SYSTEME MONDIAL D'INFORMATION ET D'ALERTE RAPIDE SUR L'ALIMENTATION ET L'AGRICULTURE  DE LA FAO 
PROGRAMME ALIMENTAIRE MONDIAL 

RAPPORT SPÉCIAL

MISSION FAO/PAM D'ÉVALUATION DES RÉCOLTES ET DES DISPONIBILITÉS ALIMENTAIRES EN RÉPUBLIQUE POPULAIRE DÉMOCRATIQUE DE CORÉE

12 Novembre 1998


PRINCIPALES CONCLUSIONS DE LA MISSION



1. VUE D'ENSEMBLE


Depuis 1995, le déclin économique et les catastrophes naturelles en République populaire démocratique de Corée ont gravement compromis la sécurité alimentaire du pays. Bien que le volume sans précédent d'aide alimentaire et d'assistance internationale destinée à la relance de l'agriculture ait sans aucun doute aidé à améliorer la situation, les perspectives alimentaires du pays restent précaires.

Une précédente évaluation FAO/PAM des perspectives des récoltes et des approvisionnements alimentaires en juin montrait que même si les conditions météorologiques étaient favorables, les pénuries chroniques d'intrants agricoles essentiels risquaient de compromettre la production alimentaire cette année, laissant le pays avec un grand déficit alimentaire. En outre, vu la gravité des problèmes auxquels se heurte le pays et sa capacité fortement réduite à importer des aliments sur une base commerciale, une grande part du déficit devra être compensée par l'aide alimentaire.

Une mission FAO/PAM d'évaluation des récoltes et des disponibilités alimentaires s'est rendue dans le pays du 10 au 27 octobre 1998 pour évaluer le volume final de la récolte de 1998 et les perspectives en matière d'approvisionnements alimentaires pour 1998/99. La mission a eu des entretiens avec des ministères et départements du Gouvernement, des responsables de provinces et de comtés, des dirigeants et exploitants de coopératives, des institutions des Nations Unies, des donateurs bilatéraux, des ONG travaillant dans le pays, et a fait des tournées d'inspection dans certaines régions. Des visites surprises ont été faites dans des familles des zones urbaines et rurales. La mission s'est rendue dans 8 des 12 provinces du pays et dans les municipalités de
Hamyong Sud, Kangwon, Hwangae Sud et Nord, Pyongan Sud, Kaesang, Kandong et Pyongyang. Les régions évaluées collectivement contribuent pour 75 pour cent à la production de riz et de maïs du pays. Les images par satellite Landsat produites en 1998 par le PNUE au Centre de données EROS des services géologiques des Etats-Unis ont été utilisées pour confirmer la région sous riziculture.

La mission a constaté que des conditions météorologiques favorables associées à la disponibilité d'engrais grâce à l'aide internationale ont entraîné une certaine amélioration de la récolte de cette année. On prévoit que la production de céréales pour 1998/99 sera de 3,48 millions de tonnes (y compris riz en équivalent riz usiné), soit 30 pour cent de plus que la récolte fortement réduite de l'année dernière. Cette production inclut 1 341 000 tonnes de riz usiné (2 063 000 tonnes de riz paddy), 1 765 000 tonnes de maïs et, selon les prévisions, 375 000 tonnes de double récolte de blé et d'orge. Néanmoins, malgré l'amélioration de la production, il manquera encore environ 1 354 000 tonnes pour satisfaire les besoins alimentaires minima, qui devront être couverts par des importations. Le pays couvrira sans doute une partie de ce déficit moyennant des importations commerciales mais il aura encore besoin d'une aide alimentaire considérable pour la campagne commerciale 1998/99 (novembre/octobre). Outre le manque de devises étrangères qui limite les importations commerciales, le déclin économique signifie également que le commerce de troc de matériaux industriels tel que l'acier devient une option de moins en moins viable. En conséquence, il est probable qu'en 1998/99 les importations commerciales seront limitées, s'élevant au mieux à 300 000 tonnes de céréales. Le déficit restant est donc d'environ 1,05 million de tonnes de céréales. Une aide alimentaire est nécessaire pour faire face à ce déficit, si l'on veut assurer à la population, en particulier aux groupes vulnérables, un niveau minimal de consommation.

En outre, pour assurer la sécurité alimentaire à l'avenir, il est impératif d'accroître sensiblement l'aide internationale à l'agriculture, dont le niveau est actuellement très faible. Dans ce contexte, la Table Ronde organisée par le PNUD à Genève en mai 1998 et une réunion de suivi prévue pour le 30 novembre 1998 pour appuyer le programme de relèvement de l'agriculture et de protection de l'environnement est une initiative importante en vue de l'adoption d'une approche stratégique.

L'aide alimentaire sélective que la mission recommande pour 1998/99 comprend 480 000 tonnes de céréales et de produits céréaliers, dont 360 000 tonnes sont annoncées et dans la filière, ce qui laisse 120 000 tonnes de céréales à financer pour répondre aux besoins de consommation d'ici le 31 octobre 1999. Ces céréales serviront à apporter une aide ciblée aux enfants des crèches, jardins d'enfants, centres d'accueil et écoles primaires, aux malades hospitalisés, aux femmes enceintes et aux mères allaitantes, et pour engager des activités "vivres contre travail" à l'appui de la reprise du secteur agricole. Cette recommandation repose sur l'évaluation des besoins de 171 comtés sur les 211 auxquels la communauté des donateurs devrait avoir accès pour assurer le suivi de son aide. Le volume réel d'aide alimentaire sélective devrait être modulé selon l'accès accordé aux donateurs pour surveiller les activités qu'ils financent. En outre, la mission recommande que le programme fournisse l'aide alimentaire nécessaire pour combler le déficit restant de 574 000 tonnes de céréales qui pourront être acheminées par le système public de distribution en vue d'une distribution générale destinée à aider la population à satisfaire ses besoins nutritionnels minima.

Bien que l'accès à certaines régions reste limité, une meilleure entente entre le Gouvernement et le système des Nations Unies concernant la façon dont il faudrait mettre en _uvre les programmes d'aide de façon transparente et responsable s'est dégagée grâce aux interactions de ces dernières années. Les efforts des deux parties en vue d'améliorer encore leurs relations de coopération permettront de mieux concevoir et mettre en _uvre les programmes d'aide à l'alimentation et au développement dans le souci de faire face tant aux pénuries alimentaires actuelles qu'aux besoins futurs en matière de développement.

Malgré l'importance des interventions à court et moyen termes, la mission fait valoir que la sécurité alimentaire future de la République populaire démocratique de Corée dépendra essentiellement des solutions trouvées aux principales difficultés économiques. En l'absence de telles solutions, même sans catastrophes naturelles, l'approvisionnement alimentaire restera très précaire, dans la mesure où la productivité agricole diminue, la capacité du pays à financer l'importation commerciale de produits alimentaires recule, et le commerce de troc devient une option de moins en moins viable.


2. L'ECONOMIE ET L'AGRICULTURE DE LA RPD DE COREE [1]


L'économie de la RPD de Corée a fortement progressé depuis le milieu des années 50, l'agriculture et l'industrie se développant rapidement. Bien que les taux de croissance élevés des premières années ne se soient pas maintenus après le milieu des années 70, le PIB par habitant de la RPD de Corée aurait atteint 1 250 dollars E.-U. en 1989. Les industries de transformation avaient alors fait d'importants progrès et représentaient de 27 à 30 pour cent du PIB. L'agriculture et les services apportaient chacun des contributions analogues, les 10 pour cent restants provenant des services publics de distribution (électricité, gaz, eau, etc.) et de la construction. Ces chiffres montrent une structure diversifiée de la croissance économique.

En revanche, l'économie a connu un grave repli depuis le début des années 90. Les catastrophes naturelles qui se sont succédé sous forme d'inondations en 1995 et 1996 ainsi que les raz de marée et la sécheresse de 1997, s'ajoutant à plusieurs années de ralentissement et de stagnation, ont anéanti l'économie et mis en évidence les problèmes structurels sous-jacents. Depuis lors, l'économie s'est fortement contractée. Les données sont difficiles à obtenir, mais le PIB par habitant est aujourd'hui sans doute inférieur à la moitié de ce qu'il était en 1989.

