SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 

RAPPORT SPÉCIAL

FÉDÉRATION DE RUSSIE

9 novembre 1998

Faits saillants

  • A cause des périodes de sécheresse prolongées et des températures élevées, la production vivrière est en baisse brutale cette année. Selon les prévisions, la production céréalière totale de 1998 aurait chuté de 43 pour cent par rapport au niveau de 1997.

  • La faible rentabilité limitera les importations céréalières commerciales. Les disponibilités des pays habituellement exportateurs sont restreintes. Selon les projections actuelles, les réserves céréalières tomberont à des niveaux dangereusement bas à la fin de la campagne de commercialisation, mais des importations supplémentaires pourraient améliorer la situation.

  • Aucune réduction importante des disponibilités nationales d’aliments de base n’est prévue, mais les obstacles aux échanges intérieurs pourraient entraîner des pénuries locales dans les mois à venir. Les populations urbaines à faible revenu sont les plus exposées au risque d’insécurité alimentaire.

 


1. VUE D’ENSEMBLE


Le présent rapport est établi sur base des renseignements recueillis au cours de la mission d’enquête de la FAO qui s’est rendue en Fédération de Russie en mi-octobre 1998. Des échanges de vues ont eu lieu avec des représentants des pouvoirs publics, des négociants en produits alimentaires, des instituts de recherche et des analystes du marché. Le présent rapport a pour objet de préciser les perspectives concernant les approvisionnements alimentaires et fourragers, la demande et les échanges jusqu’au milieu de 1999, et de mettre en évidence les zones exposées au risque d’insécurité alimentaire. Cette analyse est nécessairement provisoire étant donné qu’une grande partie des données actuelles sont contestées et que les marchés des produits alimentaires fluctuent continuellement, à la suite de la dévaluation du rouble en août et de la crise financière.

La forte chute de la production céréalière intérieure de cette année s’explique principalement par la sécheresse et par les températures élevées qui ont sévi de la mi-juin jusqu’en août. Selon les estimations provisoires, la production céréalière totale (y compris les récoltes d’hiver et de printemps de 1997/98)) s’établirait à environ 50 millions de tonnes contre 86,7 millions de tonnes en 1997, la moyenne sur la période 1993-97 étant de 73 millions de tonnes. Ce recul reflète également la profonde tendance à la baisse de la superficie ensemencée et des rendements. Du fait des importants stocks de report, les approvisionnements fourragers totaux n’ont pas souffert du choc subi par la production. Par ailleurs, la demande intérieure de produits d’affouragement devrait continuer à régresser.

Les perspectives concernant les échanges céréaliers pour le reste de la campagne 1998/99 sont incertaines. Selon les prévisions actuelles, malgré la chute de la production, les importations commerciales ne devraient augmenter que très légèrement. Du fait de la qualité relativement bonne de la récolte de cette année, la demande d’importations de céréales alimentaires ne devrait progresser que modérément. Cependant, ces prévisions sont fondées sur l’hypothèse que les stocks seront réduits au strict minimum, ce qui comporte un risque d’accroissement des coûts et/ou de goulets d’étranglement d’ordre logistique. Des importations supplémentaires permettraient d’améliorer la situation. Les politiques en matière de marché et

de prix intérieurs sont fluctuantes et, compte tenu de la dévaluation du rouble et des problèmes de liquidités, l’issue des négociations portant sur le troc et le recouvrement de la dette avec les principaux partenaires commerciaux et institutions financières internationales constituera un élément déterminant. Un recul notable des produits alimentaires de transformation importés est attendu.

Dans l’ensemble, la demande alimentaire totale de céréales ne subira pas le contrecoup des bouleversements macro-économiques et des perturbations météorologiques, et elle pourrait même augmenter à mesure que les consommateurs renoncent aux produits alimentaires de transformation, du fait de leur coût. Ce tableau général de la situation dissimule de profondes inégalités en matière de sécurité alimentaire entre les diverses zones géographiques et les divers groupes socio-économiques. Les zones reculées du nord et de l’extrême est du pays risquent de devoir faire face à un approvisionnement alimentaire irrégulier et à des prix élevés. Les mesures locales visant à limiter les échanges commerciaux pourraient aggraver la situation déjà tendue du marché. Les groupes socio-économiques les plus vulnérables, retraités, orphelins, chômeurs et ménages tributaires d’un traitement versé par l’Etat, peuvent s’attendre à un hiver difficile, surtout dans les grandes villes industrielles en difficulté.


2. APPROVISIONNEMENTS ALIMENTAIRES


2.1 Production d’hiver et de printemps de 1997/98

2.1.1 Superficies ensemencées

Selon les estimations officielles, les superficies consacrées aux cultures d’hiver et de printemps de 1997/98, prises conjointement, ont été inférieures de quelque 6,7 pour cent par rapport à la moyenne de 1992/93-1996/97. La régression enregistrée cette année s’explique dans une large mesure par la baisse tendancielle de la superficie cultivée qui a commencé en 1977. Ce processus de longue durée est imputable à l’appauvrissement du sol en nutriments, qui a conduit à laisser une plus grande superficie en jachère pendant plus longtemps ainsi qu’à l’érosion.

Ce recul s’est accéléré au cours des 8 dernières années pour des raisons à la fois structurelles et liées au marché. Du fait des réductions massives des subventions en faveur des intrants et des fréquentes réorientations de l’intervention de l’Etat sur le marché de gros, la production agricole est devenue plus risquée et moins rentable depuis la fin des années 80. L’érosion de la rentabilité, à laquelle s’ajoutent des services de crédit, de fourniture d’intrants et de commercialisation sous-développés et inefficaces, a entraîné un désinvestissement important dans le secteur agricole. Malgré la réduction générale des emblavures au cours des dernières années, la superficie moyenne labourée par tracteur en état de marche a progressé de cinq pour cent entre 1997 et 1998. Le parc des tracteurs en état de marche a diminué d’un tiers depuis le milieu des années 80. En outre, les machines actuelles sont peu fiables et dépassées. Le remplacement du parc a été réduit pratiquement à néant à mesure que la production intérieure s’effondrait, et le système de crédit agricole, habituellement fondé sur des contrats à terme sur récolte, n’est pas adapté aux dépenses d’équipement. Le mauvais état du parc a également entraîné une augmentation des coûts variables de production, d’où les pressions exercées sur une infrastructure faible, s’agissant des pièces détachées, du carburant et des lubrifiants.

