 - 13 - 164 - 55 0

1/ Comprend les exportations transfrontalières nettes non officielles.
2/ Les stocks de clôture de racines et tubercules indiquent les cultures sur pied.

Pour toutes les cultures, hormis le sorgho/mil et le blé, la mission prévoit que les disponibilités seront supérieures aux besoins normaux d’utilisation. Elle estime que la récolte exceptionnelle de riz permettra d’exporter une centaine de milliers de tonnes et prévoit des exportations de maïs de quelques 70 000 tonnes, dont environ 50 000 tonnes ont été récemment autorisées par le Gouvernement. Dans les deux cas, ces estimations comprennent une provision pour les échanges transfrontaliers officieux non enregistrés. Il faut souligner que ces estimations prévoient une production de la prochaine campagne Vuli au même niveau que cette année.

A l’inverse, la mission prévoit une forte contraction de la production de sorgho/mil. On estime à 50 pour cent la consommation de sorgho/mil sous forme de bière, qui ne peut, par conséquent, être remplacée par d’autres cultures dans le panier de la ménagère. La mission a utilisé un niveau de consommation de sorgho/mil réduit (24 kg au lieu des 31 kg normalement), prévoyant une certaine diminution de la consommation de bière. Même à ce niveau, il y aurait un déficit de consommation directe estimé à 232 000 tonnes. Toutefois, étant donné d'importantes disponibilités d’autres aliments, ce déficit pourrait être comblé par la substitution de l’excédent total de légumineuses et d’une partie des excédents de racines et tubercules et de bananes. La mission présume qu’environ les deux tiers du déficit seront couverts par les racines et tubercules cultivés dans l’ensemble du pays. En effet, la mission a remarqué que de nombreux cultivateurs de sorgho/mil ont semé cette année en plus, des patates douces à maturation rapide pour compenser le déficit de mil. Les bananes sont plus localisées et sont volumineuses et donc chères à transporter. On prévoit donc que seulement un tiers du déficit restant de sorgho/mil sera remplacé par les bananes.

Même en prévoyant un remplacement de 164 000 tonnes de racines et tubercules de 55 000 tonnes de bananes, il resterait encore des quantités inutilisées des deux cultures, qui ne font l’objet que de petites exportations transfrontalières parallèles car elles sont périssables et chères à transporter. Dans le cas du manioc, les cultures inutilisées ne seraient pas récoltées et resteraient dans les champs sous forme de «stockage naturel». En ce qui concerne les bananes, les excédents inutilisés et non exportables devraient être comptabilisés comme pertes.

Les importations de blé devraient être de 12 000 tonnes. Le blé est essentiellement consommé dans les zones urbaines sous la forme de pain et, du fait des habitudes alimentaires enracinées, son remplacement par d’autres cultures vivrières semble illusoire. Toutefois, les importations cette année devraient être en forte diminution par rapport à la moyenne des cinq années 1993-1997 de 63 100 tonnes. Ceci s’explique à la fois par les hauts niveaux de production de cette année et les stocks de report importants de l’an dernier, lorsque les importations de blé ont atteint un record de 124 800 tonnes (estimation du Département de sécurité alimentaire). Les importations de blé tiennent également compte d’une petite quantité d’exportations transfrontalières non officielles estimées à 5 000 tonnes.

Les disponibilités totales importantes de vivres permettront au pays de maintenir un niveau normal de consommation alimentaire totale durant la campagne de commercialisation 1998/99, en dépit d’une baisse de celle de sorgho/mil. Il n’y a par conséquent aucune raison de recourir à l’aide alimentaire externe durant cette période. Si une aide alimentaire est nécessaire pour les populations vulnérables, elle devrait être achetée à l’intérieur du pays, ou prélevée à partir des stocks d’aide alimentaire non alloués qui se trouvent déjà dans le pays.

4.4 Aide alimentaire d’urgence en 1998

En septembre 1997, le Gouvernement tanzanien a déclaré un état de déficit vivrier général dans le pays s’élevant à 776 000 tonnes, à la suite de l’échec total de la récolte Vuli de 1996/97 et de la réduction de la récolte Masika de 1997, dus tous deux aux précipitations insuffisantes; le Gouvernement a sollicité des secours alimentaires pour 76 000 tonnes, soit environ 10 pour cent du déficit.

Dans le cadre d’une opération d’urgence approuvée par la FAO et le PAM en novembre 1997, 69 140 tonnes de maïs et de légumineuses ont été mobilisées, et la mise en place anticipée des secours alimentaires a démarré début décembre 1997.