Il est maintenant reconnu que les catastrophes naturelles survenues entre 1995 et 1997 n'ont fait qu'aggraver les problèmes structurels sous-jacents qui minaient l'économie. D'une part, les machines et le matériel des secteurs de l'industrie, de l'agriculture et autres ont été pour l'essentiel achetés et installés dans les années 50 et 60, et sont maintenant vétustes ou en mauvais état. Dans de nombreux cas, des pièces de rechange sont nécessaires pour assurer que les machines ou le matériel puissent continuer à fonctionner; dans d'autres cas, une modernisation et une remise en état sont indispensables; et dans d'autres cas encore, leur remplacement pur et simple s'impose.

Un facteur important de ralentissement économique en RPD de Corée a été l'affaiblissement des relations économiques favorables entretenues avec l'ex-URSS ainsi qu'avec les pays d'Europe orientale dont l'économie était autrefois centralisée, qui accordaient à la Corée une aide et des avantages commerciaux importants, facilitant sa forte croissance économique. Le commerce de troc avec la Chine a également diminué suite aux réformes économiques en Chine. De ce fait, l'économie souffre maintenant d'un lourd déficit commercial, elle a peu de réserves en devises étrangères et elle n'est pas perçue comme solvable. Ces problèmes sont symptomatiques d'un malaise structurel profond, qui entrave la capacité du pays à faire face à ses besoins économiques urgents. C'est dans ce contexte plus large qu'il conviendrait d'évaluer les difficultés actuelles et les perspectives futures du secteur agricole.

L'agriculture en RPD de Corée est organisée en fermes coopératives et fermes d'Etat et est historiquement axée sur la production de paddy et de maïs. Pour parvenir à l'autosuffisance alimentaire, on s'est efforcé de moderniser l'agriculture, en insistant sur quatre grands facteurs susceptibles de renforcer la croissance - l'irrigation, l'électrification, l'application de la chimie (engrais, pesticides, herbicides, etc.) et la mécanisation. Les résultats obtenus ont été très satisfaisants dans les années 70 et au début des années 80. L'irrigation a été accrue (touchant 70 pour cent ou plus des terres cultivées en 1970); un nombre suffisant de tracteurs (au moins 75 000 au total), de repiqueuses, de batteuses, de camions et d'autres machines agricoles ont été fournis ; l'électrification rurale s'est rapidement étendue (couvrant vers 1970 toutes les régions rurales) ; et les engrais et autres produits chimiques ont été mis sur le marché en grandes quantités. Assez naturellement, cette agriculture à forte consommation d'intrants a commencé à enregistrer des rendements plus faibles dès qu'il n'a plus été possible de maintenir ces apports faute de ressources suffisantes. En outre, des inondations, des sécheresses et des vagues de froid extrême ont entraîné ces dernières années de grands bouleversements, perturbations, et pertes de production. Ce qu'il faut donc, pour ranimer et rénover le secteur agricole, c'est à la fois réparer les dommages causés par les catastrophes naturelles et surmonter les difficultés structurelles.

La remise en état de l'agriculture est une proposition à moyen et long termes, mais il faudrait que le processus démarre ou soit renforcé d'urgence et sérieusement de façon à permettre au pays de produire suffisamment de vivres pour satisfaire ses besoins minimaux. Dans ce contexte, la Table Ronde de Genève organisée par le PNUD en mai 1998 et les programmes de suivi pour la relance et le développement - économique en général et agricole en particulier - en RPD de Corée est une initiative riche de possibilités. Toutefois, il est également crucial, en attendant, que la communauté internationale étudie les besoins immédiats en aide alimentaire créés par une production vivrière insuffisante. La capacité d'importation commerciale du pays est gravement entravée; et l'aide internationale devra être progressivement réduite, à mesure que la production intérieure augmentera et que la reprise de l'économie se confirmera. Sur ce point, il faut souligner que l'aide internationale apportée depuis 1995 sous forme de secours d'urgence et d'appui à la relance a évité au pays une crise alimentaire plus grave encore.

Etant donné la superficie limitée des terres arables, l'accroissement de la production agricole ne peut venir que de la culture intensive et de l'augmentation des rendements. Il semble qu'il n'y ait guère de solution autre qu'une agriculture à forte consommation d'intrants et à intensité de culture accrue. Mais de fortes doses d'engrais et autres produits chimiques associées à la monoculture, très courante dans le pays, risquent de provoquer de nouvelles dégradations des sols, entraînant à la longue une baisse des rendements malgré la forte consommation d'intrants. Ainsi, bien que l'on puisse favoriser à moyen terme une agriculture utilisant de grandes quantités de produits chimiques et axée sur le paddy et le maïs, il serait souhaitable de recourir davantage aux engrais organiques, de promouvoir des variétés ayant moins besoin d'engrais chimiques (certaines ont déjà été introduites à petite échelle) et des modes de culture diversifiés sur le long terme. Dans ce contexte, les activités de recherche-développement prennent une importance fondamentale. Il faut garder cette question à l'esprit tout au long du processus de modernisation de l'agriculture.

Lors de visites et d'entretiens sur le terrain, la mission a été informée que la pénurie d'engrais était le problème le plus grave pour la production vivrière du pays. La capacité totale des trois usines d'engrais de la RPD de Corée est de plus de 400 000 tonnes d'engrais azoté, ce qui permettrait d'assurer l'autonomie voulue. Mais l'exploitation de ces usines est sérieusement entravée par la vétusté des installations, leur mauvais entretien, l'insuffisance de pièces de rechange et la pénurie de matières premières, en particulier le pétrole. La capacité du pays à importer du carburant est également limitée. C'est pourquoi les réserves globales d'engrais pour 1998 ont diminué malgré certains approvisionnements assurés en 1998 dans le cadre d'un projet du FIDA. La modernisation de deux des usines d'engrais est prévue dans le programme de suivi de la Table ronde de Genève et mérite l'appui des donateurs.

Le secteur agricole se heurte également à d'autres problèmes: absence de pièces de rechange et pannes de machines, pénurie de carburant, difficultés d'irrigation et pénurie de pesticides. Le problème de la mécanisation est au premier plan des préoccupations, face à une situation caractérisée par le non-fonctionnement ou le mauvais fonctionnement des machines et du matériel agricoles et des pompes d'irrigation. L'infrastructure industrielle de la RPD de Corée a permis au pays de fortement mécaniser l'agriculture. Mais les difficultés économiques rencontrées dans les années 90, aggravées par les récentes catastrophes naturelles, ont freiné la mécanisation industrielle aussi bien qu'agricole. Bien que difficile à quantifier, la dégradation de la "mécanisation", qui a probablement réduit à environ 20 pour cent la capacité motorisée, a été un facteur essentiel qui a empêché de mener à bien en temps voulu les travaux agricoles, et a entraîné une baisse des rendements et une augmentation des pertes pendant et après la récolte. Pour pallier le problème de la mécanisation, on a mobilisé la main-d'_uvre disponible et utilisé davantage d'animaux de trait. La remise en route des machines agricoles existantes demandera : a) des approvisionnements suffisants en carburant pour faire tourner toutes les machines agricoles qui sont encore en bon état et b) des matières premières et du matériel permettant aux fabricants de pièces de rechange et de pièces détachées de remettre en marche les machines qui ne peuvent être utilisées qu'après réparations et révisions. A moyen et long termes, la plupart des machines agricoles devront être remplacées.


3. FACTEURS AFFECTANT LA PRODUCTION VIVRIÈRE EN 1998


En RPD de Corée, l'alimentation de base se compose de riz et de maïs. Ces deux cultures, qui constituent les principales céréales alimentaires produites dans le pays, occupent près des deux tiers de la superficie totale de terres arables, soit environ 2 millions d'hectares. Le riz est cultivé essentiellement sur les basses plaines du Sud, tandis que le maïs pousse essentiellement sur les pentes. Le riz, qui est largement irrigué, est repiqué entre la mi-mai et début juin, et récolté entre fin septembre et octobre. A l'inverse, le maïs est pour l'essentiel une culture pluviale; les semis ont lieu de la mi-avril à début mai et la récolte de fin août à mi-septembre. La pluviométrie affecte donc davantage le maïs que le riz. Ainsi, la sécheresse de 1997 a eu un effet dévastateur sur la production de maïs, mais c'est la défaillance du système d'irrigation, suite au manque de pièces de rechange et de carburant, qui a provoqué l'essentiel des dégâts dans la riziculture.