La dépréciation des équipements explique en partie la baisse des superficies cultivées enregistrées ces dernières années. La superficie sous céréales et la superficie cultivée annuelle totale de cette année sont conformes à l’évolution observée sur 10 ans, ce qui fournit une explication satisfaisante, corroborant la conclusion selon laquelle aucune contrainte économique inhabituelle ne s’exerce cette année. Localement, les fortes averses de mai ont considérablement gêné les semis de printemps. En revanche, dans trois oblasts de la région de Povolzhsky, les semis ont été réduits en raison de la sécheresse anormale du sol.

La superficie sous céréales (qui a chuté de 14 pour cent entre 1993 et 1998) tend à régresser malgré la nette reconversion de terres ensemencées en cultures industrielles et fourragères en terres sous cultures céréalières. La superficie totale ensemencée en lin, betterave à sucre et fourrage a été réduite de 27 pour cent depuis 1993. D’après les données relatives à la superficie (présentées au tableau 1 ci-dessous), il y a eu également d’importantes réorientations parmi les cultures vivrières. La superficie consacrée au blé, qui a augmenté par rapport à l’an dernier, dépasse de quelque 6 pour cent la moyenne de 1993-1997, ce qui reflète la tendance générale à l’abandon des céréales fourragères prédominantes (orge, seigle et avoine) au profit des cultures vivrières. Le baisse brusque enregistrée dans les effectifs du cheptel et la demande de produits d’affouragement ont amélioré la rentabilité relative des céréales vivrières. Cette année, la réorientation a été particulièrement nette étant donné que d’importants stocks de report de blé fourrager avaient été constitués (plus de 50 pour cent de la récolte de blé de 1997 avait été classée comme blé fourrager).

Tableau 1: Superficies consacrées aux principales cultures vivrières en 1993-98 (milliers d’hectares)

Culture
1993 1994 1995 1996 1997 1998 1998 en %
de la moyenne
sur cinq ans
Blé 24 666 22 190 23 909 25 707 26 114 26 151 106.7
Orge 15 478 16 404 14 710 11 792 12 619 11 969 84.3
Maïs 800 524 643 622 853 1 021 148.3
Seigle 6 000 3 903 3 247 4 149 3 994 3 828 89.9
Avoine 8 402 8 333 7 928 6 904 6 510 5 290 69.5
Mil 1 464 1 002 698 1 228 1 077 960 87.8
Sarrasin 1 808 1 760 1 618 1 373 1 116 1 214 79.1
Riz 261 193 171 172 152 146 76.9
Total Céréales 58 879 54 309 52 924 51 947 52 435 50 579 93.5
Légumineuses 2 042 1 962 1 784 1 430 1 402 1 210 70.2
Céréales & légumineuses 60 921 56 271 54 708 53 377 53 837 51 789 92.8
Pommes de terre 3 548 3 337 3 409 3 404 3 330 3 263 96
Légumes 684 709 758 737 740 738 102


Source: Source officielle (GOSKOMSTAT)

Graphique 1 : Superficie ensemencée en blé et superficie totale consacrée aux céréales 1988-1998 (milliers d'hectares)

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2.1.2 Production agricole vivrière

Il y a peu de chances pour que les estimations officielles de la production de céréales et de légumineuses de 1998 soient disponibles avant février 1999. Du fait de la complexité même des données (recueillies au niveau des parcelles d’appoint, des parcelles des ménages, des grandes entreprises agricoles et des exploitations privées), de leur volume et du caractère décentralisé de leur collecte, il est peu probable qu’elles soient mises en circulation plus rapidement. Fin octobre, la récolte était en grande partie achevée, mais toutes les données concernant la production et les rendements agricoles contiennent des éléments prévisionnels, et on ne dispose pas de données systématiques, complètes, sur des livraisons ou des échantillons.

Jusqu'à ce que les données officielles soient diffusées, toutes les estimations devraient être traitées avec prudence. Au moment de la rédaction du présent rapport, la récolte céréalière s’établirait, selon les prévisions officielles, à quelque 48 millions de tonnes, maïs non compris. Une source commerciale non officielle, affirmant que les résultats ont été manifestement sous-estimés, a avancé le chiffre de 65 millions de tonnes. La principale raison évoquée pour cette sous-comptabilisation serait le souhait d’échapper aux taxes ou au remboursement des prêts agricoles. De grandes quantités de céréales sont souvent stockées à la ferme plutôt que d’être livrées aux silos élévateurs où les quantités peuvent être contrôlées avec une plus grande efficacité.

La contestation des données officielles porte dans une large mesure sur des petits échantillons locaux qui ne peuvent pas être utilisés en vue d’une induction au niveau national, étant donné que les moyens en matière de statistiques et les incitations à sous- ou sur-comptabiliser la production varient de région à région. En conséquence, aucune méthode objective ne peut être appliquée pour ajuster les prévisions officielles afin de tenir compte de la sous-estimation de la production, et il n’existe aucune autre source de données, systématique et exhaustive. Les sources officielles n’ont pas fourni de ventilation par produit, ce qui rend les prévisions concernant les céréales encore moins concrètes. D’après des sources commerciales, des instituts de recherche et des sources officielles, la récolte de blé de la région (y compris le blé d’hiver et de printemps) atteindrait de l’avis général 26 à 27 millions de tonnes. Le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation estime que le blé de qualité alimentaire constitue 76 pour cent de ce total, mais, selon des sources commerciales, cette proportion serait plus près de 70 pour cent. Environ 47 pour cent de la récolte de 1997 avait été classée comme blé alimentaire. Cet accroissement peut être attribué à la teneur en humidité plus faible de la récolte de cette année. En outre, les taux de détérioration de la qualité au cours de l’emmagasinage seront nettement inférieurs à ceux de l’an dernier. En effet, une grande partie de la récolte avait été stockée sans être couverte et les installations avaient été utilisées à la limite de leur capacité.

En l’absence de critère objectif d’évaluation et de correction des prévisions, toutes les données présentées ci-dessous représentent «l’estimation la plus plausible », corroborée par des échanges de vues avec des personnes bien renseignées. Pour cette raison, le présent rapport met l’accent sur une évaluation plus qualitative.