La mise en place et la distribution de l’aide alimentaire d’urgence a été gravement entravée par les dommages et les inondations dus à El Niño. Des centaines de villages des zones centrales et côtières ont été complètement isolés et les crues ont fait des milliers de sans-abri. D’octobre 1997 à avril 1998, un total de 47 000 tonnes de secours alimentaires ont été distribués, dont 17 000 par le Gouvernement de Tanzanie (prélevées de la Réserve céréalière stratégique) et 30 000 par le PAM. Même si de nombreux villages sont restés isolés, la distribution générale a cessé fin avril 1998, avec l’arrivée sur le marché des nouvelles récoltes et la baisse des prix.

En dépit de la bonne récolte prévue par la mission en 1998, un nombre important de personnes touchées en 1997/98 seront à nouveau victimes du recul considérable de la production de sorgho/mil en 1998/99. Ces populations continueront à avoir besoin d’une aide alimentaire durant certaines périodes des neuf à douze mois à venir.

Le PAM a récemment approuvé un projet de développement visant à accroître la sécurité alimentaire dans cinq régions à déficit vivrier du pays, grâce aux vivres-contre-travail; un deuxième projet ciblé sur les écoliers est en cours d’élaboration. Toutefois, ces projets ne seront peut-être pas exécutés à temps pour aider les ménages actuellement touchés, et le projet en cours pourrait devoir être prolongé jusqu’à fin avril 1999. En attendant, la planification de l’exécution des projets de développement sera étroitement liée aux opérations de secours pour garantir la mise en place d’un programme de redressement d’ici début 1999.

4.4.1 Aide alimentaire ciblée

Les régions centrales sont victimes des plus graves déficits alimentaires du pays. Depuis le début du projet EMOP n° 5889, le PAM, en collaboration avec Norwegian People’s Aid, Oxfam, et SCF/UK a créé un système de ciblage et de suivi, particulièrement concentré sur ces régions. La surveillance de la sécurité alimentaire dans ces zones a été organisée en deux phases. Les points ci-dessous sont à souligner dans le cadre du présent rapport:

a) Ciblage géographique: Le recensement des zones touchées a été effectué en collaboration avec les responsables du Gouvernement de janvier à mai 1998 afin d’exploiter de façon systématique les informations existantes et les rapports de terrain et effectuer des évaluations uniformisées sur le terrain. Les résultats ont été systématiquement analysés et discutés afin d’identifier et d’approuver d’un commun accord les zones particulièrement touchées qui auront probablement besoin d’une aide alimentaire. Le partage des informations avec les agents du gouvernement est fondamental pour garantir un suivi et une mise à jour continue des informations sur ces zones au cours des prochains mois. En effet, il faudra d’autres évaluations et du personnel qualifié pour saisir tout l’impact des mécanismes d’adaptation sur les pénuries alimentaires, mais les informations recueillies régulièrement au niveau des districts sont essentielles pour un ciblage minutieux des zones géographiques avant la planification de toute intervention d’aide alimentaire.

b) Les zones géographiques sont bien identifiées dans la région de Dodoma (Rural, Urban et Kondoa), dans la région de Singida (Iramba, Manyoni dans le Singida rural), dans la région de Tabora (Igunga, Nzega, Sikonge, Urambo) ainsi que dans la région de Shinyanga (Maswa, Meatu et Shinyanga rural). Les villages les plus vulnérables ont été recensés et classés en catégories.

c) D’après les premiers résultats du ciblage géographique et la première phase des évaluations au niveau des villages, la population susceptible d’avoir besoin d’une aide alimentaire est estimée aux alentours de 300-350 000 personnes. En se fondant sur une intervention d’une durée de six mois- d’octobre 1998 à mars 1999 - 20 000 tonnes pourraient être nécessaires, mais ce chiffre ne sera confirmé qu’en août.

d) Actuellement, le PAM et les ONG participant au ciblage géographique sont en train d’entreprendre une analyse plus approfondie des mécanismes d’adaptation à la famine disponibles durant la campagne actuelle dans les districts particulièrement touchés. Ceci requiert un système d’enquête rigoureux dans les zones déjà identifiées afin de parvenir à une analyse au niveau des ménages. Les résultats de cette analyse permettront au PAM et au Gouvernement d’optimiser l’affectation des vivres disponibles pour les secours alimentaires durant les prochains mois. Il faut des ressources financières et une démarche dynamique de collaboration pour concrétiser les efforts entrepris avec le suivi du projet EMOP 5889.

e) Sur la base des évaluations effectuées au cours des deux derniers mois, il est peu probable que de nouvelles importations d’aide alimentaire soient nécessaires pour la campagne de commercialisation actuelle (1998/99). Les besoins ciblés pourraient être couverts par les denrées encore non allouées du PAM.

