SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 

ALERTE SPECIALE No 285

(N’est distribué que pour les pays où la situation tant en ce qui concerne les cultures vivrières que les approvisionnements alimentaires est jugée préoccupante)

PAYS: REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

DATE: 3 septembre 1998


CRISE ALIMENTAIRE ET HUMANITAIRE IMMINENTE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO

La situation alimentaire et humanitaire actuelle et les perspectives en République démocratique du Congo (RDC) sont très préoccupantes. Depuis le début d'août, le pays est de nouveau plongé dans les troubles civils, un an à peine après le soulèvement qui a renversé l'ancien régime. A ce jour, les régions les plus touchées du pays sont les provinces orientales du Nord et du Sud Kivu, qui sont actuellement aux mains des rebelles, et la partie sud-ouest qui s'étend de l'estuaire du fleuve Congo à la capitale Kinshasa, et comprend les villes de Banana, Mwanda, Boma et Kitona, le port d'importance stratégique de Matadi et la grande centrale hydroélectrique d'Inga. D'après les indications dont on dispose, la plus grande partie de cette zone a été reprise par les troupes gouvernementales avec l'appui de forces d'intervention de certains pays voisins, mais au prix de pertes considérables de vies humaines et de déplacements de population.

Pendant la brève période pendant laquelle cette région sud-ouest a été aux mains des rebelles, l'accès du pays aux routes maritimes de l'océan Atlantique a été coupé, ce qui a entraîné une forte hausse des prix des produits importés, en particulier les denrées alimentaires, à Kinshasa et dans d'autres centres urbains, réduisant considérablement l'accès à la nourriture des pauvres des zones urbaines. La situation a été aggravée par des coupures d'électricité effectuées par les rebelles qui contrôlaient la centrale électrique d'Inga qui alimente Kinshasa, Brazzaville dans la République voisine du Congo, ainsi que les centres d'extraction du cuivre de la province du Shaba dans le sud-est, d'où une importante perturbation des activités industrielles et commerciales, en particulier pour la distribution des aliments.

La partie orientale de la RDC est menacée par une crise humanitaire beaucoup plus aiguë si les combats s'intensifient, ce qui paraît probable. Ceci aurait des incidences dévastatrices sur les approvisionnements alimentaires au plan régional et pourrait entraîner une catastrophe humanitaire qui risquerait de faire sombrer l'ensemble de la région des grands lacs et au-delà. Cette région de la RDC est plongée dans un état d'insécurité depuis la crise des réfugiés rwandais de 1994, diverses milices armées terrorisant les populations locales. On estime que plus de 80 pour cent des populations rurales du Nord et du Sud Kivu ont été obligées de quitter leurs habitations au moins une fois pendant les 12 derniers mois. Ces déplacements constants de population ont prélevé un lourd tribut sur la production vivrière et l'économie locales, ce qui a entraîné de grandes difficultés d'approvisionnements alimentaires et des taux élevés de malnutrition.

La sécurité alimentaire du pays a également été compromise par des phénomènes naturels. Les fortes pluies et les graves inondations dues à El Niño qui ont sévi pendant la première campagne agricole de 1998 (campagne A) et qui ont endommagé un peu partout les cultures et les infrastructures (routes, ponts, voies ferrées) ont aggravé la situation alimentaire déjà précaire de la plupart des familles. De surcroît, nombre de ménages d'agriculteurs n'ont pu, essentiellement faute d'intrants, tirer tout le profit des conditions météorologiques favorables pendant la campagne B qui vient de se terminer. En outre, l'aide humanitaire a été très limitée, en raison de problèmes de sécurité.

Par conséquent, une intensification du conflit dans la région orientale du pays aurait des incidences graves pour une population déjà fragilisée par ailleurs. La campagne A vient de commencer dans la région des grands lacs; l'intensification du conflit compromettrait les activités agricoles et entraînerait de graves pénuries alimentaires dans les prochains mois, aggravant la situation précaire des approvisionnements alimentaires dans l'est du pays. Mais surtout, on peut s'attendre à de vastes déplacements de populations à la recherche d'aliments et de sécurité, à la fois dans le pays et vers les pays voisins. Les pays qui risquent le plus de souffrir de ce conflit sont le Rwanda et le Burundi, qui ont déjà tous deux leurs propres conflits internes et problèmes d'approvisionnements alimentaires, et qui sont donc les moins à même d'accueillir des réfugiés. Déjà, on indique que des réfugiés de la RDC arrivent au Burundi, au Rwanda et en Tanzanie. D'autres pays risquent également d'être touchés: la République du Congo, l'Ouganda, la Tanzanie, la Zambie, la République centrafricaine et même l'Angola. Il est donc indispensable que la communauté internationale et les gouvernements concernés mettent d'urgence en place des plans d'intervention pour qu'une nouvelle grave crise humanitaire puisse être évitée.



 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser, pour tout complément d’information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG)
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