Tableau 2: Production de denrées alimentaires de base pour 1993-1997 et prévisions pour 1998 (milliers de tonnes)

Culture
1993 1994 1995 1996 1997 1998 % de la moyenne
sur
cinq ans
Blé 43 547 32 132 30 123 34 883 44 258 26 000 70
Orge 26 843 27 054 15 786 15 908 20 786 11 500 54
Céréales secondaires 51 960 45 958 31 282 32 215 42 185 23 405 57
Total Céréales 1 96 195 78 613 61 867 67 487 86 771 49 685 64
Légumineuses 2 898 2 677 1 592 1 793 1 250 900 44
Céréales et légumineuses 99 093 81 290 63 459 69 280 88 021 50 585 63
Pommes de terre 37 650 33 828 39 909 38 529 37 040 35 000 94
Légumes 9 827 9 621 11 275 10 716 11 130 10 500 100


1/ Riz paddy inclus
Source: Source officielle pour 1993-1997 (GOSKOMSTAT); prévisions indicatives de la FAO pour 1998.

Graphique 2: Production de blé et production céréalière totale 1988-1998

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2.1.3 Les causes de la réduction de la production agricole en 1998

La baisse brutale de la production agricole de 1998 par rapport à celle de 1997 (qui a été relativement bonne) n’est guère mise en doute, et ses causes ne sont pas non plus contestées. Le blé d’hiver a subi des pertes considérables dues au gel et les rendements devraient être inférieurs de quelque 15 pour cent par rapport à la moyenne des cinq dernières années et légèrement inférieurs à ceux de 1997, année où les pertes dues au gel ont été particulièrement élevées. Si l’on ajoute à cela une diminution des semis de blé d’hiver, tout laisse à penser que la production sera nettement réduite.

Jusqu’en mai/juin 1998, les analystes du secteur public ont espéré que les rendements des cultures de printemps seraient proches de ceux de 1997. L’application d’engrais a été comparable à celle de l’an dernier et une importante enveloppe de crédit agricole, reposant essentiellement sur des contrats à terme sur récolte, a été mise à disposition. Il faut noter que la campagne étant déjà bien avancée, la crise financière et le recul du rouble n’ont pas eu d’impact déterminant sur la production. La principale cause de ce brusque fléchissement de la production de printemps est la sécheresse.

Après les conditions généralement favorables qui ont régné en mai, au moment de la levée et des premiers stades de développement des cultures de printemps, un temps sec et chaud a sévi sur une grande partie de la zone céréalière à partir de début juin jusque vers la mi-août. Une période prolongée de hautes pressions sur les principales zones de production du sud a provoqué une vague de chaleur dans l’ensemble des régions de la vallée de la Volga, de l’Oural et de la Sibérie occidentale. Dès la troisième décade de juin, certaines zones du nord du Caucase et des régions centrales des terres noires ont été également frappées par la sécheresse. Un faible front froid a amené quelques précipitations et des températures plus fraîches dans les régions du centre, des terres noires et de la Sibérie occidentale au cours de la troisième décade, mais la chaleur et la sécheresse ont persisté dans la vallée de la Volga, le nord du Caucase et l’Oural. Des pluies et des températures plus fraîches fin juin et début juillet ont apporté un léger répit dans certaines parties des régions du nord-ouest, du centre et de la Volga Vyatsk. Pendant le reste du mois de juillet, les températures ont été élevées et les précipitations faibles dans la plupart des régions, sauf dans les zones de l’ouest et du nord-ouest qui ont reçu quelques pluies. Dans les principales zones productrices, les cultures ensemencées au printemps ont souffert pendant les stades de la reproduction ou de l’épiaison. Dans la région de la Volga, dans les zones centrales des terres noires et dans le nord du Caucase, un temps sec et chaud a prévalu jusque vers la mi-août. Les températures plus fraîches et les averses éparses enregistrées dans une grande partie de la zone fin août et début septembre sont arrivées trop tard pour avoir un effet sur le résultat final.

Les conditions météorologiques de la fin de la campagne ont été généralement favorables pour la moisson. En septembre et en octobre, les températures ont été douces (2 à 3 degrés au-dessus de la normale), avec des averses légères et éparses. En Sibérie occidentale, des pluies plus fortes et les premières neiges ont gêné la récolte et entraîné une importante détérioration de la qualité.

Selon les premières prévisions, toutes les régions de la Fédération de Russie seraient touchées par la baisse de la production agricole. C’est dans les régions de l’Oural et de Povolzhsky que la baisse risque d’être la plus importante (avec une production ramenée respectivement à environ 60 et 50 pour cent de la moyenne des cinq dernières années) ; viennent ensuite la Volga-Vyatka et la région du Nord. Dans les régions de Sibérie orientale et de Chernozem centrale, le fléchissement devrait être moins spectaculaire, de l’ordre de 15 à 20 pour cent.

Il faut noter qu’au cours des 8 dernières années, les rendements des cultures céréalières ont accusé une légère tendance à la baisse, en particulier ceux du blé et de l’orge. Cette tendance témoigne de la concentration traditionnelle de la production céréalière dans les grandes entreprises, qui ne sont pas parvenues à se restructurer pour s’adapter au passage à un système fonctionnant selon les mécanismes du marché. Même avant la crise financière, la plupart des grandes entreprises perdaient de l’argent ou rentraient juste dans leurs frais, restant à flot seulement grâce à des prêts à des conditions de faveur et à un recouvrement inopérant de la dette. Le manque d’efficacité peut être attribué à de nombreux facteurs : développement insuffisant des structures du marché en aval et en amont et faible taux de pénétration , politiques locales défavorables en matière de prix et de propriété foncière, et mauvaise gestion des exploitations.

Les services en amont, irréguliers, souffrent d’une mauvaise gestion et courent des risques élevés (de non-paiement) liés à la fourniture d’intrants. Diverses organisations commerciales sont apparues sur le marché intérieur, notamment de gros négociants en céréales privés et des opérateurs locaux moins importants, qui ont en partie remplacé les organismes para-étatiques d’achat. Cependant, les avantages d’un commerce de gros plus compétitif doivent encore se concrétiser sous forme de signaux du marché transparents au niveau de la ferme. Les insuffisances du secteur en aval persistent pour des raisons complexes, qui varient d’un oblast à l’autre. Les contraintes les plus fréquentes sont les suivantes :

Du fait du manque d’informations détaillées sur les prix, et de l’absence de marché des opérations à terme, les soumissions risquent aussi de ne pas être assez élevées. Les entreprises agricoles sont souvent mal renseignées sur les prix en vigueur, à la production et à la livraison au silo. Le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation a entrepris un projet expérimental d’information sur les prix, mais les données recueillies (venant d’environ 30 oblasts) ne sont pas largement diffusées.