Tableau 6: Ciblage de l’aide alimentaire

Région: Zones à déficit vivrier: Nombre de personnes touchées: Durée de l’aide:
Dodoma 115 villages dans les districts de Dodoma Rural, Dodoma Urban et Kondoa A évaluer Janv.
-mai 1999
Singida - 37 800 ménages dans 5 divisions du District rural de Singida.
- Division Shelui dans le District d’Iramba
12 500 Octobre1998
-mars 98
Tabora 204 villages dans les Districts d’Igunga, Sikonge et Nzega A évaluer A évaluer
Shinyanga Maswa, Meatu A évaluer A évaluer
Coast Bagamoyo, Rufiji 26 000 Oct., nov., déc.
Mwanza Districts Magu et Kwimba A évaluer A évaluer
Arusha Districts Simanjiro, Kiteto et Karatu A évaluer A évaluer
Kilimandjaro idem districts Mwanga A évaluer A évaluer

 

4.4.2 Aide alimentaire de projet

Dans d’autres régions ayant des déficits vivriers limités ou marginaux, on estime que l’aide alimentaire de projet pourrait combler les déficits grâce aux projets vivres-contre-travail et aux programmes d’alimentation institutionnels.

C’est dans ce but que l’aide alimentaire dans le cadre du projet vivres-contre-travail TAN 5975 récemment approuvé et du projet futur d’alimentation scolaire serait mobilisée afin de satisfaire les besoins dans certaines des régions à déficit vivrier chronique.

4.4.3 Transports et logistique

Des précipitations sans précédent sont tombées sur une grande partie de la Tanzanie durant les mois de novembre, décembre et janvier et ont provoqué de graves inondations qui ont détruit le réseau de transports. L’interruption des chemins de fer, les dégâts aux grands axes et aux routes secondaires, outre l’effondrement complet des ponts, ont eu de graves conséquences pour les populations vivant dans les zones à déficit vivrier. Tout ceci s’est répercuté sur la disponibilité et le coût des denrées de base et sur la valeur des cultures commerciales et des actifs aliénables des habitants. Cela a gravement entravé les initiatives de secours et rendu le transfert des excédents alimentaires impossible, à cause du coût prohibitif des transports, le cas échéant.

Des travaux considérables ont été accomplis au cours des derniers mois pour remettre en état les principaux couloirs ferroviaires et routiers, mais les chemins de fer sont encore interrompus et les travaux continuent sur le réseau routier. L’accès a été sensiblement amélioré depuis mars/avril, mais les transports demeurent problématiques et très onéreux.

Cette situation aura un impact très négatif sur les transferts de vivres des régions excédentaires aux zones déficitaires. Les principales régions excédentaires du sud achemineront des vivres vers le sud plutôt que vers les régions centrales où le transport coûte cher.

Les secours alimentaires doivent être stockés à proximité des bénéficiaires pour pouvoir être distribués sans interruption, même si les principales routes d’accès sont interrompues. A cet effet, le stockage et les voies ferroviaires/routières du PAM à Dodoma constituent les infrastructures appropriées qui permettront la mise en place anticipée de stocks jusqu’à 1 500 tonnes.

Des tentes supplémentaire pour le stockage temporaire seront installées dans plusieurs endroits en fonction du plan de distribution et de la position géographique des sites de distribution.


5. ANALYSE RÉGIONALE



5.1 Zone Nord-Est

La Zone Nord-Est comprend les régions Coast, Tanga, Morogoro, Arusha, and Kilimandjaro. La pluviosité varie d’une région à l’autre mais, en général, la plupart de la zone a un régime binaire.

5.1.1 Région côtière

Durant la campagne 1997/98, les pluies Vuli ont démarré tôt, vers le mois d’août, prenant les agriculteurs par surprise. Ceci s’est traduit par une diminution des superficies de production de quasiment toutes les cultures vivrières. Les pluies Masika sont arrivées fin avril mais ont cessé brusquement, causant de fortes pertes, en particulier pour le maïs et d’autres céréales. En outre, le maïs de la campagne Vuli 1997/98 a subi des pertes importantes dues aux rongeurs, notamment dans le district de Bagamoyo.

