SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES DANS LE SUD DU SOUDAN

16 novembre 1998


1. VUE D’ENSEMBLE

Une mission FAO d’évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s’est rendue dans le Sud du Soudan, du 1er au 23 octobre 1998, afin d’évaluer la production céréalière et l’état des disponibilités alimentaires, dans les zones sous l’autorité du gouvernement comme dans celles contrôlées par les rebelles.

Il a été procédé à une évaluation des cultures sur pied, à un examen des stocks détenus dans les exploitations et à une analyse des facteurs ayant une incidence sur la production. Pour les régions du nord, qui sont sous l’autorité du gouvernement, la mission a été assistée par des fonctionnaires du Ministère de l’agriculture de Khartoum et par la Commission d’aide humanitaire (CAH).

Les renseignements concernant le nord ont été fournis par les ministères et les ONG, notamment CARE International, ACORD, Oxfam et par le Croissant-rouge soudanais ainsi que par le PNUD et l’UNICEF. En revanche, les données relatives au sud proviennent de l’UNICEF/OLS, de l’Unité d’économie alimentaire du PAM et de diverses ONG comme SCF-UK, Lutheran World Federation (LWF), World Vision, Vétérinaires sans frontières (VSF) - Suisse. Le personnel de terrain des organisations non gouvernementales locales [Sudan Relief and Rehabilitation Agency (SRRA), Relief Association of Southern Sudan (RASS) et Fashoda Relief and Rehabilitation Association (FRR)] a également fourni des informations qu’il avait recueillies au cours d’entretiens sur le terrain et après examen des travaux des ateliers de l’OLS qui offrent une vision globale de la situation agricole dans tout le Sud du Soudan. Enfin, les unités du PAM ont fourni les informations sur l’état des cultures, les prix et la population dans l’ensemble du pays ainsi qu'un soutien logistique. Ces résultats ont été confrontés à une série d’entretiens avec des agriculteurs et des négociants, aussi bien dans le nord que dans le sud ainsi qu’à des enquêtes ponctuelles et à des mesures prises sur le terrain.

Selon les prévisions de la mission, la production totale de céréales dans le Sud du Soudan devrait être de 537 700 tonnes en 1998, dont 192 400 tonnes provenant du secteur mécanisé de l'Etat du Haut Nil et 345 300 tonnes du secteur traditionnel, qui fournit pour l’essentiel du sorgho. La production du secteur traditionnel a doublé par rapport aux résultats médiocres de l’année dernière, grâce à des précipitations plus abondantes et à une campagne relativement épargnée par les ennemis des cultures et les maladies.

Les pluies tardives et sporadiques au cours des deux premiers mois, se sont ensuite régularisées à partir de la mi-juillet et se sont poursuivies jusqu’au mois de novembre dans les trois régions du Sud du Soudan. Les rendements sont donc nettement supérieurs à ceux de l’année dernière .

Selon les prévisions, cinq états (Jonglei, Bahr el Jebel, Bahr el Ghazal septentrional, Lacs et Warrab) connaîtront cependant un déficit céréalier. Au cours de la prochaine campagne commerciale une aide alimentaire sera nécessaire, surtout dans la région de Bahr el Ghazal, à la suite de l’interruption des voies de communication habituelles et des dégâts subis par les infrastructures. Cette année, il est improbable que la production et les surplus détenus dans les exploitations du secteur traditionnel du Haut Nil et de l’Equatoria occidental soient disponibles sur le marché du fait de l’éparpillement de la population. De même, l’essentiel des 192 000 tonnes produites dans les exploitations mécanisées de l’Etat du Haut Nil sera vraisemblablement commercialisé dans les régions du nord et du centre, et seule une petite part pourrait être acheminée vers le sud. Il est recommandé d’acheter sur place de grandes quantités d'excédents dans l’Etat du Haut Nil pour compenser le déficit vivrier des Etats du sud.

Afin de stimuler le développement agricole, la mission a recommandé d’introduire des programmes "vivres-contre-travail" dans les zones sécurisées du Bahr el Ghazal afin de reconstruire des logements et de relancer le secteur agricole, en concomitance avec des programes de fourniture de semences et d’outils.

 


2. INFORMATIONS GÉNÉRALES SUR LE SUD DU SOUDAN

Le Sud du Soudan, dont la superficie est de 640 000 km2 compte, selon les estimations, une population de 5,3 millions d’habitants. Depuis 1983, un conflit civil pratiquement ininterrompu y sévit. Les diverses zones agro-écologiques, qui par le passé ont permis de subsister grâce à l’agriculture, la pêche, la chasse et le commerce, ont été cloisonnées par les troubles civils et les pillages. Certaines années, outre les problèmes liés au conflit, la région a dû faire face à des altérations météorologiques. L’alternance de la sécheresse et des inondations a aggravé la précarité et a réduit les options, les terres ne pouvant pas être labourées en temps voulu.

Néanmoins, les ressources naturelles permettent normalement de produire un vaste éventail de cultures, la période de végétation s’échelonnant de 150 jours dans les plaines du nord à 240 jours dans la ceinture verte au sud. L’altitude et les différents types de sols sont des facteurs qui favorisent les différentes possibilités de production ainsi que les risques, lorsque les mouvements saisonniers traditionnels sont entravés. Du point de vue administratif, cette zone comprend 10 Etats, regroupés en trois régions, à savoir le Haut Nil (Haut Nil, Unity, Jonglei) Bahr el Ghazal (Bahr el Ghazal septentrional, Bahr el Ghazal occidental, Lacs, Warrab) et Equatoria (Equatoria occidental, Bahr el Jebel, Equatoria oriental). Les politiques de développement adoptées par le passé ainsi qu’un meilleur accès et une sécurité accrue, ont permis la création de grandes exploitations agricoles mécanisées dans les plaines du nord du Haut Nil. La production, essentiellement du sorgho, est obtenue dans moins de 1000 grandes exploitations et représente en général 30 pour cent de la production céréalière totale du sud. Le restant est cultivé dans environ 800 000 exploitations qui pratiquent une agriculture de subsistance, ou peu s’en faut, dans le Sud du Soudan. Ces agriculteurs produisent pour l’essentiel du sorgho et du maïs, le mil et le riz de montagne étant cultivés à certains endroits en petites quantités. La part accordée aux céréales varie d’une zone agro-écologique à l’autre, la culture des arachides et du manioc prenant respectivement de plus en plus d’importance dans l’ouest et dans le sud. Le poisson, les produits animaux et les plantes sauvages contribuent de manière significative à l’alimentation quotidienne.