Dans ces conditions, il n’est pas réaliste d’espérer une gestion efficace des exploitations, avec l’appui de prêts agricoles assortis de conditions de faveur mais essentiellement soumis à un rationnement. En outre, le transfert rapide de propriété à des sociétés par actions n’a pas été accompagné d’un remaniement effectif au niveau de la gestion des exploitations. En raison des incertitudes entourant la propriété, les incitations à pratiquer une meilleure gestion font souvent défaut. Le fait que les gestionnaires connaissent mal les « lois de l’économie de marché », particulièrement complexes dans le cas des producteurs de céréales, est une autre raison fréquemment évoquée à propos de l’inefficacité.

Compte tenu des importantes économies d’échelle, la grande entreprise prédomine dans le secteur de la production de céréales, ainsi que de betterave à sucre et d’oléagineux. Selon des estimations officielles, seuls 7 pour cent de la production céréalière de 1997 provenaient d’exploitations privées ou de parcelles familiales, ce qui représente la proportion la plus faible parmi tous les pays de la CEI, même si elle a considérablement augmenté depuis 1991. Par contre, les pommes de terre et les légumes sont principalement cultivés sur des parcelles familiales et dans des exploitations privées. Ces dernières années, la production de ces parcelles a augmenté à la fois en valeur relative et en valeur absolue. Cependant, cette année, la récolte de pommes de terre devrait être inférieure de 6 à 7 pour cent à la moyenne de 1993-1997. La sécheresse du sol a gêné les semis et réduit les rendements, et les pluies enregistrées à la fin de la campagne ainsi que la rouille ont également causé des dégâts. Le chiffre récapitulatif national ne rend pas compte des grandes variations de production entre les divers oblasts. La production de légumes, qui a également souffert de l’insuffisance des précipitations, devrait baisser par rapport à la bonne récolte de l’an dernier et atteindre un niveau proche de la moyenne des cinq dernières années. Des cultures intercalaires sont souvent pratiquées sur les parcelles familiales, si bien que globalement le risque lié aux conditions météorologiques est moindre que dans les grandes exploitations.

2.2 Stocks céréaliers

Le niveau des stocks céréaliers d’ouverture pour 1998/99 fait l’objet d’une vive controverse. Les renseignements disponibles à ce sujet sont loin d’être complets. L’essentiel des stocks est conservé dans des réserves céréalières régionales, utilisées généralement pour des interventions sur le marché visant à stabiliser les prix du pain, ou par des entreprises agricoles. Les entreprises sont tentées de sous-comptabiliser les stocks afin d’éviter des taxes et des commandes d’Etat. Il n’y a pas de données publiées disponibles sur les stocks conservés au niveau fédéral. Ces derniers rentrent dans deux catégories : stocks de roulement pour « usagers particuliers » (par exemple, militaires, détenus) et réserves d’urgence aux fins d’aide humanitaire en cas de catastrophe naturelle ou causée par l’homme. Les estimations non officielles de ces stocks vont de 1 million à 1,6 million de tonnes de céréales alimentaires. Les stocks détenus par les grossistes et les détaillants du circuit commercial sont probablement sous-comptabilisés.

Selon les estimations officielles, au 1er juillet 1998, les stocks céréaliers de la région s’élevaient à 20 millions de tonnes (sans compter les nouveaux stocks), chiffre qui a été contesté mais qui est plausible, compte tenu des prix anormalement bas enregistrés pour les céréales au début de la campagne commerciale 1998/99, tout au long de la chaîne de commercialisation et pour toutes les qualités.

Même s’il n’y pas de données disponibles sur la composition des stocks de report par produit et par qualité, il est probable qu’ils sont principalement constitués de céréales fourragères, du fait de la mauvaise qualité des récoltes d’hiver et de printemps de 1997. En outre, on estime qu’après l’amélioration inattendue de la production de l’an dernier, le stockage à la ferme en grandes quantités, dans des entrepôts ou des greniers non couverts (plutôt que dans des silos après livraison aux élévateurs), a entraîné des pertes supplémentaires à cause des dégâts causés par des insectes et des champignons.

Les analystes des secteurs public et privé s’attendent à d’importants prélèvements en 1998/99. La récolte étant médiocre, il est à prévoir que les stocks de report atteindront un niveau extrêmement bas à la fin de juin 1999, à moins que les importations commerciales n’augmentent très fortement par rapport aux prévisions actuelles (voir section 4). D’après les projections actuelles, les stocks de clôture de 1998/99 couvriront à peu près la demande d’un mois, et les possibilités de garder des réserves d’urgence seront très réduites.


3. DEMANDE INTÉRIEURE DE CÉRÉALES EN 1998/99

 

3.1 Le secteur de l’élevage et la demande d’aliments du bétail

Depuis 1991, les cheptels de bovins, de porcins et de petit bétail diminuent. Le nombre des volailles a légèrement progressé en 1997 et au cours du premier semestre de 1998. Les ventes intérieures de viande de volaille ont augmenté juste après l’effondrement du rouble. Dès septembre cependant, le marché était saturé, car les fournisseurs n’avaient pas prévu le brusque fléchissement de la demande.

On peut s’attendre dans les prochains mois à une certaine reprise de la demande, en particulier de volailles. La demande russe de produits animaux est généralement saisonnière, avec un maximum au milieu de l’hiver, quand la demande de matières grasses est la plus forte. Au taux actuel de change, et du fait que les exportations de volailles américaines sont en perte de vitesse à cause des difficultés rencontrées pour le remboursement, les producteurs nationaux sont devenus plus compétitifs. En 1997 et 1998, le secteur de la production avicole a bénéficié d’investissements directs considérables, intérieurs et étrangers, et la capacité des élevages a augmenté, surtout aux alentours de Moscou.