5.1.2 Morogoro

Une grande partie des cultures a été emportée par les fortes pluies Masika, ce qui a contraint à refaire les semis à deux ou trois reprises, avec un effet négatif sur les rendements escomptés. La situation a été aggravée par une infestation de rongeurs dans le district rural de Morogoro. La production vivrière devrait baisser de 31 pour cent par rapport à l’an dernier. Le mil/sorgho et les légumineuses sont les cultures les plus touchées, tandis que la production de riz est en augmentation. Néammoins, grâce aux revenus tirés de l’élevage et des cultures de rapport (café, coton et canne à sucre), les agriculteurs pourront accéder aux denrées de base.

5.1.3 Tanga

Les pluies Masika ont démarré tardivement fin avril, au lieu du 15 mars, et ont cessé brusquement fin mai/début juin. En raison de la courte période de précipitations, les superficies ensemencées ont sensiblement diminué pour le maïs, le manioc et les haricots, tandis que de fortes pluies ont nui aux rendements du maïs et des légumineuses.

Le bétail est en bon état, compte tenu des conditions des pâturages et des disponibilités suffisantes d’eau.

La situation actuelle des disponibilités alimentaires est satisfaisante en raison d’une bonne récolte «Vuli» et des approvisionnements de régions voisines. Les prix des denrées alimentaires sur le marché sont inférieurs à la même période de l’an dernier, mais sont toutefois en hausse à cause de la mauvaise récolte Masika.

5.1.4 Arusha

Cette région à régime binaire est la plus grande du pays avec 10 districts et une population estimée à environ 1,8 million d’habitants, dont 72 pour cent sont des agriculteurs-éleveurs.

La campagne Masika, qui démarre normalement en mars, s’est superposée aux pluies Vuli, qui ont continué sans interruption jusqu’en mars 1998. Les précipitations ont été nettement supérieures à la normale jusqu’à la mi-mai, ce qui a entravé la préparation des terres et les semis, et a entraîné des réductions des superficies normalement ensemencées. Les pluies excessives se sont également traduites par des niveaux anormalement élevés de plantes adventices et d’attaques de ravageurs, compromettant les rendements potentiels.

L’abondance des disponibilités en eau et des pâturages due aux fortes pluies a été bénéfique au bétail.

La situation actuelle des approvisionnements alimentaires semble satisfaisante, hormis pour des poches localisées dans les districts de Karatu, Kiteto et Simanjiro.

5.1.5 Kilimandjaro

Cette région à régime binaire se compose de 6 districts avec une population de 1,1 million d’habitants.

Les fortes pluies continues se sont traduites par un excès de mauvaises herbes qui ont entravé les opérations d’ensemencement. Les précipitations excessives ont également réduit le potentiel de rendement des cultures, en particulier de maïs et de haricots. D’autre part, la production de café, la principale culture de rapport, sera en recul à cause des fortes pluies durant le stade de la floraison/formation des graines. En revanche, les bananes, les racines et les tubercules sont en plein essor et on prévoit une récolte exceptionnelle de bananes.

Le bétail a bénéficié de bons pâturages et de disponibilités en eau suffisantes dues aux précipitations favorables. Aussi les prix des bovins ont-ils sensiblement diminué, passant de 100 000 Tsh. par tête en décembre à 40 000 Tsh.

Dans l’ensemble, la situation des approvisionnements alimentaires dans la région est satisfaisante. Toutefois, on signale un échec total des cultures de maïs et de haricots dans quelques poches isolées, notamment dans des zones situées sur les hauts versants et dans les basses terres de Hedaru, Makanya, Kihurio, Ruvu et Mferejini.

5.2 Zone centrale

Le couloir central de la Tanzanie comprenant les régions de Dodoma, Singida et Tabora a un régime pluvial unique avec une pluviosité annuelle moyenne de 400-800 mm. Les précipitations sont réparties sur une période de six mois, entre novembre et avril/mai, durant 40-60 jours. Les principales cultures vivrières dans la région sont les céréales, (sorgho, mil, maïs, riz), les racines et les tubercules (manioc, patates douces). Les principales cultures commerciales comprennent l’arachide et le tournesol dans la région de Dodoma et le coton et le tabac dans les régions de Singida et de Tabora.