La période de végétation de 8 mois qui débute en avril/mai permet de produire des cultures à cycle végétatif court dans la ceinture verte. Ailleurs, avec une période de végétation de 150 jours au minimum, il est possible d’ensemencer à nouveau avec d’autres cultures ou d’autres variétés si les pluies cessent.

 


3. PRODUCTION CÉRÉALIÈRE EN 1998

Le démantèlement des services publics par quinze ans de guerre civile a entièrement détruit le système de collecte officielle de statistiques agricoles. Dans les régions qui sont sous l’autorité du gouvernement, les bureaux du Ministère de l’agriculture sont en place mais ne peuvent guère accéder aux zones agricoles et ne disposent pratiquement d’aucun système opérationnel de collecte des données. Dans les régions occupées par les rebelles, les spécialistes chargés des questions agricoles auprès du SRRA (Sudanese People’s Liberation Army (SPLA) et du RASS (Southern Sudan Liberation Army (SSLA) sont peu nombreux et peu actifs et leurs évaluations de la production agricole reposent sur la bouche à oreille et sur des méthodes empiriques. Dans les deux secteurs, les ONG offrent un soutien aux activités agricoles et donnent des renseignements pertinents mais généraux sur l’agriculture et l’élevage dans leurs zones d'influence.

Le suivi des opérations de secours et les évaluations alimentaires menées par l’Opération Survie au Soudan (OLS) et le PAM grâce à des techniques d'intervention rapide (y compris l’utilisation de données indirectes provenant d’autres secteurs et des entretiens avec des informateurs privilégiés) fournissent des estimations utiles sur la situation et les performances. Ces données sont, toutefois, très éloignées des enquêtes cadastrales et des estimations de rendements indispensables pour pouvoir établir des estimations fiables des récoltes.

Par conséquent, les estimations de la production végétale en 1998/99 ont été élaborées par la mission en tenant compte des projections de superficies (basées sur "la meilleure approche possible" des statistiques régionales concernant la population) multipliées par la taille moyenne modifiée des exploitations. Les projections de rendements reposent sur une analyse des facteurs qui affectent les rendements; sur l'examen des données de séries chronologiques; sur les rapports des contrôleurs et les entretiens avec des informateurs privilégiés; et sur les constations faites sur le terrain au cours des visites de la mission (y compris des enquêtes par prélèvements des cultures et mesure des superficies).

3.1 Principaux facteurs affectant la production en 1998/99

3.1.1 Précipitations.

Dans le Sud du Soudan, le niveau des précipitations varie dans l’ensemble, entre 850 mm par an dans les Etats du nord et 1800 mm par an dans les Etats du sud. En 1998, le régime des pluies a été caractérisé par un démarrage tardif et par des précipitations sporadiques au cours des deux premiers mois, puis par des pluies abondantes et régulières au cours du reste de la campagne, qui se sont poursuivies jusqu’au mois de novembre.

Les images de NDVI (indice de végétation) confirment que la végétation a été moins développée qu’à l’ordinaire jusqu’en juillet-août; par contre, les images de septembre-octobre traduisent l’effet positif des pluies tardives dans le Sud du Soudan qui a entraîné partout une croissance végétative supérieure à la moyenne.

En début de campagne, les périodes de sécheresse ont eu pour effet de réduire le taux de germination et d' arrêter la croissance du sorgho précoce par endroits, obligeant les agriculteurs à ajourner les semis, ce qui accroît le risque d’échec pour les cultures à cycle végétatif long dans les sols les plus sablonneux. Fort heureusement, à partir de juillet/août les pluies régulières et suffisantes dans la plupart des zones ont permis une bonne croissance végétative du sorgho et du millet semés tardivement et une amélioration des rendements des semis de début de campagne.

Les fortes chutes de pluies, qui ont eu lieu dans les pays voisins, ont accru la superficie des zones inondées et ont prolongé la durée des inondations entraînant par endroits d’importantes pertes de récoltes dans les villes et villages riverains.

De même, on a assisté au relèvement du niveau des khors et des lacs dont l’effet a été d’améliorer les stocks de poissons et les possibilités de pêche pour 1999 ainsi que la qualité des pacages en saison sèche.

3.1.2 Facteurs de production

Dans le secteur traditionnel, la main-d'œuvre est pour l’essentiel familiale et l’on ne se sert pas d’engrais. Aujourd’hui, comme par le passé, les pesticides, les fongicides et les herbicides sont également exclus et l’on n’utilise que les semences de report. Les déplacements de population provoqués par le conflit, notamment dans le Bahr el Ghazal septentrional et le Haut Nil occidental, ont accru la demande de semences produites sur place, dont la quantité a déjà été réduite du fait de la longue période de sécheresse de 1997. Ces difficultés ont été dans une certaine mesure atténuées par les mécanismes de solidarité familiale, les achats sur les marchés locaux et par les programmes de distribution de semences de l’OLS/ONG. Les ONG ont distribué 1 800 tonnes de semences dans les zones contrôlées par les rebelles. Une quantité importante a été distribuée en retard et le reste, non destiné aux personnes déplacées à l'intérieur du territoire a été pour l’essentiel redistribué selon des arrangements pris au niveau local et semé en petites quantités à titre expérimental.