3.1. Pluviosité et inondations localisées

En RPD de Corée, on enregistre habituellement de juillet à fin août de très fortes précipitations dues à un effet cyclonique de l'ouest. Cette période est suivie, en automne, d'une saison de faibles précipitations (octobre-novembre). La période d'hiver (décembre-février) se caractérise par une très faible pluviosité et un climat extrêmement rigoureux et froid. La pluviosité augmente progressivement au printemps (mars-juin). Le graphique 1 indique la pluviosité en 1998 par rapport aux modèles à long terme.

Undisplayed Graphic

Le régime pluviométrique normal a connu de graves perturbations de 1995 à 1997, entraînant de fortes inondations en 1995 et 1996, et la plus grave sécheresse des dernières décennies en 1997. Il est revenu à la normale en 1998. Cependant, il conviendrait de souligner que, suite à des pluies torrentielles en juillet-août 1998, des inondations localisées se sont produites dans certaines régions, en particulier sur la côte Est, submergeant les cultures pendant des périodes allant de quelques heures à plus de deux jours. Une zone cultivée de 30 000 hectares aurait été gravement endommagée sur la côte Est. Toutefois, dans l'ensemble, la production agricole de 1998 a bénéficié d'un temps généralement favorable. Par contre, l'effet potentiellement bénéfique d'une météorologie favorable a été réduit à néant par l'insuffisance des facteurs de production concernant l'irrigation, l'approvisionnement en engrais, l'utilisation de machines et de matériel, la qualité des semences et les réserves de feuilles de plastique. En conséquence, la productivité agricole n'a pas repris autant que les conditions météorologiques favorables auraient pu le permettre.

3.2 Irrigation

L'énergie est un élément critique du système d'irrigation du pays. L'eau doit être pompée pour être déversée dans les principaux canaux et réservoirs. Or les disponibilités de carburant ont diminué. En outre, l'état des canaux et des stations de pompage s'est détérioré du fait des catastrophes naturelles, tandis que les stations de pompage et les canalisations en acier ont souffert du manque de pièces détachées et d'entretien. La mission a constaté que les heures de pompage et la distribution d'eau d'irrigation aux champs cultivés avaient beaucoup diminué.

3.3 Engrais

La production nationale d'engrais est entravée par l'obsolescence des machines, le manque de pièces de rechange et la pénurie de la matière première essentielle, le pétrole. Des chiffres fiables sont difficiles à obtenir, mais les disponibilités d'engrais ont enregistré en 1998 une nouvelle baisse par rapport au volume déjà faible de 1997. Du point de vue de la teneur en nutriments, les disponibilités de 1998 ne représentaient que 18 pour cent environ de celles de 1989.


Undisplayed Graphic

La plus grande part de l'aide internationale en matière d'engrais a été acheminée dans le cadre d'un projet du FIDA et a été distribuée pour certaines terres de classes I et II. Le fait que les bénéficiaires du projet du FIDA (qui cultivent environ 10 pour cent des terres sous riziculture), ont pu obtenir, avec davantage d'engrais, des rendements de riz nettement supérieurs à la moyenne, montre l'importance fondamentale des engrais pour l'agriculture en RPD de Corée.

Parallèlement aux efforts qu'il a déployés pour fournir autant d'engrais chimiques que possible au secteur agricole, le Gouvernement a développé des variétés de riz nécessitant moins d'engrais chimiques et encouragé l'emploi d'engrais organiques (ce qui aiderait aussi à rétablir la fertilité des sols) comme autres moyens de renforcer la productivité agricole. Toutefois, il s'agit encore d'efforts de portée limitée et le manque d'engrais chimiques reste une entrave essentielle à la productivité agricole.

3.4 Semences

Les disponibilités de semences n'ont généralement pas posé de problème en 1998, mais leur qualité n'a pas été aussi bonne que les années précédentes. Etant donné les fortes densités des plants, des taux d'ensemencement de 125 kg/ha dans le cas du paddy et de 45 kg/ha dans le cas du maïs sont pratique courante dans tout le pays. Mais on s'est aperçu lors des entretiens sur le terrain que certaines coopératives utilisaient des taux allant jusqu'à 150 kg/ha pour le paddy et 60 kg/ha pour le maïs afin de pallier les problèmes de qualité des semences et les effets du froid. En 1998, le manque de feuilles de plastique pour couvrir les lits de semences lorsqu'il fait très froid a contraint à augmenter les densités de semis.

3.5 Mécanisation

L'agriculture fortement mécanisée de la RPD de Corée se heurte à une grave difficulté puisque les quatre cinquièmes environ des machines et du matériel agricoles motorisés sont hors d'usage du fait de leur obsolescence et du manque de pièces de rechange et de carburant. Lors de visites sur le terrain, la mission a constaté qu'une grande partie des tracteurs, repiqueuses, camions et autres machines agricoles était inutilisée et inutilisable. De fait, il lui est arrivé de voir que, faute de camions, du paddy récolté était laissé en tas dans les champs pendant de longues périodes - trois semaines ou plus - entraînant de fortes pertes après récolte.

On utilise maintenant de plus en plus d'animaux de trait pour remplacer les machines agricoles. Le Gouvernement encourage cette pratique, mais la traction animale est restée très limitée en 1998. En outre, du fait de problèmes d'alimentation du bétail, la santé des animaux est généralement médiocre. L'autre moyen utilisé pour pallier la pénurie de machines a consisté à mobiliser beaucoup plus de main-d'oeuvre qu'auparavant.

3.6 Ravageurs et maladies

L'hiver 1997/98 s'est caractérisé par des températures au-dessus de la normale et on craignait initialement que l'incidence des ravageurs et des maladies soit plus élevée lors de la campagne agricole de 1998 car, à ces températures, les kystes, _ufs et spores risquaient de ne pas être détruits; en fait, les ravageurs et maladies n'ont pas été un sujet de préoccupation en 1998. On n'a signalé qu'une légère incidence des ravageurs et des maladies et donc des pertes de récolte mineures.

3.7 Superficie cultivée et production de paddy et de maïs

3.7.1 Superficie cultivée

On ne peut cultiver qu'environ 20 pour cent de la superficie de la RPD de Corée. Le reste est essentiellement montagneux, laissant très peu de place à l'expansion agricole. La surface arable s'élève à quelque 2 millions d'hectares, mais environ 1,4 million d'hectares seulement sont adaptés à la production céréalière. Le reste est surtout consacré aux cultures fruitières et aux mûriers pour la sériciculture.

Etant donné les contraintes d'ordre géographique, la superficie des terres cultivées en paddy et maïs dans les fermes d'Etat et les fermes coopératives est restée plus ou moins constante dans le passé. Toutefois, par suite des graves pénuries alimentaires de ces dernières années, on a essayé de cultiver du maïs sur les versants abrupts des collines. Toutefois, on s'est vite rendu compte que cette pratique avait un impact sur l'environnement (érosion des sols et risque accru d'inondations) et qu'en pareil cas, la productivité était très faible et la contribution à la production intérieure négligeable. La décision du Gouvernement est donc d'abandonner la culture du maïs sur les pentes d'un gradient supérieur à 15 degrés et de réserver ces terres aux pâturages et aux forêts. En 1998, bien que le Gouvernement ait prévu de réduire la superficie réservée au maïs à 593 000 hectares et de convertir la différence en pâturages, cet objectif n'a pas été atteint faute de semences de graminées. La superficie totale plantée en maïs est estimée par la mission à environ 629 000 hectares, soit moins que la superficie de 1997 évaluée à 650 000 hectares mais supérieure de 36 000 hectares à ce qui avait été prévu. En raison de divers problèmes liés à la culture, notamment la dégradation des moyens mécaniques, la surface plantée en paddy en 1998 est, d'après les estimations, de 580 000 hectares, soit là aussi moins qu'en 1997 (601 000 hectares). On trouvera au tableau 1 les superficies de terres plantées de paddy et de maïs en 1998, par province.