Quelques 712 000 personnes de la Zone centrale ont été ciblées pour une aide alimentaire d’urgence en 1997/98, en raison de la sécheresse qui a sévi durant la campagne principale de 1997 et des inondations lors de la campagne Vuli. Toutefois, à cause de la dévastation des routes et des ponts due aux inondations causées par El Niño, qui ont isolé des centaines de villages, seulement 50 pour cent des ménages touchés étaient accessibles. Ce sont les mêmes ménages qui ont maintenant enregistré une très mauvaise récolte de sorgho/mil et rencontreront des difficultés alimentaires s’ils ne reçoivent pas une aide. Les ménages vendent leur bétail pour avoir des espèces pour acheter de la nourriture, ce qui s’est traduit par une forte baisse des prix des animaux, de 50 pour cent par rapport à leurs niveaux normaux. Plusieurs poches de pénuries alimentaires sont signalées dans le District d’Iramba (région de Singida), dans le Dodoma Rural, Dodoma Urban et la partie nord du district de Kondoa district (région de Dodoma). A Tabora, les districts souffrant de déficit vivrier sont Nzega, Sikonge, Tabora, Urambo et Igunga.

5.2.1 Dodoma

Dodoma est composé de cinq districts (Mpwapwa, Dodoma Rural, Dodoma Urban, Kongwa, Kondoa), avec une population estimée à 1,66 million d’habitants en 1998. Le régime des précipitations et des cultures est unique.

Les premières pluies de 1997/98 ont démarré en mi-novembre et se sont poursuivies jusqu’en mars, sans la période de sécheresse qui sévit normalement en février. Les précipitations ont été anormalement abondantes et même excessives, se traduisant par des inondations généralisées ayant un effet négatif sur les rendements.

Les superficies totales ensemencées en cultures vivrières ont augmenté de 18 pour cent par rapport à l’année précédente victime de la sécheresse, en particulier pour le maïs, le riz, les racines et les tubercules. Ceci a compensé une baisse des rendements de céréales, qui ont également souffert d’infestations de ravageurs.

La production vivrière totale en équivalent céréales serait supérieure de 15 pour cent à la récolte médiocre de l’année précédente victime de la sécheresse, avec un accroissement de la production de maïs et un recul de celle de mil et de sorgho.

L’amélioration de la production des cultures commerciales (arachide, sésame, tournesol et raisin) et le bon état du bétail (la région est un grand fournisseur de bétail sur le marché de Dar es Salaam), dû aux bonnes conditions des pâturages et au fourrage abondant, améliorera les revenus des agriculteurs dans l’ensemble. Toutefois, les ménages lourdement tributaires du mil et du sorgho pourraient avoir besoin d’une aide alimentaire dans quelques mois. Une évaluation conjointe Gouvernement/PAM effectuée dans 25 pour cent de tous les villages indique que la production céréalière de 1997/98 couvrira, tout au plus, six mois de consommation.

5.2.2 Tabora

La région de Tabora est divisée en six districts, avec une population estimée à 1,3 million d’habitants.

Durant les campagnes agricoles de 1997/98, les précipitations ont été supérieures de 80 pour cent à la normale, donnant lieu à des inondations généralisées et à des dommages aux infrastructures, notamment routes et ponts. Les champs étant inaccessibles, les superficies cultivées ont diminué pour certaines cultures par rapport aux niveaux normaux, en particulier pour le maïs et les légumineuses. En revanche, la production de riz a enregistré une forte hausse, car des disponibilités d’eau abondantes ont encouragé les agriculteurs à accroître les semis et ont fortement amélioré les rendements. Dans l’ensemble, la production vivrière a baissé par rapport à l’an passé.

Toutefois, les fortes pluies ont été favorable au bétail, activité importante de la région, qui a bénéficié de l’abondance des prairies et pâturages. Les ventes de bétail ont augmenté pour compenser la baisse de la production agricole cette année et les prix des animaux ont reculé sensiblement. D’après une première évaluation, 222 villages de la région ont besoin d’une aide alimentaire immédiate.

5.2.3 Singida

La région de Singida consiste en quatre districts: Iramba, Manyoni, Singida Rural et Singida Urban, avec une population totale de 1,0 million d’habitants.

En 1997/98, les pluies ont démarré normalement en novembre 1997; toutefois, elles ont été si intenses que fin décembre 1997, tous les districts avaient reçu pratiquement la part de précipitations qui tombe normalement en un an. Les précipitations excessives se sont poursuivies jusqu’en avril/mai, provoquant des inondations généralisées dans toute la région qui se sont traduites par une baisse des superficies ensemencées et des rendements.

La région de Singida compte parmi les principales régions d’élevage en Tanzanie, avec un cheptel d’environ 1,4 million. Les pluies abondantes de cette année ont favorisé les pâturages et l’approvisionnement en eau des animaux.