L’interruption des voies de communication et des marchés a réduit les approvisionnements en outils. Les "malodas" produits sur place ne sont plus disponibles parce que les forgerons qui travaillent encore manquent d’acier. Les outils agricoles sont utilisés plus longtemps, deviennent plus petits et donc moins efficaces, ce qui rend le désherbage et les cultures plus difficiles.

Dans le secteur mécanisé, les semences de report de la récolte précédente étaient généralement disponibles. Toutefois, les crédits étant accordés en retard et avec des restrictions, dans le Renk et le Malakal le carburant n’a pas pu être acheté au moment voulu, ce qui a entraîné une réduction et un retard des semis par rapport aux plans du Ministère.

Le secteur mécanisé n’utilise aucun engrais et les pulvérisations chimiques sont limitées aux campagnes contre les ravageurs organisées par le Ministère à l’échelle nationale. Aucune campagne de ce type n’a eu lieu jusqu’à présent mais la mission a observé des plans de pulvérisations dans les zones de quelea dans le Renk et le Malakal.

3.1.3 Ravageurs et maladies.

Cette année, les cultures ont été relativement épargnées par les ravageurs et les maladies. On ne signale aucune invasion de migrateurs nuisibles et les autres ennemis des cultures sont restés dans des limites tolérables. Il s’agit notamment des termites, des punaises, des charançons et des singes.

De même aucune maladie n’a frappé les cultures de céréales. Toutefois, la mission est préoccupée par la présence généralisée du virus de la mosaïque du manioc auquel les agriculteurs et les fonctionnaires agricoles semblent s’être habitués dans les régions de culture du manioc.

3.1.4 Sécurité

Au cours de la période de végétation, les activités militaires ont entravé les travaux agricoles dans le Bahr el Ghazal, le Haut Nil occidental et dans l’Equatoria oriental. Les restrictions de mouvement des populations locales ont conduit à la réduction des superficies ensemencées autour des principales villes de garnison.

L’incertitude pesant sur les récoltes, à la suite de l’amère expérience des pillages de récoltes par la milice, a réduit les plantations le long des voies de chemin de fer et dans les zones de conflits des Etats de Unity, des Lacs et de Warrab.

Les déplacements de population pendant la campagne agricole, dus à la famine et au conflit, ont aussi réduit les ensemencements dans certaines régions. Les conditions naturelles ayant été relativement bonnes cette année, avec un bon niveau de précipitations et peu de ravageurs et de maladies, l’insécurité semblerait donc être la principale cause des graves déficits alimentaires qui toucheront probablement cinq Etats sur dix. C’est aussi la principale cause de stagnation des activités économiques qui reposent sur les ressources naturelles, dans tous les Etats à l’exception du Haut Nil et de l’Equatoria occidental. Du fait de la fragmentation des marchés, sauf les plus élémentaires, chaque Etat se retrouve dans une situation d’isolement forcé. Même au sein d’un même Etat, les échanges sont bouleversés du fait du manque de contacts entre les villes de garnison et la campagne environnante.

3.2 Production en 1998

Dans le secteur traditionnel, la superficie emblavée par ménage devrait, dans la plupart des Etats, avoir diminué sous l’effet combiné de l'incertitude, de l’insécurité, d’un mauvais outillage et des difficultés de se procurer des semences. Grâce à de meilleures données, les estimations précédentes ont pu être révisées à la baisse. Toutefois, dans l’Equatoria occidental, la superficie cultivée devrait avoir augmenté, car les programmes de multiplication des semences de céréales parrainés par les ONG encouragent les agriculteurs à agrandir leurs parcelles cultivées. Dans l’ensemble, ces facteurs semblent s’être annulés réciproquement, car les résultats sont analogues à ceux de l’an dernier.

Dans l’Etat du Haut Nil, le secteur mécanisé s’est développé dans tous les centres, du fait d’une part, de l’amélioration du niveau des précipitations et, d’autre part, de la politique des pouvoirs publics qui prévoit pour quatre autres Etats du sud la possibilité d’exploiter 500 hectares dans cette région .

Dans les secteurs mécanisé et traditionnel, les rendements du sorgho à l’hectare sont selon les estimations bien supérieurs à ceux de l’an dernier où les cultures avaient souffert de la sécheresse et analogues ou supérieurs aux rendements obtenus dans d’autres régions de culture non irriguée du sorgho, au Soudan en 1996/97. Il devrait en être de même pour les rendements de maïs et de mil. Les quantités accrues de limon qui se sont déposées sur les rives à la suite des inondations plus fréquentes devraient entraîner de meilleurs rendements pour le maïs qui sera cultivé en 1999 sur la rive orientale du Sobat lorsque les eaux se seront retirées.

De ce fait, selon les prévisions de la mission, en 1998/99, la production de céréales dans le Sud du Soudan devrait être de 537 700 tonnes, pour une superficie évaluée à 720 100 hectares. Le secteur traditionnel devrait fournir une récolte de 345 300 tonnes, sur 461 700 hectares, soit une progression de 99 pour cent par rapport aux résultats de 1997/98 et pour une superficie similaire à celle de l’an dernier. Pour ce qui est du secteur mécanisé, on prévoit une récolte de 192 400 tonnes, soit 24 pour cent de plus qu’en 1997/98 sur une superficie cultivée de 35 pour cent supérieure.

Les estimations relatives aux superficies consacrées au secteur traditionnel reposent sur les statistiques concernant la population et figurent au tableau 1. Le tableau 2 présente la production céréalière par année et par Etat depuis 1996. Malgré les améliorations considérables de la dernière année, cinq Etats auront des déficits vivriers en 1999, surtout si d’autres éléments de l’économie alimentaire sont également affectés par le conflit. Il pourrait notamment être plus difficile de cueillir les plantes et les fruits sauvages et d’aller à la pêche et le nombre de têtes de bétail pourrait chuter du fait des pillages et des vols.