Tableau 1: RPD de Corée - Surfaces cultivées en paddy et maïs par Province/Municipalité, 1998

Province/Municipalité  
Paddy Maïs
Surface (ha) % Surface (ha) %
Pyongyang 26 000 4,5 16 000 2,5
Pyongan Sud 95 000 16,4 67 000 10,8
Pyongan Nord 97 000 16,7 97 000 15,4
Chagang 7 000 1,2 39 000 6,2
Hwanghae Sud 147 000 25,4 88 000 14,0
Hwanghae Nord 47 000 8,1 75 000 11,9
Kangwon 36 000 6,2 41 000 6,5
Hamgyong Sud 60 000 10,3 53 000 8,4
Hamgyong Nord 25 000 4,3 53 000 8,4
Ryanggang 2 000 0,3 4 000 0,6
Kaesong 12 000 2,1 7 000 1,1
Nampo 15 000 2,5 8 000 1,3
Autres 1/ 11 000 2,0 81 000 12,9
TOTAL 580 000 100 629 0001/ 100


1/ Estimation de la mission à partir des chiffres officiels communiqués à la dernière mission PAM/FAO, compte tenu des 21 000 hectares qui n'ont pas encore été remis en culture depuis les inondations de 1995 et 1996. De petites parcelles de maïs sur les versants de collines dépendant du Ministère des Forêts ont été également signalées à la mission, mais on ne dispose pas d'estimations exactes.

Le tableau 2 montre la classification des terres cultivées en paddy et maïs.

Tableau 2: Classification des surfaces cultivées en paddy et maïs

Type de terrain  
Paddy Maïs
Superficie (ha) % Superficie (ha) %
Bon: Classe I 188 000 32,4 202 000 33,2
Moyen: Classe II 195 000 33,6 191 00 30,4
Médiocre:Classe III 197 000 34,0 229 000 36,4
TOTAL 580 000 100,0 629 000 100,0


Note: - Terrains de classe I : Plats ou nivelés, sols de bonne qualité, irrigation, machines et matériel agricoles régulièrement utilisés.
- Terrains de classe II : Plats ou ondulés (pente de 0 à 10 degrés), irrigués ou non irrigués, sols entre bons et moyens, machines et matériel agricoles souvent utilisés.

- Terrains de classe III : pentes et reliefs (plats pour le paddy), aucune irrigation sauf pour le paddy, sols de qualité insuffisante, machines ou matériel agricoles normalement pas utilisés.

3.7.2 Rendements et production

La mission a fait des mesures sur échantillons dans certaines coopératives ainsi que sur des parcelles choisies au hasard le long des routes dans les provinces visitées (Hamgyong Sud, Kangwon, Pyongan Sud, Hwangae Nord, Hwangae Sud, Municipalité de Kaesong, et comté de Kandon relevant de l'administration de la ville de Pyongyang). Tous les types de terrain ont été visés. Au moment de la visite de la mission, alors que l'on trouvait encore du paddy dans de nombreux champs, le maïs avait déjà été récolté et les mesures se sont faites essentiellement à partir d'échantillons prélevés dans des centres de battage. Sur la base de ces mesures, d'observations sur le terrain, des caractéristiques des terrains et des sols, ainsi que de discussions avec des exploitants et des responsables de coopératives, on a évalué les rendements moyens de paddy et de maïs à l'hectare pour différents types de terrain. Le tableau 3 donne les résultats concernant les rendements et la production de paddy et de maïs.

Tableau 3: Superficie plantée en paddy et en maïs, rendement et production, 1998

Type de terrain  
Paddy Maïs Production céréalière totale (milliers de tonnes)  
Superficie
(milliers d'hectares)
Rendement
(kg/ha)
Production (milliers de tonnes) Superficie
(milliers d'hectares)
Rendement
(kg/ha)
Production (milliers de tonnes)
Classe I 188 5 200 978 202 3 500 707 1 685
Classe II 195 3 300 644 198 2 800 554 1 198
Classe III 197 2 650 522 229 2 200 504 1 026
Total partiel 580 3 700 2 144 629 2 800 1 765 3 909
Moins la perte de production sur 30 000 ha 1/ - (2 700) (81) - - - -
Total 580 3 560 2 063 629 2 800 1 765 3 828
Total en équivalent usiné    
1 341
    1 765 3 106
Plus production
en double culture de blé et d'orge
            375
Total général 2/             3 481


1/ Sur la surface totale cultivée en paddy (580 000 hectares), 30 000 ha ont souffert de dégâts aux cultures. Le rendement moyen de 3 700 kg/ha a été appliqué à 550 000 hectares, mais pour les 30 000 ha de terres endommagées, on considère qu'un rendement de 1 000 kg/ha seulement a été obtenu. En tenant compte des 30 000 ha de cultures endommagées, la production de paddy est estimée à 2 063 000 tonnes, soit 1 341 000 tonnes de riz usiné.
2/ Inclut le riz en équivalent usiné.

Le taux estimatif moyen de rendement du paddy (3 560 kg/ha) est sensiblement inférieur à celui de 1997 (3 900 kg/ha). Ce faible rendement enregistré en 1998 tient essentiellement à la baisse des disponibilités d'intrants agricoles, y compris une extrême pénurie d'engrais chimiques. Toutefois, l'aide internationale en matière d'engrais, les efforts faits par le Gouvernement pour fournir davantage d'engrais organiques et les techniques culturales très intensives associées à un appel massif à la main-d'_uvre et, enfin, un temps favorable ont contribué à empêcher le rendement moyen de baisser encore en 1998. S'agissant du maïs, le FIDA n'a fourni aucun engrais dans le cadre de son projet, mais certaines réserves du Gouvernement ont été utilisées. Aucun nouvel apport en facteurs de production n'ayant été fait, c'est surtout grâce à une situation météorologique favorable et à des techniques culturales intensives que le taux moyen de rendement du maïs a atteint 2 800 kg/ha en 1998, par rapport au rendement très réduit par la sécheresse de 1 750 kg/ha en 1997. Les rendements moyens de maïs en 1998 n'en sont pas moins restés très inférieurs à ceux obtenus en 1995/96 (3 530 kg/ha).

3.8 Programme de double culture

Le Programme de double culture a été lancé conjointement en 1996 par les organisations du système des Nations Unies et le Gouvernement de RPD de Corée et a été pleinement appuyé en 1997 car il permet d' accroître la production alimentaire malgré la rareté des terres susceptibles d'être consacrées à des cultures supplémentaires. Ce programme a été lancé initialement pour produire de l'orge de printemps, et a été élargi par la suite, en 1998, de façon à inclure la culture de blé et d'orge d'automne/hiver. Le principal objectif du Programme de double culture est d'utiliser les terres agricoles disponibles entre octobre et juin pour produire une récolte céréalière supplémentaire à laquelle succédera une culture de paddy et de maïs à partir de juin. Le résultat du Programme de double culture de 1997 et 1998 a été globalement positif et devrait s'élargir en 1999 de façon à introduire une diversification en cultivant des pommes de terre, des légumineuses et des légumes.

La superficie de terres consacrées à la double culture est passée de 38 000 hectares en 1997 à 70 000 hectares en 1998. L'objectif pour la production de blé et d'orge d'automne/hiver de 1998 est de 100 000 hectares. En outre, il est prévu, dans le Programme de double culture et de diversification de printemps/été 1999, d'accroître la production céréalière en cultivant 50 000 hectares d'orge/blé, 20 000 hectares de riz et 60 000 hectares de maïs. Le succès du Programme de double culture de 1998/99 pour atteindre les objectifs escomptés dépendra de manière cruciale de l'efficacité et de la rapidité de l'aide des donateurs.