Une première évaluation conjointe sur le terrain Gouvernement/PAM/Save the Children Fund (UK) prévoit un grave déficit vivrier pour 26 590 ménages dans les divisions de Ihanja, Ikungi, Mangaa et Mungumaji, et pour 37 860 ménages dans les divisions de Ilongero, Mgori, Mtinko, Sepuka et Unyankumi.

5.3 Zone des lacs

La Zone des lacs comprend les cinq régions de Mwanza, Shinyanga, Kagera, Mara et Kigoma. A l’exception de quelques zones de Shinyanga à régime pluvial unique, la Zone a un régime essentiellement binaire.

5.3.1 Mwanza

La région de Mwanza est composée de sept districts, à savoir, Mwanza (Urban et Rural), Kwimba, Magu, Geita, Ukerewe, Sengerema et Misungwi. La denrée de base principale est le maïs, auquel vient s’ajouter le sorgho, le riz et les patates douces. La principale culture de rapport est le coton, bien que le riz soit également en train de devenir une culture commerciale. L’élevage, en particulier des bovins, joue un rôle primordial dans l’économie de la région.

La production de maïs, de sorgho et de coton est en baisse à cause des précipitations excessives durant la campagne, qui ont toutefois favorisé la production de riz et de patates douces.

L’amélioration des pâturages et des disponibilités en eau a été bénéfique à l’élevage.

La situation de la sécurité alimentaire dans la région durant la campagne de commercialisation 1998/99 devrait être bonne dans presque tous les districts, à l’exception de Magu et de Kwimba qui devraient être victimes de pénuries alimentaires de fin octobre/début novembre à fin mars 1999.

5.3.2 Shinyanga

La région de Shinyanga est divisée en six districts, à savoir Shinyanga (Urban et Rural), Maswa, Bariadi, Meatu, Kahama et Bukombe. Les principales denrées de base sont le maïs et le sorgho/mil, avec le manioc et les patates douces servant de cultures d’urgence pour la sécurité alimentaire. Le riz, cultivé dans quasiment tous les districts est plus une culture commerciale qu’une culture vivrière. Les autres cultures de rapport sont le coton et le tabac. Le bétail joue un rôle central dans les conditions d’existence et l’économie des habitants.

La production agricole durant la campagne a souffert des pluies excessives, des ravageurs et des maladies. Les inondations ont frappé principalement le maïs - sauf à haute altitude- et le coton. On prévoit une récolte exceptionnelle de riz.

Le bétail a bénéficié de l’amélioration des pâturages et des meilleures disponibilités d’eau.

La situation de la sécurité alimentaire dans la région est actuellement satisfaisante, même s’il pourrait y avoir des pénuries alimentaires fin octobre dans les districts à déficit vivrier de Shinyanga et Maswa.

5.3.3 Kagera

La région de Kagera comprend les districts de Bukoba, Karagwe, Biharamulo, Muleba et Ngara. Située au nord-ouest du pays, Kagera se distingue par un régime pluvial binaire. La principale denrée de base pour la majeure partie de la population est la banane, et dans certains districts, le maïs. Le manioc et les patates douces sont largement consommés en cas de pénuries alimentaires. Les animaux sont importants pour le lait et les produits laitiers, ainsi que pour le fumier de la ferme.

La production agricole durant la campagne 1997/98 a été généralement bonne, en particulier pour les bananes favorisées par les pluies abondantes, mais aussi pour les patates douces, surtout en altitude.

La situation de la sécurité alimentaire dans la région au cours de la campagne de commercialisation 1998/99 s’annonce bonne dans presque tous les districts, à l’exception de quelques zones du district de Ngara et certaines parties de Bukoba Rural touché par les inondations.

5.3.4 Mara

La région Mara se compose de quatre districts, à savoir, Musoma (Urban et Rural), Bunda, Serengeti et Tarime. Les cultures commerciales sont le coton, le café, le tabac et l’arachide. La production animale joue un rôle primordial pour les conditions d’existence et l’économie des habitants.

Des pluies abondantes tombées durant la campagne ont favorisé la production de riz et de patates douces, mais ont nui au coton et au manioc, en particulier dans les champs des basses terres. Les agriculteurs abandonnent les cultures vivrières ou commerciales au profit de la riziculture.

Les précipitations abondantes ont également été bénéfiques aux pâturages et au bétail.