Tableau 1: Secteur traditionnel: estimations relatives à la superficie et à la population1/


Population
totale
Population
rurale
Ménages2/ Hectare/
Ménage
Superficie totale
(hectares)
Haut Nil 1 685 000 1 600 750 266 791 0.50 133 500
Haut Nile 361 000 342 950 57 158 0.92 52 500
Unity 481 000 456 950 76 158 0.52 40 000
Jonglei 843 000 800 850 133 475 0.31 41 000
Equatoria 1 543 000 1 408 850 243 809 0.80 194 996
Ouest 510 000 484 500 80 750 1.24 100 103
Bahr el Jebel 380 000 304 000 50 667 0.78 39 352
Est 653 000 620 350 103 392 0.54 55 541
Bahr el Ghazal 2 088 000 1 983 600 330 599 0.40 133 760
Nord 685 000 650 750 108 458 0.21 22 409
Ouest 300 000 285 000 47 500 0.62 29 450
Lacs 496 000 471 200 78 533 0.54 42 187
Warrab 607 000 576 650 96 108 0.41 39 714
TOTAL 5 316 000 4 993 200 832 199 0.55 462 256

1/ Renseignements fournis par OLS/PAM et par les estimations de la mission.
2/ On considère qu’un ménage est composé de 6 personnes.

Tableau 2: Production céréalière 1/ des secteurs traditionnels et mécanisé par Etat
(en 1996, 1997,
1998)


1996 1997 1998

Superficie (milliers hectares) Rendem. (tonnes/ hectare Production (milliers tonnes) Superficie (milliers hectares) Rendem. (tonnes/ hectare Production (milliers tonnes) Superficie (milliers hectares) Rendem. (tonnes/ hectare Production (milliers tonnes) 98/97 % Production
Haut Nil 68.7 0.50 34.2 53.0 0.40 21.5 52.5 0.79 41.4 +93
Unity 46.7 0.28 12.9 41.3 0.25 10.2 40.0 0.44 17.4 +71
Jonglei 79.6 0.29 23.0 57.4 0.22 12.6 41.0 0.65 26.8 +113
Equatoria Ouest 72.4 0.98 70.9 51.0 0.77 39.4 100.12/ 0.99 99.1 +152
Bahr el Jebel 52.8 0.47 24.6 43.0 0.31 13.2 39.4 0.65 25.7 +95
Equatoria Est 88.5 0.46 40.6 54.1 0.34 18.5 55.5 0.70 38.9 +110
Bahr el Ghazal N. 55.3 0.25 13.7 41.3 0.25 10.2 22.4 0.65 14.6 +43
Bahr el Ghazal O. 54.2 0.39 20.9 41.8 0.32 13.2 29.5 0.76 22.3 +69
Lacs 93.4 0.55 51.0 70.1 0.32 22.5 41.6 0.79 33.3 +48
Warrab 45.1 0.51 22.9 39.0 0.31 12.2 39.7 0.65 25.8 +112
Traditionnel 656.7 0.48 314.7 492.0 0.35 173.5 461.7 0.75 345.3 +99
Renk 166.2 0.44 72.8 140.4 0.89 126.7 207.0 0.76 157.3 +24
Malakal 2.0 0.85 1.7 4.2 0.86 3.6 5.5 0.76 4.2 +17
Melut/Gelhek


7.6 1.07 8.1 10.2 0.75 7.7 -5
Tayara 44.4 0.35 15.6 37.8 0.43 16.2 35.7 0.65 23.2 +43
Mécanisé 212.6 0.42 90.1 190.0 0.81 154.6 258.4 0.74 192.4 +24
Total Traditionnel & Mécanisé 869.3 0.47 404.8 682.0 0.48 328.1 720.1 0.75 537.7 +64

1/ Essentiellement du sorgho mais comprend aussi 30 pour cent de maïs, dans le secteur traditionnel.
2/ Inclut la double culture de maïs, de riz pluvial et de mil.

3.2.1 Autres cultures et élevage

Les pluies tardives et bien réparties ont été bénéfiques pour les culture pérennes, les plantes de brout et les pâturages. De plus, les arachides dans le secteur traditionnel et le sésame en culture mécanisée devraient donner de bons rendements car leur cycle court ne devrait pas avoir souffert des retards dans les semis. Le bétail est dans l’ensemble en meilleure santé que l’an dernier grâce à l’amélioration de l’alimentation. On signale quelques problèmes concernant les maladies endémiques comme la trypanosomiase, la péripneumonie bovine contagieuse, la fièvre aphteuse et la fièvre charbonneuse. Les campagnes de lutte contre la peste bovine, parrainées par des donateurs, semblent avoir réduit de manière décisive l’incidence des épidémies dans la région, bien que des rapports provenant de l’Equatoria oriental indiquent que la couverture pourrait avoir été perturbée par les activités militaires et par la limitation des mouvements dans la zone, entraînant une réduction du nombre des vaccinations.

3.3 Situation du secteur agricole par Etat

Le Gouvernement du Soudan reconnaît l’existence de trois régions dans le Sud: le Haut Nil, l’Equatoria et le Bahr el Ghazal qui se subdivisent respectivement en trois Etats, trois Etats et quatre Etats. Les unités administratives utilisées par le SPLA-SSLA sont présentes dans les comtés et les districts. Aux fins de la présentation, les renseignements provenant des comtés ont été englobés dans les résumés concernant la situation dans les dix Etats susmentionnés .