La mission appuie pleinement le Programme de double culture et de diversification des récoltes afin d'intensifier et diversifier l'exploitation des terres arables grâce à des méthodes de double culture, de cultures intercalaires et de diversification dans le cadre d'une stratégie globale pour une relance et un développement soutenu de l'agriculture en RPD de Corée.

3.9 Autres cultures vivrières

La production et les réserves de céréales ayant fortement baissé ces dernières années, d'autres cultures vivrières ont pris de l'importance dans l'économie alimentaire de la RPD de Corée. La production de pommes de terre et de légumes verts suscite un intérêt particulier, mais le soja et les patates douces sont également cultivés.

La mission a constaté que les lopins de terre des familles ont été utilisés de plus en plus intensément ces dernières années pour ce type de cultures en vue d'améliorer la sécurité alimentaire familiale des ménages. Ceux-ci vendent également, le cas échéant, leurs excédents de légumes sur les marchés de producteurs.

3.10 Elevage

Le Gouvernement a maintenant pour politique de décourager de façon générale l'élevage de non-ruminants qui ont besoin de céréales et d'encourager l'élevage de troupeaux de ruminants, en particulier de chèvres. Celles-ci ont l'avantage de pouvoir paître sur les versants peu propices à la production vivrière.

Le cheptel a sensiblement diminué ces dernières années, en grande partie du fait de la pénurie de céréales pour l'alimentation animale. Selon les estimations du Gouvernement, entre 1996 et 1997, il y a eu d'importantes baisses de tous les cheptels, à l'exception des chèvres. On trouvera au tableau 4 les données fournies par le Gouvernement de la RPD de Corée pour ces deux années au sujet de diverses espèces d'animaux d'élevage. On ne dispose pas de données pour 1998 mais d'après les observations faites sur le terrain par la mission, il est probable que le nombre de chèvres enregistrera une nouvelle hausse importante et celui des animaux non-ruminants une nouvelle baisse.

Tableau 4: Animaux d'élevage en RPD de Corée, 1996 et 1997

  1996 1997 Changement en pourcentage entre 1996 et 1997
Boeufs 615 000 545 000 -11,4
Vaches 14 000 - -
Porcs 2 674 000 1 859 000 -30,5
Moutons 248 000 160 000 -35,5
Chèvres 712 000 1 077 000 51,3
Lapins 3 056 000 2 740 000 -10,4
Poulets 8 871 000 7 547 000 -14,9
Canards 1 098 000 822 000 -25,1
Oies 554 000 357 000 -35,6

Du fait de la pénurie d'aliments pour animaux, ceux-ci reçoivent peu de céréales et se nourrissent de sous-produits tels que rafles de maïs décortiqué, tiges et herbe. Mais les porcs et les animaux de trait, par exemple, ont besoin d'une meilleure alimentation, y compris des céréales pour assurer leur productivité et maintenir leurs réserves énergétiques. Le Gouvernement encourage maintenant à utiliser davantage d'animaux de trait (par ex. les b_ufs), afin d'atténuer les effets de l'effondrement de la mécanisation agricole. La puissance de traction animale devenant de plus en plus importante pour les opérations agricoles, il faut prévoir des céréales plus énergétiques.

Bien que l'alimentation de la volaille dépende beaucoup des céréales, la mission a constaté en 1998 que, par rapport à sa première visite, davantage de ménages élevaient des poulets ou lapins pour élargir leurs sources de protéines ou pour les vendre afin d'acheter d'autres produits sur les marchés de producteurs.


4. ANALYSE DE L'OFFRE ET DE LA DEMANDE ALIMENTAIRES, 1998/99


4.1 Situation de l'offre alimentaire, 1998/99

La capacité de la RPD de Corée à assurer à sa population un approvisionnement alimentaire suffisant reste entravée par deux difficultés importantes: i) la pénurie d'intrants agricoles pour assurer la production nationale d'aliments et ii) la diminution de la capacité de l'économie à compléter la production alimentaire nationale par des importations commerciales. En conséquence, la sécurité alimentaire du pays dépend de façon cruciale des résultats de l'économie en général et des efforts pour accroître la production alimentaire du pays.

Les catastrophes naturelles de ces trois dernières années (1995-97) ont mis davantage en péril la sécurité alimentaire, accentuant les difficultés d'approvisionnement alimentaire dans le pays. Certes, l'aide alimentaire internationale à grande échelle de ces trois dernières années a contribué à atténuer les graves conséquences de la pénurie alimentaire pour un vaste segment de la population, en particulier des groupes vulnérables comme les enfants, les femmes enceintes et les mères allaitantes, et les personnes malades. Cependant, il faut souligner qu'il est peu probable que des interventions de cette ampleur en matière d'aide alimentaire se poursuivent très longtemps. Il est donc grand temps que les efforts et les ressources soient orientés vers la reconstruction du secteur agricole pour lui permettre de réaliser tout son potentiel de production.

Sur la base des prévisions de production, de ses enquêtes détaillées et des entretiens qu'elle a eus avec des familles rurales et urbaines, la mission confirme que les perspectives d'approvisionnement alimentaire en 1998/99 (novembre/octobre) sont sombres. La mission a observé que, faute de camions, les gens transportaient les paquets de paddy sur le dos jusqu'aux centres de battage. Dans de nombreux endroits où s'est rendue la mission, on a vu des écoliers glaner des grains autour des gerbes récoltées dans les champs. Il s'agit d'autant d'efforts pour atténuer les problèmes alimentaires dont souffre le pays. Les missions FAO/PAM d'octobre 1997 et juin 1998 ont prévenu qu'un important déficit alimentaire était prévisible pour la RPD de Corée en 1998/99 et que, pour satisfaire les besoins alimentaires minima, une importante aide alimentaire internationale serait nécessaire. Le déficit céréalier pour la campagne commerciale 1998/99 (novembre/octobre) est maintenant estimé à 1 349 000 tonnes

.

4.2 Bilan offre/demande de céréales, 1998/99

Les hypothèses et paramètres suivants ont été utilisés pour dresser le bilan offre/demande de céréales pour 1998/99 figurant au tableau 5.

Tableau 5: RPD de Corée - Bilan céréalier pour 1998/99 (novembre/octobre) (en milliers de tonnes)


1/ Environ 360 000 tonnes sont déjà annoncées ou dans la filière, il reste donc 694 000 tonnes à couvrir.

Le bilan présenté au tableau 5 montre que la RPD de Corée devra importer 1 354 000 tonnes pendant la campagne commerciale de 1998/99 (novembre/octobre), dont 300 000 seulement pourront être importées commercialement. Ainsi, pour satisfaire les besoins minima de consommation de la population, une aide alimentaire de 1 054 000 tonnes de céréales sera nécessaire, alors que le volume correspondant aux annonces confirmées et aux produits céréaliers déjà dans la filière s'élève pour l'instant à 360 000 tonnes, ce qui laisse un déficit à couvrir de 694 000 tonnes.

Pour la campagne commerciale de 1997/98, qui a pris fin en octobre 1998, compte tenu des réserves intérieures en céréales, des importations de céréales, y compris de l'aide alimentaire [3] et déduction faite des céréales pour les semences, l'alimentation animale, les pertes et les autres usages, on estime que la disponibilité de céréales par personne était de l'ordre de 148 kg/an soit 406 grammes/jour. Cette quantité de céréales apportait environ 1 400 Kcal par habitant et par jour (soit 87 pour cent du besoin estimé de 1 600 Kcal par personne et par jour).