La situation globale de la sécurité alimentaire est actuellement satisfaisante, mais on prévoit des pénuries dans les zones à déficit vivrier chronique de Musoma Rural et Tarime dans le courant de l’année.

5.3.5 Kigoma

La région comprend les districts de Kigoma, Kasulu et Kibondo, avec une population estimée à 1,1 million d’habitants, y compris quelques 306 000 réfugiés du Burundi, du Rwanda et de la République démocratique du Congo.

La région de Kigoma a un régime pluvial unique. La production vivrière a été fortement réduite par les pluies abondantes. Toutefois, la production animale et les cultures de rapport permettront aux populations de faire face à la baisse de la production vivrière.

5.4 Hauts plateaux du Sud

Les hauts plateaux du Sud - à une altitude comprise entre 1 500 et 2 000 mètres au-dessus du niveau de la mer - comprennent les régions de Iringa, Mbeya, Rukwa et Ruvuma, qui constituent la ceinture de maïs de la Tanzanie. La zone a un régime pluvial unique, avec des précipitations moyennes d'environ 2 000 mm.

5.4.1 Iringa

La région est divisée en cinq districts: Iringa, Njombe, Ludewa, Makete et Mufindi. Des précipitations abondantes durant la campagne ont favorisé dans l’ensemble la production vivrière.

5.4.2 Mbeya

La région de Mbeya est l’une des principales régions céréalières du pays. Elle comprend les districts de Mbeya, Rungwe, Mbozi, Kyela, Chunya et Ileje. En moyenne, les précipitations annuelles oscillent entre 800 mm et 2 600 mm, favorisant un certain nombre de cultures vivrières et commerciales. Le sous-secteur de l’élevage joue un rôle fondamental de complément dans l’alimentation, la création de revenus et la traction animale, ainsi que comme source de fumier, essentiellement pour les petits agriculteurs.

Les pluies ininterrompues durant la campagne ont réduit les semis et le potentiel de rendement pour le maïs et les haricots, en particulier le long des plaines qui ont connu des inondations. Dans les zones de moyenne ou haute altitude, la production est satisfaisante. Mbeya est une des régions à auto-suffisance vivrière du pays.

Les pluies généralisées dans la région ont généralement été favorables aux pâturages et l’état des animaux est satisfaisant.

5.4.3 Rukwa

La région de Rukwa a trois districts, à savoir, Mpanda, Nkansi et Sumbawanga.

En raison des précipitations abondantes et continues durant la campagne, la récolte de maïs de la campagne principale devrait être en recul. En revanche, on prévoit une récolte exceptionnelle de riz.

Quelques 70 000 personnes rencontreront probablement des difficultés alimentaires dans les divisions de Kipeta, Mtowisa et Matai vers le mois de novembre prochain.

5.4.4 Ruvuma

La région de Ruvuma a trois districts: Songea, Mbinga et Tunduru. Des précipitations continues et excessives ont provoqué des inondations dans les zones des basses terres et ont favorisé l’apparition de maladies des cultures, notamment pour le maïs. Le problème le plus pressant dans la région est celui des semences, dont la livraison tardive et la mauvaise qualité ont considérablement nui aux rendements. Les engrais étaient disponibles pour cette campagne, mais leur utilisation a été plutôt faible à cause du manque de demande effective et de problèmes de distribution.

5.5 Zone méridionale

Cette zone comprend les régions à régime pluvial unique de Lindi et Mtwara. Les cultures vivrières importantes sont le manioc, le maïs, le sorgho, le riz et les légumineuses. Les économies de ces régions dépendent des noix de cajou, qui représentent une culture de rapport de premier ordre, suivies de la noix de coco, du simsim et du coton. L’utilisation des intrants agricoles est pratiquement nulle, sauf pour les noix de cajou et le coton.

Les deux régions souffrent généralement d’une insécurité alimentaire, essentiellement due aux faibles niveaux de production vivrière. Le recours limité aux intrants agricoles par la majorité des agriculteurs a toujours donné des rendements modestes, tandis que le manque d’équipements de mécanisation se traduit par des superficies cultivées restreintes.

5.5.1 Lindi

Par rapport à l’an dernier, les superficies ensemencées en maïs ont diminué de 25 pour cent, tandis que la production de maïs a baissé de 27 pour cent. Les superficies ensemencées en riz ont augmenté de 54 pour cent et, compte tenu de meilleurs rendements, la production a plus que doublé. Les autorités régionales ont mis l’accent sur la culture de variétés xérophiles, compte tenu des sécheresses qui avaient sévi les années passées, et les superficies ensemencées et la production de sorgho ont augmenté considérablement en 1998. Des pénuries alimentaires pourraient se produire dans certaines zones, notamment dans le district rural de Lindi.

