SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 

RAPPORT SPECIAL

LES INONDATIONS DEVASTENT LES CULTURES DANS PLUSIEURS REGIONS D’ASIE

27 août 1998


VUE D’ENSEMBLE


Depuis la fin du mois de juin, des pluies persistantes, attribuées au phénomène météorologique La Niña et les inondations qui ont suivi, ont entraîné, dans plusieurs régions d’Asie, de nombreuses pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels. A ce jour, on dénombre près de 3 000 morts du fait des inondations. Les infrastructures (routes, ponts, réseau ferroviaire) ont été aussi fort endommagées, ce qui a considérablement entravé la circulation des marchandises. La Chine et le Bangladesh sont les pays les plus durement frappés, mais on signale aussi des pertes en vies humaines dans la République de Corée, en Inde et au Népal. Dans l’ensemble de la région, plus de 250 millions de personnes ont été touchées par les inondations, beaucoup sont sans abris et totalement démunies.

De grandes superficies de terres cultivées on été submergées en Chine, au Bangladesh et dans le République de Corée. Bien qu’il soit encore trop tôt pour évaluer l’effet des inondations sur la production régionale, on craint un déclin de la production mondiale de riz, qui provient pour 90 pour cent d’Asie. Ceci pourrait entraîner une nouvelle hausse des cours du riz, déjà très élevés pour la saison. L’Indonésie qui auparavant, parvenait à couvrir ses propres besoins en riz, est actuellement le principal importateur mondial de cette céréale. Le pays doit maintenant affronter les sombres perspectives liées à une production réduite due à la sécheresse du début de la campagne, à des cours mondiaux élevés et à une crise financière sans précédent.

Environ 45 pour cent des céréales et plus de 90 pour cent du riz produits dans le monde sont cultivés en Asie, au cours de la période de la mousson du sud-ouest. Ce phénomène est essentiel pour la production de denrées alimentaires dans la région et notamment, au Bangladesh, en Chine, au Cambodge, en Inde, au Laos, au Myanmar, au Népal, au Pakistan, aux Philippines, en Thaïlande, au Sri Lanka et au Viet Nam. En 1998, la mousson du sud-ouest est arrivée trop tôt ou comme prévu dans la plupart des pays de la région, mais les performances ont été inégales tant du fait des pluies excessives et des inondations survenues dans plusieurs pays que de la sécheresse qui sévissait dans d’autres.

La situation globale des approvisionnements disponibilités alimentaires dans la région est pour l’instant satisfaisante, mais de nombreux secteurs de la population devront probablement faire face à des difficultés d’approvisionnement accrues au cours des mois à venir. Il est nécessaire de prévoir un suivi plus régulier de la situation.


SITUATION PAR PAYS



BANGLADESH

Les pluies abondantes de la mousson qui ont commencé à tomber au cours de la deuxième décade du mois de juillet ont provoqué de vaste inondations dans 37 des 64 districts du pays. Le niveau des eaux de la plupart des fleuves a dépassé le seuil de sécurité. A la mi-août, des précipitations supérieures à la normale étaient encore enregistrées dans la plus grande partie du pays, ce qui n’a fait qu’aggraver la situation dans des zones déjà inondées depuis un mois.

Les inondations ont entraîné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants. Selon des rapports récents, plus de 370 personnes auraient péri. Il faut remonter à 1988 pour trouver un phénomène d’une telle ampleur. Dans ce contexte, on enregistre une nette recrudescence des maladies véhiculées par l’eau. Environ 25 millions de personnes ont été touchées par les inondations et plusieurs milliers sont sans abri; plus de 6 600 têtes de bétail ont également péri.

Bien que les cultures "Aus" aient pu être récoltées avant les inondations, les semis plus récents ont été détruits et la production de riz "Aus" qui selon les prévisions devrait atteindre 1,9 millions de tonnes, a été revue à la baisse (1,6 millions de tonnes). Les semis de riz "Aman" de la campagne principale ont également été retardés dans la plupart des régions car du fait des dommages subis par les pépinières, le repiquage a été fortement ralenti. Selon des rapports récents, au total 760 000 hectares de terres agricoles ont été touchés, dont 425 000 hectares cultivés en riz ou autres détruits. A titre provisoire, on estime que les pertes subies par la production agricole sont évaluées à près de 150 millions de dollars E.-U.