3.3.1 Région du Haut Nil (Haut Nil, Unity, Jonglei)

Etat du Haut Nil

L’Etat du Haut Nil, dont la population rurale est estimée à quelque 57 158 ménages, forme une zone de transition entre les grandes plaines argileuses de l’est où l’agriculture est mécanisée et les autres Etats du sud où est pratiquée l’agriculture traditionnelle de subsistance. Selon les estimations, cet Etat compte 250 000 hectares de grandes exploitations dans lesquelles travaillent moins de 1000 agriculteurs. Les exploitations, dont la taille varie de 20 à 2 000 hectares, fournissent au total environ 30 pour cent de la production céréalière du sud. Traditionnellement, la plupart de la production est dirigée vers le nord, via Kosti, en direction des marchés nationaux et internationaux.

Cette année, l’ensemble de la superficie mécanisée qui a été cultivée et ensemencée a augmenté de 35 pour cent, ce qui représente certes une nette progression mais n’atteint pas l’objectif prévu. Cela est dû aux retards de la mise en place des politiques de crédit dont dépendent environ 50 pour cent des agriculteurs. Du fait des précipitations tardives et de la lenteur des procédures d’octroi des crédits, on estime que les semis n’ont été effectués au moment optimal (juin-juillet) afin de pouvoir disposer de la période de végétation usuelle de cinq mois que dans 60 pour cent de la région seulement. Pour le restant des terres, les résultats obtenus ont été toutefois satisfaisants, compte tenu des pluies abondantes qui se sont prolongées en septembre et octobre. On s’attend donc à de bons rendements qui devraient se traduire par une récolte de quelque 192 400 tonnes, d’autant que toutes les semences utilisées ont été traitées contre le charbon, que pour l’instant aucune maladie ou infestation de ravageurs n’a été signalée et que la plupart des agriculteurs ont désherbé au moins une fois. Environ 1 200 tonnes de cette production sont à attribuer à quatre autres ministères des Etats du sud, dans le cadre du programme du gouvernement visant à promouvoir la collaboration entre les Etats.

Fin octobre, les cours du sorgho dans le Renk ont atteint 20 000 livres soudanaises le quintal (90 kg), la récolte du secteur mécanisé ayant encore au moins un mois en retard. Le prix convenu avec la Banque, conformément aux programmes SALEM (de partage des risques et des profits) a été fixé à 23 000 livres soudanaises afin de couvrir la hausse des coûts et de fournir des mesures d’incitation.

Le secteur traditionnel a aussi bénéficié des pluies tardives, d’une campagne pratiquement exempte de ravageurs et de maladies et de l’absence de conflits (sauf dans l’ouest). La production de la campagne principale semble rentrée dans presque toute la région.Elle devrait atteindre 41 400 tonnes, soit deux fois plus que la récolte médiocre de l’an dernier, ce qui permettra probablement de couvrir les besoins céréaliers de l’Etat et de dégager un surplus. Ce chiffre inclut aussi les prévisions pour le maïs de la deuxième campagne (janvier-avril 1999), cultivé grâce à l’humidité résiduelle sur les rives orientales du Sobat, à l’est de Nasir, qui devrait bénéficier de l’accroissement de la superficie recouverte de limon.

Etat de Unity

Contrairement aux agriculteurs du Haut Nil, les agriculteurs de l'Etat de Unity n’ont pas pu profiter autant de l’amélioration des conditions météorologiques. Le conflit a perturbé la culture et le désherbage et entravera probablement aussi la moisson. Les champs éloignés des habitations ont été abandonnés et les rendements devraient être inférieurs. Pour tenter de redresser la situation, le gouvernement a fourni des tracteurs au Ministère de l’agriculture de Unity afin d’accélérer la culture des 1 650 hectares ensemencés en mil.

Malgré les problèmes liés au facteur humain, en 1998/99 la production céréalière devrait être considérablement supérieure à la mauvaise récolte de l’an dernier. La production céréalière, essentiellement du sorgho (66 pour cent) et du maïs, devrait atteindre 17 400 tonnes pour environ 40 000 hectares. Bien que les rendements aient progressé de 71 pour cent par rapport à l’an dernier, ils restent nettement inférieurs à ceux des Etats environnants, les travaux agricoles n’ayant pas pu être accomplis au moment voulu et avec l’efficacité nécessaire.

La production suffira à peine à couvrir les besoins céréaliers de cet Etat calculés en fonction d’une consommation de 30 kg par an et par personne selon les estimations du PAM/OLS.

Etat de Jonglei

Les précipitations tardives ont cette année contraint certains agriculteurs à se déplacer vers les plaines pour obtenir une récolte, en prévision d’un régime des pluies analogue à celui de 1997. Malheureusement, les pluies abondantes qui se sont abattues en Ouganda ont provoqué le gonflement des eaux du Nil, entraînant de nombreuses inondations dans les plaines de cet Etat.

La région située autour de Bor a été particulièrement touchée par la perte des cultures précoces. Par contre sur les plateaux, les cultures précoces et tardives ont bénéficié de précipitations ininterrompues à partir de la moitié de la campagne. Ces pluies ont été favorables à la culture des arachides, au brout et aux pâturages ainsi qu’aux plantes sauvages, comme les graines de nénuphar, et aux stocks de poissons.

De ce fait, la mission prévoit donc une réduction d’environ 30 pour cent de la superficie récoltée, mais un net accroissement du rendement à l’hectare du sorgho et du maïs qui, selon les estimations, devrait atteindre 0,65 tonne à l’hectare, soit trois fois plus que les résultats très faibles obtenus l’an dernier (environ 0.22 tonne à l’hectare). La récolte devrait atteindre 26 800 tonnes et permettre de couvrir 81 pour cent des besoins en céréales de l’Etat, calculés à partir d’une consommation annuelle de 38 kg par personne, établie par le PAM/OLS.