Il est cependant peu probable que cette situation plus avantageuse suscite une réaction énergique visant à augmenter l’offre au niveau de la production avicole intérieure. La croissance du deuxième semestre sera négligeable. La difficulté d’obtenir du carburant pour les élevages reste un obstacle crucial. En outre, pour augmenter notablement l’offre, il faudrait apporter d’importantes modifications à la composition des produits d’affouragement et résoudre le problème de l’insuffisance des disponibilités intérieures en protéines destinées à l’alimentation des animaux. L’industrie des aliments du bétail, fortement tributaire des protéines de soja importées, a été touchée par la dévaluation du rouble et par la crise des liquidités. Les importations de soja et d’aliments composés étant maintenant négligeables, il est nécessaire de procéder à des restructurations. Compte tenu de la récolte de tournesol relativement bonne engrangée en 1998, les disponibilités de tourteau de tournesol devraient augmenter, mais cet accroissement ne compensera sans doute pas la baisse des approvisionnements en soja. Les exportations de tournesol ont temporairement régressé, les autorités locales des grandes zones de production ont érigé des obstacles matériels ou juridiques à la circulation des produits. Ces barrières pourraient s’effondrer par suite de la pression fiscale exercée sur les autorités locales, qui les inciterait à accroître les exportations à l’étranger. En outre, la teneur en protéines du tourteau de tournesol est inférieure à celle du soja. Au taux de change actuel (environ 17 roubles/dollar des Etats-Unis), les importations de soja sur une grande échelle risquent de ne pas être rentables jusqu'à la fin de 1998. Une réduction des tarifs douaniers sur les importations de protéines destinées à l’affouragement serait à l’étude.

Le secteur de la fabrication industrielle des aliments du bétail est caractérisé par de grandes unités de production, par la prédominance de la part du marché local et par une majoration des prix nuisant à la compétitivité. Ces grandes installations, qui n’utilisent qu’une petite fraction de leur capacité, sont généralement inefficaces. Elles rencontrent actuellement des difficultés pour se procurer le crédit nécessaire aux achats de matières premières. Malgré les investissements récents et les subventions accordées aux installations situées près de Moscou et de Saint-Pétersbourg, l’irrégularité des approvisionnements et la hausse des prix des produits d’affouragement industriels ont incité de nombreuses entreprises agricoles à fabriquer leurs propres aliments composés à la ferme.

Le secteur du bœuf n’a cessé de régresser depuis 1991, ce qui témoigne de la faible demande, en baisse, et des graves carences des unités de production et de transformation. La demande de viande étant relativement élastique par rapport au revenu, la baisse des revenus réels a eu de graves répercussions. Les gains de poids par unité d’aliment du bétail sont beaucoup plus faibles que ceux des principaux concurrents étrangers et les périodes moyennes d’engraissement sont plus longues. Les animaux sont souvent en mauvaise santé en raison de l’insuffisance des équipements vétérinaires, du coût élevé des médicaments et des vaccins, et de la teneur trop basse des aliments du bétail en micro-nutriments. En outre, le patrimoine génétique du cheptel s’est détérioré, même si quelques initiatives ont été prises récemment pour introduire des espèces étrangères de bœufs de boucherie à rendement plus élevé.

La production laitière s’est de plus en plus déplacée des grandes unités de production vers les petits exploitants. Non moins de 50 pour cent de la production vient maintenant d’unités familiales et de petites exploitations privées. Les effectifs des troupeaux de vaches ont commencé à se stabiliser en 1997 et, cette année, la production de lait pourrait augmenter. Les importations de beurre, de fromage et de lait en poudre devenant moins concurrentielles, la petite production laitière pourrait également progresser.

Certains indices tangibles portent à croire que des gains d’efficacité sont réalisés dans le secteur du porc, avec notamment une réduction des taux de mortalité et une augmentation des taux de naissances vivantes par truie. Compte tenu des blocages dans le secteur des produits d’affouragement, de la faiblesse de la demande effective et du recul ininterrompu du secteur de la transformation de la viande, les effectifs des bœufs de boucherie et des porcins risquent de diminuer jusqu'à la fin de la campagne 1998/99, ce qui aura un impact notable sur la demande d’aliments du bétail.

Tableau 3: Cheptel au début de l’année civile par secteur (milliers de têtes)


1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
Bovins 57 043 54 677 52 226 48 914 43 296 39 696 35 103 33 000 29 000
dont vaches 22 057 20 564 20 243 19 831 18 398 17 436 15 874 14 500 14 000
Porcins 38 134 35 384 31 519 28 557 24 859 22 631 19 115 17 300 16 500
Ovins et Caprins 58 195 55 255 51 368 43 712 34 540 28 027 22 772 16 774 15 000
Volailles (millions) 660 652 568 567 520 423 368 380 400


Source : Source officielle (GOSKOMSTAT) et prévisions de la FAO pour 1999.

Il est improbable que des changements structurels dans les secteurs de la fabrication industrielle des produits d’affouragement, de la volaille, du porc et du bœuf stimulent une saine reprise de la production intérieure avant la fin de la campagne commerciale 1998/99. En raison de la baisse des effectifs des cheptels porcin et bovin, le volume de céréales nationales utilisé pour répondre à la demande d’aliments du bétail devrait chuter de quelque 7 pour cent par rapport à 1997/98.

3.2 Demande alimentaire totale de céréales

Selon les données officielles, la consommation alimentaire des principales céréales par habitant serait relativement stable. Elle n’est pas très élastique par rapport au revenu ou aux prix, si bien que même une forte augmentation des prix (au cas où il s’avérerait que les prix réglementés du pain ne peuvent pas être maintenus) n’aurait qu’un effet limité sur la demande. Vu la proportion élevée de céréales de mouture dans la récolte de cette année, il est improbable que leur prix réel augmente fortement. En outre, quand les temps sont durs, il est courant que des consommateurs acceptent le blé fourrager « conditionnel » (qui ne répond pas, en matière de teneur en gluten et de qualité, à la définition stricte des types de blé alimentaire 1-3). Il est probable que la demande par habitant reste proche de la moyenne récente.

La population devrait diminuer d’ici la fin de 1998. Le faible taux de fécondité et l’espérance de vie relativement courte expliquent cette chute. Les années précédentes, la diminution du taux d’accroissement naturel était en partie compensée par les afflux nets de migrants, venant principalement d’autres pays de la CEI. Ces flux migratoires pourraient être réduits par suite de la crise récente. Le dernier recensement général de la population remonte à 1989. Du fait des importants mouvements démographiques survenus depuis, des estimations extrapolées risqueraient de ne pas être fiables. Un autre recensement n’est pas prévu dans l’immédiat.