L'offre moyenne par personne masque le fait que, par suite des pénuries alimentaires, l'accès aux vivres n'est plus aussi équitable qu'auparavant. La mission a constaté que les quantités distribuées par personne aux agriculteurs par les coopératives variaient selon le niveau de production. De même, la distribution par l'intermédiaire du Système public de distribution (SPD) avait d'abord été très sérieusement réduite, puis arrêtée pendant plusieurs mois dans la plupart des régions: la population urbaine devait faire face à des restrictions alimentaires plus graves que la population rurale, laquelle reçoit ses provisions annuelles en une fois, à la fin de la récolte principale de céréales, en octobre. En outre, les régions à la frontière de la Chine bénéficient habituellement des échanges transfrontières plus que les autres régions du pays, dans la mesure où il y a peu de chances que le produit des transactions frontalières soit systématiquement acheminé vers le reste de la population, ne serait-ce qu'à cause des difficultés de transport. En fonction des réalités géographiques, l'accès à d'autres denrées alimentaires (par ex., poisson, produits forestiers) varie également d'une région à l'autre. De même, l'accès à des marchés privés (de producteurs) et à d'autres débouchés dépend en grande partie de la situation propre à chaque cas. En conséquence, la vulnérabilité alimentaire dans certaines régions et pour certains groupes de la population serait plus prononcée que ne le laisse penser l'offre alimentaire moyenne par habitant. Mais on ne connaît pas l'ampleur de ces différences en matière de consommation alimentaire. Elle ne pourra être établie qu'à travers des études et observations appropriées, représentatives de l'ensemble de la population.

4.3 Accès aux produits alimentaires et mécanismes d'adaptation

En RPD de Corée, les céréales de base sont distribuées à la population par l'intermédiaire de fermes coopératives et par le Système public de distribution, qui dépendent du Ministère chargé de l'administration des vivres. Depuis 1995, l'aide alimentaire devenant une importante source d'approvisionnement, des institutions ciblées (garderies, jardins d'enfants, hôpitaux) sont devenues des centres de liaison que le SPD approvisionne en denrées qui seront consommées par les personnes bénéficiant des services de ces institutions. De même, étant donné les graves pénuries alimentaires que le pays connaît depuis 1995, divers mécanismes d'adaptation ont été mis en place aux niveaux national, régional et familial.

Les exploitants de coopératives et les personnes à leur charge reçoivent le contingent de céréales qui leur est alloué par leur coopérative respective en une seule livraison, après la récolte principale d'octobre. La quantité allouée aux exploitants eux-mêmes et aux personnes à leur charge varie, de même qu'entre personnes à charge, en fonction de leur âge. Avant 1995, l'allocation moyenne de céréales par membre de la coopérative était de 260 kg par an. Cela reste la norme mais, depuis 1995, l'allocation moyenne est variable et bien moindre. Chaque année, le Gouvernement (Ministère chargé de l'administration des vivres) détermine l'allocation sur la base de la production, ce qui constitue le plancher. En fonction de la récolte, une coopérative peut fournir une plus grande quantité, à condition de respecter la norme. Par exemple, en 1997/98, la quantité moyenne par personne a été fixée à 135 kg ; mais la mission a constaté que certains exploitants de coopératives recevaient en moyenne entre 150 et 180 kg par personne. La quantité-type par personne pour 1998/99 n'était pas encore déterminée par le Gouvernement au moment de la visite de la mission, mais il a été indiqué qu'elle ne différerait sans doute pas beaucoup de la quantité de l'année précédente. Les exploitants de coopératives sont également autorisés à garder des quantités déterminées de céréales pour les semences et le bétail. Ils complètent leur régime alimentaire en cultivant des pommes de terre, des légumes verts, etc. sur les lopins familiaux de 95 m2 dans les zones rurales et de 30 m2 dans les zones urbaines (si possible). Tout excédent dont dispose une coopérative après distribution aux exploitants et conservation pour semences et bétail est vendu à l'Etat contre des espèces à des prix fixés à l'avance. Ces espèces sont réparties entre les exploitants sur la base de points gagnés pour des tâches accomplies dans le système d'exploitation en coopérative.

Toute la population civile autre que les exploitants des coopératives et les personnes à leur charge, (par exemple, les fonctionnaires, les industriels et les techniciens) est desservie par le SPD par l'intermédiaire duquel elle reçoit des allocations de céréales (riz, maïs, farine de blé, orge et légumes secs) déterminées selon les catégories de population (enfants, adultes, personnes âgées etc.), à des prix fortement subventionnés [4]. Dans le cadre du SPD, chacune des 12 provinces et municipalités dispose d'un service de l'administration des vivres. Chacun des 211 comtés et districts du pays a une section chargée de l'administration des vivres et un entrepôt. L'entrepôt est la source essentielle de l'approvisionnement alimentaire des centres de SPD du pays. L'entrepôt de comté sert aussi de circuit de distribution pour les produits alimentaires alloués à des institutions spécifiques comme les garderies, jardins d'enfants et hôpitaux. Les centres du SPD sont des points de distribution de tous les aliments céréaliers au public en général à l'exclusion des exploitants des coopératives. Les centres sont également utilisés pour distribuer des céréales aux bénéficiaires de l'aide alimentaire qui ne peuvent être pris en charge par des institutions (par ex. les femmes enceintes et les mères allaitantes ainsi que les bénéficiaires de "vivres contre travail"). Chaque centre du SPD couvre une région géographique donnée comprenant une population de 1 500 à 3 000 familles. Pour les produits importés au titre de l'aide alimentaire, des plans d'allocation détaillés sont convenus entre le Gouvernement et le donateur avant l'arrivée des expéditions.

L'approvisionnement en céréales ayant chuté brutalement lors de la campagne commerciale 1997/98, les allocations aux centres du SPD ont fortement diminué au cours de l'année. Selon des informations données par le Gouvernement, la distribution par habitant était de 400 g/jour en novembre-décembre 1997. Mais elle a été ramenée à 300 g/jour en janvier 1998, 200 g/jour en février, 100 g/jour en mars, et il n'y a eu aucune distribution de la mi-mars au mois d'août.

Le tableau 6 et le graphique 3 montrent la distribution mensuelle de céréales par le Gouvernement par l'intermédiaire du SPD par province et par ville pendant la période allant du 1er novembre 1997 au 31 octobre 1998. En l'absence d'autres sources d'approvisionnement alimentaire, la mission pense que des rations alimentaires ont sans doute été fournies à Pyongyang et aux autres grandes villes, mais en quantités moindres de façon à satisfaire les besoins minima de la population.

Tableau 6: Allocation mensuelle de céréales par le Gouvernement pour distribution générale par l'intermédiaire des centres du SPD (en tonnes)

  Nov-97 Déc-97 Janv-98 Févr-98 Mars-98 Avr-98 à
Août -98
Sept-98 Oct-98
Pyongyang 27 750 27 750 20 800 13 800 2 700 0 10 415 10 415
Pyongan S. 15 000 15 000 11 200 7 500 1 500 0 5 650 5 650
Pyongan N. 10 150 10 150 7 600 5 100 1 000 0 2 550 2 550
Chagang 9 350 9 350 7 000 4 600 900 0 2 350 2 350
Hwanghae S. 10 300 10 300 7 700 5 100 1 000 0 3 860 3 860
Hwanghae N. 9 150 9 150 5 500 3 700 700 0 2 400 2 400
Kangwon 5 650 5 650 4 200 2 800 500 0 1 450 1 450
Hamgyon S. 13 600 13 600 10 200 6 800 1 300 0 2 720 2 720
Hamgyon N. 13 100 13 100 10 000 6 700 1 300 0 2 620 2 620
Ryanggang 5 250 5 250 3 900 2 600 500 0 1 050 1 050
Kaesong 2 050 2 050 1 500 1 000 200 0 459 459
Nampo 4 550 4 550 3 400 2 300 400 0 1 150 1 150
Total 125 900 125 900 93 000 62 000 12 000 0 36 674 36 674


Source: Ministère chargé de l'administration des vivres, RPD de Corée.