 

3.3.2 Région d’Equatoria (Equatoria occidental, Equatoria oriental, Bahr el Jebel)

Equatoria occidental

L’Equatoria occidental est l’Etat le plus productif du sud. Situé dans la ceinture verte, il bénéficie d’une période de végétation qui dure environ 240 jours et permet deux récoltes de maïs et d’arachides ainsi que la culture intercalaire d’une grande variété de céréales secondaires dont le riz pluvial et le coracan, associés aux cultures de base. Le manioc, cultivé en association avec les arachides et le sorgho, est laissé en terre pendant deux à trois ans, lorsque les champs sont en jachère. Cette pratique permet de constituer des réserves très sûres d’hydrates de carbone, le manioc étant arraché selon les besoins. Les cours très faibles de la farine de manioc (2 400 livres soudanaises le quintal) reflètent l’abondance de la production. Les précipitations, en général de l’ordre de 1 800 mm par an, sont normalement bien réparties. Cette année a été à tous les points de vue dans la norme et a permis une croissance régulière des racines et tubercules.

On ne signale aucune invasion de migrateurs nuisibles et aucune épidémie. La mission a cependant noté la présence diffuse de la mosaïque du manioc qui provoque d’importantes pertes de récoltes, mais ne semble guère préoccuper les agriculteurs. La culture du manioc étant encouragée dans d’autres régions, la mission estime toutefois que des mesures préventives devraient être prises, afin d’éviter que des semences contaminées soient multipliées et distribuées dans d’autres Etats.

Selon les estimations, la superficie cultivée en 1998 devrait avoir augmenté, du fait des contrats passés par les ONG avec les agriculteurs pour qu’ils multiplient les semences de sorgho destinées à la distribution. Jusqu’à présent, l’impossibilité de commercialiser les surplus a freiné la croissance. Toutefois, vu le nombre croissant de rapatriés Zande, en provenance de la République démocratique du Congo (RDC), des quantités accrues pourraient être nécessaires localement à la fin de 1998 et en 1999.

Selon les estimations, les rendements à l’hectare devraient s’établir juste au-dessous d’une tonne à l’hectare.

On a constaté que la plupart des agriculteurs de la région disposent de très vastes greniers (dont la capacité peut aller jusqu’à 6 tonnes) et dans lesquels ils emmagasinent les arachides, le riz pluvial, le mil et le sorgho. Le maïs est consommé en début de saison pour éviter les pertes d’entreposage et une seconde récolte fournit les semences nécessaires à la campagne successive.

La production céréalière de cet Etat est évaluée à environ 99 100 tonnes, soit plus du double du volume obtenu l’an dernier et 40 pour cent de plus que les estimations de 1996/97. Les prévisions tiennent compte aussi de la double récolte de maïs destinée à la consommation vers la mi-1999, ce qui permettra de dégager une quantité importante pour la vente à moins que le flux des rapatriés en provenance de RDC n’augmente.

Equatoria oriental

En Equatoria oriental, contrairement à la situation en Equatoria occidental, la guerre civile a gravement perturbé la campagne agricole. Les informations disponibles sont imprécises, l’accès aux principales zones de production étant limité.

Les images fournies par satellite et les données sur les précipitations présentent les caractéristiques générales de la plupart des Etats du sud: précipitations tardives et irrégulières en début de campagne, compensées par des pluies bien réparties en fin de saison. Il est probable que le bombardement des villes, les interventions militaires et les pillages par les différentes factions n’aient pas permis aux agriculteurs de tirer profit des précipitations plus abondantes et de moissonner toutes les superficies ensemencées. De ce fait, la zone productive ne devrait pas être supérieure à celle de l’an dernier qui était inférieure de 40 pour cent aux estimations de la superficie récoltée en 1996/97.

Les agriculteurs qui ont pu travailler leurs champs obtiendront probablement de meilleurs résultats que l’an dernier, du fait de l’absence de ravageurs et d’épidémies. La production de maïs et de sorgho devrait donc atteindre 38 000 tonnes, résultat nettement supérieur à celui de la campagne précédente, mais encore très éloigné du potentiel de la région. Les besoins céréaliers évalués à environ 32 000 tonnes ont été calculés sur la base des estimations d’une consommation annuelle de 49 kg par habitant, établie par le PAM/OLS; ce qui laisse prévoir la possibilité d'excédents disponibles, si d’autres éléments de l’économie alimentaire ne sont pas perturbés.

Etat de Bahr el Jebel

Comme pour l’Equatoria oriental, les renseignements provenant de Bahr el Jebel sont très superficiels. Malgré la présence de bureaux ministériels à Juba, il est très difficile d’avoir accès aux terres agricoles et de rassembler des données significatives. Les agriculteurs eux-mêmes ont du mal à accéder à leurs champs autour de Juba. Ailleurs, la production sur les plateaux où les agriculteurs se sont installés en début de saison après avoir abandonné les îles du Nil et les plaines fluviales pour éviter les inondations, a bénéficié de précipitations, tardives et sporadiques jusqu’au mois d’août, mais qui se sont ensuite régularisées et prolongées jusqu’en octobre. Comme dans d’autres régions, les ravageurs et les maladies n’ont pas sévi au cours de cette campagne.

Les distributions de semences par le PNUD, l’UNICEF et d’autres organismes, ont contribué à compenser les pertes de semences de l’an dernier; la restriction des déplacements et la reprise des combats n’ayant pas permis de s’approvisionner dans les zones les plus productives du sud de l’Etat.

Les autres intrants sont limités aux tracteurs en service dans les environs de Juba dont le fonctionnement a été perturbé par l’arrivée tardive du carburant et les problèmes d’accès. Autour de Juba, du fait des limitations d’accès aux terres agricoles qui ont été imposées, la culture en continu épuise les sols, le striga est omniprésent et les rendements diminuent. Il est nécessaire de recourir immédiatement à des engrais bien équilibrés pour rétablir la situation.

A Juba, les cours des céréales, qui vont de 1700 à 60- 70 000 livres soudanaises le quintal, traduisent la dépendance de la population vis-à-vis des approvisionnements en provenance du nord, acheminés par péniche, plutôt que l’incidence de la récolte de cette année. Se situant autour de 25 000 tonnes, la production de céréales pour l’ensemble de l’Etat est nettement supérieure au volume de 1996/97 et couvre 90 pour cent des besoins, sur la base d’une consommation annuelle par habitant de 74 kg, établie par le PAM/OLS .