La dévaluation du rouble a entraîné une forte hausse des prix des produits alimentaires de transformation importés. La demande de pâtes par exemple s’est effondrée. Un phénomène de substitution par des produits de boulangerie locaux pourrait se produire dans les classes moyennes urbaines. En raison de la baisse prévue du revenu moyen des ménages, les denrées alimentaires de transformation pourraient également être remplacées par des produits de base céréaliers et des pommes de terre.

Selon les estimations actuelles, la consommation moyenne de céréales, de légumineuses et de pommes de terre par habitant sera plus que suffisante pour couvrir les besoins énergétiques minima, ce qui n’exclut pas que certains groupes de population puissent être exposés cette année au risque d’insécurité alimentaire (cette possibilité est examinée dans la section 5 ci-dessous).

3.3 Autres utilisations

La demande de semences baissera en 1998/99 ; en effet, il ne fait aucun doute que la superficie consacrée aux céréales d’hiver régressera et il est également fort probable que les semis de printemps accusent une baisse.

Dans la période suivant immédiatement la récolte, les taux de perte ont été moins élevés que d’habitude. Cette amélioration peut être en partie attribuée à la teneur en humidité relativement faible des céréales engrangées dans les grandes régions productrices, et également au volume réduit de la récolte, qui a permis d’avoir moins recours au stockage à ciel ouvert. Les pluies tardives ont causé des pertes localisées mais importantes en Sibérie mais, dans l’ensemble, les taux de perte sont très faibles pour toutes les grandes céréales.


4. PERSPECTIVES CONCERNANT LE COMMERCE DES CÉRÉALES EN 1998/99



4.1 Importations

En supposant que, par suite des prélèvements effectués, les stocks soient réduits à des niveaux minima, il serait nécessaire d’importer au moins 4 millions de tonnes de céréales pour couvrir les besoins de consommation projetés pour la campagne commerciale 1998/99 (juillet/juin). Selon les données de la FAO, les importations enregistrées en 1997/98 se sont élevées à 3,5 millions de tonnes (riz inclus) ; toutefois, il se peut que ce chiffre soit biaïsé vers le bas du fait des flux non comptabilisés.

Les prévisions pour 1998/99 sont tout à fait hypothétiques. Un certain nombre de facteurs ont entouré d’incertitudes un marché déjà instable. La plus évidente concerne le financement des importations et le taux de change. Le taux de change rouble/dollar semble maintenant fluctuer de 10 pour cent, autour d’un niveau égal à moins de la moitié du niveau antérieur à l’effondrement du rouble. L’incertitude entourant le taux de change augmentera évidemment les risques liés aux importations commerciales et, actuellement, les principaux négociants en céréales internationaux ne s’engagent pas. La plupart d’entre eux réclament les créances non recouvrées de transactions précédentes et ne sont pas disposés à s’exposer davantage au risque de non-paiement avec des clients locaux. En outre, les possibilités de couverture contre les fluctuations du taux de change sont limitées.

Alors que les perspectives concernant l’ensemble des importations de produits alimentaires, en particulier les denrées transformées et le poulet en morceaux sont sombres, plusieurs facteurs font penser que les importations de blé remonteront. Premièrement, les cours mondiaux restent relativement bas et le gouvernement a réduit les tarifs douaniers et les frais de transport intérieur. Deuxièmement, les prix intérieurs actuels du blé risquent de subir de fortes pressions à la hausse, étant donné que les prix réglementés, qui n’ont pas été entièrement indexés sur le coût de la vie, ne peuvent pas être maintenus. Troisièmement, le marché des céréales peut échapper en partie aux contraintes pressantes liées aux liquidités par le biais d’opérations de troc, devenues relativement communes même avant la crise financière.

La question des opérations de troc à l’intérieur de la CEI a déjà été soulevée. Un accord est prévu avec l’Ukraine, au titre duquel du blé alimentaire serait importé en échange de la passation de dettes par profits et pertes ou de pétrole. La récolte céréalière d’Ukraine a également sérieusement souffert de la sécheresse, mais, à en juger par le pourcentage élevé de blé alimentaire et les importants stocks de report, cette source pourrait assurer des approvisionnements dépassant 1 million de tonnes. Il serait également question d’opérations de troc portant sur des céréales avec des pays extérieurs à la CEI, mais on ignore les détails.

Au Kazakhstan, les stocks de report enregistrés sont importants et, malgré la sécheresse, les excédents exportables pourraient potentiellement couvrir la demande d’importation russe relative à cette source. De plus, l’estimation officielle de la récolte comporte probablement un biaïs vers le bas. D’énormes incertitudes entourent cependant les exportations vers la Fédération de Russie en 1998/99. La question de la qualité des approvisionnements a été soulevée. Même si le plus gros de la récolte est classé comme alimentaire, une partie du stock de report est vieille et a été rétrogradée au niveau des qualités « conditionnelle » et fourragère. Actuellement, les importations de blé alimentaire du Kazakhstan ne sont pas rentables. Les possibilités d’opérations de troc sont moins évidentes et des marchés concurrents risquent d’être trouvés. La demande d’importation des autres acheteurs habituels concernant des céréales du Kazakhstan ne devrait être que légèrement inférieure à celle de l’an dernier ; de nouveaux marchés (comme la République islamique d’Iran) seraient par ailleurs recherchés. Tout compte fait, même en supposant qu’il n’y aura pas de nouvelle dévaluation du rouble et que les prix intérieurs russes augmenteront sensiblement, les importations venant du Kazakhstan baisseront probablement par rapport au niveau de l’an dernier (environ 2,5 millions de tonnes).

Les importations commerciales non subventionnées venant de pays extérieurs à la CEI seront strictement limitées. Des importations du Canada et des Etats-Unis sont à envisager pour l’extrême est de la Russie ainsi que des importations suivies de farine et de blé dur de qualité supérieure. Le volume des importations venant de pays extérieurs à la CEI est très incertain actuellement. Dans une grande partie des régions occidentales de la Russie, les prix actuels du blé à la sortie de la meunerie représentent à peine les coûts de transport maritime Etats-Unis/mer Baltique et de transbordement. Il ne fait aucun doute que cette situation changera si les prix réglementés du pain sont assouplis, mais (au taux de change actuel et au prix c.a.f.), il faudrait que les prix du blé de mouture à Moscou et à Saint-Pétersbourg triplent pour que les importations de pays extérieurs à la CEI deviennent profitables.