Les stocks de céréales détenus par le gouvernement, officiellement estimés à près de 1 million de tonnes, devraient permettre de couvrir dans l’immédiat les besoins en secours alimentaires, mais une aide internationale est nécessaire pour réapprovisionner les stocks. Le gouvernement a déjà lancé un appel en vue de bénéficier d‘une aide alimentaire de 400 000 tonnes et on prévoit que les besoins d’importation de céréales atteindront plus de 1 million de tonnes. Des opérations de secours et d’aide d’urgence, ont également été organisées sur une vaste échelle par le gouvernement qui a mobilisé l’armée pour y participer et pour distribuer du riz et du blé aux victimes des inondations.

Une aide extérieure d'urgence est nécessaire pour une réhabilitation immédiate du secteur agricole.

CHINE

Les pluies abondantes qui se sont abattues depuis la mi-juin sur le pays ont entraîné de graves inondations au centre, dans le sud-est et dans le nord-est du pays. Le niveau des eaux du Yang-tseu a dépassé le niveau record de la crue de 1954.

Depuis la mi-juin, les inondations ont fait au moins 2 000 victimes, pour l’essentiel dans les régions à forte densité démographique du centre et du sud. Plus de 14 millions de personnes ont dû être réinstallées ou transférées dans des régions situées plus en altitude, leurs habitations ayant été endommagées ou détruites. Des inondations dévastatrices ont également couvert la région du nord-est entraînant la clôture des puits de pétrole et l’évacuation de milliers de personnes. Environ 240 millions de personnes ont été directement touchées. Dans la région, les dégâts, qui pour l’instant sont estimés à 5 milliards de dollars E.-U., pourraient même atteindre 24 milliards de dollars E.-U. Il est probable qu'il pleuve encore et on pourrait assister à une extension des inondations, notamment dans les basses plaines du centre de la Chine.

Les dommages subis par les cultures sont immenses: 22 millions d’hectares ont été touchés et 4,8 millions d’hectares totalement détruits. Les dégâts concernent la récolte de riz de la première campagne et les semis de la dernière campagne. Les régions les plus frappées sont les principales zones rizicoles, situées le long du Yang-tseu, à savoir les provinces du Hubei, Henan, Anhui, Shaanxi et Sichuan. Ces provinces fournissent normalement la moitié de la production annuelle de riz et près d’un quart de la production céréalière annuelle totale.

La récolte de céréales d’été, soit 20 à 25 pour cent de la production céréalière annuelle totale, devrait, selon les estimations officielles, diminuer de plus de 11 pour cent par rapport à l’an dernier. La portée de cette diminution sur la production annuelle n’a pas encore été établie. Selon des sources officielles, un accroissement de la superficie ensemencée en automne pourrait compenser la réduction de la production d’été. Les rendements des cultures successives pourraient aussi bénéficier du limon déposé en grandes quantités par les inondations.

Le gouvernement a mobilisé plus d’un million de soldats pour les opérations du programme de secours d’urgence et a affecté plus de 229 millions de dollars E.-U. au fonds de secours destiné aux régions sinistrées. Les stocks de céréales disponibles sont pour l’instant suffisants pour les opérations de secours alimentaires, du fait du niveau exceptionnel des récoltes pendant plusieurs années consécutives. Toutefois, on signale des pénuries de céréales, de légumes et d’autres denrées dans les régions inondées, ce qui a conduit le gouvernement à prendre des mesures de stabilisation des prix.

Selon les objectifs fixés, la production de céréales aurait dû atteindre cette année 492,5 millions de tonnes, soit 7 pour cent de plus que la moyenne des cinq dernières années. Si la production des cultures d’automne ne progresse pas de manière adéquate, la production finale pourrait chuter de manière sensible en dessous de l’objectif fixé.

INDONESIE

Des pluies exceptionnellement fortes pour la saison sont tombées dans les principales régions céréalières après une longue sécheresse, et ont gonflé les approvisionnements d’eau d’irrigation pour le riz et le maïs de la deuxième campagne. Toutefois, les pluies torrentielles de la fin du mois de juillet qui ont touché l’est du Kalimantan ont entraîné des pertes en vies humaines et des pertes matérielles. Des inondations sont également signalées à Samarinda, Aceh et Sumatra.

Selon des prévisions préoccupantes, dans le sillage du phénomène la Niña, des pluies encore plus abondantes et des raz de marées, pourraient encore frapper la plupart des régions du pays. Ceci ne ferait qu’aggraver la situation déjà précaire des approvisionnements alimentaires, dont le niveau s’est effondrée à la suite de la longue sécheresse de l’an dernier et à cause de la crise financière et économique. Une mission FAO/PAM, est prévue pour la mi-septembre afin d’évaluer les résultats des récoltes de la deuxième campagne et examiner la situation globale des approvisionnements alimentaires dans le pays.