3.3.3 Région de Bahr et Ghazal (Bahr el Ghazal septentrional, Bahr el Ghazal occidental, Lacs et Warrab)

Bahr el Ghazal septentrional.

Situé à la frontière du Darfour et du Kordofan, l’Etat du Bahr el Ghazal septentrional comprend les plaines du nord soumises aux crues du Nil, où les principales pratiques culturales sont soumises aux inondations saisonnières, à la variété des sols et aux précipitations qui permettent normalement une période de végétation de 150-180 jours. En outre, de janvier à avril, une deuxième campagne utilise l’humidité résiduelle, essentiellement pour la culture du tabac réduite à cause de l’insécurité et des pénuries de semences.

En avril, la déclaration d’un "cessez-le-feu" dans la région et la fin des combats entre les factions rebelles, ont permis aux agriculteurs déplacés de retourner sur leurs terres. A cette occasion et malgré l’afflux d’un nombre considérable de personnes, une série de facteurs a conduit à une estimation de la superficie cultivée inférieure à celle de l’an dernier. Au cours de ses visites, la mission a constaté que bien que la taille des exploitations de la région puisse atteindre jusqu’à deux feddans (2x40mx70m), les terres sont rarement cultivées et ensemencées au-delà d’un rayon de 20-30 m autour de l’habitation et que les champs éloignés sont laissés en friche.

Selon la mission, la capacité culturale réduite est due aux pénuries alimentaires, à la peur, à l’incertitude quant à l'avenir et à des pratiques qui tendent à éviter les risques. La distribution de semences, à elle seule, ne pourra certainement pas permettre de redresser une situation aussi grave. Par conséquent, en 1998/99, la taille moyenne estimative des exploitations dans cet Etat a été réduite à 0,2 hectare.

Comme dans les autres Etats, les pluies ont été tardives et irrégulières en début de campagne, puis se sont stabilisées à un bon niveau jusqu’au mois d’octobre. Des inondations d’une ampleur exceptionnelle dans les plaines ont gravement endommagé les cultures, les pertes variant de 10 à 80 pour cent, selon l’emplacement du village. On ne prévoit aucune récolte de riz dans l’Aweil, par contre les champs situés sur les plateaux ont donné de bonnes récoltes de sorgho, de mil et d’arachides.

Les cultures n’ont subi aucune invasion de migrateurs nuisibles ni aucune maladie grave. Pour ce qui est des autres ravageurs, on signale la présence préoccupante de nombreux oiseaux, de myriapodes et de punaises. Le prix des céréales, élevé dans l’ensemble, devrait diminuer.

Le bétail visible était en bonne santé, mais il semble qu'il y ait beaucoup moins de troupeaux. L’année dernière, les vols et les pillages des diverses factions ont considérablement réduit le nombre de bovins, de moutons et de chèvres et donc les quantités de déchets organiques disponibles.

La production céréalière ne devrait pas dépasser 14 600 tonnes, ce qui ne représente que 29 pour cent des besoins de cet Etat, calculés sur la base d’une consommation annuelle moyenne de 73 kg par habitant établie par le PAM/OLS. Ce déficit ne sera vraisemblablement pas comblé par une amélioration des stocks de poissons ou par des récoltes plus abondantes de plantes sauvages.

Etat du Bahr El Ghazal occidental

L’Etat du Bahr El Ghazal occidental longe en grande partie le nord du plateau d’Ironstone, région caractérisée par des sols en latérite rouge, entremêlés de limons dans les plaines. Le niveau des précipitations permet en général une période de végétation de 180 jours suffisante pour la culture des céréales, des arachides et du manioc (récolté en quantités considérables sur un cycle végétatif de 18 mois). La récolte des plantes annuelles s’effectue de juillet à décembre. La récolte du sorgho est la plus importante.

Cette année, le régime des pluies a suivi le schéma traditionnel: début tardif de la saison, avec pluies sporadiques, suivi de pluies abondantes à partir de juillet/août. Toutefois, on n’a pas profité au maximum de ces conditions dans toutes les zones. Les désordres qui ont eu lieu dans la ville de Wau ont entraîné le déplacement de milliers de personnes, qui quittaient ou réintégraient les régions contrôlées par le gouvernement, au cours de la période des semis, ce qui a accru la pression exercée sur les habitants des villes et des villages, et a porté les mécanismes d’adaptation à leur point de rupture. Les pillages qui ont accompagné cette situation ont non seulement réduit à zéro les stocks de semences, mais ont aussi détruit les fonds de roulement et miné la confiance des agriculteurs.

A Wau et à Raja, qui sont pourtant des marchés agricoles, aucun intrant n’est disponible et il est impossible d’obtenir des crédits. Les banques sont présentes, mais elles n’accordent pas de prêts aux agriculteurs sans garantie. A Raja, par rapport à Wau et à ses environs, la situation a été relativement sécurisée et les exploitations sont plus vastes. Dans l’ensemble de l’Etat, les rendements devraient avoir doublé par rapport à l’an dernier et se traduire par une production d’environ 22 300 tonnes, niveau comparable à celui de 1996. Ceci correspond aux niveaux établis par le PAM/OLS pour couvrir les besoins évalués à 73 kg par personne. La population, qui dispose aussi de manioc et d’arachides, est bien mieux lotie que dans le nord de la région.

Lacs

Les deux autres Etats de la région de Bahr el Ghazal, l’Etat des Lacs et l’Etat de Warrab, occupent les plaines occidentales soumises aux crues du Nil et une partie du plateau d’Ironstone. L’Etat des Lacs comprend d’importants centres de production comme Rumbeck et Tonj. Toutefois, l’insécurité, le déplacement des populations et le pillage exercé par diverses milices ont causé de graves dégâts et ont gravement affecté l’équilibre qui existait entre l’élevage et les cultures permettant à cette région de subsister.