5.5.2 Région Mtwara

.

Durant la campagne 1997/98, les pluies ont démarré en octobre, beaucoup plus tôt que d’ordinaire, et se sont poursuivies jusqu’en juin, avec de fortes précipitations et des inondations dans les basses terres. Ceci s’est traduit par un recul de la production totale vivrière, et les bons rendements ont été plus que neutralisés par la forte baisse des superficies ensemencées.

Jusqu’à présent, la situation des approvisionnements alimentaires n’est pas alarmante, sauf pour le district rural de Mtwara qui devrait souffrir d’une pénurie alimentaire durant la campagne agricole 1997/98, et plus particulièrement Ziwani, Manyanga, Mpapula et Kitaya.


6. MESURES A MOYEN ET LONG TERME


A la suite de son évaluation globale présentée ci-dessus, la mission souhaite souligner les problèmes suivants:

6.1 Identification des ménages et des personnes vulnérables

La mission a été en général favorablement impressionnée par la qualité des enquêtes réalisées jusqu’à présent pour recenser les villages et les ménages à déficit vivrier, en dépit de quelques points faibles qui sont normaux dans ce genre d’exercice. La mission inviterait la communauté des donateurs à faciliter la prompte exécution de la deuxième phase de cette évaluation afin d’identifier dans les délais voulus la population ne disposant pas de moyens de faire face aux pénuries alimentaires au cours des 12 prochains mois.

6.2 Fourniture de semences et autres intrants pour la prochaine campagne

Durant la campagne agricole en cours, les donateurs ont appuyé un important programme de semences et d’intrants, qui, semble-t-il, n’a toutefois pas été à la hauteur des exigences. Il faut un soutien financier international supplémentaire pour assurer la mise au point et l’exécution d’un tel programme à temps pour la prochaine campagne de semis qui démarre en octobre 1998, en particulier pour la fourniture de semences de maïs et de pesticides suffisants pour faire face aux attaques des rongeurs. Ce programme pourrait être élaboré en coopération avec le Gouvernement, en exploitant le mécanisme consultatif local existant des donateurs sur l’alimentation et l’agriculture, dirigé par la FAO et le PAM.

6.3 Perfectionnement des méthodologies et des procédures statistiques d’évaluation des cultures vivrières

Les données agricoles fournies par trois sources distinctes du Ministère de l’agriculture présentent de grandes disparités, dues à des procédures de collecte et d’analyse des données différentes. Le Service des statistiques publie normalement des estimations des superficies ensemencées et des rendements réalisées au moyen de coupes-échantillons, tandis que le Département de la sécurité alimentaire fait des prévisions de production tirées des superficies ensemencées sur la base des enquêtes par sondage (540 villages sur environ 8 000) et des niveaux de rendements calculés à partir du modèle de bilan hydrique. Les agents régionaux de mise en valeur de l’agriculture et de l’élevage préparent également des données parallèles de production recueillies dans les villages par les agents de vulgarisation et agrégés au niveau des divisions, des districts et, par la suite, des régions. Afin d’harmoniser les diverses unités de collecte des données dans le but de limiter au minimum leur chevauchement, le Ministère de l’agriculture est en train de rationaliser ses activités, et notamment d’élaborer un système d’information agricole. Il s’appliquera en premier lieu à mettre en place des systèmes de collecte de données au niveau des districts et à acheminer les données au siège du ministère par le biais des bureaux locaux de coordination.

La mission appuie fermement les efforts visant à améliorer les statistiques et les informations sur les cultures vivrières, par l’harmonisation des méthodologies et la rationalisation des procédures de collecte et d’analyse des données. Par ailleurs, il y a lieu de procéder urgemment à un nouveau recensement agricole national. Il faut également étudier la possibilité d’exploiter de façon plus concrète les méthodologies d’évaluation sur les économies alimentaires des ménages mises au point et exécutées par le "Save the Children Fund" (Grande-Bretagne) à l‘appui des initiatives d’évaluation visant à identifier les populations vulnérables. Ces questions devraient être examinées par le groupe de travail créé dans le cadre du comité local de donateurs FAO/PAM sur l’alimentation et l’agriculture.

 

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant.

Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
Télex 610181 FAO 1
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique:giews1@fao.org

Mohamed Zejjari
Directeur régional,OSA, PAM
Télex: 626675 WFP 1
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