Des négociations portant sur des importations à des conditions de faveur ou subventionnées sont en cours avec les Etats-Unis et la CE. Au moment de la rédaction du présent rapport, les quantités précises et la composition par produit d’une opération d’aide globale n’avaient pas été révélées. Compte tenu des incertitudes entourant les disponibilités intérieures et les importations venant d’autres pays de la CEI, les importations à des conditions de faveur pourraient jouer un rôle important en soulageant la pression exercée sur le marché intérieur et en assurant des niveaux suffisants de stocks de report pendant la campagne de commercialisation 1999/2000. Etant donné que l’évolution de la situation intérieure, des cours mondiaux et du taux de change pendant le reste de la campagne commerciale ne peut pas être prévue, il serait inconsidéré d’indiquer une quantité précise. Le calendrier et la quantité des importations subventionnées doivent tenir soigneusement compte de la situation du marché afin d’éviter l’exclusion des importations venant d’autres pays. De même, s’agissant de la localisation, de l’importance et des modalités de ces apports sur le marché, il ne faut pas perdre de vue le risque d’éviction des échanges intérieurs ou de baisse excessive des prix à la ferme pour les producteurs locaux.

4.2 Exportations

Bien que la récolte d’orge de printemps ait sérieusement souffert dans les grandes zones de production, les stocks de report sont assez importants. En 1997/98, les ventes destinées à l’exportation ont été inférieures aux prévisions, en raison du faible niveau des cours mondiaux et des difficultés d’ordre logistique et contractuel entravant le commerce. La demande d’orge fourragère est faible sur les principaux marchés d’exportation russes, si bien qu’on ne peut espérer aucune progression importante des exportations. Les blocages du marché intérieur des produits d’affouragement et le taux de change favorable encourageront de nouvelles exportations de blé fourrager en 1998/99 mais à un niveau réduit. Il est probable que, du fait des disponibilités nationales restreintes, les prix intérieurs augmentent par rapport aux prix des exportations, limitant l’attrait du commerce extérieur. Selon les prévisions, les exportations totales de céréales fourragères (blé et orge) pour 1998/99 s’établiraient à 1,9 million de tonnes, soit quelque 700 000 tonnes de moins qu’en 1997/98.

Du fait de la non indexation des prix à la consommation du pain dans les grands centres consommateurs de Moscou et de Saint-Pétersbourg et du volume relativement important des stocks de blé disponibles, les meuneries n’ont pas été actives sur les marchés ces dernières semaines. Depuis la dévaluation du rouble, les exportations de blé de mouture, venant principalement des régions productrices de blé d’hiver de Rostov, ont grimpé en flèche. Le volume total est difficile à prévoir, mais il sera probablement de l’ordre de 150 000 tonnes. L’intérêt que présentent les exportations de blé de mouture risque de chuter brusquement, lorsqu’une pression à la hausse s’exercera sur les prix réglementés du pain dans les villes du fait de l’amenuisement des stocks. Certaines petites boulangeries ont déjà profité de la stagnation des échanges dans le secteur industriel, en vendant du pain à des prix largement supérieurs aux prix réglementés.

Il est également probable que les exportations de blé de mouture seront entravées par des barrières commerciales aux niveaux de la région et de l’oblast. Même si tous les droits à l’exportation sur les produits agricoles et les denrées alimentaires ont été officiellement abandonnés en avril 1996, de nombreuses autorités locales ont imposé des barrages routiers et/ou renforcé les règlements administratifs relatifs à la circulation des céréales.

Tableau 4 : Bilan de l’offre et de la demande de céréales pour 1997/98 et 1998/99 (en millions de tonnes)


Blé Total Céréales 1/
1997/98 1998/99 1997/98 1998/99
Offre 50.4 39. 6 96.7 73.3
Stocks d'ouverture 3.5 10.6 6.5 20.6
Production 44.2 26.0 86.6 49.0
Disponibilités intérieures totales 47.7 36.6 93.1 69.6
Importations 2.7 3.0 3.5 3.7
venant de pays extérieurs à la CEI (0.7) (0.7) (1.0) (1.1)
venant de pays de la CEI (2.0) (2.3) (2.5) (2.6)
Utilisation totale 50.4 39.6 96.7 73.3
Utilisation alimentaire 14.3 14.4 19.8 19.8
Utilisation fourragère 14.0 13.3 34.7 32.1
Autres utilisations 10.5 8.2 19.0 13.3
Exportations 1.0 0.7 2.7 2.1
Stocks de clôture 10.6 3 .0 20.6 6.0


1/ Comprend le riz en équivalent usiné.
Totaux calculés à partir de données non arrondies.
Sources : Diverses.


5. SÉCURITÉ ALIMENTAIRE


Le fait que, dans l’ensemble, les approvisionnements en produits alimentaires de base soient suffisants est trompeur: il existe de grandes inégalités dans la répartition du revenu et il est fortement probable que certains groupes de population spécifiques du pays souffriront des augmentations de prix des denrées alimentaires. Il semble qu’aucune étude systématique des populations à risque par zone géographique ou par groupe social ou démographique n’ait été conduite. La présente section ne vise pas à quantifier les risques ou à énumérer les populations à risque, mais elle présente simplement les principales sources de risque.

5.1 Risque de marché

Le Gouvernement fédéral a interdit d’imposer des pratiques restrictives en matière d’échanges intérieurs, mais les procédures de réglementation des prix et des stocks alimentaires ont été décentralisées. Par crainte de manquer d’approvisionnements plus avant dans la campagne et de rencontrer des difficultés pour maintenir le prix du pain au détail au niveau réglementaire, tous les oblasts où la production est excédentaire, sauf un, ont imposé des pratiques restrictives en matière de commerce des céréales. La rigueur et l’efficacité de ces restrictions sont variables, ainsi que les méthodes employées. Des mesures visant à empêcher toute sortie de céréales (en fermant hermétiquement les postes-frontières régionaux aux camions transportant des céréales) ne sont appliquées que dans de rares cas. Par contre, les restrictions imposées à la délivrance d’autorisations professionnelles et les lenteurs bureaucratiques sont monnaie courante presque partout.