Pour l’Indonésie, le recours aux importations commerciales est gravement limité à cause de la crise financière exceptionnelle que connaît le pays depuis l’an dernier. L’aide internationale accordée généreusement, a permis de faire face à l’urgence alimentaire avec pour l’instant un engagement de près de 1,0 millions de tonnes de riz et de 500 000 tonnes de blé, sous la forme de prêts et de dons. Néanmoins, une aide internationale supplémentaire est encore nécessaire.

JAPON

Le pays a bénéficié en juin et juillet, de précipitations normales ou légèrement supérieures à la normale, ce qui a favorisé les semis et la croissance des cultures d’été. Toutefois, au début du mois d’août, le pays a connu les précipitations les plus fortes de ces 80 dernières années, qui ont endommagé les infrastructures et les habitations. Les régions rizicoles du nord du pays ont été les plus touchées. L’ampleur exacte des dommages subis par les cultures n’est pas encore connue.

Cette année, environ 963 000 hectares, soit une augmentation de 176 000 hectares par rapport à l’année précédente, seront mis hors culture, au titre du Programme de retrait facultatif des terres en culture destiné à réduire la production de riz et les stocks importants qui se sont constitués. Selon des rapports récents, la production de riz devrait cette année diminuer de près de 11 pour cent par rapport à la production déjà limitée de l’an dernier.

COREE (REPUBLIQUE DE)

Les pluies abondantes qui ont commencé à tomber à la fin du mois de juillet ont provoqué d’importantes inondations faisant au moins 269 victimes. Plus de 150 000 personnes ont dû quitter leurs habitations et les dommages matériels sont estimés à quelques 689 millions de dollars E.-U.. Dans le nord du pays, quelques 47 000 hectares, pour l’essentiel des rizières, ont été inondés et dans le sud près de 4 440 hectares de terres agricoles cultivées en légumes ont été détruits.

L’objectif fixé cette année pour la production de riz, établi cette année à 6,7 millions de tonnes ( soit 11 pour cent de moins que l’an dernier) ne sera probablement pas respecté. Pour 1997/98, les importations céréalières sont évaluées à 11,6 millions de tonnes contre 13,1 millions de tonnes en 1996/97.

NEPAL

Les fortes pluies de la mousson qui tombent depuis la mi-juin ont provoqué d’importantes inondations dans presque tout le pays, faisant au moins 113 victimes et entraînant le déplacement de plus de 7 000 ménages dans 62 districts. On signale qu’environ 1 160 hectares de cultures ont été détruits et que plus de 300 têtes de bétail ont péri.

La production de riz en 1998/99 devrait, selon les estimations officielles, rester stable par rapport à la récolte de l’an dernier qui atteignait 3,64 millions de tonnes.

Ailleurs en Asie,

on signale des dégâts dus aux inondations en République démocratique populaire de Corée et en Inde. En RDP de Corée, on annonce que les crues ont endommagé les rizières et les champs de maïs, dans la province de Kaesong située dans le sud du pays. Selon des rapports plus récents, de fortes pluies, des orages de grêle et des vents violents ont frappé les cultures et les infrastructures dans certaines provinces du centre et de l’ouest du pays. On ignore encore l’ampleur des dégâts.

En Inde, les glissements de terrain, causés par de fortes pluies ont fait plus de 180 victimes. Des inondations éclair dans le nord et dans l’est du pays ont aussi détruit les cultures sur près de 2 millions d’hectares. Les dégâts subis par les cultures restent pour l’instant marginaux mais la situation pourrait se détériorer si l'intensité des précipitations ne diminue pas.

Par opposition aux fortes pluies et aux inondations susmentionnées, on signale des cas de sécheresse dans plusieurs zones de la région, notamment au Viet Nam, en Thaïlande et au Cambodge.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans la ceinture de feu du Pacifique, un raz de marée d’environ 10 mètres de haut, dû à un tremblement de terre au large des Iles Salomon toutes proches, a frappé récemment une partie de la côte du nord-ouest. Les vagues ont déferlé alors que le pays était encore sous l’effet d’une longue sécheresse qui avait fortement touché environ 1,2 millions de personnes. Toute la zone autour du lagon de Sisano, comprenant cinq villages a été détruite, faisant plus de 2 100 morts, surtout des enfants.

Le pays a reçu des pluies normales ou supérieures à la normale au cours de la période de végétation et les perspectives pour les récoltes semblent être favorables. Toutefois, la situation alimentaire sera probablement précaire pour les groupes vulnérables et pour ceux qui ne disposaient pas des intrants de base au moment des semis.

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser, pour tout complément d’information, à: M. Abdur Rashid, Chef, ESCG, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-6-5705-4495, Courrier électronique: GIEWS1@FAO.ORG).
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