Compte tenu d’un environnement favorable et malgré le retard des pluies et leur irrégularité en début de saison, la production devrait être supérieure à celle de l’an dernier, bien que la superficie cultivée ait été considérablement réduite. Elle devrait, selon les estimations, atteindre 33 300 tonnes et couvrir 90 pour cent des besoins établis par le PAM/OLS, calculés à partir d’une consommation annuelle de 73 kg par habitant.

Etat de Warrab

L’Etat de Warrab se trouve dans une situation similaire à l’Etat des Lacs. Gograil, qui est un centre commercial et productif important a été totalement perturbé par la guerre civile et par des actions incontrôlées de la milice. Des mouvements forcés de population hors de la ville ont exercé une forte pression sur les villages des environs, accélérant ainsi l’effondrement des mécanismes d’adaptation. Faute de semences et d’outils et du fait de la perte de confiance des agriculteurs, les superficies récoltées ne devraient pas avoir augmenté par rapport au faible niveau de l’an dernier bien que les conditions météorologiques aient été nettement meilleures. Les rendements devraient cependant avoir progressé et permettre d’obtenir une production de céréales de 25 800 tonnes, soit moins de 60 pour cent des besoins calculés en fonction d’une consommation annuelle par habitant établie à 73 kg.

 

4. DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES

Les graves difficultés d'approvisionnement alimentaire dans le Sud du Soudan qui ont provoqué un grand nombre de décès par famine, particulièrement dans le Bahr el Ghazal, se sont quelque peu apaisées depuis le mois d’août, avec des distributions d’aide alimentaire plus efficaces et le début d’une nouvelle récolte.

La production de céréales de 1998 pourrait couvrir l’ensemble des besoins de consommation des Etats du Sud, mais il est improbable que les surplus produits dans les Etats du Haut Nil et de l’Equatoria occidental puissent atteindre les régions à déficit céréalier. L’interruption des voies de communication et les dégâts causés aux infrastructures ainsi que l’instabilité de la situation entravent les mouvements de marchandises au sein même des Etats. En outre, le pouvoir d’achat de la population est très faible après plusieurs années de guerres civiles et de chaos économique et limite gravement l’accès à la nourriture.

Cette année, l’accroissement substantiel de la production entraînera une amélioration générale des approvisionnements, mais la situation varie considérablement en fonction des résultats des récoltes, des modèles de consommation et des mécanismes d’adaptation des différentes régions.

La production de chaque Etat ainsi que les disponibilités de céréales par habitant en 1998 figurent au Tableau 3. Les chiffres relatifs à la consommation de céréales sont basés sur les études d'économie alimentaire effectués par le PAM/OLS ces dernières années. Ils tiennent compte de la consommation des produits animaux qui représentent une part importante de l’alimentation de base de la population du Sud du Soudan.

Tableau 3 : Secteur traditionnel dans les Etats du sud - Population et estimations du déficit céréalier.


Population Superf.
cultivée (hectare)
Rendem. (tonnes/ hectare) Production (tonnes) Disponibilité
par habitant (kg/année)
Consommation
par habitant
(kg/année)
Surplus/ (Déficit)
Haut Nil 361 000 52 500 0.79 41 415 115 30 30 324
Unity 481 000 40 000 0.44 17 425 36 30 2 886
Jonglei 843 000 41 000 0.65 26 789 32 38 (5 901)
Equatoria Ouest 510 000 100 103 0.99 99 118 194 110 35 700
Bahr el Jebel 380 000 39 352 0.65 25 697 68 80 (4 940)
Equatoria Est 653 000 55 541 0.70 38 878 60 49 5877
Bahr el Ghazal N. 685 000 22 409 0.65 14 633 21 73 (35 620)
Bahr el Ghazal O. 300 000 29 450 0.76 22 238 74 73 730
Lacs 496 000 41 622 0.79 33 298 67 73 (2 976)
Warrab 607 000 39 714 0.65 25 814 43 73 (18 817)

 

La somme des déficits céréaliers au niveau des Etats fait apparaître dans certains d'entre eux un déficit de l’ordre de 70 000 tonnes qui est compensé par les surplus provenant d’autres Etats. Toutefois, ce déficit pourrait s’accroître car le bouleversement des moyens de subsistance (comme l’impossibilité de cultiver à cause de l’insécurité ou le pillage du bétail) aurait provoqué par endroits un accroissement des besoins céréaliers.

Un prolongement de l’aide alimentaire sera nécessaire pour les ménages qui ont rentré une récolte médiocre en 1998, pour un grand nombre de personnes déplacées et pour celles qui vivent dans les zones de conflit. Compte tenu des disponibilités des entreprises mécanisées de l’Etat du Haut Nil, il convient d’encourager des achats dans cette région pour diriger le flux des céréales vers le Sud, notamment pendant la saison sèche. Il faudrait également prendre en considération la livraison d’autres intrants comme les engrais dans les régions littéralement en état de siège (par exemple Juba), afin d’enrichir les sols épuisés.

Lorsque la sécurité le permet, l’aide alimentaire devrait être utilisée pour favoriser le développement des activités agricoles. Les mesures d’incitation comme les opérations vivres-contre-travail devraient permettre la relance du secteur agricole dans la région du Bahr el Ghazal. Ces activités peuvent être organisées en collaboration avec les ONG qui utilisent les groupes d’entraide traditionnels.

 

 

Le présent rapport a été établi sous la responsabilité du Secrétariat de la FAO à partir d’informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s’adresser, pour tout complément d’information, à: M. Abdur Rashid, Chef, SMIAR, FAO (Télex 610181 FAO I; Télécopie: 0039-06-5705-4495, Mél: GIEWS1@FAO.ORG).

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