Tout le monde reconnaît que les conséquences des barrières commerciales sont préjudiciables, mais la question de savoir si elles sont efficaces ou le resteront suscite une vive controverse parmi les instituts de recherche et les milieux professionnels. Les barrières actuelles seraient peu étanches et pourraient, dans certains cas, être contournées en manipulant les procédures ou simplement évitées en passant par des postes-frontières non surveillés. En fait, il se peut que les restrictions ne fassent qu’aggraver le problème endémique des irrégularités financières et des marchés parallèles. A mesure que les différences de prix augmenteront, les incitations économiques en faveur de la levée des obstacles et de l’autorisation des échanges deviendront plus fortes. Par ailleurs, des groupements d’agriculteurs et de commerçants, ainsi que le Gouvernement fédéral, prennent actuellement des mesures pour lutter contre cette tendance. Tout compte fait, un maintien efficace et continu des barrières n’est pas vraiment à craindre. Cependant, si ces obstacles sont laissés en place, on court sérieusement le risque de voir les prix rester excessivement bas dans les zones excédentaires et monter en flèche ailleurs, en particulier dans les zones déficitaires reculées des régions du nord, de l’est, de la Sibérie occidentale et de l’extrême est. Certaines régions isolées importent leurs approvisionnements d’hiver avant le gel, avant de devenir inaccessibles. Cette stratégie a été ébranlée par la dévaluation du rouble et par la crise financière.

Dans les zones urbaines, les principaux risques de marché concernent les politiques des prix. Après les achats massifs de produits alimentaires faits par les consommateurs en septembre et les files d’attente devant les magasins de détail, le risque de rationnement est écarté dans l’immédiat. Plus avant dans la campagne, à mesure que les prix de gros augmenteront, la possibilité d’un rationnement non ciblé et peu méthodique pourrait réapparaître, si les autorités des villes ne parviennent pas à adapter les prix de détail réglementés de manière à ce qu’ils rendent compte de l’inflation sous-jacente et des réalités du marché. Les avis divergent quant à la probabilité, la localisation et l’ampleur d’un éventuel rationnement à la fin de 1998 et au cours du premier semestre de 1999. Ces mesures seront également fonction de l’efficacité et de la durée des obstacles au commerce intérieur.

5.2 Risques liés au revenu et filets de sécurité

Les groupes les plus vulnérables de la population comprennent les personnes tributaires des allocations et des salaires versés par l’Etat, les chômeurs et les handicapés. La valeur réelle des pensions et des salaires versés par l’Etat a été progressivement réduite à cause de l’inflation et la forte compression budgétaire a entraîné des retards dans leur paiement. Le rééchelonnement de la dette extérieure a permis au gouvernement de s’acquitter d’une partie de ses arriérés. Si les salaires et les pensions ne sont pas indexés, l’inflation pourrait avoir des conséquences sociales extrêmement néfastes.

Du fait de la priorité accordée par le système soviétique à des industries manufacturières géographiquement concentrées et hautement spécialisées, les populations de plusieurs anciens centres industriels se sont trouvées dans une situation de précarité. Les ouvriers qualifiés ont eu en général plus de difficulté à s’adapter aux nouvelles réalités économiques que les manœuvres et les cadres. Les populations rurales ont tendance à être moins touchées par la restructuration dans la mesure où elles sont revenues à une production autonome sur des parcelles d’appoint et ont une base de revenus relativement diversifiée. L’exploitation des jardins des datchas (potagers cultivés par des ménages urbains) a constitué une stratégie de survie généralisée et efficace, même s’il est difficile d’évaluer la répartition précise de la propriété. Dans plusieurs parties du pays, la sécheresse et la rouille ont entraîné une baisse importante de la production de pommes de terre des datchas.

Les services sociaux pour les handicapés sont pratiquement inexistants. Compte tenu du système de santé publique plutôt inefficace et des coûts élevés des médicaments, une maladie temporaire ou prolongée risque de conduire à une situation de dénuement. Pour tous les groupes d’inactifs, la principale source d’aide sociale est la famille. Les orphelins sont un groupe particulièrement menacé.

Les organisations non gouvernementales, qui auparavant intervenaient très peu dans le secteur social, ne se sont pas vraiment manifestées depuis la perestroika. Les expériences d’aide alimentaire menées au début des années 90 ont donné des résultats inégaux. Le coulage était important et des avantages personnels étaient recherchés à tous les stades du processus de distribution. Le problème sous-jacent est l’absence d’un système de suivi et de vérification des comptes, efficace et transparent. Des mesures immédiates sont nécessaires pour améliorer les moyens de ciblage, de suivi et de distribution, si l’on envisage d’entreprendre des programmes d’aide d’urgence ciblés.


6. PERSPECTIVES CONCERNANT LES RÉCOLTES DE 1998/99

Les labours et les semis des cultures d’hiver (qui seront récoltées en 1999) sont en retard cette année. La sécheresse du sol dans le sud a entravé les semis, gêné la germination et la levée, et nécessité parfois de procéder à des nouveaux semis. Les quantités d’engrais livrées cette année sont jusqu'à présent largement inférieures au niveau de l’an dernier, même si, d’après les informations officielles, les machines et les disponibilités de carburant seraient normales.

La préparation du sol pour les semis des céréales de printemps de 1999 est plus avancée qu’elle ne l’était l’an dernier à la même époque, ce qui est la conséquence des températures douces et de l’arrivée relativement tardive de l’hiver, et traduit peut-être l’espoir de voir les prix des céréales augmenter l’année prochaine. Néanmoins, à cause des incertitudes entourant le financement des activités agricoles, la reprise de la production de printemps de 1999 reste hypothétique. Compte tenu de la situation budgétaire difficile du gouvernement, il est douteux que les prêts agricoles à des conditions de faveur (venant principalement de fonds fédéraux) atteignent les niveaux de 1997 ou 1998, même si des appels énergiques ont été lancés ces dernières semaines en vue d’accroître le montant des ressources publiques destinées à la production agricole. Les taux des prêts privés sont élevés et les banques privées ne pourraient couvrir en tout état de cause qu’une petite partie de la demande. Malgré la perspective d’un relèvement des prix et même en supposant que les conditions météorologiques de l’hiver et du printemps 1999 soient favorables, une importante reprise de la production céréalière en 1999 est improbable. De plus, selon les prévisions actuelles, l’hiver sera particulièrement rude.

En revanche, les perspectives concernant la production de pommes de terres et de légumes sont meilleures. Accroître l’intensité de la production sur les parcelles familiales (autour des datchas) est une pratique courante aux incertitudes économiques.

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser, pour tout complément d’information, à:

M. Abdur Rashid,
Chef, SMIAR, FAO
Télex 610181 FAO I;
Télécopie: 0039-06-5705-4495,
Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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