4.3.2 Situation nutritionnelle

En septembre/octobre 1998, le Gouvernement a autorisé, en leur facilitant la tâche, le PAM, l'UNICEF et ECHO à procéder à une enquête nutritionnelle pour déterminer l'état nutritionnel des enfants âgés de six mois à sept ans. Pour procéder à cette enquête, ces organisations ont eu accès sans réserve à cent trente des deux cent onze comtés du pays. L'échantillon dans ces cent trente comtés a été retenu de manière aléatoire en trois étapes. La première étape a consisté à établir une liste restreinte de trente comtés sur le total de cent trente. Dans une deuxième étape, on a choisi quatre ris/dongs (circonscriptions administratives du plus bas niveau) dans chaque comté. Dans une troisième étape, trente ménages ont été choisis dans chacune de ces circonscriptions. Pour les deux premières étapes, on a fait appel à un expert statisticien qui a utilisé une population en fonction de sa taille, c'est-à-dire que chaque ménage dans les cent trente comtés avait les mêmes chances d'être sélectionné pour l'enquête. Pour la dernière étape, ce sont les enquêteurs eux-mêmes qui ont fait le tirage la veille de la collecte de données. Ils ont pris les listes des ménages et, en appliquant la méthode scientifique des nombres aléatoires puis des intervalles en fonction du nombre de ménages, ont retenu les trente ménages en question. Les chefs des familles sélectionnées ont été avisés et priés de veiller à ce que tous les membres de la famille soient présents au moment de l'enquête qui devait se tenir le lendemain. Le lendemain, les équipes d'enquêteurs ont pesé et mesuré tous les enfants de moins de sept ans dans les familles sélectionnées. Cette enquête, qui portait sur 1 573 enfants de six à quatre-vingt-quatre mois, devrait fournir les premières données scientifiques et données de base sur l'état nutritionnel des enfants appartenant à ce groupe d'âge.

4.3.3 Mécanismes d'adaptation

Compte tenu des graves difficultés rencontrées en matière d'approvisionnement alimentaire, des mécanismes d'adaptation sont mis en place à divers niveaux : le Gouvernement, les administrations locales (provinces, comtés), les coopératives et les ménages. Le Gouvernement s'est efforcé d'importer autant de vivres que possible par des voies commerciales (y compris sous forme de troc), ou bien grâce à l'aide alimentaire. En outre, le Gouvernement a encouragé une plus grande consommation d'aliments de remplacement faits de feuilles de légumes, d'algues, etc. Des mesures importantes ont également été prises pour assurer une plus grande disponibilité d'intrants en vue de renforcer la production agricole et de décourager l'élevage d'animaux consommateurs de céréales afin de réserver celles-ci à la consommation humaine. Les administrations des provinces et des comtés ont pris des dispositions pour exploiter au maximum les ressources locales afin de résoudre les difficultés d'approvisionnement en vivres. Toutefois, ce sont les ménages qui ont fait preuve d'un grand esprit d'innovation et d'adaptation pour faire face à la précarité de la situation alimentaire. Les divers moyens employés à cet effet comprennent entre autres: la culture intensive des pommes de terre, des légumes, etc., dans les parcelles familiales; l'élevage d'animaux, tels que lapins, porcs, chèvres et poules (encore que cette activité se soit bien réduite faute de céréales); l'achat et l'échange sur les marchés ruraux; la pêche, le cas échéant; la cueillette de produits forestiers sauvages (notamment dans les régions montagneuses) ; la consommation d'aliments de remplacement; les économies provenant des envois de fonds par des parents à l'étranger et éventuellement de petites quantités mises de côté sur des rations antérieures.

4.4 Aide alimentaire pour 1998-99

4.4.1 Aide alimentaire ciblée

L'aide alimentaire ciblée fournie depuis quatre ans et les stratégies d'adaptation appliquées par le Gouvernement et la population ont fortement contribué à éviter une famine générale dans le pays. De l'avis de la mission, le moment est maintenant venu de combiner les secours d'urgence avec les efforts de redressement afin de redonner vie au secteur agricole national et de produire davantage de cultures vivrières pour nourrir la population. L'interaction qui s'est instaurée depuis quelques années entre les donateurs et le Gouvernement a aidé à mieux faire comprendre à la communauté internationale les sensibilités propres à la République populaire démocratique de Corée; et, réciproquement, à mieux faire comprendre au Gouvernement de ce pays les exigences minima des donateurs en matière d'accès, de transparence et de justification de l'emploi de l'aide fournie. Le contexte de l'exécution et de la gestion des projets d'aide alimentaire s'en est trouvé amélioré.

En cherchant à cibler les secours alimentaires, la mission a décelé plusieurs segments de la population qui couraient davantage de risques en cas de pénurie alimentaire. Dans certains cas, l'aide ne pouvait être apportée que par l'intermédiaire d'institutions, tandis que dans d'autres, le système public de distribution était le seul capable d'intervenir. Au nombre des catégories de populations aidées par l'intermédiaire d'institutions, on compte les enfants dans les garderies, les jardins d'enfants, les écoles primaires, les écoles secondaires et les orphelinats, les patients hospitalisés et les personnes handicapées traitées en établissements. La mission a également étudié la question de savoir s'il est souhaitable d'apporter également une aide alimentaire au personnel de ces établissements, y compris aux enseignants et aux médecins. Les groupes de populations retenus, qui ne pouvaient recevoir d'aide que par la voie du système public de distribution, comprenaient les femmes enceintes et allaitantes et les personnes âgées. S'agissant de l'élément de l'aide alimentaire ciblée destinée au redressement économique, la mission a examiné les possibilités d'activités "Vivres contre travail" visant à favoriser la relance du secteur agricole. Sur ce point, la mission s'est appuyée sur les études sectorielles qui avaient été menées à l'appui du Programme de relèvement de l'agriculture et de protection de l'environnement, elle s'est entretenue avec des missions de la FAO et du FIDA pour rechercher une collaboration en vue d'activités "Vivres contre travail" et elle a consulté les responsables au niveau du ministère, des provinces et des comtés au sujet des projets du Gouvernement en matière d'activités "Vivres contre travail" destinées à favoriser la relance agricole.

Après avoir étudié les possibilités d'apporter une aide alimentaire aux groupes cibles susmentionnés, la mission a formulé ses recommandations en fonction des facteurs suivants qui reposent sur l'expérience acquise en République populaire démocratique de Corée:

Sur la base des facteurs susmentionnés, la mission recommande que les donateurs internationaux, bilatéraux et les ONG fournissent une aide alimentaire ciblée aux bénéficiaires suivants entre le 1er novembre 1998 et le 31 octobre 1999:

Le volume total recommandé de l'aide ciblée en secours alimentaires est de 300 000 tonnes pour 1998-99.

L'élément des projets d'aide alimentaire ciblée destinée à la relance des activités comportera des opérations "Vivres contre travail" dans les domaines de la foresterie, des travaux de terrassement et des garderies dans le cadre du programme de relèvement de l'agriculture et de protection de l'environnement, des projets financés par la FAO et le FIDA et des programmes publics de développement rural et agricole. Il est recommandé de prévoir 180 000 tonnes de céréales pour des activités "Vivres contre travail". Cette quantité permettra d'employer en moyenne quelque 500 000 personnes pendant six mois.

Tableau 7 : RPD de Corée - Besoins d'aide alimentaire des bénéficiaires ciblés, 1998-99

Type d'aide
Céréales
(en milliers de tonnes)
Nombre de bénéficiaires
(en milliers)
Appui nutritionnel :    
Crèches et jardins d'enfants (jusqu'à six ans) 180 2 135
Ecoles primaires (de sept à 10 ans) 43 1 362
Centres pour enfants (orphelins et enfants abandonnés) 3,5 21
Hôpitaux 21 28
Femmes enceintes et mères allaitantes 52,5 320
Vivres-contre-travail 180 500
TOTAL 480 4 466

4.4.2 Aide alimentaire programmée

Le déficit global en 1998-99 qui devrait être comblé par l'aide extérieure s'élève à 1 054 000 tonnes de céréales. Sur ce total, 480 000 tonnes sont prévues pour l'aide alimentaire destinée aux projets. La mission recommande que les 574 000 tonnes restantes soient fournies dans le cadre d'une aide alimentaire programmée et acheminées par le système public en vue d'une distribution générale à la population pour satisfaire ses besoins nutritionnels minima.

4.4.3 Suivi de l'aide alimentaire

En 1995, le Gouvernement de la République populaire démocratique de Corée a créé au sein du Ministère des affaires étrangères un bureau du Comité pour la réparation des dégâts dus aux inondations, chargé de coordonner toute aide extérieure, y compris l'aide alimentaire. Ce comité dispose d'antennes dans les provinces et les comtés qui coordonnent l'acheminement de l'aide alimentaire par l'intermédiaire des institutions destinataires et des centres publics de distribution.

L'essentiel de l'aide alimentaire ciblée arrivant en République populaire démocratique de Corée est coordonné et géré par le Programme alimentaire mondial. Un système détaillé a été mis en place pour contrôler régulièrement et fréquemment la distribution de cette aide. Pour ce faire, on commence, avant chaque arrivage, par déterminer les besoins des bénéficiaires dans les différents comtés et par préparer, en collaboration avec le bureau central du Comité, un plan de répartition des denrées. Ce bureau partage avec le Ministère chargé de l'administration des vivres la responsabilité de l'application de ce plan et informe les autorités des provinces et des comtés de la part qui leur sera allouée sur l'arrivage attendu. Les entrepôts du système public de distribution dans chaque comté prennent les dispositions logistiques nécessaires pour aller chercher les denrées qui leur sont allouées au port d'arrivée.

Lorsqu'un navire arrive dans un port de la République populaire démocratique de Corée, le déchargement des denrées provenant du PAM est surveillé de près par les experts maritimes du PAM. Une fois déchargées, les denrées sont remises aux responsables du système public de distribution du comté concerné conformément au plan de répartition et transportées selon le cas vers les institutions ou les centres publics de distribution. Le transport interne repose sur un système de bordereaux d'expédition mis au point en consultation avec le Gouvernement.

Les responsables du PAM en poste à Pyongyang et dans quatre bureaux régionaux situés à Wonson, Hungnam, Chogjin et Snuju procèdent à des visites de suivi régulières et fréquentes. Un nouveau bureau, le cinquième, a été ouvert à Hyesan pour étendre le réseau de contrôle. Les visites de suivi consistent à surveiller les opérations portuaires et l'établissement des bordereaux d'expédition, à se rendre dans les bureaux de comtés du Comité, dans les entrepôts de comtés, les centres publics de distribution, les crèches, les jardins d'enfants, les hôpitaux, les sites des activités "vivres contre travail" et à maintenir le contact avec les bénéficiaires, notamment par des visites auprès des ménages. Les visites de suivi visent à s'assurer que les denrées alimentaires circulent comme prévu et atteignent les bénéficiaires visés et à déceler les secteurs appelant une amélioration. Lors de chacune de ces visites, des bordereaux de contrôle spécialement conçus à cet effet sont remplis, sur la base d'entretiens avec les responsables et les bénéficiaires, de l'information tirée des archives des institutions visitées et des observations effectuées par les agents chargés du suivi. L'information réunie à partir de ces bordereaux est analysée et permet aux responsables de prendre des décisions tendant à renforcer plus davantage les opérations.

Le suivi a été déterminant pour apprécier l'état d'exécution du programme d'assistance et pour prendre sans tarder les mesures correctives nécessaires. La tâche n'a pas été aisée: les deux principaux obstacles étant l'impossibilité ou l'autorisation partielle de se rendre dans les comtés et l'impossibilité de procéder de manière aléatoire à des visites de suivi. Au début de l'actuelle opération de secours, c'est-à-dire en avril 1998, l'accès à 40 comtés a été refusé. En juin 1998, le nombre de comtés inaccessibles était de 51 sur les 211 comtés existants. Aucune denrée alimentaire n'a été programmée pour ces zones inaccessibles. Par ailleurs, il y a 13 autres comtés pour lesquels une aide a été prévue mais auxquels il n'a pas été possible d'accéder à différents moments. Le Gouvernement assure que les interruptions du suivi dans les comtés recevant des denrées alimentaires durera peu et les explique par des problèmes périodiques de sécurité. La contrainte liée à l'impossibilité de procéder à des visites de suivi aléatoires tient au fait que tous les programmes de visites sur le terrain doivent être autorisés à l'avance par le Gouvernement. Depuis trois ans, la situation s'est progressivement améliorée et les autorités de la République populaire démocratique de Corée comprennent mieux l'exigence des donateurs de procéder à un contrôle aléatoire de l'aide qu'ils apportent. Toutefois, dans de nombreux cas, c'est le Comité qui continue de choisir les sites (institutions) à visiter.

Le même régime s'applique, pour ce qui est du suivi, aux donateurs bilatéraux et aux ONG actives en République populaire démocratique de Corée. L'aide fournie par les ONG qui ne sont pas implantées dans le pays est gérée par une unité de liaison pour l'aide alimentaire qu'un groupement de six ONG internationales a créé en République populaire démocratique de Corée.


5. MESURES A COURT, MOYEN ET LONG TERMES


Une double stratégie est préconisée pour répondre aux besoins à court, moyen et long termes. A court terme, une aide alimentaire s'impose pour répondre aux besoins minima de consommation de la population, particulièrement les groupes vulnérables (enfants, femmes enceintes et allaitantes et personnes malades). Mais il est urgent de s'occuper de la remise en état, de la relance et du développement de l'économie en général et du secteur agricole en particulier, afin que le pays puisse produire des vivres au maximum de sa capacité et assurer l'autonomie de son développement socio-économique.

En ce qui concerne la relance et le développement du secteur agricole, la table ronde thématique organisée par le PNUD pour la République populaire démocratique de Corée dans le cadre du programme de relèvement de l'agriculture et de protection de l'environnement, qui s'est tenue en mai 1998 (avec une réunion de suivi prévue pour le 30 novembre 1998), constitue une bonne base de planification. Les principaux objectifs poursuivis sont : i)  de porter la production de céréales vivrières à 6,2 millions de tonnes d'ici l'an 2000 et ii) de renforcer l'infrastructure nécessaire à une production alimentaire durable. La mission est favorable aux projets d'interventions suivants qui offrent de bonnes perspectives pour l'amélioration de la sécurité alimentaire en République populaire démocratique de Corée :

La relance du secteur agricole reste la pierre angulaire de la sécurité alimentaire en République populaire démocratique de Corée, mais les performances économiques générales influent de manière déterminante sur les possibilités de développer l'agriculture et d'assurer la sécurité alimentaire de la population de manière durable.


1 Vu le peu d'informations disponibles sur la RPD de Corée, le contenu de la présente section est tiré de sources diverses, y compris le dernier numéro disponible d'Europa Publication on the Far East, l'EIU, l'Aperçu par pays pour la RPD de Corée, d'anciens rapports FAO/PAM et autres rapports de mission, ainsi que de discussions avec des représentants de diverses délégations.

2 Les estimations de la population de la RPD de Corée varient selon les sources. Sur la base du Rapport mondial sur le développement humain du PNUD, la population atteindra 23,1 millions d'habitants à la mi-1999; d'après l'analyse des résultats du recensement effectué en 1993 par le Centre démographique de la RPD de Corée, le chiffre serait de 22,9 millions à la mi-1999; quant au Service d'information économique, le chiffre serait de 24,3 millions à la mi-1997. Sur cette base, la population à la mi-1999 serait d'au moins 24,9 millions d'habitants. Il est important que tous les intéressés se mettent d'accord sur cette question de l'effectif total de la population, compte tenu de toutes les considérations pertinentes. En attendant, le chiffre de 23,5 millions pour la population à la mi-1999 a été retenu dans le présent rapport comme estimation raisonnable.

3 Les importations de céréales en 1997/98 (novembre/octobre), y compris les importations commerciales, le commerce de troc et l'aide alimentaire reçue, sont estimées à 1,4 millions de tonnes.

4 Par exemple, le riz et le maïs sont vendus par l'intermédiaire du Système public de distribution à un taux fortement subventionné de 8 Chon/kg et 6 Chon/kg repectivement, soit 10 pour cent du prix officiel à la ferme.


Le présent rapport a été établi sous la responsabilité des secrétariats de la FAO et du PAM à partir d'informations provenant de sources officielles et officieuses. La situation pouvant évoluer rapidement, prière de s'adresser aux soussignés pour un complément d'information le cas échéant.
Abdur Rashid
Chef, SMIAR, FAO
Télex 610181 FAO 1
Télécopie: 0039-06-5705-4495
Courrier électronique : giews1@fao.org
Mme J. Cheng-Hopkins
Directeur régional, OAP, PAM
Télex: 626675 WFP 1
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